Les noces de Jeannette

L’Opéra Comique, ça vous dit quelque chose ? Historiquement, ce fut un tournant dans l’histoire de la musique : l’époque où l’on relia la musique et le théâtre. Pas forcément pour du comique, soit dit en passant…

1714… le Roi accorde aux comédiens le droit de s’exprimer, ce qu’ils faisaient déjà en transgressant ainsi l’interdiction, par des pantomimes, des panonceaux et des chansons! Il faut dire que Louis XIV avait chassé les Italiens de la Comedia Dell’Arte 21 ans plus tôt… Il était temps! Ainsi naquit l’opéra comique, alors accueilli au Théâtre de la Foire Saint Germain.

Ne le cherchez plus du côté de Saint Germain, il a depuis déménagé dans le 2ème arrondissement de Paris, rue Favart.

Il a fière allure, n’est-ce pas? Vous devez croire que je suis allée voir un spectacle hier… Erreur… Je participais à un repas organisé rue Favart. Mais pas à l’Opéra, dans un restaurant situé juste en face et dont l’histoire est liée au monde du spectacle et au monde politique. Les Noces de Jeannette, c’est son nom. Vous connaissez peut-être cet opéra-comique qui a été représenté plus de 1400 fois (merci à mon voisin historien pour cette information… et toutes les autres, transmises au cours de ce repas et qui me permettent de fanfaronner aujourd’hui (Grâce lui soient rendue).

Si cela vous intéresse, vous pouvez voir et écouter sur le net des extraits ici ou encore ici, avec Mady Mesplé. Il paraît que c’est une jolie « soupe »… à croire, comme le disait l’intervenant hier soir, que les bourgeois parisiens appréciaient ce genre. Jugez-en vous-même par le résumé de l’histoire.

« Dans un village de la campagne française, Jean, un jeune paysan sans famille, resté célibataire, s’est amouraché d’une fille sage et charmante, Jeannette, qui l’aime aussi et a accepté de l’épouser. Mais une fois devant le maire et le notaire, le promis est pris d’une soudaine crainte du mariage et il fuit la cérémonie avant d’avoir dit oui.

Jeannette paraît : elle veut savoir pourquoi il a changé d’avis. Jean avoue que la peur du mariage en est la cause et comme elle paraît prendre les choses du bon côté, il part rejoindre ses amis au cabaret. Lorsqu’elle le voit embrasser d’autres filles du village, Jeannette jure de se venger de cet homme qu’elle aime pourtant toujours.

Jean passablement éméché, revient chercher son bouquet de marié, pour l’offrir à ces dames. Mais Jeannette reparaît : elle déclare vouloir une revanche et lui dit que son père arrive, armé de ses pistolets. Jean, terrorisé, signe le contrat de mariage qu’elle lui tend, mais elle déclare qu’elle ne le signera pas, voulant simplement montrer au village que c’est elle et non lui, qui a refusé. Elle le fait sortir, signe à son tour, confie le papier à son petit cousin et informe Jean… qu’ils sont mariés ; car elle l’aime toujours !

Jean, fou furieux, promet à Jeannette que sa vie avec lui sera un enfer. Il brise tous les meubles et monte à l’étage cuver son vin. Jeannette ramasse l’habit de noce tout déchiré du garçon, le recoud, et fait remplacer le mobilier cassé par les meubles de sa dot. Elle met un couvert sur la table et disparaît dans la cuisine préparer un repas. Lorsque Jean reparaît, il est stupéfait de voir les nouveaux meubles et d’entendre Jeannette chanter dans la pièce voisine. Attendri, séduit, il déclare ne pas vouloir manger seul le repas qu’elle lui a préparé. Et les deux époux tombent dans les bras l’un de l’autre.« 

Il n’empêche que quelques airs ont traversé les époques, comme vous avez pu en juger si vous avez écouté ce qui était proposé ci-dessus.

Bref, après vous avoir fait voyagé en architecture, topologie parisienne, musique et chansons, il est temps de revenir à l’objet de cet article : le restaurant.

