A l’heure où les chaises s’empilent…

Non loin de la Promenade, les cousines des chaises bleues s’empilent, lorsque vient l’heure de fermeture des nombreux restaurants du Cours Saleya. Je n’ai pas résisté à la tentation de faire quelques photos, dont hélas la qualité n’est pas toujours au rendez-vous, et je vous prie de m’en excuser…

Mais que vois-je? Certaines font-elles de la résistance ?

Elles sont bien isolées!

De la promenade (parallèle à la Promenade) qui m’a menée du restaurant du Gesu, ma « cantine », au Parking, j’étais guidée par la Lune…

Et, au passage, quelques détails m’ont inspirée…

Bien sûr, je ne finirai pas sans un clin d’oeil à leur célèbre cousine…

Les Pipos, ce n’est pas du pipeau!

Si vous avez suivi mes pérégrinations de ce samedi soir, vous avez sans doute remarqué qu’il a beaucoup été question de découvertes, de boissons et de rencontres… Mais où avons-nous pu nous sustenter? Mystère! Eh bien, je vous apporte (enfin!) la réponse : nous sommes retournés aux Pipos, qui avaient été une de mes bases naguère. J’avais découvert ce restaurant situé face à l’ancienne Ecole Polytechnique par hasard. Mais surtout, j’avais fait la connaissance de son patron lors d’un stage de rattrapage de points sur le permis de conduire… ça crée des liens! Et j’y allais donc assez souvent, car j’aimais à la fois le cadre, l’ambiance, la nourriture et l’accueil. Le patron l’a quitté, et j’y étais retournée une fois. Mais avais été très déçue et n’y suis pas retournée.

Pourquoi y aller ce soir-là, sinon pour remonter le moral à un vieil ami dont je sais qu’il adore les os à moelle, bien qu’il ne soit pas du genre canidé. Et nous y avons passé un excellent moment, autour d’un bon repas.

Le style est toujours aussi « vieille France ».

Néanmoins je remarque de nouveaux éléments de décor : les tableaux au plafond.

Le style est inattendu en ces lieux, mais pourquoi pas? Quant à la disposition, encore plus inattendue, n’est-ce pas?

On nous prévient tout de suite qu’une chanteuse sera présente durant la soirée. Effectivement, elle va aller et venir dans le restaurant durant tout le repas. Je n’aime pas son répertoire, mais j’admire sa voix et surtout son courage de continuer à chanter avec passion alors que les convives autour des tables sont plus attentifs à leurs hôtes et à leur repas qu’à la musique, visiblement.

Le repas? Parlons-en. Toujours aussi bon. Il paraît que l’os à moëlle, très copieux, est un régal. Pour ma part, ce fut du boeuf en croûte. Je n’ai pensé à le photographier qu’après en avoir dégusté plus de la moitié…

Et la tarte Tatin, agrémentée de crème fraîche, est toujours aussi délicieuse… Pour accompagner tout cela, un « petit » vin. C’est, comme souvent, le problème dans ce genre de restaurant : les prix des vins grimpent vite! Le choix s’est donc porté, après conseil de la fort agréable et très compétente serveuse, sur un Côte du Roussillon au nom tout à fait séduisant.

L’ambiance est aux échanges avec les tables voisines… D’un côté, deux amies trentenaires venues dîner avant le théâtre. De l’autre, d’abord un jeune couple très « bourgeois cathos timides », puis un quatuor de jeunes médecins, dont 3 venus de Montpellier pour la manifestation qui avait lieu ce jour. De joyeux drilles! Dont une (quel est le féminin de « drille »? de « médecin »? Ah la pauvreté de notre langue dans ce domaine!).

Lorsque nous nous décidâmes enfin à quitter ce lieu si chaleureux, nous eûmes la surprise de voir le barman (serveur? patron?) saisir le micro de la chanteuse et entamer une chanson, davantage dans les répertoires que j’apprécie.

