Le théâtre des Bouffes Parisiens

Je n’y étais jamais allée. Jusqu’à ce 9 avril 2026 où une amie m’y a invitée. Et ce petit théâtre si chargé d’histoire m’a beaucoup plu. Alors, au compte-rendu de la pièce à laquelle j’ai assisté, un petit article sur les lieux, si vous me permettez. Pour commencer, un petit mot de celui qui est à l’origine de cet édifice, et que l’on connaît sous le nom de Jacques Offenbach. Beaucoup de textes ont été écrits à son sujet. J’ai choisi un article scientifique de Jean-Paul Yon datant de 1992 traitant de la création du théâtre et de « La difficile naissance de l’opérette« .

Je ne vais pas vous entraîner dans les méandres de la recherche compliquée d’une salle pour jouer un nouveau type de spectacle dans les années 1850… Elle amène à négocier par exemple l’exploitation de la Salle Lacaze, du nom du prestidigitateur qui l’anime,

Offenbach monte rapidement une troupe, et les représentations commencent.

Cet extrait d’un article de Georges Héquet, critique de l’Illustration, est intéressant, n’est-ce pas? Mais les Champs Elysées ne sont pas le meilleur endroit, à cette époque : trop « excentrés », « la périphérie de Paris » ! La fermeture de ces premiers Bouffes Parisiens est décidée l’été 1855.

Un rapport du 7 décembre 1854 explique ce qu’était ce « Théâtre des Jeunes Elèves ».

Ce théâtre n’était que 20ème au classement des établissements parisiens, avec « seulement » 840 places (je serais curieuse de connaître le classement en termes de quantité de places à l’heure actuelle!). Et il avait très mauvaise réputation. A l’époque il y avait un palmarès étonnant : les ouvrages censurés. Sur les 123 (concernant le théâtre : au total ils étaient 8330!) censurés partiellement ou totalement entre 1835 et 1848, 10 le concernaient.

Après moultes péripéties dont je vous ferai grâce, un arrêté transforme les lieux en un véritable théâtre le 21 octobre 1855.

Nouvelles péripéties car Offenbach veut embellir les lieux et fait pour cela des emprunts, monte une société, subit un procès, en remonte une deuxième, et la naissance est sans cesse retardée. Elle a enfin lieu, et voici ce qu’en dit le journal La France Musicale du 6 janvier 1856.

C’est l’opérette qui va permettre à Offenbach de mener à bien ses projets. Il ne concurrence pas l’Opéra, ni l’Opéra Comique, mais on l’accuse de mettre à mort le vaudeville et donc le Théâtre du Palais Royal! Je vous laisse découvrir la suite, si cela vous intéresse, dans le très intéressant article sus-cité, ou par des émissions telles que la série que lui a consacrée Radio France et reviens au présent. En effet, nous ne voyons pas le théâtre tel qu’il était à ses débuts.

Sur les 715 salles parisiennes répertoriées comme « théâtres » (je ne partage pas cette manière de classer, car on y retrouve de grandes salles de spectacle comme l’Arena et le Casino de Paris!), elle est encore dans les plus grandes en termes de quantité de places, avec ses 600 places. Télérama a effectué une cartographie des « 80 salles qui comptent à Paris ». On y trouve bien les Bouffes! Personnellement, je trouve ces lieux chargés d’histoire fort intéressants.

Sur la maquette ci-dessus, j’ai encadré la place où je me situais. Et voici ce que je voyais.

Mon jeune voisin a eu la gentillesse de prendre quelques photos pour moi..

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J’allais oublier de vous dire où la trouver ! Elle est située entre l’Opéra et la rue où l’on ne mange qu’asiatique, vous savez? la rue Sainte Anne. On la trouve rue Monsigny. Connaissez-vous le Sieur qui lui a donné son nom? Un compositeur, un autre… Je vous présente Pierre-Alexandre Monsigny, né en 1729 et mort en 1817, à pas moins de 88 ans. Et, hasard ou pas, il est considéré comme l’un des fondateurs de l’opéra comique. Un théâtre de Boulogne-sur-Mer porte son nom.