On sait qu’historiquement il y a eu un restaurant dans ce coin dès le XVIIIème siècle, mais ce n’est pas celui qui est maintenant visible. Au XIXème naquit le Poccardi, à l’emplacement de l’actuel restaurant.

Le pluriel s’explique par le fait qu’il y avait deux restaurants du même nom, comme on le voir sur la carte postale ci-dessous…

Extérieurement, peu de changements : l’architecture est quasi-identique, et on entre toujours par la rue d’Amboise… (excusez la mauvaise qualité de la photographie… après la soirée!)

A l’intérieur, tout semble figé dans le temps : nappes brodées, affiches des différents spectacles… et le plaisir de pouvoir profiter d’espaces réservés, en toute tranquillité…

Je ne vous parlerai pas de la carte, car nous étions en groupe. Un des intérêts de ce restaurant : la privatisation des salles est gratuite, si le groupe entre dans les normes quantitatives fixées! Et les menus, de l’apéritif au café, vin compris, sont à des prix très raisonnables…

Les plus beaux Ave Maria

Le titre du spectacle m’avait interpellée. Pourquoi vouloir comparer des airs qui sont incomparables?

Néanmoins, comme ce sont des airs qui, pour la plupart, me « transportent », et qu’en outre je ne connais pas le lieu qui accueille chanteuse et organiste, me voici en ce dimanche de novembre parmi la centaine d’auditeurs/trices sur les bancs modernes de Notre Dame de la Salette.

L’église est étonnante : au lieu de la forme classique, c’est une sorte de choeur absolu, avec une hauteur étonnante et une forme originale. Les vitraux augmentent cette impression d’élévation, avec leur forme rectangulaire dont la hauteur est extrême, comparée à leur étroitesse. Ils sont disposés de manière symétrique autour de l’axe autel / porte d’entrée principale. L’orgue, lui, est disposé non face à l’autel, mais sur l’axe perpendiculaire, totalement à gauche, face à l’entrée secondaire. Ce qui donne un plan lui aussi tout à fait original. Mais vaut aux spectateurs/trices de risquer le torticolis car, bien évidemment, les bancs, eux, sont placés face à l’autel!

Comme toujours, je voulais placer dans cet article des photos prises en ces lieux. Mais Mystère… Elles ont toutes disparu! Aucune photo du 13 novembre n’est visible sur mon téléphone, pas plus que sur ICloud. Que s’est-il passé? Une disparition, et non l’Apparition!

Donc, si vous souhaitez comprendre ce que j’expliquais concernant cette église, rendez-vous sur ce site ou cet autre, pour l’orgue.

Mais revenons au concert…

La soprano Corinne Fructus a une voix admirable et m’a séduite tout au long du récital. J’aurais voulu vous la faire entendre, mais je ne trouve aucune vidéo valable sur Internet. Pourquoi??? Quant à l’organiste, il est également chanteur, ce qui n’a pas facilité sa tâche car il tournait le dos au public en chantant. Je me suis d’ailleurs demandé pendant un bon moment où pouvait être le chanteur, avant de réaliser qu’il n’était autre que le musicien! David Lauer est tout aussi discret que sa collègue sur les réseaux. Il vient, comme elle, de la région toulousaine.

Quant au programme, il est fort riche, alliant les Salve Regina aux Ave Maria, avec des intermèdes instrumentaux. Que vous dire, sinon d’écouter, encore et encore, ces remarquables chants, que vous soyez ou non adeptes de la religion catholique. Un palmarès? Pour moi, incontestablement, Gounod reste le summum… Surtout par Barbara Hendricks… des frissons garantis à chaque fois que je l’écoute! J’aime moins la version masculine de Pavarotti… Mais avec Gautier Capuçon, quelle merveille!

Mais je ne sais pas si je ne préfère pas celui de Caccini plus intime? Vous pourrez écouter la version pour choeur ici et son interprétation par une soprano là.

