En marge de l’exposition Zurbaran, rions un peu…

Un peu d’humour ne fait pas de mal, en cette matinée grise de novembre… J’ai donc décidé d’essayer de vous distraire avec des photos prises pendant la visite, mais qui ne concernent pas toujours le peintre et ses oeuvres. Pas toujours, car je commencerai quand même par souligner ce que je retiens ou que j’interprète comme pointe d’humour dans ses tableaux…

On pourrait intituler le tableau : « Concours de couvre-chefs » !

Quelle délicate intention ! Le peintre a pensé aux ignares, qui ne reconnaîtraient pas le personnage, ou qui ne sauraient pas que la signature apposée au bas d’un tableau, souvent discrètement, est celle de l’artiste… Il a donc placé un cartellino bien en vue, accroché par une jolie épingle (pour rappel aux mêmes ignares : à l’époque, le post-it n’avait pas vu le jour).

Dans l’extrait de tableau, suivant, on peut se demander si c’est le peintre qui, au dernier moment, a voulu rajouter un peu trop rapidement les bésicles, ou si c’est Jean-Paul Sartre qui a voulu mettre son grain de sel…

Vous pardonnerez mon impudence, mais je n’ai pas résisté à mettre des mots sur les expressions des visages de certains personnages…

Même technique (plus ou moins bien exploitée) sur des photos de visiteurs/teuses… D’autres, bien évidemment anonymisées, ont été prises pour partager avec vous ce qui m’a fait sourire ou rire.

Mise en abîme… Mais attention ! Votre chapeau doit être de la même teinte que l’habit du personnage, en l’occurrence vêtement qui confirme le dicton « l’habit ne fait pas le moine »!

Celle-ci ne prend pas de photos, mais elle en a « plein les bottes »!

Devinette : que regarde le visiteur assis ?

Je finirai par un « jeu des 7 erreurs »…

Zurbaran : le sens du détail

J’ai axé le précédent article sur la manière dont le peintre exposé en ce moment au Louvre peint (et dépeint) les émotions, sentiments, interactions des personnages qu’il met en scène. Aujourd’hui j’ai plutôt envie de vous parler des détails qui m’ont frappée.

  1. Les tissus

Qu’il s’agisse de tissus « nobles », voire brodés d’or ou d’argent, ou de simples tissages, de plissés ou de broderies, de dentelles ou de passementeries, nombreux sont les détails qui attirent l’oeil, même dans des tableaux complexes.

Le périzonium du Christ montre un drapé remarquable.

Et certaines compositions évoqueraient presque des tableaux non-figuratifs…

2. Les ailes des anges

J’ai été saisie en particulier par les ailes des anges. Les unes apparaissent très unies et soyeuses. Dans d’autres, on distingue des plumes et duvets. Certaines brillent, dans des couleurs douces mais vives. D’autres voient leur aspect sombre éclairé par d’autres lumières. Bref, aucune aile ni aucune paire ne ressemble à une autre…

3. Les parties du corps

Chaque partie visible des corps est visiblement très travaillée… si j’ose dire, de la tête aux pieds. Même les muscles et les petits plis de peau transparaissent, comme chez Saint Jérôme.

Un formidable portraitiste… qui fait peu de portraits!

Une fois de plus, je vais avouer mon ignorance : je ne connaissais pas le peintre sur lequel porte l’exposition que je suis allée voir en ce 30 octobre lors de la nocturne du Louvre.

« Francisco de Zurbarán compte, avec Diego Velázquez et Bartolomé Esteban Murillo, parmi les peintres espagnols les plus importants du XVIIe siècle. D’abord considéré comme un caravagesque marqué par l’ascétisme monastique, il a progressivement été reconnu au XXe siècle comme un coloriste prodigieux et célébré pour son style très personnel, qui allie la simplification des volumes à un naturalisme saisissant. » (introduction sur le site du Louvre)

La première impression est saisissante. Quelle que soit la thématique, les « portraits » sont d’une variété et d’une expressivité incroyable. Très rarement « convenus ». Toujours très expressifs. Vivants. Qu’ils soient en interactions ou en méditation, les personnages semblent vivre devant nous. Mais fi de discours. Je vous en propose un florilège pour ce premier article sur Zurbaran, que j’ai découvert avec grand plaisir hier.

