J’ai toujours détesté le « faux ancien ». Vous savez, ces salles de séjour faussement Henri II ou ces manoirs modernes voulant se faire passer pour historiques? De même que je ne comprends pas la lutte contre les rides de certaines personnes, à coup de Botox et d’opérations chirurgicales.
Alors, vous pouvez comprendre mon appréhension à l’idée d’aller revoir Notre-Dame après sa restauration. J’aurais dû m’abstenir. Pour garder le souvenir de celle qui était pour moi si symbolique du Moyen-Age, cette si belle « vieille dame »…
Car j’ai eu un véritable choc en entrant. A découvrir ces voûtes toutes blanches, qui font vraiment « faux ancien »! Jugez-en plutôt…
Heureusement, des éléments « modernes » rappelleront à l’avenir le souvenir de notre époque…
Les vitraux eux-mêmes m’ont posé question. Du style « Qu’est-ce qui est authentique? Qu’est-ce qui ne l’est pas? Et « authentique » de quelle époque? ». A vous de jouer…
Pour les tableaux, c’est un peu plus facile… Des « anciens » sont toujours là…
… et des « nouveaux » les ont rejoints, dont certains plutôt exotiques, voire rafraîchissants…
Je ne sais dans quelle catégorie classer la série d’icônes au fond de la nef, ni cette étonnante « oeuvre ».
Heureusement, il reste des éléments qui témoignent de l’Histoire… je vous en parlerai dans un second article, si vous le voulez bien…
Durant la sinistre période du confinement, j’avais noué des liens virtuels, médiés par le Net, avec l’auteur de Un Jour Un Tableau, sur Facebook. Entre autres, nous avions travaillé l’un et l’autre sur les laveuses, alias plus au sud lavandières, ou bugadières (voir articles sur ce blog, mais il faut « remonter » loin dans le temps…). Depuis, nous continuons à jouer « en écho », et il glisse de temps à autres de nouvelles oeuvres découvertes. A mon tour, cette fois, car, lors de ma visite de l’exposition consacrée à Boudin, au Musée Marmottan, j’ai été surprise de découvrir que ce peintre s’était intéressé aussi aux scènes de lessive. Pas au bord de la mer. Pas dans les lavoirs. Mais sur les fleuves et rivière, et dans les estuaires. Je lui dédie donc ces photos prises au Musée. Sans doute le mathématicien collectionneur s’y intéresse-t-il aussi, car il n’y en avait pas qu’une…
Le 12 août 1874 était jour de lessive au bord de la Touques. Et tandis que Belles Dames et Beaux Messieurs se promenaient ou tenaient salon sur la plage, on lavait de concert.
Mais on lavait jusque dans les ports asséchés partiellement par la marée basse. J’ai malheureusement oublié de noter le nom de celui-ci, mais ai identifié, après recherches, Trouville, grâce notamment à la position de l’église, au-dessus de l’estuaire de la Touques.
A Deauville aussi, on lave le linge des plus riches… J’ai découvert cette oeuvre dans un autre blog, « Des nouvelles de la Butte aux Cailles », qui présentait une exposition au Musée Jacquemart-André en 2013.
Plus de calme, et moins de monde pour cette séance de lessive à la campagne…
En recherchant sur le net le titre des tableaux, j’en ai découvert d’autres! Cette fois, c’est à Etretat qu’oeuvraient les dames.
Une petite remarque pour finir : le ciel n’est jamais vraiment bleu, et les nuées font craindre des difficultés pour le séchage… qui n’a jamais, semble-t-il, intéressé le peintre au point qu’il en fasse son sujet…
Bon, je suis d’accord avec vous, ce titre n’est pas digne d’un blog censé « se tenir »… Mais je n’ai pu m’empêcher de faire référence à cette vieille chanson entendue moultes fois dans mon enfance. Ce n’est toutefois ni de noir ni de blanc, et encore moins de jeune fille, que je veux vous parler aujourd’hui, mais bien de Boudin, de son prénom Louis-Eugène, né à Honfleur en 1824, et mort tout près de là, à Deauville, âgé de 74 ans. Le voici à l’oeuvre (c’est le cas de le dire!)…
On comprend qu’il ait aimé produire des marines!
Et des marines, on voit, on en déguste, et on s’en lasserait presque, dans cette exposition du Musée Marmottan.