Juste derrière, pour moi, l’oeuvre de Schubert. On se souvient de l’interprétation de Jessye Norman… Saviez-vous qu’elle avait été chantée devant le pape en 1979 par Pavarotti? Et la voici en araméen. Très beau, également…

N’oublions pas Bach, bien sûr! Ni la Callas…

Et, pour les adeptes de chants grégoriens, il en existe aussi toute une variété : ici ou là, par exemple.

J’espère que vous éprouverez autant d’émotion que moi en écoutant tous ces airs, et les autres que vous trouverez sur le net ou ailleurs (revenez à l’affiche, cela vous donnera des idées…).

Le chant de la Terre

Je dois avouer que parfois je suis complètement stupide… Ceci en est un exemple. J’avais envie de voir un spectacle de danse… Et l’affiche du Châtelet m’a inspirée… Places prises. Trajet vers le théâtre difficile en ce jour de grève. Mais m’y voici. Ravie, car je ne suis jamais retournée en ces lieux depuis… Hair, version initiale, vue du poulailler car, en tant qu’étudiante, je n’avais pas assez pour me payer autre chose. Et encore, c’était une folie!

Cette fois, fauteuil d’orchestre. Scène noire. Fumerolles. Empilement de branchages comme pour un feu.

Un homme, tout de noir vêtu, arrive sur scène. Et commence à chanter. En allemand, bien sûr, puisque c’est une oeuvre de Mahler. Malheureusement, traduite en français et en anglais sur des écrans bien visibles. Pourquoi « malheureusement »? Parce que cela distrait, d’abord. Mais c’est toujours le cas. Ce qui est plus rare, c’est de constater autant de divergences entre les deux traductions. Au point que, parfois, il n’y avait presque aucun rapport entre les deux phrases. Et pire : aucune ne traduisait vraiment les paroles en langue germanique (que je comprends vaguement).

La première moitié du spectacle m’a laissée peu enthousiaste. Je n’ai pas aimé les deux grands rideaux qui s’abaissaient et se levaient. Aucune esthétique, et cela me gênait. J’ai eu du mal à comprendre l’enchaînement des lieder, n’y trouvant aucune logique.

Par contre, la voix de la chanteuse m’a entraînée dans des émotions puissantes et des songes prenants. D’autant que cela s’accompagnait de déplacements gracieux sur la scène, dont le noir désormais jouait avec le blanc trouble des fumerolles ou le blanc pur de flocons de neige artificielle. Pas une danse. Mais presque…

Christina Daleska (alto) et Maximilian Schmitt (tenor)

Les recherches que j’ai effectuées concernant la chanteuse m’ont amenée à me questionner : pour certains, elle est « alto », pour d’autres, « soprano », voire « mezzo-soprano ». Je ne suis pas parvenue à y voir plus clair, mais les extraits écoutés sur Internet font entendre effectivement une variété de tessiture.

Au centre, le chef d’orchestre Emilio Pomarico, qui dirigeait l’ensemble Klangforum Wien

Avec toute l’équipe du spectacle

Le spectacle n’est pas en ligne à l’heure où j’écris ces mots, mais vous pourrez en entendre une autre version sur ce site ou une version plus ancienne sur celui-ci. Pour comprendre l’oeuvre, voici une explication claire et intéressante de celle que l’on considère comme l’oeuvre testamentaire de Gustav Mahler, avec un entretien de Reinhert de Leeuw, qui a composé la version musique de chambre de l’oeuvre, quelques jours avant sa mort, mais qui survivra « éternellement » comme son prédécesseur, grâce à cette oeuvre sublimant la mort…

« Ewig… Ewig.. »

« « Ewig » (« pour toujours ») qui est  répété plusieurs fois, est une sorte de mantra, accompagné d’accords soutenus par l’orchestre, qui comprend la mandoline,  les  harpes et le célesta. L’accord final, disait Benjamin Britten, laisse une impression désespérée de déchirement où la musique se perd dans le silence. »

Une autre explication, écrite celle-ci, met en lien l’oeuvre avec les poèmes chinois qui l’ont inspirée. J’y ai découvert que ce que j’avais préféré est le sixième morceau, « Der Abschied » (« Le Départ »).

