Une soirée à Radio France. 2. Le compositeur dirige…

Comme je vous l’ai dit précédemment, c’est le compositeur de deux des oeuvres au programme qui dirige l’orchestre en ce vendredi soir. N’en ayant jamais entendu parler, j’ai cherché qui était Thomas Adès. Voici ce qu’en dit le site de l’Opéra National de Paris :

« Né à Londres en 1971, le compositeur, chef d’orchestre et pianiste Thomas Adès a étudié le piano à la Guildhall School of Music & Drama et la musique au King’s College de Cambridge. Ses opéras sont au nombre de trois : Powder Her Face (1995), The Tempest (2004) et The Exterminating Angel (2016).

En 2021 a eu lieu à Londres la première de Dante, œuvre spécifiquement écrite pour la danse. Sa musique de chambre comprend les quatuors à cordes Arcadiana (1994) et The Four Quarters (2010), un Quintette pour piano (2000) et le quintette pour clarinette Alchymia (2021). Sur le plan orchestral, il a composé Asyla (1997), le Concerto pour violon « Concentric Paths » (2005), Tevot (2007), In Seven Days (2008), Polaris (2011), un Concerto pour piano et orchestre (2019), Shanty-over the Sea pour cordes (2020), Märchentänze pour violon solo et piano / orchestre (2021) et Air-Homage to Sibelius pour violon et orchestre (2022). »
Apparemment, le site n’est pas très compler, puisqu’on ne voit pas dans ces lignes les deux oeuvres représentées ce soir :
En tant que chef d’orchestre, Thomas Adès se produit notamment avec l’Orchestre philharmonique de Los Angeles, l’Orchestre symphonique de Londres et le Royal Concertgebouw d’Amsterdam.

À l’Opéra national de Paris : The Dante Project, 2023 ; The Exterminating Angel, 2024 ; tournées Orchestre de l’Opéra national de Paris (San Sebastián, Saint-Jean-de-Luz), 2025″

En effet, ce soir, c’est un concerto In the Seven Days qui est joué en première partie, puis une oeuvre indéfinissable, Aquifer, qui clôt la seconde. J’ai beaucoup apprécié les deux, pour des raisons différentes. Au passage, remarquons qu’elles comportent 7 mouvements… comme la symphonie de Sibelius est la 7ème, ce chiffre domine la soirée, comme l’a aussi observé l’auteur d’un article que je vous conseille de lire, car il est vraiment expert et intéressant. En voici un extrait :

« D’une durée de 30 minutes, il est structuré en 7 mouvements regroupés entre trois parties : les deux premières parties de trois numéros vont du spirituel/cosmique au réel/terrien et au vivant, et la dernière s’intitule Contemplation. »

J’ai été totalement transportée dans certains de ces mouvements, d’une lenteur et douceur dé-concert-antes, c’est le cas de le dire. Voici ce qu’en dit l’article sus-cité.

« Le mouvement III. Land- Grass -Trees est envoûtant sous les doigts de Bertrand Chamayou, les notes s’égrènent comme des lumières sur un tapis sombre de cordes, avec une magnifique progression comme un vent qui se lève et devient puissant (ou comme un arbre qui pousse ?).« 

Le concerto laisse une place surprenante au piano, dont Chamayou joue divinement.

J’ai un peu moins aimé Aquifer, peut-être parce que sa présentation m’avait laissé espérer entendre le doux murmure de l’eau, et que c’est plutôt un torrent qui a déferlé au début et à la fin.

Ce final a aussi questionné l’auteur de l’article…

« Arpèges mystérieux, crescendos très bien menés tant dans l’écriture que dans la direction, climax dansant (le chef danse lui-même et Bernstein n’est pas loin), c’est de la belle écriture avant un final glorieux en do majeur. Mais quel est le sens de cet accord triomphal alla Symphonie n°5 de Beethoven, Symphonie n°3 avec orgue de Saint- Saëns, voire Symphonie n°7 de Mahler ? S’agit-il seulement d’obtenir à bon prix les faveurs du public, tant le do majeur force aux vivas et aux applaudissements ? Ou s’agit-il aussi de célébrer la magnificence des poches géologiques quand leur précieux liquide retourne à la lumière de la surface terrestre ? Qui danse et pour se réjouir de quoi ? Ce final, en 2024 et encore plus en 2026, interroge. »

Si vous souhaitez découvrir davantage ce compositeur, son site est accessible, en anglais…

Mais vous me connaissez, je n’allais pas m’en tenir là. La question du double rôle « compositeur / chef d’orchestre » m’a poussée à faire des recherches. J’ai ainsi appris que, si la fonction « direction d’orchestre (ou de choeur) » est attestée depuis l’Antiquité, avec différents « outils » dont la main, l’archet, et même la canne – qui a causé la mort de Lulli qui se l’était enfoncée dans le pied lors d’une répétition difficile -, le fait qu’une personne se consacre à cette direction, en tournant le dos au public, date de la fin du 18ème siècle en France, et de la moitié du 19ème en Angleterre, où les résistances furent plus fortes.

« Louis Spohr (1784-1859), puis Carl Maria von Weber (1786-1826) et Felix Mendelssohn (1809-1847) sont ainsi les premiers chefs à diriger les musiciens avec une baguette ou un archet face à l’orchestre et non plus aux spectateurs, au grand étonnement des orchestres et des auditeurs, plutôt déroutés et fortement réticents devant cette pratique indécente, qui fait tourner si impoliment le dos au public. »

Il ne manque plus que Mendelsohn… Pour vous amuser, une représentation de lui, enfant, déjà en direction d’orchestre. L’image est sous copyright, comme vous le voyez, mais autorisée pour usage non commercial. Malgré la pollution par le chiffrage, j’ai souhaité la partager avec vous…

Auteur: WOLDEMAR FRIEDRICH

Titre: The Young F.Mendelssohn-Bartholdy / Woodc.

Légende: Mendelssohn-Bartholdy, Felix ; compositeur allemand . Hambourg 3.2.1809 – Leipzig 4.11.1847. Felix Mendelssohn-Bartholdy enfant dirigeant. Grav. sur bois d’ap. dessin de Woldemar Friedrich (1846-1910), coloriée ultérieurement.

Technique/matériel: GRAVURE SUR BOIS • ARTS GRAPHIQUES • IMPRIME

Si cette question vous intéresse, je vous conseille de lire cet article très intéressant de ResMusica, qui a répondu à ma question : est-ce « habituel » que des compositeurs dirigent l’interprétation de leurs propres oeuvres? La réponse est « oui ». Les premiers à l’avoir fait ne sont autres que Berlioz et Wagner. Je vous laisse jouer à reconnaître les compositeurs dans ce schéma proposé par l’article sus-cité…

Par contre, cela provoque un autre questionnement. « Quelle place, dès lors, à « l’interprétation », dans toutes les acceptions du terme?

