Sous le charme de Sospel. Episode 2 : la Place Saint Michel

Je vous ai narré hier le délicieux repas au restaurant La Cabraïa, et évoqué le rassemblement des chèvres sur cette place à la « fontaine à deux étages ». Une fois le déjeuner achevé, je suis partie tranquillement à la découverte de la ville. Ce sera l’objet de cet article.

Pour que vous me suiviez mieux, voici un plan du centre. En noir, le trajet 1. En rouge, le trajet 2. J’ai emprunté ce plan à un autre blog, dont l’auteure a écrit beaucoup sur Sospel, et que je vous encourage à aller voir. Il est ici.

Le premier « choc » s’est produit lorsque j’ai découvert la vaste place Saint Michel, présentée ainsi sur le site Menton-riviera-Merveilles (lu a posteriori) :

« Place avec éléments du 13 éme, 15 ème et 17 ème siècles.
Les façades et les toitures des immeubles ainsi que le sol de la place sont inscrits MH (18 mars 1947)

La place Saint-Michel constitue l’un des plus beaux ensembles architecturaux et scénographiques du Comté de Nice. Pavée de galets blancs et noirs, elle est dominée par l’ancienne Cathédrale qui capte le regard par l’aspect monumental de sa façade et du parvis. Bordée par les chapelles des Pénitents Gris et des Pénitents Rouges, elle fut édifiée aux XVIIème et XVIIIème siècles à l’emplacement d’une église romane dont il ne subsiste que le clocher »

Il aurait fallu une vue panoramique pour en rendre compte. Je vais tenter au travers de quelques photos que j’ai prises.

Je ne vais pas reprendre ce que vous trouverez dans tout bon guide touristique… Juste quelques points qui m’ont intriguée.

Le cadran solaire

Il ne date pas d’un passé lointain : 1982, mais peut-être une reprise d’un plus ancien (1956) ?

Première énigme. Je n’ai pas compris l’inscription : que signifient « RC » et « CG »? Le second évoque le Conseil Général, ancêtre du Conseil Départemental. Mais le premier?

Deuxième énigme. Cependant c’est surtout la devise qui m’a questionnée, en latiniste que je fus…

Le début, pas de problème : « Si le soleil garde le silence, je me tais. » (le verbe « silere » est attesté en ce sens chez Cicéron). Mais la suite? « Capire » n’existe pas… Si on lit « capere », cela pose le problème de l’absence d’objet (on « prend » quelque chose). « Celui qui peut prendre, qu’il prenne! ». Or il est traduit par certains auteurs « Comprenne qui pourra ». Mais « capere » n’a jamais signifié « comprendre ». Au plus, avec un génitif « conjecturer ». « Capire », c’est de l’italien, dans le sens de « comprendre »! Bref, j’ai failli y perdre mon latin. Erreur ou plaisanterie???

Comptoirs commerciaux de la Bévéra

Je vous invite à comparer les deux photos ci-dessous. La première est celle que je viens de prendre, en ce début août 2025.

En cherchant à comprendre ce qu’étaient ces « comptoirs commerciaux », j’ai découvert cette photo. Elle provient d‘un blog et date de février 2021.

Incroyable transformation, n’est-ce pas? Avec un « retour vers le passé »…

Mais je n’ai rien pu trouver de plus, sinon qu’auparavant il y aurait eu un « Bazar universel ». Aucune carte postale ou photo ancienne n’est aisément trouvable sur le net, sauf celle-ci, qui date de 1892. Vous remarquerez qu’il n’y avait pas de fenêtre à gauche de la devanture…

Un cheval à la fenêtre

Si vous avez bien regardé l’une des photos précédentes, un cheval a été placé à la fenêtre d’un des édifices, « le palais des barons Blancardi, maintenant barons Ricci des Ferres, où ont été logés à l’occasion de leur passage  dans cette cité, le souverain pontife Pie VII, le roi Victor Emmanuel, la princesse Pauline, sœur de l’empereur Napoléon, au temps de l’ancien gouvernement français, et d’autres personnages remarquables ». Une plaque située juste sous la fenêtre explique que Pie 7 a célébré une messe en cette demeure. Mais pourquoi le cheval?

Le sol pavé de galets

Vous avez peut-être observé le magnifique pavage de la place, tout en galets. C’est ce que l’on nomme dans la région une « calade ».

