C’est un petit garçon qui s’est ainsi exclamé… Sa famille avait cru lui faire plaisir en l’emmenant à l’Atelier des Lumières. Erreur ! Tout ce qu’il a apprécié, c’est de sauter de flaque en flaque de lumière sur le sol, pendant les trois quarts d’heure qu’a duré la séance. Et il n’avait qu’une envie : en sortir!
Les adultes, elles, avaient pris plaisir à admirer les photos défilant sur les murs.
Quant à moi, j’ai apprécié de me « poser » dans la « Tour des Miroirs ». J’en ai rapporté quelques photos que je partage avec vous…
Mais il manque la musique, souvent « planante », qui nous éloigne de la tempête environnante et des bruits de la rue. Aux yeux d’un petit garçon, ce n’est pas le plus grave. Puisqu’il manque l’essentiel : « Ce ne sont pas des vrais! »
Le croirez-vous? Je n’étais jamais allée à la Comédie Française… Jusqu’à ce jour d’octobre où je fus invitée à aller assister à une représentation. Sans jouer sur les mots, ce sont bien des « représentations » que j’avais, concernant ce haut lieu de l’histoire du théâtre! Et je m’attendais à une mise en scène plutôt classique, des costumes d’époque, etc.
Dois-je parler de surprise ou de déception? Je ne sais. Toujours est-il que je ne m’attendais absolument pas à assister au genre de spectacle que j’y vis ce soir-là.
Le décor d’abord. Une salle de séjour sans charme. Cheminée, avec peau de bête. Mais pas accueillante, la b$te : prête à vous dévorer avec sa geule ouverte, pleine de grandes dents! Canapé sans charme (ni époque, d’ailleurs!). Petit bureau de l’autre côté. Vaste baie vitrée ouvrant sur un paysage de forêt enneigée. Et quatre portes plus ou moins dissimulée par des boiseries.
Les costumes ensuite. Plutôt années 60, genre « Parapluies de Cherbourg ».
Le jeu des acteurs et actrices enfin. Endiablé, rapide, souvent burlesque. Pas du tout le Feydeau que j’aime, comique dans le compassé passé…
A propos de burlesque, des passages de skieurs stéréotypés dans le paysage enneigé.
Tout cela fait rire, certes. Mais ce n’est pas ce à quoi je m’attendais. Alors, oublions les « représentations » et revenons au spectacle tel que joué. Jeu brillant des acteurs, qui dynamisent le texte de Feydeau. Mise en scène ‘au cordeau ». Aucun « raté » ! Pourtant, ça bouge, ça saute, ça remue! Bref, un spectacle que je qualifierais de « décapant » si j’osais. Alors, osons!
Ah! J’oubliais de vous en donner le titre! « La Puce à l’Oreille ». Vous pourrez en voir des extraits par exemple ici.
Au programme en ce vendredi soir : un spectacle d’impro, dans le Marais, à l’ImproviBar. Je rejoins donc une amie pour prendre un verre, voire manger un morceau, avant. Rue Rambuteau, les restaurants ne manquent pas. Notre choix se porte sur une enseigne étonnante : cuisine japonaise et… péruvienne!
De la place en terrasse… Etonnant! En lisant ce matin les commentaires TripAdvisor sur ce restaurant, j’ai compris pourquoi : ils sont très mauvais. Sur le service, d’abord. Et c’est assez justifié : la jeune fille est gentille, mais, après être restée longtemps derrière le comptoir sans s’occuper de nous, elle nous sert difficilement, oubliant par exemple les baguettes… Mais la nourriture ne vaut pas les critiques acerbes qui lui sont faites. Notamment par son originalité. Et les gyoza sont bons, bien que pas tout à fait assez grillés. Mais ce n’est pas pour faire de la critique gastronomique que j’ai entrepris d’écrire cet article, après un assez long silence! C’est pour vous parler de deux choses. D’abord, la relation entre Japon et Pérou. Si je vous demande qui était le Président du Pérou entre 1990 et 2000, je suppose que j’aurai peu de réponses? Alberto Kenya Fujimori. Etonnant, comme nom, n’est-ce pas?
