De Staël au MAM (1)

J’ai déja vu de nombreuses expositions sur ce peintre, et hésitais à en voir une autre. D’autant que l’affiche était peu alléchante, ne trouvez-vous pas? Mais je n’ai pas regretté d’y être allée, loin de là! Car cette exposition a révélé pour moi des toiles dont j’ignorais l’existence. Cependant elle m’a aussi permis d’en retrouver d’autres, dont je ne me lasse pas…

La présentation est « ordinaire », sur le mode « chronologie ». Avec toutefois un parti-pris de focaliser sur la technique, en particulier sur la composition des tableaux.

Difficile, pour moi, de sélectionner les oeuvres que j’ai envie de partager avec vous! Je me lance, en commençant par le graphisme. Car des esquisses et dessins qui ponctuent l’exposition m’ont intéressée, intriguée ou séduite, quand ce n’était pas les trois à la fois.

Esquisses et dessins

Dès ses premières années artistiques (tout au moins connues, car n’avait-il pas commencé avant, durant exode et exil?), le jeune baron Nikolaï Vladimirovitch Staël von Holstein « trace » des paysages évocateurs. Nous retrouvons cela tout au long de la vie de ce « nomade », d’abord involontaire, puis désireux, voire avide, de découvrir, encore et encore, de nouvelles lumières, de nouvelles couleurs.

J’ai hésité à placer le premier d’entre eux dans cette catégorie, car il est un peu hybride. Premier dans ce texte, mais aussi premier dans le parcours. Et tout y est déjà…

Une vingtaine d’années plus tard, le trait est plus fort, plus vif, comme plus « impatient », quand il évoque Grand Fort Philippe.

Les ports fascinent visiblement le Voyageur. Et ce qui permet de les quitter, ou de les retrouver : les bateaux…

Le dessin n’est pas la finalité, il n’est que le moyen de rechercher, encore et encore. D’une part, les formes, comme dans ce qui précède ou ce qui suit, d’une incroyable légèreté et pureté…

Il est aussi comme un promesse. Promesse d’un tableau, promesse de l’Oeuvre ultime.

Mais le dessin est aussi structure – j’allais écrire « structurant », mais cela me semble réducteur pour la suite du processus créatif.

Avouez que vous n’êtes pas loin, comme moi, de penser que cette ébauche qui retrace la composition (au sens actif) d’une oeuvre en est une elle-même?

Pendant toute une période (certes, courte, car tout est en séquences rapides chez le jeune peintre visiblement hyperactif), la structure qui devrait « cloisonner » les couleurs est ainsi tracée.

Visions chamaniques (2)

Je vous ai laissé-e-s hier devant des oeuvres colorées et complexes, annonçant qu’il en existait, à l’inverse, de très « géométriques ». Avant de vous les présenter, je voudrais revenir sur trois autres aspects de l’exposition. Mais au préalable revenir sur ce que je comprenais mal au début de sa visite.

  1. Petit retour sur ce que l’on désigne par « ayahuasca »

En réalité, « ayahuasca » désigne à la fois la plante, de son nom scientifique « Banisteriopsis caapi« , et la boisson dont je vous ai décrit la composition dans le précédent article. D’où la perturbation cognitive en commençant la visite!

« Ayahuasca signifie littéralement en langue quechua “corde des cadavres” (ou “liane amère” pour ayaqhuaska), quelquefois hâtivement traduit par “liane des esprits” ou “liane des morts” (Deshayes, 2004). Dans cet article et sauf mention contraire, le mot ayahuasca se réfère à la boisson (et non à la liane seule). Également appelée yagé (langue tukano), natem (langue jivaro), caapi (langue tupi), daime et hoasca (usages religieux brésiliens) ou cha (“thé” au Brésil), la boisson ayahuasca est une substance psychédélique. »

L’article dont je viens de citer un extrait explique que l’exploitation actuelle de cette plante et son utilisation dans divers contextes pose des questions juridiques, résolues différemment selon les pays.

« En France, les principales molécules de l’ayahuasca ont été classées comme stupéfiantes en 2005. Cette décision n’a pas été prise suite à des réflexions scientifiques mais en réaction à un fait divers de “prise sauvage” – une prise sans cadre. Notons par ailleurs pour l’anecdote que la France a subventionné la création du centre Takiwasi au Pérou utilisant l’ayahuasca (Bois-Mariage, 2002). »

Centre auquel sont rattachés la plupart des artistes dont je vous ai présentés les statues et tableaux colorés…

Je vous encourage à lire cet article, qui vous apprendra tout ce qu’il faut comprendre sur la plante, ses composants, son usage et le chamanisme.

« Le chamanisme repose sur une conception du monde soutenue par « le postulat de l’existence d’un “monde” différent du monde phénoménal accessible par les sens usuels » (Escande, 2001, p. 21). Le chaman pourrait atteindre cet espace transcendantal de manière contrôlée et avoir ainsi un accès privilégié au monde invisible, celui des esprits. L’homme ordinaire, lui, ne pourrait accéder à ce “monde-autre” qu’à sa mort ou lors de rares occasions avec l’aide et la protection du chaman. Pour accéder à ce “monde-autre”, certaines sociétés avec chaman utilisent des plantes psychédéliques, d’autres non.« 

Les fameuses « planta con madre« , mal traduites, à mon sens, par « plantes-maîtresses« .