Vous pouvez maintenant reconstituer la soirée… Dans l’ordre, Mexicain, puis repas franchouillard, ensuite Café Litteratum, et pour finir les USA avec le Long Hop… un vrai voyage!

Une soirée, trois découvertes. 3. Le Long Hop

Si vous suivez ce feuilleton, vous savez qu’hier nous avions rencontré, au Café Litteratum, deux inconnu-e-s. A la fermeture du café, à minuit, iels nous ont entraîné pour un dernier verre dans un autre débit de boissons du coin. Le Long Hope. Je passe aussi devant très souvent. Et je n’y avais jamais pénétré!

Une tout autre ambiance.

D’abord, la taille. Il est immense. Et encore, je ne l’ai pas totalement exploré, et me suis promis d’y retourner pour ce faire.

Ensuite, la musique. Tendance années 20. Pas 1920, non!

Et puis, le service. Non pas un seul serveur, comme au Luccha Libre, ni un couple, comme au Café Litteratum, mais une équipe nombreuse de jeunes serveuses et jeunes serveurs.

Enfin, la clientèle. Nous faisions figure de dinosaures. Même pas de quarantenaires!

Souvent j’avais remarqué un agglutinement de jeunes gens devant sa devanture. J’ai compris pourquoi : il programme beaucoup de matches, et pas seulement de football. Rien que pour samedi prochain, j’en ai compté 6, apparemment de football et de rugby. Et, comme c’est un pub anglais, il propose des bières variées, dont certaines à prix très modique…

En préparant cet article, avec notamment le site du lieu, j’ai découvert aussi qu’il abritait baby-foot et billard. A revisiter donc, pour mieux en appréhender les avantages (ou non). On peut aussi y manger des soupes et des burgers, visiblement à des prix raisonnables. Mais seulement jusqu’à 22h30, alors qu’il reste ouvert jusqu’à 2 heures du matin, heure à laquelle nous l’avons quitté, à l’issue de cette soirée mémorable…

Un dernier petit détail : il est ouvert 7 jours sur 7. Donc une valeur sûre pour celles et ceux qui ne programment pas sérieusement leurs pauses conviviales… Attention cependant : il semblerait que le billard soit potentiellement inutilisable les jours de concert ou de grand match.

Un dernier mot, pour les non-spécialistes de sports collectifs comme moi : que signifie son nom?

« A delivery that is bowled short, slow and lacking lift. This gives the batsman ample time to assess the ball’s trajectory and play an attacking shot, so it is typically an inadvertent delivery. This is contrasted with a bouncer, in which the ball is played short with a sharp lift and is much more difficult for the batsman to play.« 

Cela dit, à part que c’est un coup remarquable au cricket, je n’ai toujours pas compris ce que c’était car je ne connais pas le jeu! Et rassurez-vous, point n’est besoin de le connaître pour y passer un bon moment, si la compagnie est agréable.

Une soirée, 3 découvertes. 2. Le Café Litteratum

Je passe très souvent, dans la rue des Ecoles, devant un café dont la devanture m’a toujours interpellée, mais où je n’ai jamais osé entrer. Pourquoi? Difficile à dire… Sans doute, entre autres, à cause de son nom : Café Litteratum. Peut-être aussi parce qu’il est minuscule, et qu’on ne peut donc y entrer et rester sans communiquer avec les personnes qui y sont. Enfin, la couleur blanche omniprésente me questionnait un peu. Bref, je n’y avais jamais pénétré avant cette fameuse soirée de samedi, où l’ami avec qui j’étais m’y a emmenée. Car lui le connaît bien. Et le fréquente depuis longtemps. Alors qu’il ne m’en a jamais parlé! J’avoue que j’ai été interloquée…

Et ravie, par la suite, de cette magnifique découverte.

