Les jeunes restaurateurs/trices ne manquent pas d’idées!

Toutes mes excuses aux fidèles de ce blog, qui est resté muet pendant un long moment… Le temps de commencer à me remettre d’un accident de voiture dont je n’aurais pas dû sortir vivante… Mais je le suis toujours, et me revoici en train de partager avec vous mes découvertes. Certaines sont récentes, d’autres datent « d’avant », mais j’ai voulu les relater quand même…

Pour initier ce renouveau printanier, une trilogie de jeunes qui n’ont pas craint, entre 20 et 30 ans, de se « lancer » dans la restauration, avec des idées intéressantes.

Le premier est le plus « classique ». Je crois en avoir déjà parlé ici, mais il mérite de figurer dans ce groupe. Il gère, avec une toute petite équipe, ce que je nommerais un « bistrot », terme qui relève pour moi de l’affect. Car on s’y sent bien, comme on peut en juger au nombre incroyable d’habitué-e-s qui le fréquentent, pour certaines et certains, quasi quotidiennement. Le midi, on y déjeune pour moins de 20 euros, entrée, plat, dessert. Des plats « comme chez soi », ou des recettes plus recherchées… Mais surtout, il y a un véritable accueil, malgré la quantité de convives pour le déjeuner. Habitant-e-s du quartier, employé-e-s ou ouvriers oeuvrant dans le coin, ou artistes plus ou moins renommé-e-s s’y côtoient dans un joyeux brouhaha. Le soir, c’est apéro pour certains, « after work » pour d’autres, mais là aussi beaucoup de monde se retrouve. Et le jeune patron est toujours là, souriant. Bref, un endroit (d)étonnant sur le Boulevard Saint Germain, où il se situe au numéro 13… Son nom ? Le Relais Fac, à essayer sans hésiter.

Le deuxième l’est aussi par son choix culinaire : une pizzeria. Mais moins par un autre choix: celui de ne faire consommer que français. J’ai découvert cette option en voulant commander un vin italien. Refus catégorique : « Nous n’avons que des vins français ». Mais aussi en parcourant la carte, qui présente une carte de l’origine des garnitures, qu’il s’agisse de légumes, de fromages ou de charcuteries. Mais alors, me direz-vous, est-ce que leurs pizze sont bonnes? Eh bien, c’est la meilleure pâte que j’aie jamais mangé, aussi bien en Italie qu’à Nice ou environs… A la fois pas trop épaisse et extrêmement tendre et « goûteuse »… Et ça marche! On se bouscule dans ce petit restaurant d’Issy-les-Moulineaux, et mieux vaut réserver. Son nom? Le Pizzou. Expliqué sur le site :

« En fait on a voulu dire en un seul mot qu’on faisait de la pizza mais aussi du 100% français. Notre manière à nous de traduire pizza en français Pizzou ça nous paraissait bien résumer notre envie de « Pizza » et de « franchouille ». Un joyeux mélange d’un plat populaire partout dans le monde et de produits glanés dans toute la France.« 

Et ça marche au point qu’ils ont essaimé : 4 restaurants à Paris et proche banlieue. Celui dans lequel j’ai dîné est situé 19 rue Ernest Renan, à Issy-les-Moulineaux. Mais il y en a aussi dans le 12ème, dans le Marais et à Pigalle…

La troisième découverte n’est pas parisienne, mais rennaise. En cherchant un restaurant proche de la gare de Rennes, j’ai été tentée d’essayer celui dont un article du Télégramme (de Brest, pas de Rennes!) disait beaucoup de bien. Car l’idée me semblait un peu folle. Deux jeunes de 24 et 25 ans se lançant dans un restaurant de 100 places, en soignant son aspect cocooning, alors qu’il est situé au pied d’immeubles informes. Et elle et il ont réussi. On se sent bien malgré l’immensité des lieux et un voisinage d’immeubles de bureaux. L’acoustique a été étudiée soigneusement pour étouffer les bruits. Le décor est moderne, mais on est assis-e sur des fauteuils confortables, revêtus d’un doux tissu. Et les tables sont suffisamment éloignées les unes des autres pour que nul n’entende la conversation des autres. La carte propose des plats bretons, mais aussi des recettes classiques revisitées. Ce que j’ai mangé était excellent. Le cocktail aussi. Et des produits visiblement frais. Avec une option « circuit court », comme dans la pizzeria précédemment évoquée. Si donc vous passez par Rennes, allez le découvrir. Monsieur Arthur, 24, Place Raoul Dautry. Et il paraît que ça marche si bien que deux autres restaurants s’ouvrent à Roazon…

