Un best seller de la franglophonie « Ma french bank »

Je ne sais si La Poste a voulu faire de la provocation, ou si des publicistes se sont déchaînés et ont voulu toucher une clientèle internationale, mais j’avoue avoir été partagée entre rire et colère en voyant cette annonce.
En effet, dans le bureau de poste d’une petite bourgade picarde, j’ai vu cette annonce, parmi les autres, apparemment insignifiante…

En écrivant le titre de cet article, j’avais spontanément remplacé le « ma » par un « my »… et c’est en recherchant l’illustration ci-dessus que je me suis aperçue de mon erreur ! Alors je vais vous demander de faire le test suivant : comment lisez-vous l’encadré en rouge, et est-il immédiatement compréhensible pour vous?

Je pensais par ailleurs qu’il s’agissait d’une publicité pour La Banque Postale. La recherche que je viens d’effectuer sur le net m’a appris que ce n’était pas du tout le cas. Il s’agit d’une filiale de celle-ci.

« La Banque postale a créé Ma French Bank (MBF) dans le but de séduire un public plus jeune et attirer les plus réfractaires au monde bancaire. Basée sur un écosystème 100 % en ligne semblable aux néobanques, elle promet un complément bancaire innovant en plus des établissements traditionnels. Malgré sa jeunesse, le concept a déjà séduit des centaines de milliers de clients en France et ambitionne bien plus dans les années à venir. » (source)

Le concept de frenchitude a été développé dans les différents messages publicitaires de ladite banque, à partir de petits clips mettant en scène différents types de client-e-s potentiel-le-s, en jouant sur les stéréotypes du Français/de la Française : French Fashion, French Lover… et même French baguette… S’y ajoutent bien évidemment les stéréotypes de genre : la femme est coquette, vit dans sa maison, tandis que l’homme travaille et mange sur le pouce, a une moto et va séduire… Vous pouvez voir ces clips dans un article qui leur est dédié ici.

Par la suite, ce sont les stéréotypes liés à la jeunesse qui ont été exploités : le French charmant, le French bordélique

Cette fois, on parle bien français : « ça le gonflait » ! Qui plus est, avec un beau jeu de mot relatif aux bouées…

Les jeux de mots d’un goût douteux sont caractéristiques de la marque : après « Ma French Bank entre en Seine », on a eu droit à cette publicité :

La Banque Postale veut rajeunir sa clientèle avec sa future banque mobile  Ma French Bank - Culture Banque

Et, pour finir, un jeu de mots parfaitement franglophone dans cette affiche (allusion à Cloclo?)…

Qui a conçu tout cela?

« Nous souhaitions concevoir, avec Publicis Sapient, une communication attractive pour les ados et rassurante pour les parents afin de valoriser l’App WeStart en zone de confiance intergénérationnelle. » – Héloïse Beldico-Pachot, Directrice Marketing et Communication de Ma French Bank. » (source)

Il y a eu deux vagues de campagnes publicitaires. Les spots présentés ci-dessus appartiennent à la première.

« Cette 1ère vague de campagne – appelée le « French Blast » – lance la marque avec cette conviction que « la vie c’est mieux en French ». Elle a été pensée pour intriguer et attiser la curiosité, et pour commencer à installer l’idée que si la vie c’est mieux en French, la banque c’est mieux avec Ma French Bank. » (source)

La seconde a eu lieu à l’occasion du lancement du compte WeStart. Voici ce qu’en dit Karen Weber, responsable marque et communication.

« Nous avions deux ciblages différents pour notre campagne de communication. Les parents d’un côté et les ados de l’autre. L’objectif était d’aller toucher les 35-50 ans pour qu’ils souscrivent à un compte pour leurs enfants. Nous avons mis en place un challenge TikTok pour toucher les adolescents et faire de la considération. Nous avions des objectifs de notoriété et de performance. Chez Ma French Bank, nous avons toujours ce double objectif quand on fait une campagne. De la notoriété car nous sommes encore une jeune marque et la performance : l’ouverture de nouveaux comptes. Nous avons toujours une approche ROISTE : combien de clients, pour quel coût d’acquisition ? » (source)

Résumons-nous : deux sortes de « jeunes » sont visés, les ados et leurs jeunes parents. Le lancement montrait plutôt des trentenaires « bobos »… une moyenne? Par la suite, on rajeunit, c’est « la génération Z » qui est visée, comme l’explique Louis Broccholici, chef de projet communication et marketing :

« Pour revenir sur l’activation TikTok, nous avons incité les jeunes de la génération Z à montrer leur créativité et à partager du contenu dans lequel ils utilisaient les filtres de Ma French Bank. L’objectif était de marquer le plus de points de la façon la plus originale, parce que la créativité est le gros atout de la plateforme. Bien évidemment derrière ce challenge, trois PlayStation 5 étaient à remporter par tirage au sort. Cette activation a généré 300 millions d’impressions, 100 millions de vues sur Tik Tok et 45 000 vidéos créées. C’est aujourd’hui l’un des best case de ce réseau social et d’ailleurs généralement TikTok l’utilise pour présenter ses projets. Nous sommes fiers de cette réussite et de la notoriété qu’on a générée grâce à ce challenge. »

Ma french bank - DooHit

Résultat de leurs cogitations conjointes : un QR code présent dans les VTC, destiné à éveillé la curiosité de celui ou celle qui se laisse transporter, et qui va ainsi être filmé à son insu, par « eye-tracking » (restons franglophone!).

« J’aime beaucoup l’intelligence artificielle qu’il y a derrière tout ça. La possibilité en une seconde de pouvoir identifier la personne qui est assise dans le VTC et définir l’audience que l’on souhaite toucher avec des critères prédéfinis (femme, homme, moins de 35 ans, etc…) pour avoir une publicité adaptée. C’est selon moi, le gros plus de ce média. Pour terminer, je dirais également que les analyses et les chiffres qu’apporte la régie, sont très précis par rapport à ceux de certains médias plus traditionnels. Là nous savons, grâce au système de l’eye-tracking dans la caméra de l’écran comme l’expliquait votre CEO Mikael Bes, que notre message a été lu, vu et sur combien de temps. Nous avons eu des analyses très précises et cela nous va très bien.« 

C’est ainsi qu’on en arrive aux groupes de jeunes adultes, gérant leur papier toilette…

« Plus qu’une campagne de publicité ou de promotion d’une nouvelle offre, nos visuels présentent une galerie de groupes d’ados, libres de vivre leur rapport à l’argent comme ils l’entendent, révélateurs de leurs identités et emblématiques d’une plastique de la culture jeune. Ils reflètent le vrai ton d’une génération, sont connectés à notre cible, naturels et authentiques, tout simplement. » – Louise Carrasco, photographe de la campagne.