Pour en revenir à Thomas Adès, j’ai cherché des vidéos où on le verrait diriger. Je n’ai trouvé que cette « captation sauvage », prise par smartphone, visiblement. Mais le terme « énergie » me semble bien choisi… Et un entretien avec lui, en anglais, sur ce site.

Et pour en savoir plus, bien sûr, France Musique, où vous retrouverez l’intégralité du concert, y compris la Symphonie n°7 de Sibelius, dont je n’ai pas parlé mais qui m’a envoûtée… Ainsi que d’autres pièces du compositeur.

Une soirée à Radio France, épisode 1. Sibelius, Tapiola et le Kalevala

J’ignorais qui était Thomas Adès, certes. Mais j’apprécie Sibelius… Direction donc le Parisian Far West en ce vendredi soir! Arrivée un peu tôt, je prends le temps de monter au 2ème étage et y découvre un bar fort agréable et étonnamment peu fréquenté.

Le temps d’un Moscow Mule, et me voici redescendant vers le 1er, pour gagner ma place. Le plafond est toujours aussi beau!

Je suis toujours étonnée par le nombre impressionnant d’instruments dans un orchestre symphonique. Mais, cette fois, je le suis encore davantage. Pourquoi? Je ne sais. Peut-être les deux pianos? Les percussions très variées? Ou simplement le fait que, la scène étant plus petite que celle de la Philharmonie ou de la Seine Musicale, la quantité paraît supérieure? Mais voici qu’arrive un homme que je prends pour le chef d’orchestre.

Mais non, c’est un présentateur qui vient introduire le spectacle. Et j’apprends alors que le Maestro, ce soir, est aussi le compositeur de deux des morceaux qui vont être interprétés. Fait assez rare, n’est-ce pas? Mais d’abord Sibelius, avec Tapiola. En 1926, Sibelius, qui a alors 61 ans, vit dans la Villa Ainola (du nom de son épouse, Aino), nichée dans une forêt de pins. C’est là qu’il va composer ses deux dernières oeuvres, qui font l’objet du concert de ce 10 avril, cent ans plus tard. Il poursuivra sa vie sans composer durant les 31 années qu’elle durera encore, jusqu’en 1957…

Si vous êtes fan de la mythologie ougro-finnoise, vous connaissez sûrement Tapio. Ce n’était pas mon cas avant cette nuit, où je l’ai découvert. Revenons en 1835, plus exactement le 28 février. Un érudit, Elias Lönnrot, publie le premier Kalevala ou Les vieilles chansons caréliennes du peuple finnois d’antan. Vous êtes perdu-e? Alors décomposons. La Carélie, c’est une république sise à l’est de la Finlande.

« En 1617, par le traité de Stolbova, signé par la Suède (à laquelle était alors rattachée la Finlande) et la Russie, que la Carélie fut divisée en deux: à l’ouest, la Carélie finlandaise, à l’est, la plus étendue, la Carélie russe, elle même divisée en Carélie blanche au nord, et en Carélie Olonets au sud. Lorsque la Finlande passa sous domination russe, la partition resta effective même si les nationalistes finlandais, renforcés par tout un courant littéraire et musical, en firent, au milieu du XIXème siècle, un thème de leurs aspirations… » (source).

Je vous passe tous les détails de la Première Guerre Mondiale, durant laquelle la Carélie redevint Finnoise.

« ‘C’est en octobre 1920 que le traité de Tartu signé par la Finlande et la Russie soviétique fixa la frontière entre les deux pays: si, au Nord, la Finlande gagnait un accès à la mer de Barents, elle dut en revanche renoncer à ses prétentions sur les régions de Repola et Porajärvi contre la volonté affichée de leurs habitants. »

Sibelius n’est pas Carélien. Il est né et a vécu en Finlande méridionale, dans la région d’Helsinki. Mais il s’est intéressé à un ouvrage publié en 1835 par un certain Elias Lönnrot. Explorateur, médecin, poète et linguiste. Bref, un érudit, qui soutenait qu’une nation ne peut exister sans base culturelle partagée.

« Voici qu’un désir me saisit,
L’idée m’est venue à l’esprit
De commencer à réciter,
De moduler des mots sacrés,
D’entonner le chant de famille,
Les vieux récits de notre race… »

« Lönnrot eut l’idée de rassembler les légendes de l’ancienne Finlande en 1828. Il parcourt Finlande et la Carélie pendant les sept années suivantes rendant même dans les plus petits villages. Puis, il compara et adapta ces légendes pour en faire une épopée héroïque qu’il appela le Kalevala. Ce recueil s’est enrichi jusqu’à rassembler près de 23 000 vers en 1849.
En réalité, le Kalevala prend sa source en partie dans l’ancienne mythologie et en partie dans l’imagination d’Elias Lönnrot lui-même. Dans son ardeur à vouloir écrire une épopée comparable à l’Iliade d’Homère, Lönnrot a écrit des poèmes entièrement nouveaux à partir de fragments d’informations qu’il a réunis pendant ses voyages. Le Kalevala raconte une querelle entre deux peuples: les Kaleva originaires du sud de la Finlande et les Pohjola venus du nord de la Finlande et de la Laponie. »

Si vous voulez le lire à votre tour, le voici, ce livre qui regroupe cinquante chants, sous le titre Kalevala, « Terre Nourricière des Héros ».

Parmi les divinités, Tapio.

« Dieu ou esprit de la forêt, Tapio apparait sous forme humaine en général nu mais parfois magnifiquement habillé; il porte une magnifique barbe de lichen et d’épais sourcils en mousse.
Il est cité dans le récit du Kalevala.
Les chasseurs lui adressaient des prières avant la chasse pour qu’elle soit fructueuse.

Il vivait au cœur de la forêt en compagnie de son épouse, la belle déesse de la forêt, Mielikki. Ils étaient les parents du dieu de la chasse, Nyyrikki et de trois filles Annikki, Tellervo, Tuulikki. » (Source)

Et nous en revenons à Sibelius, et à Tapiola, le premier des morceaux de cette soirée. Le dernier composé par le musicien. Comme un oméga face à l’alpha qui serait sa Première Symphonie. Voici ce qu’en dit Radio Classique.

« Sibelius s’inspire des contes mythiques du Kalevala écrits dans les années 1830, sous la plume d’Elias Lönnrot (1802-1894). Vingt-trois mille vers exaltent les chants de Carélie. Sibelius choisit l’un des héros, Kullervo pour sa symphonie. L’identité nationale nourrit l’originalité du langage du compositeur. Elle annonce la Première Symphonie de 1899. Celle-ci recompose un folklore imaginaire criant de vérité.

