Un samedi à Doullens

Un petit tour à Doullens en ce samedi frais mais ensoleillé, qui évoquerait davantage l’automne que le « presque été » de début juin.
De manière étonnante, alors que dans ce bourg, durant le confinement, personne ne portait de masque, et que les gens bavardaient tranquillement dans la rue sans respecter les distances, voire se serraient la main, voici qu’aujourd’hui on circule au milieu de personnes au visage masqué! Un peu à contretemps, dans le coin!

Un petit tour dans la ville pour le touriste accueilli… et pour mon propre plaisir. Je ne résiste pas à l’envie de refaire des photos dans l’église détruite, dont une amie photographe disait le week-end dernier qu’elle aimerait y faire des « shootings ». Ce qui m’a conduite à aller immédiatement rechercher la signification de ce terme. J’ai ainsi appris que « shooter » signifie « déclencher ». Et que « shooting » peut signifier « tir, fusillade ». Mais bien sûr, elle ne parlait pas de cela. Donc je prends le second sens… « Séance pendant laquelle un modèle (ou plus souvent un mannequin) est photographié autour d’un thème défini par un photographe professionnel ». Ainsi, je ne pourrai jamais faire de « shooting »! Ni d’un côté de l’appareil, ni de l’autre! Par contre, j’ai appris entretemps que je pourrais faire des « photos boudoir » (encore une expression que je ne connaissais pas!) comme me l’a appris « Helenina Sâme« .

Mais revenons à l’église en question… Je prends vraiment plaisir à jouer avec ces ruines, dans une lumière pourtant peu favorable. Un regret : les pigeons, ordinairement nombreux, ont quasiment déserté les lieux. Sont-ils confinés ailleurs?

Un petit détour par l’histoire? Je ne vais pas paraphraser, mieux vaut copier… le site officiel de la mairie.

Les mésaventures de l’église « aux quatre sans cloches »

La principale originalité de l’Eglise Saint Pierre est constituée par son triforium, sorte de galerie ogivale de l’Eglise Saint Pierre, qui développe sur la face Nord ses élégantes arcades et ses légères colonnettes d’un effet gracieux. De jolis piliers séparent les bas-côtés dans le sens de la largeur, avec leurs moulures, leurs volutes aux angles et leurs feuilles à trois lobes.

En 1522, les Impériaux saccagent tout, et enlèvent même les cloches pour les fondre et en faire des canons. Aux heures tragiques du 31 juillet 1585, pour échapper au massacre des Espagnols, quelques habitants parviennent à se cacher dans l’Eglise. Mais les Espagnols poussent le meurtre jusqu’au pied de l’autel. L’Eglise est incendiée et n’a plus de toit. Pendant de longues années, la consolidation de l’Eglise exige des travaux qui sont effectués par morceaux, suivant les revenus disponibles. En 1692, on répare les murailles et les couvertures, on démolit le clocher pour établir une nouvelle tour. On la bâtit légère et l’agrémente de quatre clochetons, lesquels hélas restent vides par raison d’économie.



Les Doullennais s’amuseront longtemps des « cinq clochers de St Pierre » avec ses quatre sans (cent) cloches.

1790, l’Eglise est fermée et son mobilier est confisqué. Elle n’est vendue que le 28 thermidor de l’an VIII pour 8125 Francs. En 1864 : elle sera revendue 7000 Francs. Laissée mutilée par la tourmante révolutionnaire, l’Eglise Saint Pierre subit les destinations de ses propriétaires successifs. Elle est tour à tour et à la fois grange à récoltes, hangar, remise à tonneaux, atelier de menuiserie, communs de ferme etc…

Je me suis intéressée au jeu du ciel et des plantes environnantes avec les ouvertures résultant de la destruction importante de cette église.

Par contre, je n’ai pas bien compris les objectifs de la décoration extérieure, toute nouvelle… Des « fresques » d’une rare laideur, rappelant la Première Guerre Mondiale… Je vous laisse en juger par vous-même…

Une concurrente qui s’est refait une beauté

Non loin de l’église Saint Pierre, qui n’a pas encore trouvé les clés de son Paradis ni un financement pour sa restauration, l’église Notre Dame, elle, éclate de blancheur après sa récente rénovation.