Un endroit intime, chaleureux, et un accueil remarquable de « Gloria » (en réalité, son nom de famille : son prénom est Maria-Amélia) et de son époux, « Carlos » (de son vrai nom José, Carlos Janela Antunes) : Portugais, comme vous l’avez deviné.

José Carlos est historien. Un érudit comme on n’en voit pas assez. En recherchant sur le net, j’ai trouvé quelques-unes de ses publications, dont une sur la Révolution des Oeillets : https://www.persee.fr/doc/mat_0769-3206_2005_num_80_1_1062. Il a été directeur de la Section de Portugais au Lycée International de Saint-Germain-en-Laye. Une culture qui n’a d’équivalent que sa simplicité et sa modestie…
On peut y boire (notamment un incroyable choix de Chartreuse), y manger, et surtout discuter, échanger, communiquer. S’y « restaurer » dans tous les sens du terme.

Alors, si vous passez par là, ne faites pas comme moi. Arrêtez-vous, entrez. Et surtout prenez le temps d’y rester et de faire la connaissance des hôtes de ces lieux. C’est ouvert tous les jours de la semaine, du matin à minuit…

Je n’ai pas fait de photos, ni trouvé de site (la page Facebook n’a pas été actualisée depuis 2022), mais vous pouvez voir photos et commentaires ici https://www.via-sapiens.com/recoin/934-Cafe-Litteratum ou encore ici https://lescafesdottilie.fr/litteratum-quartier-latin/

Et peut-être nous y rencontrerons-nous un jour? Comme j’y ai rencontré les personnes qui ont été à l’origine de la troisième découverte de cette folle équipée nocturne… Mais c’est une autre histoire…

Mazette! Quelles belles découvertes!

« Mazette »… Un mot que je n’avais pas entendu depuis longtemps! Et savez-vous ce qu’il signifie, hormis en tant qu’exclamation exprimant l’étonnement ou l’admiration? Un « mauvais cheval ». On ne peut dire que ce soit très valorisant, comme terme… D’autant que, par extension, il prit ensuite le sens d’ « avorton », de « personne qui manque de force, d’adresse, (etc.).

« L’humiliation profonde d’un gros personnage qui s’est fait (…) clouer le bec par une mazette de bureaucrate (Courteline, Gaîtés esc., Sans chenil, 1897, I, pp.269-270). »

« Quand il est bien avec un type quelconque, il dit tout de suite, «c’est un grand monsieur», ou «c’est un grand bougre». Pas de milieu pour Joseph: d’un côté les canailles ou les mazettes, de l’autre, les «grands quelque chose» (Duhamel, Passion J. Pasquier, 1945, p.119). » (CNRTL)

C’est pourtant le nom qui a été choisi pour le lieu que j’ai découvert hier, accosté près du port de la Râpée. Je me promenais en bord de Seine, près de la Gare d’Austerlitz et de la Cité de la Mode, quand j’aperçus cette « péniche » (mais peut-elle se mouvoir??? il semble que ce soit plutôt une barge… mystère!) en raison des coloris vifs qui la distinguaient. Vite, traverser le pont et la trouver sur le quai. Beaucoup de monde, visiblement, et j’ai failli ne pas y monter. Mais, la curiosité aidant, je décidai d’aller la découvrir. Et j’ai bien fait! Un lieu étonnant, une grande mixité selon tous critères, un vrai « lieu de vie et de rencontres ». Une DragQueen se promenait sur le pont, distribuant des papiers. J’appris par la suite qu’il s’agissait d’un jeu.

Plus de place assise. Je demandai à une jeune femme si elle acceptait de partager sa table, et elle accepta avec un beau sourire… C’est ainsi que j’ai passé une très agréable et intéressante soirée avec Mélissa et Hajar, son amie d’enfance. Nous avons beaucoup échangé, beaucoup « voyagé », et beaucoup ri. Une soirée de rêve! Avec des cocktails délicieux, comme ce « Cactus » que j’ai vraiment apprécié, et des tacos végans qui méritent le détour. Le tout à des prix très raisonnables.