Huellas

Sans préméditation aucune, me voici au Théâtre du Rond-Point, en cette soirée de janvier qui s’annonçait terne jusqu’à ce qu’une invitation me parvienne, au tout dernier moment… Je ne sais pas ce que je vais voir, mais je m’y précipite, grâce à un bus qui ne marque que la moitié des arrêts, et une petite marche qui me mène du Pont des Invalides jusqu’à ce théâtre, l’un de mes préférés à Paris… Je découvre, en surfant sur mon Iphone, que le titre est « Huellas »… et, toujours sur le net, que cela signifie « empreintes », « traces »… Le site du théâtre annonce un spectacle hybride, danse et cirque. Pas fana du cirque, je suis un peu inquiète, mais j’y vais…

L’architecture des lieux me plaît toujours autant, et la gentillesse du personnel n’a pas diminué : pas de cocktails à la carte? Pas grave, on me fait le Moscow Mule que je demande, rien que pour moi!

Mais vous ne lisez pas cet article pour que je vous parle de mes goûts… Alors, venons-en au spectacle. Dé-coif-fant! Etonnant! Impressionnant! Je ne trouve pas le mot qui pourrait le mieux le qualifier. Danse, acrobatie, mais aussi musique et chant emportent la spectatrice que je suis dans un véritable tourbillon entrecoupé de silence et d’obscurité. Ce sont aussi eux qui règnent au début. Le public reste coi, plongé dans le noir et, au départ, le silence. Assez long. Soudain rompu par une voix… puis un tambour… Et cela dure pour mon plus grand bonheur. La curiosité s’exacerbe. Un flash… On découvre un corps allongé. Un deuxième. Le corps est comme en suspension. Un troisième. Des sursauts… Le chant s’amplifie, le rythme du tambour s’accélère… Et l’on assiste à des tentatives d’un homme préhistorique, qui essaie de se dresser sur ses deux membres postérieurs…

La suite, je ne vous la raconterai pas, pour ne pas déflorer le thème du spectacle, qui se révèle progressivement, dans une succession de tableaux tous plus saisissants les uns que les autres, avec des rythmes et des figures dont la diversité témoigne de la virtuosité du chorégraphe et des danseurs, mais aussi du musicien et de la chanteuse-musicienne.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé à la fois la musique et la danse, sur une thématique qui nous questionne au plus profond… A voir donc absolument!

Joies de la nature

Au-delà du canotage et de la voile, la nature offre d’autres plaisirs à Gustave, qui aime notamment jardiner. Avec passion et avec soin. Car ce perfectionniste ne fait rien sans rigueur… Dans l’exposition, davantage tournée vers la vie urbaine comme vous le découvrirez par la suite, peu de tableaux représentant cette nature, domestiquée ou non. Mais on découvre d’une part le peintre qui aime à représenter des promeneurs, solitaires ou non, et d’autre part le jardinier prenant soin de ses plantations.

Cela commence dès la maison de Yerres, que voici représentée avec des soldats, donc à l’époque où Martial Caillebotte père était encore en activité. Et cela se poursuit à l’autre extrêmité de l’Ile de France, sur les bords de Seine, à Gennevilliers où on le voit travailler dans le jardin et la serre y attenant, ou se promener avec ses amis humains et canins.

