De Mers-les-Bains à Nice (4). Retour à Gien

Voici peu, je vous ai parlé de Gien, où avait lieu la sortie annuelle de l’association Vanvino… Une semaine après, me voici de retour dans cette ville, pour une pause déjeuner en ce jeudi de l’Ascension, après les haltes de l’abbaye de Fleury et de Sully, objets de précédents articles.

Premier objectif : le château, que je n’avais pu voir lors de la sortie collective la semaine précédente.

Hélas, il est fermé, et je ne peux que le photographier à travers la grille.

Ainsi qu’une statue qui devrait vous aiguiller sur ce qu’il est devenu…

Eh oui! Un Musée de la Chasse, comme le présente son site officiel. L’édifice construit par Anne de Beaujeu (encore elle!) est devenu un musée. Si son histoire vous intéresse, vous la suivrez sur cette vidéo. Elle n’y habitera pas, car son époux et elle partent à Moulins avant la fin de la construction. On dit qu’il a le style « Première Renaissance française » : briques rouges et noires mêlées à la pierre de taille. Au XIXème siècle, il devient siège administratif:

« En 1823, le vicomte de Riccé, préfet du Loiret, rachète le château de Gien à la famille Feydeau de Brou pour le compte du département du Loiret. Le monument est ensuite réaménagé pour accueillir la sous-préfecture (aile Est), un tribunal (Etage) et une prison (Rez-de-chaussée et caves).
La sous-préfecture et la prison resteront en place jusqu’en 1926 tandis que le tribunal ne déménagera qu’en 1962.
« 

Et il survivra aux bombardements des Allemands les 15 et 16 juin 1940, qui détruiront une grande partie de la ville.

Cette année, il abrite des hôtes étonnants…

Une affiche péda (ou andra?) gogique explique ce qui s’est produit, concernant le pont.

Décidément, pas de chances pour les visites ce jour : à l’église, d’abord une fin de messe, puis un baptême… Je ne puis la voir que de l’extérieur. Mais pas trop chagrinée de ce contretemps, car elle est résolument « moderne ». Il reste à admirer le paysage vu de la colline sur laquelle se situent château et église.

Pas de visite, mais finalement sans regret : c’est l’heure du pique-nique! En zoomant, vous pouvez voir cohabiter Hauts-de-France et Loire!

Une vraie chance : une guinguette en bord de Loire est fermée, et nous profitons honteusement de ses installations avec une jolie vue sur le fleuve…

Mais il faut repartir, il reste bien des kilomètres jusqu’à la destination, Nice!

Pour revoir l’ensemble du trajet, une carte avec son tracé…

De Mers-les-Bains à Nice (3). Détour en bord de Loire

Quittons la belle abbaye de Fleury, alias Saint-Benoît-sur-Loire, pour continuer notre route en longeant au maximum ce fleuve qui m’inspire tant, peut-être en raison des souvenirs littéraires qu’il réveille… Nouveau détour, cette fois pour un château. Qui est moins connu que Chambord, Chenonceau (soit dit en passant, comme j’avais un doute sur l’orthographe, avec ou sans x, je me suis rendu compte que le château ne prend pas de x alors qu’il y en a un en finale du bourg… je suis donc allée rechercher…

« Alors que le village de Chenonceaux s’écrit avec un « x » à la fin, le château, lui, n’en prend pas. Pourquoi ? À cette question fort légitime, aucune réponse pleinement satisfaisante ne peut être apportée. Quelques documents anciens montrent des variations orthographiques, tant pour la commune que pour le château. Parmi les hypothèses avancées, Catherine de Médicis aurait souhaité s’installer à Chenonceau (sans « x ») pour marquer la différence royale par rapport au village.« 

Source : http://tourainissime.blogspot.com/2009/01/chenonceaux.html

« Les documents en possession de la Mairie font toutefois état du décès de madame Dupin, propriétaire du château au moment de la Révolution française et protectrice du philosophe Jean-Jacques Rousseau « en son château de Chenonceaux ».

Mignonne, non, la « protectrice »? Et qui plus est, intelligente et cultivée, Louise Dupin. Elle tenait un brillant salon littéraire. Et en plus, féministe! Ce qui entretient : elle vécut 93 ans!

Certes, elle n’était peut-être plus aussi jolie…

Même chose en ce qui concerne monsieur le Comte de Villeneuve, chambellan de Napoléon III, « décédé en son château de Chenonceaux ».) et d’autres, mais qui en impose par sa construction de type plus « médiévale ».

Vous en savez maintenant autant que moi sur cette question, grâce au site officiel du village abritant le château qui m’a tant séduite dans mon enfance… Mais revenons à Sully. Dont le nom doit vous rappeler quelqu’un! Connaissez-vous son nom de naissance, avant qu’il ne devienne Duc de Sully, ami d’Henri IV et homme politique influent ? Maximilien de Béthune… qui, soit dit en passant, n’était pas né dans le « Ch’Nord », mais à Rosny-sur-Seine, près de Mantes-la-Jolie, en 1559, et qui mourra aux confins de la Beauce et du Perche 72 ans plus tard. Alors, me direz-vous, quels liens avec le château?

« En 1602 Maximilien de Béthune entre en possession du château en achetant à Claude de La Trémoille la baronnie de Sully-sur-Loire qui est érigée en sa faveur en duché-pairie en 1606, faisant du futur grand Sully le premier duc du nom. Entre 1602 et 1607, ce dernier transforme le château à son usage, édifiant également un parc. »

N’attendez pas de moi que je vous narre toute l’histoire de cet édifice, à partir de 1102, mais surtout à compter de 1395. Juste une estampe en passant, empruntée au site du château. Il a encore l’aile aux tours couronnées qui sera abattue à la Révolution.