  1. L’expression d’une « intériorité » forte

2. Groupes de personnages

Le plus souvent représentés par « catégories », ils symbolisent un type particulier. Cela va des « pauvres » aux cardinaux, en passant par les moines et la Sainte Famille (avec les Rois Mages dans la scène que j’ai retenue).

3. Personnages en action(s)

Les gestes sont particulièrement bien représentés dans des scènes d’un réalisme fort, comme celle où le prêtre essuie délicatement le petit sexe du bébé qu’il vient de circoncire. Mais aussi des gestes symboliques, tel celui du Christ adolescent se piquant et saignant, alors qu’il répare une couronne d’épines.

4. Personnages en interaction(s)

Qu’il s’agisse d’interactions verbales ou gestuelles, la représentation qui en est faite par le peintre est d’une authenticité saisissante. Les personnages se parlent, se touchent, se montrent « complices » ou « protecteurs »… depuis l’homme se touchant le crâne (ou se grattant la tête?) jusqu’à la main posée sur l’épaule de celui que l’on veut interpeller ou de la petite soeur qu’on protège.

5. Les dialogues à imaginer…

Dialogues avec des êtres divins ou célestes, mais aussi dialogues entre humains. Simples échanges ou discussions, voir négociations, dans des circonstances narrées dans l’ensemble du tableau : concile (je ne rajouterai pas « iabule »!), veillée d’un mort, ou tout simplement prière, voire apparition de la Vierge ou d’un (arch-) ange. Et ce, à tous les âges, même quand l’être, trop jeune, ne peut encore parler, comme le bébé Jésus interpellé par son copain Jean-Baptiste ou écoutant l’un des Mages.

6. Un portrait d’une taille impressionnante

Je ne voudrais pas terminer cette série sans un vrai portrait, d’un réalisme saisissant, et d’une taille hors-norme, d’un homme étrange au yeux presque pers…

Les mythes et légendes du Pays Basque, à découvrir à Irissary. 1. La Commanderie d’Irissary

J’ai évoqué dernièrement la découverte de Bidarray. Ce n’était qu’une halte, cependant, sur la route qui me menait à Irissary, où un concert avait lieu à l’Ospitalea.

J’ai raté le concert pour cause d’excellent repas (je vous en parlerai dans un autre article), mais pas la visite des lieux, qui abritent en ce moment une exposition qui m’a hautement intéressée, sur la mythologie basque. Il n’est pas trop tard pour y aller si vous le pouvez, car elle perdure jusqu’au 10 octobre.

Vous pouvez par ailleurs la découvrir sur le site officiel. Moi qui ai baigné depuis mon enfance entre mythologies mésopotamienne, égyptienne, grecque, romaine et mythologie celte, puis, par la suite, en ai découvert d’autres, j’ai été extrêmement intéressée par ce que j’y ai appris, et me suis bien promis d’approfondir quand j’en aurai la possibilité… En attendant, je vais simplement vous relater ce que j’en ai vu et entendu. Entendu, car on peut passer des heures dans les lieux, à écouter les histoires racontées pour chaque personnage, ou les entretiens avec les spécialistes. Je n’ai pas compté les sièges avec écouteurs, mais ils sont extrêmement nombreux… Beaucoup d’entre eux sont des « coussièges » qui, encadrant les fenêtres, permettaient d’observer l’extérieur. Tant par sécurité que par curiosité…

En effet, l’exposition se fait dans une ancienne Commanderie.

« Située au cœur du Pays basque, en Basse Navarre, cette commanderie a été construite au XVIIe siècle par les Chevaliers Hospitaliers de l’Ordre de Saint-Jean-de Jérusalem, aussi connu sous le nom de l’Ordre de Malte.

Les chevaliers s’installent à Irissarry dès le XIIe siècle dans le but d’exploiter les terres agricoles aux alentours. Le fruit de ce travail servira à financer les actions de l’Ordre en Palestine et en Méditerranée, pendant les croisades et les guerres successives. (…)

Le bâtiment visible aujourd’hui à Irissarry date pourtant du XVIIe siècle. L’ancienne commanderie étant en très mauvais état, elle est entièrement remplacée par une construction neuve administrée par le nouveau commandeur d’Ospitalea, le navarrais Don Martin de Larrea, dont le nom apparaît sur l’inscription au-dessus de la porte d’entrée. »

Dès l’entrée, le ton est donné.