« En 1897, les gouvernements japonais et péruvien ont convenu d’ouvrir la région côtière du Pérou à l’installation d’agriculteurs japonais. »
« Le 3 avril 1899, un navire japonais en provenance de Yokohama, le Sakura-maru, faisait son entrée dans le port de Callao, à l’ouest de Lima. A bord, 790 hommes épuisés par plus de deux mois de traversée. Un paysage inconnu se révélait à leurs yeux : la cordillère des Andes se profilait à l’horizon et, dans le désert, pointaient les clochers des églises de Lima.
Seuls quelques voyageurs touchèrent terre ce jour-là. Le lendemain, le Sakura-maru entreprenait un périple le long des côtes péruviennes, débarquant ses passagers par groupes dans les diverses plantations. Tous pensaient, sans doute, n’être là que pour quelques années, le temps de s’enrichir et de rentrer au pays. Aucun certainement n’imaginait être un pionnier. Et pourtant, ces migrants allaient être les fondateurs d’une forte communauté : celle des Japonais du Pérou. »
Ce n’était pas le cas des ascendants de Fujimori. Ses parents, eux, avaient quitté le Japon en 1934. Mais ils trouvèrent sur place une communauté qui s’était considérablement enrichie. Mais revenons au restaurant. Les Nikkei – on les nomme ainsi – ont développé une cuisine interculturelle, si j’ose dire. Le principe est simple : garder les fondements de la cuisine japonaise, mais exploiter la richesse des légumes et épices du Pérou. C’est ce qui produit des plats comme ce saumon dont la sauce est à base de fruits de la passion, plat que j’ai apprécié hier à Côté Sushi (je ne puis vous donner son site, car il est fermé, mais vous pourrez en avoir une idée sur deliveroo ici ou sur ce site, où j’ai copié l’image qui suit : le tiradito maracuja).
Si vous passez près d’un restaurant vous proposant Pérou et Japon, n’hésitez donc pas, le mélange est excellent!
La deuxième raison est tout autre. Les quintes de toux qui me perturbent en ce moment se sont accrues durant le repas. J’ai donc décidé de ne pas aller au spectacle, surtout que j’avais appris qu’il avait lieu en cave. Mon amie est donc partie, me laissant seule en terrasse, où je suis restée un petit moment. Quand je décidai de partir, je passai à la caisse. Refus de la banque sur ma carte bleue. Pourtant compte positif! Idem sur ma carte professionnelle. Idem! Et pas un centime de liquide! J’appelai un ami, malgré l’heure tardive. Il accepta de descendre de chez lui pour aller me chercher du liquide et m’attendre à la bouche de métro… J’expliquai à la personne apparemment responsable de l’établissement, et proposai de laisser ma carte d’identité en attendant. Refus, avec le sourire. « Non, pas de problème ». Je filai donc en métro vers Pigalle… et revins trois quarts d’heure après, alors que l’on rangeait tout pour fermer. La personne parut surprise de me revoir. Je lui tendis 30 euros, pour les 21,90 (deux plats et boisson) que je devais. Il me rendit le billet de 10. « C’est bon comme cela », ajouta-t-il en souriant. Je repartis vers chez moi, très surprise et réjouie de constater que la confiance, la générosité et la gentillesse existent bien… Encore une anecdote qui renforce mon idéalisme béat, direz-vous!
Encore une église dont j’ignorais l’existence, à Paris! Vous en avez eu un aperçu hier, lorsque je vous narrais le concert auquel j’avais assisté. La photo de l’ensemble choral laisse deviner la pureté des lignes et la sobriété de cet édifice qui n’est pas encore gothique, bien que construit assez tardivement.
Un panonceau situé devant l’édifice en explique l’histoire singulière.
L’aspect épuré m’a particulièrement séduite. Et j’ai été intriguée de voir autant de clés de voûte, malgré la date assez tardive de ce bâtiment.
Une lumière incroyable y pénètre grâce à la transparence des vitraux, dont peu sont colorés. Il était déjà près de 21 heures quand ces photos ont été prises…
Assez peu de mobilier, aussi. La chaire semble s’envoler vers les cieux en une spirale symbolique..