L’inspiration se tourne plus volontiers vers les couleurs slaves d’un Tchaïkovski. « Il y a chez cet homme bien des choses que je reconnais en moi-même » affirme Sibelius à son épouse Aino, en songeant au musicien russe. Lors de la création, en 1899, le succès est d’autant plus immédiat que le public s’approprie l’œuvre comme un acte de résistance face à l’hégémonie de la Russie du tsar Nicolas II.« 

Très d’actualité, n’est-ce pas? Mais alors que dans cette symphonie le héros est le seul personnage tragique de la mythologie finlandaise, Tapio est au contraire une divinité respectée, à laquelle les chasseurs s’adressent avant leur équipée. Dieu ou esprit? Je ne sais. Mais il est souvent représenté sous forme humaine avec barbe de lichen et sourcils en mousse.

Si vous voulez en savoir plus, un intéressant documentaire en ligne, mais en anglais.

Revenons à la musique, maintenant que nous avons une idée du contexte… Vous ne l’entendrez pas par l’Orchestre de Radio France, mais par celui de Londres. Cependant, vous aurez une idée de la puissance de ce poème symphonique en écoutant ceci. Et, si vous voulez en savoir davantage sur sa composition, un podcast en ligne est disponible sur le site de RadioFrance.

Violoncelle suédois

En une semaine, j’ai eu la chance d’assister à deux concerts avec l’instrument que je préfère : le « cello », le violoncelle. Le premier, dont je ne vous ai toujours pas parlé car, comme vous l’avez remarqué, voici bien longtemps que je n’ai pas rédigé d’article (tout au moins, en entier, car le nombre de « brouillons » devient important hélas), était de mon artiste préférée, Sol Gabetta. Cette fois, ce sont deux jeunes Suédoises que je suis venue écouter ce dimanche 22 février, tout en découvrant qu’il existait à Paris une église suédoise… Eglise? J’avoue que j’ai été un peu perdue, car j’ignorais qu’il existait des églises protestantes… pour moi, c’était forcément des temples…

Je me suis donc renseignée, notamment dans cet article très clair. Si j’ai bien compris, les Luthériens utilisent le terme « église », alors que les Calvinistes lui préfèrent le terme « temple ». Sachant que, d’une manière générale, toute église est en quelque sorte un temple… Or, en Suède, plus de la moitié des habitant-e-s seraient luthériens, selon France Diplomatie.

« Religion(s) : Église de Suède (évangéliques luthériens – 55,6 %) ; sans religion (32%) ; musulmans (8,9%) ; chrétiens orthodoxes ; catholiques. »

Et elle serait bien discrète, cette église, dans cette petite rue du 17ème arrondissement, la rue Médéric, si le drapeau ne la faisait pas remarquer.

J’ai été saisie par le contraste entre une forme de rigueur et de sobriété, d’une part, et des détails accueillants et chaleureux, d’autre part. Il faut préciser que j’ai eu besoin de me rendre dans un endroit intime, et un homme m’a laissée, pour ce faire, pénétrer dans la partie à gauche de la cour, dans laquelle j’ai été surprise par un énorme puits. Suivez-moi…

Les langues utilisées dans les « toalett » m’ont également surprise.

L’anglais, à gauche, est remplacé par l’arabe, à droite…

Mais l’heure du concert approche, entrons donc dans l’église.

Pas de crucifix, mais un Christ « rédempteur » (?) (moins grand que celui de Rio!). A vrai dire, je ne suis pas certaine du terme, car, ici, les mains sont tournées vers le sol. Si parmi vous il se trouve des experts en statuaire religieuse, merci de m’aider à qualifier cette statue. Quoi qu’il en soit, moins dramatique que les Christ en croix de nos églises…

Mais pourquoi une église suédoise à Paris? Celui qui m’avait ouvert la porte des autres locaux, et que je pense être le pasteur, a précisé qu’ils allaient, cette année, fêter les 400 ans de l’église. Ce que je n’ai pas compris, car elle a été construite entre 1911 et 1913. J’ai beau être nulle en mathématiques, cela ne fait pas 400 ans… L’article de Wikipédia est bien documenté, vous pourrez le lire avec intérêt. On y apprend qu’effectivement un pasteur, Jonas Ambraeus, a célébré le culte suédois à Paris pour la première fois en octobre 1626

et que le savant Hugo Grotius, devenu ambassadeur à Paris, a installé une chapelle dans le salon de l’ambassade, 7 quai Malaquais…

Pourquoi dans l’ambassade, me direz-vous? Tout simplement pour profiter de l’extraterritorialité. Replacez-vous dans l’époque. Le culte protestant était interdit par l’Edit de Nantes (1598). Les Suédois y avaient donc droit, dans l’enceinte de Paris, mais pas les citoyens français (si vous vous souvenez des « dragonnades » en 1678) qui, eux, devaient sortir de la ville et se rendre au temple de Charenton. Mais tout au long de l’Ancien Régime, des Français furent baptisés dans la chapelle suédoise, qui a changé d’emplacement deux fois : Hôtel de Cavoye, puis 52 rue des Saints-Pères.

Pour en revenir à l’édifice actuel, il a vécu une histoire récente agitée, car il a failli… être vendu!

« L’Église de Suède, de confession protestante, est présente en France depuis 1626. Elle est aujourd’hui hébergée dans le XVIIe arrondissement de Paris, dans un bâtiment de brique rouge construit entre 1911 et 1913 qui offre aux fidèles un lieu où se retrouver au cœur de la capitale. Le clergé suédois envisage cependant, pour des raisons économiques, de vendre les locaux parisiens. 

Cette menace qui pèse sur l’église suédoise à Paris a provoqué débats et contestations. Un groupe Facebook a été créé afin de s’opposer à la vente, et une pétition a été lancée pour sauver le bâtiment. De nombreuses personnes rappellent l’importance de représenter l’Église de Suède en France, mais aussi le rôle que joue le bâtiment dans la vie locale des fidèles, et le patrimoine culturel qu’il constitue. Dans une tribune pour Dagens Nyheter (article), l’autrice Helena Lindblad se remémore des moments de partage et d’émotion, des rencontres, des découvertes. Elle estime que cette vente serait « une erreur historique ». »

C’est l’alliance de la municipalité, des fidèles, mais aussi des riverains, qui a permis de sauver l’ensemble d’un projet immobilier.

« Estimé à plus de 6 millions d’euros, cet ensemble de 13 000 m2 comprend non seulement l’église mais également une école primaire, une grande salle paroissiale, des bureaux et un logement de fonction bâtis sur une parcelle de 700 m2.

