Non, il ne s’agit pas de « beuze » ou autre substance, mais d’un charmant village d’ostréiculteurs, sis en face d’Arcachon, sur le cap. Une chance de le découvrir en hiver, car il paraît qu’il est envahi l’été, et même hors saison, par les touristes. En ce matin de Noël, il était quasi-désert, ce qui m’a permis une balade sereine et des dizaines de photos. Rassurez-vous, je ne vais pas vous en gaver, mais vous en proposer quelques-unes seulement.
Ostréiculture
Omniprésente dans le village, qui porte les traces de son activité principale.
La pêche n’est cependant pas oubliée, non sans une pointe d’humour.
Art et humour
On sent la joie de vivre dans ce village, qui cultive visiblement le rire et le sourire.
Couleurs et fleurs
Ce n’est pas la saison de la floraison, mais on devine ce que cela doit être quand la nature se réveille… En attendant, maisons et objets rivalisent de couleurs…
Lieu choisi par mon fils, qui le fréquente souvent (hors saison, bien sûr, car il m’a expliqué combien le cap est insupportable l’été en raison du flux touristique)… Et que j’ai découvert avec plaisir. Un endroit hors du temps, au milieu d’une pinède, et dont l’architecture s’inscrit bien dans cet environnement. Un exemple : la vue depuis ma table de petit-déjeuner…
Mais avant de vous présenter les détails, le plan proposé par le site du Domaine… Bien sûr, échelle non respectée entre le domaine et les bourgs environnants!
Une petite promenade? Allons-y… On commence par l’accueil? Ou plus exactement le passage qui conduit de l’accueil aux autres lieux, car, comme vous le savez, j’évite les photos de personnes, et donc du personnel fort aimable en charge de cet accueil…
Nous voici dehors… à gauche, la partie extérieure d’une piscine qui se poursuit à l’intérieur, avec hammam (efficace) et sauna (un peu trop petit hélas).
Nager sur le dos, de nuit, en regardant les étoiles… Je n’aurais jamais cru pouvoir le faire la nuit de Noël en Aquitaine! Eh bien, si… et ce fut un vrai moment de sérénité!
Mais revenons à l’arrivée, et à la recherche du lodge.
Le Cap… Ah! le voici!
Ouverture de porte un peu compliquée, alliant mécanisme et électronique. J’y parviens quand même et découvre un intérieur tout aussi naturel et recherché que le reste.
Celui-ci est petit. Mais d’autres membres de la famille en avaient un destiné à quatre personnes, dont la salle de séjour fut assez grande pour accueillir les trois générations du réveillon familial!
Le matin, direction la salle à manger. Mais un objet attire mon regard, lorsque je sors du lodge.
J’allais en remercier des membres, lorsque je m’aperçois que leurs portes sont tout aussi ornées… En effet, c’est la direction qui a eu cette idée. Oranges et bonbons. Comme autrefois. Noël n’a pas été oublié. Et la décoration intérieure le montre…
Le temps est venu de quitter cet endroit idyllique, après un petit déjeuner fort agréable. Un dernier regard avant une petite virée touristique, que je vous narrerai prochainement.
Jusqu’à maintenant, à une exception près, les fêtes de Noël se déroulaient dans un des domiciles familiaux. Cette année, nouveauté donc que l’organisation du Réveillon à l’extérieur… Plus précisément, au Domaine du Cap Ferret. Au programme : découverte des environs, piscine/sauna/hammam, et soirée familiale dans un des lodges, au coeur de la forêt de pins.
Un premier arrêt : Lège
Un village dont le centre est interdit aux véhicules, en cette période de fêtes. Voilà de quoi m’intriguer. Arrêt donc au centre de Lège, sur le parking proche de l’église Saint Pierre. Je précise, car il n’y a pas moins de trois églises à Lège! Et celle-ci a failli s’appeler Saint Blaise car, en 1770, un effroyable ouragan détruisit les récoltes et noya le bétail. Les habitants adressèrent alors une pétition à l’archevêque.