Deux caractéristiques sautent aux yeux des visiteurs qui pénètrent dans les lieux : un audacieux mélange de contemporain et d’ancien, et une volonté de communication pour tous les niveaux d’âge et de culture. Ce qui donne des espaces vastes et clairs.

La salle où avait eu lieu le concert que j’ai raté était encore, au début de ma visite, occupée par les sièges…

… Mais elle était vide lorsque je suis redescendue des étages supérieurs…

Une restauration et une rénovation que j’ai trouvée très réussie, et qui laisse place à toutes sortes de manifestation, comme, en ce jour, concert et exposition.

L’escalier est particulièrement esthétique dans son dépouillement.

J’ai moins aimé une pièce « fonctionnelle » où la belle cheminée a piètre allure.

Les enfants sont les bienvenus, cela se sent dès l’entrée, et se confirme, au premier étage, avec une pièce qui leur est visiblement destinée et montre des traces d’activités culturelles et ludiques.

Les fenêtres ouvrent sur l’environnement, village blotti sous l’aile du Commandeur, et montagnes dans le lointain…

Au moment où je lisais ces lignes, ce n’était pas les rires des enfants que j’ouïssais, mais le bruit d’un jeu… ce qui se confirma à la sortie, devant un tableau digne du passé… si l’on excepte le véhicule… Le village admirais et applaudissais ses jeunes…

Sur les traces du passé : photos anciennes de Saint-Jean-de-Luz

Vous n’êtes pas sans le savoir, ce week-end voit revenir les Journées du Patrimoine, avec deux axes : le patrimoine menacé, et le patrimoine en photographies. Or deux des associations auxquelles j’adhère au Pays Basque organisent des manifestations sur ces thématiques. Aujourd’hui, je vous parlerai de Giltzarri, qui expose à la Villa Ducontenia de nombreuses reproductions ou authentiques photos de Donibane Lohizune.

L’accueil est sympathique, et de jolies tables décorées annoncent le pot offert à l’occasion du vernissage de l’exposition. Dès l’entrée, affiches et photos s’offrent au regard.

Au fond de la salle, une exposition d’albums familiaux et d’appareils de jadis guident vers un diaporama que j’ai pu admirer de 1 à Z, avec d’innombrables photos retraçant la vie de la ville au début du 20ème siècle.

Sur les murs, des reproductions des photos les plus anciennes.

Et d’autres un peu plus récentes, dont la thématique est plutôt l’accueil touristique depuis cette époque, avec hôtels, restaurants, cafés, et même pistes de danse.

Deux jeux sont proposés pour prolonger la visite de manière ludique. Le premier consiste à retrouver les édifices photographiés naguère.

Quant au second, il vous sollicite en tant que photographe vous-même…

A voir absolument ce week-end, parmi les nombreuses propositions de ces Journées du Patrimoine.

Nuit au Musée de la Carte à Jouer

Voilà bien longtemps que je rêvais d’aller visiter ce musée… Or, pour la Nuit des Musées, il offrait une programmation alléchante : mini-visite ludique, tirage de cartes, cocktail, et « bal littéraire » – une notion qui m’était tout à fait inconnue! Ce fut donc l’élu dans la longue liste des musées qui présentaient chacun des programmes intéressants. Direction donc Issy-les-Moulineaux.

La promenade entre la station de métro et le Musée me réserva une surprise…

Cela vous rappelle quelque chose? Eh oui, il y en a une autre du même artiste dans le parc de l’Ile Saint Germain… elle a provisoirement déménagé!

Ici, la statue monte la garde devant l’Hôtel de Ville.

Le Musée jouxte une belle bâtisse…

Celle-ci était naguère un simple pavillon d’entrée inclus dans la propriété des Princes de Conti.

A l’entrée du musée, je retrouve Dubuffet et comprends pourquoi il est arrivé « en ville ».

Malheureusement, il est tard et l’exposition est fermée. Mais le reste du musée est bien ouvert, et accessible gratuitement. Et je ne fus pas déçue. D’abord, parce que le musée est extrêmement bien conçu et passionnant. Ensuite, parce que la visite fut à la fois ludique et fort riche. Enfin, parce que je suis finalement restée jusqu’au bout, et même au-delà du « bal littéraire ». Par contre, je n’ai vu aucune cartomancienne. Et si le cocktail a bien eu lieu, il n’était pas très convivial. Mais c’est souvent le cas!

