Joies de la nature

Au-delà du canotage et de la voile, la nature offre d’autres plaisirs à Gustave, qui aime notamment jardiner. Avec passion et avec soin. Car ce perfectionniste ne fait rien sans rigueur… Dans l’exposition, davantage tournée vers la vie urbaine comme vous le découvrirez par la suite, peu de tableaux représentant cette nature, domestiquée ou non. Mais on découvre d’une part le peintre qui aime à représenter des promeneurs, solitaires ou non, et d’autre part le jardinier prenant soin de ses plantations.

Cela commence dès la maison de Yerres, que voici représentée avec des soldats, donc à l’époque où Martial Caillebotte père était encore en activité. Et cela se poursuit à l’autre extrêmité de l’Ile de France, sur les bords de Seine, à Gennevilliers où on le voit travailler dans le jardin et la serre y attenant, ou se promener avec ses amis humains et canins.

Les paysages sont toujours peuplés de promeneurs/euses, quand ce n’est pas de pêcheurs…

Et d’aucuns font la sieste, tandis que d’autres soignent les rosiers ou s’adonnent à des cultures bien ordonnées…

Voiles sur Seine

Nous avons évoqué hier la passion de Caillebotte pour les canots (et canotiers!). Aujourd’hui nous le retrouvons en bord de Seine (et de mer), mais s’intéressant à un autre type d’embarcations, les voiliers. Il a en effet été parmi les premiers membres du Cercle de la Voile, fondé à Argenteuil en 1858. Si l’histoire de ce cercle vous intéresse, vous la trouverez ici.

Comme il l’avait fait pour des canots, il se passionna pour la construction de voiliers, tels que l’Iris (au premier plan sur la photo ci-dessous), Inès et le Roastbeef.

Voici ce qu’en disait un des commentaires d’une exposition précédente, intitulée « Dans l’intimité des frères Caillebotte » :

« À la fin des années 1870, les frères Caillebotte se lancent dans le yachting, passion qu’ils partageront jusqu’à la mort de Gustave en 1894. Vice-président du Cercle de la voile de Paris dès 1880, Gustave participe avec Martial aux régates d’Argenteuil. Sur des voiliers comme Inès ou Condor, ils s’illustrent en obtenant souvent les premiers prix (Régates à Argenteuil, Bateaux à Argenteuil). Leur propriété du Petit Gennevilliers, située en bord de Seine, devient par ailleurs le siège des activités du Cercle de la voile de Paris (La Berge du Petit Gennevilliers et la Seine).

Qualifié par le journal Le Yacht d’ « amateur d’Argenteuil de grande compétence » en 1881, Gustave Caillebotte commence à concevoir lui-même les plans de ses bateaux (Gustave Caillebotte travaillant à un plan de bateau). Le plus célèbre d’entre eux est le Roastbeef que Martial photographie en chantier (Le Roastbeef à sa sortie du chantier) avant ses brillants débuts sur le bassin d’Argenteuil en 1892. De la conception à la navigation, les frères Caillebotte suivent attentivement le parcours technique de leurs voiliers »

Et il arrive que l’on navigue et régate en mer, comme ici en Normandie…

L’architecte, le navigateur et l’administrateur du Cercle de Voile n’oublie pas pour autant qu’il est peintre. La série « voiliers » de l’exposition m’a séduite.

Contrairement aux tableaux consacrés aux canots, on ne distingue pas bien les corps ni les têtes des navigateurs, qui restent dans un flou subtil…

… à une exception près…

Peindre les hommes… Sur l’eau, les canotiers

A l’époque de Caillebotte (mais pas seulement!), les artistes ont beaucoup créé autour des femmes, voire de La Femme. Aussi est-ce assez inhabituel de trouver une collection de tableaux en hommage à la beauté des hommes, voire, parfois, à la virilité. C’est pourtant l’impression la plus puissante que j’ai eue en visitant cette semaine l’exposition organisée par le Musée d’Orsay. A vrai dire, en plaçant l’affiche en tête de cet article, je me suis aperçue que j’avais mal interprété le sous-titre « Peindre les hommes », en raison de la stupidité de notre langue – par ailleurs si belle – qui confond en un seul mot le genre humain et l’homme en tant que catégorie sexuée et/ou de genre…