Vous voulez comparer? C’est à vous pour le jeu des 7 erreurs… si vous en trouvez 7!

Pour vous y retrouver, voici un plan datant d’une vingtaine d’années, copié sur Wikipedia : Par Sir Gawain — Travail personnel, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1571476

Continuons donc à contourner le château. A l’angle, la Tour d’Artillerie, que Maximilien va faire construire en 1606 pour renforcer la défense de l’édifice face à la ville.

Je suis particulièrement séduite par l’eau, comme mes fidèles lecteurs/trices le savent, et ici, je suis gâtée.

Car non seulement il jouxte la Loire, mais en outre, il est ceint de fossés et canaux, véritable paradis pour les lentilles d’eau.

Et si les oiseaux semblent tranquilles, ainsi que les nombreux batraciens qui coassent en une joyeuse cacophonie, il n’en est pas de même des poissons, comme en témoigne l’imposant matériel de ces pêcheurs invisibles.

De Mers-les-Bains à Nice (2). Flâneries en bord de Loire

Après la pause « petit-déjeuner » au bord de l’Etang de Saint Hubert, la voiture a filé jusqu’à Orléans, puis continué sur une petite route en bord de Loire. Quand tout à coup un édifice, dans le lointain, attire mon attention.

Vite, un petit détour pour interrompre cette course vers le Grand Sud…  Et c’est ainsi que j’ai découvert Saint-Benoît-sur-Loire et son abbaye. Le nom du village vous aide à deviner quel ordre s’est installé ici? Les Bénédictins, bien évidemment. Voici ce qui est dit de sa fondation sur le site officiel de l’abbaye.

« La première mention d’un monastère vivant sous la Règle de saint Benoît apparaît en Gaule vers 620 dans une lettre adressée à l’Evêque d’Albi par l’abbé d’un monastère proche de Castres. Peu après, quelques moines s’établissent sur la rive nord de la Loire, à 30 km en amont d’Orléans, sur une petite butte proche du village de Fleury, et y construisent une église dédiée à Notre Dame, tandis qu’une seconde colonie de moines s’installe à une centaine de mètres plus loin, autour d’une église Saint-Pierre. A cette époque ces communautés ne vivent pas encore sous la règle de saint Benoît, mais sous celle d’un autre grand fondateur, saint Colomban.
Les deux communautés ne tardent pas à fusionner et le monastère est désormais connu sous le nom de Saint-Pierre de Fleury. »

Mais c’est du XIème siècle que datent la tour-porche et la basilique telle que j’ai pu la voir, et hélas pas visiter, car c’était l’office de l’Ascension, en ce jeudi éponyme.

J’ai cependant pu prendre « à la sauvette » une photo de la nef, pour vous donner un aperçu de l’imposante taille de la nef et de son architecture.

Qui plus est, impossible de prendre des photos de l’extérieur, car tout est en travaux!

Vous devrez donc, comme moi, vous contenter de la présentation sur borne…

… Mais il me fut quand même possible de photographier un chapiteau du porche.

Une belle halte malgré tout, sous un soleil radieux dont profitaient visiblement les cyclistes…

De Mers-les-Bains à Nice (1). Petit-déjeuner à l’étang de Saint-Hubert

Le « pont » de l’Ascension encourage à toutes les folies, y compris celles de faire un aller-retour Côte picarde – Riviera en 4 jours. Beaucoup de voiture, me direz-vous. Certes. Mais un impératif me contraignait à ce périple. Et j’en ai profité. A l’aller comme au retour. Aujourd’hui, je vous parlerai de « la descente » (ça m’a toujours amusé, cette expression, car franchement, il y a plus de montagnes, en tout cas côté ouest, sous la Loire qu’au-dessus!), et de mon envie de musarder en bord de Loire. Résultat, après un départ à l’aube et l’autoroute A 13 pour gagner au plus vite le sud-ouest… de l’Ile de France, rassurez-vous! – un premier (tout petit) détour pour aller prendre le petit-déjeuner – dans un petit coin charmant où m’a amenée dernièrement mon travail : les environs des Mesnuls.

« Ancien bassin de retenu, appartenant aux réseaux des étang et rigoles construits par Louis XIV pour alimenter les grandes eaux du château de Versailles, cet étang est aujourd’hui une réserve ornithologique qui abrite de nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs. » Source : https://www.parc-naturel-chevreuse.fr/etang-de-saint-hubert (vous remarquerez au passage les deux erreurs d’orthographe!!! Je les ai laissées volontairement…)

Le petit ovale sur la carte indique l’endroit où j’ai stationné la voiture, pris mon café-croissant et aux environs duquel ont été prises les photos qui suivent.

Impressionnant, n’est-ce pas? Et imaginez la fraîcheur et le calme en ce début de matinée, que seul troublaient deux pêcheurs qui se sont vite éloignés sur leur frêle embarcation. Intriguée par un petit édifice, je me suis dirigée vers lui pour comprendre ce que c’était.

Il s’agit de l’un des éléments du vaste système imaginé à l’époque du Roi Soleil, restauré depuis.