Claude Lévy-Strauss s’était intéressé à ce que l’on a appelé « efficacité symbolique » des plantes, liée aux chants des chamans.

Toute une section de l’exposition présente ces chants, et on peut les entendre et lire le sens des paroles. Ce n’est pas la moins intéressante, et j’aurais aimé disposer de plus de temps pour poursuivre cette écoute (peut-être dans un cadre plus intime?).

Mais j’ai pris le temps de « jouer » avec les senteurs proposées dans un petit recoin consacré au piripiri. Qu’est-ce? En le recherchant sur le net, j’ai fait une nouvelle découverte : il existe des « Parfumeurs sans frontière », comme me l’a appris un article consacré au piri-piri.

« le Piri-Piri est une racine extrêmement dure, qu’il faut faire sécher avant de la broyer, pour la réduire en poudre et permettre son extractionAjoutée à de l’eau chaude, cette poudre servait traditionnellement à préparer un bain dans lequel les jeunes gens en âge de se marier s’immergeaient. Ce rituel leur conférait une sublime odeur boisée, ambrée, épicée et cuirée, irrésistiblement envoûtante, d’où son joli nom de Piri-Piri Amour.« 

2. Une fresque retraçant les études sur la plante et ses composants chimiques
La plante a été découverte tôt par les « explorateurs », et les savants en ont décrit les effets depuis plus de 300 ans, comme en témoignent ces herbiers. »
D’abord, une fresque retraçant l’histoire de l’étude de l’ayahuasca. Elle a été découverte tôt, et les savants explorateurs en ont décrit les effets depuis plus de 300 ans, comme en témoignent ces herbiers.

A cette occasion, j’ai découvert une science dont j’ignorais l’existence : l’ethnobotanique…

3. Les expériences psychédéliques

« This is the most powerful drug I have ever experienced« . Ce sont les termes employés par William S. Burroughs, écrivain de la beat generation, pour décrire son expérience d’ingestion de l’ayahuasca.

« Elle peut induire des états modifiés de conscience avec une modification des ressentis corporels, émotionnels et/ou intellectuels et une altération du vécu spatio-temporel. Des vécus angoissants sont fréquemment décrits ; des prises de conscience peuvent survenir. Certains pensent cette expérience comme l’induction d’une régression (sur le plan personnel, groupal et même transpersonnel) qui permettrait des vécus d’introspection, des ouvertures sur l’inconscient ou encore des expériences spirituelles et mystiques.« 

Certains scientifiques insistent sur l’importance, voire la primauté des « cadres » (en anglais, « set / setting ») dans la prise de psychotropes. L’utilisation de ces deux termes par Thimothy Leary a abouti au modèle « substance-set-setting » de Zindberg (1983).

« Ces états dépendant :

  • des molécules psychoactives du produit ;
  • du cadre interne (le “set”) : c’est l’état physique, psychologique, émotionnel et spirituel de la personne ; les attentes, la motivation et l’intentionnalité du sujet en font partie, ainsi que la préparation ayant précédé ou non l’ingestion ;
  • du cadre externe (le “setting”) : c’est l’environnement au sens large comprenant les stimulations sensorielles du lieu de prise, le contexte culturel et la législation locale, le rituel mis en place, la présence d’un tiers de confiance, etc. Les états internes et les perceptions de l’expérience par les personnes observatrices en font également partie ».

Une petite pièce noire présente d’autres expériences psychédéliques, dont l’une à partir d’une lumière que l’on doit fixer en fermant les yeux… Il devrait me manquer l’un des « cadres », car cela n’a abouti à rien… Alors que d’autres créent des oeuvres comme celle-ci!

4. Pour pousuivre avec l’art…

Vous avez déjà vu une poterie. En voici une deuxième, que je souhaite partager avec vous.

L’ayahuasca est utilisée pour teindre les textiles, ou dessiner sur eux…

Une vidéo montre une artiste shipibo en train de faire macérer les écorces, et de préparer la « boue » qui servira à de liant.

La graphie se fait avec des sortes de petits poinçons plats, dont la largeur définit celle du trait. Et voici le résultat… Bluffant, non?

J’espère que vous avez été aussi intéressé-e que moi en découvrant les liens entre psychotropes, chamanisme et arts, grâce aux Shipibo-Konibo. Une photo de l’un d’entre eux avant de les quitter?

Quittons-les, et quittons le Musée, non sans un regard sur un totem gigantesque…

La nuit est tombée, et les jardins du Musée sont parés de cierges lumineux, qui ne portent pourtant pas ombrage à la Vieille Dame…

Visions chamaniques (1)

Adepte de Mircea Eliade lors de mes études, déjà auparavant intriguée par les rituels grecs anciens, puis ayant assisté à une séance de transe chez les Gnaouas au Maroc, etc. Bref, j’ai toujours été fascinée par le chamanisme. Or voici qu’une affiche m’apprend que le Musée du Quai Branly propose une exposition intitulée « Visions chamaniques ».