Gennaro Villani

Comme mes fidèles lecteurs et lectrices le savent, j’aime à suivre le blog « Un jour un tableau »… et, dès que j’ai un peu de temps, je vagabonde à loisirs parmi les oeuvres dénichées par son auteur, et prends du plaisir à en découvrir qui me plaisent particulièrement.
Ce fut le cas cette nuit, avec ce tableau.

Je n’ai pas été la seule à l’apprécier, car, mis en ligne voici seulement trois jours, il compte déjà 306 « j’aime » ou « j’adore »!

J’ai immédiatement plongé sur le net, pour rechercher ce que l’artiste avait créé comme autres oeuvres. Et je n’ai pas été déçue… D’où mon envie de partager avec vous ce jour cette découverte.

Un article lui est consacré sur Wikipedia (oui, je sais, non reconnu scientifiquement!). Ce Napolitain, disparu en 1948, a vécu 63 ans essentiellement en Italie, où il a aussi enseigné. Inspiré par les Fauves, il a produit des oeuvres variées, paysages, instantanés de la vie, (auto-) portraits… Et je dois dire que j’ai été fascinées par certaines d’entre elles. Pas question de vous les montrer toutes, mais en voici un petit florilège…

On voit beaucoup de ses oeuvres en ligne, je vous laisse donc les découvrir. Si toutefois vous souhaitez accéder directement à des diaporamas, vous en trouverez sur la page Facebook qui porte son nom, et sur You Tube, par exemple ici, avec une belle chanson italienne… Le détail d’un pastel sur cette vidéo. Une sélection d’oeuvres sur celle-ci, très riche à mon sens.

Sur Facebook, une page consacrée aux oeuvres introuvables (« rubati » = volées) présente des tableaux admirables ou étonnants, je vous conseille d’y jeter un oeil.

L’Institut Français de Naples avait consacré une exposition à sa période  » à Paris ».La présentation d’une exposition qui lui est consacrée, mais la personne interviewée, hélas, parle trop vite…

J’ai préféré de beaucoup cet entretien avec Ena Villani. Il avait peint sa fille, toute petite… Celle-ci est devenue peintre et poète.

Je ne voudrais pas finir sans un clin d’oeil à l’auteur du blog qui fut à l’origine de cet article…

Lavandaie in fiume

Les lavandières… On les retrouve! A la même époque environ, un autre peintre, Giovanni Ciuza Romagna, les représente d’une tout autre manière…

… Mais c’est une autre histoire, qu’on pourrait aussi poursuivre sur la page FaceBook consacrée à Pavie, Pavia FanPage, qui montre des photos des années 30 et cite le poète Dario Morani.

Marièta dal Burgh (Dario Morani)

I pàch, quand i sbàtan, sa sentan luntan,

in dia nebia dal temp diventan bacan.

Marièta l’e là cun scàgn e caplina,

la prima a rivà da prima matina.

I bràs e ‘l facin culur adls tèra

culur sensa su, culur lavandèra.

In riva dal Burgh la gheva la cà

Cun for’ una glicin, la vid canadà.

L’à fai l’infermiera, l’e stàia a servì

ma le ghe piasù fa cal maste li.

E Paride, bel me’l Deus dal Fium,

l’a stramudà ‘d riva’parer ad nisun.

Dadchì ian furmà famiglia e fiulin,

un po’ da furtuna’ glà daja’l Tesin.

I pàch chi sbatevan rivevan luntan

d’in mes adla nebia, ciucà me campàn

chi sunan a l’ura ad l’Ave Maria

e pòrtan al cor dla gran nustalgia.

Mais c’est une autre histoire… restons à Villani pour terminer, n’est-ce pas? Une énigme pour finir, donc. Situez cette boutique pour le moins polyvalente?

Découverte d’une chapelle « moderne »

Un concert violon et orgue, voilà qui est suffisamment rare pour que cela donne envie d’y assister. Quand, de plus, il a lieu dans une chapelle de Paris dont vous n’avez jamais entendu parler… c’est encore plus alléchant!