Revenons donc à la visite du musée, dans un premier temps. De petits groupes étaient constitués, et trois cartes tirées au sort. L’une, un « personnage », la deuxième, un « pays », la troisième, une action. En l’occurence, ce fut « tigréléphant », « Turquie » et « lire un livre ». Il fallait repérer, dans les trois niveaux du musée, les cartes dont les illustrations étaient extraites (heureusement, la guide nous a « contenus » dans des espaces restreints pour chaque carte).

La première était un détail (encadré en verre) d’une carte indienne. Le jeu entier est superbe. Il fait partie de ce que je nommerais « jeux-oeuvres », travail fin et esthétique garantie.

De cette section « Cartes du monde entier », située au deuxième sous-sol, nous sommes remontés au premier pour les jeux pédagogiques, afin de trouver la carte d’où était extrait ce détail.

Un jeu superbe, dans un coffret d’une taille impressionnante…

La troisième carte représentait un pendu en train de lire.

Les habitué-e-s reconnurent tout de suite une carte de tarot. Or les tarots sont… au deuxième sous-sol! Hop, on redescend.

Il s’agit d’un jeu imaginé par un artiste anglais, en 1973.

Mais il cache un second jeu, qu’un bouton permet de faire apparaître, et qui est dû à Dali. Vous avez bien lu, oui, Dali.

J’aurais envie de vous présenter plus de choses, et vous relater tout ce que nous avons appris, mais cela nous entraînerait trop loin!!! Une fois les trois cartes identifiées et les explications apportées sur le contexte, écrire une phrase avec les trois contenus. Ce que nous fîmes…

J’ai été, pour ce qui me concerne, particulièrement intéressée par les jeux de tarot et surtout par les cartes à vocation « pédagogique », qui apportent énormément d’informations sur les représentations des autres pays et peuples à travers les époques. Notre équipe n’a pas gagné le prix de la phrase, mais nous nous sommes consolé-e-s en considérant que le tirage au sort ne disait rien de la valeur des phrases (rires)… Ensuite, cocktail, puis commence le « bal littéraire ». Mais c’est une autre histoire…

Une belle découverte : Berthe Weill. 1. Première galerie

Je dois bien l’avouer : je n’avais jamais entendu parler de cette artiste, et l’idée d’aller voir cette exposition ne m’est pas venue spontanément. D’autant que l’affiche n’était guère attrayante! Jugez-en vous-même!

Un nouvel aveu s’impose : j’ai été subjuguée par la force et la beauté de son oeuvre. Et le personnage m’a vraiment intriguée… Dès l’affiche, à vrai dire : que signifiait « Galeriste d’avant-garde »? Et pourquoi ce parti-pris d’un fond rose très « fifille ». Connotation totalement antinomique avec le portrait (dont j’ai appris par la suite qu’il est dû à son amie Emilie Charmy, qui ne l’a pas flattée!) très sombre, que seul éclaire un visage emprunt de finesse, avec un regard pétillant derrière les bésicles et un sourire en coin dont on ne sait s’il faut l’interpréter comme charmeur ou moqueur… La voici en photo, avec la famille Lévy, aux alentours de 1900 (au centre en bas).

Une volonté affirmée de s’installer comme galeriste, à une époque où les hommes dominaient dans ce métier. Elle avait d’abord ouvert une boutique en lien avec sa formation auprès d’un marchand d’estampes, Salvator Mayer, chez qui elle était entrée en apprentissage lors de son arrivée à Paris, depuis son Alsace natale. Mais très vite elle décida de devenir galeriste, avec un objectif précis : sortir des sentiers battus, et notamment de la tradition académique, et faire découvrir des peintres « d’avant-garde ». Nous sommes en 1901, elle a à peine 36 ans. Voici ce qu’elle en dit dans son autobiographie écrite en 1933.

L’adresse – 25, rue Victor Massé, dans le 9ème, a déjà une histoire, dans les Beaux-Arts : ce fut celle d’un certain Théo, qui y a abrité de 1886 à 1888 son frère Vincent… Ci-dessous, la « Vue depuis la fenêtre » qu’a peinte ce dernier à cette époque.