« Fau pas se mouca de lous Lege, lou Sen Pé ne bau ré de ré, nou en boulem mey, hique lou dehore” (faut pas se moquer de nous, les Légeots, saint Pierre ne vaut rien, » flanquons-le dehors). »
L’église actuelle ne date que du début du 20ème, car la précédente, trop petite, a été détruite en 1925 pour être remplacée, trois ans plus tard, par l’actuelle. L’intérieur en est surprenant. Dès la porte d’entrée, une forme de militantisme.
L’originalité est omniprésente, avec des choix très affirmés (Jeanne d’Arc, Curé d’Ars, Sainte Thérèse…), alliés à une option de « modernité ». Partout, des détails originaux…
Néanmoins, on retrouve quelques éléments de l’ancienne église…
A la sortie resurgit le monde païen, avec un mini-village de Noël.
Aujourd’hui, 27 décembre, c’est la Saint Jean. « Mais non! », me direz-vous… « La Saint Jean, c’est en juin! Vous savez, le moment où l’on allume les grands feux, au-dessus desquels jadis on s’amusait à sauter. » Et les plus intéressés par les fêtes d’ajouter : « Le 24 juin ». Mais je vous rétorquerai « Je vous assure, aujourd’hui c’est bien la Saint Jean ». Comment se fait-ce? Eh bien, tout simplement, parce qu’il y a eu deux Jean sanctifiés.
En juin, c’est celui qui aurait baptisé son cousin Jésus sur les bords du Jourdain, d’où le qualificatif « Jean le Baptiste ». En décembre, c’est celui qui a écrit l’un des quatre évangiles, d’où son surnom « Jean l’Evangéliste ». Je ne résiste pas à l’envie de placer ici le tableau peint en 1614 par un de mes artistes préférés, Le Gréco.
Mais mon propos n’est pas de vous ennuyer avec un cours de religion! Il est plutôt de vous intriguer, comme souvent. Regardez les dates. Chacune est proche de deux dates remarquables de l’année. Et si je vous dis que des cérémonies diverses, mais toutes en lien, ont lieu aux alentours de ces dates… allez, cherchez!
Vous avez trouvé? Eh oui, nous sommes dans les solstices d’été et d’hiver. Au moment où les jours décroissent et/ou croissent.
Nous venons, souvenez-vous, de fêter le solstice d’hiver. Le soleil nous fait l’honneur de rallonger son temps de présence. Et cela fait du bien! J’étais avant-hier au bord du Bassin d’Arcachon, au Cap Ferret, et j’ai profiter d’un magnifique couchant à près de 17h30, en cette fin de journée de Noël, dans la réserve naturelle d’Arès.
Et, bien sûr, je ne puis m’empêcher d’évoquer ces festivités qui ne sont pas que chrétiennes, loin de là… et notamment celles d’un des endroits qui m’intéresse depuis mon enfance, Stonehenge. Voici une analyse scientifique de l’orientation du site.
En Bretagne, on retrouve le feu à l’occasion de la célébration druidique du solstice d’hiver. Plusieurs sites la présentent. Je vous conseille de lire celui-ci, auquel j’emprunte un extrait.
« Dans la Tradition, la bûche décorée que chacun apporte lors de la cérémonie pour nourrir le feu du Solstice d’Hiver rappelle la solidarité nécessaire entre les hommes pour traverser la période parfois difficile de la Saison Sombre, qui arrive à son acmé lors du Solstice. »
Puisque nous parlons de druides et que je suis dans le Médoc, une question : le druidisme existait/existe-t-il dans cette partie de l’Aquitaine? Eh bien, oui, et des sites en sont connus, comme la fontaine de Bernos. Et l’on trouve d’autres traces de culture celtique au nord-ouest de Bordeaux… Mais c’est une autre histoire…
Photo perso… Soleil à Mers-les-Bains, décembre 2025
« Gardons l’espoir malgré les sombres nuées : la Lumière revient toujours »
En ce dimanche 21 décembre, un événement qui me réjouit chaque année… Les jours vont rallonger, enfin. Pour les explications scientifiques, je vous renvoie aux innombrables articles présents sur le net… Pour ma part, je me suis intéressée aux festivités autour de ce solstice, et, cette fois, je vous emmène dans les Andes.
Les Incas fêtent le « Soleil enfant », ou « Renaissance du Soleil » (je ne parle pas quechua, et ai donc dû m’appuyer sur des sources, qui divergent) : Wawa Inti Raymi.