Les paysages sont toujours peuplés de promeneurs/euses, quand ce n’est pas de pêcheurs…

Et d’aucuns font la sieste, tandis que d’autres soignent les rosiers ou s’adonnent à des cultures bien ordonnées…

Voiles sur Seine

Nous avons évoqué hier la passion de Caillebotte pour les canots (et canotiers!). Aujourd’hui nous le retrouvons en bord de Seine (et de mer), mais s’intéressant à un autre type d’embarcations, les voiliers. Il a en effet été parmi les premiers membres du Cercle de la Voile, fondé à Argenteuil en 1858. Si l’histoire de ce cercle vous intéresse, vous la trouverez ici.

Comme il l’avait fait pour des canots, il se passionna pour la construction de voiliers, tels que l’Iris (au premier plan sur la photo ci-dessous), Inès et le Roastbeef.

Voici ce qu’en disait un des commentaires d’une exposition précédente, intitulée « Dans l’intimité des frères Caillebotte » :

« À la fin des années 1870, les frères Caillebotte se lancent dans le yachting, passion qu’ils partageront jusqu’à la mort de Gustave en 1894. Vice-président du Cercle de la voile de Paris dès 1880, Gustave participe avec Martial aux régates d’Argenteuil. Sur des voiliers comme Inès ou Condor, ils s’illustrent en obtenant souvent les premiers prix (Régates à Argenteuil, Bateaux à Argenteuil). Leur propriété du Petit Gennevilliers, située en bord de Seine, devient par ailleurs le siège des activités du Cercle de la voile de Paris (La Berge du Petit Gennevilliers et la Seine).

Qualifié par le journal Le Yacht d’ « amateur d’Argenteuil de grande compétence » en 1881, Gustave Caillebotte commence à concevoir lui-même les plans de ses bateaux (Gustave Caillebotte travaillant à un plan de bateau). Le plus célèbre d’entre eux est le Roastbeef que Martial photographie en chantier (Le Roastbeef à sa sortie du chantier) avant ses brillants débuts sur le bassin d’Argenteuil en 1892. De la conception à la navigation, les frères Caillebotte suivent attentivement le parcours technique de leurs voiliers »

Et il arrive que l’on navigue et régate en mer, comme ici en Normandie…

L’architecte, le navigateur et l’administrateur du Cercle de Voile n’oublie pas pour autant qu’il est peintre. La série « voiliers » de l’exposition m’a séduite.

Contrairement aux tableaux consacrés aux canots, on ne distingue pas bien les corps ni les têtes des navigateurs, qui restent dans un flou subtil…

… à une exception près…

Peindre les hommes… Sur l’eau, les canotiers

A l’époque de Caillebotte (mais pas seulement!), les artistes ont beaucoup créé autour des femmes, voire de La Femme. Aussi est-ce assez inhabituel de trouver une collection de tableaux en hommage à la beauté des hommes, voire, parfois, à la virilité. C’est pourtant l’impression la plus puissante que j’ai eue en visitant cette semaine l’exposition organisée par le Musée d’Orsay. A vrai dire, en plaçant l’affiche en tête de cet article, je me suis aperçue que j’avais mal interprété le sous-titre « Peindre les hommes », en raison de la stupidité de notre langue – par ailleurs si belle – qui confond en un seul mot le genre humain et l’homme en tant que catégorie sexuée et/ou de genre…

Impossible de prendre des places sur le net, qui annonce « complet » jusqu’à la fin. Heureusement, la Carte Blanche permet d’entrer, et, qui plus est, d’entrer avant les autres, dès 9 heures du matin. D’où une stratégie qui me conduit désormais à entrer tôt, et commencer… par la fin. Cela permet de voir des salles désertes, et d’apprécier au mieux les oeuvres. Je l’avais déjà fait pour l’expo Van Gogh… J’ai recommencé. Et je dois dire que voir les trois dernières salles dans ces conditions fut un vrai bonheur. D’autant qu’elles sont consacrées aux bateaux et aux jardins… Je me promenais avec le peintre, et admirais la nature, l’eau, les voiles… et les « hommes », avec une béatitude extrême! Les teintes claires, vert, bleu et blanc, de ces salles les « aèrent » et l’on imagine le souffle de la brise et le bruissement des feuillages. C’est donc par ces salles, les dernières en réalité, que je vais vous introduire dans cette belle exposition.

