Les baisers selon Louise Labé…

Aujourd’hui je ne résiste pas à l’envie de vous faire (re?) découvrir une de mes poètes préférées, Louise Labé (1520 – 1566). Si osée pour son époque… et qui est décédée le jour de la Saint Marc, jour de ma naissance… à quelques siècles près!

Régalez-vous donc en lisant cette belle oeuvre enflammée, sans oublier qu’à l’époque « baiser » n’est pas grossier comme il l’est parfois aujourd’hui, et n’évoque que le « French kiss »…

Baise m’encor, rebaise-moi et baise

Baise m’encor, rebaise-moi et baise ;
Donne m’en un de tes plus savoureux,
Donne m’en un de tes plus amoureux :
Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise.

Las ! te plains-tu ? Çà, que ce mal j’apaise,
En t’en donnant dix autres doucereux.
Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,
Jouissons-nous l’un de l’autre à notre aise.

Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soi et son ami vivra.
Permets m’Amour penser quelque folie :

Toujours suis mal, vivant discrètement,
Et ne me puis donner contentement
Si hors de moi ne fais quelque saillie.

Louise Labé, Sonnets

Henri de Toulouse-Lautrec, Dans le Lit, le Baiser, 1892
Henri de Toulouse-Lautrec,
Dans le Lit, le Baiser, 1892

Invitation au voyage

Pour initier cette promenade en poésie, c’est évidemment, pour moi, Baudelaire qui s’imposait…

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
– Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Charles Baudelaire

La poésie comme clef…

En ces nouveaux temps, où les un-e-s vont être débordé-e-s, y compris de responsabilités, et les autres dépossédés de leur travail, de leur art, de leur public, je choisis de me servir de ce blog pour que nous partagions les poèmes que nous aimons, afin que, chaque jour, ils ouvrent une clef sur l’espoir, la liberté, l’amour.

N’hésitez donc pas à contribuer, je voudrais que cet espace soit celui de toutes et tous…

Rendez-vous donc dans la partie « Plaisirs de la lecture ».

Et, comme je ne peux désormais plus aller admirer les expositions, voyager, me prélasser dans des bars, me régaler dans des restaurants ni assister à des spectacles, la source va se tarir. Heureusement, j’ai de nombreux articles non achevés (voire non commencés) sur ce que j’ai vécu ces derniers mois. Je vais pouvoir « me remettre à jour ».

Et je tenterai de vous envoyer un peu d’air marin et de vous faire entendre et/ou voir les limicoles et autres oiseaux marins… à l’exception de l’albatros… pour en revenir à la poésie. Où sont les hommes que leurs ailes de géant empêchent de marcher???

« Sempiternel »

Au cours de la pièce que j’ai vue ce soir au théâtre Antoine, Edouard Baer a prononcé un mot qui a résonné en moi… « Sempiternel »…

Aussitôt a surgi de ma mémoire un des poèmes de Verlaine qui a marqué mes jeunes années…

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu’éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle. Rien n’a changé.

J’ai tout revu : l’humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin…
Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.

Les roses comme avant palpitent, comme avant
Les grands lis orgueilleux se balancent au vent.
Chaque alouette qui va et vient m’est connue.

Même, j’ai retrouvé debout la Velléda
Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue,
– Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.

J’ignore pourquoi, parmi toutes les oeuvres de l’un de mes poètes préférés, celle-ci m’a autant marquée… Par sa forme, certes si novatrice? Par la référence à la druidesse évoquée par Chateaubriand? Par la place qu’y tiennent des détails si fins de la présence de la Nature? Et par ce terme si musical, « sempiternelle »…

Par malheur, ce bel adjectif est employé le plus souvent dans notre langue actuelle pour désigner certes quelque chose qui dure, mais plutôt dans un sens négatif… Quel dommage! Ce billet est pour moi l’occasion de lui rendre sa place et sa signification… En faisant écho au Poème Saturnien, il rend hommage à la permanence d’une Nature pourtant apparemment si dynamique et si vivante et à l’immortalité des Amours même apparemment mortes ou disparues…

