Une petite auberge abandonnée

Ce sera le dernier article consacré à la forêt de Meudon… tout au moins pour l’instant, car vous avez bien compris, si vous commencez à me connaître, que je reviendrai vous parler des autres étangs et sources… Il est aussi un autre lieu que je me suis promis de venir revoir : le hangar Y.

Pour l’instant, on ne peut pas le visiter, sauf parfois lors des journées du Patrimoine. 70 mètres de long, 24 de large et 26 de hauteur, on ne peut pas ne pas le voir lorsque l’on arrive du côté des étangs de Chalais et Trivaux! Voici ce qu’en dit le site « Culture et Patrimoine » : « Cette œuvre unique et intemporelle construite à partir des portiques métalliques provenant de la “galerie des machines” de l’Exposition Universelle de 1878 conçus par Henri de Dion, fut le hangar à dirigeables depuis lequel le ballon La France effectua le premier vol en circuit fermé au monde. » La ville de Meudon en a fait un projet phare, qu’elle présente sur son site avec une vidéo sans texte, qui le décrit longuement (4’43!). Il devait, en 2020, devenir « un futur lieu événementiel dédié à la science ». Mais je n’en dis pas plus ce jour, ce sera l’objet d’une autre visite, et d’un autre article.

Car mon objet, ce jour, est une petite auberge abandonnée, comme vous avez pu le voir en titre… A la croisée des chemins et entre les deux étangs dont je traitais récemment, elle a un air de chien abandonné, et une allure de chaumière désertée.

Pourtant, elle est la trace d’une vie conviviale, avec des pêcheurs, des couples bourgeois ou bobos venus s’encanailler ou des familles profitant de l’atmosphère sylvestre aux beaux jours.

Comme vous pouvez le voir, la vitrine est couverte de documents, dont quelques photos d’autrefois.

Il n’y a pas si longtemps qu’elle est fermée, cette auberge. J’ai trouvé un article en ligne qui en parle de manière dithyrambique.

« Entre le lac et la forêt de Meudon, se cache un petit cabanon vert… Les fenêtres sont embuées par le poêle allumé et la cuisson du poulet rôti, entrez… Vous êtes Au Rendez-vous des Pêcheurs, un restaurant familial, tenue depuis 20 ans par une adorable mère et sa fille.

La cuisine est généreuse, les prix doux, et l’accueil kids friendly. La charmante gérante, elle-même grand mère, est tout simplement adorable et amicale avec les enfants. Envie d’un déjeuner au vert en famille ? N’hésitez plus….« 

Libération avait publié un article sur ce restaurant en 2015, reprenant le titre du texte ci-dessus, dont voici le début :

« Si vous n’avez pas peur du loup, enfoncez-vous dans le bois de Meudon un samedi soir pour savourer un dîner aux chandelles dans une cabane de pêcheurs. »

Voilà qui donne envie, n’est-ce pas, d’un vrai dépaysement à 15 minutes du « périph »!

Le dernier des avis pour la plupart très positifs sur TripAdvisor date de mars 2020. Un an seulement, donc. Est-ce la crise qui en a eu raison, comme de beaucoup d’établissements de petite taille?

Vue de derrière, sur le chemin menant au Tapis Vert et à l’étang de La Garenne

Toujours est-il qu’on n’a qu’une envie : de la voir revivre… et surtout, « dans son jus »…

Déroulez le tapis vert…

Le Festival de Cannes est reporté… enfin, on l’espère, seulement reporté… Le tapis rouge ne sera donc pas déroulé tout de suite. Mais le Tapis vert l’est déjà!

Savez-vous de quoi il s’agit?

Vous pouvez le deviner si vous avez lu les précédents articles concernant Meudon…

Si vous vous en souvenez, il y était question d’un château, acquis par le Ministre de la Guerre de Louis XIV, Louvois, de jardins à la Le Nôtre, d’une belle perspective… Vous y êtes?

Au premier plan la Terrasse de l’Observatoire (article précédent). Au loin, le Tapis Vert.