Elephanz: nouvel album "Elephanz" - Paris Move

La musique du spot publicitaire (2019) – que vous retrouverez ici – est un extrait de Maryland, du groupe Elephanz. Regardez le clip officiel, il en vaut vraiment la peine et ne peut pas ne pas interpeller, me semble-t-il.

Interrogeant le genre et ses stéréotypes, il évoque l’aventure, la guerre, la séduction, et même les croisades…

MARYLAND | Romain Daudet Jahan

Et je me questionne encore sur le lien avec les paroles que voici :

Pas d’urgence mais j’atterris pas
Et plus j’y pense plus je plane je suis plus moi
Viens me chercher je suis pas normale

Quand on aime on ne compte pas des heures d’escale

Pas de panique si ça décolle
C’est un classique n’attendons pas l’automne
Toi tu hésites je me passionne
Pour ton ko qui gravite et qui tâtonne
C’est fou comme les heures font durer le bonheur
Je me refuse à regagner la terre

Split the oceans grab my hands
I won’t Maryland
Back into your arms
At your place
Split the oceans grab my hands
I won’t Maryland
Oh you break the distance
Baby

Premier vol mais d’humeur fatale
Contre tout vent je te kidnappe en rafale
Si t’es ok je suis raisonnable
Profite des derniers instants sur le sable
C’est fou comme les heures font durer le bonheur
Je me refuse à regagner la terre

Split the oceans grab my hands
I won’t Maryland
Back into your arms
At your place
Split the oceans grab my hands
I won’t Maryland
Oh you break the distance
Baby (2 fois)

Split the oceans grab my hands

I won’t Maryland
Oh you break the distance
Baby

Il me manque certainement des références culturelles (malgré une exploration du site sur le Maryland MDR) et, si vous pouvez m’éclairer, écrivez des commentaires…

En attendant, voici ceux d’un site spécialisé.

« Elephanz présente en collaboration avec Eugénie le titre Maryland, issu de son dernier album. Un cocktail électro indé d’où Romain Daudet-Jahan, réalisateur du clip, a fait surgir une aventure solaire à l’esthétique fabuleuse. Il transpose les Elephanz, en duo de Robinson Crusoë sur l’île de Maryland. Ici, la nature a repris ses droits, seule perdure la silhouette sombre et massive d’un blockhaus, échoué sur la plage comme épuisé par le temps. Reprenant les codes du roman d’aventure, de l’impromptu, et du jeu, Romain Daudet-Jahan conçoit pour cette version francophone du titre Elephanz, un scénario largement nourri des univers de Peter Pan (1902) ou de Jumanji (1981). Là, les brigands, se font guerriers vêtus de jeans cousus et recousus qui ne laissent entrevoir que leurs regards étincelants. Aux masques s’ajoutent leurs armes, des lances et bannières faites d’accumulations de couteaux et de talismans de toutes formes. Les capsules en métal se mêlent aux cuillères, les tissus troués par les mites, aux dagues de pirates. Les occupantes de l’île, véritables amazones portent les Elephanz dans la forteresse de béton nichée dans les dunes.« 

Franchement, je n’avais pas repéré Peter Pan… Quant à Jumanji, j’avoue… je ne connais pas.

Le roman, paru en 1981, a donné lieu à un film en 1995, puis à une série télévisée d’animation à partir de 1996 aux USA et 1997 sur France 3, puis à un jeu vidéo. Et devinez l’année de sortie du jeu? 2019, comme la banque. Belle coïncidence, non?

Acheter Jumanji: Le jeu vidéo Steam

Résumons-nous à nouveau. Une banque à l’image bien française à l’origine – car quoi de plus « french » que nos anciens facteurs? – crée une filiale pour les ados et leurs jeunes parents. Les publicités jouent sur les stéréotypes, l’humour plus ou moins fin, le langage « djeuns » et la branchitude. Et la musique évoque l’univers de la musique alternative, mais renvoie à un clip qui, lui-même, évoque les univers de l’enfance des générations Y et Z et les jeux vidéos qui les rapprochent… Voilà comment on passe de la French Fashion à Peter Pan.

Mais le pays imaginaire n’est pas celui que l’on croit. Et Peter Pan inventé par Disney n’est pas le vrai personnage.

« Le petit garçon qui ne voulait pas grandir naît autour de 1900. Peter Pan apparaît dans le Petit Oiseau Blanc de J.M Barrie puis il fait une pièce de théâtre autour du personnage. Enfin, il écrit un roman en 1911 sous le nom de Peter Pan and Wendy.
L’histoire est celle d’un enfant qui ne veut pas grandir et qui récupère les enfants morts, tombés du berceau ou abandonnés pour les envoyer au pays de “Neverland”. Ce personnage, loin d’être un enfant de chœur, est habité par une haine profonde des adultes. Un adage de l’île raconte qu’à chaque respiration, un adulte meurt. Alors Peter Pan s’amuse à respirer fort et haleter le plus possible pour tuer le maximum d’adultes. Il tue aussi les enfants perdus. Dès qu’ils grandissent, il ne veut plus d’eux sur cette île. Profondément égoïste, le héros a aussi perdu la notion de temps en étant bloqué depuis des années sur cette île.  » (Source)

L’authentique Peter Pan et son auteur, qui ne s’est jamais remis de la mort de son frère (source)

Voilà qui laisse à réfléchir… Mais revenons à des idées plus gaies…

Pour clore ce billet, un bel exemple de franglojeunophonie.

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Times Square à Montparnasse

Guillaume de Tonquedec, ça vous dit quelque chose ? Cela vous évoque un château fort des Côtes d’Armor ?