Car on allait chercher l’eau loin, pour les fastes de Versailles! (source)

« A l’époque, on se soucie peu d’économiser l’or bleu. Louis XIV dépense sans compter. Ses bassins et ses jets d’eau en exigent 6300 m3 par heure ? Qu’à cela ne tienne, le roi Soleil met sur l’affaire ses meilleurs experts. Les premiers aménagements hydrauliques commencent par détourner la Bièvre. Suivent alors des projets aussi ambitieux qu’irréalistes comme l’aménagement d’un canal pour amener l’eau de la Loire à Versailles, une idée rapidement abandonnée. En1682, la machine de Marly met en marche ses 14 roues à aube, ses 250 pompes et ses centaines de balanciers pour fournir au château 900 m3 d’eau quotidien. Malgré la prouesse technique, le débit reste insuffisant et l’année suivante, le roi enjoint ses équipes d’aller creuser ailleurs. Dès 1683, sous la conduite de Vauban, un nouveau système d’étangs dits supérieurs est développé. Il comprend les 6 étangs actuels de Hollande mais aussi l’étang de la Tour, du Perray, l’étang des Noës et l’étang de Saint-Quentin ainsi qu’un système perfectionné de rigoles. Une fois ces travaux achevés, le complexe hydraulique pharaonique de Versailles compte quinze étangs, huit retenues, soixante kilomètres de rigoles, trente quatre de grand lit de rivières. » (source)

J’ai oublié de vous le dire : « De Hollande » est le nom global des étangs. Sans lien avec le pays du même nom, mais par déformation du nom d’un château : « d’Orlande ». Belle confusion!

On voit encore les tracés des canaux, en contrebas de la digue sur laquelle je me trouvais.

Excusez la mauvaise qualité de certaines images, pas facile à cette heure matutinale avec si peu de temps!

Ce n’est qu’en 1977 que les eaux ont cessé d’atteindre Versailles, en raison de la construction de la ville de Saint Quentin en Yvelines. Mais le système fonctionne encore, autour de Saint-Hubert.

« Comment ? Le système fonctionne toujours selon les lois de la gravité (seul un ensemble de 2 pompes a été ajouté en 1990 pour envoyer les eaux de l’étang du Perray vers celui de Saint-Hubert). Les eaux pluviales de surface ruissellent dans les 44 kilomètres de rigoles qui collectent principalement des terres agricoles et forestières. Les rigoles se déversent à leur tour dans les étangs. Là, l’eau est stockée et régulée par les équipes du SMAGER, avec quelques ouvertures de vannes et des lâchers vers les cours d’eau situés en aval quand le niveau est trop élevé. Tous les hivers, pendant 2 à 3 semaines, entre 500 000 et 700 000 m3 d’eau des étangs de Hollande sont transférés à l’étang de Saint-Quentin-en-Yvelines. L’ouverture de la vanne de Saint Hubert permet aux eaux de s’écouler dans le grand lit de rivière pour finir leur course dans l’étang de Saint-Quentin-en-Yvelines. Tout ce système parfaitement huilé permet d’éviter les inondations et d’assurer un niveau d’eau permanent à l’étang de Saint-Quentin-en-Yvelines, pour l’activité de voile de la base de loisirs, dont une partie est classée en réserve naturelle. »

Chemin faisant, en rédigeant cet article, j’ai appris qu’il y avait un château (source) sur la rive nord de ce qui ressemble plus à un lac qu’à un étang.

« En 1755 Louis XV confie à l’architecte Ange-Jacques Gabriel la construction d’un petit relais de chasse sur la rive nord de l’étang, pour éviter d’avoir à profiter trop souvent de l’hospitalité de son cousin le duc de Penthièvre. Très vite le projet est modifié, et c’est un véritable château qui est construit, avec une terrasse donnant sur l’étang de Saint-Hubert.

Louis XVI partage l’intérêt de son grand-père pour ce site, mais trouvant le château trop petit il préfère acheter celui de Rambouillet. Le château de Saint-Hubert est alors laissé à l’abandon et finalement détruit. Seule subsiste aujourd’hui la terrasse, encore visible au bord de l’étang. » (source)

Napoléon s’est aussi intéressé au site, où il fait construire un pavillon en 1802.

Vous le voyez, l’histoire est riche, pour cet endroit qui m’a attirée en cette aube de fin mai… J’ai vraiment regretté de ne pouvoir faire l’une de ces nombreuses randonnées proposées sur divers sites, car la flore et la faune semblent très intéressantes dans ce qui est désormais une « réserve ».

« 248 espèces ont été observées par le réseau de naturalistes expérimentés. Certains y nichent, comme le Blongios nain, le Phragmite des joncs, la Bouscarle de Cetti et le Râle d’eau. D’autres s’accordent une halte sur leur chemin de migration ou s’arrêtent quelques semaines pour passer l’hiver. Le Balbuzard pêcheur, le Butor étoilé et la Grande Aigrette font partie de ces résidents secondaires. »

Hélas je n’ai pu voir que quelques anatidés, car il fallait reprendre la route…

Un petit tour à Gien (1)

Une histoire de destructions successives…

J’étais déjà allée à Gien, où le camping en bord de Loire m’avait séduite, mais jamais je n’avais eu le temps d’aller visiter la faïencerie… J’ai donc trouvé excellente l’idée des organisatrices de la sortie oenologique précédemment narrée : compléter la visite du Domaine Couet par une autre découverte, à savoir la faïencerie de Gien. Le temps splendide me poussa à compléter celle-ci par une petite balade solitaire en bord de Loire, celle-ci étant toute proche, comme vous pouvez le voir sur le plan ci-dessous.

Vous avez peut-être remarqué qu’une grande surface jouxte le musée… Il faut se reporter à l’époque où une autre marque, évoquant les mastodontes de la Préhistoire, achetait des terrains pour construire les premiers hypermarchés… Elle a ainsi détruit une grande partie de ce qui fut un des joyaux de l’industrie génoise…

Le triangle rouge que j’ai tracé maladroitement sur la photo correspond à toute la partie qui a disparu, pour laisser place à un affreux parking et à un non moins affreux magasin… Car la faïencerie a subi bien des déboires, comme il est expliqué sur son site officiel, qui qualifie de « parenthèse » la période 1918-1984. Une bien longue « parenthèse » pour une entreprise née en 1821. Et qui elle-même avait causé la destruction d’une maladrerie (source)