Laissons-nous donc glisser sur l’onde…

Entendez-vous le rythme des pagaies fendant l’eau?

C’est l’occasion de saisir le mouvement, de mettre en évidence la force musculaire et la puissance des mains…

A cette époque de sa vie, il résidait à Gennevilliers, et sa maison bénéficiait d’un ponton.

Passionné par les canots, il en concevait lui-même, comme on peut le voir en visitant une autre de ses demeures, à Yerres, ou sur cette photo.

Le Musée d’Orsay consacre, lui, une vitrine à son activité au sein d’un Club. Mais comme il s’agit de voile, je vous en parlerai dans un prochain article…

Naviguons-nous parmi les Fous?

Mes fidèles lecteurs l’ont constaté : ce blog se fait rare, et, après un long silence depuis l’été, sa reprise a été interrompue par un nouveau mutisme… que je romps aujourd’hui, car l’un de vous s’est manifesté pour me parler de son intérêt envers les derniers articles. Cela me donne le courage de reprendre… Et donc de vous proposer ce qui sera le quatrième article sur cette exposition, qui se poursuivait sur les « fous » d’hier et d’aujourd’hui, en se terminant par un tableau dont j’ai eu bien du mal à reconnaître l’auteur… ce sera l’énigme du jour…

Mais revenons au sujet du jour : le Fou du Roi…

Les joueurs/euses d’échec, parmi vous, le savent bien : le fou est situé près du roi, comme la reine. C’est dire la place qu’il occupait dans une cour royale… Imaginez-vous à la place des nobles et monarques au Moyen-Age. C’est l’hiver, il fait froid, on ne chasse plus, on est enfermé dans des châteaux tous plus sinistres les uns que les autres malgré les cheminées et les tentures… On a beau festoyer et lutiner parfois, convoquer des musiciens, trouvères et troubadours pour se distraire, on s’ennuie quand même parfois. Alors, avoir un « boute-en-train » à demeure, pourquoi pas? L’idée fait son chemin, et ces « fous » qui étaient jusque là dehors, et pour lesquels existaient une fête et des élections (comme celle de Quasimodo), commencent à pénétrer et à s’installer dans les demeures royales. Leur rôle va évoluer au cours du temps, et ils deviendront parfois des « Sages » déguisés en « Bouffons »…

L’exposition ne pouvait pas les ignorer, et elle leur fait une large place, dans deux salles qui leur sont consacrées. Une autre salle m’a intéressée. Elle est consacrée au Carnaval de Nüremberg. Et l’on y retrouve la Nef des Fous, dans une version… sur roue… Une thématique que l’on retrouve régulièrement dans le défilé, comme vous pourrez le constater à partir des images suivantes, accompagnées des années concernées…

Excusez la mauvaise qualité des photos, mais je voulais vous montrer les variations d’un char sur un même thème! A quoi fait-il référence? A un théologien de cette époque, dont les écrits sont quelque peu tombés dans l’oubli, mais pas ceux qu’il a fait publier, comme le De Revolutionolibus orbium de Nicolas Copernic, en 1543.

Andreas Osiander (1498-1552) a été un acteur important de la Réforme, notamment pour la ville de Nüremberg. Une anecdote en passant : comme il était devenu ami avec Thomas Crammer, c’est sa nièce qu’a épousé celui-ci, dont le nom ne vous dit peut-être rien? Mais si je vous dis « Archevêque de Canterbury », cela vous parle davantage?

L’autre personnage représenté sur ces chars carnavalesques n’est autre que l’auteur de la Nef des Fous, Sébastien Brant. Si vous n’avez pas lu cet ouvrage, précipitez-vous! Il n’est absolument pas démodé, malgré ses 530 ans…

Et la satire des travers des Humains est irrévérencieuse au possible! Vous pourrez en entendre un extrait, si vous vous rendez au Louvre, ainsi qu’un autre texte enregistré, l’Eloge de la Folie, d’Erasme.