Image illustrative de l’article Château de Tonquédec
Château de Tonquedec

Vous n’avez pas tort. Il existe bien, et date bien du XIIème siècle, pour sa partie la plus ancienne. Il a été acheté – pardon, acquis ! -en 1636 par René de Quengo, seigneur du Rochay (ou du Rocher, comme vous voulez). Depuis, sa famille l’a revendu, puis racheté, puis revendu à la fin du XIXème. Voilà qui explique le nom complet de Quengo de Tonquedec.

Armoiries de la famille de Quengo de Tonquedec

Voyez-vous à quoi nous en arrivons? Pas encore ? C’est que vous ignorez que l’un des descendants de cette noblesse bretonne porte ce nom, avec les prénoms de Guillaume Emmanuel Marie… Vous commencez à comprendre ? Eh oui, l’acteur aux 3 Molière (je ne parle pas du César ni du Prix Beaumarchais) est d’origine noble. Vous ne le saviez pas? Moi non plus, au moment où j’ai commencé à écrire cet article, et donc à me renseigner un peu plus sur lui!

File:Guillaume de Tonquédec 2013.jpg

Mais revenons à Paris, 1er jour du mois de 2/22… et au Théâtre Montparnasse. A 17 heures, j’ai couru acheter des places à l’Office de Tourisme de Paris, l’un des kiosques où l’on peut acquérir des places de première catégorie à moitié prix le jour de la représentation – ce qui est idéal pour les imprévoyantes comme moi! -, direction le quartier… breton! coïncidence, me direz-vous. Oui, mais j’aime y croire, aux co-incidences… Et, le soir… un régal!

3 acteurs et 1 actrice, la parité n’est pas respectée… Mais la jeune actrice (28 ans) occupe le terrain, face à un acteur aussi « présent ». Camille Aguilar montre des facettes variées de son talent dans un rôle qui est loin d’être facile. Les deux autres acteurs m’ont moins convaincue…

Je ne vous raconterai pas le scenario, car cela vous priverait des surprises qu’il réserve.

Donc juste un mot pour vous dire « Allez-y ». Certes les décors sont tristounets, et la mise en scène peu inventive selon moi. Mais…

Le texte de Clément Koch est d’une grande richesse, et les allusions, jeux de mots, citations ont provoqué à maintes reprises les rires de la salle… Les acteurs sont investis dans leur rôle et nous font partager des tensions et émotions intenses. L’une des répliques m’a fait penser à l’un de mes amis qui fait du théâtre amateur. Je vous la livre (de toutes façons, vous l’auriez trouvé en ligne, par exemple ici).

« Quand je joue, c’est comme si j’avais plus de place pour moi à l’intérieur de moi. Je sais, c’est un peu tordu à dire, mais c’est ça que ça me fait. De la place.« 

Ce n’est pas Guillaume de Tonquédec, alias Matt Donovan, acteur sur le déclin, qui la prononce, mais Camille Aguilar, alias Sara (« surtout sans H« , comme elle le répète) Bump, serveuse dans un bar, actrice en devenir.

Et surtout, le thème même, une réflexion sur la question « Qu’est-ce qu’être acteur/actrice? », thème passionnant en soi, est traité avec finesse…

Locavore ?

Dans l’article précédent, une photo mal prise montrait un panonceau, encourageant à devenir « locavore ». Pour un ou une latiniste, cela signifierait « qui mange un lieu »… pas le poisson, non, un « lieu » au sens géographique du terme. Et encore, avec une faute de latin!

Or, vous n’êtes peut-être pas sans savoir que cela signifie « qui mange local », qui suit les principes du « locavorisme ». A une ânerie linguistique s’en ajoute une autre. Mais nous ne sommes pas là pour parler « langue »…

Me voilà donc à nouveau plongée dans les méandres de l’Internet, à partir des questions que je me pose…

"Locavore" : Définition, Avantages / Inconvénients, Histoire... On vous dit tout !
Copié sur le site « Mangeons local« 

Bien sûr, comme tout le monde j’aime aller au marché du coin, acheter les légumes ou fruits produits sur place, discuter avec la jeune femme qui fait du fromage de chèvre, avec celle qui produit sa bière artisanale… J’encourage les AMAP et vais même jusqu’à expliquer autour de moi aux personnes qui ignore de quoi il s’agit ce que c’est… J’apprécie d’aller acheter des crevettes ou du poisson directement à la sortie du chalut… Mais suis-je pour cela « locavore »?

Revenons à la langue… Je commence à comprendre… le terme n’est pas français, il est né aux Etats-Unis.

« La première occurrence du terme est le fait d’un article, signé à trois mains, dans la rubrique alimentation du San Francisco Chronicle, « trois locavores ou trois femmes qui mangent local ». Il a surtout été rapporté à l’une d’entre elles, Jessica Prentice, dont le blog consigne les différents éléments de contexte et dresse un portrait du mouvement Local Food en Californie dans les années 2000. » (source)

Vous pouvez l’entendre prononcer le mot en anglais dans ce documentaire.

Les sites pullulent, qui argumentent pour ce mouvement, et culpabilisent les consommateurs/trices dont je suis, qui continuent à aimer les produits exotiques en tout genre, soit parce qu’ils ou elles ont été « locavores » dans un pays éloigné, soit tout simplement par goût. Certains donnent des adresses pour s’approvisionner ou aller manger, comme Le Bonbon.

