Vous avez déjà pu voir les femmes proches du jeune Henner… Encore vous ai-je épargné le sinistre tableau représentant sa mère au chevet de l’enfant défunte… Vous avez vu aussi l’Alsace douloureuse incarnée par une jeune femme en costume traditionnel de veuve… Je vous propose de continuer à explorer les diverses facettes de la Femme interprétée par l’artiste.
L’exposition en cours, au moment où j’ai visité le musée, avait pour thématique les portraits (jusqu’au 5 juin 2023). Ce n’est pas ce que j’ai préféré, mais je me dois de vous en présenter quelques-uns, n’est-ce pas?
J’aime particulièrement celui-ci, qui représente Alice Durand-Gréville. La femme du critique d’art, ami de Henner, était écrivaine, sous le nom d’Henry Gréville.
Femme-passion, femme-enfant, femme-symbole… une variété infinie…
« Cherchant l’âme dans le visage, l’expression fugitive et passagère qui met un éclair de splendeur à la plus vulgaire physionomie, le Maître étudie patiemment son modèle, jusqu’à ce qu’il l’ait trouvé. L’instant vient où l’étincelle jaillit. Il la saisit, rapide et fugitive, et la fixe sur la toile, à jamais arrêtée. C’est là un art suprême et c’est ce qui tentera toujours les jolies femmes d’être peintes par Henner. Vento, 1888″
La Femme est séduction, pour l’artiste qui semble avoir résisté à la tentation toute sa vie, d’après ses biographes… Est-ce ce qu’a voulu signifier le/la scénographe en plaçant les deux natures mortes à cet endroit étrange?
Quelle que soit sa posture, et l’environnement dans lequel elle se trouve, la Séductrice est omniprésente, plutôt soumise que dominante… Quoique…
« La Madeleine », alias Marie de Magdala, alias Marie-Madeleine, La Chair et l’Idéal réunis…
Vous l’aurez remarqué, la « roussitude » plaît au peintre. Les longs cheveux roux font peut-être référence à un autre peintre dont nous avons vu des oeuvres dernièrement… Vous souvenez-vous? Celui pour lequel ils représentent le Mal, la Vampire, la Dominatrice?
Mais revenons à Henner, avec les Naïades, dans toute leur nudité et leur lascivité.
Retour à la Plaine Monceau pour une petite visite du Musée Henner, déjà évoqué car ce qui fut en réalité la demeure d’un autre peintre, Georges Dubufe, est le site d’accueil du concert intimiste que je vous ai relaté voici quelques temps. Deux articles lui ont donc déjà été consacrés en mars : l’un sur le concert, l’autre sur la maison. Mais je souhaitais terminer cette série par l’artiste dont cet édifice abrite les oeuvres : Jean-Jacques Henner.
La première thématique qui m’a frappée est celle de l’Alsace. Le peintre, né le 5 mars 1829 à Bernwiller, a fait partie de cette génération qui, après 1870, a dû choisir sa nationalité. Il a opté pour la France, mais est demeuré Alsacien de coeur. Une pièce du Musée est consacrée aux oeuvres qui célèbrent sa région d’origine avec beaucoup d’émotion et de sensibilité. Que ce soit les travaux des champs comme la récolte des pommes de terre ou ceux de la ferme comme le barattage du beurre, ce sont les femmes qui sont le plus présentes dans les tableaux.
Il en est de même à la maison. Le jeune homme peint sa mère au chevet de sa soeur, et fait des portraits de femmes, tantôt au tricot, tantôt avec des pommes, mais toujours en coiffe traditionnelle.
J’ai gardé cette photo de très mauvaise qualité (pas facile d’oeuvrer dans l’exiguïté et la « sombritude » de certaines pièces) pour que vous puissiez observer la longueur du ruban de la coiffe qui, au grand dam des historien-ne-s, est devenue le stéréotype de la région, alors qu’elle n’était portée que dans à peine un quart du pays, comme, au siècle suivant, la coiffe bigoudène deviendra l’image de la Bretagne. Mais, à la différence de ce dernier phénomène, essentiellement lié à la publicité, ce fut d’abord la résistance à l’ennemi qui a été symbolisée par la Schlupfkapp noire, ornée d’une cocarde tricolore. Le tableau suivant est ainsi intitulé : L’Alsace. Elle attend. Il date de 1871.