L’Agneau de Dieu, qui a donné son nom à la Chapelle

C’est ainsi que j’ai pu découvrir un espace parisien nouveau pour moi – alors qu’il n’en est pas loin!- et que j’ai entendu de beaux, voire très beaux morceaux, interprétés par un violoniste aguerri, Dominique Hofer, et un très jeune organiste, Jules Troivaux.

En préparant cet article, j’ai cherché à en découvrir davantage sur eux, et ai ainsi appris que Jules était le neveu du violoniste, et le fils d’une pianiste, Frédérique Troivaux. Il a d’ailleurs commencé par le piano avant d’en venir au violon.

Le programme était varié, allant de Bach à Vivaldi et Charpentier, en passant par des compositeurs moins célèbres, comme Corelli et Vitali, et alliant concerti, sonates, partita, et même une chaconne. Vous ne savez pas ce que c’est? Rassurez-vous, je l’ignorais aussi avant de m’enquérir, a posteriori, du sens de ce mot. Si je vous dis qu’elle se rapproche de la passacaille, je suppose que cela ne vous aidera pas beaucoup?

« En Espagne au xvie siècle, danse populaire à trois temps très animée ; elle s’accompagne avec des castagnettes et revêt alors un certain caractère érotique. On la dit originaire du Mexique, mais il semble que ce soit au Portugal qu’apparaissent, dans le genre ostinato, le passo forçado et les danses dérivées : la folia, le vil ao et la chacota qui précèdent la chacona espagnole. À l’époque baroque, c’est une danse de cour à 3/4, à tempo lent, avec variations contrapuntiques sur un ostinato de quatre ou huit mesures, en une phrase complète mélodico-harmonique (anacrouse-apex-désinence). La basse contrainte dans la chaconne instrumentale apparaît en Italie avec Frescobaldi, B. Pasquini, F. Mannelli et T. Merula. On peut en rapprocher le ground des Anglais. Elle est composée pour elle-même ou s’intègre dans une suite ou une partita. Elle figure dans les ballets de Louis XIII, les opéras de Lully. Vocale (chez Monteverdi, Purcell) ou instrumentale (Couperin, Pachelbel, Élisabeth Jacquet de La Guerre, Muffat, Corelli), elle connaît une grande vogue. Sa structure permit aux génies de la variation de s’épanouir : de Buxtehude (chaconnes majestueuses pour orgue) à Krenek et Busoni, en passant par Bach (chaconne pour violon), Rameau (Dardanus), Beethoven (Variations en ut mineur), Brahms (IVe Symphonie). On la rapproche de la passacaille avec laquelle elle se confond parfois. » (Encyclopedia Universalis)

En l’occurrence, il s’agissait d’une chaconne, en sol mineur, de Tommaso Vitalli.

Un morceau m’a particulièrement émue : un adagio d’Alessandro Marcello, annoncé comme extrait d’un concerto pour hautbois. J’aurais aimé vous le faire entendre, mais je ne sais comment le retrouver. Si vous avez des idées?

Quant au lieu, il est surprenant et émouvant, lui aussi. Imaginez une place quasi-déserte, ouverte sur la nouvelle façade nord de la gare de Lyon, toute en baie vitrée, et fermée au nord par des immeubles « bétonnés ».

Dans l’un de ceux-ci, une chapelle, invisible de l’extérieur : aucun signe autre qu’une croix et le nom sur les murs. A l’intérieur, beaucoup de sobriété aussi, mais une ambiance très sereine, propice à l’écoute de la musique proposée.

Bref, une belle alliance pour échapper au brouhaha du Monde Profane.

Dystopia

Un fond de scène vert. Trois téléviseurs : deux petits à droite et à gauche de la scène, un plus grand au-dessus.