Impossible de prendre des places sur le net, qui annonce « complet » jusqu’à la fin. Heureusement, la Carte Blanche permet d’entrer, et, qui plus est, d’entrer avant les autres, dès 9 heures du matin. D’où une stratégie qui me conduit désormais à entrer tôt, et commencer… par la fin. Cela permet de voir des salles désertes, et d’apprécier au mieux les oeuvres. Je l’avais déjà fait pour l’expo Van Gogh… J’ai recommencé. Et je dois dire que voir les trois dernières salles dans ces conditions fut un vrai bonheur. D’autant qu’elles sont consacrées aux bateaux et aux jardins… Je me promenais avec le peintre, et admirais la nature, l’eau, les voiles… et les « hommes », avec une béatitude extrême! Les teintes claires, vert, bleu et blanc, de ces salles les « aèrent » et l’on imagine le souffle de la brise et le bruissement des feuillages. C’est donc par ces salles, les dernières en réalité, que je vais vous introduire dans cette belle exposition.

Laissons-nous donc glisser sur l’onde…

Entendez-vous le rythme des pagaies fendant l’eau?

C’est l’occasion de saisir le mouvement, de mettre en évidence la force musculaire et la puissance des mains…

A cette époque de sa vie, il résidait à Gennevilliers, et sa maison bénéficiait d’un ponton.

Passionné par les canots, il en concevait lui-même, comme on peut le voir en visitant une autre de ses demeures, à Yerres, ou sur cette photo.

Le Musée d’Orsay consacre, lui, une vitrine à son activité au sein d’un Club. Mais comme il s’agit de voile, je vous en parlerai dans un prochain article…

Naviguons-nous parmi les Fous?

Mes fidèles lecteurs l’ont constaté : ce blog se fait rare, et, après un long silence depuis l’été, sa reprise a été interrompue par un nouveau mutisme… que je romps aujourd’hui, car l’un de vous s’est manifesté pour me parler de son intérêt envers les derniers articles. Cela me donne le courage de reprendre… Et donc de vous proposer ce qui sera le quatrième article sur cette exposition, qui se poursuivait sur les « fous » d’hier et d’aujourd’hui, en se terminant par un tableau dont j’ai eu bien du mal à reconnaître l’auteur… ce sera l’énigme du jour…

Mais revenons au sujet du jour : le Fou du Roi…

Les joueurs/euses d’échec, parmi vous, le savent bien : le fou est situé près du roi, comme la reine. C’est dire la place qu’il occupait dans une cour royale… Imaginez-vous à la place des nobles et monarques au Moyen-Age. C’est l’hiver, il fait froid, on ne chasse plus, on est enfermé dans des châteaux tous plus sinistres les uns que les autres malgré les cheminées et les tentures… On a beau festoyer et lutiner parfois, convoquer des musiciens, trouvères et troubadours pour se distraire, on s’ennuie quand même parfois. Alors, avoir un « boute-en-train » à demeure, pourquoi pas? L’idée fait son chemin, et ces « fous » qui étaient jusque là dehors, et pour lesquels existaient une fête et des élections (comme celle de Quasimodo), commencent à pénétrer et à s’installer dans les demeures royales. Leur rôle va évoluer au cours du temps, et ils deviendront parfois des « Sages » déguisés en « Bouffons »…

L’exposition ne pouvait pas les ignorer, et elle leur fait une large place, dans deux salles qui leur sont consacrées. Une autre salle m’a intéressée. Elle est consacrée au Carnaval de Nüremberg. Et l’on y retrouve la Nef des Fous, dans une version… sur roue… Une thématique que l’on retrouve régulièrement dans le défilé, comme vous pourrez le constater à partir des images suivantes, accompagnées des années concernées…

Excusez la mauvaise qualité des photos, mais je voulais vous montrer les variations d’un char sur un même thème! A quoi fait-il référence? A un théologien de cette époque, dont les écrits sont quelque peu tombés dans l’oubli, mais pas ceux qu’il a fait publier, comme le De Revolutionolibus orbium de Nicolas Copernic, en 1543.

Andreas Osiander (1498-1552) a été un acteur important de la Réforme, notamment pour la ville de Nüremberg. Une anecdote en passant : comme il était devenu ami avec Thomas Crammer, c’est sa nièce qu’a épousé celui-ci, dont le nom ne vous dit peut-être rien? Mais si je vous dis « Archevêque de Canterbury », cela vous parle davantage?

