Une expo de ouf (2)

Je vous avais promis une suite à la narration relative à l’expo sur le Fou… Je tiens donc parole, en vous présentant une autre découverte surprenante. En entrant dans la troisième salle, je me suis demandé si ce n’était pas une expo sur le Genre… ou sur les Domina… Jugez-en plutôt…

Ce n’est qu’en lisant les explications, puis en me référant à la littérature médiévale que j’ai compris… Mais ne croyez pas que je vais vous dire de quoi ou de qui il s’agit! A vous de deviner… Si vous trouvez, placez un commentaire. Sinon, réponse demain!

Une expo de ouf!

Le Musée du Louvre présente régulièrement des expositions très intéressantes. Il me tardait d’aller voir celle qui est consacrée au « Fou », qu’il soit ou non dans la nef…

La figure du Fou est abordée sous des angles très variés, et je dois bien avouer que je n’ai pas porté le même intérêt aux divers thèmes, en « mauvaise élève » que je suis. Je me propose donc de vous présenter brièvement ceux qui m’ont le plus intéressée, et délaisserai donc – je vous prie de m’en excuser – une partie de l’exposition.

Point de départ : le Moyen Age

Mais avant cela, première statue, première surprise : je ne sais pourquoi, mais je n’ai jamais associé la cornemuse (ni le biniou!) au Fou, tel qu’on peut le voir à l’entrée de l’exposition.

Je n’apporterai pas ici d’explication, car nous retrouverons cet instrument dans une autre salle, et je vous en parlerai alors plus en détail…

Il n’est pas question non plus que je synthétise tous les discours exposant en détail les innombrables contenus explicatifs. Pour cette période, sachez simplement que j’ai essentiellement retenu qu’était considéré comme « fou » celui ou celle qui s’écartait du dogme catholique, soit en reniant Dieu, soit en se comportant étrangement. Je fus ainsi très surprise de rencontrer ici Saint François d’Assise, qui parlait aux oiseaux…

Je me suis littéralement régalée des nombreux manuscrits exposés, avec des enluminures toutes plus fines, élégantes, esthétiques les unes que les autres. Et comme la lettre mise en avant dans ces textes (le D de Dieu) est aussi mon initiale, je ne résiste pas au plaisir de vous en donner deux exemples…

La seconde lettrine (eh oui, c’est le bon terme!) montre le mot entier, en latin : « Deus »

Les représentations du fou sont déjà bien présentes dans ces manuscrits, et j’ai dû en choisir deux parmi leur grand nombre. La première est une vision satirique de l’Eden, Adam dévorant la pomme. Regardez bien au coin inférieur gauche, vous verrez l’orthographe du mot à cette époque : « fol ». C’est celle qui perdurait encore à la Renaissance, souvenez-vous de ce qui était écrit près de la fenêtre de la chambre de François 1er à Chambord : « Souvent femme varie. Bien fol (est) qui s’y fie ».

La seconde montre un des « accessoires » permettant d’identifier le fou : sa « marotte », sceptre de fantaisie, ici tenue par un moine extravagant.

Dans le même espace se côtoient ainsi les dévoyés qui s’éloignaient de la doctrine chrétienne, voire la vilipendaient, celui qui, au contraire, aimait et vénérait tellement Dieu qu’il fut surnommé le « Fou de Dieu », et les Vierges Folles. A leur propos, je me suis rendu compte que je considérais comme acquis qu’il y avait des « vierges folles » et des « vierges sages », mais que j’ignorais totalement ce qu’il en était. Si c’est votre cas, vous allez pouvoir profiter, si cela vous intéresse, de ce que j’ai appris. A savoir qu’il s’agit d’une parabole du Christ rapportée par Saint Mathieu. Comme elle est courte, je vous la cite dans son intégralité.

« « Le royaume des Cieux est comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prennent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux.
Cinq d’entre elles sont insouciantes et cinq sont prévoyantes.
Les insouciantes ont pris leur lampe sans emporter d’huile, tandis que les prévoyantes ont pris des flacons d’huile avec leurs lampes.
Comme l’époux tarde, elles s’endorment.

Au milieu de la nuit on entend un cri :
“Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.”
Alors toutes ces jeunes filles se réveillent et préparent leur lampe.
Les insouciantes demandent aux prévoyantes :
“Donnez-nous un peu de votre huile car nos lampes s’éteignent.”
Les prévoyantes leur répondent :
“Nous n’en aurons pas assez pour nous et pour vous.
Allez plutôt chez les marchands vous en acheter.”
Pendant qu’elles sont parties en acheter, l’époux arrive. Celles qui sont prêtes entrent avec lui dans la salle des noces et on ferme la porte.