Et la salle du Théâtre du Rond-Point en partie remplie de jeunes collégien-ne-s et lycéen-ne-s…

A quoi vais-je assister? Je ne le sais pas vraiment. J’avais « raté » le précédent spectacle « Un poyo rojo », dont l’annonce m’avait alléchée. Et lorsque j’ai découvert l’annonce de celui-ci, qui reprend le titre avec mot-dièse 2 (pour celles et ceux qui l’ignorent, on ne doit plus utiliser « haschtag » depuis 2013, année où le mot a été officiellement – car l’annonce est publiée dans le Journal Officiel – traduit par « mot-dièse »). D’où la décision un peu précipitée d’aller voir ce spectacle.

Il commence.

Deux silhouettes se découpent sur ce fond vert. Superbes corps noirs évoluant gracieusement, mis en valeur par ce fond.

Et peu à peu suscitent le rire. Puis le fou-rire. Ce qui n’empêche pas de continuer à admirer leur danse. Hommes? Femmes? L’ambiguïté subsiste, jusqu’à ce que l’on découvre deux barbes bien évidentes.

Ce jeu sur les codes de genre subsistera quasiment tout au long du spectacle. Car c’est l’un des thèmes abordés par les deux artistes très engagés.

Les écrans s’allument. Apparaissent deux speakerines. Tout aussi barbues. Elles commencent à dialoguer avec les artistes sur scène, en forçant le trait sur les stéréotypes de la féminité stupide. Puis leur demandent de danser. Ils s’exécutent. Une danse moins aboutie que précédemment. Ce que soulignent les deux autres. Jusqu’au moment où l’on comprend qu’il manque un fond d’images filmées. Oubli réparé. La danse prend alors un tout autre sens.

J’ai beaucoup aimé ces deux premières parties. Un vrai régal. Et j’ai vraiment beaucoup ri aussi.

La suite m’a moins plu. Trop de discours. Un comique de répétition, jouant sur les effets et les filtres – j’ai dû chercher sur le net pour écrire cette phrase, car je ne savais pas comment s’appelait le fait de jouer sur les selfies, en les « détachant » du contexte et en leur ajoutant des accessoires divers! Un comique de répétition, disais-je. Beaucoup trop long à mon goût. Et un discours militant intéressant, certes, mais convenu. Dommage…

A voir cependant, car cela « décoiffe » (pour en avoir une idée, regardez le « teaser »), et, je le redis, les deux premières parties sont hilarantes. Cela fait du bien, à 18h30, après une journée de travail, pluvieuse qui plus est…

Une belle course

Envie de me distraire… Pourquoi pas un petit ciné en cette fin de semaine ? Un de ces films dont on a un peu honte de les avoir vus, vous voyez le genre? Un Dany Boon / Line Renaud, par exemple… Pas intello pour deux sous, qualité esthétique non avérée, scénario simplissime, etc. Mais j’avais besoin de rire un peu, de choses simplissimes, justement.

Erreur grave! J’aurais mieux fait de regarder avant quelques critiques. Car tout y est de ce que je viens de dire… sauf le rire… Enfin, pas jaune…

Mélodramatique à souhait, scénario convenu comme ce n’est pas imaginable, avec la fin attendue… Et même des invraisemblances dans les parcours au sein des voies parisiennes, qu’elles soient ou non sur berges… Tournage d’ailleurs fait sans mettre une roue de la voiture dans lesdites voies…

« Un dispositif totalement immersif. « Nous avons installé des écrans 4K avec une définition de dingue en forme de “L” autour du taxi en studio, sur lesquels nous avons diffusé pendant le tournage tout le trajet qu’emprunte le taxi. Trajet que nous avions filmé avant sous tous les angles et tous les axes grâce à un camion plateforme avec de multiples caméras… Cela concerne même le ciel car nous avions un autre écran, celui-là face au véhicule, qui nous ramenait de la lumière sur le pare-brise et ramenait de la vie à l’intérieur de l’habitacle…« , explique le réalisateur. » (source)

Et qui plus est, une déprime assurée à la sortie, si on est un peu fragilisé par des deuils récents ou des maladies rampantes!