Consacrée par Thomas Becket en 1170, elle a aussi subi beaucoup de coups durs, dont un incendie au 16ème siècle et le destruction de sa flèche lors de la Révolution. Mais elle garde encore fière allure…

Et son choeur fut reconstruit, contrairement à la sacristie détruite, elle, en 1913…

Décidément, difficile de garder son intégrité quand on est une église sur ces terres de combats à travers les siècles!

En face d’elle, un étrange bâtiment attire l’attention par sa forme étonnante et la sobriété exceptionnelle de sa façade.

La Tour de Pise locale

Il est temps de se rendre à la pizzeria dont je veux fêter la réouverture ce soir. Mais avant, un dernier petit tour pour voir le clocheton du beffroi nous saluer en se penchant…

Des retrouvailles avec La Pizza Dorée

Contrairement à Paris, on peut ici dîner à l’intérieur des restaurants. Heureusement, car il fait 14 degrés dehors, avec un ressenti plus froid en raison du fort vent nord-ouest qui souffle depuis le midi… Heureuse de retrouver ces lieux qui font tout pour vous rappeler que vous allez manger italien…

Encore un vrai lieu de vie, où l’atmosphère est chaleureuse. On s’y retrouve d’habitude dans une proximité forte, car les lieux sont exigus. Personnes venues pour dîner ou pour prendre leur pizza à emporter devisent gaiement entre elles et avec le patron et son équipe.
Ce soir, l’atmosphère est différente. Il faut respecter le mètre de « distance physique » (non, je ne dirai toujours pas « sociale »), et porter le masque pour se déplacer.

Et il y a moins de monde que généralement… Dommage, car la carte est sympa, les plats et boissons peu chers (à trois avec apéritif, vin, pizza et dessert : 56 euros!), et les pizzas fort agréables, même si elles ne valent pas celles de Nice.

Un petit Americano réchauffe l’ambiance, et la famille de la table voisine est bien sympathique, avec cette petite qui voudrait danser sur les rocks endiablés en fond sonore…

Au fait, savez-vous pourquoi on a appelé ainsi ce breuvage? Je vous laisse chercher ou je vous le dis? Bon, d’accord, vous êtes un peu fainéant-e en ce dimanche matin… Ce cocktail, créé en 1861 dans le bar de Gaspare Campari, doit son nom au fait qu’il était fort apprécié des Américains qui fréquentaient les lieux en 1917…

Gaspare Campari en famille…
La magie du Spritz

Si vous voulez en savoir davantage sur cette boisson, mais aussi sur d’autres, je vous conseille ce site, auquel j’ai emprunté l’image ci-dessus. On y apprend ainsi que la première dénomination fut « Milano-Torino »… Personnellement, je préfèrerais boire un « Milano-Torino » qu’un « Americano »… mais on ne peut refaire l’histoire!

La séduction perdure…

Je traitais hier dans ce blog de la découverte d’un endroit idyllique dans l’ouest parisien, le Cravan… Co-incidence (orthographe choisie consciemment), j’y suis retournée hier soir à l’issue d’un beau concert du choeur de Radio France. Avec plaisir. J’allais même écrire « avec émotion ». Il y avait peu de monde, et j’ai eu le plaisir de pouvoir converser avec le Maître de ces lieux, venu s’asseoir convivialement près de moi pour prendre la commande, autour de la « mixologie » et de ses propres choix, ou tout au moins de ce qu’il a bien voulu en partager.

Après le Yellow au subtil goût empreint d’amertume dont je m’étais délectée la semaine précédente, ce fut le Gin Collin’s (je ne suis pas sûre de l’orthographe) dans lequel la saveur du gingembre est exaltée par le citron… Le tout accompagné d’une petite assiette de Parisienne : tranches de champignons de Paris délicatement recouvertes de truffe noire… un régal pour les papilles!

J’ai pu aussi feuilleter le livre dont je vous parlais hier.