Représentation de la cosmologie des Incas, d’après Juan de Santa Cruz Pachacuti Yamqui Salcamayhua (1613), reproduisant un dessin présent dans le temple du soleil Qurikancha à Cuzco, avec Inti (le Soleil), Killa (la Lune), Pachamama (la mère-terre), Mama Qucha (mère de la mer), et Chacana (la croix du Sud) avec Saramama (la mère du grain) et Kukamama (la mère de la Coca).
Inti, c’est le dieu du soleil, comme vous le voyez ci-dessus, sur cette image extraite d’un diaporama sur la religion inca, héliolâtre (adoration du soleil). Un temple est dédié au Dieu-Soleil à Cuzco, dans la forteresse de Sacsayhuamán (Aigle Royal), que l’on voit à gauche de cette gravure.
« L’empereur se tenait au centre et le peuple tout autour. Tous attendaient ainsi le lever du soleil ensemble. Dans le même temps, ils effectuaient des offrandes et des rites. Puis ils se dirigeaient vers le Temple du Soleil. » (source).
Cette fête fut célébrée jusqu’en 1535, puis interdite par les Espagnols en tant que blasphématoire. Cependant son souvenir perdure à travers l’art andin.
Vous voyez où je veux en venir… Célébrons donc le Solstice et la Renaissance du Soleil !
Nous en étions resté-e-s, dans le précédent article, au début des années 30… et vous vous doutez que cela va se gâter, pour tout le monde, et encore plus pour la galeriste issue d’une famille juive alsacienne…
Mais revenons en 1933, date à laquelle elle publie une autobiographie, ou plutôt une histoire de sa galerie. Enfin, un peu des deux…
Des artistes qu’elle a aidés y trouvent l’occasion de lui exprimer leur reconnaissance :
J’ai eu la chance de trouver sur un site une liste des artistes qu’elle a soutenus, avant qu’ils ne soient célèbres, voire même reconnus. Merci à son auteur, à qui je dois aussi le plan que je m’apprêtais à faire… Son blog, soit dit en passant, a été récompensé en tant que meilleur blog d’un étranger en France…
L’année suivant la parution de l’ouvrage, la galerie déménage à nouveau. Mais, cette fois, elle quitte les 18ème et 9ème pour le centre de Paris : la rue Saint Dominique. C’est sa quatrième adresse. Ce sera la dernière, car elle va devoir fermer en 1940.
Jusqu’au bout elle aura trouvé, encouragé, aidé, des artistes. Dont de nombreuses femmes. La liste en est impressionnante! Parmi elles, son amie, dont j’ai déjà évoqué le nom dans le premier article de cette série : Emilie Charmy, née Emilie Espérance Barret, dans une famille bourgeoise d’origine alsacienne, elle aussi. C’est au Salon des Indépendants qu’elle sera remarquée par Berthe, qui l’introduira dans une exposition collective en 1906. Voici son auto-portrait cette même année.
Piana Corsica, Emilie Charmy, 1906
Avec sa galerie, Berthe perd son logement. Mais elle a des ami-e-s. C’est sans doute ce qui l’a sauvée pendant la guerre (je ne suis pas parvenue à savoir ce qu’elle avait fait durant cette période). C’est, quoi qu’il en soit, ce qui va lui permettre de survivre à la misère. En 1946, une vente est organisée à son profit. 46 artistes qu’elle a soutenus vendent 80 oeuvres. Car ce n’est pas la Légion d’Honneur reçue en 1948 qui la nourrit! Elle vit alors dans une maison de retraite, à l’Isle Adam. Mais c’est à son domicile, rue Saint Dominique, qu’elle décède en avril 1951. Une triste fin de vie, mais éclairée par l’amitié, la reconnaissance et la solidarité…
Je n’ai pas lu cet ouvrage qui vient de paraître, mais il me semble intéressant. Vous pouvez aussi en savoir davantage en regardant les vidéos sur le site du Musée de l’Orangerie. Bonne découverte, à votre tour!