L’autre personnage représenté sur ces chars carnavalesques n’est autre que l’auteur de la Nef des Fous, Sébastien Brant. Si vous n’avez pas lu cet ouvrage, précipitez-vous! Il n’est absolument pas démodé, malgré ses 530 ans…

Et la satire des travers des Humains est irrévérencieuse au possible! Vous pourrez en entendre un extrait, si vous vous rendez au Louvre, ainsi qu’un autre texte enregistré, l’Eloge de la Folie, d’Erasme.

Ce qui me conduit tout naturellement à l’un de mes peintres préférés, Jérôme Bosch, qui ne pouvait pas ne pas être présent dans une telle exposition (oh la belle litote! rires…)

Il est temps maintenant de quitter l’Univers des Fous… ou d’y revenir? Auparavant, un petit florilège de représentations de « Fous » qui m’ont frappée, amusée, intéressée, et que je souhaite partager avec vous.

Et je ne voudrais pas terminer sans un clin d’oeil pour « boucler » avec la cornemuse…

Fou d’Amour ou Amour fou?

Dans ce troisième épisode concernant l’exposition du Louvre, nous allons parler d’amour. Enfin, continuer à parler, car nous avons déjà rencontré l’amour de Dieu avec Saint François d’Assises, le désir amoureux avec Aristote… Nous en arrivons maintenant à l’érotisme, limite pornographie. Cela commence avec des satires de l’amour courtois. Le fou s’interpose entre les représentants des deux sexes… Mais il symbolise avant tout le plaisir physique, du désir à l’orgasme.

On en arrive ainsi à la gravure qui suit, où le fou se cache dans l’angle droit, tandis qu’une fontaine représente le Manneken-Pis de l’époque.

C’est ainsi qu’on le voit passer, cornemuse au dos, devant la porte où des couples font ripaille… voire plus…

Habituellement, ce sont les sirènes qui attirent par leur chant… Ici, c’est le fou qui attire par sa musique…

Et je ne commenterai pas les images qui suivent!

Une expo de ouf (2 bis)

Je vous avais promis de vous donner la solution… La voici donc : il s’agit d’un philosophe de l’Antiquité Grecque, que d’aucun-e-s (comme moi) avaient tendance à considérer comme un « Sage »… Aristote! Eh oui… Alors, comment se fait-il qu’on le trouve représenté en si fâcheuse posture?
A l’origine, de violents débats autour de la philosophie, dans la Sorbonne médiévale (mais pas seulement!). Il a été victime des controverses entre l’Eglise et la Science. Dans un tel cas, les partis cherchent à nuire aux personnes qui leur sont opposées. De nos jours, c’est plutôt aux vivant-e-s. Mais à cette époque, aucun problème pour attaquer les mort-e-s, donc Aristote.

Qu’avait-il donc fait qui lui a valu un tel traitement artistique? Tout simplement d’avoir été amoureux de la maîtresse d’Alexandre le Grand, Phyllis. Les trouvères ou troubadours se saisirent de l’histoire, et ainsi naquit le Lai d’Aristote.

Moi qui faillit devenir médiéviste et qui suis fan des Lais de Marie de France, je dois bien avouer que je ne connaissais pas ce lai. Je ne résiste donc pas à l’envie de vous le livrer tout entier, ce qui vous permettra de méditer cette nuit…

Aristote, qui avait pour élève Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.), reprochait à ce dernier de se laisser déconcentrer de ses royales fonctions par la courtisane Phyllis dont il était éperdument amoureux. Obéissant, le brave roi de Macédoine cesse donc de fréquenter la donzelle et s’en retourne traiter les affaires de l’État. Apprenant les raisons de son abandon, la gourgandine décide de se venger du vieux philosophe et tente de le séduire en se pavanant sous ses fenêtres en tenue légère. Notre Stagirite tombe sous le charme ! Phyllis annonce alors au sage que s’il veut la posséder, il devra d’abord se livrer à un petit caprice et, sellé et bridé, se laisser chevaucher par la belle. L’éminent barbu accepte ce jeu sans se douter du tour qu’on est en train de lui jouer. En selle et hue ! voilà Phyllis qui se promène à dos d’Aristote dans les jardins du roi, le fouettant pour le faire avancer. Alexandre du sommet de sa tour, assiste à cette scène accablante. Amusé, il reproche tout de même à son maître de n’avoir point de raison et d’avoir cédé au jeu de la tentation. Le philosophe est bien contraint d’admettre qu’il n’a su résister à son désir, mais profite de la situation pour donner la leçon à son pupille : si même le sage succombe, que de précautions doit prendre le jeune et fougueux Alexandre pour ne pas se laisser prendre aux pièges de la séduction. Comme le dit Aristote : «Veritez est, et ge le di, / Qu’amor vaint tout et tout vaincra / Tant com cis siecles durera » (Lai d’Aristote version de M. Delbouille, v. 577-579).