Vous l’aurez compris, je ne vous encourage pas vraiment à aller voir ce film, qui recèle tout ce que l’on peut craindre ou fuir… Sauf les beaux yeux bleus de l’actrice… Le comble de la coquetterie : elle a deux ans de plus (94 vs 92) que le personnage qu’elle incarne!

Héroïnes romantiques

Quand Girodet « illustre » Chateaubriand : Atala (1808)…

Je vous ai parlé hier du jardin du Musée de la Vie Romantique, mais ne vous ai point entraîné-e-s au sein de celui-ci. Une exposition y a lieu jusqu’à la fin de ce mois, intitulée « Héroïnes romantiques ».

… et quand Léopold Burthe revisite Shakespeare en dénudant Ophélie (1852)… au fait, suicide ou meurtre?

Je m’étais demandé, en voyant l’affiche, ce que recouvrait le terme « héroïne ». Et j’avais raison. Les différentes acceptions du mot sont effectivement exploitées, et c’est cela qui m’a quelque peu dérangée. Je ne m’en rends compte qu’en écrivant ces lignes. J’éprouvais un certain malaise en parcourant les quelques salles (le musée est petit…), malaise intellectuel que je ne m’expliquais pas. Je vais essayer de me faire comprendre.

Une autre vision de Cléopâtre !

Comment peut-on « mettre dans le même sac » (celles et ceux qui ont eu à subir les « maths modernes » avec « étiquettes » saisiront l’allusion, les autres peuvent deviner) une parricide, une jeune fille amoureuse d’un homme d’église, une guerrière et une poétesse? Comment peut-on placer sur le même plan des personnages de fiction, héroïnes de la littérature ou personnages mythologiques, et des êtres humains aussi divers que des reines au triste destin, des militantes, des meurtrières, et des artistes, dont certaines ayant incarné des personnages des autres catégories?

On commence par Sapho et Marie Stuart (si, si, dans la même pièce)…

Les revendications féministes ne sont pas loin non plus, sans que ne soit analysé le lien – ou questionnée l’absence de liens – avec le romantisme. Pas plus que celui-ci n’est explicité pour des visiteurs/euses qui souhaiteraient mieux en saisir toutes les facettes.

… pour finir par les danseuses, chanteuses et comédiennes…

Et je ne suis pas bien certaine que Madame de Staël aurait apprécié d’être en certaines compagnies ici présentes…

Cela n’enlève rien au « plaisir des yeux » et à l’émotion parfois ressentie devant les oeuvres exposées. Je ne vais pas toutes les présenter, et j’ai choisi deux d’entre elles qui m’ont interpellée pour des raisons, vous allez le voir, extrêmement différentes.

La première est une sculpture de Marie d’Orléans, datant de 1834.

Qui est ici « héroïne »? Les personnages de la littérature qui sont représentées (Desdémone, Juliette, Virginie et Atala)? Les anges classés – pardon, classées – dans le genre féminin par l’artiste? La femme aimée que cherche le poète depuis son tombeau? Rachel, qui aima tant Ahasverus selon le récit de Quinet (en ligne ici)? Ou l’artiste elle-même réalisant cette oeuvre empreinte de douceur et de pureté? Marie d’Orléans est morte si jeune aussi, emportée à 26 ans par la tuberculose après un mariage peu heureux, et sans avoir vu grandir le fils qu’elle venait de mettre au monde…

La seconde n’est pas vraiment une oeuvre, c’est l’histoire d’une jeune femme, morte elle aussi très jeune, à 22 ans. Mais pas de maladie. Elle a été exécutée en 1599. Pour avoir tué son père, qui aurait abusé de sa mère, de son frère et s’apprêtait à en faire de même avec elle. Une triste histoire dont j’ignorais tout jusqu’alors. Elle s’appelait Béatrice Cenci.

La Femme au Turban blanc, Ginevra Cantofoli, vers 1650 (reconnue comme Beatrice Cenci

Et quelle émotion devant la magnifique photographie de May Prinsep par Julia Margaret Cameron !

Study of Beatrice Cenci, Julia Margaret Cameron, 1866 (source)