« Le 3 décembre 1917, Modigliani inaugure sa première (et dernière) exposition solo grâce à l’audacieuse Berthe Weill, qui a décidé de présenter 32 de ses œuvres dans sa galerie parisienne. Mais la police interrompt brutalement le vernissage et ordonne la fermeture de l’événement. Ses nus aux couleurs chaudes, dont certains affichent une toison pubienne, seraient coupables d’outrage à la pudeur ! L’exposition rouvre sans les toiles incriminées et l’artiste ne fait pas une seule vente. Un comble quand on sait que l’un des tableaux censurés, Nu couché, sera adjugé 170,4 millions de dollars chez Christie’s en 2015, rejoignant les records de l’histoire des enchères… »
Voici le tableau saisi pour « outrage aux moeurs »!
Amedeo Modigliani, 1916, Reclining Nude (Nu couché), oil on canvas, 65.5 x 87 cm, Foundation E.G. Bührle
Vous avez peut-être remarqué l’adresse sur l’affiche. Ce n’est plus le 25, rue Victor Massé, mais le 50, rue Taitbout. En effet, jusqu’alors, elle ne disposait que de six mètres de cimaise pour accrocher les oeuvres. Vu le succès grandissant de sa galerie, il lui fallait plus d’espace. Elle déménagea donc alors pour cette adresse.
Et voici, à cette époque, un portrait de l’artiste qui finira sa courte vie trois ans plus tard, en 1920.
1920, c’est aussi l’année de la migration de la galerie vers le 46, rue Lafitte. Pas très loin, et toujours dans le 9ème arrondissement. Pas un hasard, ce choix. Elle connaissait bien les lieux qui, quelques années plus tôt, abritaient la galerie de Clovis Sagot.
Les deux galeristes avaient des points communs, dont la découverte de « jeunes » artistes. Mais, d’après mes lectures, l’une était visiblement moins « commerçante » que l’autre.
« Picasso avait quitté la galerie de Berthe Weill en 1903 pour – selon les termes de cette dernière – trouver Sagot. En 1909, il s’en éloigne à son tour, afin de travailler avec ces autres marchands, plus reconnus et aux stratégies commerciales plus sûres. Lors de l’importante exposition «Manet and the Post-Impressionists» aux Grafton Galleries de Londres en novembre 1910 – janvier 1911, c’est néanmoins Sagot qui y envoie le plus grand nombre d’oeuvres de Picasso. » (source)
En 1909, Picasso aurait fait le portrait du marchand d’art à partir de la photo suivante.
Bref, trêve de divagations, Berthe Weill s’installe au 46 rue Laffitte, voie parisienne particulièrement marquée par les beaux-arts, mais aussi la littérature (Proust…), le théâtre (Sarah Bernard), bref, la société culturelle mais aussi politique d’alors. Pas de photo actuelle de l’immeuble, car le 46 est devenu… « Le 46 », un restaurant! Mais une photo un peu plus ancienne (source).
Je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous cette étude, où l’auteur avoue ne pas savoir où se situait la galerie de Berthe (passage en gras). La liste est impressionnante!
« N°2 : Antoine BAER, qui vend ses tableaux au rez-de-chaussée de la maison de Sir Richard Wallace.
-N°3 : Galerie BRAME, spécialiste de Corot et plus tard de Degas aussi. Hector Brame s’était d’abord associé avec Durand-Ruel.
-N°5 : Galerie MOUREAUX, dont nous ne connaissons pas l’orientation artistique faute d’archives.
-N°6 : Ambroise VOLLARD s’était d’abord installé ici, avant d’ouvrir une galerie plus grande au N°39/41.
-N°8 : Alexandre BERNHEIM dit Bernheim-Jeune, de 1863 à 1906 ; il fut un des grands défenseurs des impressionnistes Monet et Renoir. Une des plus importantes expositions Van Gogh a eu lieu dans ses murs. Bernheim vend aussi Seurat, Bonnard et Matisse.
-N°10 : Adolphe BEUGNIET qui présente depuis 1848 des tableaux et aquarelles d’artistes importants comme Delacroix et plus tard – dans les années 1880 – Degas.
-N°12 : Alexis FEBURE, le premier marchand de tableaux de Manet.
-N°15 – dans les bâtiments sur rue de l’hôtel S.Rothschild : Galerie WEYLE qui malgré l’emplacement prestigieux est restée dans l’ombre de ses voisins.