Ce bien avait été récupéré par la congrégation au moment de la séparation entre l’Église et l’État, acté en 2000 en Suède, alors qu’elle l’avait cédé 50 ans plus tôt à l’État suédois pour une couronne symbolique. »

Le pasteur a invité tout le public aux festivités qui se dérouleront cette année… A voir?

Mais revenons-en au concert…

Ce fut un enchantement. Les deux jeunes artistes sont talentueuses, et m’ont fait vibrer tout au long du spectacle. Il faut dire que j’adore Sibelius… Voici un autre enregistrement de Malinconia, si vous souhaitez découvrir l’oeuvre. Mais l’arrangement de Franck était aussi émouvant. En voici aussi une autre version. Les artistes ont offert trois autres morceaux, deux classiques, d’abord, et, pour finir différemment, Barbara, « Dis-moi, quand reviendras-tu? »

Deux jeunes musiciennes aussi passionnantes que passionnées… J’ai trouvé le site de l’une, Alice Power, mais pour l’autre, le site est presque vide, et je vous propose seulement un article en suédois… Si vous avez l’occasion de les écouter, ne vous en privez pas! Un moment de bonheur musical partagé…

Concert à Notre Dame

Je confirme ce que j’ai déjà écrit ici : je n’apprécie pas du tout la restauration de la cathédrale de Lutèce… Trop! Trop neuf. Trop blanc. Trop « sans vie ». Et puis, cette horrible flèche que l’on doit à celui qui voulait « moderniser »!

Mais ce n’est pas de l’édifice dont il est question. Je préfère vous parler du concert qui s’y tenait en ce mardi 10 février aussi humide que pluvieux et qu’est en train d’introduire le prêtre que vous apercevez en bas à gauche de la photo, sous la Vierge et l’Enfant. Vous ne voyez pas? Un petit coup de zoom?

Quatre solistes ayant appartenu ou chantant encore à la Maîtrise de Notre-Dame se sont succédés ou ont chanté en polyphonie, entraînant le public dans des émotions diverses. Le programme était dense : 15 morceaux au total, de 10 compositeurs. En effet, Monteverdi était le plus représenté, suivi de Cavalli et de Purcell, pour ma plus grande joie. Je ne vais pas évoquer l’ensemble, mais focaliser sur les airs qui m’ont le plus envoûtée et/ou que j’ai découverts.

D’abord, « O bone Jesu », du maître de Monteverdi, Francesco Cavalli. Je ne puis vous faire entendre la version que j’ai ouïe, mais en voici une autre tout aussi belle. Du même compositeur, Ave Regina coelorum, dont un extrait est présenté sur le site de la cathédrale. Ensuite, le Salve Regina de son élève. Même chose que pour le précédent, une autre version ici.

Un ravissement donc, une évasion certaine, loin des tristes réalités du quotidien. Un baryton, un ténor, une mezzo-soprano et une soprano étaient accompagné-e-s par le titulaire de l’orgue de choeur, Yves Castagner, dans un jeu tout en délicatesse (à gauche sur la photo ci-dessous).

Un regret cependant pour moi : la sonorisation est un peu faible pour le volume de l’édifice. Je l’avais déjà observé précédemment, cela s’est confirmé. Résultat : l’orgue l’emportait un peu trop sur les voix, et en particulier celle de ma tessiture préférée : mezzo-soprano (limite alto parfois), Joséphine Geoffray. Mais elle m’a quand même enchantée / en-chantée / en-chant-et?

Gautier Capuçon, quelle virtuosité!

Invitée hier soir à un concert d’une de mes idoles, Gautier Capuçon (j’apprécie aussi son frère, mais comme je préfère le violoncelle au violon…), j’ai couru jusqu’à l’extrême nord-est parisien pour assister au concert auquel il participait, dans une salle que j’aime beaucoup, la Salle Pierre Boulez.

Si vous êtes un peu expert en musique, vous aurez compris, en voyant le programme, qu’il ne prenait part qu’à la première partie de celui-ci, car la Symphonie du Nouveau Monde ne permet pas de mettre en valeur un virtuose du violoncelle. Par contre, il nous a gâté-e-s en ajoutant un morceau extrait de son dernier album, Gaïa (en hommage à la Terre), Toward the Forest que Bryce Dessner a composé pour lui. Rappelons donc, pour celles et ceux d’entre vous qui ne suivent pas sa carrière, qu’il s’agit d’un projet, présenté en ces termes sur le site de l’éditeur, Warner Classic (où vous pourrez le trouver, soit dit en passant).

« … un album inspiré réunissant dix-sept créations mondiales signées par seize compositeurs contemporains. Ce projet explore la relation entre l’humanité et la nature sous un prisme multiple, puisant dans différents genres musicaux, esthétiques et influences culturelles, ainsi que dans les contrastes saisissants du monde naturel.

« Chaque morceau donne sa propre voix au violoncelle, nous plongeant dans la puissance et la profondeur de la nature et de la Terre, source de toute vie », explique Gautier. « Dans chaque pièce, c’est la Terre qui s’exprime en musique : parfois fragile, parfois majestueuse, toujours essentielle. … Cet album est aussi un chant d’alerte, un hymne à cette beauté menacée, une prière pour les générations futures. »

Mais revenons au début du concert. Comme je n’avais pas vu le programme en amont, il m’a beaucoup surprise. Imaginez: vous attendez un orchestre symphonique et un soliste, et vous vous retrouvez devant… 4 musiciens! Et qui plus est quatre trompettes! Je n’avais jamais vu cela. Et c’est apparemment normal, car en faisant mes recherches j’ai appris que ce serait le plus petit ensemble requis pour une « fanfare ». Plus le chef d’orchestre, bien sûr. Un morceau envoûtant, étonnant, que je n’avais jamais ouï. C’est le 5ème d’une série de 6, composée par Joan Tower (pianiste et compositrice américaine, aujourd’hui âgée de 87 ans), dédicacé à Joan Harris, née, elle, en 1920.

Une petite parenthèse pour vous expliquer cette dédicace. Toute sa vie, elle a lutté contre les inégalités et la pauvreté, et soutenu les arts. Son (second) époux fortuné l’y a aidée en finançant beaucoup de ses actions, dont la création d’un théâtre à leur nom.

« Joan and Irving Harris review plans for a concert hall in Aspen in 1993.

Harris forged ahead, helping to raise funds and secure a location at Millennium Park in Chicago’s Loop, the city’s bustling central business district. When it opened in November 2003, the Harris Theater became the first multiuse cultural venue built in downtown Chicago since 1929. It has gone far in creating the kind of supportive and lively arts community Harris and other believers long envisioned. »

C’est à l’occasion de ce concert à Aspen qu’a été créée cette « Fanfare for the Uncommon Woman n°5 » que j’ai beaucoup appréciée. En quelque sorte, un hommage à deux femmes, de deux générations différentes : une philanthrope active et une musicienne, compositrice.