Et celle d’un couvent, celui des Minimes, fondé par Anne de Beaujeu. Avez-vous besoin d’un petit rappel historique? Anne de France, née en 1461, était la fille aînée de Louis XI, devenue de Beaujeu par son mariage avec Pierre. Mariage célèbre, car précoce : elle n’avait que 12 ans alors que son époux en avait déjà 35 (mais il faut dire que son précédent fiancé, Nicolas de Lorraine, était mort en juillet de la même année ! Précoce aussi, son accession à de hautes fonctions : elle n’avait que 22 ans quand son père est décédé. Comme son frère était encore plus jeune, elle devint « régente du royaume » pendant 8 ans. Elle était née dans les Pays-Bas bourguignons, mais c’est au centre de notre France actuelle qu’elle passa la majeure partie de sa vie. Lisez le récit de celle-ci, vous n’en reviendrez pas… Une série de négociations, d’expansion de territoires, de stratégies en tout genre. Et c’est une autre Anne qui va l’écarter du pouvoir : elle avait marié son frère à Anne de Bretagne pour agrandir le royaume, mais celle-ci lui en voulut d’avoir mis fin à l’indépendance de la Breizh!

La voici représentée sur un triptyque peint par « le Maître de Moulins », Jean Hey, en 1502 (à genoux, à droite). (Source)

Excusez-moi pour ce détour, mais il permet de comprendre l’histoire du couvent détruit par celui qui n’écrasait pas que les prix!

Anne avait eu un fils en 1476, alors qu’elle n’avait que 15 ans. Mais elle dut attendre la même durée pour accoucher enfin d’une fille, en 1491. Ce serait pour remercier le ciel qu’elle aurait fait construire le couvent concerné. Pourquoi les Minimes? Ce serait grâce à l’intercession de François de Paule que Dieu lui aurait accordé la joie d’enfanter à nouveau, à 30 ans… Un thaumaturge qui n’avait pas réussi à sauver son père.

« Depuis 1478, Louis XI est malade et semble avoir été victime d’un accident vasculaire cérébral, son corps le fait souffrir et il survit dans la terreur de sa fin prochaine. C’est alors qu’il entend parler des miracles accomplis par l’ermite de Calabre, François de Paule, créateur de l’ordre mendiant et pénitent des Minimes.

François de Paule pria le roi d’accepter sa mort prochaine contre laquelle il ne pouvait rien, mais peut-être obtiendrait-il son salut. Les deux hommes furent inséparables alors que Louis XI passera ses « avant-derniers moments » à Gien, comme en témoigne sa nombreuse correspondance. Il décéda auprès du saint homme au château de Plessis-lèz-Tours le 30 août 1483, remettant son âme à Notre Dame d’Embrun.

Si Anne de Beaujeu, aussi duchesse de Bourbon habitait le plus souvent au château de Moulins, elle résidait également à Gien et y invitait François de Paule. » (récit et plan tirés de ce site consacré aux Minimes).

La construction dura 4 ans, et le couvent des Minimes fut inauguré en 1498.

Il ne reste de ce couvent que la chapelle… Je ne l’ai pas vue, car elle est cachée derrière le grand magasin actuel.

Est-ce qu’il avait fallu détruire autre chose pour construire les divers bâtiments du couvent? L’histoire ne le dit pas…

Voici donc, habilement cadrée pour que vous ne subissiez pas la vue du magasin et du parking, la vue extérieure du musée que je vous présenterai dans un prochain article.

Côteaux du Génois

Le Génois n’est pas un coin d’Italie (sinon il aurait un accent circonflexe), mais un joli coin de la Loire, autour de Gien (sans S, sinon ce serait au bord de la Méditerranée!), non loin de Cosnes-sur-Loire (voir la carte dans l’article précédent, sur la famille de vignerons). Une région viticole, avec une appellation générique « Vins du Génois » et des crus connus, tel le Pouilly Fumé. Dont j’ai appris au fil du temps qu’il ne fallait pas le confondre avec le Pouilly Fuissé, cru de Bourgogne.

Si l’histoire de ce vin et de sa dénomination vous intéresse, vous pouvez vous reporter à ce site : https://www.pouilly-fume.com/histoire/. Je vous résume : Pouilly est un terme hybride, alliant le latin « Paulus » et le gaulois « accus ». Cela signifie « le domaine de Paulus ».

« Vers 680, l’évêque Vigile lègue par testament, à l’abbaye Notre‐Dame‐ d’Auxerre, son domaine de Pouilly, ‐Pauliaca villa‐ « avec ses vignes ». »

Et comme souvent, on trouve des moines dans l’histoire… En l’occurrence, des Bénédictins.

Ils ont même racheté le domaine au seigneur, ruiné par le coût des croisades!

« Le fief de Pouilly fut cédé aux Bénédictins de La Charité pour la somme de « 3 100 sous et un marc d’argent ». Enfin, autre influence monastique, celle des Chartreux de Bellary installés en 1209.« 

Je vous passe de nombreux épisodes, dont celui du phylloxera en 1890, pour passer directement à 1937, date à laquelle deux AOC furent obtenus : Pouilly-sur-Loire
pour le cépage chasselas et Blanc‐Fumé de Pouilly ou Pouilly Fumé pour le cépage sauvignon. Et « Fuissé », me direz-vous?

« L’appellation Pouilly Fumé est originaire de la commune de Pouilly-sur-Loire appartenant au vignoble de la Vallée de la Loire, tandis que le Pouilly Fuissé est issu de la commune Solutré-Pouilly appartenant au vignoble de Bourgogne localisé en Saône-et-Loire. »

Solutré, cela doit vous évoquer quelqu’un? Oui, on n’est pas loin de Mâcon…

Voici une carte des Côteaux du Gienois, empruntée au site de l’Office du Tourisme de Gien, sur laquelle j’ai encadré, en vert, le domaine Couet, dont je vous ai parlé précédemment, en bleu, Myennes, où s’est effectuée la pause déjeuner, et, en jaune, Gien, dont je vous parlerai dans un autre article…

Revenons maintenant au Domaine Couet, où la famille cultive, plante, récolte, mais aussi produit ses vins, dont, vous l’avez deviné, du Pouilly Fumé… Je me réfère encore au site qui lui est consacré.