-N°16 : DURAND-RUEL, sans doute avec Bernheim le marchand le plus important, mais qui reste à cette adresse où il s’était installé en 1870 jusqu’en 1920. Durand-Ruel a organisé la plupart des grandes expositions des impressionnistes, avec notamment Monet, Renoir, Pissarro, Sisley, et avait une renommée mondiale. Après 1920 il n’y avait que le siège new-yorkais qui a survécu jusqu’en 1950.
-N°20 : Simon CAHEN, spécialistes de tableaux « modernes » des années 1880.
-N°22 : Alphonse LEGRAND qui a – sans beaucoup de succès – essayé de vendre des tableaux de Caillebotte.
-N°27 : Alexis-Eugène DETRIMONT qui vend aussi des cadres, comme beaucoup de ses collègues. Detrimont siégeait d’abord au N°33 où il s’était fait une réputation comme marchand de tableaux de paysage, en particulier de Daubigny. Il présentait aussi Courbet. En 1886 il s’installe à la place de la galerie Louis LATOUCHE qui avait vendu des Monet et des Pissarro.
-N°28 : Galerie Gustave TEMPELAERE, une galerie mineure.
-N°38 : Galerie BOURDEL, galerie du second plan.
-N°39/41 : La galerie de VOLLARD où Cézanne était à l’honneur. Ambroise Vollard a sans aucun doute créé la célébrité de cet artiste, comme il l’a fait pour d’autres comme Picasso qui a peint un portrait cubiste du marchand qui était aussi écrivain à ses heures.
-N°43 : Galerie CARMENTRON qui a présenté des œuvres de Whistler. A la même adresse il y a eu aussi la galerie DIOT (vente d’aquarelles).
-N°46 : Clovis SAGOT, au début du XXe siècle un des principaux marchands (et grand ami) de Picasso, mais aussi de Gris, Léger, Lhote, Laurencin, Gleizes, Metzinger,…
-N°47 : Galerie GUERIN, comme son collègue Cahen (N°20) spécialiste de tableaux « modernes »
-N°52 : Pierre Firmin Ferdinand MARTIN dit le père Martin, le marchand des peintres de Barbizon et ensuite de plusieurs impressionnistes autour de 1874. Pissarro a été inscrit un temps à son adresse. Un des rares marchands de tableaux (avec Vollard, un peu plus tard) à avoir une nette position politique à gauche, voire anarchisante. Pour l’instant nous ne connaissons pas l’adresse exacte de quelques autres galeries importantes qui avaient leur siège dans la rue Laffitte à un moment ou un autre. Par exemple Berthe WEILL qui y était de 1919 à 1926 et présentait Picasso, Picabia, Dufy, mais aussi Rouault et Van Dongen … Ou la galerie TENDANCES NOUVELLES, dont Kandinsky était l’artiste le plus célèbre. Maurice GOBIN vendait jusqu’au début des années 1950 des estampes d’artistes modernes, dont Derain. Louise Abbéma a été le cœur artistique de cette rue, puisqu’elle y vivait. Les autres artistes, peintres surtout, ne faisaient qu’y passer pour aller chez leurs marchands de tableaux. Mais déjà cela a fait que la rue Laffitte ait sa place dans l’histoire de l’art français.
En 1920, Berthe Weill imagine de regrouper en une exposition un « Groupe éclectique : Fauves, cubistes et post-cubistes ». Trois générations d’artistes, dont beaucoup avaient débuté dans sa galerie. Parmi eux, Alexander Archipenko.
Parmi les artistes que soutient Berthe Weill, Alice Halicka, à qui elle consacre une présentation personnelle en 1922.
Le trentenaire de la galerie est visiblement l’occasion de joyeuses festivités…
Vous devinez que la galerie va connaître d’autres aventures… que j’évoquerai dans un troisième (et, promis, dernier) article…
Je dois bien l’avouer : je n’avais jamais entendu parler de cette artiste, et l’idée d’aller voir cette exposition ne m’est pas venue spontanément. D’autant que l’affiche n’était guère attrayante! Jugez-en vous-même!