Au fait, nouvelle énigme : qu’est-ce donc qu’un Stagirite?

Une expo de ouf!

Le Musée du Louvre présente régulièrement des expositions très intéressantes. Il me tardait d’aller voir celle qui est consacrée au « Fou », qu’il soit ou non dans la nef…

La figure du Fou est abordée sous des angles très variés, et je dois bien avouer que je n’ai pas porté le même intérêt aux divers thèmes, en « mauvaise élève » que je suis. Je me propose donc de vous présenter brièvement ceux qui m’ont le plus intéressée, et délaisserai donc – je vous prie de m’en excuser – une partie de l’exposition.

Point de départ : le Moyen Age

Mais avant cela, première statue, première surprise : je ne sais pourquoi, mais je n’ai jamais associé la cornemuse (ni le biniou!) au Fou, tel qu’on peut le voir à l’entrée de l’exposition.

Je n’apporterai pas ici d’explication, car nous retrouverons cet instrument dans une autre salle, et je vous en parlerai alors plus en détail…

Il n’est pas question non plus que je synthétise tous les discours exposant en détail les innombrables contenus explicatifs. Pour cette période, sachez simplement que j’ai essentiellement retenu qu’était considéré comme « fou » celui ou celle qui s’écartait du dogme catholique, soit en reniant Dieu, soit en se comportant étrangement. Je fus ainsi très surprise de rencontrer ici Saint François d’Assise, qui parlait aux oiseaux…

Je me suis littéralement régalée des nombreux manuscrits exposés, avec des enluminures toutes plus fines, élégantes, esthétiques les unes que les autres. Et comme la lettre mise en avant dans ces textes (le D de Dieu) est aussi mon initiale, je ne résiste pas au plaisir de vous en donner deux exemples…

La seconde lettrine (eh oui, c’est le bon terme!) montre le mot entier, en latin : « Deus »

Les représentations du fou sont déjà bien présentes dans ces manuscrits, et j’ai dû en choisir deux parmi leur grand nombre. La première est une vision satirique de l’Eden, Adam dévorant la pomme. Regardez bien au coin inférieur gauche, vous verrez l’orthographe du mot à cette époque : « fol ». C’est celle qui perdurait encore à la Renaissance, souvenez-vous de ce qui était écrit près de la fenêtre de la chambre de François 1er à Chambord : « Souvent femme varie. Bien fol (est) qui s’y fie ».

La seconde montre un des « accessoires » permettant d’identifier le fou : sa « marotte », sceptre de fantaisie, ici tenue par un moine extravagant.

Dans le même espace se côtoient ainsi les dévoyés qui s’éloignaient de la doctrine chrétienne, voire la vilipendaient, celui qui, au contraire, aimait et vénérait tellement Dieu qu’il fut surnommé le « Fou de Dieu », et les Vierges Folles. A leur propos, je me suis rendu compte que je considérais comme acquis qu’il y avait des « vierges folles » et des « vierges sages », mais que j’ignorais totalement ce qu’il en était. Si c’est votre cas, vous allez pouvoir profiter, si cela vous intéresse, de ce que j’ai appris. A savoir qu’il s’agit d’une parabole du Christ rapportée par Saint Mathieu. Comme elle est courte, je vous la cite dans son intégralité.

« « Le royaume des Cieux est comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prennent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux.
Cinq d’entre elles sont insouciantes et cinq sont prévoyantes.
Les insouciantes ont pris leur lampe sans emporter d’huile, tandis que les prévoyantes ont pris des flacons d’huile avec leurs lampes.
Comme l’époux tarde, elles s’endorment.

