Nuit au Musée de la Carte à Jouer

Voilà bien longtemps que je rêvais d’aller visiter ce musée… Or, pour la Nuit des Musées, il offrait une programmation alléchante : mini-visite ludique, tirage de cartes, cocktail, et « bal littéraire » – une notion qui m’était tout à fait inconnue! Ce fut donc l’élu dans la longue liste des musées qui présentaient chacun des programmes intéressants. Direction donc Issy-les-Moulineaux.

La promenade entre la station de métro et le Musée me réserva une surprise…

Cela vous rappelle quelque chose? Eh oui, il y en a une autre du même artiste dans le parc de l’Ile Saint Germain… elle a provisoirement déménagé!

Ici, la statue monte la garde devant l’Hôtel de Ville.

Le Musée jouxte une belle bâtisse…

Celle-ci était naguère un simple pavillon d’entrée inclus dans la propriété des Princes de Conti.

A l’entrée du musée, je retrouve Dubuffet et comprends pourquoi il est arrivé « en ville ».

Malheureusement, il est tard et l’exposition est fermée. Mais le reste du musée est bien ouvert, et accessible gratuitement. Et je ne fus pas déçue. D’abord, parce que le musée est extrêmement bien conçu et passionnant. Ensuite, parce que la visite fut à la fois ludique et fort riche. Enfin, parce que je suis finalement restée jusqu’au bout, et même au-delà du « bal littéraire ». Par contre, je n’ai vu aucune cartomancienne. Et si le cocktail a bien eu lieu, il n’était pas très convivial. Mais c’est souvent le cas!

Revenons donc à la visite du musée, dans un premier temps. De petits groupes étaient constitués, et trois cartes tirées au sort. L’une, un « personnage », la deuxième, un « pays », la troisième, une action. En l’occurence, ce fut « tigréléphant », « Turquie » et « lire un livre ». Il fallait repérer, dans les trois niveaux du musée, les cartes dont les illustrations étaient extraites (heureusement, la guide nous a « contenus » dans des espaces restreints pour chaque carte).

La première était un détail (encadré en verre) d’une carte indienne. Le jeu entier est superbe. Il fait partie de ce que je nommerais « jeux-oeuvres », travail fin et esthétique garantie.

De cette section « Cartes du monde entier », située au deuxième sous-sol, nous sommes remontés au premier pour les jeux pédagogiques, afin de trouver la carte d’où était extrait ce détail.

Un jeu superbe, dans un coffret d’une taille impressionnante…

La troisième carte représentait un pendu en train de lire.

Les habitué-e-s reconnurent tout de suite une carte de tarot. Or les tarots sont… au deuxième sous-sol! Hop, on redescend.

Il s’agit d’un jeu imaginé par un artiste anglais, en 1973.

Mais il cache un second jeu, qu’un bouton permet de faire apparaître, et qui est dû à Dali. Vous avez bien lu, oui, Dali.

J’aurais envie de vous présenter plus de choses, et vous relater tout ce que nous avons appris, mais cela nous entraînerait trop loin!!! Une fois les trois cartes identifiées et les explications apportées sur le contexte, écrire une phrase avec les trois contenus. Ce que nous fîmes…

J’ai été, pour ce qui me concerne, particulièrement intéressée par les jeux de tarot et surtout par les cartes à vocation « pédagogique », qui apportent énormément d’informations sur les représentations des autres pays et peuples à travers les époques. Notre équipe n’a pas gagné le prix de la phrase, mais nous nous sommes consolé-e-s en considérant que le tirage au sort ne disait rien de la valeur des phrases (rires)… Ensuite, cocktail, puis commence le « bal littéraire ». Mais c’est une autre histoire…

Equilibration

Il y a longtemps que je n’ai écrit sur un mot, après qu’il m’eut intéressée ou plu. Or un ami m’a reprise alors que je parlais d’équilibre/équilibrage, pour utiliser le terme « équilibration ». Il n’en fallait pas plus pour m’intriguer et déclencher, comme le savent mes lecteurs/trices assidu-e-s, une recherche. En ce matin un peu gris de mi-août, je vous en livre quelques résultats, avec beaucoup de modestie…

Premier résultat, qui ne vous étonnera pas : il a plusieurs sens. Je vais donc focaliser sur celui qui m’intéresse, car concernant le corps humain. Je dis « corps » a priori, mais nous serons vite entraîné-e-s au-delà de celui-ci! Que dit donc le CNTRL?