Une exposition avait été consacrée à ce sujet dans le même Musée.
Si le sujet vous intéresse, vous pourrez trouver en ligne le livret consacré à l’artiste et sa région. J’en ai copié une photographie qui évoque un autre stéréotype. Prise en 1900 par Jane Smith, elle représente l’artiste, alors âgé de 61 ans, nourrissant des cigogneaux (elles?).
Quoi de mieux pour clore les fêtes de Pâques que de vivre un concert « prenant »? C’est ce qui m’est arrivé hier, et je me suis félicitée d’avoir choisi de rentrer plus tôt du bord de mer pour assister à la représentation du Messie (alias Messiah) de Haendel dans une église que je vous ai déjà présentée, celle de l’Ile Saint Louis.
Vous avez peut-être remarqué, au-dessus de l’autel, le triangle rayonnant entourant le tétragramme et le pentagramme (entre parenthèses, ces deux mots sont troublants : le premier désigne 4 lettres, alors que le second indique 5 branches…) ?
Tétragramme et pentagramme : du trois au cinq…
Et j’ai été frappée par l’oecuménisme d’une autre manière : le public était très mixte, et la kippa bien présente. Vous remarquerez que l’illustration choisie pour le programme est tout aussi oecuménique!
Mais revenons à l’un des oratorios composé par Haendel, le Messie (1741). Au passage, la date est proche de celle de l’anniversaire de son décès, le 14 avril, qui était en cette année 1759 le jour du Samedi Saint.
Si vous voulez décrypter…
Un Monsieur, devant moi, fait littéralement « dégager » une vieille dame pour qu’elle laisse libre une place sur laquelle il fait s’asseoir… un enfant. J’en suis choquée. Et sa « prétention » est à l’image de sa goujaterie… Seule vision négative durant ces deux heures de Bonheur Partagé.
Un « personnage » – il ne s’est pas présenté, et ce qualificatif lui va si bien! – introduit le spectacle, précisant qu’il salue la présence d’un célèbre compositeur, Dominique Probst. Il le désigne. L’artiste se lève. C’est justement le « prétentieux » que je venais de remarquer! Dommage… En préparant ce texte, j’ai regardé sur le net, et trouvé sa biographie ici et là. Il n’est autre que le fils de Gisèle Casadesus et de Lucien Pascal (Probst), directeur de la Comédie Française. Et neveu de Jean-Claude Casadesus. Son épouse est comédienne, l’une de ses filles, Barbara, aussi, et la seconde, Tatiana, chante aujourd’hui. Si j’ajoute qu’un film a été tourné sur sa biographie, il faut avouer qu’il y a de quoi prendre la grosse tête! En continuant mes lectures, j’ai compris que la dame « en retrait » près de lui n’est autre que l’actrice Catherine Chevallier. Et le petit garçon qui dormait sur ses genoux, leur petit-fils, dont la maman chantait ce jour.
La soprano Tatiana Probst est vraiment lumineuse, et sa voix, à la fois chaleureuse, intense et souple. J’ai vraiment adoré son interprétation et le rayonnement de sa personne. Vous pouvez la voir sur cette (mauvaise) photo, aux côtés de l’alto, ici souriante alors qu’au contraire de sa collègue, elle avait gardé un air triste tout au long du concert.
La soprano Tatiana Probst et l’alto Laeticia Gopfert
Mais, après ces digressions, revenons au début du concert, quand l’orchestre s’installe.
Un orchestre remarquable, en accord parfait tant en interne qu’avec les solistes et le choeur. Les choeurs, devrais-je dire, car il y avait deux chorales, avec un chef pour l’un et une cheffe pour l’autre. Une mention spéciale au « choeur » ainsi formé, qui a fait raisonner, avec intensité et émotion, l’oeuvre de Haendel. Quant aux solistes, j’ai préféré la soprano à l’alto, et le baryton basse au ténor. Celui-ci ne semblait pas au mieux de sa forme, alors que Jean-Louis Serre nous a fait vibrer à maintes reprises.
A gauche Pierre Vaelo, ténor, et à droite, Jean-Louis Serre, baryton
Ce furent presque deux heures de vibrations et d’émotions pour un public totalement sous le charme. En ont témoigné les applaudissements enthousiastes à destination des solistes, de l’orchestre, des chef-fe-s de choeur et du choeur lui-même.