Si vous voulez en savoir plus sur lui, vous trouverez sur You Tube des interprétations de ses oeuvres. Mais les seules que j’ai trouvées filmées proviennent… d’Asie! comme celle-ci, O ma tendre Musette.

Le jeu d’Anatole

Le Lucernaire propose souvent des spectacles intéressants, originaux, voire drôles. C’est le cas en ce moment, avec ce que je ne sais comment la désigner, la « pièce » intitulée « Le jeu d’Anatole ou Les Manèges de l’Amour ».

Imaginez une scène exigüe, sur laquelle trois à quatre personnages tiennent à peine ensemble.

Et une mise en scène permettant de la transformer en salon, en restaurant, en salle de spectacle, et en belvédère… Une vraie gageure, un pari réussi pour le metteur en scène, Hervé Lewandowski.

Anatole est le stéréotype de l’homme assoiffé de conquêtes. Il se heurte, durant sa vie, à d’autres stéréotypes, de femmes, cette fois. Femmes diverses, tant par la condition sociale que par le style et par le caractère, par les choix de vie aussi. De la « cocotte » pseudo-artiste à la femme bourgeoise, elles se succèdent dans sa vie – et dans son lit – sans qu’il parvienne à les comprendre. Pour les interpréter, une seule actrice.

Mélodie Molinaro est surprenante, inattendue, enjouée, terriblement vivante, et impressionnante dans les diverses facettes de « la femme idéale », qui sont ainsi représentées successivement, jusqu’au dénouement inattendu. Elle chante, danse, virevolte, mais aussi pense, joue et se joue de l’Homme, et émeut…

L’ami fidèle, qui observe, commente, enregistre les méandres des amours d’Anatole, est interprété par Yann Sebile, terriblement séduisant avec sa redingote et son chapeau haut-de-forme…

Quant au troisième homme, il change de costume, de rôle, de ton, tout au long de la pièce, dans une succession incroyable de « seconds rôles ». Tous les personnes incarnés par Guillaume Sorel contribuent à « créer le décor », rendre compte de l’époque et du lieu… et faire rire les spectateurs/trices…

Enfin, proche de la scène, un acteur « invisible » mais pourtant très présent : le pianiste, qui est parfois « convoqué » par les autres, comme un des personnages. Son jeu permet d’évoquer les époques, par des interprétations situées de la musique d’Offenbach, qui accompagne les chansons ou devient fond sonore.

Car la musique est omniprésente et nous entraîne ailleurs, encore ailleurs, dans l’espace comme dans le temps.

Bref, vous l’avez compris, j’ai aimé ce spectacle, qui fait voyager, chantonner, danser sur son siège, et qui fait rire tout en étant au final très profond…

Pour en découvrir davantage, vous pouvez regarder ceci. Mais je vous le déconseille si vous envisagez d’aller voir la pièce… Mieux vaut se laisser surprendre, non?

Papillonnons…

Chaque jour où je le puis, je vais me coucher dans l’herbe de la prairie, au bord de l’étang, et je lis, je rêve, je contemple les cimes des arbres… en ce moment, j’ai l’impression de « voir » l’herbe pousser, les orties s’envoler, les feuilles grandir… Et, chaque après-midi, l’aurore vient me rendre visite… L’aurore, direz-vous? en plein après-midi? Mais oui, l’aurore… qui volète autour de moi, butine les fleurs de pissenlit qui abondent, puis s’éloigne, se rapproche, voltigeant gaiement.

L’aurore

Alors ce matin, pour que volètent vers vous les ailes du bonheur, j’ai choisi de fêter ces êtres si symboliques de la vie/mort, et d’une forme de liberté… « Minuscule voilier des airs maltraité par le vent en pétale superfétatoire, il vagabonde au jardin. » (Francis Ponge)… écho donc aux voiliers d’hier… entre air et mer / air et terre… air éther…

De toutes les belles choses
Qui nous manquent en hiver,
Qu’aimez-vous mieux ? – Moi, les roses ;
– Moi, l’aspect d’un beau pré vert ;
– Moi, la moisson blondissante,
Chevelure des sillons ;
– Moi, le rossignol qui chante ;
– Et moi, les beaux papillons !

