Luchini en « Courgette »?

Tout au long du film, je me suis demandée pourquoi ce nom avait été choisi pour le héros de l’histoire, interprété par Fabrice Luchini.

Un simple jeu de mots? Ou une métaphore pour désigner le cucurbitacé, riche en symbolisme et connotations.

Allusion au très intéressant film d’animation « Ma vie de Courgette », de Claude Barras, tiré du roman de Gilles Paris?

Référence aux vertus que l’on prête aux courgettes? A leur symbolique? « Les Courgettes symbolisent une sorte de fierté et de dignité. » « Si vous voyez une courgette bien verte et croquante dans votre rêve, c’est souvent un signe de croissance personnelle et de fertilité créative« .

Ou simplement au fait que le nom signifie « petite courge », « courge » désignant un « imbécile », alias une « gourde »?

Un petit détail en passant, qui fait que j’ai remplacé le « légume » que j’allais écrire pour la désigner en évitant une répétition : la courgette est un fruit, pas un légume. « Bien qu’elle soit considérée comme un légume en cuisine, la courgette est botaniquement un fruit, car elle se développe à partir de la fleur de la plante et contient des graines. » La partie verte que nous mangeons le plus souvent est donc un fruit « asexué ». C’est sa fleur, comme celle des courges, si délicieuse dans les beignets niçois, qui l’est…

Quoi qu’il en soit, gardez en tête que les parents de l’acteur avaient un commerce de fruits et légumes, et son père est Italien!

Quant au prénom choisi, « Robert », je ne vous ferai pas l’injure de développer tout ce à quoi il fait référence… Mais une hypothèse est possible : en 1999 Fabrice Luchini interprétait le rôle principal, avec Sandrine Kiberlain, du film « Rien sur Robert ».

« A la suite d’une critique qu’il n’aurait pas du écrire sur un film bosniaque qu’il n’a pas vu et d’une dispute avec son amie Juliette, Didier va voir sa vie changer et ses repères s’effondrer. Juliette le quitte pour un autre. Il rencontre une jeune fille étrange, Aurélie, ainsi qu’un certain Jérôme, qui est peut-être son double. Au bout du chemin, il lui faudra découvrir qu’on n’écrit pas et qu’on n’aime pas impunément. » (Source Allociné)

Et voici l’analyse que l’on peut en trouver sur le net (oui, je n’ai pas peur de citer Wikipédia) :

« L’élément d’intrigue concernant la critique écrite sur un film non-vu fait référence à la polémique lancée en 1995 par Alain Finkielkraut et soutenue par Bernard Henri-Lévy contre le film Underground d’Emir Kusturica, qu’aucun des deux polémistes n’avait alors vu[2].

Pour le professeur de droit Serge Sur, Robert est Dieu. Car lorsque le personnage va dans la librairie Compagnie et qu’il demande un livre, la libraire lui dit : « Nous n’avons rien sur Desnos ». Or le prénom de Desnos est Robert et dans Desnos on peut décoder Deus noster. Pascal Bonitzer a répondu au courrier de Serge Sur en confirmant son interprétation[3]. »

En faisant d’autres recherches sur le net après la première publication de cet article, j’ai découvert que Robert était le vrai prénom de… « Fabrice » Luchini !

Terminons donc cette digression pour en arriver au véritable objet de ce film, que j’ai hésité à aller voir tant le brillant acteur m’insupporte parfois par son cabotinage exacerbé, et que j’ai finalement beaucoup apprécié.

Victor, c’est le Grand, le Seul, l’Incomparable, aux yeux du héros pour qui il est le centre de la vie : le Poète, plus que l’homme politique, soit dit en passant. Il se nourrit, se gave, jouit de ses textes, et en a abreuvé sa fille en lui offrant chaque anniversaire une oeuvre de l’écrivain. La première, à 4 ans : les Contemplations! Sa fille, justement, vient bouleverser sa vie d’acteur, en réapparaissant, jeune adulte, après le décès de sa mère, que Robert a abandonnée avec sa progéniture. Ce n’est pas la première fois qu’un scénario tourne autour de la relation d’un homme à sa descendance. Mais dans le film de Nicloux en 2023, Luchini interprétait un possible grand-père.

Je ne vous raconterai pas l’histoire de « Victor, comme tout le monde « , bien sûr, et vous laisse la découvrir. Plutôt, vous conseille de la découvrir.
Un ami qui a vu le film a fait le commentaire suivant : « L’intérêt, c’est qu’on a le contenu du spectacle de Luchini pour moins cher! » Car l’acteur se produit depuis quelques temps, à Paris, mais aussi en tournée, dans un one man show autour d’Hugo.