Le « personnage » et la cheffe de choeur, Solène Labour
Les deux solistes et le chef d’orchestre Frédéric Loisel
J’ai fait une exception à une règle pour moi sacro-sainte : ne pas enregistrer durant le concert. Lors de la reprise de l’Hallelujah par le choeur, j’ai capté quelques moments de la fin, pour vous les partager. Vous pourrez voir et entendre cette « finale de final », et peut-être comprendrez-vous mieux mon plaisir, j’allais dire le Bonheur pur. Vous n’entendrez hélas pas les solistes, qui se trouvaient à ce moment sur les côtés, hors champ; mais Tatiana Probst chantait aussi…
C’était hier le Dimanche des Rameaux. J’aime cette tradition qui évoque si bien la Renaissance, le Printemps. Et j’aime tout simplement le mot « rameau ». Allons voir notre vieil ami CNTRL.
1.Division, ramification d’une tige, d’une branche d’arbre; petite branche.Dans les rameaux fleuris Les oiseaux s’appelaient avec de petits cris (Bouilhet, Melaenis, 1857, p. 76). La route jonchée de rameaux morts (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 354):
1. … [ces grands hêtres] sont si chargés de rameaux, et ces rameaux ramifiés encore par filaments sont si chargés de feuilles, qu’on aperçoit à peine, à travers le réseau de leur ramure, l’étang limpide qui brille en bas sous les peupliers. Lamart., Nouv. Confid., 1851, p. 133.
SYNT. Rameau cassé, desséché, flétri; rameau de chêne, de lierre, de sapin; rameaux épais, flexibles, frêles, frémissants, nus, vivaces; longs, lourds, vastes rameaux; jeunes rameaux; les rameaux se balancent, s’étendent.
2.Locutions
a)Rameau d’olivier, rameau vert
− [P. allus. au rameau rapporté par la colombe à Noé, annonçant la fin du Déluge]Christophe Colomb I: Je suis la colombe dans sa main. Qu’il ouvre la main et je partirai et du rivage inconnu là-bas c’est moi qui lui rapporterai un rameau vert (Claudel, Chr. Colomb, 1929, 1repart., p. 1155).
− [Symb. d’espoir, de paix]Cette simple remarque, dans le silence qui l’entoure, est pour notre obstiné le rameau d’olivier. Elle lui fait aussitôt reprendre courage (Sarraute, Ère soupçon, 1956, p. 90):
2. Un jour l’Émir de Qalaat reçut une ambassade des chrétiens de Tripoli, désireux d’établir avec lui des rapports de bon voisinage. Il accueillit avec empressement ces porteurs du rameau vert, car il ne rêvait que de jouir en paix de ses richesses, de ses beaux jardins et de son harem… Barrès, Jard. Oronte, 1922, p. 13.
b)Rameau d’or
− [P. allus. au rameau d’or qu’Énée doit trouver pour pouvoir descendre aux Enfers]N’y a-t-il pas aussi un rameau d’or pour me guider et m’ouvrir les grilles? (Butor, Modif., 1957, p. 180).
− Dans le domaine des traditions, des symb.
♦ Gui, branche de gui.Si le rameau d’or, déjà brandi dans les vallées de la préhistoire, s’est distribué triomphalement dans nos forêts druidiques, il s’éparpille aujourd’hui encore dans la pluie scintillante des étrennes (Dévigne, Légend. de Fr., 1942, p. 100). »
♦ [Symb. d’immortalité ou de sagesse]La loi des lois est qu’il faut penser ce qu’on ne sait pas par ce qu’on sait. Remontant, avec ce rameau d’or, jusqu’aux pensées de nos naïfs ancêtres, je comprends que la magie fut la première physique (Alain, Propos, 1921, p. 333).
« Rameau » évoque pour moi le renouveau, et le paradoxe fragilité / vitalité. Sans compter, bien sûr, la musique de Jean-Philippe.
Quand je suis à Nice, j’apprécie les palmes, et les tressages que l’on en fait.
Cette tradition perdure, et FR3 a fait un reportage à ce sujet, que vous pouvez voir en ligne. Une démonstration de la technique est aussi proposée ici. Nice Matin titrait sur ce thème récemment.
