Murmuration

Quel joli mot, n’est-ce pas? Connaissez-vous ce terme? Ce n’était pas mon cas, lorsque je l’ai découvert cette semaine dans la Lettre de Thot Cursus à laquelle je suis abonnée. Depuis, bien évidemment, je me suis informée sur son sens.

Le CNTRL ne le connaît pas. Il s’agit donc d’une création récente, voire d’un néologisme?

Ah non! une autre recherche, toujours sur ce site, aboutit à une définition : « Bruit de protestation, de mécontentement, de plainte, de récrimination ». Ah ? J’espérais quelque chose de plus poétique! Elle provient du Dictionnaire du Moyen Français. « Voici encore une de mes lacunes ! », me dis-je, en me précipitant pour comprendre de quoi il ressortait. D’un dictionnaire conçu tout récemment par une équipe de l’Université de Lorraine, pour couvrir une période dont le terminus a quo (encore une découverte terminologique : la date de début, en français vulgaire) est 1330 (avant avènement des Valois et guerre de Cent Ans) et le terminus ad quem (limite de fin) est 1500 (les guerres d’Italie correspondent à une forte modification de la langue). Si la genèse de ce dictionnaire vous intéresse, vous pouvez lire cet article en ligne.

Bref, le terme était utilisé durant cette période, soit avant 1500… pas nouveau! Mais, visiblement, moins ou non utilisé par la suite?

Pas vraiment non plus. Et là, nouvelle surprise : ce phénomène ne s’entend pas (enfin, presque), mais se voit… Et vous en avez toutes et tous vus! Moi-même j’ai souvent tenté de le photographier, sans grand succès : on le doit aux oiseaux ou insectes en vol. Je vous conseille de regarder cette petite vidéo, vous comprendrez mieux.

Encore une surprise : son exploitation dans des chorégraphies, comme ce Projet Murmuration de Sadeck Berrabah, qui en a fait un ballet extraordinaire dont vous trouverez un extrait ici. Le Ballet des Lucioles est visible dans une autre vidéo.

En ce sens, le spectacle de Veronal dont je traitais dernièrement comporte des murmurations. Ce sont d’ailleurs les morceaux que j’ai préférés!

Revenons à l’article qui a suscité mes questionnements.

« On s’intéresse à ce phénomène dans plusieurs disciplines, par exemple, pour la coordination de centaines de drones, dans les techniques de contrôle des foules, dans l’élevage d’espèces grégaires, en marketing et même en éducation. Le phénomène pose aussi d’intéressantes questions en philosophie et en sociologie.

Certes nous prétendons à un certain libre arbitre comme individu, mais nous consentons dans plusieurs situations à adopter les idées et comportements communs à un groupe et de là à concentrer notre attention seulement sur certains éléments. Vu de l’extérieur, plusieurs mouvements sociaux sans coordination correspondent à une murmuration, manifeste du partage des mêmes référents par des milliers sinon des millions de personnes et que des intelligences artificielles ont tôt fait d’amplifier sur les réseaux. »

Pourquoi s’intéresser à cela dans le domaine auquel se réfère Thot Cursus?

« L’école est le principal vecteur de la transmission de référents communs à une société. La murmuration n’a pas de coordination, mais elle peut être influencée. La liberté académique vient avec une certaine responsabilité de ne pas enseigner n’importe quoi ni d’en sous-estimer la portée. Je suis toujours surpris du peu de considérations sociales quand vient le temps d’enseigner l’économie, le marketing ou même la santé. Certaines idées qui ne se situent pas dans le courant matérialiste sont systématiquement écartées. Nous avons le droit d’étendre notre vision au delà de notre seul groupe, sous peine de voir nos capacités de réflexion réduites à «quelques éléments simples et faciles à interpréter». »

Les articles de ce dossier montrent des expériences passionnantes autour de la question « Jusqu’où irions-nous pour nous conformer au groupe », comme reporté dans le film I comme Icare.