« Beaucoup d’explications différentes gravitent autour de l’origine du qualificatif « Fumé », porté par notre vin. Parmi elles, deux ressortent davantage : l’une liée au cépage, l’autre au terroir.

  • À leur maturité, les grains de Blanc Fumé (synonyme reconnu du Sauvignon blanc) sont recouverts d’une légère pruine grise donnant l’illusion d’un voile de fumée.
     
  • Le qualificatif « Fumé » se rapporte également à ce « fumet » inimitable de « pierre à fusil » qui se dégage lors de frottement de silex, terroir d’exception de notre appellation.« 

Je vous passerai toutes les étapes de la vinification, dont la « malo » sur les rouges (pas sur les blancs, que l’on « consomme sur la jeunesse » – dixit notre hôte – et c’est en photos que vous participerez à la découverte des caves, et d’abord des cuves…

Vous ne verrez pas le vin « enterré » (et pour cause!), environ 10 à 15000 litres. Vous ne verrez pas non plus l’autre cave, située à Fontaine… désolée! mais je ne l’ai pas vue non plus!

Puis je passe directement à l’embouteillage, la pose des étiquettes, avec un matériel très « in »… ce qui se comprend, car Emmanuel nous a informé-e-s que le Domaine vendait 50 à 60000 bouteilles par ans, souvent à des clients qui se passent l’adresse de génération à génération…

Pour certains pays étrangers, pas de taxes (de leur vrai nom « accises ») comme en France; donc pas de « mariannes ».

Non, je ne parle pas de la statue présente dans chaque mairie, mais de la capsule qui couvre le bouchon. Une petite parenthèse à ce sujet, pour celles et ceux qui veulent en savoir davantage?

« Vert : Réservé aux vins tranquilles, sans bulles, ainsi qu’aux mousseux. Il est associé aux Vins de Qualité Produits dans des Régions Déterminées (VQPRD), tels que les vins d’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC), par exemple.

Bleu : Cette couleur est attribuée aux vins de pays et/ou aux vins de table.

Rouge lie-de-vin : depuis 2011, le rouge lie-de-vin remplace indistinctement les capsules vertes et bleues. Ce code couleur peut donc être utilisé pour les vins en AOC. Toutefois, cette règle ne s’applique pas aux AOC Champagne et aux AOC Vin Doux Naturels.

Orange : Cette catégorie englobe les vins doux naturels, qui ont subi un arrêt de fermentation pour conserver le sucre du vin. Les vins de liqueur utilisent également cette capsule.

Jaune : Réservé au Cognac et à l’Armagnac.

Rouge : Spécifique au Rhum traditionnel des DOM.

Gris : Indique les produits intermédiaires tels que le Ratafia.

Blanc : Tous les autres alcools portent cette couleur. »

A ce propos, savez-vous qu’elle n’est plus obligatoire depuis six ans, bien que l’on continue à l’apposer?

« La fameuse capsule, aussi appelée marianne, posée sur les bouchons de bouteille de vin a beau ne plus obligatoire depuis le 1er juin 2019, elle est encore souvent présente sur nos flacons. La CRD, capsule représentative des droits, est apposée sur la coiffe de la bouteille afin d’attester du paiement des accises liées à l’alcool en France. Elle sert ainsi à identifier et suivre la bouteille de vin. Après une phase de consultation des professionnels du milieu engagée en 2017, il a été décidé de la rendre facultative. Désormais, les opérateurs de la filière ont le choix d’apposer une capsule ou d’utiliser un des autres titres assurant la traçabilité du vin. » (source)

Le temps est venu de cesser la visite, la dégustation nous permet de découvrir 6 des crus du vigneron…

dont les cuvées Edouard et Diane, du nom de ses enfants…

Devinez pourquoi l’autocar était plus lourd au retour qu’à l’aller ?

Une belle famille de vignerons

En ce samedi de mai, direction la Loire. En autocar, fait rarissime pour moi. Avec l’association qui nous permet de découvrir l’oenologie, Vanvino.

Pour y visiter une exploitation viticole, à Croquant (ça ne s’invente pas!), hameau de Saint-Père (ça non plus, à quelques temps de l’élection au Vatican!). Si vous ne situez pas cela, pas de soucis : c’est près de Cosnes-sur-Loire.

Après deux heures de route environ, nous parvenons au Domaine Couet, que nous sommes venu-e-s découvrir.

Ce n’est pas un domaine que j’y ai visité, mais une famille que j’ai découverte, au travers des récits d’Emmanuel Couet, qui nous a reçu avec l’aide de son épouse et de ses enfants, Edouard et Diane. Je me propose de vous retracer rapidement ici ce que j’ai retenu de ses confidences. Descendant direct d’une famille de vignerons, il a repris l’exploitation de son père, maintenant octogénaire, qui continue à l’aider activement.

Notre hôte nous a ainsi appris qu’autrefois les viticulteurs du coin diversifiaient leur activité. Ses grands-parents étaient à la fois éleveurs, agriculteurs et viticulteurs. A présent, ce n’est plus guère possible, d’après lui, en raison du coût des matériels nécessaires. Il se consacre désormais uniquement à la vigne et au vin. A une exception près : un gîte est désormais exploité.