Mais dans les Hauts-de-France (décidément, je ne m’habituerai jamais à cette dénomination), comme dans les Ardennes et en Thiérache, contrées d’origine de ma famille, c’est du buis qui est utilisé. Dans les jardins de nos grands-parents il y avait souvent cet arbuste dont personnellement je n’apprécie ni l’esthétique ni l’arôme. Je vous ai narré voici quelques temps la procession de l’Ile Saint Louis, à Paris. Là aussi, point de palmes, mais du buis.
Mon propos n’est pas de développer sur cette fête qui marque, pour certain-e-s, le début de la Semaine Sainte. Il est de vous raconter comment j’ai eu conscience de la déperdition de traditions entre les générations.
M., une jeune femme d’une trentaine d’années, m’appelle en ce dimanche matin. Nous échangeons, et l’expression « dimanche des Rameaux » est citée. « C’est quoi? ». Explications. « On fait ça par tradition ou parce qu’on y croit? ». Bref, elle ignorait totalement de quoi il s’agissait. Nouvelles explications. J’avoue que cela m’a quelque peu perturbée. D’abord, parce qu’elle est professeure des écoles, donc censée connaître l’Histoire et ouvrir aux diverses cultures. Mais aussi, parce que c’est un membre de ma famille. Et cela m’a poussée à m’interroger sur l’intrication, voire la confusion, entre culture et croyance, qui pousse à oublier, souvent volontairement, les traditions. La laïcité n’empêche pas de les transmettre, me semble-t-il? Teintées ou non de foi, selon les individus. A moins que… Bref, un beau sujet de réflexion pour les géniteurs/trices de nos jours, et pour les aïeux/aïeules de naguère, n’est-ce pas?
Un peu d’humour pour la détente… une image provenant du site d’une paroisse, à l’époque ancienne du GC (Grand Confinement)…
Je regardais hier les annonces sur le site OVS (On Va Sortir) Paris, ce que je fais souvent, non pas pour me joindre aux groupes (même si cela m’arrive), mais pour voir si quelque concert ou exposition ne m’avait pas échappé. Or voici ce que j’ai trouvé, et que je partage avec vous en cette aube d’un nouveau mois… J’ajoute que j’avais déjà vu annoncer la réouverture de ces toilettes superbes, et que je m’étais promis d’aller les voir un de ces jours, pour en même temps vérifier mon hypothèse de la fermeture du restaurant situé dans le sous-sol de l’Eglise. Le texte ci-dessous a été copié sans modification, et placé sur le créneau de 6 h. 30 personnes se sont inscrites, juste dans les limites du groupe, et il y en a 7 en liste d’attente, au moment où j’écris ces lignes (5h51). Quel succès!
« Le Lavatory de la Madeleine est un véritable morceau d’histoire en souterrain de la ville. Ouvertes en 1905, en plein dans l’effervescence de la Belle-Époque, elles ont « soulagé » les Parisiens et les touristes pendant plus d’un siècle. Car oui, c’est précisément en 2011, date à laquelle elles seront classées aux Monuments Historiques, qu’elles seront également fermées au public pour une grande restauration.
Je vous propose donc de venir après la messe de 5 h voussoulager dans ce lieu chargé d’histoire pour la modique somme de 2 €.
Réservation effectuée pour 35 personnes.
Nous rentrerons par groupe de 5 à intervalle de 10 mn. Les autres feront la queue de poisson à l’extérieur.
Après cette visite nous pourrions déguster une soupe à l’oignon.«
Une soirée muy caliente ce 23 mars… dans les rues, certes, mais aussi au 13ème Art, Place d’Italie, où un groupe de musicien-ne-s et de danseurs/euses a entraîné durant presque deux heures un public survolté dans l’histoire d’une jeune ouvrière d’une fabrique de cigares.
Pourtant, quand on arrive dans cette vaste salle, la scène est bien sobre, d’un gris qui contraste peu avec le noir ambiant. Mais très vite les couleurs explosent, dans une déclinaison violente des rouges, bleus, violets…
Le principe de la mise en scène est simple: le fond est un vaste écran où sont projetées des images de Cuba, mais aussi des symboles d’autres villes lorsque l’histoire narre le voyage de la troupe de danse à laquelle appartient l’héroïne, une troupe composée d’ouvrières et ouvriers d’une fabrique de cigares (au fond, sur cette photo de mauvaise qualité, vous pouvez peut-être lire son enseigne). Quelques éléments suffisent à planter le décor : au début, des tables et chaises, et une représentation très épurée des outils utilisés, dont les presses.