Ce qui me conduit tout naturellement à l’un de mes peintres préférés, Jérôme Bosch, qui ne pouvait pas ne pas être présent dans une telle exposition (oh la belle litote! rires…)

Il est temps maintenant de quitter l’Univers des Fous… ou d’y revenir? Auparavant, un petit florilège de représentations de « Fous » qui m’ont frappée, amusée, intéressée, et que je souhaite partager avec vous.

Et je ne voudrais pas terminer sans un clin d’oeil pour « boucler » avec la cornemuse…

Fou d’Amour ou Amour fou?

Dans ce troisième épisode concernant l’exposition du Louvre, nous allons parler d’amour. Enfin, continuer à parler, car nous avons déjà rencontré l’amour de Dieu avec Saint François d’Assises, le désir amoureux avec Aristote… Nous en arrivons maintenant à l’érotisme, limite pornographie. Cela commence avec des satires de l’amour courtois. Le fou s’interpose entre les représentants des deux sexes… Mais il symbolise avant tout le plaisir physique, du désir à l’orgasme.

On en arrive ainsi à la gravure qui suit, où le fou se cache dans l’angle droit, tandis qu’une fontaine représente le Manneken-Pis de l’époque.

C’est ainsi qu’on le voit passer, cornemuse au dos, devant la porte où des couples font ripaille… voire plus…

Habituellement, ce sont les sirènes qui attirent par leur chant… Ici, c’est le fou qui attire par sa musique…

Et je ne commenterai pas les images qui suivent!

Une expo de ouf (2 bis)

Je vous avais promis de vous donner la solution… La voici donc : il s’agit d’un philosophe de l’Antiquité Grecque, que d’aucun-e-s (comme moi) avaient tendance à considérer comme un « Sage »… Aristote! Eh oui… Alors, comment se fait-il qu’on le trouve représenté en si fâcheuse posture?
A l’origine, de violents débats autour de la philosophie, dans la Sorbonne médiévale (mais pas seulement!). Il a été victime des controverses entre l’Eglise et la Science. Dans un tel cas, les partis cherchent à nuire aux personnes qui leur sont opposées. De nos jours, c’est plutôt aux vivant-e-s. Mais à cette époque, aucun problème pour attaquer les mort-e-s, donc Aristote.

Qu’avait-il donc fait qui lui a valu un tel traitement artistique? Tout simplement d’avoir été amoureux de la maîtresse d’Alexandre le Grand, Phyllis. Les trouvères ou troubadours se saisirent de l’histoire, et ainsi naquit le Lai d’Aristote.

Moi qui faillit devenir médiéviste et qui suis fan des Lais de Marie de France, je dois bien avouer que je ne connaissais pas ce lai. Je ne résiste donc pas à l’envie de vous le livrer tout entier, ce qui vous permettra de méditer cette nuit…

Aristote, qui avait pour élève Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.), reprochait à ce dernier de se laisser déconcentrer de ses royales fonctions par la courtisane Phyllis dont il était éperdument amoureux. Obéissant, le brave roi de Macédoine cesse donc de fréquenter la donzelle et s’en retourne traiter les affaires de l’État. Apprenant les raisons de son abandon, la gourgandine décide de se venger du vieux philosophe et tente de le séduire en se pavanant sous ses fenêtres en tenue légère. Notre Stagirite tombe sous le charme ! Phyllis annonce alors au sage que s’il veut la posséder, il devra d’abord se livrer à un petit caprice et, sellé et bridé, se laisser chevaucher par la belle. L’éminent barbu accepte ce jeu sans se douter du tour qu’on est en train de lui jouer. En selle et hue ! voilà Phyllis qui se promène à dos d’Aristote dans les jardins du roi, le fouettant pour le faire avancer. Alexandre du sommet de sa tour, assiste à cette scène accablante. Amusé, il reproche tout de même à son maître de n’avoir point de raison et d’avoir cédé au jeu de la tentation. Le philosophe est bien contraint d’admettre qu’il n’a su résister à son désir, mais profite de la situation pour donner la leçon à son pupille : si même le sage succombe, que de précautions doit prendre le jeune et fougueux Alexandre pour ne pas se laisser prendre aux pièges de la séduction. Comme le dit Aristote : «Veritez est, et ge le di, / Qu’amor vaint tout et tout vaincra / Tant com cis siecles durera » (Lai d’Aristote version de M. Delbouille, v. 577-579).