J’émettrai cependant une réserve, liée au fait qu’à 22h et quelques (je n’ai pas regardé l’heure), des vigiles font évacuer le pont ouest, d’où je venais d’admirer le couchant sur la Seine, pour faire aller vers l’arrière et surtout en bas, où visiblement l’on devait danser bien tard… Mais cela, je ne l’ai pas vu : travail oblige, il fallait rentrer!

La Belle Plage à Mers-les-Bains

N’étant pas fan de télévision, je ne connaissais pas l’émission permettant d’élire « Le village préféré des Français » (sic!) jusqu’au moment où elle s’est intéressée à notre petit coin de Picardie, d’abord autour d’Ault, puis, cette année, à propos de Mers-les-Bains, qui est ainsi devenu, à notre grande surprise, le 2ème village, après… Collioure. J’aime beaucoup la côte picarde, mais il ne me serait jamais venu à l’idée de comparer Mers et Collioure!

La conséquence est désastreuse : notre coin relativement tranquille ne l’est plus, et tout est envahi de touristes, parfois venus de bien loin… Or les infrastructures, notamment en termes de restauration, ne sont pas suffisantes pour ce flot brutal!

Prenons l’exemple de ce que l’on appellerait ailleurs « paillotte », installée sur les galets, La Belle Plage. J’aime la fréquenter, quand ma cabine de plage n’est pas encore installée, car elle a beaucoup de charme, avec sa structure de bois et sa magnifique vue mer.

Le Moscow Mule y est excellent, et accompagné, comme tous les autres apéritifs ou cocktails, de mini-toasts accompagnés de tomates délicieusement assaisonnées… les huîtres sont à un prix très abordables, et le camembert rôti me tente souvent.

J’ai pu y aller me reposer et restaurer la semaine dernière. Mais, cette semaine, pas une place de banquette, pas un fauteuil, pas une chaise de libre! Tout était comble, archi-comble… Quel dommage! La rançon du succès… car entendu sur l’esplanade : « On l’a vu à la télévision »…

Mais je ne désespère pas de pouvoir admirer à nouveau le couchant depuis la table où je me suis régalée…

Un petit tour à Saint Paul de Vence

Vous avez peut-être suivi le périple effectué en ce samedi de février, du carnaval de Vence à la chapelle dite « Matisse »… Il nous mène ensuite tout naturellement à Saint Paul, car mes amies ne connaissaient pas la Fondation Maeght.

Le temps manque cruellement, car elle ferme à 18 heures (et, en réalité, un peu avant, comme j’ai pu le constater). Mais ce sera une première approche. Comme il n’y a pas, à cette époque de l’année, d’exposition spécifique, cela leur permettra d’avoir une idée du fond. Et de voir le magnifique parc où j’aime à méditer, assise sur le banc face à « la fourche », avec en toile de fond la Grande Bleue…

Les lumières du couchant me fascinent toujours autant. Elles subliment, en ce crépuscule, les oeuvres qu’elles éclairent de leurs rayons aussi malicieux que le Labyrinthe de Miro.

Les « fidèles » de ce blog ont déjà vu ces oeuvres, comme elles et ils ont vu le banc de Luigi Mainolfi, que je vous ai montré dernièrement, Per quelli che volano. J’ai pensé qu’il s’agissait d’une phrase d’auteur. Apparemment, pas. Mais une auteure a écrit postérieurement (2017, alors que l’oeuvre date de 2011) sous ce titre. A lire ici. En voici un extrait. Poignant, voire triste. J’ai aimé.

« Tardi per essere lì a dare il primo abbraccio,
tardi per offrire una spalla su cui piangere,
tardi per confortare chi ne ha bisogno. »

A l’intérieur, peu de variations dans la collection permanente. Mais l’impression de retrouver de vieux « amis ». Ubac, Hartung, Miro, Soulages… une « revoyure » bien agréable!