« Lors de son procès, le criminel nazi, Eischmann explique qu’il n’était pas difficile pour lui d’envoyer des milliers de personnes à la mort… puisque le langage bureaucratique facilite cela. Le « Amtssprache » ou « langage bureaucratique » dans lequel le locuteur n’assume aucune responsabilité de ses actes ; toute initiative individuelle est inexistante.« 

« D’un point de vue purement cinétique,la murmuration des oiseaux a été modélisée, elle répond à deux règles simples:

  • chaque oiseau réagit à ceux qui l’entourent (5 à 10 voisins)
  • n’importe quel individu peut initier le mouvement du groupe« 

Autrement dit, on passe vite des mouvements collectifs d’oiseaux à des mouvements de foule dangereux, qu’ils soient physiques ou idéologiques… Mais aussi, d’un point de vue plus optimiste, on peut en arriver à l’intelligence collective, ce à quoi aboutit cet article : Les hommes savent-ils murmurer? Dont le titre se poursuit par « ou préfèrent-ils percoler? »

L’exemple des cyclistes qui se coordonnent est proposé dans un autre article sur le même thème.

Mais on observe bien des murmurations dans les villes si l’on filme longtemps et accroît la vitesse des images, comme dans cette vidéo sur Osaka, qui m’a rappelée un très beau film muet vu autrefois. Cela m’a remémoré un film que j’avais adoré, lors de sa sortie, voici quelques années, voire décennies. Dans mon souvenir, il était de Coppola. Mais apparemment non, je ne le trouve pas sur le net. L’avez-vous vu? Une suite d’images aux lumières éblouissantes, montrant les voitures dans une ville à gratte-ciel, sur une musique époustouflante. Ni acteur, ni parole. Qu’images et musique. Si vous en avez une idée, merci de mettre un commentaire, ça me ferait plaisir de le revoir… et c’était bien de la murmuration d’humains.

Des vidéos sont également présentées dans le dossier, pour réfléchir à ce type de phénomène et à ce qu’il peut entraîner de positif ou négatif. Phénomène que l’usage du numérique permet d’amplifier, au travers des réseaux. Je vous invite à lire l’intéressant article sur les foules numériques, tout à fait en lien avec l’actualité récente et le futur proche…

Les arts se sont emparés du phénomène, comme le montrent quelques exemples, comme ce magnifique film du photographe Xavi Bou.

Une exposition en 2020 regroupait des oeuvres autour de ce thème.

Murmurations

Le terme apparaît aussi dans le titre d’oeuvres littéraires, comme le livre de Robert Lock, où l’auteur utilise le « pattern » pour évoquer la vie d’individus en 150 ans.

Murmuration par Robert Lock

Finissons, si vous le voulez bien, par une note d’humour…

Green Humour

Que d’eau! Sources, réseaux et étangs de Meudon

Voici donc le troisième volet de cette série consacrée à une balade au sud de Paris, qui m’a menée de part et d’autre de Meudon, depuis la Terrasse de l’Observatoire jusqu’au menhir de la Pierre aux Moines, où j’avais découvert le premier des étangs de cette visite, celui de La Garenne. Deux autres ont ensuite été découverts : celui de Chalais et celui de Trivaux. J’ai choisi de faire de ces étangs et de leur environnement l’objet de ce nouvel article… en attendant d’aller voir les autres… La carte ci-dessous, empruntée au site des randonneurs ovillois, qui avaient, par un jour glacial de février 2018, fait une randonnée de 22 kms dans ces lieux. Si, comme moi, vous vous demandez ce que signifie « ovillois », je vous donne tout de suite la réponse, que je suis allée chercher sur le net : on ne peut pas la trouver soi-même, je pense : c’est le nom désignant les habitants de Houilles!

Pour en revenir aux étangs, chacun a sa personnalité, son histoire et un environnement spécifique.

Si vous vous intéressez à la géologie et à la vie dans les environs de Paris au XIXème siècle, j’ai découvert par hasard, en recherchant le lien entre certaines sources et les étangs, un chapitre de livre consacré aux « Collines de Meudon », datant de 1843. Vous pourrez le lire ici. L’auteur y révèle que les conditions sont optimales pour la… viticulture!

« Meudon se trouve exactement dans les conditions imposées par Virgile pour la culture de la vigne : « Neve libi ad solem vergant vineta cadentem. » » (par. 271)

Des sources en abondance

Selon lui, l’eau sourd en abondance dans la forêt.