« Le mot calade fait référence à plusieurs sources, en latin calcare qui signifie calcaire, calare signifiant descendre et aussi s’arrêter en occitan, on retrouve le terme calar, en provençal, le verbe calada, et le nom caladage désignent dans les marchés provençaux du XIVème siècle « un pavage composé de petites pierres disposée sur une forme de terre aplanie, soit posées à sec, soit posées sur un bain de mortier » (Bernardi Philippe, Métiers du bâtiment et techniques de construction à Aix en Provence à la fin de l’époque gothique, Publications de l’Université de Provence, 1995).
Le terme apparaît dans le dictionnaire Larousse en 1887. Les ingénieurs des Ponts et Chaussées du XIXème siècle utilisent le terme calade pour désigner les pierres non taillées et les galets des voies de communication.
Les calades sont des sols de pierres posées sur chant, sur une certaine profondeur, les pierres sont toutes en contact mécanique les unes avec les autres, elles constituent un plan de sol fini.
Les calades sont classées dans les sols dits « debout » en comparaison avec les dallages ou sols à plat et les sols coulés en bétons, goudrons et plastique ». (source)

Je vous conseille de lire l’article dont est issue la citation ci-dessus, il est passionnant et explique à la fois les techniques et les avantages des calades.

La photo qui suit montre à quel point le sol a été travaillé, tant pour les formes que pour les teintes de galets…

Le premier jour de M…

Non, ce n’est pas le titre d’une pièce ni d’un film, mais bien, pour une fois, un événement réel. Ce week-end la jument de ma jeune voisine, dans un petit village de Picardie, a mis bas, comme on dit. « Mettre bas », quelle expression étrange, n’est-ce pas? Je l’ai cherché dans des dictionnaires « sérieux » mais ai trouvé peu d’informations à ce sujet. En réalité, il existe un verbe pour chaque espèce, ou presque. En l’occurrence, on parle de « pouliner » pour les équidés. Et cela ne dure pas longtemps : de 5 à 30 minutes, alors que la gestation a duré presque une année !

Mon amie attendait donc avec impatience ce moment, et se levait depuis quelques temps chaque nuit pour explorer le vaste terrain où dorment ses chevaux, afin d’assister au poulinage de Gaïa. Un nom bien choisi, en l’occurrence, rappelant la déesse mère et nourricière.

Gaïa et ses quatre enfants, mosaïque du IIIème siècle

Vendredi, elle m’avait montré les pis de l’animal, gonflés et laissant couler du liquide. Gaïa semblait fatiguée et se révélait plus nerveuse que d’habitude.

« Aucun moyen ne permet de prévoir avec exactitude le moment de poulinage.
Il existe néanmoins quelques signes annonciateurs : gonflements des mamelles, du lait perle, la jument devient inquiète, nerveuse, cherche à s’isoler.
 » (source)

Dans la nuit de vendredi à samedi, sa propriétaire avait, comme d’habitude, fait sa tournée entre 2 et 3 heures du matin, et n’avait rien remarqué. Moi-même je m’étais réveillée et avais regardé et écouté de la fenêtre donnant sur leur terrain. Mais rien vu ni entendu.

Au petit matin, j’ai reçu un SMS. Et une photo. Levée tôt, la jeune femme avait couru voir sa jument. Elle n’était plus seule. Se tenait près d’elle, bien debout sur quatre pattes mais un peu flageolante, une magnifique petite pouliche, d’une couleur presque blanche, sans tâches (ce qui, soit dit en passant, n’était pas du tout la couleur attendue)…

Le temps de laisser maman et bébé faire connaissance, puis de donner le temps à une autre jeune amie, vétérinaire, de passer s’occuper des deux (il paraît que la libération du placenta a été difficile tant la maman était nerveuse), et j’ai eu le droit d’aller voir ces deux merveilles, dont voici quelques photos, que je tenais à partager avec vous.

Impossible de prendre la pouliche seule… mais j’ai essayé de la cadrer (difficilement)…

Elle a joué les coquettes, en montrant bien sa petite crinière toute bouclée.

Puis sa petite queue, ornée, elle aussi, de jolies bouclettes.

Gaïa ne la lâche pas d’une semelle – pardon, d’un sabot – et la surveille attentivement.

Un petit câlinou ?

Lorsqu’elle tente de se nourrir, la petite veut faire de même… Mais ne peut mâcher la paille, elle n’a pas encore de dents!

Le lait maternel est mieux indiqué. C’est donc le moment d’aller têter les mamelles si riches…

Alors, me direz-vous, pourquoi ce titre ? Et pourquoi n’avoir pas appelé la petite par son nom ? Eh bien, parce qu’en ce premier jour, elle n’en a pas encore. J’ai bien suggéré « Madeleine », en hommage à Brel et en souvenir de l’impatience de mon amie, qui ne connaissait pas la chanson, alors que la jeune vétérinaire néerlandaise la connaissait, elle. « Ce soir j’attends Madeleine« … et, comme il y a beaucoup de lilas chez elle… Puis j’ai pensé à « Merveille », car c’est bien une petite merveille… Il reste à attendre le « baptême » donc. Si vous le voulez, je vous tiendrai au courant…