Mais j’ai aussi découvert des peintres que je ne connaissais pas et dont les oeuvres m’ont touchée, autant esthétiquement qu’émotionnellement.

Pierre Fauchet, d’abord, et le tableau intitulé Selva.

J’ai pu trouver sur le net une exposition dans une ville que je connais bien, Aire-sur-la-Lys, durant laquelle des écrits (ou encore là, sur la manière dont nous « habitons« ) ont été produits sur ce peintre, disparu en 2015, à 55 ans.

La Muse qui m’amuse… Tel est le titre de la seconde oeuvre découverte, dont l’auteur est Marco del Re, dont l’annonce du décès en 2019 m’a appris qu’il n’était autre que le compagnon d’Isabelle Maeght, la petite-fille d’Aimé.

La vaste salle du premier étage est consacrée à Modigliani et son environnement, en ce moment. J’ai particulièrement apprécié les photos de l’artiste au travail.

Virée du Labyrinthe et du Musée par des gardiens impatients de fermer, je baguenaude encore un peu dans les jardins qui sont exceptionnellement déserts à cette heure…

Une nouvelle oeuvre y a pris place, que j’appellerai « Pierre sur échelle » si je voulais me montrer un peu espiègle… Vous l’avez repérée, sur la photo ci-dessus? Approchons-nous, et faisons-en le tour…

Un aveu à vous faire. Après recherches, je me suis rendu compte qu’elle est là depuis 13 ans! Il s’agit d’une oeuvre d’un artiste suédois, Erik Dietman, intitulée « Monumental ». Cherchant à en savoir davantage sur lui, j’ai trouvé un article qui présente cet artiste à l’oeuvre très hétérogène.
« Au-delà de l’humour, l’œuvre impertinente et truculente d’Erik Dietman a un fort impact esthétique. Hétérogène, elle vise à stimuler intensément le goût pour la curiosité et l’excès. Elle prend sa source dans le mariage de l’exubérance et de l’élémentaire au service d’une forme toujours limitée à son expression essentielle. »

On va fermer les portes, il faut quitter ce havre de paix. Mais c’est pour en retrouver un autre, bien différent, sur les remparts de Saint Paul, peu fréquentés en cette heure, un soir d’hiver au goût de printemps. Une jolie terrasse avec vue mer et montagnes (vous ne verrez pas la vue « montagnes », photo ratée pour cause de contrejour mal apprécié)…

Une dernière surprise : une bière dont le nom m’intrigue sur la carte. Je la commande. Elle est excellente. Appréciez le jeu de mots!

Une bonne petite, cette « Périgourdine »!

Que faire à Paris un dimanche soir de novembre, mois maudit où l’on vient de nous supprimer une heure de nos soirées, pour aggraver la longueur croissante de nos nuits? Une solution pour lutter contre cette sombritude déprimante : aller boire un verre avec les ami-e-s! Ni une ni deux : alors que j’avais déjà abandonné toute idée de passer une soirée agréable, un appel téléphonique m’a fait sortir de mon antre et me précipiter vers l’adresse indiquée : le Zig Zag.

Jamais compris pourquoi ce bar portait un tel nom, car la rue des Carmes, dont il occupe le numéro 32, est vraiment bien droite, parallèle à la rue Saint Jacques.

Je connais déjà ce bar, car c’est l’un des QG de mes ami-e-s. Agréable, sans prétention, bonne ambiance, et relativement calme, côté musique. Une carte de bière acceptable, sans plus. Mais on s’y sent bien. La patronne, hier soir, est venue nous expliquer ses problèmes d’électricité. Et a fini par nous poser une devinette : « Quelle est mon pays »? Ajoutant par la suite un indice « de l’Est ». Je lui dis alors « na zdrowie », et elle s’esclaffe, toute joyeuse : « merci! ». J’ajoute alors, pour entendre à nouveau son rire clair, ce que répète sans cesse un de mes amis, d’origine polonaise : « Viva la Polska! ». Et je suis récompensée par son plaisir visible.