Ce n’est peut-être pas un hasard si des prolongations ont été programmées, diraient de mauvaises langues qui assimilent le film à une campagne promotionnelle. Peut-être. Mais cela n’enlève rien à la qualité de ce film. Les images sont de grande qualité. Et cela donne envie d’aller visiter Guernesey! Les dialogues, aussi. Mais on n’en attendait pas moins d’un film avec Luchini. Et la rencontre du héros-acteur vieillissant avec une troupe de trois jeunes comédiennes interprétant des « femmes » de la vie d’Hugo ne manque pas de sel…

Les femmes de Victor Hugo – SCRiiiPT

Source : https://scriiipt.com/2023/07/les-femmes-de-victor-hugo/

Toujours un peu cabotin, mais n’est-ce pas voulu par le rôle, en une forme d’auto-dérision? Mais quand il lit Hugo, ou qu’il parle de lui, quel plaisir! Et, dans le rôle du père littéralement « déboussolé », il l’est beaucoup moins et montre d’autres facettes de son talent d’acteur.

Donc, même si, comme les jeunes comédiennes et moi, vous n’appréciez pas tous les aspects de l’écrivain le plus vanté de la littérature française, même si, comme beaucoup, le cabotinage outrancier (forcé?) de Luchini vous insupporte, même si vous n’êtes pas fan des films où le(s) texte(s) prend autant d’importance, allez voir ce film, au moins pour vous en faire une idée… Et laissez un commentaire ici?

Découverte du Cap Ferret. 3. C’est du cinéma!

Je vous ai laissé-e-s hier dans le charmant village de L’Herbe. Nous y restons en ce jour de Nouvel An (Bonne Année à toutes et tous!) pour nous arrêter devant un édifice de bois rouge et blanc qui attire l’oeil dès l’entrée.

Le travail du bois y est remarquable, et je n’ai pu m’empêcher de photographier cet escalier extérieur et les détails ornementaux qui le surplombent.

Mais qui peut s’offrir – et surtout entretenir – une telle demeure? La réponse est « Ce n’est pas une demeure »… En effet, il s’agit d’un hôtel. Et pas n’importe lequel.

Cela vous rappelle quelque chose?

Peu d’entre vous me répondront « Une ancienne pension de famille ». Encore moins « Une cantine pour forestiers ». Ce qu’il a été au 19ème siècle.

Par contre, des cinéphiles pourraient réagir…

Peut-être vous souvenez-vous du trio formé par…

… Vous avez reconnu? Guy Marchand, Francis Lemaire et Daniel Ceccaldi. Mais ils étaient entourés d’une pléiade d’actrices et d’acteurs de tout âge, portant l’humour, l’émotion et la nostalgie de ce film de Michel Lang. Vous pourrez en visionner la bande-annonce sur You Tube ici.

Ce faisant, vous remarquerez sans doute que les prises de vue de plages ne sont pas du coin… En effet, l’action se situe non en Aquitaine, mais en Bretagne!

Pourraient aussi réagir des musicologues, ou simplement des fans de Mort Schuman ou Hugues Auffray. Car la bande sonore du film est riche.
D’abord, « Un été de porcelaine », de Mort Schuman. Pour le voir à cette époque, c’est ici.

« Il y a quinze ans à peine

Il y a quinze ans déjà

Ma mémoire est incertaine

Mais mon cœur, lui n’oublie pas

Un été de porcelaine

Un cœur pour la première fois

Qui chavire et se déchaîne

Et balbutie ses premiers pas

Source : https://lyricstranslate.com/fr/un-ete-de-porcelaine-un-ete-de-porcelaine.html


Ensuite, Hugues Auffray, avec « Redoutable ».

A écouter et voir ici...

Un autre film a été tourné dans cet hôtel. Plus récent, celui-là.