« La plupart des sources ou toutes celles qui sont les plus élevées dans la forêt de Meudon, sourdent de la partie intérieure de ce terrain, et ne font que passer sur les argiles qui recouvrent le gypse ; elles résultent de l’infiltration des eaux pluviales a travers les couches perméables des terres supérieures, et comme elles ne rencontrent dans tout leur parcours que des argiles siliceuses et alumineuses ainsi que des sables, elles restent douces, dissolvent bien le savon, et sont très recherchées par les promeneurs en été à cause de leur fraîcheur et de leur pureté ; telles sont les fontaines d’Aubervilliers, ancien écart de la paroisse de Meudon, où il paraît y avoir eu des ruines ; de Triveau ; de la Garenne ; du Rossignol et des Lins. Cependant il y en a de ferrugineuses et sur le bord du chemin, prés de l’étang de Chalais, j’en citerai notamment une de ce genre qui pourrait être mise à profit comme source minérale. »

J’ai particulièrement apprécié ce passage où il critique la gestion de l’eau à Meudon:

« Le village de Meudon possède plusieurs sources importantes ; mais il est bien à regretter, pour le dire en passant, qu’elles soient presque toutes dans des propriétés particulières et qu’il n’y ait pas une belle fontaine, comme je l’ai déjà signalé au commencement de cet ouvrage, sur la place même de ce village si populeux.« 

Un réseau hydraulique du XVIIème siècle

Une association travaille sur ces sources de Meudon : « ARHYME a été créée en 2003 par Jean Ménard pour la sauvegarde du Réseau hydraulique réalisé au XVIIe siècle pour alimenter les bassins et jets d’eau du château de Louvois à Meudon. On peut voir sur leur site le travail réalisé pour dégager les canalisations aux alentours de la source de la Garenne. Je leur ai « emprunté » les photos qui suivent, en espérant qu’ils ne m’en voudront pas.

Source au-dessus de l’étang de La Garenne
Canalisations en grès, datant du XVIIème, situées sous le lit du ruisseau actuel

Un immense réseau hydraulique avait été construit pour desservir le château de Meudon (vous savez, celui qui a mal tourné : il est devenu observatoire!)

Les deux châteaux de Meudon avec la Grande Perspective vers 1715. En 1695, Louis XIV acheta Meudon pour son fils aîné, le Grand Dauphin. Le Château-Vieux (au centre) est prend feu en 1795 et démoli en 1803 par ordre de Bonaparte. Le Château-Neuf (à droite) est bâti à partir de 1706 et incendié en 1871. De 1880 à 1885, le grand astronome Janssen le coiffe d'une coupole… Il devient l'Observatoire de Meudon. [Restitution virtuelle de Franck Devedjian et Hervé Grégoire, 2012]
Plan général du Réseau Hydraulique : entre Vélizy au sud-est en amont , Clamart au sud et Meudon en aval au nord-est. Les rigoles sont en bleu ainsi que les étangs réservoirs, les aqueducs souterrains sont en rouge.
Plan général du Réseau Hydraulique : entre Vélizy au sud-est en amont , Clamart au sud et Meudon en aval au nord-est. Les rigoles sont en bleu ainsi que les étangs réservoirs, les aqueducs souterrains sont en rouge. Copié sur ce blog

L’étang de La Garenne

Mais revenons aux étangs… sous la source de La Garenne, vous l’aurez compris, l’étang du même nom.

J’ai gagné l’étang de La Garenne à partir d’un parking situé très en hauteur, et ai eu l’impression d’une sorte de descente aux Enfers par de petits sentiers rocheux…

Mais arrivé à destination, j’ai trouvé une ambiance joyeuse, avec de nombreux enfants dont certain-e-s les pieds dans l’eau malgré une température plutôt frisquette… Sans que cela ne semble déranger les canards, canes et foulques qui tracent de jolis sillons aquatiques…

L’étang semble assez petit, car il est tout en longueur. Mais j’ai appris depuis qu’il ne fait pas moins d’un hectare 25!

Je ne suis pas parvenue à savoir si cet étang est naturel… je vais donc continuer à chercher, avant de vous présenter les autres… à bientôt!