La veille de sa naissance, le 13 octobre 1976, sa mère vendangeait encore… Au passage, il nous fait remarquer à quel point le climat a changé : désormais, on vendange en septembre, quand ce n’est pas fin août (le 24) comme en 2011… et, cette année, ce devrait être le 8 septembre si l’on en croit l’expérience qui veut que l’on compte « 100 jours après la fleur ». Or la floraison a déjà commencé!

Edouard, qui a 11 ans, suit son père, et s’intéresse aussi bien à la viticulture qu’aux loisirs offerts par la nature : chasse et pêche, passions de son grand-père… Il tient déjà des discours experts sur la vigne, et ne manque pas d’humour…

Emmanuel s’est marié tardivement (selon ses dires!), cela fait seulement 12 ans. Son épouse, qui a entre autres été comptable à Paris, l’épaule visiblement beaucoup, en le libérant de l’administratif, de la comptabilité, et des aspects commerciaux. C’est elle aussi qui a préparé pour le groupe de beaux plateaux de charcuterie et fromage pour accompagner la dégustation. Et qui dresse les tables avec ses deux enfants. Qui encaisse les achats, et sera là aussi pour la livraison le midi, à Myennes, des cartons de vins achetés…

Il n’hésite pas à nous parler de sa vie, et en explique joies et difficultés sans détours. La viticulture est soumise aux aléas climatiques et, depuis quelques années, ceux-ci sont nombreux, et les surprises parfois dures à supporter. Ce fut le cas l’an dernier. 2023 a été marquée par une surabondance de pluie… Le sol n’absorbait plus l’eau. Et le mildiou s’en est mêlé! Seuls les ceps plantés sur des coteaux ont pu échapper un peu à la catastrophe, grâce au ruissellement. Cette année, c’est le contraire. Voilà deux mois qu’il n’a pratiquement pas plu… Il se remémore ce qu’il appelle les « millésimes difficiles ». 2004, avec un mois de septembre « pourri ». Or c’est le mois avant les vendanges qui « fait la maturité ». Il y a eu des années « sans récolte ». 2016, à cause d’une « gelée noire ». Comme en 1991. En 1961, il a même gelé en juin, le jour de la fête du village! En 2000, c’est la grêle qui a détruit entre 95 et 98% des récoltes. Depuis, la famille a souscrit une assurance, car ce n’est pas seulement l’année de la grêle qui est concernée : les dégâts perdurent pendant deux ans. Ils ont aussi installé deux éoliennes dans les vignes de Pouilly pour « brasser l’air » : « parfois on gagne 1 degré » sur un rayon de 100 à 150 mètres autour de l’engin.

Une autre difficulté, partagée par tout le secteur, provient du manque de main d’oeuvre, qui pousse à faire venir des saisonniers étrangers, en passant par des sociétés spécialisées. Mais il faut les loger, ce n’est pas toujours simple! Et fidéliser quelques salarié-e-s à l’année est une gageure, semble-t-il.

C’est ainsi que les trois générations de la famille Couet continuent à oeuvrer sur leurs terres, malgré les incertitudes de l’avenir…

Mazette! Quelles belles découvertes!

« Mazette »… Un mot que je n’avais pas entendu depuis longtemps! Et savez-vous ce qu’il signifie, hormis en tant qu’exclamation exprimant l’étonnement ou l’admiration? Un « mauvais cheval ». On ne peut dire que ce soit très valorisant, comme terme… D’autant que, par extension, il prit ensuite le sens d’ « avorton », de « personne qui manque de force, d’adresse, (etc.).

« L’humiliation profonde d’un gros personnage qui s’est fait (…) clouer le bec par une mazette de bureaucrate (Courteline, Gaîtés esc., Sans chenil, 1897, I, pp.269-270). »

« Quand il est bien avec un type quelconque, il dit tout de suite, «c’est un grand monsieur», ou «c’est un grand bougre». Pas de milieu pour Joseph: d’un côté les canailles ou les mazettes, de l’autre, les «grands quelque chose» (Duhamel, Passion J. Pasquier, 1945, p.119). » (CNRTL)

C’est pourtant le nom qui a été choisi pour le lieu que j’ai découvert hier, accosté près du port de la Râpée. Je me promenais en bord de Seine, près de la Gare d’Austerlitz et de la Cité de la Mode, quand j’aperçus cette « péniche » (mais peut-elle se mouvoir??? il semble que ce soit plutôt une barge… mystère!) en raison des coloris vifs qui la distinguaient. Vite, traverser le pont et la trouver sur le quai. Beaucoup de monde, visiblement, et j’ai failli ne pas y monter. Mais, la curiosité aidant, je décidai d’aller la découvrir. Et j’ai bien fait! Un lieu étonnant, une grande mixité selon tous critères, un vrai « lieu de vie et de rencontres ». Une DragQueen se promenait sur le pont, distribuant des papiers. J’appris par la suite qu’il s’agissait d’un jeu.

Plus de place assise. Je demandai à une jeune femme si elle acceptait de partager sa table, et elle accepta avec un beau sourire… C’est ainsi que j’ai passé une très agréable et intéressante soirée avec Mélissa et Hajar, son amie d’enfance. Nous avons beaucoup échangé, beaucoup « voyagé », et beaucoup ri. Une soirée de rêve! Avec des cocktails délicieux, comme ce « Cactus » que j’ai vraiment apprécié, et des tacos végans qui méritent le détour. Le tout à des prix très raisonnables.

J’émettrai cependant une réserve, liée au fait qu’à 22h et quelques (je n’ai pas regardé l’heure), des vigiles font évacuer le pont ouest, d’où je venais d’admirer le couchant sur la Seine, pour faire aller vers l’arrière et surtout en bas, où visiblement l’on devait danser bien tard… Mais cela, je ne l’ai pas vu : travail oblige, il fallait rentrer!