Un nouvel aveu s’impose : j’ai été subjuguée par la force et la beauté de son oeuvre. Et le personnage m’a vraiment intriguée… Dès l’affiche, à vrai dire : que signifiait « Galeriste d’avant-garde »? Et pourquoi ce parti-pris d’un fond rose très « fifille ». Connotation totalement antinomique avec le portrait (dont j’ai appris par la suite qu’il est dû à son amie Emilie Charmy, qui ne l’a pas flattée!) très sombre, que seul éclaire un visage emprunt de finesse, avec un regard pétillant derrière les bésicles et un sourire en coin dont on ne sait s’il faut l’interpréter comme charmeur ou moqueur… La voici en photo, avec la famille Lévy, aux alentours de 1900 (au centre en bas).
Une volonté affirmée de s’installer comme galeriste, à une époque où les hommes dominaient dans ce métier. Elle avait d’abord ouvert une boutique en lien avec sa formation auprès d’un marchand d’estampes, Salvator Mayer, chez qui elle était entrée en apprentissage lors de son arrivée à Paris, depuis son Alsace natale. Mais très vite elle décida de devenir galeriste, avec un objectif précis : sortir des sentiers battus, et notamment de la tradition académique, et faire découvrir des peintres « d’avant-garde ». Nous sommes en 1901, elle a à peine 36 ans. Voici ce qu’elle en dit dans son autobiographie écrite en 1933.
L’adresse – 25, rue Victor Massé, dans le 9ème, a déjà une histoire, dans les Beaux-Arts : ce fut celle d’un certain Théo, qui y a abrité de 1886 à 1888 son frère Vincent… Ci-dessous, la « Vue depuis la fenêtre » qu’a peinte ce dernier à cette époque.
Petite parenthèse : si cette période vous intéresse, je vous conseille un article en ligne sur le site Paris la Douce, auquel j’ai emprunté cette reproduction. Mais revenons à Berthe, au talent d’inventeure, dans le sens profond du terme : celle qui découvre. Et pas n’importe qui : parmi les premiers artistes exposés, un jeune inconnu, Picasso!
Je n’ai pas choisi le Moulin de la Galette, plus connu, mais une autre toile de l’artiste, que je n’avais jamais vue, et qui a suscité en moi des émotions similaires à celles que je ressens devant certains tableaux de Chagall…
Elle a aussi été fait largement la promotion de Toulouse-Lautrec.
Ses réseaux lui permettent d’aller plus avant, de découvrir, encore et encore. Pourtant, elle ne ménage pas ceux à qui elle a affaire!
La liste de ces artistes plus ou moins (in)connus qu’elle a accueillis, encouragés, et dont elle a assuré la promotion commerciale est telle que je renonce à vous la transmettre. Vous la lirez aisément sur les nombreux articles et dans les livres qui lui sont consacrés. Le terme « artistes » a été choisi, car on trouve parmi les productions exposées des objets. J’en ai sélectionné pour vous deux qui ont attiré mon attention sur Paco Durrio.
Vous ne le connaissiez pas non plus? En cherchant à en savoir davantage sur ce sculpteur, je l’ai trouvé représenté par… Gauguin, guitare à la main.
Elle ne s’intéresse pas qu’aux Beaux-Arts… L’électricité éclaire sa galerie dès 1908, avant les grands travaux qui succédèrent à la crue de 1910. Elle fut la première de sa rue à passer du gaz à l’électricité… Autre signe de modernisme, qui, allié au rejet des contraintes et des normes, en font une personne étonnante et si « séduisante »…
A la suite de la représentation de cette adaptation de la pièce de Yasmina Réza, je me suis questionnée sur le nom de l’artiste imaginaire (discutable… peut-être un condensé d’artistes) qui serait l’auteur-e du tableau autour duquel tourne une grande partie de l’intrigue : Antrios. Juste par curiosité. Juste pour m’amuser. J’ai envie de vous présenter aujourd’hui le fruit de mes réflexions. En toute modestie. Sans prétention aucune. Simplement parce que je me suis dit que la pièce pouvait/pourrait aussi être vue autrement…
Le mot ne semble pas exister. Je suis prudente, car je ne lis pas tous les alphabets! J’ai donc cherché à en identifier les connotations possibles.