S’est ensuivi une pièce assez longue, prenante, un peu « déprimante », mais si intense et magnifiquement jouée par Gautier Capuçon! Voici comment elle est expliquée sur Wikipédia.

« Le soliste ouvre le Largo par une phrase grave et méditative, puis dialogue avec l’orchestre, d’une manière de plus en plus énergique et tendue, surtout dans la deuxième partie du mouvement, marquée par les sonorités du xylophone et une opposition entre les pizzicatos et les accords du violoncelle et la percussion. La fin du mouvement revient à l’intériorité et la retenue du début. Les deux mouvements suivants s’enchaînent et sont indiqués l’un et l’autre Allegretto. Le début s’apparente à une danse tzigane, d’abord assez légère, puis prenant l’allure d’une toccata, avec roulements de tambour et sonneries de cor. La partie suivante est contrastée entre des phrases lyriques, d’autres rythmées, parfois des explosions de violence et une formule cadentielle très classique. L’œuvre s’achève par une longue note grave du violoncelle sur fond de martèlement léger au xylophone. »

Vous pourrez en voir et écouter quelques extraits sur You Tube, qui suffiront à vous faire comprendre l’admiration sans borne pour la virtuosité de Gautier Capuçon, qui n’est pas que « technique ». On parle de l’âme d’un instrument, mais ici c’est la rencontre de trois âmes, celles du compositeur, de l’interprète et de son violoncelle… Pour information, si vous l’ignorez, l’oeuvre a été écrite alors que Chostakowitch était soigné dans un sanatorium, en 1966. Une belle présentation en est faite sur le site de l’orchestre de Monte-Carlo, par une auteure qui termine ainsi :

« Par sa complexité et ses multiples arrière-plans, ce deuxième concerto pour violoncelle de Chostakovitch peut être considéré comme le bilan d’une vie. Par leur côté hagard, leur violence percussive, leur lyrisme douloureux et leur introversion absolue, les concertos pour violoncelle de Chostakovitch constituent des documents historiques en même temps que des confessions humanistes au plein sens du terme sur ce que fut la dictature stalinienne. »

Comme je vous le disais précédemment, la première partie s’est achevée sur un des morceaux de l’album Gaïa (publié en novembre 2025), inspiré des tableaux de paysages et de nature de Münch.

Un petit entracte a permis au public de se remettre de ses émotions, mais c’était pour en retrouver d’autres avec la Symphonie du Nouveau Monde, magistralement interprétée par l’Orchestre Symphonique de Paris. Emphase? Non. Pour l’avoir moultes fois entendue, je peux affirmer que c’est la plus riche et puissante interprétation à mon sens. Un orchestre totalement mobilisé sous la conduite de son chef « dansant », Andrès Orozco-Estrada, un Colombien qui est devenu récemment directeur musical de l’Orchestre Symphonique de la Radio Suédoise, et de la première violon solo, Sarah Nemtanu, qui vient d’être nommée, le 1er janvier 2026. Le site de cet orchestre est remarquablement bien conçu, et vous pourrez y trouver la présentation de chaque membre, organisée par familles d’instruments.

Le public est ainsi passé par toutes sortes d’émotions, jusqu’à l’envol puissant de la finale symphonique… porté par un orchestre uni et fort, sous la baguette d’un elfe et accompagné par un génie. Bref, une soirée magique…

Une chorale philadelphienne à Saint-Sulpice

L’affiche m’avait surprise : que venait faire une chorale de Philadelphie dans notre vieux Paris?

Et qui plus est, un lundi à 15 heures! La moitié des compositeurs sus-cités m’intéressait… les autres, pour moi étaient d’illustres inconnus, mon « savoir » sur la culture américaine étant quelque peu lacunaire. Cependant, j’ai tenté… et me suis retrouvée au premier rang, suivie par un public plutôt clairsemé, qui s’est progressivement étoffé car des touristes l’ont rejoint.

Bref, les chanteuses et chanteurs étaient presque aussi nombreux/euses que celles et ceux qui les écoutaient! Car le nombre, il faut le dire, était impressionnant. Une bonne cinquantaine! Les voici arrivant « sur la scène », devant l’autel en une longue, longue file.

File suivie par son « directeur », Jeffrey Brillhart.

Enfin, tout le monde est installé, le concert peut commencer. Directement : aucun commentaire, aucune présentation. En réalité, il fallait lire le papier qui avait été remis à l’entrée, et dont j’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’un faire-part de deuil.

Et au verso, le programme, dont a priori nous ne comprenions pas bien la structuration.

Si je devais le décomposer en « parties », ce serait simple : la première et la seconde. Au début, pour moi, une belle découverte. Je ne vous ferai pas l’injure de vous présenter Bruckner ni Poulenc ni Duruflé. Mais peut-être, comme moi, ne connaissiez-vous pas Thompson? Voici une autre version de la chanson qui initiait le concert. Quant à Pierre Villette, je n’ai pas trouvé de version d’un Ave Maria, mais une d’un Salve Regina, interprété par un choeur inattendu… Né à Duclair, près de Rouen, en 1926, et décédé en 1998 à Aix-en-Provence, où il avait dirigé le conservatoire pendant 23 ans, il a composé 80 opus, peu connues en France :

« De façon étonnante, son œuvre n’a jamais été très reconnue en France, sans doute du fait de sa carrière accomplie en province quand Paris domine la vie artistique du pays. » (Wikipedia)

J’ai donc beaucoup apprécié ce début de programme, notamment la « comparaison » possible de deux compositions autour du texte « O magnum mysterium ».

« O magnum mysterium, et admirabile sacramentum, ut animalia viderent Dominum natum, jacentem in praesepio! Beata Virgo, cujus viscera meruerunt portare Dominum Christum. Alleluia. »

En français:

« O grand mystère, et admirable sacrement, que des animaux voient leur Seigneur nouveau-né, couché dans une mangeoire! Heureuse Vierge, dont le sein a mérité de porter Le Christ Seigneur. Alleluia! »

Eh oui, c’est un chant de Noël, un chant grégorien créé pour les matines de Noël. Et j’ai ainsi appris, en préparant cet article, qu’il n’y avait pas deux versions, mais que de multiples compositeur-e-s l’avaient mis en musique (liste de Wikipedia)

« Bon nombre de compositeurs ont créé des polyphonies de ce chant ; parmi lesquelles les plus connues sont celles de Byrd, Morales, Victoria, Gabrieli, Palestrina, Alessandro Scarlatti, Poulenc, Judith Bingham, Harbison, La Rocca, Mäntyjärvi, Pierre Villette, Lauridsen, Kevin Memley, Busto, Louie, et Miškinis. »

Parmi elles et eux, donc, Poulenc et Lauridsen. Si vous voulez « jouer » comme moi, en voici deux interprétations. D’abord, Poulenc, par la Maîtrise de Notre-Dame de Paris. Puis celle de Lauridsen par le Choeur de Radio France. Très différentes, ces oeuvres, n’est-ce pas? Mais que c’est beau à entendre!