Le papillon, fleur sans tige,
Qui voltige,
Que l’on cueille en un réseau ;
Dans la nature infinie,
Harmonie
Entre la plante et l’oiseau !…

Quand revient l’été superbe,
Je m’en vais au bois tout seul :
Je m’étends dans la grande herbe,
Perdu dans ce vert linceul.
Sur ma tête renversée,
Là, chacun d’eux à son tour,
Passe comme une pensée
De poésie ou d’amour !

Gérard de Nerval, Les Papillons

Bon, d’accord, celles et ceux qui connaissent la fin du poème savent que j’ai un peu triché, et qu’elle est sinistre… Mais oublions cela… ce passage est tellement en miroir que je n’ai pas voulu m’en ni vous en priver.

Stéphane Hette, Art of butterfly (MEP)

J’ai beaucoup hésité avec un autre poème que j’aime, et qui met aussi en scène ces charmants voltigeurs. Pour ne pas alourdir le texte, mais aussi parce qu’hier j’avais déjà emprunté à Lamartine, le voici lu par une inconnue… Je l’ai choisi parce que vous y verrez le texte, mais je préfère de loin la version d’Alain Carré, même si elle est assez classique. Pour un petit moment de musique et de douceur, écoutez sa mise en musique – et en chant – par Caroline Tursun.

Bien sûr, je ne pouvais pas oublier un de mes auteurs favoris, Rûmi… A déguster sans modération…

J’ai en vain recherché de belles séquences de danse autour du papillon. Et j’ai bien trouvé la Valse du Papillon, mais sur un morceau… de Clapton. Néanmoins, à voir, si vous aimez les valses… des interprétations diverses du Papillon d’Offenbach sont accessibles sur la toile, comme celle-ci (mal filmée, mais intéressante) par le Ballet de Santiago. On aime ou on n’aime pas, mais difficile de rester indifférent-e.

Encore un papillon qui se brûle les ailes, mais, cette fois, pour permettre l’amour entre la jeune servante Farfalla et le prince Djalma!

J’avais vu dans un exposition, récemment, un film de la fin du XIXème siècle, présentant cette danse. Une photo qui « fige » la danseuse, Annabel Whitford, en 1897…

De la même époque, une autre danseuse, mais ici, statique, dans sa robe papillon, Loie Fuller.

Loie Fuller, Studio Reutlinger, 1899

Et si vous préférez imaginer en écoutant simplement la musique, pas de problème! Dans un tout autre style, Schmetterlingslieder, Vicious Beatz.

Un petit clin d’oeil à un de mes lecteurs, dont la fille est experte en Pole Dance, avec ce « Butterfly » aérien…

Un autre à mes amis basques…

«  La mariposa (signifiant papillon en espagnol) est une passe de cape inventée par Marcial Lalanda dans les années 1920 dans laquelle le toro de ne passe pas mais suit de la tête la cape que le torero tient dans son dos et la fait passer tantôt à gauche, tantôt à droite en reculant avec le revers de la cape. L’inconvénient de cette passe est d’inciter le toro à donner des coups de tête et le met sur une attitude défensive.La mariposa (signifiant papillon en espagnol) est une passe de cape inventée par Marcial Lalanda dans les années 1920 dans laquelle le toro de ne passe pas mais suit de la tête la cape que le torero tient dans son dos et la fait passer tantôt à gauche, tantôt à droite en reculant avec le revers de la cape. L’inconvénient de cette passe est d’inciter le toro à donner des coups de tête et le met sur une attitude défensive.La mariposa (signifiant papillon en espagnol) est une passe de cape inventée par Marcial Lalanda dans les années 1920 dans laquelle le toro de ne passe pas mais suit de la tête la cape que le torero tient dans son dos et la fait passer tantôt à gauche, tantôt à droite en reculant avec le revers de la cape. L’inconvénient de cette passe est d’inciter le toro à donner des coups de tête et le met sur une attitude défensive. » (source)

Et un moment de rire, avec un groupe autrichien qui a pris le nom de « papillons », « Schmetterlinge », et qui a présenté, en 1977, à l’Eurovision, une chanson satirique sur l’industrie du disque, Boom Boom Boomerang.