A tire d’ailes

Etretat Interior, Matisse (1920)

J’ai reçu dernièrement un joli cadeau… Une chanson basque, que j’ai beaucoup aimée. D’où mon envie de vous la faire découvrir… Voici la vidéo reçue… La chanson est interprétée par John Kelly & Maite Itoiz. C’était en 2008, l’année de la disparition de celui qui l’a mise en musique et interprété le premier, en 1974, Mikel Laboa. Une autre version en est présentée, filmée en 2011, que je trouve moins authentique, plus « travaillée ». Mais il faut reconnaître qu’elle prend de l’ampleur avec le choeur… En 2018, la chanteuse la reprend seule, en s’accompagnant d’une harpe, avec le choeur Son Espases. Très émouvant… Et mon coeur balance entre cette dernière et la magnifique interprétation de Laura Latienda et Gaztelu Zahar (2016), avec une voix plus grave, un choeur d’hommes et un orchestre plus « populaire ». Une autre chanteuse s’en est emparée, Anne Etchegoyen. Très belle voix également…. Bref, je ne me suis pas lassée de l’écouter encore et encore…

Femme et oiseau dans la nuit, Miro (1942)

Mais je n’ai pu m’empêcher d’en rechercher les paroles… Les voici donc, en basque puis traduite en français.

Txoria txori

Hegoak ebaki banizkio
nerea izango zen,
ez zuen aldegingo.
Hegoak ebaki banizkio
nerea izango zen,
ez zuen aldegingo.

Bainan, honela
ez zen gehiago txoria izango
Bainan, honela
ez zen gehiago txoria izango
eta nik…
txoria nuen maite
eta nik…
txoria nuen maite.

L’oiseau

Si je lui avais coupé les ailes

il aurait été à moi

il ne serait jamais reparti

Si je lui avais coupé les ailes

il aurait été à moi

il ne serait jamais reparti. 

Mais, ainsi, il n’aurait plus été un oiseau,

Mais, ainsi, il n’aurait plus été un oiseau,

et moi… j’aimais l’oiseau !

et moi… j’aimais l’oiseau !

Source traduction

Hassan Massoudy (copyright)

Et, bien sûr, j’ai voulu en savoir plus, non seulement sur la chanson, mais sur ceux qui l’ont créée.

« En 1968, Mikel est allé dîner un soir avec sa femme dans un restaurant de Saint-Sébastien, ainsi qu’avec Joxean Artze. Le poème Txoria Txori de Joxean Artze (alors âgé d’environ 25 ans), a été écrit sur une serviette ce soir là ! C’était un acte de résistance contre l’interdiction faite par le régime franquiste d’utiliser la langue basque. Sa femme le lui a lu, et lui a dit que c’était un beau poème. Il l’a lu à son tour, et il lui a beaucoup plu aussi. Quand ils sont rentrés à la maison, il l’a mis en musique en très peu de temps. Mikel Laboa a présenté pour la première fois la chanson au théâtre Astoria de Saint-Sébastien. »

Voici ce qu’en dit son auteur dans un interview (source)

« J’avais 24-25 ans lorsque je l’ai écrit. Le thème de l’oiseau figure souvent dans nos vieux recueils de chants. Il m’avait semblé que l’on pouvait l’assimiler à l’image de la liberté. Ici apparaît le dilemme de la liberté de la personne proche que l’on souhaite posséder. Mais la liberté de ces personnes existe… il faut choisir . Ou vous attachez la personne et vous la possédez comme un oiseau en cage, ou vous aimez la personne telle qu’elle est, et alors, si elle souhaite partir, vous devez la laisser partir. C’est pour cela que je n’ai jamais possédé d’oiseau en cage. Je leur jette du pain par la fenêtre et s’ils viennent se nourrir, je les observe et je me contente de cette contemplation. Parce que c’est comme cela que je veux que les oiseaux soient… »

Un bel hommage a été rendu aux deux amis, décédés à dix ans d’intervalle, par Maialen Lujanbio.

Wikipédia recense 17 interprètes différents pour cette chanson, dont Joan Baez, qui l’a interprétée au Concert pour la Paix, aux arènes de Bilbao – certain-e-s se sont quelque peu amusé-e-s de sa prononciation! Totalement différente, la version d’Arraya : on passe du romantisme à la contestation forte… Un autre choeur d’hommes, Pyrénéens, Vaya con Dios, l’a reprise un peu dans le même sens. Car cette chanson a connu beaucoup d’avatars… Le mieux est de revenir à son co-créateur, Mikel Laboa. Une vidéo avec de belles images du pays et des sous-titres en espagnol, et une autre avec des photos de lui et des illustrations parlantes…

Mikel Laboa avait fondé le groupe culturel Ez Dok Amairu, dont la signification est « Il n’y a pas de treize » (pas de « malédiction ») – d’ailleurs, le chanteur avait l’habitude de numéroter ses albums, mais passe du 12 au 14…

Quelques membres de Ez Dok Amairu
Il n’y a pas de treize…

The tifle termed mortality

Je connais peu la littérature anglophone, ayant été, comme beaucoup d’enfants de ma génération, orientée vers la langue allemande et le latin… Aussi est-ce avec plaisir que je la découvre peu à peu, au fil de mes lectures et du surf sur le net. C’est ainsi que j’ai pris plaisir à déguster l’oeuvre de cette Dame du Massachussets, si extra-ordinaire et passionnante.