Marion Cotillard est en effet une fan du Cap Ferret, où elle possède une résidence. Or, si la maison d’ostréiculteur du film a été construite de toutes pièces à cette occasion, c’est par contre l’hôtel actuel qui a servi de décor également au film de Guillaume Cannet. Vous pouvez le voir sur ce site, qui protège ses photos…

L’hôtel a été rénové dernièrement par Delphine Carrère, et vous pouvez le fréquenter à votre tour, si le coeur vous en dit… et si vous en avez les moyens (plus de 200 euros la chambre en avril !). Pour réserver, voir son site d’où j’ai copié ceci :

Errare humanum est

Quelque peu fatiguée par la semaine de travail et déprimée d’être seule, je me suis décidée rapidement, ce soir, à aller au cinéma. Bien sûr, mon choix s’est porté sur une comédie. Il me fallait rire si je ne voulais pas pleurer! Je choisis en conséquence un film réputé comique, qui est sorti cette semaine : « Classe moyenne ». La distribution en est alléchante. Jugez-en vous-même :

Mal m’en a pris. Si certaines scènes font sourire, l’ensemble est si féroce et violent que c’est plus déprimant que drôle! Je ne vous dévoilerai pas le scénario, pour le cas où vous voudriez en juger par vous-même, mais surtout n’y allez que si vous êtes « gonflé à bloc » et prêt à tout.
Néanmoins un film intéressant.
La satire des avocats est amusante.
Et la villa avec piscine à débordement fait rêver…


Brillants Lumière(s)

Un couple rencontré à la terrasse de l’un de mes lieux de restauration (dans tous les sens du terme) préféré, l’Ebouillanté (dont je vous ai déjà parlé maintes fois), m’a conseillé d’aller voir un documentaire. Or je ne suis pas une fana de ce genre. Mais je les ai écoutés. Et je m’en suis félicitée, ô combien, tout au long de la projection à l’UGC Danton. Son titre?

Un film certes fondé sur un parti-pris : le génie incontestable d’un père et de ses fils. Mais pas seulement. De leurs femmes, leurs enfants, bref, un film à la gloire de la famille. Ce qui pourrait faire fuir, me direz-vous. Non, surtout, ne fuyez pas. Et si vous en avez l’occasion, allez le voir. Car il faut le voir sur grand écran. Cela perdrait trop sur celui de votre ordinateur ou de votre téléviseur.
En effet, ce qui rend ce film littéralement extra-ordinaire, c’est que la technique a permis de restaurer suffisamment les innombrables « vues » tournées par Louis Lumière, son frère Auguste et les opérateurs qu’ils ont formés et envoyés aux quatre coins du monde.

Le cinématographe Lumière

En cherchant sur le net, pour préparer cet article, j’ai trouvé à ma grande surprise un article de 2015 évoquant déjà un film du même type, article très intéressant.

« À la différence de ce qu’ont subi la plupart des films de l’époque du muet, les films réalisés sous la marque Lumière ont été remarquablement préservés. Béatrice de Pastre, directrice des Archives françaises du film, donne le chiffre de 1.422 «vues» réalisées sous la bannière des industriels lyonnais. Le DVD aujourd’hui édité par l’Institut Lumière en propose un choix de 114, remarquablement restaurés, et offrant un survol aussi complet que possible des principaux aspects de la production de la firme du quartier Monplaisir.« 

Car à cette époque, c’est en DVD que ces films avaient été proposés, si j’ai bien compris, avec un montage totalement différent de celui qui prévaut dans le documentaire actuel. Un autre parti-pris : une structuration autour de thématiques. Pas géniale, mais qui « embarque » le spectateur et la spectatrice dans une « histoire » telle que l’on ne s’ennuie à aucun instant. « Embarquer », ce terme n’est pas choisi par hasard. Car naviguer à la proue d’un bateau à voile, c’est ce que proposent des images choisies dans ce film. Je ne les ai pas trouvées sur le net, mais vous pourrez voir ici celles de l’embarquement familial à La Ciotat, fief de la famille Lumière.

Outre la beauté des images, ce documentaire m’a séduite pour de multiples raisons, qu’il serait trop long de décliner ici… Je préfère donc vous laisser le découvrir vous-même, comme je l’ai fait grâce à cette belle rencontre en terrasse au soleil printanier…

Grand Tour

Un film presque totalement en noir et blanc. Une plus grande proportion de narration en voix off que de dialogues. Et surtout une ribambelle d’anachronismes délibérés. Voilà ce qui me vient à l’esprit au sujet du film Grand Tour, de Gomes.

Peut-être aussi l’exploitation des stéréotypes : les « Caucasien-ne-s » sont expansifs, incarnés par des acteurs/trices qui surjouent, alors que les « Asiatiques » ont le verbe rare et restent de marbre en toute situation.