Sans prendre la peine d’en savoir davantage sur ce qui est proposé (notamment sans lire le sous-titre!), je m’y précipite par cet après-midi d’automne froid et pluvieux. Personne à la billetterie… Ah si! un homme… et le responsable de la sécurité qui m’oblige à me placer derrière lui! Me voici dans le musée, direction l’exposition, par la « rivière » de mots qui coule sous mes pieds, puis l’escalier qui conduit à l’espace consacré. En passant par une statue sexy…

Première surprise : la découverte de l’ayahuasca. J’avoue que je n’en avais jamais entendu parler. Ce n’est pas un être humain, non, même si on peut en adopter…

« Aidez-nous à poursuivre ces actions de conservation en adoptant une liane d’Ayahuasca ou une autre plante-maîtresse »

Eh oui, c’est une liane qui est ainsi qualifiée sur ce site. Bien sûr, je me suis précipitée sur mon ordi connecté pour savoir ce qu’est une « plante-maîtresse ». C’est une plante qui enseigne, comme les humains. L’ayahuasca est d’ailleurs sur un autre site dénommée « Mère ayahuasca ».

« Plante maîtresse visionnaire et instructrice des plans multi-dimensionnels. Découverte depuis des millénaires par les hommes Médecine d’Amazonie et utilisée à l’origine pour diagnostiquer et soigner les maladies physiques et émotionnelles, pour les guérir sur le plan spirituel. »

Citons parmi ces plantes « Ushpawasha Sanango, Chiric Sanango, Chacruna, Ajo Sacha, Mucura, Uchu Sanango, Bobinzana et Coca« .

Donc l’exposition porte sur cette plante et ses effets sur celles et ceux qui l’ingèrent dans un breuvage « composé de deux ingrédients: la liane Ayahuasca (Banisteriopsis caapi) et les feuilles de chakruna (Psychotria viridis)« , dont la première vidéo (elles sont très nombreuses en proportion de la petite taille de l’exposition) explique qu’il fait d’abord vomir avant de provoquer les hallucinations qui permettent de créer.

Oui, de créer. Des oeuvres d’art. Car les membres de cette peuplade amazonienne, les Shipibo-Konibo, s’en servent pour exploiter dans des arts divers (peinture, sculpture, broderie, poterie) comme en médecine les effets psychédéliques de son absorption.

Je n’en ai pas bu. Mais j’ai pu avoir un aperçu de ses effets grâce à la réalité virtuelle. Ce fut la deuxième surprise. Un casque m’a entraînée dans un univers incroyable, où les serpents entraînent dans un tourbillon vertigineux, par exemple. Tellement vertigineux que j’ai dû abandonner la projection au bout de quelques minutes (elle en dure 18) car j’étais prise de vertige!

Il n’est pas le seul Occidental à avoir tenté l’expérience, comme en attestent quelques oeuvres d’artistes européens ou américains, qui ont remplacé la mescaline par ce breuvage.

Vous l’aurez compris, toute l’exposition tourne autour de la plante, notamment en suivant l’histoire de la botanique, de la préparation du breuvage, puis de la production des diverses oeuvres. Et je dois dire que c’est passionnant. Et intrigant. Comment peut-elle conduire à des extrêmes comme ces sculptures et peintures aux formes étranges et aux couleurs vives, comme à ces textiles ou poteries aux motifs extrêmement géométriques, symétriques, et d’une finesse extraordinaire, troisième surprise de ce parcours muséal qui m’a emmenée bien loin de la grisaille parisienne et de mon travail…

Je vous propose donc un premier aperçu de ces oeuvres. Les autres feront l’objet du prochain article (je ne veux pas vous lasser!)

J’échangeais dernièrement sur la place du vide dans les tableaux… Ici pas de vide, comme vous pourrez le voir sur le détail de la peinture qui suit.

Une sculpture m’a particulièrement marquée, à ce propos. En voici trois détails :

J’aimerais être initiée, pour mieux comprendre tout ce qu’elle représente et symbolise!

Les animaux sont omniprésents, que ce soit en peinture, sculpture ou poterie.

Exposition collective au Tréport

J’ai toujours une crainte quand on me parle d’exposition collective… Comme, d’ailleurs, je préfère une exposition autour d’un-e artiste à la visite d’un musée « traditionnel ». Mais parfois, cela « fonctionne ». C’est le cas pour celle de la Galerie Résonances, en cette fin d’année 2023.

Variété d’oeuvres, mais aussi variété d’arts et de techniques. Je ne présenterai pas dans cet article l’ensemble des artistes, et encore moins des commentaires critiques sur leur travail. Et préfère zoomer sur quelques-unes de celles-ci, qui ont particulièrement retenu mon attention.