Un petit tour aux environs du Panthéon…

En ce 8 mai pluvieux, difficile de se décider à sortir! Mais en fin d’après-midi, le ciel s’éclaircit un peu, et me voici dehors, mais, prudente, je décide de ne pas m’éloigner de ma base. Et donc de repasser par des chemins que je connais bien, en me dirigeant vers la Contrescarpe, dont je vous ai déjà parlé un peu. Mais, en chemin, je dévie vers le Panthéon…

Enceinte médiévale

Je devrais plutôt dire « une des enceintes médiévales de Paris ». Car, après l’enceinte gauloise et l’enceinte gallo-romaine – on ne va pas débattre ici, mais certains ne parlent que d’une seule -, il y aurait eu, d’après mes informations, pas moins de trois enceintes au Moyen-Age! Certaines sont demeurées occultés jusqu’à une époque récente, comme l’enceinte dite « carolingienne », dont un morceau a été dégagé par une équipe de l’INRAP, rue de Rivoli, en 2009. Mais d’autres se laissent encore deviner, voire admirer. C’est le cas de l’enceinte de Philippe-Auguste, datant du XIIème siècle, dont on peut même voir une tour dans le Marais.

Le tracé de l’enceinte
Source : Vikidia
Une vieille dame coincée entre deux jeunettes…

Sa présence explique le nom de certaines rues, qui évoquent ses Fossés : rue des Fossés Saint-Jacques, rue des Fossés Saint-Bernard. L’enceinte croisait, dans ce qui est le 5ème arrondissement du Paris actuel, le canal de la Bièvre. Sous le bureau de poste hideux de la rue des Ecoles, subsiste une arche superbe, que l’on peut parfois voir.

Porte close à l’Eglise Saint-Etienne-du-Mont

Je ne vous parlerai que très peu aujourd’hui de cette église qui défie le Panthéon, car je n’ai pu y entrer… porte close. De braves dames qui bavardaient devant celle-ci m’ont expliqué benoîtement : « Vous comprenez, c’est le 8 mai »… Elles espéraient une ouverture tardive… Je les ai donc laissées à leurs commérages, mais ne puis m’empêcher de vous offrir une photo…

Porte close… et curiosités

L’inscription est originale : « Lapis templum Domini destruit, lapis astruit ». Je vous laisse le soin de traduire? Ou j’essaie? Le début est simple « La pierre a détruit le temple du Seigneur »… Mais le verbe « astruere » me pose problème… A ma connaissance, il n’appartient pas au latin classique… « la pierre l’a reconstruit »? Si vous pouvez m’aider…
Et, puisqu’on y est, je vous propose une énigme : Quel lien peut-on faire entre la statuaire de la façade et les Halles?

En cherchant à en savoir davantage sur l’église, j’ai découvert un document que je vous propose de découvrir si vous en avez l’envie et le temps : une notice rédigée par le curé de la paroisse, en 1840, à destination de ses « chers paroissiens ».

Le Panthéon se refait une beauté

De face, vu de la rue Soufflot, il est flambant neuf… Mais de dos…

Ravalement de façade à faire !

Sur les traces d’André Breton

Voici quelques années, j’avais commencé un jeu de piste sur ce thème, pour un lycéen récalcitrant qui devait étudier Nadja pour son bac. Et, bien sûr, il passait par l’Hôtel des Grands Hommes, dans lequel Breton et Soupault ont tenté l’expérience de l’écriture automatique avec Les Champs magnétiques, dont le manuscrit a été largement étudié.

L’Hôtel des Grands Hommes
Plaque commémorative

Pour celles et ceux qui souhaitent en savoir plus, je propose cet article québécois sur le manuscrit. Et surtout, cette vidéo d’un entretien avec André Breton, qui explique le surréalisme.

Sur la piste des « Illustres »

Mon oeil a été attiré par ce que j’ai pris au départ comme des tags… Mais ils se succédaient, et tous portaient le même titre : « Illustres ».

De retour chez moi, vite, surf sur le net pour mieux comprendre… Il s’agit des restes d’un événement artistique qui s’est déroulé en 2018 : « Illustres! C215 autour du Panthéon ». Si vous souhaitez faire ce circuit, un blog le présente en détail.