Et les orgues sont d’une sobriété remarquable.
Et Saint Jacques est bien présent, sous forme d’une belle statue de pierre du XIVème siècle.
Ce titre n’est pas de moi : je l’ai trouvé sur le programme d’un concert qui avait lieu hier soir, et qui sera renouvelé le 13 juin. Une chorale – pardon, un « ensemble choral », car il y a également des musiciens – dont je vous ai déjà parlé, voici bien longtemps, et qui porte le nom d’un oiseau réputé pour ses chants : Philomèle, alias le Rossignol.
Le programme s’est réparti en fonction de la composition du choeur : d’abord « petit choeur », puis ensemble. Avec un intermède : un air interprété en solo par la soprano. Très belle voix, hélas un peu « timide » au regard de l’orchestre.
J’ai particulièrement apprécié certains morceaux, notamment en première partie, et ai découvert des compositeurs que je ne connaissais pas, ces fameux « amis » de Mozart. Permettez que je vous en dise un mot? En adoptant l’ordre proposé par l’affiche…
Eybler, d’abord. Pas seulement un ami : son élève. C’est l’un de ceux qui ont poursuivi la composition du Requiem après la mort de Wolfgang Amadeus, à la demande de son épouse Constance.
« Le 30 mai 1790 Mozart a écrit Eybler: « Je certifie par la présente que M. Joseph Eybler est un digne élève de Albrechtsberger, un grand compositeur, également préparé en musique de chambre et dans ce sacré, compétent dans l’art de la chanson ainsi qu’un joueur habile de l’orgue et le clavecin , bref, un jeune musicien dont, malheureusement, sont rarement égaux ». » (source)
Adlegasser, ensuite. Vous pourrez entendre notamment les Litanies sur le net ici. A l’inverse d’Eybler, il n’est pas plus jeune que Mozart, mais appartient à la génération intermédiaire entre celui-ci et son père Léopold. Ce qui explique peut-être que papa et fiston assistèrent de concert (bon, d’accord, très mauvais jeu de mots) à ses noces. Enfin, aux 3èmes, car ce séducteur aux compositions très variées s’est marié trois fois, avant de décéder à 48 ans, en 1777, alors qu’il jouait de l’orgue. Savez-vous qui prit sa place en tant qu’organiste à Salzbourg? Mozart, bien sûr!
Le dernier, Frantisek Ignac Antonin Tuma, est un Bohêmien. Un vrai. Né en Bohême en 1704. Mais décédé à Vienne. Je n’en avais jamais entendu parler. Une émission intéressante de France Musique a été consacrée à son Stabat Mater.
Vous êtes un peu perdus? Résumons-nous. Voici le quarté dans l’ordre, concernant les naissances.
L’ordre est le même pour les décès, mais l’un a vécu deux fois plus âgé que Mozart!
Vous comprenez peut-être pourquoi je me questionnais sur le terme « amis »? Quoi qu’il en soit, une belle harmonie entre les différentes pièces qui ont été interprétées. Hélas, je serais bien incapable de vous citer celles que j’ai préférées. Mais la Missa Solemnis, en do majeur KV 37, pour les puristes, est intéressante. Composée en 1780, elle a été jouée pour le couronnement du roi de Bohême, Léopold, l’année de la mort de Mozart, et en sa présence, selon le choix de son ennemi Salieri… « Intéressante », mais ce n’est pas ce que je préfère dans l’oeuvre de Mozart. Sans doute pour quoi j’ai préféré la première partie du concert. Mais l’ensemble était remarquable, y compris les musiciens. Pour celles et ceux qui seraient disponibles le 13 juin, ou qui visiteraient l’Auvergne en juillet, allez les écouter! Dans un édifice que je connais depuis mon enfance et qui est pour moi l’une des plus belles églises de France, le 14 juillet, notamment : à Saint Nectaire, ce doit être fantastique!