Depuis que je l’ai vu travailler, je suis fascinée par le travail méticuleux qui aboutit aux oeuvres en linogravure… Une confidence : j’ai regretté de ne pas être plus douée de mes mains quand je n’ai pas pu participer aux ateliers que l’artiste a animés en ce même lieu, pour le plus grand plaisir des néophytes.

Témoignent de la patience et du talent nécessaires ces deux plaques de Jack Guerrier, aussi doué pour les beaux-arts que pour la littérature, comme en témoignent les poèmes dont l’écrin n’est autre qu’une linogravure, poèmes dont j’avais eu l’honneur, voici quelques temps de lire l’un d’entre eux. Pour cette exposition, il présente en quelques lignes ses oeuvres.

Hypothèse de la rédactrice : l’atelier imaginaire fait référence au « Café imaginaire », que vous pouvez découvrir dans ce blog.

J’ai sélectionné pour vous deux linogravures, dont l’une m’a littéralement séduite, tandis que la seconde m’a questionnée (positivement, bien sûr!)

Je ne parlerai pas de Jean-Claude Boudier, que je vous ai déjà présenté sur ce blog, ni de Micheline Bousquet, dont j’ai également déjà parlé, et qui nous a quitté-e-s trop tôt… Mais je m’arrêterai sur un tableau et une sculpture d’un autre artiste, que je n’apprécie pas humainement, à cause de sa morgue, de son sans-gêne et de son mépris des Autres (un exemple : lors du vernissage, il est arrivé largement en retard, et peu discrètement, n’a pas rejoint les autres artistes et, dans le public, s’est mis à parler à haute voix à certaines personnes, sans vergogne, pendant les prises de parole de ses collègues… puis est reparti directement, sans souci des personnes venues voir ses oeuvres). Je fais donc le choix ici de vous « montrer » ce qu’il fait, et que j’ai apprécié, mais ne citerai pas son nom. Les titres évoquent deux animaux : l’éléphant et… je vous laisse deviner celui de la sculpture.

Dans un coin de la galerie, une série de tondos tranche avec les parallélépipèdes…

Même si l’artiste, Philippe Colin, qui les a créés a fait le choix d’exposer aussi un petit carré discret – ou pas, car on ne peut s’empêcher de se questionner sur l’objectif de sa présence à cet endroit.

En quoi la forme géométrique du support contraint-elle ou au contraire libère-t-elle le peintre? Les oeuvres dénotent la dynamique de recherche de l’artiste. Qu’il s’agisse de mouvement, de couleurs, d’apports de matière « naturelle » comme les fleurs de bougainvillés ou d’orchidée que l’on voit sur certains tableaux ci-dessus. Ou d’exploitation de pigments naturels, comme l’indigo acheté sur les marchés de Conakry ou de N’Zérékoré.

Indigo qui a donné lieu voici peu à un autre atelier, toujours à la galerie, durant deux sessions où chacun et chacune a pu s’exercer à sa préparation et son utilisation.

Je terminerai par un petit mot à propos du vernissage lui-même, sous la houlette de celle que je qualifie de « tisseuse de liens », Sylvie Henrot. Elle a cette fois voulu placer l’art comme médium de paix, en cette période qui en a tant besoin et au moment où l’on vient de se remémorer l’une des grandes guerres qui a marqué notre histoire. « L’art apporte l’apaisement. Pourquoi s’en priver? Car…en vérité, je vous le (re)dis « qui veut la Paix, prépare la Paix« , a-t-elle déclaré en introduction. Chaque artiste (sauf les deux dont je vous ai parlé plus haut, l’une défunte et l’autre méprisant) ont pu prendre la parole, préparée pour certains, improvisée pour d’autres.

Sur la photo ci-dessus, durant l’exposé de Philippe Colin, on voit de dos, à droite, Didier Debril, qui accompagne la création artistique de ses ami-e-s par d’autres créations, notamment musicales, ou en saisissant leur univers et leurs gestes dans de superbes vidéos. Et l’amitié qui unit les un-e-s et les autres fait chaud au coeur en ces temps de marchandisation de l’art qui entraîne la concurrence entre les créateurs créatifs…

L’art du détour. Episode 2

Je vous ai laissé hier – haletant-e-s, j’en suis sûre, et attendant avec impatience la suite – sur les hauteurs du Bellet, au milieu des vignes. Objectif : redescendre côté ouest (je vous rappelle que c’est de là que j’étais partie!) pour aller acheter terreau pour agrumes et carburant pas trop cher dans la vallée du Var.

Nouveau chemin en lacet pour commencer la descente. Et tout à coup, une enseigne. Annonçant… un producteur d’agrumes. Vite, volant à droite, pour prendre un petit chemin et pénétrer dans une cour.

Hors du temps. C’est l’expression qui me vient en premier lorsque je sors. Un endroit hors du temps. Des serres. Des outils et engins un peu pêle-mêle. Un vieux Volkswagen décoré de jaune, bleu, etc. Et une maison sans âge, avec large baie vitrée ouverte sur la cour. Des tables rondes en métal et fauteuils semblent attendre des invités du XIXème siècle.