Petite parenthèse : si cette période vous intéresse, je vous conseille un article en ligne sur le site Paris la Douce, auquel j’ai emprunté cette reproduction. Mais revenons à Berthe, au talent d’inventeure, dans le sens profond du terme : celle qui découvre. Et pas n’importe qui : parmi les premiers artistes exposés, un jeune inconnu, Picasso!

Je n’ai pas choisi le Moulin de la Galette, plus connu, mais une autre toile de l’artiste, que je n’avais jamais vue, et qui a suscité en moi des émotions similaires à celles que je ressens devant certains tableaux de Chagall…

Elle a aussi été fait largement la promotion de Toulouse-Lautrec.

Ses réseaux lui permettent d’aller plus avant, de découvrir, encore et encore. Pourtant, elle ne ménage pas ceux à qui elle a affaire!

La liste de ces artistes plus ou moins (in)connus qu’elle a accueillis, encouragés, et dont elle a assuré la promotion commerciale est telle que je renonce à vous la transmettre. Vous la lirez aisément sur les nombreux articles et dans les livres qui lui sont consacrés. Le terme « artistes » a été choisi, car on trouve parmi les productions exposées des objets. J’en ai sélectionné pour vous deux qui ont attiré mon attention sur Paco Durrio.

Vous ne le connaissiez pas non plus? En cherchant à en savoir davantage sur ce sculpteur, je l’ai trouvé représenté par… Gauguin, guitare à la main.

Elle ne s’intéresse pas qu’aux Beaux-Arts… L’électricité éclaire sa galerie dès 1908, avant les grands travaux qui succédèrent à la crue de 1910. Elle fut la première de sa rue à passer du gaz à l’électricité… Autre signe de modernisme, qui, allié au rejet des contraintes et des normes, en font une personne étonnante et si « séduisante »…

De l’arbre au navire

Cet article marque la fin de la série consacrée à mon récent séjour au Pays Basque… et de ceux qui concernent la vie maritime à Saint-Jean-de-Luz. En réalité, c’est peut-être par lui que j’aurais dû débuter la série, car c’est par la visite de cette exposition que tout a commencé. Vous en avez déjà vu une partie, à savoir les maquettes. Mais un autre objectif en est d’apporter, de manière très pédagogique, voire andragogique – n’ergotons pas! – des précisions sur les chantiers navals très présents naguère à Donibane Lohizune et dans les autres bourgades de la côte et de l’intérieur des terres.

Pourquoi parlè-je de péda- ou andra- gogie? Tout simplement parce qu’on y apprend beaucoup sur la conception et la construction des embarcations de jadis, sous forme de posters très bien conçus et d’objets leur correspondant. Je vous propose donc une petite balade dans l’univers laborieux du Labourd d’autrefois (excusez le mauvais cadrage de certaines photos, mais la plupart étaient très en hauteur, et je ne disposais pas d’échelle à roulettes!).

Bien sûr, pas question de reprendre toute l’exposition : je focaliserai sur quelques-uns des thèmes.
D’abord, pour faire un bateau, à cette époque, il faut du bois et du chanvre… Or le Pays Basque regorge de zones sylvestres… Et, quand on recherche des essences exogènes ou exotiques, le commerce maritime est bien vivant…

Quant au chanvre, sa culture dans le sud-ouest de la France est attestée depuis l’époque romaine, et certains chercheurs émettent l’hypothèse qu’elle remonterait à la Préhistoire.

« Les débuts de la culture du chanvre (Cannabis sativa) en France et en Europe occidentale sont mal connus. Jusqu’à présent, les plus anciennes mentions de semences dans cette zone n’étaient pas antérieures à l’époque romaine. Le site humide de fond de vallée d’Al Poux (Fontanes, Lot) a livré des akènes qui tendent à attester la culture du Cannabis dans le Sud-Ouest de la France à la fin de l’âge du Fer. La présence des semences sur le site pourrait résulter d’une culture du chanvre directement sur les bords du ruisseau ou d’un apport des plantes après la récolte pour leur rouissage dans le cours d’eau. Le rôle particulier des contextes humides dans la conservation des semences de chanvre est souligné. » (source)

Les savoir-faire du chanvre textile sont entrés au Patrimoine immatériel de l’UNESCO.