La Belle Plage à Mers-les-Bains

N’étant pas fan de télévision, je ne connaissais pas l’émission permettant d’élire « Le village préféré des Français » (sic!) jusqu’au moment où elle s’est intéressée à notre petit coin de Picardie, d’abord autour d’Ault, puis, cette année, à propos de Mers-les-Bains, qui est ainsi devenu, à notre grande surprise, le 2ème village, après… Collioure. J’aime beaucoup la côte picarde, mais il ne me serait jamais venu à l’idée de comparer Mers et Collioure!

La conséquence est désastreuse : notre coin relativement tranquille ne l’est plus, et tout est envahi de touristes, parfois venus de bien loin… Or les infrastructures, notamment en termes de restauration, ne sont pas suffisantes pour ce flot brutal!

Prenons l’exemple de ce que l’on appellerait ailleurs « paillotte », installée sur les galets, La Belle Plage. J’aime la fréquenter, quand ma cabine de plage n’est pas encore installée, car elle a beaucoup de charme, avec sa structure de bois et sa magnifique vue mer.

Le Moscow Mule y est excellent, et accompagné, comme tous les autres apéritifs ou cocktails, de mini-toasts accompagnés de tomates délicieusement assaisonnées… les huîtres sont à un prix très abordables, et le camembert rôti me tente souvent.

J’ai pu y aller me reposer et restaurer la semaine dernière. Mais, cette semaine, pas une place de banquette, pas un fauteuil, pas une chaise de libre! Tout était comble, archi-comble… Quel dommage! La rançon du succès… car entendu sur l’esplanade : « On l’a vu à la télévision »…

Mais je ne désespère pas de pouvoir admirer à nouveau le couchant depuis la table où je me suis régalée…

Une école d’art à Monaco : le Pavillon Bosio

Deux jeunes amies sont actuellement étudiantes en art, et elles fréquentent une école de Monaco. Hier, elles m’y ont invitée; et j’ai découvert une pépinière dans un cadre idyllique.
Je n’aime pas Monaco, comme vous le savez si vous suivez ce blog depuis des années. Cette verrue sur la côte, hyper urbanisée, où les immeubles veulent dépasser la crête environnante… Mais il est un espace qui serait préservé s’il n’était pas envahi par des hordes de touristes : le Rocher.

Or c’est sur le Rocher que se situe l’école en question, le Pavillon Bosio. Direction donc le Parking des Pêcheurs, avec sa montée en colimaçon qui fut naguère le témoin d’une de mes folies (faire crisser les pneus grâce à la vitesse en montant et descendant, n’importe quoi, mais qu’est-ce qu’on a ri!)

Ascenseurs, escalators, ascenseurs… Il est à peine 10 heures, mais des troupeaux de retraité-e-s s’amassent déjà devant les portes… Heureusement, ils et elles restent grégaires, et n’ont pas vu qu’un ascenseur est libre, sur leur droite. Elsa, que je conduis à son cours, ne sera pas trop en retard. Car il n’est pas prévu, dans la ville hyper-fréquentée par les touristes, de laisser des voies réservées aux habitant-e-s ni à celles et ceux qui travaillent ou étudient. Or c’est une vraie galère quand les flots de touristes envahissent tout!

Nous arrivons enfin « au sommet », et nous dirigeons vers un bâtiment dont le nom m’interpelle. « Ministère d’Etat ». Pour moi, un « ministère » est toujours « d’état », pensai-je d’abord. Puis me vint l’expression « ministère du culte ». Une question à creuser? Alors, bien sûr, c’est ce que je fais ce matin en écrivant cet article. Vite, le site officiel!

« Le Ministre d’État représente le Prince. Il est la première autorité après le Prince. Il est nommé par Lui. En tant que président du Conseil de Gouvernement, il est chargé de l’administration du Pays et dispose, à cet effet, des services exécutifs de l’État.
 
Le Ministre d’État, en vue d’assurer sa mission, est assisté de cinq Membres du Gouvernement qui sont placés à la tête de Départements spécialisés de l’Administration. Les Conseillers de Gouvernement – Ministres sont responsables de leur mission devant le Prince. »

En quelque sorte, c’est notre Matignon, si je comprends bien. Mais mieux situé, avec vue sur la mer… et dont la porte s’ouvre sur une Nymphe…

Si vous parvenez à lire la plaque, vous verrez que la statue est d’un certain… François-Joseph Bosio! Pourquoi lui? Parce qu’il est né à Monaco, justement, en 1768. Alors, pourquoi l’Encyclopédia Universalis le proclame-t-elle « français »?

« Sculpteur français. Né à Monaco, François-Joseph Bosio, certainement le sculpteur le plus en vue de l’Empire et de la Restauration, se forma seul, en marge des écoles ; il passa quelque temps à Paris dans l’atelier de Pajou, puis de nombreuses années en Italie où l’on pense qu’il rencontra Canova. Sa production italienne, qui fut abondante et consista surtout en œuvres religieuses, n’est pas bien connue. Se fixant en France en 1807, mais restant en rapport avec les sculpteurs italiens les plus remarqués de l’époque, Bartolini entre autres, Bosio connut déjà un très grand succès sous l’Empire. Pendant la Restauration, il devint Premier sculpteur du roi et fut fait baron. Académicien et professeur à l’École des beaux-arts en 1816, portraitiste recherché, il reçut de nombreuses commandes officielles et exposa régulièrement aux Salons. »

Je ne vais pas vous raconter l’histoire si complexe de Monaco ni celle de ses rapports avec la France. En gros, on considère que la principauté existerait depuis 1314 (fondation de la dynastie des Grimaldi) – même si d’autres y ajoutent un siècle-, et c’est six siècles plus tard qu’est reconnue, en 1918, son « égalité » avec la France (traité du 17 juillet 1918). Bosio était donc bien « monégasque » de naissance. Mais il a oeuvré bien ailleurs. D’abord en Itale, puis en France, où il a d’ailleurs été anobli par le Roi, comme « baron ». Et, si vous avez fréquenté les lieux célèbres de Paris, donc le Louvre, vous ne pouvez pas ne pas avoir vu une de ses oeuvres, sans même entrer dans le musée. Il suffit de lever la tête, en tournant le dos à la pyramide et en regardant les Tuileries : c’est lui qui est l’auteur du groupe sommital de l’Arc de Triomphe du Carrousel. En vérifiant cette information (car, pour moi, il s’agissait d’une copie de celui qui orne la porte principale de la basilique Saint-Marc à Venise, j’ai découvert l’histoire de ces statues de bronze.