Il est hélas en anglais, et aucune traduction n’en est apparemment prévue… Peut-être serait-ce à faire?

Il rassemble des textes reliant la mixologie à l’histoire des années 20 à 30, en présentant un grand nombre de recettes de l’époque, en explicitant la composition de certains qui servent de « bases » (j’ignore le terme technique, il va falloir que je me renseigne!) à la composition des cocktails, comme la Chartreuse ou la Bénédictine (merci, les moines de tout poil!).

Mais il présente aussi un autre intérêt, car il est abondamment illustré. Des photos, relatives à la production des alcools et à l’activité des barmen, dont certains célèbres à l’époque. Des reproductions d’affiches qui nous rappellent, s’il en était besoin, qu’à cette époque elles étaient pour la plupart de véritables oeuvres d’art.

Les affiches de cet article
ne sont pas extraites du livre
Source

Enfin, des photocopies de journaux de l’époque, avec des articles annonçant par exemple des concours de cocktails.

Une question m’est venue à l’esprit, qui résonne encore plus depuis l’annonce d’hier soir : sommes-nous en train de « reproduire » – en transposant, bien sûr, dans notre contexte actuel – les fastes de ces années étranges qui ont succédé à une guerre et en ont précédé une autre?

Source : ForGeorges

Les attentats derrière nous et les risques écologiques et épidémiques devant nous… comme deux guerres perdues ou risquant de l’être… S’étourdir en se délectant, en « bonne compagnie »… Excusez-moi, je ne sais pas ce qui m’arrive ce matin, mais « quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle »… Donc soulevons-le, ce couvercle, pour laisser s’exhaler les parfums des cocktails et de la truffe noire… Merci à ceux, dont notre hôte hier soir, qui nous en offrent l’opportunité.

Séduite… par un bar à cocktail

A la sortie du concert auquel j’ai assisté à l’auditorium de Radio France – oui, je sais, je ne vous en ai pas encore parlé! -, la question s’est posée « Où aller boire un verre dans un endroit sympa? ». Direction : la rue où était garée ma voiture. Et, en route, le coup de chance que j’apprécie un soir très frais sous la pluie hivernale : LE bar dont je n’osais rêver…

La façade, d’abord, m’a attirée par son style Art Déco remarquable. Le propriétaire m’expliquera un peu plus tard qu’il est dû au célèbre architecte touche-à-tout Hector Guimard. Et en surfant par la suite, je découvrirai qu’il fait partie de tout un ensemble d’immeubles construits dans cette rue (la rue Jean de la Fontaine, qui vit naître Proust) et dans la rue Agar toute proche.

J’ai alors jeté un coup d’oeil à l’intérieur, m’attendant à trouver un espace aussi impressionnant que celui des Bouillons ou d’autres brasseries de ce style. Mais non. Un tout petit bar, peuplé de quelques jeunes femmes parfois accompagnées. Une fois entrée, je fus séduite par l’atmosphère très « cocooning » de cet espace bien clos sur lui-même, ouvert seulement sur les fresques des murs et du plafond, presque disproportionnées par rapport à la taille de cette pièce unique.

Et, clin d’oeil à un ami décédé trop jeune, un bar en zinc ! Cravan s’ajoute donc à la liste des « zincs » parisiens…

L’accueil du barman et chaleureux, tout en étant extrêmement professionnel. Il choisit avec soin la table qui conviendrait, s’enquiert des goûts, et explicite la différence entre deux cocktails qui me font hésiter. La carte des cocktails est riche, qualitativement plus que quantitativement, ce que j’apprécie. Je choisis d’en déguster un qui m’est totalement inconnu… et qui me ravira.

Désolée pour le flou. je reprendrai la
photo la prochaine fois!

Des « petits plats » sont aussi proposés. Hélas plus de truffes, mais les deux choisis se révèleront très fins, vraiment délicieux.

Et ce fut un véritable plaisir de regarder officier le barman jonglant avec ses cocktails ou discutant amicalement avec ses client-e-s, et de se faire servir par un jeune cuisinier fort sympathique. Bref, je me suis promis d’y retourner!