« Jusque dans les années 1960, les agriculteurs entretenaient fréquemment
une petite parcelle de chanvre pour leurs besoins domestiques. Les femmes filaient et tissaient encore à la ferme… »
(source)

Ce n’est pas le sujet, mais notons qu’au Pays Basque son exploitation s’est amplifiée depuis quelques années, avec la relance du textile, au point qu’un article titre « A Saint-Jean-de-Luz, ils sont complètement « chanvrés » (sic)

Par contre, beaucoup plus en lien avec l’exposition, un article sur Le travail du chanvre et ses applications à la navigation et à la pêche dans l’Espagne médiévale vous intéressera sans doute. Mais revenons à l’exposition… Je passe plusieurs panneaux expliquant la gestion forestière au niveau national et la « merveille » que représente la construction des voiliers, pour aller directement au travail du bois pour construire un bateau.

J’ai appris que le gouvernail axial était dénommé « à la bayonnaise »…

J’emprunte les lignes et la photo qui suivent au site « Détours en France ».

« Pour les navigateurs d’autrefois, qui affrontaient les mers les plus lointaines sans GPS ni pilote automatique, bien diriger le bateau était crucial. Le gouvernail d’étambot, qui fut un excellent substitut à la rame de gouverne, est probablement apparu en Extrême-Orient peu après l’an mille puis, deux siècles plus tard, dans les pays scandinaves. Par le jeu mystérieux des assonances et associations d’idées, il en vint plus tard à prendre le nom de « gouvernail à la bayonnaise ». Si les gens de Bayonne, marins chevronnés, n’en sont pas vraiment les inventeurs, ils sont parmi les premiers à l’avoir utilisé systématiquement, sur leurs « naus » au long cours, et à l’avoir représenté, dès le XIVe siècle : levez la tête vers la clé de voûte de la cathédrale Sainte-Marie et vous le verrez ! »

Le Musée Basque en présente un exemplaire magnifique, jugez-en vous-même :

Christian Krohg, une belle découverte…

Je suis allée récemment au Musée d’Orsay, pour y voir diverses expositions, mais il m’en restait une à visiter, qui se termine le 27. Or, hier, c’était déjà le 24. Un jeudi. Juste le jour de la « nocturne ». Belle conjonction! Me voici donc dans le bus qui me conduit vers le Musée d’Orsay, puis la file d’attente (car le billet pris par Internet avait mystérieusement disparu), puis filant vers les salles repérées au préalable.

Et je n’ai pas été déçue! Les émotions ont bien été au rendez-vous!

Bien sûr, il y avait celles que j’attendais, que j’espérais. Dans la série « marins », dont un tableau figurait sur l’affiche (voir ci-dessus!). Cependant je n’avais pas perçu l’originalité (pour l’époque) de son approche : l’angle de vue et le sens du détail. Le tableau reproduit sur l’affiche ci-dessus en est un exemple. En voici deux autres, qui, pour la fan de voile que je suis, illustrent deux des rôles importants sur un voilier…

Saisissant, non? Saisi, sans le « ssant », également!

Cette technique n’a pas été exploitée que sur l’eau… en voici un autre exemple, que j’ai beaucoup aimé.

Quelle intemporalité! Qui d’entre nous n’a pas eu ce geste, au grand dépit des parents ou grands-parents? Et qui ne continue pas à en être témoin, actuellement? C’est l’un des paradoxes que j’ai ressenti au cours de ma visite. A la fois une inscription réelle dans son époque – je dirais même une forme de révolte contre les injustices sociales, de militantisme – et une permanence au travers des siècles, notamment dans les interrelations humaines. Commençons par quelques peintures « narrant » littéralement des faits témoignent de la pauvreté, de l’injustice, de ce que l’on ne nommait pas encore la précarité.

La série de portraits de couturières épuisées par leur labeur est remarquable, et je ne résiste pas à l’envie de la partager avec vous.

Certaines oeuvres montrent combien la beauté subsistent malgré les difficultés, n’est-ce pas? Comme dans un des tableaux les plus connus du peintre, qui prenait parfois comme modèle des prostituées, ce que lui reprochait la « bonne société ».

Venons-en maintenant à ce que j’ai qualifié d’intemporel, de permanent, de « résistant ». En peignant des moments de la vie privée et/ou familiale, l’artiste soulève des émotions empreintes de l’écho qu’ils éveillent en nous. En tout cas, en moi. Car j’ai été très émue, je l’avoue, devant certains tableaux.