Au moment où se fait sentir la faim, nous optons pourtant pour un autre endroit, situé un peu plus bas dans la rue. Un restaurant qui s’y est installé voici peu, et qui visiblement draine du monde, d’après ce que j’en vois quand je passe devant : la Petite Périgourdine.

Ambiance totalement différente : moins de jeunes, et beaucoup d’hommes. Car la spécialité, outre le vin pour lequel il est connu, c’est la viande. Jugez-en par la carte ci-dessous (hélas mal photographiée).

Ce n’est pas « donné », mais la qualité excuse les prix. Tout était vraiment délicieux, à commencer par la cuisse de canard confite et ses pommes sarladaises, mon choix.

Les autres ont opté pour le cochon de lait…

… et les rognons, que l’on fait flamber au bar…

Départ au Terminus

En ce lundi matin, il est temps de repartir travailler, et donc de quitter Bordeaux. Arrivée un peu tôt à la gare, je décide d’aller prendre un jus de fruits. Le quartier de la gare est en chantier, donc peu agréable, comme Paris ces dernières années… Plusieurs bars se font concurrence aux alentours, dont certains encore fermés, car il est bien tôt. Mon choix se porte sur celui qui me semble le plus ancien, de par son architecture : le Terminus. Un nom d’une banalité affligeante, certes. Mais tant pis. En outre, c’est celui où il y a le moins de monde. Quelques personnes en terrasse. Mais nul être humain autre que le serveur à l’intérieur. Cela me donne tout loisir de photographier.

Comme j’ai voulu connaître un peu mieux son histoire, j’ai effectué des recherches. Créé en 1923, il se dénommait jadis « Hôtel du Faisan », et voici une carte postale ancienne dénichée sur le net.

La dénomination « Terminus » est plus tardive, comme vous pouvez le constater. On la voit sur cette autre carte, nettement plus récente, à en juger par le parc automobile et les tramways.

A l’intérieur, des photos rappellent ce passé. Il vient juste d’être rénové, mais on a gardé certains éléments Art Déco qui évoquent sa splendeur d’autrefois. Je vous entraîne dans une petite visite?

L’heure du départ approche, il est maintenant temps de gagner la gare toute proche. Pourquoi s’appelle-t-elle Saint-Jean? Je n’ai pas trouvé… si vous le savez, merci de placer un commentaire!

Plus ancienne que l’hôtel, elle date de 1855, année où la Compagnie du Midi créa la Gare… du Midi. Pourquoi est-elle si loin du centre ville? Parce que sa construction, envisagée au centre, sur les quais, a donné lieu à une levée de boucliers des riverains, et a donc été décalée plus loin. Dommage, non? Comme si les gares d’Orsay, d’Austerlitz et de Lyon avaient dû être construites en banlieue… L’intérieur garde trace du passé, par sa superbe verrière et une carte dont je me suis demandé, sur le moment, pourquoi elle était tronquée et n’allait pas jusqu’à englober Paris. J’ai compris : la construction de la gare est liée à l’implantation de la ligne Bordeaux-Sète. A l’époque, on ne reliait pas tout à la capitale!

La carte met en évidence la volonté de relier Bordeaux à la Méditerranée, d’une part (à partir de 1852) et au Pays Basque, à Irun, d’autre part (1854). Vous voyez aussi sur cette carte les lignes maritimes au départ de ce qui fut un port renommé… mais c’est une autre histoire…

Ambiances bordelaises

Naguère je n’aimais pas Bordeaux. Trop « fermée ». Trop « froide ». Trop « bourgeoisie de province ». Mon ressenti a changé. Et hier après-midi, en arrivant dans la cité, j’ai retrouvé la ville vivante, mais non grouillante, telle que dans mon souvenir. Pour aller de la Gare Saint Jean au Centre Ville, après un petit trajet en tram, j’ai choisi de poursuivre à pied jusqu’au lieu du rendez-vous fixé avec une amie qui y réside avec bonheur.