Tout y est figuré, jusqu’au contremaître ou patron boîteux dont l’apparition, annoncée par le bruit de sa canne, provoque l’arrêt des danses et la reprise du travail.
Les images projetées, les objets déplacés et surtout les lumières vont ainsi faire voyager au travers de l’espace, mais aussi de la narration. Une des ouvrières, objet de plaisir d’un des leaders de la bande, va tomber amoureuse d’un catcheur minable… Je ne vous raconte pas la suite, pour ne pas gâcher la découverte si vous allez voir le spectacle. On est donc littéralement « transporté » de l’usine à la rue, de la rue à la salle de sports, à la salle de danse, etc.
Excusez une nouvelle fois la mauvaise qualité des photos, mais il est bien difficile de saisir le mouvement dans une telle ambiance lumineuse… J’ai cependant tenu à vous les montrer, pour que vous puissiez avoir une idée de la performance des danseuses et danseurs, que ce soit ensemble, à deux, ou en solo. Chorégraphie de qualité, danses endiablées, et duos romantiques à souhait par moments… tout y est, et les amateurs/trices de salsa ont pu se régaler. Pour ma part, je ne suis pas une grande fan de ce type de musique, mais j’ai apprécié la qualité des artistes sur scène.
Ce qui se voit rarement, l’orchestre respecte la parité. Au piano, à la trompette et à la batterie, trois hommes. Vous voyez les deux premiers ci-dessous, et le troisième ci-dessus, au fond à gauche.
Au violon, aux congas et au trombone, trois femmes. Un des plus beaux moments de la soirée a été pour moi le solo de la jeune femme que vous pouvez voir sur la photo ci-dessous.
Les voix sont aussi très belles, et j’ai particulièrement aimé celle de la musicienne qui joue des congas avec une force étonnante. Vous pouvez la voir au centre de cette photo, avec l’homme qui « raconte » l’histoire.
Elle a été prise à la fin du spectacle, juste après que la troupe ait entraîné la foule par une danse déchaînée qui a provoqué mon admiration : cela faisait près de deux heures qu’ils et elles dansaient à un rythme rapide!
Que vous soyez ou non adeptes de cette musique ou de ces danses, une telle soirée « réchauffe », dans tous les sens du terme. Et cela fait du bien de s’évader vers les Caraïbes. Retrouver ensuite la Place d’Italie sous la bruine fut un choc!
On a beau vouloir tout découvrir – comme c’est un peu mon cas, l’avouerai-je? -, certains lieux échappent à votre curiosité, pour des raisons qu’il est difficile de définir. Tel est le cas de la Philharmonie de Paris, que je ne connaissais que de l’extérieur, notamment pour être allée à plusieurs reprises à la Grande Halle de la Villette (en particulier pour la magnifique exposition Toutankhamon) et au Musée de la Musique (à propos, n’hésitez pas, si vous êtes dans le coin, à aller à la Nuit du Rossignol, dont j’ai déjà parlé dans ce blog : c’est le 31 mars cette année). Aussi étais-je bien contente de la découvrir pour un concert en ce mardi soir encore bien frais pour la première soirée complète du printemps.
Il ne faut pas souffrir de vertige, comme moi, pour fréquenter le balcon du 6ème étage, où j’ai eu la chance d’être au premier rang, ce qui offre une vue splendide sur la salle et sur la scène.
L’architecture en est sidérante, et bat en innovation, à mon sens, celle de la Seine Musicale. J’ai entre autres apprécié son asymétrie et l’audace du balcon blanc, projeté comme un vaisseau spatial… Mais le long balcon plus calme et serein qui lui fait face n’est pas mal non plus…
La scène est disposée pour accueillir un orchestre symphonique, ainsi qu’un piano. Cela obligera d’ailleurs le chef d’orchestre, Ivan Fischer, à tourner le dos à une partie des musicien-ne-s, avant l’entracte qui fera disparaître l’instrument.