Le programme annonçait ensuite quatre motets… ce qui faisait 5, car le texte précédent est aussi un motet! Ensuite, on enchaîne sur la deuxième partie. Quel écart! Me voici soudain dans une ambiance toute autre, évoquant vaguement le Godspel.

Voici le tout dernier morceau, que j’ai très partiellement enregistré pour vous le faire entendre. Peut-être aimerez-vous?

Dernière oeuvre du programme ci-dessus: Moses Hogan

Vous devinez que j’ai beaucoup moins apprécié… et vous avez raison… Et de ce fait, mon regard s’est davantage promené aux alentours. Au pied du gnomon, un prêtre confessait… hors du confessionnal…


Quand l’Arc-en-Ciel illumine le Nord…

Je ne sais plus si je vous ai déjà parlé d’un orchestre extra-ordinaire (dans tous les sens du terme), que j’ai découvert l’an dernier, lorsqu’il joua Brahms à l’Eglise Saint Marcel, à Paris? RSO, c’est son nom. R pour Rainbow, S pour Symphony, et O… vous devinez ! Oui, « Orchestra ». Voici comment il se présente sur son site officiel :

 » Le Rainbow Symphony Orchestra (RSO) est un orchestre symphonique associatif LGBTQI+, ouvert à toutes les personnes qui portent ses valeurs. Ses projets s’inscrivent dans un esprit humaniste attaché à la tolérance et au respect des droits et des libertés de chacun·e. Créé en 1996, il est composé de musicien·ne·s réuni·e·s par l’amour de la musique classique sous la baguette de John Dawkins autour de projets ambitieux, originaux et de qualité. »

Une moyenne d’âge très basse… je dirais au maximum 35 ans. Peut-être moins. Des « jeunes », pour la plupart, au sourire partagé, à l’enthousiasme communicant, au dynamisme incroyable. Qui ont en commun l’amour de la musique et le rejet du rejet. Quel rejet? Celui dont elles et ils ont été victimes, pour avoir revendiqué leur identité.

Le jeune co-président (ci-dessus avec sa co-) de l’association expliquait au début du concert que c’était la deuxième année, en vingt d’existence, qu’ils et elles pouvaient jouer dans une église, et qu’un nouveau refus venaient de leur parvenir de la part d’une autre à laquelle ils et elles avaient pensé pour leurs prochains spectacles, les 22 et 23 juin! Et de remercier l’équipe de Notre Dame du Liban (soit dit en passant, qui s’est un peu mais discrètement énervée de la longueur des applaudissements, et a refusé le second « bis » le dimanche soir).

Voici la fin de la répétition du samedi, surprise par l’arrivée des spectateurs/trices…

Mais je ne suis pas là pour vous parler « genre », mais plutôt « musique ». Car ce sont des musicien-ne-s remarquables, et leur union est évidente, malgré leur grand nombre, et la diversité des horizons dont elles et ils proviennent. Et cela se ressent dans leur jeu, qui vous emporte comme une vague, tantôt douce, « léchante », tantôt forte et violente. Ce qui convient tout à fait aux morceaux qui étaient au programme ce week-end. Et moi qui aime la musique de beaucoup de compositeurs nordiques, j’ai été gâtée. Je devrais ajouter le féminin, mais je n’en connaissais pas jusqu’à maintenant, et j’ai découvert une compositrice, Dina Appeldoorn. En recherchant sur le net ce matin, j’ai réalisé qu’elle n’était pas si « du Nord » que cela, car elle est des Pays-Bas! Et qu’elle ne s’appelait pas comme cela : son nom complet est Christina Adriana Arendina (Dina) Koudijs-Appeldoorn (1884-1938).

Le morceau de sa composition qui fut interprété nous transporta dans une campagne peuplée d’animaux, vivante… Son nom? Aucune surprise : La Pastorale, qui met en valeur les vents. En voici une interprétation, assez différente de celle que j’ai ouïe, mais qui vous fera comprendre ce que je viens d’écrire.

Mais revenons au « la » du début. En photo, le samedi. En vidéo, le dimanche. Les deux aussi mauvaises l’une que l’autre, mais authentiques…

Pour ma part, j’ai particulièrement apprécié deux airs : l’un d’un compositeur que je ne connaissais pas, Niels Gade, un Danois du 19ème (1817-1890); l’autre est Sibelius, un Finlandais que presque deux générations séparent du précédent (1865-1957). La Symphonie n°7 en Ut Majeur du second m’a considérablement émue, enveloppée, enlevée, transportée… Malheureusement, l’orchestre est très peu présent sur le net, et je ne peux que vous conseiller la version Bernstein, en ligne ici.

Mais j’ai aussi beaucoup apprécié les Echos d’Ossian de celui que France Musique a surnommé « Le Grand-Père de la Musique danoise ». A 23 ans, il était loin d’être « grand-père » lorsqu’il composa cette Ouverture! J’ai trouvé un article qui vante cette oeuvre, alors interprétée par l’Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie à la Cité de la Musique (hélas version non en ligne, en voici une autre).

« Il faut dire qu’Échos d’Ossian avait pour plaire deux qualités majeures prisées au XIXe siècle. Tout d’abord, le XIXe est le siècle de foisonnement des couleurs et écoles nationales, notamment nordiques : la Norvège d’Edvard Grieg, la Finlande de Jean Sibelius, le Danemark de Carl August Nielsen. Ensuite, Ossian est une figure mythique de la poésie : les textes de ce « barde écossais du IIIe siècle » ont bouleversé l’Europe au XVIIIe et si leur véracité est discutable (ils ont été passablement adaptés par James Macpherson en 1760), leur influence est capitale, provoquant un mouvement valorisant les identités dans le courant romantique et une « celtomanie » (inspirant beaucoup Wagner pour sa Tétralogie). » (source)

Dès les premières mesures, me voici embarquée dans un univers que j’aime, celui des contes et légendes celtiques, celui d’un pays aussi vrai qu’imaginaire, la « Bretagne » de nos romans de la Table Ronde…

Et cela m’amène tout naturellement (enfin, presque!) à évoquer un troisième point d’intérêt de ce programme : la (re, parfois) découverte de la culture des pays scandinaves. Ainsi, celle des Iles Feroe. Pour aller plus loin sur la musique de ces îles, vous pouvez vous promener ici, , ou encore, pour mieux connaître les îles et si vous ne comprenez que le français, .