Plus tard, les autres jeunes filles arrivent à leur tour et disent :
“Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !”

Et l’époux leur répond :
“Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.”

Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

Je vous laisse méditer, et reviendrai vous conter la suite demain…

Turner à Monaco

Mes fidèles lectrices et lecteurs m’ont fait remarquer que le blog semblait « mort » depuis quelques temps. Effectivement, je ne parvenais plus à écrire, pour diverses raisons. Mais désormais, promis, je vais tâcher de prendre le temps de le faire, ne serait-ce que pour partager, comme toujours, ce que je découvre. Et hier, c’était l’exposition Turner au Forum Grimaldi, à Monaco.

L’intitulé de l’exposition m’avait interpellée, et, je dois dire, la fonction « marketing » a bien fonctionné car, bien que j’aie déjà vu de nombreux tableaux et dessins de cet artiste, j’avais envie d’en découvrir d’autres. Et j’en ai découvert… Par contre, la notion de « sublime » m’a quelque peu échappé, et ce n’est que ce matin que j’envisage de l’approfondir. La pluie sur Nice aide à la réflexion!

Une belle scénographie

Je ne connaissais pas le Forum, et c’est un lieu étrange, genre gros hangar à peine décoré. Mais, avec quelques décorations sobres et bien pensées, cela fonctionne.

L’impression d’expérimentations permanentes

Tout au long du cheminement, j’ai eu l’impression que je me trouvais face à quelqu’un qui, toute sa vie, aurait recherché quelque chose.
Dans l’expression de la couleur, ou plutôt de la lumière… Mais au fond, les deux ne font qu’une chez Turner. Jusqu’à arriver à une explosion de lumière, comme dans ce tableau.

Dans la façon de traduire les mouvements, en particulier ceux des éléments naturels. La neige en avalanche, les nuages, la pluie, la mer…

Le tableau ci-dessus en particulier m’a rappelé celui de Van Gogh, présenté dans un précédent article…

Le goût des petits détails

Un aspect de sa peinture que j’avais jusqu’à présent négligé : j’ai découvert dans de nombreux tableaux de petits personnages qui situent l’être humain comme infiniment petit par rapport à la nature ou à la violence d’autres humains. En voici quelques exemples.

Jusqu’à, dans l’un de ses derniers tableaux, suggérer les Ombres errantes…

Zao à Deauville

L’intérêt pour Zao Wou Ki est décidément un moteur pour visiter la France! Après Chateaudun, découvert l’été dernier pour aller voir les oeuvres offertes par sa veuve à ce musée étonnamment important pour une ville de cette taille, c’est à Deauville qu’il m’a conduite en ce long « pont » de l’Ascension. Pourtant, ce n’est pas ma destination préférée! Mais la découverte du lieu de convivialité et de sérénité que constitue « Les Franciscaines » me ferait presque changer d’avis… En tout cas, j’ai décidé d’y retourner pour en poursuivre la visite, et la « déguster », car je ne pouvais y faire cette fois qu’une halte assez longue pour une exposition, mais trop courte pour une visite de l’ensemble, et encore plus pour traîner dans le jardin ou lire dans la salle de restauration, de type « réfectoire » avec sa longue table, ou sous la verrière aménagée en bibliothèque cosy.

L’exposition porte un titre intrigant : « Les allées d’un autre monde »…

Je ne ferai pas de longue glose sur cet intitulé, mais comme j’ai choisi quelques éléments de cette riche exposition, je pense que vous construirez vous-même des interprétations de celui-ci. Partons donc, avec ou sans guide, découvrir ces « allées »…

Dès la première série, une hypothèse s’impose…

Un exemple frappant, pour moi, en est un tableau qui m’a beaucoup touchée, et que j’ai eu envie d’appeler « L’Eve eurasienne », j’en demande pardon à l’artiste…

Comme je vous l’ai dit, je ne vais pas disserter sur cette exposition, mais focaliser sur quelques oeuvres, et sur certaines des nombreuses citations qui la scandent.

C’est sans doute un des facteurs de son attrait pour des supports divers, dont de nombreux exemples sont présentés à Deauville.