1. Proximité avec une grande figure de l’Antiquité grecque : Anteros
Le nom a deux connotations en grec ancien : d’une part, antíos qui désigne un opposé, un contraire, et d’autre part Ἀντέρως (Antéros, l’anti-Eros), terme constitué de « Eros » et « anti », soit le contraire d’Eros, d’où l’idée d’ « Amour retourné ». Selon une version, il serait fils d’Arès (dieu de la guerre, entre autres) et d’Aphrodite (déesse de l’amour). Logique, comme « contraire » ! Selon une autre version, il aurait été engendré par Poséidon et un frère des Néréides.
Version 1 : évocation des géniteurs
C’est Pausanias qui en parle le premier, mais on le retrouve, tant dans la littérature grecque que dans la littérature romaine, chez de nombreux auteurs.
Pausanias, Description de la Grèce 1. 30. 1 (trad. Jones) (récit de voyage grec, IIe siècle ap. J.-C.) : « Devant l’entrée de l’Académie [en dehors d’Athènes] se trouve un autel à Éros (Amour), avec une inscription selon laquelle Charmos fut le premier Athénien à dédier un autel à ce dieu. L’autel dans la ville appelé l’autel d’Antéros (Amour vengé), disent-ils, a été dédié par des étrangers résidents, parce que l’Athénien Meles, dédaignant l’amour de Timagoras, un étranger résident, lui ordonna de monter au point le plus élevé du rocher et de se jeter. Lorsque Meles vit que Timagoras était mort, il souffrit de tels remords qu’il se jeta du même rocher et mourut ainsi. À partir de ce moment, les étrangers résidents adorèrent Antéros comme l’esprit vengeur de Timagoras. »
Pausanias, Description de la Grèce 6. 23. 5 : « Dans l’une des palestres [dans la ville d’Élis] se trouve un relief montrant Éros (Amour) et Antéros (Amour rendu), comme on l’appelle. Éros tient une branche de palmier, et Antéros essaie de lui prendre la palme. »
Ovide, Fastes 6. 90 (trad. Frazer) (poésie romaine, Ier siècle av. J.-C. au Ier siècle ap. J.-C.) : « ‘Ô [Vénus-Aphrodite] gracieuse Mère des deux Cupides (Amours) [c’est-à-dire Éros et Antéros],’ dis-je, ‘accorde-moi ta faveur.’ La déesse regarda le poète. »
Fresque de Pompéi : Aphrodite et les deux jumeaux (source)
Cicéron, De Natura Deorum 3. 21 (trad. Rackham) (rhétoricien romain, Ier siècle av. J.-C.) : « Le troisième [Cupidon-Éros], qui est le même qu’Antéros, [fils] de Mars [Arès] et de la troisième Vénus [Aphrodite]. »
Sénèque, Phèdre 274 et suiv. (trad. Miller) (tragédie romaine, Ier siècle ap. J.-C.) : « Toi déesse [Aphrodite], née de la mer cruelle, que l’on appelle mère des deux Cupides (Amours) [c’est-à-dire Éros et Antéros], ce garçon espiègle et souriant. »
Nonnos, Dionysiaques 47. 332 et suiv. (trad. Rouse) (épopée grecque, Ve siècle ap. J.-C.) : « [Ariane se lamente après avoir été abandonnée par Thésée sur l’île de Naxos :] ‘Les images mêmes d’Éros (Amour) et d’Antéros (Amour rendu) sont-elles jalouses de moi ? Car j’ai vu une vision délicieuse de mariage accompli dans un rêve trompeur, et le beau Thésée était parti.’ »
Version 1 : symbolisme
Platon le met en scène dans le Phèdre. Socrate parle de l’amour entre un éromène et un éraste.
« Mais, tout comme celui qui de quelque autre a pris une ophtalmie est hors d’état de prétexter une cause à son mal, lui, il ne se doute pas qu’en celui qui l’aime, c’est lui-même qu’il voit, comme en un miroir : en sa présence, la cessation de ses souffrances se confond avec la cessation des souffrances de l’autre ; en son absence, le regret qu’il éprouve et celui qu’il inspire se confondent encore : en possession d’un contre-amour (antéros) qui est une image réfléchie d’amour. »
« Platon, Phèdre 255d (trad. Lamb) (philosophe grec, IVe siècle av. J.-C.) : « Lorsqu’il est avec l’amant, tous deux cessent de souffrir, mais lorsqu’il est absent, il languit comme on languit après lui, et il a l’image de l’amour, Antéros (amour contre amour) qui loge en son sein, qu’il appelle et croit être non pas amour mais amitié seulement, et son désir est comme le désir de l’autre, mais plus faible ; il veut le voir, le toucher, l’embrasser, et probablement peu de temps après son désir est accompli. »
Version 2
Il serait fils de Poséidon et Néritès, frère des Néréides.