Une dame sort, s’essuyant les mains et s’excusant « Je reviens du marché ». Je lui explique ma quête. « Hélas, nous n’en avons plus en ce moment. Mais nous devrions en recevoir demain. » Pas envie de partir si vite… je poursuis donc la conversation. Et lui demande depuis combien de temps existe cette pépinière. « C’est la cinquième génération », me répond-elle. Je lui fais alors remarquer que cela vaudrait la peine d’écrire l’histoire de la famille. « C’est en cours ». Nous continuons à échanger, et elle m’explique, avant que je ne parte, qu’elle est contente de m’avoir rencontrée, que je suis fort sympathique, dénonçant les gens désagréables qu’elle reçoit parfois. Je quitte à regret ces lieux enchanteurs, me promettant d’y revenir plus tranquillement.

Avant d’écrire ces lignes, j’ai regardé sur le net ce que l’on voyait de cette famille. C’est le fils, Sébastien, qui a repris l’exploitation. On le trouve sur Facebook. Un article sur le net le présente en action. Mais surprise : un autre article de journal sur lui m’apprend que ses agrumes fournissent des tables de grands chefs, mais aussi que son grand-père n’est autre que le peintre Vincent Fossat, dont une rue de Nice porte le nom, et qui figure en bonne place au Musée Masséna.

La famille Del Fossat est d’origine italienne, installée à Nice dès le XVIème siècle. L’originalité de l’oeuvre de ce peintre réside dans le fait qu’il a été le peintre officiel du Muséum d’Histoire Naturelle, au moment de sa création par Barla, en 1846 – à cette époque, le Muséum se situait sur la Place Saint François, dans ce que l’on nomme « La Vieille Ville ». Il avait développé ses talents d’aquarelliste avec le corsaire Ambroise Louis Gameray, et faisait des planches botaniques et des reproductions d’animaux pour le musée, en aquarelles mais aussi en lithogravure comme le montre cet exemple emprunté à un très intéressant article scientifique à son sujet.

Mais en parallèle, il peignait les paysages niçois.

Il a entre autres peint le fameux « Château de l’Anglais » qui a été si défendu par les Nissarts récemment car menacé de destruction, et est actuellement en cours de rénovation.

Et le Pont des Anges qui enjambait le Var près de son embouchure.

Et l’on comprend mieux le nom donné à la Pointe de Rauba Capeu (le vent, « Voleur de Chapeaux »), en voyant cette oeuvre.

Si cela vous intéresse, vous pourrez trouver la biographie de ce peintre dans cet article. On y apprend notamment l’intérêt de Monod pour les oeuvres du Muséum.

« En septembre 1922, l’éminent professeur Théodore Monod, alors jeune assistant au Museum d’Histoire Naturelle de Paris visite le Museum de Nice et ne peut retenir un « long cri d’admiration », en découvrant les aquarelles. Il note dans ses carnets personnels en septembre 1922 : « Figurez-vous qu’il y a là quelque chose d’unique au monde : une collection d’aquarelles merveilleuses de champignons, de plantes et de poissons . Il y en a peut-être cinquante cartons représentant, peut-être, mille planches ou plus . Et tout cela est totalement inconnu, je suis un des rares privilégiés qui connaissent ce trésor inouï et d’une inestimable valeur . C’est l’œuvre d’un peintre -à la fois grand artiste et observateur scrupuleux- qui gagnait cinq francs par jour pour créer de l’Immortel, de la Beauté, les seules choses qui ne puissent passer ni vieillir.»

J’ai trouvé un portrait de lui, mais dont la reproduction est interdite. Vous le verrez ici.

Qu’est-ce qui relie le peintre à la belle propriété horticole? Cela reste à découvrir… En attendant, nous poursuivons la descente vers la Vallée du Var… ce sera l’objet d’un troisième épisode…

Melting-pot muséal

Après l’hospice, le musée de plein air, l’exposition Zao-Wou-Ki, vous espériez en avoir fini avec le musée d’Issoudun? Eh bien non, car il reste… tous les autres espaces de la vaste aile moderne dont je vous parlais naguère.

D’abord, un « enclos » Léonor Fini. J’ai eu envie d’utiliser ce terme, car je n’ai vraiment pas compris la situation étrange de cet espace qui présente une pièce de sa demeure, quelques photographies et de rares oeuvres.

Pourquoi l’artiste aussi fantastique que fantasque ici? je n’ai pas compris… Mais j’ai apprécié la photographie (hélas ici mal reproduite) de la Femme aux innombrables amants, tous aussi brillants que passionnants, et aux 17 chats (il a fallu attendre la mort du dernier pour liquider l’héritage!).

Derrière cette « parenthèse » au sein de l’expo Zao, un vaste espace dédié à des oeuvres contemporaines, dont certaines ne manquent pas d’humour…

Elles sont de Michel Gérard, un artiste français né en 1938 (avec un point d’interrogation pour le Musée Beaubourg), et résidant essentiellement à New York.