L’une des caractéristiques de Zao Wou Ki est d’avoir collaboré avec beaucoup de monde. Le résultat en est qu’il a participé, directement ou indirectement, à la création de nombreuses oeuvres et de divers monuments. C’est ainsi, par exemple, qu’on trouve de ses oeuvres aussi bien dans le métro de Lisbonne que dans un collège de la Seyne-sur-Mer (dans ce cas, je devrais écrire « trouvais », car l’oeuvre a été déplacée).

Quant au collège de La Seyne-sur-Mer, c’est son ami Roger Taillibert, l’architecte, entre autres, de la piscine de Deauville, qui a eu cette idée, comme le raconte cette vidéo. Ils étaient tous deux membres de l’Institut des Beaux-Arts.

Il a aussi été ami avec de nombreuses personnalités, dont l’architecte de la Pyramide du Louvre, comme le rappelle cet article de Connaissance des Arts.

Une des toiles achetées par Pei (qui avait, comme Zao, fui la Chine communiste et qu’il avait rencontré dès 1952) a battu un des records de vente chez Soteby’s, un tryptique, « Juin-Octobre 1985 ».

« « C’est l’exemple parfait de la fusion entre les techniques orientale et occidentale, ainsi que de sa philosophie », explique Vinci Chang, responsable de l’art asiatique chez Sotheby’s. Avec une adjudication de 65 millions d’euros, la maison de ventes britannique Sotheby’s signe un nouveau record pour l’artiste, surpassant de loin les 26 millions de dollars décrochés par Christie’s l’an dernier, avec l’œuvre 29.01.64.

Le triptyque « abstrait » est la toile la plus monumentale réalisée par Wou-Ki, elle avait par ailleurs été commandée personnellement par Ming Pei, le père de la pyramide du Louve, un fervent admirateur et ami de l’artiste. » (source)

Une des « trouvailles » des concepteurs de cette exposition est pour moi remarquable : l’idée d’avoir listé tous les « hommages » et les « tributes » de Zao…

Encore un « pont » avec la culture chinoise…
Zao avait traduit bien des textes, et notamment celui de Laozi, que nous connaissons souvent mieux sous le nom de Lao-Tseu, « père » du taoïsme.

La citation qui précède et cette photographie de l’artiste closent une exposition dont vous n’avez eu qu’un aperçu…

Il reste un autre « monde » dont j’ai envie de vous parler, celui de la poésie. Ce sera l’objet d’un second article, si vous voulez me suivre…

Visions chamaniques (2)

Je vous ai laissé-e-s hier devant des oeuvres colorées et complexes, annonçant qu’il en existait, à l’inverse, de très « géométriques ». Avant de vous les présenter, je voudrais revenir sur trois autres aspects de l’exposition. Mais au préalable revenir sur ce que je comprenais mal au début de sa visite.

  1. Petit retour sur ce que l’on désigne par « ayahuasca »

En réalité, « ayahuasca » désigne à la fois la plante, de son nom scientifique « Banisteriopsis caapi« , et la boisson dont je vous ai décrit la composition dans le précédent article. D’où la perturbation cognitive en commençant la visite!

« Ayahuasca signifie littéralement en langue quechua “corde des cadavres” (ou “liane amère” pour ayaqhuaska), quelquefois hâtivement traduit par “liane des esprits” ou “liane des morts” (Deshayes, 2004). Dans cet article et sauf mention contraire, le mot ayahuasca se réfère à la boisson (et non à la liane seule). Également appelée yagé (langue tukano), natem (langue jivaro), caapi (langue tupi), daime et hoasca (usages religieux brésiliens) ou cha (“thé” au Brésil), la boisson ayahuasca est une substance psychédélique. »

L’article dont je viens de citer un extrait explique que l’exploitation actuelle de cette plante et son utilisation dans divers contextes pose des questions juridiques, résolues différemment selon les pays.

« En France, les principales molécules de l’ayahuasca ont été classées comme stupéfiantes en 2005. Cette décision n’a pas été prise suite à des réflexions scientifiques mais en réaction à un fait divers de “prise sauvage” – une prise sans cadre. Notons par ailleurs pour l’anecdote que la France a subventionné la création du centre Takiwasi au Pérou utilisant l’ayahuasca (Bois-Mariage, 2002). »

Centre auquel sont rattachés la plupart des artistes dont je vous ai présentés les statues et tableaux colorés…

Je vous encourage à lire cet article, qui vous apprendra tout ce qu’il faut comprendre sur la plante, ses composants, son usage et le chamanisme.

