Bougies

La qualité littéraire est-elle ce qui prime dans un poème? Ne peut-on lui accorder une valeur autre, quand elle relie les émotions et les plaisirs?

C’est pourquoi ce jour j’ai choisi le poème d’un amateur… de motos. Rien de tel pour s’évader de nos prisons que de rêver de balades en moto, n’est-ce pas, pour qui aime cela… les autres imagineront d’autres balades.

Mais cet article est dédié à une amie qui va souffler ses bougies, ou nettoyer celles de sa moto, à Marseille, isolée dans le confinement de son appartement, reliée au monde par les TIC… Alors ce poème a été choisi pour elle, pour qu’elle puisse se souvenir de ses folles équipées et rêver aux futures…

Burried Treasure, David Uhl
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Plaisirs d’essence

Quand du pouce et l’index je décroche sa clé

Et que, dans le garage, je viens la réveiller

Quand une fois sur deux roues, je la sors en arrière

Cela n’est pas routine mais bien préliminaires.

Encore aucun témoin, posée sur la béquille

Je fais tourner la clé, aiguille et chiffres s’élancent

Enfin bielles et pistons repartent dans la danse

Au coup de démarreur, en elle revient la vie.

Ensuite je la délaisse, la laissant respirer

Vibrer autant qu’elle veut et chauffer à son aise

J’enfile casque et puis gants, pas sûr que ça me plaise

Mais pas de relation, sans être protégé.

Enfin vient le moment d’un contact plus physique

Cet instant du départ, à chaque fois unique

Châssis entre mes cuisses, dans mes mains ses poignées

Accordée à mon rythme dès qu’elle est balancée.

Recherche d’intimité pour vivre une passion

On quitte le centre-ville et la circulation

Sur cette route en sous-bois, à défaut de caresses

S’offrent à nous le bitume, le vent et la vitesse.

Et suivant la manière dont ma main la titille

Tantôt elle ronronne, tantôt elle est furie

Un couple gigantesque nous propulse en avant

Sortir de chaque virage, plonger vers le suivant.

Après je me détends, soulage le moteur

J’admire le paysage, assis tout en hauteur

Sur cette route je plane, à peine à quatre-vingt

La belle tout contre moi, ce que je me sens bien.

Si toi tu as connu ce plaisir sans partage

Qui peut se déguster, même en prenant de l’âge

Tu trouveras, c’est sûr, pour y avoir goûté

Les mots de ce poème, à peine exagérés.

Jacques Bodson

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