Ah! J’allais oublier de vous donner les coordonnées… et, en les recherchant sur le net, je m’aperçois que je ne suis pas la seule à apprécier cet endroit… ni son barman, dont j’ai découvert en préparant cet article qu’il en est en réalité le fondateur, Franck Audoux, un authentique et passionné mixologue! Un article de Paris Match à ce sujet… et le livre qui vient d’être publié chez Rizzoli USA : French Moderne : Cocktails from the 1920’s 1930′ présenté entre autres ici.

Dernière minute. En cherchant la page Facebook de Franck Audoux, j’ai trouvé cette annonce passée en janvier, qui m’aide à comprendre pourquoi j’ai tout de suite « flashé » sur le lieu : »Pour cette nouvelle décennie, Cravan recherche un/une serveur/serveuse aimant l’amertume et l’équilibre, JC et JLG, la UK drill et Monteverdi, Socrate et les kebabs… Au choix! »

Fluctuart

Un vernissage avait lieu la semaine dernière sur un site dont j’ignorais l’existence et qui me fut signalé par un expert… Fluctuart… Aussitôt je me suis précipitée sur Internet, pour découvrir  » le premier centre d’art urbain flottant au monde » (sic, sur le site officiel), dédié au Street Art – « tout art de la rue qui n’est pas du graffiti », selon un site que j’apprécie. Toujours aussi curieuse, je me devais d’aller découvrir ce lieu flottant sur la Seine, près du Pont des Invalides, à deux pas du Faust où j’aime voir le couchant en mi-saison…

Me voici donc sur place en ce dimanche soir de juillet… et, première surprise, une contestation exprimée juste en face de l’embarcation…

Une fois la passerelle franchie, on pénètre dans un espace ouvert sur l’onde, le ciel et la Ville…

L’exposition se situe, comme on le voit sur ce qui sert d’affiche (photo), dans la « cale ».

En ce moment, une exposition d’une artiste de rue américaine, qui a débuté un peu avant 2000 à Brooklyn.

Caledonia Dance Curry peint sous le pseudo de Swoon, que l’on pourrait peut-être traduire par « Défaillance », « Pâmoison ».

Je ne me suis pas pâmée devant ses réalisations, mais j’ai apprécié entre autres les personnages, saisis sur le vif, à l’expression saisissante d’authenticité…

Cependant cela a requestionné la définition de cet art, comme évoqué en début de cet article.

Des installations sont aussi exposées, telles que celle qui accueille au début de la cale.

L’étage supérieur est consacré à d’autres artistes. Je dois avouer que, pour ma part, j’ai du mal à concevoir un « Street Art » ainsi emprisonné dans des cadres, sur un espace qui, bien qu’ouvert au maximum sur l’environnement urbain et fluvial, reste un espace clos… Ainsi figé aussi dans le temps, alors que, pour moi, c’est avant tout un art vivant qui se doit de rester éphémère… Mais sans doute ai-je une conception restreinte, datée, figée aussi, de cet art…

Futura
Bombe aérosol sur toile
Dorado

Une petite librairie est logée à l’étage supérieur de la péniche, dédiée à ce courant artistique. Le même étage abrite un vaste bar où des reflets métalliques jouent avec les reflets aquatiques…

Une vaste terrasse alliant métal et bois offre une magnifique vue sur le couchant à l’ouest, le pont et le Grand Palais à l’est et au nord-est.


Les cartes ont des supports originaux.

Celle des boissons n’est autre qu’une bombe… C’est là que j’ai trouvé « le Piège à partager »…

Et celle des plats, une planche de surf miniature et ornée.

Une boisson bien fraîche, rien de tel en ce crépuscule estival… Un mélange de Prosecco et de fruits divers, servi sur des glaçons en nombre considérable…

Je craignais que la fonte des glaçons ne pervertisse le goût.

Mais non, c’est le contraire qui s’est produit.


Et le dernier verre fut le meilleur!

La descente des escaliers s’est donc faite à la nuit tombante, ce qui m’a permis d’apprécier la métamorphose nocturne de l’ensemble, toute en nuances de roses vifs et de mauve / violet.