« Le chamanisme repose sur une conception du monde soutenue par « le postulat de l’existence d’un “monde” différent du monde phénoménal accessible par les sens usuels » (Escande, 2001, p. 21). Le chaman pourrait atteindre cet espace transcendantal de manière contrôlée et avoir ainsi un accès privilégié au monde invisible, celui des esprits. L’homme ordinaire, lui, ne pourrait accéder à ce “monde-autre” qu’à sa mort ou lors de rares occasions avec l’aide et la protection du chaman. Pour accéder à ce “monde-autre”, certaines sociétés avec chaman utilisent des plantes psychédéliques, d’autres non.« 

Les fameuses « planta con madre« , mal traduites, à mon sens, par « plantes-maîtresses« .

Claude Lévy-Strauss s’était intéressé à ce que l’on a appelé « efficacité symbolique » des plantes, liée aux chants des chamans.

Toute une section de l’exposition présente ces chants, et on peut les entendre et lire le sens des paroles. Ce n’est pas la moins intéressante, et j’aurais aimé disposer de plus de temps pour poursuivre cette écoute (peut-être dans un cadre plus intime?).

Mais j’ai pris le temps de « jouer » avec les senteurs proposées dans un petit recoin consacré au piripiri. Qu’est-ce? En le recherchant sur le net, j’ai fait une nouvelle découverte : il existe des « Parfumeurs sans frontière », comme me l’a appris un article consacré au piri-piri.

« le Piri-Piri est une racine extrêmement dure, qu’il faut faire sécher avant de la broyer, pour la réduire en poudre et permettre son extraction. Ajoutée à de l’eau chaude, cette poudre servait traditionnellement à préparer un bain dans lequel les jeunes gens en âge de se marier s’immergeaient. Ce rituel leur conférait une sublime odeur boisée, ambrée, épicée et cuirée, irrésistiblement envoûtante, d’où son joli nom de Piri-Piri Amour.« 

2. Une fresque retraçant les études sur la plante et ses composants chimiques
La plante a été découverte tôt par les « explorateurs », et les savants en ont décrit les effets depuis plus de 300 ans, comme en témoignent ces herbiers. »
D’abord, une fresque retraçant l’histoire de l’étude de l’ayahuasca. Elle a été découverte tôt, et les savants explorateurs en ont décrit les effets depuis plus de 300 ans, comme en témoignent ces herbiers.

A cette occasion, j’ai découvert une science dont j’ignorais l’existence : l’ethnobotanique…

3. Les expériences psychédéliques

« This is the most powerful drug I have ever experienced« . Ce sont les termes employés par William S. Burroughs, écrivain de la beat generation, pour décrire son expérience d’ingestion de l’ayahuasca.

« Elle peut induire des états modifiés de conscience avec une modification des ressentis corporels, émotionnels et/ou intellectuels et une altération du vécu spatio-temporel. Des vécus angoissants sont fréquemment décrits ; des prises de conscience peuvent survenir. Certains pensent cette expérience comme l’induction d’une régression (sur le plan personnel, groupal et même transpersonnel) qui permettrait des vécus d’introspection, des ouvertures sur l’inconscient ou encore des expériences spirituelles et mystiques.« 

Certains scientifiques insistent sur l’importance, voire la primauté des « cadres » (en anglais, « set / setting ») dans la prise de psychotropes. L’utilisation de ces deux termes par Thimothy Leary a abouti au modèle « substance-set-setting » de Zindberg (1983).

« Ces états dépendant :

  • des molécules psychoactives du produit ;
  • du cadre interne (le “set”) : c’est l’état physique, psychologique, émotionnel et spirituel de la personne ; les attentes, la motivation et l’intentionnalité du sujet en font partie, ainsi que la préparation ayant précédé ou non l’ingestion ;
  • du cadre externe (le “setting”) : c’est l’environnement au sens large comprenant les stimulations sensorielles du lieu de prise, le contexte culturel et la législation locale, le rituel mis en place, la présence d’un tiers de confiance, etc. Les états internes et les perceptions de l’expérience par les personnes observatrices en font également partie ».

Une petite pièce noire présente d’autres expériences psychédéliques, dont l’une à partir d’une lumière que l’on doit fixer en fermant les yeux… Il devrait me manquer l’un des « cadres », car cela n’a abouti à rien… Alors que d’autres créent des oeuvres comme celle-ci!

4. Pour pousuivre avec l’art…

Vous avez déjà vu une poterie. En voici une deuxième, que je souhaite partager avec vous.