« Ensemble des moyens permettant à un organisme vivant de trouver ou de maintenir son équilibre physique. Nécessité d’une intégrité absolue de l’appareil d’équilibration chez les candidats pilotes (Langlois, Binet dsNouv. Traité Méd.,fasc. 7, 1924, p. 164). »

Et l’Académie Française?

« 1.Ensemble des actions et des réactions qui permettent à un individu de se maintenir en équilibre.

2.Marque de domaine : physiologie.Marque de domaine : médecine.Mise en œuvre physiologique ou thérapeutique des moyens destinés à maintenir un équilibre dans le corps d’un être vivant.Un des principaux desseins de la réanimation médicale est l’équilibration du milieu intérieur. »

Tout cela renvoie donc à la notion d’ « équilibre ». Là aussi, une vraie polysémie! Mais, en adepte inconditionnelle d’Edgar Morin, je privilégie la vision systémique…

« Qu’est-ce que la complexité ? Au premier abord, la complexité était issue (complexus : ce qui est tissé ensemble) de constituants hétérogènes inséparablement associés : elle pose le paradoxe de l’un et du multiple. Au second abord, la complexité est effectivement le tissu d’événements, actions, interactions, rétroactions, déterminations, aléas, qui constituent notre monde phénoménal. Mais alors la complexité se présente avec les traits inquiétants du fouillis, de l’inextricable, du désordre, de l’ambiguïté, de l’incertitude. »

D’où l’importance de la notion d’ « équilibre », ou plutôt de « déséquilibre ».

« Deux conséquences capitales découlent donc de l’idée de système ouvert : la première est que les lois d’organisation du vivant ne sont pas des lois d’équilibre, mais de déséquilibre, rattrapé ou compensé, de dynamisme stabilisé. La seconde conséquence est que l’intelligibilité du système doit être trouvée, non seulement dans le système lui-même, mais aussi dans sa relation avec l’environnement, et que cette relation n’est pas qu’une simple dépendance, elle est constitutive du système. »

Nous allons donc trouver la notion d’ « équilibration » dans tous les domaines qui ont trait au vivant, donc à l’humain.

Un posturologue (autre terme découvert récemment, j’ignorais son existence!) travaille essentiellement cette équilibration.

« La posturologie s’intéresse au système postural qui comprend les mécanismes musculo-articulaires et nerveux. Ces mécanismes sont impliqués dans l’équilibre, que ce soit en état statique ou mobile. La posturologie accompagne les personnes qui souhaitent retrouver un bon schéma moteur afin d’éviter les déséquilibres et asymétries qui entraînent des compensations physiques et causent des douleurs. 

La posturologie cherche à comprendre, à diagnostiquer et à traiter un ensemble de pathologies en tenant compte des interactions des différents systèmes qui composent l’individu. En effet, pour se tenir debout, l’être humain doit lutter contre la gravité et continuellement rechercher l’équilibre en sollicitant notamment ses forces musculaires. Pour conserver sa verticalité, il doit sans cesse adapter son corps à son environnement en fonction des signaux extérieurs reçus par ses capteurs neurosensoriels. » (source : Ecole d’Assas)

Loin de moi l’idée de vous faire un cours sur la posturologie, j’en serais d’ailleurs bien incapable! Mais cette idée de « capteur » est captivante, non? D’autant qu’on conçoit aisément que ces « capteurs » sont en lien avec des systèmes divers et variés…

Une image, empruntée à l’ECAP (école de kinésiologie) évoque ces interactions.

Encore ne concerne-t-elle qu’un muscle!

Pour ma part, j’avais rencontré l’équilibration avec Piaget. Rien d’étonnant à cela puisque, comme vous le savez peut-être, Piaget, si exploité par les penseurs en pédagogie et didactique, était avant tout un scientifique. Voici quelques extraits empruntés au site de la Fondation Jean Piaget.