Une question vient cependant à l’esprit de celle qui a vu se débattre les agriculteurs/trices, riziculteurs/trices, producteurs/trices de fruits comme les agrumes, les mangues, les avocat-e-s, les fruits de la passion… ces mêmes personnes qui sont déjà victimes de la mondialisation, de la main-mise européenne, américaine ou asiatique sur les circuits d’approvisionnement, de transport et distribution, vont-elles devoir subir les conséquences de cet engouement pour le « local ». Citoyen-ne-s du Monde, le Monde n’est-il pas notre « local »? Alors oui, bien sûr, le circuit court, toutes les fois où on peut, mais ne condamnons pas à être encore plus pauvres celles et ceux qui produisent, souvent difficilement, des aliments que nous aimons… Au contraire, aidons-les à trouver d’autres circuits pour faire venir leurs productions jusqu’à nos marchés, de la manière la plus écologique possible, certes, mais aussi la plus efficace et profitable pour elles et eux…

« Dans un pays où les alertes à la nourriture contaminée sont fréquentes et où deux tiers de la population présente une surcharge pondérale, les habitants ne touchent plus à leurs assiettes sans culpabilité. Il n’y a pas si longtemps, les Américains se moquaient de José Bové. Aujourd’hui, ils réévaluent leur mode de vie. Comme on dit à la ferme, mieux vaut tard que jamais. » (Corinne Lesnes dans Le Monde)

Les extrêmismes sont tous aussi dangereux… Et je continuerai à aimer les bons produits des régions où je suis, mais aussi à varier mon alimentation en évitant au maximum de participer à la paupérisation et à l’exclusion d’une partie de la population mondiale, en particulier africaine… et en refusant de me laisser culpabiliser et manipuler par des fanatiques et des « bien-pensant-e-s », quel-le-s qu’ils ou elles soient, locavores ou autres… sans compter que parfois, cela prend une tournure un peu « chauvine ».

Locavore d'Oc | Le Petit Agenda
Mâcon Prissé pour manger local - Locavor.fr
Locavor Alençon | locavores.fr

Un récent sondage posait ainsi la question :

« Sondage : Quel consommateur êtes vous ?

  • Un locavore parce que je privilégie les achats de produits locaux.
  • Un mondiavore parce que je veux bénéficier d’un choix plus large de produits« 

Alors qu’on sait à quel point les catégorisations provoquent des exclusions et risquent d’entraîner des conflits, pourquoi en ajouter de nouvelles? Ne sommes-nous pas capables de concevoir ce qui est nocif, nuisible et ce qui ne l’est pas?

Murmuration

Quel joli mot, n’est-ce pas? Connaissez-vous ce terme? Ce n’était pas mon cas, lorsque je l’ai découvert cette semaine dans la Lettre de Thot Cursus à laquelle je suis abonnée. Depuis, bien évidemment, je me suis informée sur son sens.

Le CNTRL ne le connaît pas. Il s’agit donc d’une création récente, voire d’un néologisme?

Ah non! une autre recherche, toujours sur ce site, aboutit à une définition : « Bruit de protestation, de mécontentement, de plainte, de récrimination ». Ah ? J’espérais quelque chose de plus poétique! Elle provient du Dictionnaire du Moyen Français. « Voici encore une de mes lacunes ! », me dis-je, en me précipitant pour comprendre de quoi il ressortait. D’un dictionnaire conçu tout récemment par une équipe de l’Université de Lorraine, pour couvrir une période dont le terminus a quo (encore une découverte terminologique : la date de début, en français vulgaire) est 1330 (avant avènement des Valois et guerre de Cent Ans) et le terminus ad quem (limite de fin) est 1500 (les guerres d’Italie correspondent à une forte modification de la langue). Si la genèse de ce dictionnaire vous intéresse, vous pouvez lire cet article en ligne.

Bref, le terme était utilisé durant cette période, soit avant 1500… pas nouveau! Mais, visiblement, moins ou non utilisé par la suite?

Pas vraiment non plus. Et là, nouvelle surprise : ce phénomène ne s’entend pas (enfin, presque), mais se voit… Et vous en avez toutes et tous vus! Moi-même j’ai souvent tenté de le photographier, sans grand succès : on le doit aux oiseaux ou insectes en vol. Je vous conseille de regarder cette petite vidéo, vous comprendrez mieux.

Encore une surprise : son exploitation dans des chorégraphies, comme ce Projet Murmuration de Sadeck Berrabah, qui en a fait un ballet extraordinaire dont vous trouverez un extrait ici. Le Ballet des Lucioles est visible dans une autre vidéo.

En ce sens, le spectacle de Veronal dont je traitais dernièrement comporte des murmurations. Ce sont d’ailleurs les morceaux que j’ai préférés!

Revenons à l’article qui a suscité mes questionnements.

« On s’intéresse à ce phénomène dans plusieurs disciplines, par exemple, pour la coordination de centaines de drones, dans les techniques de contrôle des foules, dans l’élevage d’espèces grégaires, en marketing et même en éducation. Le phénomène pose aussi d’intéressantes questions en philosophie et en sociologie.

Certes nous prétendons à un certain libre arbitre comme individu, mais nous consentons dans plusieurs situations à adopter les idées et comportements communs à un groupe et de là à concentrer notre attention seulement sur certains éléments. Vu de l’extérieur, plusieurs mouvements sociaux sans coordination correspondent à une murmuration, manifeste du partage des mêmes référents par des milliers sinon des millions de personnes et que des intelligences artificielles ont tôt fait d’amplifier sur les réseaux. »

Pourquoi s’intéresser à cela dans le domaine auquel se réfère Thot Cursus?

« L’école est le principal vecteur de la transmission de référents communs à une société. La murmuration n’a pas de coordination, mais elle peut être influencée. La liberté académique vient avec une certaine responsabilité de ne pas enseigner n’importe quoi ni d’en sous-estimer la portée. Je suis toujours surpris du peu de considérations sociales quand vient le temps d’enseigner l’économie, le marketing ou même la santé. Certaines idées qui ne se situent pas dans le courant matérialiste sont systématiquement écartées. Nous avons le droit d’étendre notre vision au delà de notre seul groupe, sous peine de voir nos capacités de réflexion réduites à «quelques éléments simples et faciles à interpréter». »

Les articles de ce dossier montrent des expériences passionnantes autour de la question « Jusqu’où irions-nous pour nous conformer au groupe », comme reporté dans le film I comme Icare.