Au fait, nouvelle énigme : qu’est-ce donc qu’un Stagirite?

Une expo de ouf!

Le Musée du Louvre présente régulièrement des expositions très intéressantes. Il me tardait d’aller voir celle qui est consacrée au « Fou », qu’il soit ou non dans la nef…

La figure du Fou est abordée sous des angles très variés, et je dois bien avouer que je n’ai pas porté le même intérêt aux divers thèmes, en « mauvaise élève » que je suis. Je me propose donc de vous présenter brièvement ceux qui m’ont le plus intéressée, et délaisserai donc – je vous prie de m’en excuser – une partie de l’exposition.

Point de départ : le Moyen Age

Mais avant cela, première statue, première surprise : je ne sais pourquoi, mais je n’ai jamais associé la cornemuse (ni le biniou!) au Fou, tel qu’on peut le voir à l’entrée de l’exposition.

Je n’apporterai pas ici d’explication, car nous retrouverons cet instrument dans une autre salle, et je vous en parlerai alors plus en détail…

Il n’est pas question non plus que je synthétise tous les discours exposant en détail les innombrables contenus explicatifs. Pour cette période, sachez simplement que j’ai essentiellement retenu qu’était considéré comme « fou » celui ou celle qui s’écartait du dogme catholique, soit en reniant Dieu, soit en se comportant étrangement. Je fus ainsi très surprise de rencontrer ici Saint François d’Assise, qui parlait aux oiseaux…

Je me suis littéralement régalée des nombreux manuscrits exposés, avec des enluminures toutes plus fines, élégantes, esthétiques les unes que les autres. Et comme la lettre mise en avant dans ces textes (le D de Dieu) est aussi mon initiale, je ne résiste pas au plaisir de vous en donner deux exemples…

La seconde lettrine (eh oui, c’est le bon terme!) montre le mot entier, en latin : « Deus »

Les représentations du fou sont déjà bien présentes dans ces manuscrits, et j’ai dû en choisir deux parmi leur grand nombre. La première est une vision satirique de l’Eden, Adam dévorant la pomme. Regardez bien au coin inférieur gauche, vous verrez l’orthographe du mot à cette époque : « fol ». C’est celle qui perdurait encore à la Renaissance, souvenez-vous de ce qui était écrit près de la fenêtre de la chambre de François 1er à Chambord : « Souvent femme varie. Bien fol (est) qui s’y fie ».

La seconde montre un des « accessoires » permettant d’identifier le fou : sa « marotte », sceptre de fantaisie, ici tenue par un moine extravagant.

Dans le même espace se côtoient ainsi les dévoyés qui s’éloignaient de la doctrine chrétienne, voire la vilipendaient, celui qui, au contraire, aimait et vénérait tellement Dieu qu’il fut surnommé le « Fou de Dieu », et les Vierges Folles. A leur propos, je me suis rendu compte que je considérais comme acquis qu’il y avait des « vierges folles » et des « vierges sages », mais que j’ignorais totalement ce qu’il en était. Si c’est votre cas, vous allez pouvoir profiter, si cela vous intéresse, de ce que j’ai appris. A savoir qu’il s’agit d’une parabole du Christ rapportée par Saint Mathieu. Comme elle est courte, je vous la cite dans son intégralité.

« « Le royaume des Cieux est comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prennent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux.
Cinq d’entre elles sont insouciantes et cinq sont prévoyantes.
Les insouciantes ont pris leur lampe sans emporter d’huile, tandis que les prévoyantes ont pris des flacons d’huile avec leurs lampes.
Comme l’époux tarde, elles s’endorment.