L’ayahuasca est utilisée pour teindre les textiles, ou dessiner sur eux…

Une vidéo montre une artiste shipibo en train de faire macérer les écorces, et de préparer la « boue » qui servira à de liant.

La graphie se fait avec des sortes de petits poinçons plats, dont la largeur définit celle du trait. Et voici le résultat… Bluffant, non?

J’espère que vous avez été aussi intéressé-e que moi en découvrant les liens entre psychotropes, chamanisme et arts, grâce aux Shipibo-Konibo. Une photo de l’un d’entre eux avant de les quitter?

Quittons-les, et quittons le Musée, non sans un regard sur un totem gigantesque…

La nuit est tombée, et les jardins du Musée sont parés de cierges lumineux, qui ne portent pourtant pas ombrage à la Vieille Dame…

Empreintes

Le mois dernier, j’avais découvert la remarquable dynamique culturelle d’un petit village normand, Longueville-sur-Scie. Je n’ai hélas pas eu le temps de relater ici cette visite d’une propriété extraordinairement vivante, celle de Pierre et Bernard, qui organisent chez eu des expositions, telles que « De l’Art en ce jardin« , et des concerts, tout au long de l’année… j’essaierai de le faire, promis.

Lors du vernissage, j’avais fait la connaissance de Sylvie. Elle m’avait expliqué qu’elle gérait un espace artistique créé dans… une maison de santé! MédiScie. Or, co-incidence, la semaine dernière, une amie artiste m’a justement envoyé une invitation pour un vernissage : elle allait exposer en ces lieux.

Me voici donc, en premier samedi de juillet plutôt frisquet, sur les petites routes normandes, en direction de Saint Crespin, village d’un peu plus de 300 âmes (depuis le concile de Trente, y compris les femmes!), qui jouxte Longueville, dans la vallée de la Scie. Et je n’ai pas regretté la petite heure de route! D’abord, parce que les paysages sont très beaux et apaisants. Ensuite, parce que chaque hameau recèle des trésors d’imaginaire architectural. Enfin, par ce que j’y ai vécu.

Le rendez-vous se situait à l’église Saint Crespin, du village éponyme. Mais il était précisé qu’une promenade nous conduirait ensuite à la maison de santé MédiScie, puis à l’EHPAD du village, où aurait lieu un concert. Et c’est effectivement ce qui s’est produit. Je ne vais pas tout vous raconter, ce serait trop long. mais plutôt exprimer le plaisir ressenti à constater que des personnes bénévoles et bienveillantes peuvent produire un évènement exceptionnel, dans des sites inattendus, en mobilisant un grand nombre d’acteurs, des habitant-e-s aux artistes.

Empreintes

Empreintes de vie. Empreintes de morts.

Empreintes de la Nature. Empreintes de l’Homme.

Les promesses du titre ont été tenues.

Dans le premier site, l’église, il a été fait le choix de présenter des oeuvres d’artistes qui ont exploité des techniques diverses pour fixer des empreintes. Depuis celles d’un tyrannosaure jusqu’à celles de légers feuillages.

Dans le second, une symphonie de formes et de couleurs. Ici, les empreintes allient les souvenirs du passé, comme ces blockhaus tombés des falaises, aux vécus émotionnels, la poésie d’Anna de Noailles à la prose si poétique de Colette, la calligraphie au tissage, le noir et blanc, décliné en nuances de gris, aux couleurs éclatantes des peintures d’enfants de maternelle…

Enfin, des oeuvres collectives, dans la rue, et d’autres plus personnelles, à l’EHPAD… Une richesse et une variété époustouflantes…

Ce petit miracle, on le doit entre autres à trois femmes. Sylvie Auger, d’abord, à la fois organisatrice et tisseuse de liens. C’est à elle que l’on doit l’initiative, mais aussi la mobilisation d’autant d’artistes de régions différentes.

Sophie Doré, aussi. La maire du village. Elle a été présente, souriante et aimable, tout au long de l’événement. Et n’a pas « fui » à toutes jambes une fois les discours achevés, comme son collègue du Conseil Départemental. Sans doute un des « moteurs » de la vie culturelle du village. Mais aussi investie dans celle de l’EHPAD, où sa maman a travaillé jadis comme aide-soignante.