Dans cette salle, l’acoustique est telle que le moindre petit bruit des spectateurs/trices résonne partout. Ce qui contraint à un silence absolu, qui fut d’ailleurs respecté tout au long du spectacle. Mais cela permet aussi de prendre des places moins chères et d’entendre tout aussi bien! Soit dit en passant, une place comme celle que j’avais est pour moi excellente, car on y voit à merveille les doigts courir sur le clavier du piano comme sur les cordes des harpes…
Vous ne verrez pas de photos de l’orchestre, car il est interdit de saisir des images dans la salle. Je vous renvoie pour le découvrir à son site, accessible en anglais pour celles et ceux d’entre vous qui ne sont pas magyarophones. Ce Budapest Festival Orchestra a enthousiasmé la salle. Par la qualité de son jeu, et une harmonie remarquable entre ses membres, sous la direction d’un chef dynamique et original, qui termine le concert par des « mini-impros » de deux groupes de musiciens, sur des thèmes de musique hongroise, qui n’ont rien à voir avec le programme annoncé. Mais revenons à celui-ci. Je dois dire que j’ai préféré la première partie à la seconde, qui était composée de trois morceaux de Richard Strauss aux tonalités très différentes : Dom Juan, Danse des sept voiles, Till Eulenspiegel. Le dernier en particulier ne m’a pas vraiment « emportée », même si j’ai apprécié la virtuosité des artistes et la véritable sym-phonie, au sens propre du texte, de l’orchestre.
Une mention spéciale, donc, pour le début de la première partie, d’un compositeur hongrois dont je crois n’avoir jamais entendu parler : Ernö Dohnänyi (1877-1960). Les Minutes Symphoniques op.36 m’ont littéralement emportée par leur mélodie et leur poésie. J’en ai trouvé pour vous une interprétation par deux autres orchestres : la première, que je trouve personnellement moins bonne car trop « enlevée » à mon goût, mais qui vous en donnera une idée. La seconde, par un orchestre plus modeste mais à la tonalité plus proche. Il faudrait que la Tribune des Critiques de Disques consacre une de ses émissions du dimanche après-midi à cette oeuvre!
Une seconde mention spéciale pour le concerto n°4 de Beethoven. Si je devais expliquer à quelqu’un ce qu’est un concerto pour piano et orchestre, c’est sans conteste ce spectacle que je conseillerais… L’instrument et l’orchestre se complètent, se répondent, s’opposent discrètement parfois, en une synergie parfaite. Il faut dire que Rudolf Buchbinder, est exceptionnel. Ce pianiste né en Bohême d’une famille originellement allemande a maintenant 77 ans. Vous pourrez le voir et l’entendre, mais beaucoup plus jeune et avec un autre orchestre, sur cette vidéo. Après moults rappels, il a joué deux autres morceaux, seul, cette fois, et l’admiration des membres de l’orchestre était évidente. Les ovations du public sont la preuve que je n’étais pas la seule à l’admirer… Si vous voulez l’entendre, il revient jouer à Paris les 5 et 6 avril, à la Maison de la Radio et de la Musique, ce concerto mais aussi d’autres oeuvres, et avec un autre orchestre, celui de Radio France.
Inutile de vous dire combien l’on vit intensément durant un tel concert, en oubliant le fracas du monde, et comme il est dur d’en sortir… mais la musique résonne encore en soi, n’est-ce pas?
Ce nom vous dit quelque chose? Normal, si vous me suivez… Car vous vous êtes déjà promené-e-s dans une des pièces de cette demeure du 17ème (arrondissement, pas siècle) : le jardin d’hiver. En effet, c’est là que je suis allée écouter le trio dont je vous parlais dans un précédent article. Un peu injuste qu’on nomme ainsi ce musée, alors qu’il s’agissait de la demeure d’un autre artiste, Guillaume Dubufe.
« Issu d’une dynastie d’artistes, dont le père Edouard et le grand-père, Claude-Marie, ont acquis une grande notoriété de portraitistes au fil du siècle, Guillaume Dubufe (1853-1909) se détourne de la tradition familiale pour se lancer dans la grande décoration. Il a ainsi réalisé plusieurs décors monumentaux importants comme certains plafonds du buffet de la gare de Lyon, de la bibliothèque de la Sorbonne et du foyer de la Comédie française, ou encore de la salle des fêtes de l’Élysée.