J’ai été saisie de retrouver un air que je connais bien, mais dont j’ignorais totalement la provenance. Désormais, je pourrai identifier le début de la Midsommarvaka. Les recherches effectuées ce jour m’ont emmenée à travers différents pays : la Pologne, car Hugo Aleven (1892-1960), pour sa Rhapsodie n°1, se serait inspiré de la Jössehäradspolska de Vârmland. J’ai essayé de trouver une autre source, une chanson nommée Trindskallevisan, en vain. Si vous le pouvez, aidez-moi par un commentaire! Par contre, j’ai trouvé une interprétation « authentique » d’une autre chanson traditionnelle finlandaise que l’on retrouve dans la rhapsodie, Vindarna sucka uti skorgana, sur une vidéo personnelle en ligne. Et une autre, étrangement arrangée, ici. Une troisième, très langoureuse, avec piano, ici. Enfin, une version « trombone », .

Ma caméra s’étant déclenchée à mon insu, alors que je pensais « dérober » une photo, je ne résiste pas à l’envie de vous faire écouter ce petit « morceau capté », au risque de passer pour une « voleuse », mais surtout pour une « catastrophe vidéastique »…

Une petite anecdote : le soir du samedi, le trompettiste s’est… trompé! Alors que le chef d’orchestre expliquait ce que jouaient, dans un morceau, tel ou tel instrument, il a utilisé la « mauvaise » trompette. Les néophytes comme moi n’y ont vu que du feu, mais l’orchestre a été surpris, puis a éclaté de rire avec son chef. Je n’aurais pas mentionné cela si, le lendemain, le chef n’avait lui-même raconté l’anecdote au moment où il répétait cette présentation…

Pour revenir au concert, sachez qu’il m’a tellement plu, que je suis retournée y assister le lendemain, et j’ai eu tout autant de plaisir, y compris à écouter le surprenant chef d’orchestre explique avec beaucoup d’enthousiasme, d’humour et de pédagogie certains des morceaux, avec une « décomposition » permettant d’identifier quels instruments jouaient quoi… Rare, non? Bref, du bonheur partagé avec les artistes et le public présents dans l’Eglise Notre Dame du Liban.

Avec Jack Lang à l’IMA

Un dimanche de l’Avent… Normal d’avoir envie d’aller à un concert dans une église, n’est-ce pas? Me voici donc en route vers l’Eglise Saint Louis en l’Ile, où sont annoncés des chants de Noël sartènes, à 16h. Celles et ceux qui me suivent depuis longtemps connaissent mon attrait pour la polyphonie, qu’elle soit nissarde, corse ou autre… Le concert est déjà commencé depuis un quart d’heure quand j’arrive, mais il faut payer les places. 46 euros… en liquide… Je ne les ai pas. Demi-tour, donc… Et je me souviens avoir vu l’annonce d’un concert à l’Institut du Monde Arabe, à 17h, en lien avec l’exposition que je n’ai toujours pas vue, Parfums d’Orient.

« Pour exprimer des états émotionnels indicibles, poètes et paroliers arabes usent de métaphores sensorielles et font tout particulièrement appel à l’évocation des parfums. Un usage qui transparaît dans le patrimoine musical d’hier et d’aujourd’hui, auquel puisera le Trio Bab Essalam pour nous offrir ce « récital parfumé »… »

Donc direction l’IMA, tout proche. La billetterie. « Non, non, c’est gratuit » m’est-il répondu à ma demande de billet…. ça change de la précédente!

Beaucoup de monde dans la bibliothèque où va commencer le concert. Mais il reste des places assises. Trois musiciens, et je découvre près de moi, entre deux rangées d’étagères, Jack Lang.

Il partira au milieu du spectacle, enlevé littéralement par un journaliste qui veut l’interviewer.

Beaucoup de douceur, de tendresse, de sensualité. Ce sont les mots qui me viennent en revivant ce moment exceptionnel. Une musique envoûtante et poétique. Des paroles traduites en français avant d’être chantées, qui évoquent les fleurs, les arômes, les jardins, les parfums… et l’amour.

Pour une fois, je vous cite intégralement la présentation sur le site de l’IMA.

« Pour exprimer des états émotionnels indicibles, poètes et paroliers arabes usent de métaphores sensorielles.  En tête des symboles invoqués trône le parfum. L’eau de rose, l’eau de fleur d’oranger et le jasmin ne sont-ils pas tour à tour rattachés, dans l’inconscient collectif, à un rituel ou à un événement, de la fête musulmane du sacrifice aux festivités de l’Église d’Orient, en passant par les mariages et les funérailles?« 
« Pour exprimer des états émotionnels indicibles, poètes et paroliers arabes usent de métaphores sensorielles.  En tête des symboles invoqués trône le parfum. L’eau de rose, l’eau de fleur d’oranger et le jasmin ne sont-ils pas tour à tour rattachés, dans l’inconscient collectif, à un rituel ou à un événement, de la fête musulmane du sacrifice aux festivités de l’Église d’Orient, en passant par les mariages et les funérailles?« 

« Cette évocation se retrouve dans la musique et dans le chant arabes, des muwashahat classiques aux œuvres contemporaines. Oum Kalthoum et  Sabah Fakhri chantent le jasmin et la rose, Anouar Brahem, interprète son « Parfum de la gitane », Hédi Jouini, « Sous le jasmin la nuit »… C’est tout un patrimoine musical qui exhale le parfum. »

Une belle parenthèse en ce crépuscule de fin d’automne déjà hivernal…

Une bulle musicale

Quoi de mieux pour clore les fêtes de Pâques que de vivre un concert « prenant »? C’est ce qui m’est arrivé hier, et je me suis félicitée d’avoir choisi de rentrer plus tôt du bord de mer pour assister à la représentation du Messie (alias Messiah) de Haendel dans une église que je vous ai déjà présentée, celle de l’Ile Saint Louis.

Vous avez peut-être remarqué, au-dessus de l’autel, le triangle rayonnant entourant le tétragramme et le pentagramme (entre parenthèses, ces deux mots sont troublants : le premier désigne 4 lettres, alors que le second indique 5 branches…) ?

Tétragramme et pentagramme : du trois au cinq…

Et j’ai été frappée par l’oecuménisme d’une autre manière : le public était très mixte, et la kippa bien présente. Vous remarquerez que l’illustration choisie pour le programme est tout aussi oecuménique!

Mais revenons à l’un des oratorios composé par Haendel, le Messie (1741). Au passage, la date est proche de celle de l’anniversaire de son décès, le 14 avril, qui était en cette année 1759 le jour du Samedi Saint.

Si vous voulez décrypter…

Un Monsieur, devant moi, fait littéralement « dégager » une vieille dame pour qu’elle laisse libre une place sur laquelle il fait s’asseoir… un enfant. J’en suis choquée. Et sa « prétention » est à l’image de sa goujaterie… Seule vision négative durant ces deux heures de Bonheur Partagé.