« Lors de son procès, le criminel nazi, Eischmann explique qu’il n’était pas difficile pour lui d’envoyer des milliers de personnes à la mort… puisque le langage bureaucratique facilite cela. Le « Amtssprache » ou « langage bureaucratique » dans lequel le locuteur n’assume aucune responsabilité de ses actes ; toute initiative individuelle est inexistante.« 

« D’un point de vue purement cinétique,la murmuration des oiseaux a été modélisée, elle répond à deux règles simples:

  • chaque oiseau réagit à ceux qui l’entourent (5 à 10 voisins)
  • n’importe quel individu peut initier le mouvement du groupe« 

Autrement dit, on passe vite des mouvements collectifs d’oiseaux à des mouvements de foule dangereux, qu’ils soient physiques ou idéologiques… Mais aussi, d’un point de vue plus optimiste, on peut en arriver à l’intelligence collective, ce à quoi aboutit cet article : Les hommes savent-ils murmurer? Dont le titre se poursuit par « ou préfèrent-ils percoler? »

L’exemple des cyclistes qui se coordonnent est proposé dans un autre article sur le même thème.

Mais on observe bien des murmurations dans les villes si l’on filme longtemps et accroît la vitesse des images, comme dans cette vidéo sur Osaka, qui m’a rappelée un très beau film muet vu autrefois. Cela m’a remémoré un film que j’avais adoré, lors de sa sortie, voici quelques années, voire décennies. Dans mon souvenir, il était de Coppola. Mais apparemment non, je ne le trouve pas sur le net. L’avez-vous vu? Une suite d’images aux lumières éblouissantes, montrant les voitures dans une ville à gratte-ciel, sur une musique époustouflante. Ni acteur, ni parole. Qu’images et musique. Si vous en avez une idée, merci de mettre un commentaire, ça me ferait plaisir de le revoir… et c’était bien de la murmuration d’humains.

Des vidéos sont également présentées dans le dossier, pour réfléchir à ce type de phénomène et à ce qu’il peut entraîner de positif ou négatif. Phénomène que l’usage du numérique permet d’amplifier, au travers des réseaux. Je vous invite à lire l’intéressant article sur les foules numériques, tout à fait en lien avec l’actualité récente et le futur proche…

Les arts se sont emparés du phénomène, comme le montrent quelques exemples, comme ce magnifique film du photographe Xavi Bou.

Une exposition en 2020 regroupait des oeuvres autour de ce thème.

Murmurations

Le terme apparaît aussi dans le titre d’oeuvres littéraires, comme le livre de Robert Lock, où l’auteur utilise le « pattern » pour évoquer la vie d’individus en 150 ans.

Murmuration par Robert Lock

Finissons, si vous le voulez bien, par une note d’humour…

Green Humour

Ecoinçon

Celles et ceux d’entre vous qui me lisent depuis longtemps savent à quel point j’aime apprendre de nouveaux mots. J’ai été gâtée cette semaine, avec un florilège de termes qui n’appartenaient pas à mon vocabulaire. En voici un exemple : « écoinçon ».
Avez-vous une idée de son sens?

Si vous le décomposez et en recherchez la « racine », vous pouvez trouver… Alors que moi, je ne l’ai pas compris d’entrée de jeu dans le contexte où il était employé.

Il s’agissait – souvenez-vous, si vous avez lu l’article précédent sur le théâtre des Champs-Elysées – de la description de la salle. Le lustre, les peintures de Maurice Denis… vous y êtes? Je cite : « Il y illustre quatre thèmes dans les écoinçons« . Or, le lustre est rond, et la forme globale de ce que l’on serait tenté de dénommer « plafond » est… je ne sais comment dire? … ovaloïde?

Vous aviez peut-être, comme moi, pensé à « coin ». Mais des coins dans des ronds ou des ovales, voilà qui est original ! Me serais-je trompée ?

Que nenni ! Il s’agit bien d’un mot forgé à partir de « coin ». Alors, me direz-vous ? Comment se fait-ce ?

Le CNTRL précise que le terme est apparu en 1331 sous la forme « escoinson » (L. Delisle, Actes Normands de la Chambre des Comptes sous Philippe de Valois, 28). Mais a disparu jusqu’en 1798, date à partir de laquelle il est orthographié tantôt « écoinson », tantôt « écoinçon ».

Bien gentil de nous donner étymologie, histoire et orthographe, me direz-vous, mais cela ne nous donne pas sa signification !

Résumons-nous : cela vient de « coin », est employé en architecture et en menuiserie/ébénisterie… Bon, d’accord, je cède, le plus simple est de citer les définitions officielles:

A.− ARCHITECTURE

  1. Pièce de menuiserie ou de maçonnerie, souvent décorée, établie à l’intersection de deux murs et formant encoignure : … l’architecture naît d’une adaptation du nombre à la pierre; puis la sculpture, c’est-à-dire la forme spirituelle, naît de l’architecture, s’étire sur la colonne, s’inscrit aux courbes des voussures et des tympans, aux étroitesses des écoinçons. Cassou, Panorama des arts plastiques contemp.,1960, p. 676.2.P. méton.

2. Pierre qui forme l’encoignure de l’embrasure d’une porte ou d’une fenêtre. Les douze écoinçons des six dessus de portes de l’hôtel de ville, que Carrière vient de peindre (Goncourt, Journal,1892, p. 259).

B.−AMEUBL. Partie qui est située à l’angle d’un meuble ou d’une partie du meuble. Écoinçons de l’abattant, des vantaux.Les pieds des meubles restent légèrement galbés, les panneaux carrés ou rectangulaires sont échancrés et une rosace est placée dans l’écoinçon (Viaux, Meuble Fr.,1962, p. 111).

Meuble en écoinçon. Meuble construit pour être placé à l’angle d’une pièce. Armoire en écoinçon (Fonv.1974).

Mais alors, objecterez-vous à juste titre, pourquoi parler d’écoinçon dans ce cas de formes « sans coins »?

J’ai trouvé un autre sens au terme, dans les beaux-arts, en recherchant les oeuvres du peintre.

Voyez ceci. Les écoinçons seraient les parties restantes lorsque l’on dessine un ovale sur un support rectangulaire. Ou un cercle sur un support carré.