Je ne sais plus si je vous avais narré l’histoire du cordon de téléphone offert par un automobiliste inconnu, me voyant affolée à l’idée de me perdre en grande banlieue? Il y a encore des personnes honnêtes et gentilles, je viens d’en avoir une fois de plus la preuve, en cette semaine de perturbations diverses…
Voici quelques jours, j’ai pique-niqué sur un banc, dans un jardin public, pour profiter de la douceur d’un printemps qui s’est tant fait attendre…
Pressée (et sans doute aussi étourdie), j’ai oublié mon Iphone sur ce banc. Ce dont je ne me suis rendu compte qu’en voulant le brancher pour me diriger avec Waze, dans mon véhicule, un quart d’heure environ plus tard. Je n’y croyais pas, mais suis quand même retournée dans le parc, situé non loin de là. De loin, je vois que le banc est sur-occupé : 4 jeunes filles s’y trouvent, les unes jonchées sur le dossier, les autres assises. Au moment où je m’approche, elles s’écrient : « C’est à vous, le téléphone? » et me le tendent avec le sourire…
Hier, je partais à une soirée, portant un sac de victuailles pour le repas partagé … Il me fallait une rame de papier, je m’arrête donc au magasin Bü proche de chez moi.
Achète le papier. Gagne mon véhicule, garé non loin de là, passe prendre une amie dans le 14ème, arrive à Suresnes après une heure de route… veux prendre mon sac… rien! Comme il est plus de 20h, impossible d’appeler le magasin. Je le fais cet après-midi, une fois mon travail achevé. On me répond fort aimablement « Ah! Le melon, le jambon, le comté et la bière! » (comment ont-ils mémorisé cela? me dis-je). On les a mis au frigo. Je me rends au magasin. Effectivement, tout est prêt et bien frais!
Voilà qui redonne du courage dans ce monde où l’on se fait si souvent « bousculer » par des gens malintentionnés! Et redonne de l’espoir… et le sourire!
Celles et ceux qui me lisent depuis longtemps ont déjà vu ce titre… Et les autres peuvent découvrir, en remontant au 27 janvier 2022, l’article dans lequel j’expliquais le ravissement de sa découverte. Mais ce n’est ni d’oiseaux ni de langage dont je vais vous parler aujourd’hui… Quoique… En y réfléchissant bien, si, je vais aussi vous parler d’oiseaux et de langage. Car c’est de danse dont il s’agit, et d’une danse qui évoque la murmuration animale, voire humaine, et le langage des membres, comme autant d’axes de vie et de liens labiles.
La salle a été littéralement transportée par l’oeuvre du chorégraphe Sadeck Berrabah, pourtant parfois décrié par les critiques. Et je l’ai été aussi. Transportée… Le mot me semble le plus juste pour décrire l’intensité de l’emprise du spectacle, avec un côté « hallucinant », dans tous les sens du terme. Je ne vais pas trop vous en parler, car il faut le voir. Absolument. Vous en penserez peut-être moins de bien que moi. Mais tentez. Allez partager avec les autres spectateurs cette alternance de « subjugation » et de « défoulement » collectifs.
C’est au 13ème art, cette salle qui propose des spectacles souvent novateurs. Et revenez me dire ce que vous en avez pensé?
Quand j’ai voulu écrire le titre de cet article, je me suis posé la question : pourquoi « antre »? Pour fréquenter et avoir fréquenté de nombreux artistes dans ma vie, c’est toujours ce terme qui me vient à l’esprit, « atelier » faisant pour moi trop « laborieux », peu en lien avec la créativité débridée (hélas parfois aussi trop bridée par les contingences!). En recherchant les définitions sur CNRTL, j’ai compris… Lisez ceci:
« ANTIQ.Cavité etc. servant de demeure à certains dieux, à certains personnages de la mythologie ou de l’histoire ancienne.Antre de la sibylle (de Cumes), de Vulcain, du cyclope :
On faisait naître Mithra dans une grotte, Bacchus et Jupiter dans un antre, et Christ dans une étable. C’est un parallele qu’a fait saint Justin lui-même. Ce fut, dit-on, dans une grotte que Christ reposait lorsque les mages vinrent l’adorer. Dupuis, Abr. de l’orig. de tous les cultes,1796, p. 318.