Description de cette image, également commentée ci-après
To venerate the simple days
Which lead the seasons by,
Needs but to remember
  That from you or me
They may take the trifle        5
  Termed mortality!
  
To invest existence with a stately air,
Needs but to remember
  That the acorn there
Is the egg of forests        10
  For the upper air!

Emily Dickinson

Je lis et comprends (pas toujours) l’anglais, mais bien évidemment me sentais incapable de traduire ce poème. Un de mes amis anglophone a eu la gentillesse d’en rechercher des traductions « valables », et j’ai choisi celle-ci, de Guy Lafaille, même si elle ne me satisfait pas pleinement – mais, à vrai dire, je reste convaincue qu’on ne peut pas « traduire » un poème…

Pour vénérer les simples jours
Qui mènent les saisons
Il suffit de se souvenir
Qu’à toi ou à moi
Ils peuvent prendre la bagatelle
Appelée mortalité !

Pour donner à l’existence un air majestueux
Il suffit de se souvenir
Que le Gland qui est là
Est l’œuf des forêts
Pour atteindre l’Air d’en haut !

L’ami dont je vous parlais a ajouté que cela lui rappelait une chanson de Simon and Garfunkel, interprétée par Joan Baez, Dangling Conversation.

« We are verses out of rhythm,
Nous sommes des vers, sans rythme
Couplets out of rhyme,
Des couplets qui ne riment pas,
In syncopated time
Dans un temps syncopé
And the dangled conversation
Et la conversation languissante
And the superficial sighs,
Et les soupirs superficiels
Are the borders of our alliance.
Sont les frontières de notre alliance« Vous pouvez l’entendre ici.

Le Vieux Chêne, Harpignies

Nouvelle découverte que celle d’Henri-Joseph d’Harpignies, au travers de ce tableau dont certains – autre découverte que celle du blog intitulé Les Orogénèses érogènes d’Eugène, j’y reviendrai sans doute) affirment qu’il s’agit du chêne de Goethe à Weimar, ce qui serait un double clin d’oeil à mon histoire : le Nord (Henri-Joseph d’Harpignies est né à Valenciennes) et Weimar, une des villes de mon adolescence… Par la suite, Harpignies peignit à nouveau cet arbre, mais cette fois en le situant dans le sud.

Vieux Chênes à Menton, Harpignies

Enfin, un autre point de rencontre avec cet artiste : le violoncelle… Le peintre jouait de cet instrument, comme me l’apprit le site des « Amis d’Harpignies » auquel j’emprunte la photo suivante.

Vous pourriez me faire remarquer que je suis passée du coq à l’âne, d’une jeune poétesse affranchie à un vieux peintre bourgeois, juste à partir d’un fruit… C’est que le Chêne questionne l’Humain plus que jamais, n’est-ce pas, Monsieur de La Fontaine? Datant du Paléogène, cette espèce est victime depuis un siècle de maladies qui la déciment.

« Depuis le XXe siècle, les forêts de chênes en Europe sont victimes de plusieurs vagues de dépérissements notables et de pathologies : oïdium du chêne depuis 1907, maladie de l’encre dans les années 195057, nécroses cambiales58 et pourriture noire dans les années 197059. »

Une consolation : « Les trois espèces de chênes (pubescent, sessile, pédonculé) principalement trouvés en France, bien qu’apparemment assez proches, se comportent comme des espèces en voie de spéciation : leur hybridation par croisement artificiel donne de mauvais résultats (ex : moins de 1 % de fécondation réussie pour l’hybride Quercus robur × petraea et robur × pubescens) et les hybrides obtenus sont très fragiles 60,61. L’hybridation semble par ailleurs rare dans la nature en raison d’une phénologie différente (dates de floraison différentes) qui permet aux trois pools génétiques d’évoluer séparément, sans pollution génétique croisée (on parle de « séparation botanique »)62. »

Il y a donc de l’espoir… Humain-e-s nous sommes, humain-e-s nous resterons, avec tous nos défauts et toutes nos qualités!

Wild Nights -Wild Nights!

Were I with thee

Wild Nights should be

Our luxury!

Futile —the Winds— To a Heart in port—

Done with the Compass—

Done with the Chart!

Rowing in Eden—

Ah, the Sea!

Might I but moor —

Tonight-In Thee!

Emily Dickinson