Une mention spéciale pour ces parachutes…

Et puis, sans transition, les visiteurs/euses se trouvent plongé-e-s dans une pénombre, au milieu de… pirogues… miniatures ou de taille à faire peur aux ennemis ou aux divinités maléfiques, voire aux sirènes!

Pas d’exotisme sans masques, n’est-ce pas? Les voici donc, pour que vous ne soyez pas déçu-e-s, avant de quitter, je vous le promets, ce musée qui m’a retenue 4 jours (pour l’écriture), alors qu’il me reste la suite du voyage vers Nice à vous narrer, sans compter ce que j’y ai vécu avant de revenir à Paris, d’où est écrit ce texte!

Mais je préfère vous laisser sur ce penseur (pas de Rodin, non) et le Soleil en perspective, au bord de la fraîche rivière. Les 4 éléments : (plein) air, eau (onde pure du cours d’eau), terre (pas à prouver!)… et feu, me direz-vous? Mais le bronze, bien sûr!

Zao Wou Ki : l’Oeuvre gravé et imprimé (1)

Sans faire de parisianisme outrancier, on ne s’attend franchement pas à ce que l’expo Zao de l’année ait lieu à Issoudun! Et pourtant!

Je vous ai déjà présenté l’Hospice Saint Roch et ses jardins, mais ai soigneusement évité de vous faire pénétrer dans l’aile moderne du musée, qui abrite une riche collection d’oeuvre du peintre.
Bien rangées… rires… à savoir, classées en fonction des dates. Souvenez-vous : il est né en 1920 et mort en 2013, cela en fait, des décennies! et des changements de style, des recherches, des expérimentations de techniques, et surtout des rencontres.

« Une donation exceptionnelle d’estampes de Zao Wou-Ki est venue rejoindre les collections du musée d’Issoudun en décembre 2022. Françoise Marquet-Zao est à l’origine de cette donation constituée de 353 estampes et 27 livres de bibliophilie de l’artiste Zao Wou-Ki (1920-2013). L’exposition « Plage de Papier » présente dans un parcours chronologique une sélection de 200 estampes de cette donation auxquelles viennent s’ajouter les prêts de 7 œuvres (Huile, encre, aquarelle) issues de collections privées. » (site officiel)


Car je dois dire que ce qui m’a le plus intéressée et marquée, durant cette visite, est l’incroyable diversité des techniques, et les associations avec des écrivains variés.

Pas question que je vous refasse le catalogue (fort bien conçu, soit dit en passant) de l’expo… Juste un aperçu, avec, dans un second temps, une focalisation sur Zao illustrant de la littérature.

Vous l’avez compris, le parcours est chronologique. Commençons donc fin des années 40 et années 50…

Une présentation des outils de l’artiste…

Continuons en grappillant parmi le nombre impressionnant d’oeuvres…

A ce moment du parcours, ça s’est gâté pour moi : une exposition Leonor Fini vient l’interrompre brutalement, puis on se retrouve devant des oeuvres de dates variées. Alors ne comptez pas sur moi pour une chronologie parfaite… mais quelques coups de coeur, oui!

Et en particulier ces deux oeuvres du tout début de l’expression artistique partagée du jeune Zao Wou Ki, qui me touchent profondément… peut-être parce qu’elles évoquent les voyages, la mer, la voile, et qu’elles font écho aux gravures rupestres?

Empreintes

Le mois dernier, j’avais découvert la remarquable dynamique culturelle d’un petit village normand, Longueville-sur-Scie. Je n’ai hélas pas eu le temps de relater ici cette visite d’une propriété extraordinairement vivante, celle de Pierre et Bernard, qui organisent chez eu des expositions, telles que « De l’Art en ce jardin« , et des concerts, tout au long de l’année… j’essaierai de le faire, promis.

Lors du vernissage, j’avais fait la connaissance de Sylvie. Elle m’avait expliqué qu’elle gérait un espace artistique créé dans… une maison de santé! MédiScie. Or, co-incidence, la semaine dernière, une amie artiste m’a justement envoyé une invitation pour un vernissage : elle allait exposer en ces lieux.

Me voici donc, en premier samedi de juillet plutôt frisquet, sur les petites routes normandes, en direction de Saint Crespin, village d’un peu plus de 300 âmes (depuis le concile de Trente, y compris les femmes!), qui jouxte Longueville, dans la vallée de la Scie. Et je n’ai pas regretté la petite heure de route! D’abord, parce que les paysages sont très beaux et apaisants. Ensuite, parce que chaque hameau recèle des trésors d’imaginaire architectural. Enfin, par ce que j’y ai vécu.

Le rendez-vous se situait à l’église Saint Crespin, du village éponyme. Mais il était précisé qu’une promenade nous conduirait ensuite à la maison de santé MédiScie, puis à l’EHPAD du village, où aurait lieu un concert. Et c’est effectivement ce qui s’est produit. Je ne vais pas tout vous raconter, ce serait trop long. mais plutôt exprimer le plaisir ressenti à constater que des personnes bénévoles et bienveillantes peuvent produire un évènement exceptionnel, dans des sites inattendus, en mobilisant un grand nombre d’acteurs, des habitant-e-s aux artistes.