Maurice Denis. Motif décoratif dont un tondo avec écoinçons. (1928)
(Source)

Un article très intéressant montre comment le peintre s’est vu contraint à peindre les Béatitudes dans les écoinçons de l’Eglise Saint Louis de Vincennes. En voici un exemple:

Ecoinçon nord-ouest de l’Eglise Saint Louis de Vincennes

« Dans cette église à l’architecture très novatrice, de plan carré, Maurice Denis ne trouve évidemment pas le contexte habituel des églises anciennes. En particulier, les murs des trois façades autres que celle du choeur sont occupés par d’immenses verrières en béton. C’est dans les écoinçons des quatre grands arcs délimitant tout le volume de l’église qu’il est envisagé de placer les fresques des « Béatitudes », à l’intérieur de « panneaux ronds ». » (Source)

Il ne reste plus qu’à trouver des images de l’ensemble de l’oeuvre. Pas facile! Et seule la maquette au 10ème est accessible sur le net.

Maquette au dixième de la coupole du théâtre des Champs-Elysees_0
Maquette au dixième de la coupole du théâtre des Champs-Elysées. Maurice Denis (1911 ou 1912) (Source)

On voit nettement la partition en 4, avec des parties plus étroites séparant les fresques. Dans chacune, un rondo et… des écoinçons !

Quittons la peinture et le théâtre pour d’autres environnements agrémentés d’écoinçons. Beaucoup de hauts reliefs sur les façades des églises, notamment autour des portails.

Détail du décor sculpté de l’une des façades sur cour du château de Louppy-sur-Loison (Meuse). © Bernard Galéron (Source)
Source : culture.gouv.fr

Pour ce qui est du mobilier, vous l’avez vu, il y a deux sens. Soit le meuble lui-même est « en écoinçon », c’est-à-dire destiné à meubler une encoignure.

Fauteuil en écoinçon Louis XV - Meuble de style
Fauteuil en écoinçon Louis XV

En plus moderne, voici ce que cela donne :

Christian GRATIA d'une paire de fauteuils d'écoinçon
Christian Gratia, Fauteuil d’écoinçon (source)

Soit il y a des écoinçons sur les meubles (mais aussi sur des parquets).

écoinçon à la grecque
Ecoinçon à la grecque

Je vous laisse jouer à les repérer sur les photos ci-dessous…

Petit meuble chinois en bois naturel et écoinçons (source)
Miroir en bois de placage à décor marqueté d'écoinçons de bois clair. |  Miroir bois, Miroir, Decoration
Miroir en bois de placage à décor marqueté (source)
Tapis Orient en laine et coton, le champ marine à
Tapis d’Orient (source)

Je terminerai par un tableau, dont les écoinçons sont particulièrement « parlants ».

Peintre anonyme, Le duc d’Angoulême remettant la médaille de bronze à l’ébéniste François Baudry, 1827, huile sur toile, Paris, Arts décoratifs, inv. 2009.169.1.

Je vous conseille de lire le billet de l’auteure… Katia Schaal, « Des médailles aux écoinçons d’une remise de médaille », publié dans le carnet de recherche Au revers de la médaille, le 20/08/2019, https://medaille.hypotheses.org/489.

C’est à vous… Repérez des écoinçons autour de vous et placez la photo en commentaire ?

Des Essais transformés…

Vous l’avez deviné, il ne s’agit pas de rugby. Même si je me suis de temps à autre, pour des raisons affectives et/ou amicales, intéressée à ce sport, le préféré de mon grand-père gascon, pratiqué par mon cousin et par des amis, ainsi que pour des raisons professionnelles, en raison de la démarche « Scrum » prônée dans le management agile. Mais je ne m’y connais pas assez pour disserter ou divaguer sur ce blog à ce sujet (même si l’envie m’en est venue le jour où une émission de radio mettait en exergue le débat sur le genre : football connoté masculin, rugby connoté féminin).

Donc, disais-je, pas de rugby.

Vous commencez à deviner…

Mais oui, bien sûr, il s’agit du livre que j’ai appréciée lors de mon adolescence, parce que l’hédonisme commençait à poindre son nez et n’était pas encore entré en conflit avec l’épicurisme dans un cerveau non encore (dé) formé.

L’auteur dont j’ai adopté la devise « Que sais-je? ».
Celui qui défend son amitié amoureuse avec celui qui a disparu.
Celui qui se réfugie dans sa « bibliothèque » pour fuir le bruit du monde…

Mise en scène et jeu de l’acteur, tout est excellent. La mise en scène est extrêmement sobre et ne joue que sur les indices : cloches, bassine pour se laver, vêtements… Mais cela suffit à filer la métaphore une journée / une vie.

Hervé Briaux joue de tous les registres, sa diction est parfaite, et il épouse par le ton, la voix, le jeu, les idées de Montaigne.

Quant au texte, je l’ai acheté à l’issue du spectacle, bien que j’aie déjà dans ma bibliothèque au moins deux exemplaires des Essais. Pourquoi? Tout simplement parce que j’ai aimé la sélection faite. Les extraits choisis composent une nouvelle oeuvre, parfaitement cohérente.

Je ne vous en citerai que des « extraits d’extraits », afin de vous laisser le plaisir de découvrir les autres.

« Il faut toujours avoir ses bottes aux pieds et être prêt à partir » (suivi d’un développement sur l’inepsie d’anticiper et de craindre, voire de souhaiter mourir de vieillesse).

Montaigne a été élevé en langue latine, et ne pouvait ignorer le poème d’Horace (22-23) extrait des Odes :

« Tu ne quaesieris, scire nefas, quem mihi, quem tibi
finem di dederint, Leuconoe, nec Babylonios
temptaris numeros. ut melius, quidquid erit, pati.
seu pluris hiemes seu tribuit Iuppiter ultimam,
quae nunc oppositis debilitat pumicibus mare
Tyrrhenum. Sapias, vina liques et spatio brevi
spem longam reseces. dum loquimur, fugerit invida
aetas: carpe diem, quam minimum credula postero. »

Traduit ainsi par Leconte de Lisle en 1873 (eh oui, il n’a pas écrit que La Marseillaise!)

« Ne cherche pas à connaître, il est défendu de le savoir, quelle destinée nous ont faite les Dieux, à toi et à moi, ô Leuconoé ; et n’interroge pas les Nombres Babyloniens. Combien le mieux est de se résigner, quoi qu’il arrive ! Que Jupiter t’accorde plusieurs hivers, ou que celui-ci soit le dernier, qui heurte maintenant la mer Tyrrhénienne contre les rochers immuables, sois sage, filtre tes vins et mesure tes longues espérances à la brièveté de la vie. Pendant que nous parlons, le temps jaloux s’enfuit.
Cueille le jour, et ne crois pas au lendemain
« .