Anne Legrand, enfin. Une directrice pleine de PEPS : on la trouve à l’église, on la revoit à l’EHPAD, tantôt promenant les résidentes, tantôt servant boissons et petits fours… Accompagnée de ses parents et de ses charmantes petites filles, parmi les personnes âgées. Et attentive à toutes et tous, délicate avec les concertistes qui ont bien du mal à se faire entendre.

Une belle chaîne humaine et humaniste, avec trois femmes comme « maillons forts »… et une belle expérience vécue dans ce petit village… Merci, Sylvie, Sophie et Anne! Mais aussi Sébastien, Pierre et Bernard… Sans oublier Thierry, artiste si souriant et hospitalier… je vous en reparlerai… comme je vous présenterai quelques aspects des oeuvres exposées et de leurs auteur-e-s…


	

Un lycée que j’aurais aimé fréquenter…

Avez-vous déjà été invité-e dans un lycée pour un vernissage? Moi, jamais. Aussi, poussée par la curiosité, ai-je accepté cette invitation, moi qui ai plutôt tendance à fuir les mondanités… Et je n’ai pas regretté. J’ai découvert un univers scolaire exceptionnel, et une proviseure remarquable de « peps », de dynamisme, et de « professionnalité épanouie », si vous me permettez cette expression.

Imaginez… Vous êtes dans la petite ville royale de Eu, non loin du Château des Comtes (et, voici peu, surtout de la Comtesse) de Paris. Non loin de l’ancien Collège des Jésuites, avec sa chapelle qui, elle, abrite souvent des expositions. Non loin de l’historique glacière, où l’on conservait les pains de glace venus par bateau sur la Bresle. Le long de cette rivière, justement. Verdure. Statues. On se croirait dans un jardin. La bâtisse elle-même n’a rien de très esthétique, même si l’on perçoit la créativité d’architecte en quête de modernisme. Portail : ouvert. Porte : ouverte. Personne à l’accueil. Nous errons en quête de l’espace « Galerie ». Découvrons des murs ornés de photographies, de peintures diverses… Une dame souriante arrive « Je peux vous aider? » et indique le chemin vers la galerie. Il faut sortir de l’autre côté du bâtiment, traverser une cour, longer le second, beaucoup plus moderne, lui, avec de grandes baies vitrées. Espaces verts, encore. Tables en bois évoquant les aires de pique-nique. Une passerelle semble conduire vers la ville. Nous arrivons au bord du canal qui mène du Tréport à Eu. Et trouvons enfin les lieux.

Car oui, dans cet établissement scolaire, le Lycée Anguier, a été créée une galerie d’art, inaugurée le 1er octobre 2021. Le professeur d’arts plastiques n’est autre qu’un ancien artiste, comme il me l’a expliqué, qui a conservé ses réseaux. Jugez-en à partir de ce petit extrait trouvé sur le net, concernant Thibault Le Forestier.

« Administrateur de la Fraap
Membre de l’association Flux Lem et du CRI Haute Normandie
Représentant du CAAP en Haute Normandie
Vice président de l’association des Beaux Arts de Rouen
Professeur d’arts plastiques au Lycée Anguier Eu »
« Administrateur de la Fraap
Membre de l’association Flux Lem et du CRI Haute Normandie
Représentant du CAAP en Haute Normandie
Vice président de l’association des Beaux Arts de Rouen
Professeur d’arts plastiques au Lycée Anguier Eu »

La galerie sert, tout au long de l’année, à exposer les oeuvres des élèves qu’il accompagne. Et, de temps à autres, des oeuvres d’un artiste plus connu. C’est le cas en ce pont du 8 mai. Mais, avant d’en arriver à l’exposition elle-même, je souhaiterais, si vous le permettez, poursuivre sur le lycée. Il offre une option Arts Plastiques de la seconde à la Terminale, et est en lien avec les classes préparatoires aux Ecoles des Beaux-Arts (ce n’est pas tout… il y a aussi photo, théâtre, etc.). En préparant ce texte, j’ai découvert le blog hébergé sur le site du lycée : c’est ici. Soit dit en passant, iels ont aussi un Instagram, bien sûr!

D’autres oeuvres sont exposées dans ce qui ressemble davantage à une salle à manger de restaurant bobo qu’à un réfectoire.

Même la cuisine ne ressemble pas à une cuisine…

Eh oui, ce sont bien les oeuvres de l’artiste exposé à la galerie, que vous voyez sur le mur du fond. L’Art au Réfectoire… Incroyable, non? Et superbe audace de la Proviseure, Sophie Perrat, une femme visiblement exceptionnelle, heureuse, selon elle, dans son travail et dans sa vie dans cette petite ville de Normandie, elle qui a exercé dans des établissements et des villes de plus grande importance.