3.Cavité, etc., servant de cachette, de refuge ou de thébaïde.Antre d’Ali-Baba, des voleurs :
Où fuir? … Où porter ma honte et mes remords? Errant depuis le matin dans ces montagnes, je cherche en vain un asyle, qui puisse dérober ma tête au supplice… Je n’ai point trouvé d’antre assez obscur, de caverne assez profonde pour ensevelir mes crimes. Guilbert de Pixérécourt, Cœlina,1801, 3, 1, p. 42.
On voit des restes de chapelles ou de temples, des colonnes encore debout, sur la roche : on dirait une ruche d’hommes abandonnée. Les Arabes disent que ce sont les chrétiens de Damas qui ont creusé ces antres. Je pense en effet que c’est là une de ces thébaïdes où les premiers chrétiens se réfugièrent dans les temps de cénobitisme ou de persécution. Lamartine, Voyage en Orient,t. 2, 1835, p. 199.
− P. ext.Lieu intime et silencieux, propre au travail et au repos.Antre d’un bureau; bibliothèque (Flaubert, Colette) :
Vous n’êtes jamais venue à Croisset. Il faut que vous connaissiez mon vrai domicile, mon antre. Flaubert, Correspondance,1878, p. 138.
Roi, je pense à la vieille, une vieille femme, pauvrette et ancienne comme la mère de Villon, chez qui j’avais trouvé un refuge, un lieu inaccessible aux rats, quelques mètres cubes de silence, un antre de solitude, et, là-dedans, un lit… J. et J. Tharaud, Une Relève,1919, p. 60.
4.Local ou pièce d’habitation dans laquelle une personne se livre à des occupations mystérieuses et inquiétantes.Antre de Faust, du sorcier, de l’usurier, antres maçonniques de Paris.
B.−P. métaph. ou au fig.[Suivi d’un adj. ou d’un compl. déterminatif abstr.]Lieu (fig.) d’activités suspectes :
Vous êtes moins brumeux, moins noirs, moins ignorés, Vous êtes moins profonds et moins désespérés Que le destin, cet antre habité par nos craintes, Où l’âme entend, perdue en d’affreux labyrinthes, Au fond, à travers l’ombre, avec mille bruits sourds, Dans un gouffre inconnu tomber le flot des jours! Hugo, Les Rayons et les ombres,1840, p. 1058.«
C’est exactement cela, pour moi : un lieu secret, retiré du monde, où un Créateur/une Créatrice se livre à des activités mystérieuses, comme tout acte de Création… Comment, avec du matériel et du mobilier aussi restreints, parvient-on à « produire » des oeuvres qui vont émerveiller les Autres et traverser les époques?
Quand on voit ou qu’on imagine les conditions dans lesquelles travaillèrent certain-e-s, cela tient du miracle. Ce n’est pas tout à fait le cas pour Debufe, dont, après vous avoir présenté quelques tableaux, je vais vous faire visiter l’atelier. En effet, celui-ci, sis au troisième étage du Musée- dont vous avez déjà fait le tour sans que je vous y laisse vraiment pénétrer, autrement que par une photo ancienne – est une très vaste pièce très bien éclairée par d’immenses verrières. Le rêve pour un-e artiste!
« Lorsque Guillaume Dubufe s’installe avenue de Villiersen 1878, il aménage son atelier au 1er étage (actuel Salon rouge) et y travaille pendant dix ans. En 1889, Dubufe fait surélever le bâtiment : l’atelier du premier étage devient la chambre au décor oriental de Madame Dubufe tandis que le peintre installe son atelier au 3 e étage (actuel atelier gris). Le décor de cetatelier était très riche : papier peint à motifs, rideaux de velours, draperies, tapis orientaux… et même un piano demi-queue. Les grandes verrières et l’orientation au nord permettaient d’avoir la meilleure lumière pour peindre. Sur la façade, on aperçoit une poulie qui servait à monter les grands formats dans l’atelier du 3 e étage.«
Mais plus étonnant encore : l’atelier ne contient que des oeuvres d’un autre peintre, Henner, qui, lui, officiait dans un local beaucoup moins confortable, à en juger par les photos accessibles.