Au milieu de la nuit on entend un cri :
“Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.”
Alors toutes ces jeunes filles se réveillent et préparent leur lampe.
Les insouciantes demandent aux prévoyantes :
“Donnez-nous un peu de votre huile car nos lampes s’éteignent.”
Les prévoyantes leur répondent :
“Nous n’en aurons pas assez pour nous et pour vous.
Allez plutôt chez les marchands vous en acheter.”
Pendant qu’elles sont parties en acheter, l’époux arrive. Celles qui sont prêtes entrent avec lui dans la salle des noces et on ferme la porte.

Plus tard, les autres jeunes filles arrivent à leur tour et disent :
“Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !”

Et l’époux leur répond :
“Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.”

Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

Je vous laisse méditer, et reviendrai vous conter la suite demain…

Horreur !

Prendre des photos en voiture, ce n’est pas prudent. Prendre des photos en voiture entre le Pont de la Concorde et le Boulevard Saint Germain en pleine circulation, ce l’est encore moins, je suis d’accord avec vous. Mais il est des moments où l’on est tellement saisi par l’Horreur qu’on ne réfléchit pas, et l’on fait n’importe quoi. En l’occurrence, de mauvaises photographies. Juste pour partager la révolte qui nous saisit….

Après des mois où elle était vilamment emmaillotée (et même pas par Christo!), l’Assemblée Nationale venait d’être offerte à nos yeux, toute blanchie. Pas des méfaits de ses membres, certes. Mais sa façade avait retrouvé une nouvelle jeunesse.

Et voici qu’en cette belle journée de printemps, rentrant en voiture chez moi, je découvre d’autres méfaits. Le Sport nous envahit à la télévision, la radio, dans les médias, dans les rues, et même dans les musées. Et voici qu’il vient gâcher l’un des plus beaux points de vue de Paris.

Phidias, Praxitèle et tous leurs collègues, dont l’artiste à qui l’on doit la Venus de Milo, ont dû se retourner dans leur tombe et/ou hurler au-delà du Styx !

Et que dire de ceux qui ont trimé pour que l’esthétique de cette façade!

La Duchesse de Bourbon ne peut reconnaître son palais, c’est normal, mais que penserait-elle de sa décoration?

Soit pour l’élever, comme on le voit sur ce dessin de Jean-Michel Chevotet, en 1764.

Soit pour en faire le « pendant » de l’église de La Madeleine, comme le montre ce projet dessiné par Alexandre Evariste Fragonard (1780-1850)…

La première guerre mondiale empêcha la transformation prévue par Georges Demoget…

… mais il faut dire que les controverses furent nombreuses, autour d’une potentielle transformation de cette façade, qui rappelle – pour certains magnifiquement et pour d’autres outrageusement – le Premier Empire.

Faut-il souhaiter une autre guerre pour que disparaissent les horreurs qui viennent d’apparaître? Car il a bien dû y avoir des controverses aussi, non? Je vous laisse en juger… et ne m’en veuillez pas pour la mauvaise qualité des photos… souvenez-vous, je conduisais…

Il faut dire que la Ville de Paris s’est offert les services d’un artiste dont voici ce qu’il est dit sur le site du CNAP.

« La critique joyeuse et décalée de Laurent Perbos s’exerce sur des champs très divers mais qui touchent aux activités sociales de masse et de divertissement, le tout dans une logique du détournement et dans la recherche d’une distinction inédite quoique dérisoire. Le plus fécond de ses domaines d’intervention est sans conteste le sport. Il s’y adonne à une fiévreuse activité de relookage des objets et, partant, des pratiques ; et ce design improbable donne naissance à des objets plus improbables encore mais qui ne perdent jamais le contact avec la réalité et le contexte dont ils procèdent. Détenir des records dans des activités vierges de toute concurrence est l’une de ses activités favorites (Le plus grand nombre de bonnets mis sur la tête est digne du Guinness Book). »

Que la Maire de la capitale veuille tourner en dérision les Députés de notre nation, on peut comprendre… Mais elle aurait pu au moins épargner ses administré-e-s et donner une meilleure image à voir aux innombrables touristes qui vont se succéder dans les mois à venir…

L’Auberge aveyronnaise

Non, je n’ai pas décidé d’écrire une série sur les restaurants proposant une nourriture saine et robuste, ni sur ceux qui évoquent les belles montagnes auvergnates, du nord au sud… Mais il se trouve que, par deux fois cette semaine, j’ai été invitée à déjeuner dans ce type de restaurant. Donc, en ce jeudi 18 avril, direction Bercy. Pas le ministère, mais un petit restaurant typique niché non loin du beau parc où vont faire la sieste les employé-e-s de celui-ci. Alors que les cadres, visiblement, ont élu domicile au restaurant sus-cité, à en croire par le nombre de « cols blancs » essentiellement mâles qui y déjeunent.