Les tableaux sont ceux de Jean-Marc Thommen, qui expose ici jusqu’à la fin de l’année scolaire, ou presque.

Il vient de publier un livre, « Les stratégies de débordements », chez un éditeur peu connu EndEdition. Voici une présentation de celui-ci.

« Jean-Marc Thommen explique dans ce livre, entre autres sa façon autant de se réapproprier l’ébauche en un processus infini que dans la manière immersive de préparer une exposition (à la galerie des Jours de Lune).
Reste toujours une part d’énigme dans une telle approche autant par ce qu’elle fait que par les gestes pour la mobiliser ainsi que les phénomènes qui interrogent le créateur.
Plus particulièrement et comme le souligne Pauline Lisowski, avec Débauche d’ébauches l’artiste invente toute une série de superpositions de découpes pour jouer entre décision et indécision, commencement et recommencement.
Et c’est ainsi qu’une telle œuvre suit son cours. »

Je vous laisse maintenant continuer à découvrir cette exposition, non plus au réfectoire, mais dans la salle dédiée, la Galerie…

Vous l’avez peut-être deviné, la dernière oeuvre présentée est ma préférée… Normal, je travaille en ce moment sur « La Sombritude »…

Puissance de la couleur

Une galerie dans le quartier des Cordiers, au Tréport. Je vous en ai déjà parlé à d’autres occasions, mais j’y reviens à propos de l’exposition « Sans Filtre » d’une peintre et céramiste corse, Dominique Paolantonacci, qui raccourcit son patronyme en « Pao ».

Voici quelques mots trouvés sur le net, dont j’ai trouvé qu’ils correspondaient bien à ce que j’ai ressenti, si l’on excepte le qualificatif de « frêle », un peu trop genré à mon goût.

« De nos jours, où « l’on invente plus rien…où tout a été déjà inventé ». Avoir le plaisir d’admirer une oeuvre de Dominique Paolantonacci (D.Pao) est un don des sens. Rare, il va de soi. Quand on aime une peinture, on veut connaître le peintre. Dans son cas, on cherche un grand gaillard aux mains pleines d’énergie et l’on trouve une frêle belle femme dont les mains ne cessent de vous tracasser la conscience, de vous sortir de votre torpeur de petit bourgeois…de petit « tout court« ! »

Je vous laisse en juger par quelques exemples de son art… que dis-je, de ses arts… Hélas, comme souvent en situation, les photographies ne sont pas très bien cadrées et la lumière n’a pas toujours été favorable! Commençons par la peinture…

Poursuivons par peinture plus collages.

Hélas la toile que je préférais a été vendue sous mes yeux et emportée par un jeune couple de Néerlandais… je n’ai donc pas pu la photographier à temps!

Enfin, la céramique…

Au moment où j’écris ces lignes, le « finissage » a déjà eu lieu. Mais vous pouvez retrouver l’artiste chez elle, à Ault où elle vit désormais, ou sur le net, site de la Galerie Résonances ou sur sa page Facebook.

Immersion ?

Les articles vantant l’exposition « immersive » au Bon Marché m’a poussée, en ce samedi après-midi, à me rendre dans ce magasin que je n’ai visité que dans mon jeune temps, afin de mieux comprendre le roman de Zola qui narre sa naissance.

Je ne vous parlerai pas du magasin lui-même aujourd’hui… Promis, je mettrai en ligne la série de photos que j’y ai faites, subjuguée par la décoration et l’agencement des lieux. Non, c’est de SU que je vais traiter.

SU, en turc, signifie EAU. Oui, j’ai vérifié, et vous pourrez l’entendre prononcer sur ce site.

C’est en effet un artiste turc, Mehmet Ali Uysal, qui a créé les installations visibles dans le magasin et dans ses vitrines rue de Sèvres.

Immersif… je m’attendais à me sentir environnée par l’eau, plongée dans un univers marin, submergée d’émotions aquatiques…

Hélas!

Hélas, il n’en fut rien.