« Tout ce qui peut être fait un autre jour, fais-le aujourd’hui. » Cela dit, non pour le travail, mais pour les plaisirs...

« Ces plaisirs leur eurent bientôt donné un doux gage de leur amour, une fille qui attira les dieux et les hommes dès qu’on la vit. On lui a bâti des temples sous le nom de Volupté.

Les Amours de Psyché et de Cupidon, II »

« Quoi que disent les philosophes, le but ultime de notre visée, c’est la volupté ».

« … de tous les plaisirs que nous connaissons, la poursuite même de ces plaisirs est attrayante. Il faut empoigner les biens et les plaisirs présents, ici et maintenant, car nous n’avons aucune prise sur les choses à venir. »

Pour finir, un passage qui m’a réconfortée, moi qui ai des difficultés à accepter mes paradoxes et tensions internes…

« Toutes les contradictions se trouvent en moi. De bonne humeur – de mauvaise humeur, intelligent – obtus, timide – insolent, bavard – taiseux, dur à la peine – paresseux, menteur – véridique, chaste – luxurieux« .

J’espère que cette sélection dans une autre sélection vous aura plu, et donné envie d’aller voir ce spectacle court mais qui marque l’esprit…

Un dimanche après-midi radiophonique…

En revenant de week-end, j’écoute toujours France Musique, car je reste étonnée de la conversation quasi-surréaliste pour moi entre les expert-e-s musicaux/ales, qui commentent des interprétations différentes d’un même air. Aujourd’hui, il s’agissait de quelques Polonaises de Chopin.

Frédéric Chopin / d'après le portrait de P. Schick (1873) | Gallica

Le ton sentencieux, les débats derrière une entente cordiale, les coups bas au-delà de l’apparente courtoisie, le jargon utilisé sans souci de la compréhension possible par les auditeur-e-s… tout cela me laisse pantoise. Le tout pendant une heure et demie… de quoi faire Le Tréport-Beauvais, en admirant au passage la superbe vallée de la Bresle. C’est finalement Rubinstein qui l’a emporté, malgré des dissensions évidentes autour des 5 autres pianistes (pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas cette émission, codés par des lettres, de A à F. Premier morceau : deux éliminés. Deuxième : un éliminé. Restent en lice 3 interprètes pour le dernier morceau, en l’occurrence l’Opus 53, connu sous le nom d’Héroïque.

Un podium où l’on ne retient que la médaille d’or, en quelque sorte. Je ne sais pas si c’est exactement cette version, mais j’ai trouvé pour vous en ligne ce film, où on le voit jouer en personne…

Pour finir le trajet, en entrant dans la banlieue parisienne, je me suis redirigée sur France Inter car j’avais entendu le programme : c’est Claude Lelouch qui était l’invité dans l’émission Hors Piste, à l’occasion de la sortie de son nouveau film « L’Amour, c’est mieux que la vie ».

Plusieurs surprises à l’écoute de cette émission. Mais je dois d’abord dire que, si j’aime des films de Lelouch, je ne le connais pas spécialement en tant qu’homme. J’ai apprécié sa sincérité. Il ne cherche pas à frimer, visiblement. Et semble extrêmement émotif. Une première surprise : les hommes qu’il a déclaré admirer. Dans l’ordre où ils ont été cités : Bernard Tapie, Jean-Paul Bnelmondo, Johnny Hallyday, et… Dupond-Moretti, dont j’ai appris à cette occasion qu’il avait joué un procureur dans ce film :

Soudain, un chanteur. Une affreuse chanson, totalement « has been », une voix comme je ne les aime pas… surprise, à nouveau : c’est… Tapie… Vous pouvez le voir ici, chantant « Réussir sa vie » (le titre vous étonne?). De lui, Lelouch dit « Il était sincère, quand il trichait ».

Autre surprise, belle, celle-ci : une chanson interprétée par Jean Gabin, une chanson qui me parle : « Je sais ». Si vous avez un moment, écoutez-la… , ici par exemple. Je ne l’ai malheureusement pas en film authentique…

Une autre encore : 7 enfants (de plusieurs femmes), dont chacun-e porte un prénom commençant pas un S : Salomé, Stella, Simon, Sarah, Sachka, Shaya et Sabaya. En l’honneur de son père Simon… et d’ajouter que les mères n’avaient pas le choix…

Enfin, la dernière : dans la chanson célèbre du film Un homme et une femme, ce n’est pas « Chabadabada », mais « dabadabada », qui a été inventé au départ pour combler les vides des paroles non encore écrites, puis gardé pour laisser, dit-il, à chacun et chacune la possibilité d’imaginer sa propre histoire. Je vous ai proposé la version avec film, mais la véritable version de la chanson, la voici, sur une archive de l’INA.

Quelques phrases de l’entretien…

« La seule chose qui nous appartienne, c’est le présent ».

« La mort est une récompense, c’est une promotion… je crois beaucoup au recyclage, au recyclage des âmes… On a tous les qualités de nos défauts… »

Petite parenthèse : une déception après l’émission, car il n’a pas inventé cette expression. Elle court sur le net, sans que j’aie pu comprendre qui l’avait initiée…

« Je crois que si je crois en Dieu, c’est parce que j’ai beaucoup observé le monde ».

Enfin, l’épitaphe qu’il souhaiterait sur sa tombe : « A suivre »

Le jeu d’Anatole

Le Lucernaire propose souvent des spectacles intéressants, originaux, voire drôles. C’est le cas en ce moment, avec ce que je ne sais comment la désigner, la « pièce » intitulée « Le jeu d’Anatole ou Les Manèges de l’Amour ».

Imaginez une scène exigüe, sur laquelle trois à quatre personnages tiennent à peine ensemble.

Et une mise en scène permettant de la transformer en salon, en restaurant, en salle de spectacle, et en belvédère… Une vraie gageure, un pari réussi pour le metteur en scène, Hervé Lewandowski.