Ou encore une accumulation de saynètes qui pourraient sortir d’un guide touristique sur les pays visités et leurs spectacles étonnants : ombres chinoises, marionnettes, sports de combat, combats de coqs, musique difficile à faire accepter à nos oreilles policées par le classique ou le jazz, danses subtiles…

Mais surtout la beauté des images, des paysages, les choix de cadrage qui tour à tour plongent le spectateur / la spectatrice dans des villes bruyantes, tourbillonnantes, virevoltantes, ou dans des vallées montagneuses impressionnantes de sérénité et de silence uniquement troublé par le froissement d’ailes d’oiseaux ou le grignotage des pandas.

Si j’ai éprouvé quelques difficultés à « entrer » dans l’histoire, tant le scénario est rocambolesque, je me suis laissé porter par la suite, jusqu’aux trois quarts du film. J’ai moins apprécié la fin, beaucoup trop mélodramatique à mon goût.
Car, dans ce film, on oscille en permanence entre rires et larmes, et la « guimauve » n’est jamais loin. Un art certain de funambule pour le réalisateur… trahi à la fin par une précipitation pour clore le tout. Dommage!

Néanmoins une oeuvre « rare », qui fait oublier, le temps de la séance, le monde ambiant pour nous plonger dans nos rêves et nos fantasmes, au sein d’un univers souvent poétique. A voir, donc, pour se forger sa propre idée…

En fanfare

Le titre du film m’avait intriguée, et les bribes d’informations que j’avais m’ont alléchée… Me voici donc dans une salle sombre, prête à découvrir ce que j’espérais un hymne à la fraternité et à la musique.
De ce côté, je n’ai pas été déçue. Je ne vous raconterai pas l’histoire, car cela déflorerait le sujet, au cas où vous viendrait aussi l’idée d’aller le voir…

Côté « fraternel », les bons sentiments, toujours proches des rejets, ne manquent pas. Et les deux acteurs sont si opposés et jouent si bien que ça « passe », sans trop virer à la guimauve.

Côté « musique », pas de doute, « ça baigne »! On passe de l’univers classique au jazz, via la chanson française, y compris Sardou… Le Boléro venant réconcilier tout le monde à la fin. Les amateurs de classique comme ceux de jazz seront ravis, et les fans de Sardou pas moins. On ne peut pas faire plus « consensuel »! Un peu trop, peut-être, sussurre en moi un diablotin…

Toujours côté « musique », si vous n’appréhendez pas bien en quoi consiste la conduite d’un orchestre, c’est un bon tutoriel. Vous finissez pas comprendre beaucoup de choses, y compris que diriger un orchestre symphonique de haut niveau n’est pas si différent que mener une fanfare d’amateurs/trices plutôt fantaisistes, voire fantasques.

Alors, me direz-vous, qu’est-ce qui fait qu’on vous sent « retenue »?

Les stéréotypes concernant le pays minier. Pourtant, j’avais été la première à m’extasier devant « Bienvenue chez les ch’tis ». Mais Dany Boon connaît et aime son pays, et s’est joué des stéréotypes avec brio. Ici, ce n’est pas le cas. Parfois même je me suis sentie gênée. Pourquoi? Difficile à expliciter!

Trop d’emphase autour de la solidarité des ouvriers/ères et des mineurs?

Trop de gentillesse chez dans les portraits de femmes dégoulinant de courage, d’amour et de bons sentiments?

Trop de caricature dans les décors, notamment la maison en briques des quartiers populaires? Sans compter l’incontournable canal…

Et le côté invraisemblable, notamment de la fin, qui fait plus « conte de fées » que film réaliste. Ce qui m’amène à la troisième raison : un « mélange des genres » pour moi assez difficile à accepter. Mais ce ne sont que mes impressions, et je vous conseille de vous faire votre propre opinion, en allant voir ce film. Car il est un bon dérivatif à la grisaille et la froideur (dans tous les sens du terme) ambiantes…

Une alternative : aller à Walincourt?

La simple vue de cette carte suffit à comprendre que l’on n’est pas en pays minier: celui-ci est situé beaucoup plus au nord! et encore moins près de la mer!

Mais pour ce qui est de la musique, vous ne serez pas déçu-e si vous y allez ce week-end…

Le livre des solutions

Voilà longtemps que je n’étais pas allée au cinéma, avant cette froide semaine de janvier. Et maintenant trois films à la suite! Après la campagne, encore la campagne. Mais, cette fois, la campagne-refuge, dans les Cévennes, pour un réalisateur hors-normes qui veut (doit???) fuir les studios parisiens.

Et hors-normalité.