Empreintes

Empreintes de vie. Empreintes de morts.

Empreintes de la Nature. Empreintes de l’Homme.

Les promesses du titre ont été tenues.

Dans le premier site, l’église, il a été fait le choix de présenter des oeuvres d’artistes qui ont exploité des techniques diverses pour fixer des empreintes. Depuis celles d’un tyrannosaure jusqu’à celles de légers feuillages.

Dans le second, une symphonie de formes et de couleurs. Ici, les empreintes allient les souvenirs du passé, comme ces blockhaus tombés des falaises, aux vécus émotionnels, la poésie d’Anna de Noailles à la prose si poétique de Colette, la calligraphie au tissage, le noir et blanc, décliné en nuances de gris, aux couleurs éclatantes des peintures d’enfants de maternelle…

Enfin, des oeuvres collectives, dans la rue, et d’autres plus personnelles, à l’EHPAD… Une richesse et une variété époustouflantes…

Ce petit miracle, on le doit entre autres à trois femmes. Sylvie Auger, d’abord, à la fois organisatrice et tisseuse de liens. C’est à elle que l’on doit l’initiative, mais aussi la mobilisation d’autant d’artistes de régions différentes.

Sophie Doré, aussi. La maire du village. Elle a été présente, souriante et aimable, tout au long de l’événement. Et n’a pas « fui » à toutes jambes une fois les discours achevés, comme son collègue du Conseil Départemental. Sans doute un des « moteurs » de la vie culturelle du village. Mais aussi investie dans celle de l’EHPAD, où sa maman a travaillé jadis comme aide-soignante.

Anne Legrand, enfin. Une directrice pleine de PEPS : on la trouve à l’église, on la revoit à l’EHPAD, tantôt promenant les résidentes, tantôt servant boissons et petits fours… Accompagnée de ses parents et de ses charmantes petites filles, parmi les personnes âgées. Et attentive à toutes et tous, délicate avec les concertistes qui ont bien du mal à se faire entendre.

Une belle chaîne humaine et humaniste, avec trois femmes comme « maillons forts »… et une belle expérience vécue dans ce petit village… Merci, Sylvie, Sophie et Anne! Mais aussi Sébastien, Pierre et Bernard… Sans oublier Thierry, artiste si souriant et hospitalier… je vous en reparlerai… comme je vous présenterai quelques aspects des oeuvres exposées et de leurs auteur-e-s…


	

Un lycée que j’aurais aimé fréquenter…

Avez-vous déjà été invité-e dans un lycée pour un vernissage? Moi, jamais. Aussi, poussée par la curiosité, ai-je accepté cette invitation, moi qui ai plutôt tendance à fuir les mondanités… Et je n’ai pas regretté. J’ai découvert un univers scolaire exceptionnel, et une proviseure remarquable de « peps », de dynamisme, et de « professionnalité épanouie », si vous me permettez cette expression.

Imaginez… Vous êtes dans la petite ville royale de Eu, non loin du Château des Comtes (et, voici peu, surtout de la Comtesse) de Paris. Non loin de l’ancien Collège des Jésuites, avec sa chapelle qui, elle, abrite souvent des expositions. Non loin de l’historique glacière, où l’on conservait les pains de glace venus par bateau sur la Bresle. Le long de cette rivière, justement. Verdure. Statues. On se croirait dans un jardin. La bâtisse elle-même n’a rien de très esthétique, même si l’on perçoit la créativité d’architecte en quête de modernisme. Portail : ouvert. Porte : ouverte. Personne à l’accueil. Nous errons en quête de l’espace « Galerie ». Découvrons des murs ornés de photographies, de peintures diverses… Une dame souriante arrive « Je peux vous aider? » et indique le chemin vers la galerie. Il faut sortir de l’autre côté du bâtiment, traverser une cour, longer le second, beaucoup plus moderne, lui, avec de grandes baies vitrées. Espaces verts, encore. Tables en bois évoquant les aires de pique-nique. Une passerelle semble conduire vers la ville. Nous arrivons au bord du canal qui mène du Tréport à Eu. Et trouvons enfin les lieux.

Car oui, dans cet établissement scolaire, le Lycée Anguier, a été créée une galerie d’art, inaugurée le 1er octobre 2021. Le professeur d’arts plastiques n’est autre qu’un ancien artiste, comme il me l’a expliqué, qui a conservé ses réseaux. Jugez-en à partir de ce petit extrait trouvé sur le net, concernant Thibault Le Forestier.