La première partie du trajet m’a emmenée outre-Méditerranée, en ce premier jour de Ramadan, avec des vitrines arborant des tenues rutilantes et de couleurs éclatantes. Les étals des épiceries, eux, mettaient en avant de superbes dates, avec des étiquettes précisant leur provenance.

Un peu plus loin, j’ai retrouvé sans surprise, mais toujours avec le même questionnement, la jaguar verte encastrée par Jean-François Dosso dans la façade du Parking Victor Hugo. Il aurait pu nommer l’oeuvre « Défenestration de Jaguar »!

La rue Sainte Catherine, elle, accueille toujours autant de badauds et de badaudes, de chalands et de chalandes, que ce soit pour la promenade, sorte de « passeggiata » girondine, ou pour des achats dans les nombreuses boutiques de cette voie rectiligne.

Le rendez-vous était prévu dans un café que je ne connaissais pas, et dont j’ai appris qu’il est une « institution », comme on dit, de la capitale de Nouvelle-Aquitaine, le Café des Arts. Le serveur a pris le temps de m’explique qu’il datait de 1924. Il occupe le rez-de-chaussée d’un « Monument Historique », l’Hôtel Gradis, fondé en 1750. Ce dernier tient son nom d’une famille séfarade originaire de Palestine, qui, chassée d’Espagne à la fin du 15ème siècle, s’est installée à Bordeaux. Deux siècles plus tard elle y a créé une importante compagnie maritime, la Maison Gradis, devenue ensuite Société Française pour le Commerce avec l’Outre-Mer. Une rue de la ville porte le nom de David Gradis.

« David Gradis I (ca1665-1751) est consacré par une rue parce que sa famille a participé activement au consistoire israélite de Bordeaux ; il y a été « syndic de la nation juive » en 1728, et lui-même a acquis en 1724 un terrain dédié au premier cimetière israélite de la ville (près du cours de la Marne). Jusqu’alors « marchand portugais », il est devenu « bourgeois de Bordeaux » en 1731. »

Mais restons au rez-de-chaussée pour admirer le décor Art Déco du café dont voici quelques aperçus, rendus possibles par le fait que 17h est un peu « heure creuse » en cette veille de week-end, qui plus est avec la manifestation prévue à 19h, qui va entraîner de grosses perturbations dans les transports en commun.

L’escalier qui permet d’accéder aux toilettes est remarquable… Observez le médaillon à sa droite…

Sur le palier, un fauteuil et un téléphone fleurant bon le siècle passé.

On parvient ensuite à un petit salon orné d’une belle collection de papillons. Une « antichambre » des lieux d’aisance, eux-même décorés de photographies d’artistes du passé.

Les cocktails sont peu chers, et le serveur, Olivier de son prénom, prend la peine, lorsqu’il sait que j’apprécie un « bon » Mojito, de me préciser qu’il a lui-même rajouté ce qui fait le goût spécifique de ceux qui sont faits dans les règles de l’art, comme les appréciait Ernest Hemingway : avec une goutte d’angostura (à base de rhum, gentiane, écorces d’orange, substances amères et aromates).

Il me faut repartir si je veux pouvoir bénéficier de trams pour me rendre à Blanquefort, où je suis attendue. Après la rue Sainte Catherine, un peu moins noire de monde que d’habitude, j’arrive aux alentours de la Porte Cailhau, vestige de remparts disparus depuis longtemps.

Les terrasses des cafés sont pleines, et un groupe de jeunes garçons joue au ballon, sans craindre de casser les vitrines environnantes ou de faire tomber les passant-e-s. Bref, un condensé de vraie Vie urbaine en quelques centaines de mètres…