Un « personnage » – il ne s’est pas présenté, et ce qualificatif lui va si bien! – introduit le spectacle, précisant qu’il salue la présence d’un célèbre compositeur, Dominique Probst. Il le désigne. L’artiste se lève. C’est justement le « prétentieux » que je venais de remarquer! Dommage… En préparant ce texte, j’ai regardé sur le net, et trouvé sa biographie ici et . Il n’est autre que le fils de Gisèle Casadesus et de Lucien Pascal (Probst), directeur de la Comédie Française. Et neveu de Jean-Claude Casadesus. Son épouse est comédienne, l’une de ses filles, Barbara, aussi, et la seconde, Tatiana, chante aujourd’hui. Si j’ajoute qu’un film a été tourné sur sa biographie, il faut avouer qu’il y a de quoi prendre la grosse tête! En continuant mes lectures, j’ai compris que la dame « en retrait » près de lui n’est autre que l’actrice Catherine Chevallier. Et le petit garçon qui dormait sur ses genoux, leur petit-fils, dont la maman chantait ce jour.

La soprano Tatiana Probst est vraiment lumineuse, et sa voix, à la fois chaleureuse, intense et souple. J’ai vraiment adoré son interprétation et le rayonnement de sa personne. Vous pouvez la voir sur cette (mauvaise) photo, aux côtés de l’alto, ici souriante alors qu’au contraire de sa collègue, elle avait gardé un air triste tout au long du concert.

La soprano Tatiana Probst et l’alto Laeticia Gopfert

Mais, après ces digressions, revenons au début du concert, quand l’orchestre s’installe.

Un orchestre remarquable, en accord parfait tant en interne qu’avec les solistes et le choeur. Les choeurs, devrais-je dire, car il y avait deux chorales, avec un chef pour l’un et une cheffe pour l’autre. Une mention spéciale au « choeur » ainsi formé, qui a fait raisonner, avec intensité et émotion, l’oeuvre de Haendel. Quant aux solistes, j’ai préféré la soprano à l’alto, et le baryton basse au ténor. Celui-ci ne semblait pas au mieux de sa forme, alors que Jean-Louis Serre nous a fait vibrer à maintes reprises.

A gauche Pierre Vaelo, ténor, et à droite, Jean-Louis Serre, baryton

Ce furent presque deux heures de vibrations et d’émotions pour un public totalement sous le charme. En ont témoigné les applaudissements enthousiastes à destination des solistes, de l’orchestre, des chef-fe-s de choeur et du choeur lui-même.

Le « personnage » et la cheffe de choeur, Solène Labour

Les deux solistes et le chef d’orchestre Frédéric Loisel

J’ai fait une exception à une règle pour moi sacro-sainte : ne pas enregistrer durant le concert. Lors de la reprise de l’Hallelujah par le choeur, j’ai capté quelques moments de la fin, pour vous les partager. Vous pourrez voir et entendre cette « finale de final », et peut-être comprendrez-vous mieux mon plaisir, j’allais dire le Bonheur pur. Vous n’entendrez hélas pas les solistes, qui se trouvaient à ce moment sur les côtés, hors champ; mais Tatiana Probst chantait aussi…

Les plus beaux Ave Maria

Le titre du spectacle m’avait interpellée. Pourquoi vouloir comparer des airs qui sont incomparables?

Néanmoins, comme ce sont des airs qui, pour la plupart, me « transportent », et qu’en outre je ne connais pas le lieu qui accueille chanteuse et organiste, me voici en ce dimanche de novembre parmi la centaine d’auditeurs/trices sur les bancs modernes de Notre Dame de la Salette.

L’église est étonnante : au lieu de la forme classique, c’est une sorte de choeur absolu, avec une hauteur étonnante et une forme originale. Les vitraux augmentent cette impression d’élévation, avec leur forme rectangulaire dont la hauteur est extrême, comparée à leur étroitesse. Ils sont disposés de manière symétrique autour de l’axe autel / porte d’entrée principale. L’orgue, lui, est disposé non face à l’autel, mais sur l’axe perpendiculaire, totalement à gauche, face à l’entrée secondaire. Ce qui donne un plan lui aussi tout à fait original. Mais vaut aux spectateurs/trices de risquer le torticolis car, bien évidemment, les bancs, eux, sont placés face à l’autel!

Comme toujours, je voulais placer dans cet article des photos prises en ces lieux. Mais Mystère… Elles ont toutes disparu! Aucune photo du 13 novembre n’est visible sur mon téléphone, pas plus que sur ICloud. Que s’est-il passé? Une disparition, et non l’Apparition!

Donc, si vous souhaitez comprendre ce que j’expliquais concernant cette église, rendez-vous sur ce site ou cet autre, pour l’orgue.

Mais revenons au concert…

La soprano Corinne Fructus a une voix admirable et m’a séduite tout au long du récital. J’aurais voulu vous la faire entendre, mais je ne trouve aucune vidéo valable sur Internet. Pourquoi??? Quant à l’organiste, il est également chanteur, ce qui n’a pas facilité sa tâche car il tournait le dos au public en chantant. Je me suis d’ailleurs demandé pendant un bon moment où pouvait être le chanteur, avant de réaliser qu’il n’était autre que le musicien! David Lauer est tout aussi discret que sa collègue sur les réseaux. Il vient, comme elle, de la région toulousaine.

Quant au programme, il est fort riche, alliant les Salve Regina aux Ave Maria, avec des intermèdes instrumentaux. Que vous dire, sinon d’écouter, encore et encore, ces remarquables chants, que vous soyez ou non adeptes de la religion catholique. Un palmarès? Pour moi, incontestablement, Gounod reste le summum… Surtout par Barbara Hendricks… des frissons garantis à chaque fois que je l’écoute! J’aime moins la version masculine de Pavarotti… Mais avec Gautier Capuçon, quelle merveille!

Mais je ne sais pas si je ne préfère pas celui de Caccini plus intime? Vous pourrez écouter la version pour choeur ici et son interprétation par une soprano là.

Juste derrière, pour moi, l’oeuvre de Schubert. On se souvient de l’interprétation de Jessye Norman… Saviez-vous qu’elle avait été chantée devant le pape en 1979 par Pavarotti? Et la voici en araméen. Très beau, également…

N’oublions pas Bach, bien sûr! Ni la Callas

Et, pour les adeptes de chants grégoriens, il en existe aussi toute une variété : ici ou , par exemple.

J’espère que vous éprouverez autant d’émotion que moi en écoutant tous ces airs, et les autres que vous trouverez sur le net ou ailleurs (revenez à l’affiche, cela vous donnera des idées…).