En 1878, il achète au peintre Roger Jourdain (1845-1918) « un rez-de-chaussée et deux étages sous comble ». Son architecte, Nicolas Félix Escalier (1843-1920), est aussi celui de l’hôtel particulier de l’actrice Sarah Bernhardt, situé rue Fortuny » (site officiel)
C’est lui qui a fait agrandir la demeure, l’a aménagée, a créé le jardin d’hiver, etc. Bref, en a fait, avec une créativité certaine, ce qu’on en voit aujourd’hui, même si cela a été vidé, épuré…
Le quartier était alors très « à la mode », comme on peut le constater en visitant l’ancienne salle de séjour, qui lui est partiellement consacrée, avec des plans papier et numérique. Je me suis d’ailleurs promis d’aller le visiter plus en détail une autre fois.
Autre intérêt de cette salle de séjour : les parements en carreaux de Delft, plutôt inattendus à cet endroit.
La demeure comporte trois étages. Au premier, salons et salle de séjour, ainsi que le jardin d’hiver. Les escaliers qui permettent d’accéder aux trois étages m’ont évoqué un certain Escher…
Les paliers ne manquent pas de surprendre par leur originalité. L’un, par exemple, est ouvert par un moucharabieh.
Des escaliers partent de ci, de là. Deux d’entre eux, sur le dernier palier, mènent à l’atelier qui occupe tout le troisième étage. Pourquoi deux? Dont l’un très étroit… Mystère!
L’atelier est vaste, avec une hauteur de plafond à faire pâlir d’envie plus d’un-e artiste.
Un magnifique tapis, d’une taille tout aussi impressionnante, orne le plancher.
Si vous regardez bien cette photographie de Dubufe dans son atelier, prise autour de 1900, vous pouvez voir le tapis en question… ou un similaire…
Je vais vous laisser sur cette image, car l’atelier a été transformé en lieu d’exposition. Et c’est de celle-ci que je vous parlerai dans un prochain billet. Elle ne concerne pas Dubufe, mais Henner. Laissons donc notre hôte dans ces lieux, en attendant d’y retrouver celui qui les squatte maintenant…
La dernière photographie de l’épisode précédent comportait, comme je vous le disais, un indice sur la thématique d’aujourd’hui…. Cela aurait pu vous frapper, car une forme inattendue, assez géométrique, envahit l’angle supérieur droit du tableau. Vous l’avez vu, ce cercle noir? En voici un autre exemple, hélas avec une photo un peu floue.
C’est à partir des années 80 un motif que l’on retrouve dans beaucoup d’oeuvres de Raza, ce cercle. Cela coïncide aux va-et-vient, puis à l’installation du peintre en Inde, son pays de naissance, où il va retrouver l’influence de la tradition, de la philosophie, de la religion. Ce « cercle », plus ou moins rond, plus ou moins elliptique, est l’un des symboles prégnant d’une pensée bouddhiste.
Discret au départ, puis prenant de l’ampleur.
Noir au départ, puis prenant des couleurs.
Seul au départ, puis se multipliant… Essayez de compter combien il y en a, dans ce tableau où il se démultiplie, mais aussi se scinde, jouant avec les triangles.
Cette forme, c’est le bindu. Difficile de trouver LE terme qui traduirait ce mot, tant il a de significations symboliques. On pourrait les faire converger vers la notion de Vie, peut-être?
Le bindu finit par devenir thème principal du tableau, souvent associé au jeu des « axes » (nord-sud, est-ouest… je devrais plutôt les placer dans l’ordre inverse car, comme nous le verrons dans un quatrième article né de ma visite dans une autre exposition, que je vous relaterai ultérieurement, les axes des mandalas situent l’est là où nous plaçons le sud…). Ils peuvent être discrets, marqués simplement pas le jeu des couleurs dans ce que j’ai envie de nommer les « écoinçons » – même si ce terme ne s’utilise qu’en architecture, menuiserie, sculpture…
Mais les axes peuvent aussi être très marqués.
Le tableau qui suit trace autour d’un premier bindu un second, suggéré dans une sorte de jeu des formes, simplement tracées : cercles et traits droits découpant l’espace en formes plus ou moins régulières, des triangles marquant les quatre points cardinaux.
Le « bindu », c’est aussi le symbole tracé en rouge sur le front (bindi), que ce soit du jina ci-dessous ou des humains, en lien avec le tantrisme. Nous y reviendrons…