Élien, Sur les animaux 14. 28 (trad. Scholfield) (histoire naturelle grecque, IIe siècle ap. J.-C.)
« Poséidon était l’amant de Nérides [fils de Nérée], et que Nérides lui rendait son amour, et que c’était l’origine du célèbre Antéros (Amour mutuel). »
2. L’Anteros des astrologues
« A cette période, l’Astéroïde 1943 Anteros faisait partie de la « liste critique ». Sa position était considérée comme « mal connue ». Par une série de prises de vues, nous avons mesuré ses positions (sur chaque image séparément). Les positions obtenues ont été communiquées au Minor Planet Center MPC.
A droite, figure un compositage de la série d’images. l’Astéroïde qui se déplace rapidement sur le fond des étoiles est bien visible aux positions 1, 2, 3 et 4 (respectivement au moment de la prise de vue des quatre images). Sur la gauche, figure le résultat de la réduction astrométrique en mode automatique de notre logiciel de traitement d’image TRIMASS. » (Source : David Romeuf)
(1943) Antéros est un astéroïde Amor, découvert le 13 mars 1973 par James B. Gibson au complejo Astronómico El Leoncito, en Argentine.
La symbolique de l’Etre Humain dans toutes ses dimensions
Contrairement à la vision divine ou à l’image d’un corps céleste, nous voici redescendus sur Terre, avec la racine du terme « anthropos ».
Source : Romain Garnier. Nouvelles réflexions étymologiques autour du grec νθρωπoς.
En ce sens, les trois personnages seraient typiques de la race humaine… mais je ne vois pas pourquoi Réza aurait transformé le théta en tau…
Une autre connotation : l’entrisme
Homophones, mais pas homographes : les deux racines peuvent se confondre dans un théâtre !
« Tactique consistant à s’introduire dans une organisation, un parti, pour en infléchir l’orientation. »
Telle est la définition du CNRTL… Je vous laisse transposer dans le contexte de la pièce…
3. Une dernière proximité, homophone et homographe : l’antre
Pas besoin de longs discours, pour évoquer l’antre dans toutes ses dimensions, physiques comme symboliques.
En antithèse totale du blanc, tant physiquement que symboliquement !
Synthèse
Le nom est connoté, pour des hellénistes ou amateurs/trices de l’Antiquité grecque, à deux filiations : d’une part à l’amour homosexuel, et d’autre part à une idée de « retour », tantôt dans le sens qu’il prend dans l’expression « en retour », tantôt dans le sens de « contraire ». Dans la mythologie, le couple Eros / Anteros est riche d’interprétations. La littérature s’en est emparée avec l’antérotisme… Et la psychanalyse n’est pas en reste (Source).
Il s’agit dès lors de questionner la dynamique du groupe social d’appartenance de chaque personnage, mais aussi celle du trio d’amis. Amis? Amants? Amoureux? Les femmes sont bien absentes de la pièce, à l’exception de celle que va épouser, sans enthousiasme, Yvan…
Questionner le « groupe », c’est aussi ce qu’évoque la connotation à l’entrisme. Le lien possible avec l’anthropisme, lui, suggère plutôt l’opposition humains / divins, l’artiste étant soit médiateur soit « entre les deux » et parfois victime de cette non- ou bi- appartenance.
Enfin, l’antithèse antre/noirceur, clarté/blancheur est si évidente qu’elle ne peut que résonner en chacun-e des spectateurs/trices…
Pour les hellénistes, le choix de la connotation sera lié à la prononciation des acteurs. En effet, dans un cas il s’agit d’un omicron (o ouvert et léger), alors que dans le second c’est un oméga (o fermé et grave)… C’est donc la manière de prononcer « Antrios » qui oriente vers telle ou telle connotation…