Ci-dessus, on voit le quadrige dominant la place du Carrousel où passent Napoléon et ses troupes, en 1810.

Digital Foxing

Regardez de plus près… Pas d’aurige!

Et pour cause. L’aurige a été placé ensuite. Et devinez qui il représentait? Napoléon, bien sûr.

« La statue de Napoléon placé sur le char, fut retirée à la demande de l’empereur, puis, en 1815, le char et les deux statues furent enlevés (les statues seront conservées) et les chevaux furent récupérés par les Autrichiens qui les restituèrent à Venise. »

Je résume : on vole un quadrige à Venise, on le place sur l’arc de triomphe parisien; on place une statue de Napoléon sur le char, comme aurige. Ensuite, l’empereur fait retirer la statue. On démonte les deux « renommées » en fer et plomb qui encadrent le quadrige, que l’on rend ensuite aux Vénétiens, qui le placent sur Saint-Marc. Les renommées, elles, sont conservées.

Et, comme le sommet est « nu », que fait-on? On fait faire une autre statue. A qui? Au « premier sculpteur », bien sûr. Donc à Bosio. Vous me suivez? On place ce nouveau quadrige au sommet de l’arc, et on replace, quelques temps plus tard, les deux renommées qui avaient été mises de côté. Ce qui donne le groupe que l’on peut voir actuellement, dénommé « Le quadrige de la Paix ». Vous pouvez observer, ce n’est certainement pas Napoléon qui le conduit!

Laissons là Paris, et revenons à Monaco, où le buste du sculpteur nous accueille.

Et ce que vous voyez derrière, c’est le Pavillon Bosio, sujet (un instant) oublié de ce texte.

Voici comment l’établissement se présente sur son site officiel.

« Le Pavillon Bosio occupe depuis une vingtaine d’années une place particulière parmi les écoles d’art avec un enseignement spécialisé en art et scénographie. La scénographie, traditionnellement enseignée dans les écoles d’art appliqué ou dans les écoles d’architecture, est ici placée au coeur d’une pédagogie qui a vocation à former des artistes. Ce positionnement, unique en son genre, accompagne une tendance de fond, celle qui replace les artistes au coeur d’une multiplicité d’aventures collectives et dans une variété de rôles : scénographes, commissaires, metteur·euse·s en scène, réalisateur·rice·s, décorateur·rice·s… En pratique, cela signifie que les étudiant·e·s développent, d’une part, un travail personnel exposé et commenté au moment des galeries d’essai, des bilans, des Dna et des Dnsep et, d’autre part, qu’ielles participent chaque année à un ensemble de projets collectifs relatifs à la question de la scénographie. »

On pourrait s’attendre à ce que la scolarité soit hors de prix. Pas du tout! Le coût annuel est de 690 euros pour les Français-e-s (650 pour les Monégasques). Si vous voulez en savoir plus sur l’Ecole : https://pavillonbosio.com/admissions/concours

C’est effectivement une école très originale, et c’est cette politique spécifique qui a attirée mes jeunes amies. Elles y oeuvrent (c’est le cas de le dire!) dans une vaste salle ouverte sur la Méditerranée.

Dans la salle des « Première Année », des oeuvres en cours de conception, ou attendant d’être évaluées. Ci-dessous, celle d’Estelle Résigné, hélas en contrejour.

Elle crée notamment des « costumes » en matériaux divers, et imagine des scénographies avec ses collègues. L’Ecole présente peu les résultats de leurs travaux, mais en voici un en ligne. Ils sont extrêmement variés… J’ai rencontré une autre étudiante, qui travaille, pour sa part, à partir des pierres et bois « chahutés » par la crue de la Vésubie, car elle est originaire de Saint Martin. Une oeuvre, dans la cour, a été, elle détruite la nuit précédente par le vent. Elsa Mallet-Orlianges, sa conceptrice, m’a promis de m’envoyer une photo de l’installation initiale! Mais, à partir d’une recherche sur Internet à partir de son nom, vous pourrez voir des vidéos d’autres travaux.

L’environnement est calme, serein, loin de l’agitation de la ville, avec de jolies perspectives qui donneraient presque du charme à l’architecture affreuse.

Et j’ai pu constater l’effort fait pour laisser de la place à la nature, avec notamment une sorte d’ « arboretum » urbain : des panonceaux présentes les espèces, comme ce Brachychiton rupestris, qui a la particularité de retenir l’eau dans son tronc, ce qui lui permet de résister à la sécheresse, d’où son surnom d’ « arbre-bouteille ».

Ou encore ce Pin de Norfolk, qui, contrairement à ce que pourrait faire croire son nom, n’est pas un pin, et dont l’expansion racinaire est telle qu’il pourrait menacer des habitations environnantes (notons, soit dit en passant, qu’il jouxte le Ministère d’Etat, que vous apercevez derrière…

Un dernier regard pour la place devant ce Ministère, près duquel un passant se repose…

George Segal, 1984, Man on the bench

Un dernier regard sur la sirène de Bosio, et je quitte le havre de paix où le Pavillon Bosio permet à de jeunes talents de se développer…