Au moment où j’écris ces lignes, il ne vous reste que le week-end pour aller voir l’exposition… Courez-y vite, si vous le pouvez. A défaut, il vous reste le net, où documentaires et photos ne manquent pas pour que vous puissiez « rencontrer » ce Norvégien qui n’a pas été que peintre, mais également écrivain et journaliste…

Naviguons-nous parmi les Fous?

Mes fidèles lecteurs l’ont constaté : ce blog se fait rare, et, après un long silence depuis l’été, sa reprise a été interrompue par un nouveau mutisme… que je romps aujourd’hui, car l’un de vous s’est manifesté pour me parler de son intérêt envers les derniers articles. Cela me donne le courage de reprendre… Et donc de vous proposer ce qui sera le quatrième article sur cette exposition, qui se poursuivait sur les « fous » d’hier et d’aujourd’hui, en se terminant par un tableau dont j’ai eu bien du mal à reconnaître l’auteur… ce sera l’énigme du jour…

Mais revenons au sujet du jour : le Fou du Roi…

Les joueurs/euses d’échec, parmi vous, le savent bien : le fou est situé près du roi, comme la reine. C’est dire la place qu’il occupait dans une cour royale… Imaginez-vous à la place des nobles et monarques au Moyen-Age. C’est l’hiver, il fait froid, on ne chasse plus, on est enfermé dans des châteaux tous plus sinistres les uns que les autres malgré les cheminées et les tentures… On a beau festoyer et lutiner parfois, convoquer des musiciens, trouvères et troubadours pour se distraire, on s’ennuie quand même parfois. Alors, avoir un « boute-en-train » à demeure, pourquoi pas? L’idée fait son chemin, et ces « fous » qui étaient jusque là dehors, et pour lesquels existaient une fête et des élections (comme celle de Quasimodo), commencent à pénétrer et à s’installer dans les demeures royales. Leur rôle va évoluer au cours du temps, et ils deviendront parfois des « Sages » déguisés en « Bouffons »…

L’exposition ne pouvait pas les ignorer, et elle leur fait une large place, dans deux salles qui leur sont consacrées. Une autre salle m’a intéressée. Elle est consacrée au Carnaval de Nüremberg. Et l’on y retrouve la Nef des Fous, dans une version… sur roue… Une thématique que l’on retrouve régulièrement dans le défilé, comme vous pourrez le constater à partir des images suivantes, accompagnées des années concernées…

Excusez la mauvaise qualité des photos, mais je voulais vous montrer les variations d’un char sur un même thème! A quoi fait-il référence? A un théologien de cette époque, dont les écrits sont quelque peu tombés dans l’oubli, mais pas ceux qu’il a fait publier, comme le De Revolutionolibus orbium de Nicolas Copernic, en 1543.

Andreas Osiander (1498-1552) a été un acteur important de la Réforme, notamment pour la ville de Nüremberg. Une anecdote en passant : comme il était devenu ami avec Thomas Crammer, c’est sa nièce qu’a épousé celui-ci, dont le nom ne vous dit peut-être rien? Mais si je vous dis « Archevêque de Canterbury », cela vous parle davantage?

L’autre personnage représenté sur ces chars carnavalesques n’est autre que l’auteur de la Nef des Fous, Sébastien Brant. Si vous n’avez pas lu cet ouvrage, précipitez-vous! Il n’est absolument pas démodé, malgré ses 530 ans…

Et la satire des travers des Humains est irrévérencieuse au possible! Vous pourrez en entendre un extrait, si vous vous rendez au Louvre, ainsi qu’un autre texte enregistré, l’Eloge de la Folie, d’Erasme.

Ce qui me conduit tout naturellement à l’un de mes peintres préférés, Jérôme Bosch, qui ne pouvait pas ne pas être présent dans une telle exposition (oh la belle litote! rires…)

Il est temps maintenant de quitter l’Univers des Fous… ou d’y revenir? Auparavant, un petit florilège de représentations de « Fous » qui m’ont frappée, amusée, intéressée, et que je souhaite partager avec vous.

Et je ne voudrais pas terminer sans un clin d’oeil pour « boucler » avec la cornemuse…