« Administrateur de la Fraap
Membre de l’association Flux Lem et du CRI Haute Normandie
Représentant du CAAP en Haute Normandie
Vice président de l’association des Beaux Arts de Rouen
Professeur d’arts plastiques au Lycée Anguier Eu »
« Administrateur de la Fraap
Membre de l’association Flux Lem et du CRI Haute Normandie
Représentant du CAAP en Haute Normandie
Vice président de l’association des Beaux Arts de Rouen
Professeur d’arts plastiques au Lycée Anguier Eu »

La galerie sert, tout au long de l’année, à exposer les oeuvres des élèves qu’il accompagne. Et, de temps à autres, des oeuvres d’un artiste plus connu. C’est le cas en ce pont du 8 mai. Mais, avant d’en arriver à l’exposition elle-même, je souhaiterais, si vous le permettez, poursuivre sur le lycée. Il offre une option Arts Plastiques de la seconde à la Terminale, et est en lien avec les classes préparatoires aux Ecoles des Beaux-Arts (ce n’est pas tout… il y a aussi photo, théâtre, etc.). En préparant ce texte, j’ai découvert le blog hébergé sur le site du lycée : c’est ici. Soit dit en passant, iels ont aussi un Instagram, bien sûr!

D’autres oeuvres sont exposées dans ce qui ressemble davantage à une salle à manger de restaurant bobo qu’à un réfectoire.

Même la cuisine ne ressemble pas à une cuisine…

Eh oui, ce sont bien les oeuvres de l’artiste exposé à la galerie, que vous voyez sur le mur du fond. L’Art au Réfectoire… Incroyable, non? Et superbe audace de la Proviseure, Sophie Perrat, une femme visiblement exceptionnelle, heureuse, selon elle, dans son travail et dans sa vie dans cette petite ville de Normandie, elle qui a exercé dans des établissements et des villes de plus grande importance.

Les tableaux sont ceux de Jean-Marc Thommen, qui expose ici jusqu’à la fin de l’année scolaire, ou presque.

Il vient de publier un livre, « Les stratégies de débordements », chez un éditeur peu connu EndEdition. Voici une présentation de celui-ci.

« Jean-Marc Thommen explique dans ce livre, entre autres sa façon autant de se réapproprier l’ébauche en un processus infini que dans la manière immersive de préparer une exposition (à la galerie des Jours de Lune).
Reste toujours une part d’énigme dans une telle approche autant par ce qu’elle fait que par les gestes pour la mobiliser ainsi que les phénomènes qui interrogent le créateur.
Plus particulièrement et comme le souligne Pauline Lisowski, avec Débauche d’ébauches l’artiste invente toute une série de superpositions de découpes pour jouer entre décision et indécision, commencement et recommencement.
Et c’est ainsi qu’une telle œuvre suit son cours. »

Je vous laisse maintenant continuer à découvrir cette exposition, non plus au réfectoire, mais dans la salle dédiée, la Galerie…

Vous l’avez peut-être deviné, la dernière oeuvre présentée est ma préférée… Normal, je travaille en ce moment sur « La Sombritude »…

Henner et la Femme

Vous avez déjà pu voir les femmes proches du jeune Henner… Encore vous ai-je épargné le sinistre tableau représentant sa mère au chevet de l’enfant défunte… Vous avez vu aussi l’Alsace douloureuse incarnée par une jeune femme en costume traditionnel de veuve… Je vous propose de continuer à explorer les diverses facettes de la Femme interprétée par l’artiste.

L’exposition en cours, au moment où j’ai visité le musée, avait pour thématique les portraits (jusqu’au 5 juin 2023). Ce n’est pas ce que j’ai préféré, mais je me dois de vous en présenter quelques-uns, n’est-ce pas?

J’aime particulièrement celui-ci, qui représente Alice Durand-Gréville. La femme du critique d’art, ami de Henner, était écrivaine, sous le nom d’Henry Gréville.

Femme-passion, femme-enfant, femme-symbole… une variété infinie…

« Cherchant l’âme dans le visage, l’expression fugitive et passagère qui met un éclair de splendeur à la plus vulgaire physionomie, le Maître étudie patiemment son modèle, jusqu’à ce qu’il l’ait trouvé. L’instant vient où l’étincelle jaillit. Il la saisit, rapide et fugitive, et la fixe sur la toile, à jamais arrêtée. C’est là un art suprême et c’est ce qui tentera toujours les jolies femmes d’être peintes par Henner.
Vento, 1888″ 

La Femme est séduction, pour l’artiste qui semble avoir résisté à la tentation toute sa vie, d’après ses biographes… Est-ce ce qu’a voulu signifier le/la scénographe en plaçant les deux natures mortes à cet endroit étrange?

Quelle que soit sa posture, et l’environnement dans lequel elle se trouve, la Séductrice est omniprésente, plutôt soumise que dominante… Quoique…

« La Madeleine », alias Marie de Magdala, alias Marie-Madeleine, La Chair et l’Idéal réunis…

Vous l’aurez remarqué, la « roussitude » plaît au peintre. Les longs cheveux roux font peut-être référence à un autre peintre dont nous avons vu des oeuvres dernièrement… Vous souvenez-vous? Celui pour lequel ils représentent le Mal, la Vampire, la Dominatrice?

Mais revenons à Henner, avec les Naïades, dans toute leur nudité et leur lascivité.