Je connaissais cette auberge, c’est pourquoi j’y ai entraîné mon ami, pour le consoler d’avoir dû « remonter » de son Var tant aimé et d’affronter la froidure de ces journées où l’on n’est pas censé se découvrir d’un fil – d’ailleurs, à vrai dire, on remet plutôt des « petites » (voire des grosses) laines! Et je l’ai retrouvée inchangée. En voici l’histoire telle que narrée sur le site, avec juste quelques erreurs d’orthographe en moins.

« Pour assurer cette relève, Tonton Georges en bon Aveyronnais voulait transmettre sa maison aux gars du pays, trois associés, trois amis, Dorian Alvernhe, Cédric Broussole et moi, Fabien Gayraud, neveu des créateurs.

Tous issus de la région, racines bien ancrées, bercés plats de nos mamans, grand-mère, attachés à pérpétuer nos valeurs gastronomiques et de convivialité, qui font la renommée de notre Auberge Aveyronnaise.

Depuis près de vingt ans, une histoire de passion, d’amitié, une belle histoire comme savent si bien les écrire les Aveyronnais. »

Une jeune serveuse apporte la carte, qui comporte, comme dans nombre de brasseries parisiennes, une liste des « plats du jour », selon les jours de la semaine. Nous sommes jeudi… quelle chance! c’est justement la truffade, un de mes plats préférés! A boire? Du Marcillac, bien sûr. Je ne connais pas l’Estaing, et me suis jurée d’essayer un jour… Mais comme elle m’a dit qu’il était beaucoup plus léger, j’ai pensé qu’il ne « ferait pas le poids » avec une truffade, du jambon d’Auvergne et de la salade.

« À l’ouest de Rodez, au pied de l’Aubrac, Marcillac est la plus importante appellation aveyronnaise, qui a longtemps été la seule à bénéficier de l’AOC. Historiquement liée à l’abbaye de Conques, elle est implantée dans la région naturelle du Vallon de Marcillac, dépression bordée par des régions d’élevage bovin ou ovin. Dans ce piémont du Massif central, les hivers sont rudes, mais les étés se montrent secs et chauds. Le vignoble est implanté sur les coteaux les mieux exposés de vallées encaissées?; généralement très pentus, ces derniers ont souvent été aménagés en terrasses. Le terroir se singularise par ses sols de couleur rouge violacé, riches en oxydes de fer, les rougiers. Cépage principal de l’appellation, le fer-servadou, appelé ici mansois, donne un vin à la fois tannique et très aromatique, d’une grande originalité. » (source)

Mon ami a préféré l’aligot – saucisse, plus aveyronnais, il faut l’avouer. Les deux étaient absolument excellents. Je n’avais jamais mangé une telle truffade : elle était agrémentée d’un délicieux jus de viande.

La bouteille n’a pas suffi… Avec la tarte tatin, une carafe du même vin a dû la compléter! Puis café et, bien sûr, vieille prune. Au départ, un seul verre partagé. Mais il n’a pas suffi, non plus, et, le temps passant, a été aussi complété. D’autant que nous avions noué conversation avec une table voisine, une charmante jeune femme qui nous a expliqué hésiter entre son métier actuel (la restauration) et un nouveau (la décoration intérieure)…

Une très bonne adresse, encore, et des tarifs tout à fait raisonnables, comme vous pourrez le constater sur la carte en ligne. https://auberge-aveyronnaise.paris/. Un excellent moment de gourmandise et de convivialité, un de plus!

La Ferrandaise

Un petit restaurant niché sur le petit bout de la rue de Vaugirard qui relie le jardin du Luxembourg et celui que l’on nommait naguère le Boul’Mich, non loin de l’un des seuls restaurants coopératifs de Paris, l’Indonesia…

Difficile à repérer, tant il est discret. C’est en cherchant sur le net un restaurant renommé pour sa blanquette de veau que je l’ai trouvé. Il venait, disait l’article, de rouvrir après une assez longue fermeture.