« L’équilibration est pour Piaget le processus fondamental qui permet de comprendre l’apparition de conduites et de connaissances assurant une emprise de plus en plus grande du sujet à la fois sur ses propres actions et sur les transformations de la réalité extérieure.

C’est ce processus qui explique l’apparition de systèmes cognitifs rendus de plus en plus puissants en raison des propriétés mathématiques des structures opératoires dont ils sont composés, ou qui rend compte de la façon dont les pouvoirs et les propriétés des systèmes préopératoires ou opératoires préalablement acquis s’intègrent au sein des nouveaux systèmes. »

Et de conclure un peu plus loin.

« L’universalité de fonctionnement de l’équilibration, qui s’applique aux phénomènes biologiques, psychologiques et sociaux, aussi bien que physiques, fait de la notion d’équilibration un concept explicatif de portée aussi vaste que tous les principes de la physique auxquels il se rattache d’ailleurs souvent (celui de moindre action par exemple).« 

Mais pour moi comme pour l’ami à l’origine de ces questionnements, et donc de cet article, ce n’est pas que « physique ». Ou alors, avec un sens très ouvert de ce terme.

Pourquoi ne pas se permettre de penser sa personnalité, voire sa vie, sous forme d’équilibration? Voilà qui laisse à penser, n’est-ce pas? Voire à se lancer dans une perpétuelle recherche d’un déséquilibre assumé?

L’école devrait être à elles et eux…

En ce jeudi soir, veille d’un « pont » détesté de beaucoup, il y avait de quoi hésiter devant les affiches de cinéma pour celles et ceux qui aiment le 7ème art. Pas trop pour moi qui ne vais jamais voir de films violents… Je vous en ai déjà fait part, de cette stupide aversion qui me pousse à ne regarder que films drôles, poétiques ou romantiques… Hésitation cependant entre deux films. La Conspiration du Caire ou L’école est à nous. Vu la déclaration de la phrase précédente, vous savez déjà de quel côté penchait la balance! Même si l’intérêt du premier était visiblement supérieur… Mais on ne se refait pas. J’espérais rire, rire beaucoup. Erreur grave.

Certes, j’ai beaucoup ri par moments, surtout dans la première partie du film. Mais souvent un peu jaune. Les jeunes sont drôles, si bien esquissés, même s’ils sont chacun et chacune très « typé-e », limite stéréotype. Les profs et la CPE aussi. La frustrée, le représentant syndical, la prof de lettres romantique, le Maghrébin prof de techno… Mais on sent, on comprend, on sait très vite que c’est voulu, ce trait un peu forcé. Le milieu de l’Education Nationale est caricaturé. Cela sert-il le propos? Je me le suis demandé… Et pour moi la réponse est plutôt négative. Un peu plus de modération aurait permis, à mon sens, de mieux faire passer le message.

Quel message ? Je ne vous le révèlerai pas, car cela serait déflorer l’histoire que narre ce film. Mieux vaut le découvrir par vous-même, n’est-ce pas? Car oui, allez le voir, ne vous arrêtez pas à la légère critique que je viens d’émettre. Vous rirez, oui, un peu. Mais surtout vous prendrez une dose d’espoir. Ce dont, reconnaissez-le, nous avons bien besoin en ce moment. La lutte que je menais, voici de nombreuses années, en tant que jeune enseignante auprès d’adolescents considérés comme « perdus » par le Mamouth, cette lutte, disais-je, est encore d’actualité. Et d’autres la poursuivent. Comme celles et ceux qui ont écrit, réalisé, produit ce film. Comme ces jeunes qui jouent si « vrai ». Et cette actrice qui incarne avec tant de sensibilité l’héroïne. Sans compter, bien sûr, Jean-Pierre Darroussin qui réussit à incarner avec justesse le Principal coincé entre ses idées, proches de celles de la jeune révoltée, et sa mission, respecter et faire respecter la Loi. Une mention spéciale à Sofia Bendra, qui incarne une enfant placée dont le génie se révèle. La jeune femme est « bluffante »…