Une bonne surprise au début, cependant. Il faut dire que j’étais toute prête, sinon à nager, du moins à embarquer…

Une immense coque d’un blanc éclatant (c’est le Mois!) attend les passagers/ères à l’étage… Une fois entré-e-s à l’intérieur, vous avez droit à une vision marine…

… et mouvante, comme vous pouvez le constater sur ces deux photos. Vues qui ont provoqué un débat avec un physicien. Ma position? « Invraisemblable. On voit la mer de plus haut quand on est dans une cabine de bateau ». Contre-argument, basé sur la poussée d’Archimède « Pas toujours. Si le bateau est très chargé et que des cabines sont situées assez bas, on pourrait même être sous l’eau ». Bon, d’accord, je ne connais rien aux sciences. Mais par bon sens, jamais je ne louerais une cabine sise sous le niveau de la mer!

Ce n’est pas le vent qui est en poupe, mais des icebergs inversés, qui surplombent les étages inférieurs du magasin.

« Oeuvres colossales, ces cathédrales de glace suspendues culminent de la verrière, représentant le niveau de la mer, jusqu’au dessus des têtes des visiteurs. Le cœur du magasin se trouve ainsi plongé dans les profondeurs de l’océan confrontant le visiteur à la puissance de la nature. Les icebergs capturent d’importantes quantité de CO2 via l’écosystème qui les entoure et se nourrit de ces montagnes d’eau. »

Tel est le commentaire sur le site de la marque… Pour ma part, je n’ai vraiment pas été convaincue… Certes, cela produit un joli sujet pour les photos, mais vous risquez d’être déçu-e-s en allant voir sur place, car j’ai considérablement « zoomé ».

J’attends toujours l’immersion… En vain… des soldes, des rayons, d’autres oeuvres que je vous montrerai plus tard, mais pas d’eau, pas de mer ni de rivière, même pas de bleu dans les décors. Déception!

Un panneau annonce que l’exposition se poursuit dans les vitrines extérieures… j’y cours… pour voir une succession de fonds bleus à peine mouvants… Le bleu lui-même étant d’une fadeur certaine.

Un système électrique, situé en haut, fait effectivement légèrement bouger « l’eau », de manière différente dans chaque vitrine. Revenons aux commentaires :

« Mehmet Ali Uysal a souhaité métaphoriquement inonder le grand magasin ainsi que les vitrines en les immergeant entièrement sous l’eau. Cette installation fait écho à l’imminence de la fonte des glaces. Elle préfigure les risques dus à la montée des eaux, liés au réchauffement de la planète. »

Cette fois, je ne crains pas de dire que cela ressemble fort à de la publicité mensongère… Aucune inondation, aucune immersion, on reste « en-dehors », et j’allais dire « de glace » devant ces « oeuvres ». Vous ne serez peut-être pas de mon avis si vous allez voir cette exposition qui se poursuit jusqu’au 20 février. Si c’est le cas, écrivez un commentaire pour donner votre point de vue?

Reflets

Voici une éternité que je n’ai pas poursuivi la série de photos que j’avais intitulée « Reflets »… certaines ou certains d’entre vous s’en souviennent peut-être?

Lors de la récente promenade au Luxembourg, que vous avez peut-être suivie dans mes précédents articles, j’avais remarqué une nouvelle exposition de photographies sur les grilles entourant le Jardin. Donc, bien évidemment, j’ai voulu aller la voir à la sortie.

Et j’ai d’abord « pesté » contre les acteurs de cette exposition. Oui, je sais, j’aurais pu dire « maugréer », « fulminer »…

Pourquoi?

Eh bien, les photos étaient totalement parasitées par les reflets. Sans doute parce que le support est extrêmement brillant? Donc, vous imaginez ma colère. « Ils n’auraient pas pu utiliser du mat? » « Quel dommage ! » « Comment peut-on être aussi peu prévoyant? » etc.

Une fois ce premier moment de mauvaise humeur passé, je me suis prise au jeu. C’était finalement assez intéressant de confronter la réalité ambiante (un couchant sur le carrefour au bas de la rue Soufflot) et la beauté des paysages celtiques, objets de ces photos.

Alors j’ai repris mon Iphone, pour essayer de saisir cet effet miroir plus que surprenant…

Série 1

L’original : Château de Dunottar

Série 2

L’original : Cap Fréhel

Série 3

Rochers sculptés de Rothéneuf - Terres Celtes
L’original : Rochers sculptés de Rothéneuf

Alors, si vous voulez aller admirer les photographies de Philippe Decressac, je vous conseille une autre heure, ou un jour moins ensoleillé, ou les deux… A moins que vous ne préfériez les voir sur le site consacré à cette exposition, et dont j’ai extrait les photographies « réelles » : https://terresceltes.fr/