Et je n’ai pas regretté ce choix. Imaginez un petit restaurant tout en longueur, cosy, chaleureux, où l’on est accueilli dans un décor rappelant l’Auvergne et ses magnifiques puys.

La Ferrandaise, je croyais que c’était une habitante de Clermont-Ferrand… Que nenni! Ce sont des Clermontoises. Non, une Ferrandaise, c’est une vache…

« Race du Puy de Dôme, la Ferrandaise est une vache très rustique et polyvalente. Élevée dans les parties montagneuses du département, elle se caractérise par sa longévité, sa bonne fécondité, ses qualités maternelles et son aptitude à la marche. C’est une race mixte : elle est aussi bien utilisée dans des systèmes laitiers avec transformation fromagère à la ferme, que dans des systèmes allaitants.

« La Ferrandaise est une race rustique, qui ne craint pas le froid, et n’a pas de problèmes de pieds ou de membres. C’est une marcheuse infatigable qui a beaucoup d’énergie, ce qui la faisait apprécier pour le travail et le parcours en estive.

Le lait de la Ferrandaise est à l’origine de fromages aussi divers que le bleu d’Auvergne, la fourme de Rochefort, le Saint-nectaire ou la fourme d’Ambert. Race laitière de type mixte, elle est encore traite dans un certain nombre d’élevage, qui transforment le plus souvent le lait à la ferme. Elle peut aussi être utilisée en système allaitant : c’est une nourrice parfaite pour obtenir des veaux à croissance élevée, lourds et bien conformés. » (source)

Et c’est bien elle que vous voyez sur les photos ci-dessus! Comme sur cette carte postale ancienne, présentée sur le site de l’association éponyme.

Et vous avez vu ses belles cornes en forme de lyre?

Une carte simple, qui sent bon effectivement les bovidés de cette région, et offre des vins du crû. Alors, blanquette de veau et riz pour les uns, quasi de veau et purée pour les autres, le tout accompagné d’un Châteaugay, vin que mon père, jadis, appréciait presque autant que le vin de Boudes et le Chanturgue, et plus que le Saint-Pourçain.

« Le cahier des charges indique comme cépage principal le gamay et comme cépage accessoire le pinot noir. Le gamay, favori des terres auvergnates, apporte le goût franc du fruit et la structure du vin. Le pinot rajoute de la complexité, de la finesse et de la richesse à ses arômes, et favorise aussi la possibilité d’une garde plus longue.

La couleur du vin de Châteaugay est d’un rubis à la fois profond et vif, qui le différencie de celles des vins de Boudes et Chanturgue, plus sombres. Sa saveur est poivrée, longue en bouche. Les deux forment la signature d’un cru original. Le Châteaugay rouge a des saveurs de fruits rouges, ses tanins sont élégants : c’est généralement un vin souple, facile à boire, dont la légère acidité fait la fraîcheur et l’authenticité. » (source)

J’apprendrai par la suite, en recherchant des informations sur ce vin, qu’il est produit par un ancien rugbyman de Riom, Roland Royet, et son épouse Catherine, qui ont opté pour le bio et sont installés à Ménétrol. Curiosité de ma part : pourquoi Ménétrol et non Châteaugay? En réalité, il n’y a que 7 kms entre les deux…

Au dessert, une tatin avec un petit bol de crème fraîche. Un vrai régal que ce repas.

Quant à l’ambiance… Très vite les relations se nouent d’une table à l’autre. Un couple, table voisine, partage son bonheur de vivre. Une dame, un peu plus loin, nous transporte à Madagascar, où elle élève des chevaux sur 17 hectares. On goûte les vins des uns et des autres, on échange gaiement. Au café, la dame seule nous rejoint. Un moment serein, gai, intéressant. Et chacun-e se promet de revenir. La voisine veut privatiser la cave, qu’elle a visitée et beaucoup appréciée. Je réalise maintenant que j’ai oublié d’aller la voir! Qu’à cela ne tienne, ce sera pour la prochaine fois. Car je n’ai jamais mangé viande si tendre et si bien cuisinée, pour un prix fort raisonnable. Un lieu qui vaut le coup qu’on s’y rende et s’y attarde… Ah! j’allais oublier! Si vous voulez en savoir plus, son site est ici.