Au milieu de la nuit on entend un cri :
“Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.”
Alors toutes ces jeunes filles se réveillent et préparent leur lampe.
Les insouciantes demandent aux prévoyantes :
“Donnez-nous un peu de votre huile car nos lampes s’éteignent.”
Les prévoyantes leur répondent :
“Nous n’en aurons pas assez pour nous et pour vous.
Allez plutôt chez les marchands vous en acheter.”
Pendant qu’elles sont parties en acheter, l’époux arrive. Celles qui sont prêtes entrent avec lui dans la salle des noces et on ferme la porte.

Plus tard, les autres jeunes filles arrivent à leur tour et disent :
“Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !”

Et l’époux leur répond :
“Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.”

Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

Je vous laisse méditer, et reviendrai vous conter la suite demain…

Horreur !

Prendre des photos en voiture, ce n’est pas prudent. Prendre des photos en voiture entre le Pont de la Concorde et le Boulevard Saint Germain en pleine circulation, ce l’est encore moins, je suis d’accord avec vous. Mais il est des moments où l’on est tellement saisi par l’Horreur qu’on ne réfléchit pas, et l’on fait n’importe quoi. En l’occurrence, de mauvaises photographies. Juste pour partager la révolte qui nous saisit….

Après des mois où elle était vilamment emmaillotée (et même pas par Christo!), l’Assemblée Nationale venait d’être offerte à nos yeux, toute blanchie. Pas des méfaits de ses membres, certes. Mais sa façade avait retrouvé une nouvelle jeunesse.

Et voici qu’en cette belle journée de printemps, rentrant en voiture chez moi, je découvre d’autres méfaits. Le Sport nous envahit à la télévision, la radio, dans les médias, dans les rues, et même dans les musées. Et voici qu’il vient gâcher l’un des plus beaux points de vue de Paris.

Phidias, Praxitèle et tous leurs collègues, dont l’artiste à qui l’on doit la Venus de Milo, ont dû se retourner dans leur tombe et/ou hurler au-delà du Styx !

Et que dire de ceux qui ont trimé pour que l’esthétique de cette façade!

La Duchesse de Bourbon ne peut reconnaître son palais, c’est normal, mais que penserait-elle de sa décoration?

Soit pour l’élever, comme on le voit sur ce dessin de Jean-Michel Chevotet, en 1764.

Soit pour en faire le « pendant » de l’église de La Madeleine, comme le montre ce projet dessiné par Alexandre Evariste Fragonard (1780-1850)…

La première guerre mondiale empêcha la transformation prévue par Georges Demoget…

… mais il faut dire que les controverses furent nombreuses, autour d’une potentielle transformation de cette façade, qui rappelle – pour certains magnifiquement et pour d’autres outrageusement – le Premier Empire.

Faut-il souhaiter une autre guerre pour que disparaissent les horreurs qui viennent d’apparaître? Car il a bien dû y avoir des controverses aussi, non? Je vous laisse en juger… et ne m’en veuillez pas pour la mauvaise qualité des photos… souvenez-vous, je conduisais…

Il faut dire que la Ville de Paris s’est offert les services d’un artiste dont voici ce qu’il est dit sur le site du CNAP.

« La critique joyeuse et décalée de Laurent Perbos s’exerce sur des champs très divers mais qui touchent aux activités sociales de masse et de divertissement, le tout dans une logique du détournement et dans la recherche d’une distinction inédite quoique dérisoire. Le plus fécond de ses domaines d’intervention est sans conteste le sport. Il s’y adonne à une fiévreuse activité de relookage des objets et, partant, des pratiques ; et ce design improbable donne naissance à des objets plus improbables encore mais qui ne perdent jamais le contact avec la réalité et le contexte dont ils procèdent. Détenir des records dans des activités vierges de toute concurrence est l’une de ses activités favorites (Le plus grand nombre de bonnets mis sur la tête est digne du Guinness Book). »

Que la Maire de la capitale veuille tourner en dérision les Députés de notre nation, on peut comprendre… Mais elle aurait pu au moins épargner ses administré-e-s et donner une meilleure image à voir aux innombrables touristes qui vont se succéder dans les mois à venir…