Cette perspective, elle a été restaurée en 1942-1943, et, depuis, ce que l’on a dénommé « Le Tapis Vert », une pelouse de 600 mètres de long sur 50 de large, est inscrit au Patrimoine et entretenu par l’Office National des Forêts (ONF). Cerise sur le gâteau, la pelouse est accessible, et accueille donc le postérieur – voir tout le corps – de tous ceux et toutes celles qui souhaitent s’y asseoir ou allonger, et non l’élite admise dans les jardins de l’ancien château… démocratisation s’il en est!

Je l’ai découverte en allant, comme je me l’étais promis, continuer à faire le tour des étangs de la forêt de Meudon. J’ai d’abord voulu voir l’étang de Chalais, qui était le premier géographiquement parlant, et surtout connu pour son histoire (il appartenait au domaine du château) et sa forme hexagonale. Hélas impossible… il est privé et appartiendrait à l’Association halieutique de Chalais Meudon, fondée par des militaires de l’ONERA (Office National d’Etudes et de Recherches de l’Aérospatiale, et seuls 150 pêcheurs adhérents (par cooptation) peuvent y accéder. Ce qui, bien sûr, suscite des questionnements et des débats. Pourquoi cela? Tout simplement parce qu’il jouxte le Hangar Y dont il sera question prochainement sur ce blog.

Je n’ai donc vu l’étang de Chalais que de loin, car il est caché par un long mur d’enceinte d’un côté, et rendu inaccessible par des fossés de l’autre. Par contre, son tout proche voisin, l’étang de Chalais, est, lui, tout à fait ouvert. Un chemin permet d’en faire le tour, et des bancs accueillent celles et ceux qui, comme moi, veulent en faire le décor de leur pique-nique.

Jolie vue pour un restaurant de plein air…

Cela fait la joie des corvidés en tout genre, qui rivalisent avec les pigeons de toutes les couleurs pour se régaler des miettes des repas ainsi dégustés, avec cette si belle vue…

Comme j’avais vu sur le net l’expression « très prisé des peintres », j’ai recherché les tableaux qu’il avait inspirés – apparemment, c’est un-e grand-e communicant-e qui l’a trouvée, car franchement il n’y en a pas eu beaucoup…

Et suis arrivée à ce tableau de Matisse.

Trivaux Pond, 1917 - Henri Matisse - WikiArt.org
Etang de Trivaux, Matisse, 1917

Matisse a un point commun avec moi : il a délaissé le Nord natal pour s’installer à Nice… Mais il est passé par Paris et sa banlieue. Dommage que ce point commun ne soit que lié à la géographie de la France, et pas à la créativité picturale! En l’occurrence, entre 1909 et 1917, il a vécu à Issy-les-Moulineaux. Le parc de sa villa, 42, route de Clamart abrite jusqu’en 1911 l’Académie Matisse, qu’il avait créée initialement au Couvent des Oiseaux grâce à l’aide des Stein – bien sûr, je me promets d’aller voir cette villa qui désormais abrite ses archives (l’adresse actuelle, si vous voulez faire comme moi, est 92, avenue du Général de Gaulle).

L’Académie Matisse en 1910

Il avait voulu s’engager à la guerre, ainsi que Marquet.  « Derain, Braque, Camoin, Puy sont au front, risquent leurs peaux. Nous en avons assez de rester à l’arrière… Comment pouvons nous servir le pays ? » demandent-ils à Marcel Sembat, ministre des Travaux publics, qui leur répond : « En continuant, comme vous le faites, à bien peindre! » Il faut dire qu’il a alors 46 ans… Pour la suite de l’histoire, c’est à Nice qu’elle se passe, car c’est durant l’hiver 1916-1917 qu’il décide d’aller s’y installer.

Mais revenons sur site (sans jeu de mots!)… Le point inférieur du Tapis Vert est ainsi situé entre d’une part les étangs de Trivaux et de Chalais, et d’autre part l’étang de La Garenne, dont je vous ai déjà parlé et que l’on rejoint à pied très aisément.