Anatole est le stéréotype de l’homme assoiffé de conquêtes. Il se heurte, durant sa vie, à d’autres stéréotypes, de femmes, cette fois. Femmes diverses, tant par la condition sociale que par le style et par le caractère, par les choix de vie aussi. De la « cocotte » pseudo-artiste à la femme bourgeoise, elles se succèdent dans sa vie – et dans son lit – sans qu’il parvienne à les comprendre. Pour les interpréter, une seule actrice.

Mélodie Molinaro est surprenante, inattendue, enjouée, terriblement vivante, et impressionnante dans les diverses facettes de « la femme idéale », qui sont ainsi représentées successivement, jusqu’au dénouement inattendu. Elle chante, danse, virevolte, mais aussi pense, joue et se joue de l’Homme, et émeut…

L’ami fidèle, qui observe, commente, enregistre les méandres des amours d’Anatole, est interprété par Yann Sebile, terriblement séduisant avec sa redingote et son chapeau haut-de-forme…

Quant au troisième homme, il change de costume, de rôle, de ton, tout au long de la pièce, dans une succession incroyable de « seconds rôles ». Tous les personnes incarnés par Guillaume Sorel contribuent à « créer le décor », rendre compte de l’époque et du lieu… et faire rire les spectateurs/trices…

Enfin, proche de la scène, un acteur « invisible » mais pourtant très présent : le pianiste, qui est parfois « convoqué » par les autres, comme un des personnages. Son jeu permet d’évoquer les époques, par des interprétations situées de la musique d’Offenbach, qui accompagne les chansons ou devient fond sonore.

Car la musique est omniprésente et nous entraîne ailleurs, encore ailleurs, dans l’espace comme dans le temps.

Bref, vous l’avez compris, j’ai aimé ce spectacle, qui fait voyager, chantonner, danser sur son siège, et qui fait rire tout en étant au final très profond…

Pour en découvrir davantage, vous pouvez regarder ceci. Mais je vous le déconseille si vous envisagez d’aller voir la pièce… Mieux vaut se laisser surprendre, non?

En différé d’Avignon (1)

Le correspondant de mon blog en Avignon est reparti travailler, mais continue à m’envoyer ses articles sur les spectacles vus. Au total, il a assisté à 21 d’entre eux… je n’en suis qu’au cinquième! Il va donc falloir que, de mon côté, j’accélère la cadence de publication et, du sien, qu’il finisse la rédaction des derniers d’entre eux !

Aujourd’hui nous allons vous parler encore d’une pièce.

Acid Cyprine

Résumé du spectacle sur le site du Off

« Acid Cyprine, c’est : un cri de contestation, une rébellion ludique et tragique contre et avec nos limitations pour réinterroger les espaces possibles de libertés dans nos corps, nos vies sociales et intimes de femmes. D’hommes. D’humains. La démesure du clown comme l’engagement physique sont les principaux outils pour flirter avec le quotidien, créer un décalage percutant sur ces sujets brûlants. Quatre femmes sur scène en rapport direct avec le public, s’interrogeant sur la/les libertés des femmes d’aujourd’hui, les tabous, les clichés, les responsabilités des hommes et des femmes dans la perpétuation d’un système machiste. »

Encore une critique en demi-teinte, de la part de Philoskéné…

L’avis du spectateur

« Beaucoup d’énergie de la part des 4 actrices et des bonnes trouvailles tout au long du spectacle. On ne s’ennuie pas du tout et l’on rit de bon cœur.
Mais le propos un peu « déjà vu » sur les heurs et malheurs des femmes victimes des hommes ( et d’elles-mêmes) mais surtout une mise en scène décousue n’en font pas un spectacle totalement accrocheur pour qui n’est pas trop amateur de pièces à sketches
. »

Une question naïve alors : si l’on n’est pas amateur de pièces à sketches (ce qui est mon cas, soit dit en passant), pourquoi choisir ce type de pièce dans une ville qui en propose une multitude d’autres?

Et une seconde : si l’on n’est pas spécialement féministe, pourquoi choisir cette thématique dans le choix parmi une multitude d’autres aussi?

Il faut avouer que les images diffusées dans la presse locale (qui a par ailleurs encensé la pièce) confortent les stéréotypes concernant les femmes qui luttent pour l’égalité!

Festival d'Avignon | Acid Cyprine : un gros coup de cœur | La Provence
Source : La Provence

En direct d’Avignon (4)

La Maison du Loup

Résumé du spectacle

Voici le résumé tel que présenté sur le site du Off…

« Été 1913. Depuis sa libération, Ed Morrell se bat pour que son ami, Jacob Heimer, échappe à la peine de mort. Frappée par ce combat, Charmian, épouse du célèbre écrivain Jack London, invite Ed dans leur vaste propriété « La Maison du Loup ».
Son objectif est de provoquer chez Jack, en perte d’inspiration, une sorte d’étincelle. Ed parviendra- t-il à sauver Jacob… ? Jack London écrira-t-il un nouveau roman… ?

Puis la mise en appétit de L’info Tout Court :

« parce qu’on adore Benoît Soles et que l’on se réjouit de découvrir sa nouvelle collaboration avec Tristan Petitgirard après La machine de Turing. Et c’est sur les pas de Jack London, en 1913, qu’ils nous emmènent cette fois. On retrouvera également Anne Plantey (Adieu Monsieur Haffmann) et Amaury De Crayencour (La machine de Turing) dans la distribution. Du talent en perspective.« 

Et le commentaire mi-figue mi-raisin (nous sommes dans le Sud!) de Philoskéné :

« Un décor soigné, une mise en scène rigoureuse, de très bons acteurs … pourquoi reste-t-on un peu en deçà de ce spectacle? Peut-être l’impression de déjà vu pour ceux qui ont applaudi (ou pas) à la précédente pièce « la machine de Turing » de Benoit Soles, ou peut-être le propos quelque peu convenu ou attendu du récit ?

Pourtant l’évocation de La rencontre de Jack London et de sa partenaire avec Ed Morell – ancien forçat – ne manque pas d’intérêt .
Le festivalier du Off est-il désormais blasé ou trop exigeant ?
« 

Voilà qui ressemble fort à une mise en cause de soi-même, en tant que « festivalier »!!!