Je ne vais pas vous en dire plus, car je ne m’attendais pas du tout à ce genre de film quand je suis partie le voir, sur la gentille invitation d’une jeune femme qui signalait, sur le site OVS, que le cinéma UGC Montparnasse proposait de revoir les films que l’on avait « ratés » dernièrement, pour la modique somme de 5 euros. Une excellente initiative. Pas seulement pour le montant de l’entrée, mais surtout parce que je suis LA spécialiste du « trop tard », pour aller voir les films que je souhaite découvrir. Du printemps à l’automne, parce que je préfère profiter des belles journées et longues soirées. L’hiver, parce que je privilégie danse, concert, théâtre ou restaurant (de préférence au coin d’une cheminée, comme vous l’avez lu dernièrement)!.

Je ne vous dévoilerai donc pas davantage le scénario. Mais si vous voulez voir un film original à différents points de vue, aux acteurs convaincants (bien que le premier rôle soit un peu trop omniprésent à mon goût), au scénario inédit (à part une scène dont je me serais bien passée), et qui offre des moments inoubliables… Alors c’est celui qu’il faut aller voir.

Attendez-vous à être bousculé-e, voire dérangé-e… bref, un film qui est loin de détendre, distraire (même si certains membres du public ont beaucoup ri) et reposer… Il m’a poursuivie toute la nuit, et cela continue…

Deux films promouvant la vie à la campagne…

J’avais très envie de voir « 5 hectares », car un peu fan, je l’avoue, de Lambert Wilson… Un peu plus frileuse pour le « Bonnard » sur lequel certains critiques étaient très réservés. Néanmoins, grâce au mauvais temps de ces derniers jours, je suis allée voir les deux, et ne puis m’empêcher de vous en faire retour.

5 hectares

Si vous recherchez un film « intellectuel », puissant, savant, passez votre chemin. Si vous avez envie de vous détendre et que vous appréciez l’humour au deuxième, voire au troisième degré, filez vite le voir, il ne va sans doute pas rester longtemps sur les écrans…

Pourtant, que cela fait du bien de voir un tel film, aussi vivant, dynamique, optimiste, rafraîchissant! J’ai passé un excellent moment, loin de la fureur du monde. Et partagé l’amour du héros pour les tracteurs… et la campagne, peut-être un peu trop esthétisée (si j’ose ce néologisme?)…

Et une scène d’anthologie : celle qui montre l’homme hyper-policé foncer sur les douaniers et contrôleurs qui viennent poser problème aux fermiers travailleurs! Un moment inoubliable! Mais il en est d’autres plus calmes, voire romantiques… je vous laisse les découvrir…

Bonnard

Pierre et Marthe

J’apprécie le peintre, mais je crains toujours les « biopic », comme on dit maintenant, ces films qui retracent la vie ou une partie de la vie d’un être célèbre… d’où la frilosité dont je vous faisais part plus haut… La personne qui m’accompagnait pour cette séance hivernale n’avait, elle, guère envie de voir ce film, assez bien démoli par les critiques de l’émission Le Masque et la Plume. Mais à la sortie, le contentement était partagé, nous y avions trouvé notre compte, et passé un excellent moment en compagnie de Pierre et de Marthe. Car le héros du film n’est pas vraiment le peintre. C’est plutôt celle qui est devenue sa femme tard, très tard, au crépuscule de sa vie.

« Bon public », peut-être, comme disent d’aucun-e-s avec mépris de celles et ceux qui s’émeuvent devant un grand écran? Je ne sais. Mais le film ne se contente pas de nous faire revivre le passé, de nous faire voyager, des bords de Seine à ceux de la Méditerranée, de nous montrer les processus de création… Il nous fait vivre aussi intensément toutes sortes d’émotions, du rire aux larmes, de l’enthousiasme à la sidération…

A voir donc absolument, que vous aimiez ou non les oeuvres des Nabis…


Magnificat

Non, ce n’est pas de musique ni de choeur dont je vais vous parler aujourd’hui… Quoique la musique soit bien présente dans le film, mais davantage en écho au scenario et à ses fondements qu’en accompagnement de l’intrigue, contrairement à d’autres musiques de films. Film… le mot est lâché… car c’est du 7ème art dont il est question. L’affiche est elle-même riche de symboles, que je vous laisse découvrir.