Cet atelier était situé 11 Place Pigalle, dans un quartier nettement moins cossu que la Plaine Monceau. Mais quel charme!
Bref, si vous avez suivi mes pérégrinations dans l’histoire des deux peintres, ce que je vais vous faire visiter, c’est l’atelier de Debufe mais servant d’écrin aux oeuvres de Henner. Capito?
Le matériel exposé ci-dessus provient de l’atelier d’Henner jeune, à Strasbourg. Un extrait du Livret proposé par le Musée explicite la palette du jeune peintre.
« Les nombreuses lettres que le peintre envoie d’Alsace à son neveu Jules à Paris pour lui demander de lui apporter du matériel nous renseignent sur ce qu’il utilise : de grands tubes de blanc, de noir d’ivoire et d’ombre naturelle, de petits tubes de jaune de Naples, d’ocre jaune, de bleu de cobalt, d’huile blanche et d’essence de térébenthine, du « bithume » (sic), de « quelques feuilles de ce papier de cuisine et un petit flacon d’encre bien noire », de « quelques tortillons de ceux qui sont sur mon bureau dans ma chambre et encore deux crayons sanguine », d’un compas, de feuilles de papier de verre et de papier calque végétal. On sait qu’il utilisait également du bleu de Prusse, du brun-rouge et du vermillon. »
Je vous avais parlé de la Femme, mais, comme vous le voyez, il n’a pas peint qu’Elle… Et pas de mélange au musée: les femmes d’un côté, les hommes de l’autre…
Il est un aspect sympathique de ce peintre, que je n’avais pas relevé dans la visite (dommage!) : c’est le fait qu’il ait encouragé la créativité des femmes de son époque. Nous avons parlé de l’écrivaine en début de ce texte. Mais il fut aussi des peintrEs, qui n’avaient pas accès aux Beaux-Arts. Henner créa pour elles « L’Atelier des Dames », et y enseigna 15 ans durant (de 1874 à 1889) à des artistes comme Madeleine Smith, Juana Romani, Germaine Dawis, Dorothy Tennant. Elles posent pour lui, à l’occasion. Ainsi, Madeleine Smith, qui deviendra Mme Champion et lèguera, avec sa soeur Jeanne, deux demeures voisines dans un « château », à Nogent, qui deviendront la Maison des Artistes, pour les artistes démunis.
Juana Romani, je vous en ai déjà beaucoup parlé lorsque j’ai retracé ma visite au Musée Ferdinand Roybet : cette jeune Italienne, modèle devenue peintre, qui sombra dans la maladie psychique très vite. On raconte que le décès de Henner précipita sa fin… Vous l’avez vue dans l’article précédent : l’Alsace attend, c’est elle. Le modèle à la longue chevelure rousse, encore elle. Et Henner fit son portrait, en tant cette fois qu’objet et non modèle.
Marie-Eugénie Gadiffet-Caillard a servi de modèle également au peintre. Pour ce « portrait de femme », mais aussi pour l’inquiétante « Religieuse ».
Portraitiste, elle débute au Salon de Paris en 1877 et devient sociétaire du Salon des Artistes Français (je vous ai déjà parlé de ces deux Salons dans un article précédent) à partir de 1783.
Dorothy Tennant est anglaise, elle. Plus connue sous le nom de Lady Stanley, car elle fut l’épouse de l’explorateur. Je n’ai pas identifié de tableau dont elle aurait à coup sûr été le modèle. Mais sa peinture ne renie pas l’influence de son Maître!
Quelle fut donc la vie de ce peintre, jeune Alsacien « monté » à Paris, pour y devenir le Professeur de ces Dames et l’artiste les mettant en scène? Je ne puis vous en dire davantage, cela reste pour moi énigmatique, car le musée le présente plutôt comme un puritain alors que son environnement et ses oeuvres dénotent des formes d’érotisme profond. Paradoxe ou simple dichotomie?