« Mon âme exalte le Seigneur,
exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais, tous les âges me diront bienheureuse. »

Qui est « l’humble servante » dans cette oeuvre si forte? La Vierge, statue abîmée abritée par des lierres en une cache sylvestre, à qui l’adolescent confie le canif avec lequel il s’auto-mutilait ? Sara la Kali, que les Gitan-e-s honorent chaque année, le 24 mai, aux Saintes Maries de la Mer? La transgenre, dont le certificat de décès révèle qu’elle a pu devenir puis rester prêtre pendant des années et sur laquelle va enquêter la chancelière diocésaine? Cette dernière elle-même, dont on découvre progressivement le drame et la richesse de sa vie passée? La jeune diacre, qui s’épanouit dans l’exercice de ses fonctions… en attendant de pouvoir devenir prêtre? Autant d’avatars de la Femme placée devant les injonctions limite contradictoires de l’Eglise catholique…

Vous le voyez, le scénario est riche… un peu trop foisonnant peut-être, il aurait pu être « purifié » à mon sens. Mais un film étonnant, prenant, émouvant à plus d’un titre, qui questionne la place des femmes dans cette Eglise qui devrait être ouverte sur le monde et accueillir chacun-e en égalité… Rassurez-vous, ce n’est pas un plaidoyer. Mais l’intrication d’histoires personnelles qui entrent en résonances.

Bref, j’ai été totalement séduite. Et le jeu des acteurs et actrices est impressionnant. Berléand assume les contradictions de son personnage. La jeune Anaïde Roland-Manuel, alias Anaïde Rozam, est lumineuse. Le choix de cette actrice a-t-il été guidé par sa ressemblance avec l’une des héroïnes du film italien au titre similaire, sorti en 1993, qui porte, lui, sur le Moyen-Age?

Avouez qu’il y a une troublante ressemblance entre la novice du film italien, incarnée par Consuelo Ferrara, et la diacre du film français, non?

Les critiques n’ont pas été tendres avec ce film. Et certains de mes amis ont trouvé le jeu de Karin Viard inégal. Mais je n’ai pas honte de dire que j’ai apprécié. Pas pour le côté « féministe ». Il est surpassé par le côté « quête de spiritualité transculturelle, transgénérationnelle, trans… tout ce que vous voudrez »…Si vous ne craignez pas les salles obscures en ce début d’été, filez vite voir ce film, vous y trouverez beaucoup de Lumière(s)…

Un homme heureux

Qui est cet « homme » bienheureux? Le titre semble simple, mais, à la sortie du cinéma, on peut se poser la question…

J’avais hésité à aller voir ce film qui a été lancé à coup de grands campagnes médiatiques, et traite d’un sujet très à la mode. Dans un tel cas, je suis toujours méfiante.

Et si vous me demandez maintenant « faut-il aller le voir? », j’hésiterais…

Oui pour avoir osé aborder ce thème.

Oui pour la performance de Fabrice Lucchini, pour une fois pas trop cabotin et assez sobre (quoique…), et pour celle de Philippe Catherine, pas trop « humoriste, j’en fais beaucoup ».

Oui pour la satire de la vie « politique » dans une petite ville du Pas-de-Calais. Satire qui prend cependant au sérieux quelques-uns des problèmes de ses habitant-e-s, dont certain-e-s gagnent leur vie grâce aux emplois fournis par EDF, en travaillant à la centrale nucléaire de Graveliens qui a massacré un coin de leur magnifique côte.

Mais aussi film qui rappelle l’importance, pour la population locale, de se défouler chaque année au Carnaval de Dunkerque.

Et oui, bien sûr, pour les magnifiques photos de Montreuil-sur-Mer et de ses environs.

Un coin de France dont on parle peu et qu’on montre encore moins, à l’exception des natifs/ives. Pourtant si beau et si accueillant, comme je l’ai constaté à maintes reprises. Mais, si j’y suis allée et retournée, ce n’est pas de mon propre chef. C’est parce que des ami-e-s d’Aire-sur-la-Lys me l’ont fait découvrir. Vous ne connaissez pas non plus cette ville? C’est ce que je disais…

Point d’interrogation cependant pour l’interprétation de Catherine Frot, en contre-emploi, peu crédible à mon sens dans ce rôle difficile.

Non pour la manière dont l’entourage familial est présenté sous un angle très optimiste, avec des enfants idéaux notamment.

Idem pour les électeurs/trices qui tout à coup défendent une cause dont on sait que, « in the real Life », elle ne le serait pas. Un peu trop « eau de rose »…

Je sais, je ne vous ai pas dit grand’chose du film. Mais c’est volontaire. Il faut le découvrir par vous-même, si la question de la « transition » et de son lourd processus vous intéresse. Et si vous voulez voir un (tout) petit bout des Hauts-de-France, en passant par tout le spectre des émotions…