Pourtant, j’aime ce genre, et j’aime ce peintre. Mais il y en a vraiment beaucoup, et la faiblesse de la muséographie n’aide pas à éviter la lassitude. Dommage! J’ai compris pourquoi, lorsqu’à la sortie j’ai découvert qu’il s’agissait d’une collection particulière, celle d’un homme que Beaux-Arts qualifie de « mathématicien fou », Yann Guyonvrac’h. Or celui-ci, réputé « prodige des algorithmes » a réussi, à 52 ans à peine, à réunir une incroyable quantité de tableaux de Boudin!
Mais il n’y a pas que des marines : comme son nom l’indique, ce Breton a aussi focalisé sur sa région, et j’ai découvert de charmants tableaux représentant femmes et paysages de « ma bro » d’adoption. Pour les curieux/euses, un peu de langue : son nom est un ancien surnom breton, signifiant « digne d’avoir des chevaux »….
On voyage donc sur les côtes de Bretagne et de France, mais aussi un peu ailleurs, en particulier à Venise, qui donna du fil à retordre au peintre, la lumière écrasant davantage les reliefs naturels ou architecturaux, ce qui explique peut-être que j’aie trouvé ces tableaux moins intéressants…
Voici donc quelques tableaux que j’ai choisis pour illustrer mes propos… Commençons par le plus évident : sur la mer, il y a des bateaux, et, dans ceux-ci, des marins.
Des pêcheurs, mais aussi la marine marchande, voire la Marine Nationale, comme ici à Brest:
Sur la côte, la population est variée, et l’hétérogénéité des scènes saisies par l’artiste est impressionnante. Tantôt une vie laborieuse…
Tantôt la Haute Société qui tient salon sur le sable, comme ici à Trouville…
Mais on s’éloigne parfois des rivages, pour s’intéresser à la vie des villages, lors de noces ou de marchés, par exemple.
J’ai découvert un aspect du peintre que j’ignorais, plus drôle, voire satirique.
Avec un faible, je l’avoue, pour cette jeune Normande…
Tel était le titre de la conférence qui se déroulait à Nice, en ce jeudi pluvieux de septembre, au Centre Universitaire Méditerranéen, alias CUM.
Je n’avais jamais visité cet endroit, à mon grand regret, et c’est avec plaisir que j’en ai découvert l’entrée et l’amphithéâtre dans lequel se tenait l’événement. Les photos précédentes ne sont pas de moi, mais celles qui suivent, oui… alors, pardonnez leur imperfection!
Et en prime, pour celles et ceux d’entre vous qui ne connaîtraient pas les drapeaux…
Un public étonnant, composé en grande partie de « vieilles dames », toutes plus « Tati Danielle » les unes que les autres. Quelques vieux messieurs aussi. Et un « jeune » d’une trentaine d’années, qui semblait perdu au milieu de cette foule de personnes âgées qui m’ont surprise en se montrant exigeantes et désagréables avec la conférencière lorsqu’elle a rencontré des difficultés avec son micro. Et qui ont quitté la salle rapidement à la fin, empêchant l’échange prévu autour de questions. Bref, je n’ai jamais vu un public aussi « malotru »!
Pourtant, la dame en question était très brillante, et a abordé le sujet de manière très personnelle et intéressante. Elle n’avait pas été présentée au début, mais nous avons découvert sa carrière à la fin. Pour en savoir plus sur elle, regardez sur le net… Marianne Mathieu est historienne de l’impressionnisme, et a notamment publié sur Monet/Mitchell, l’impressionnisme… et redynamisé le musée Marmottan, comme le raconte cet article.
Son « angle d’attaque » est original. Elle part du questionnement suivant : « Qu’est-ce qu’on voit, et donc qu’est-ce qu’on ne voit pas sur les tableaux peints à Nice par l’artiste? En quoi cela permet-il d’appréhender les spécificités de son art? »
Et je n’ai pas été déçue. Après avoir évoqué la famille, puis les premières années artistiques de Berthe Morisot, elle est arrivée aux deux séjours hivernaux par Berthe et sa famille à Nice, en 1881-82 et 1888-89. Avec un comité scientifique bien choisi, qu’elle a présenté et dont elle a explicité le rôle, les tableaux ont été analysés et comparés à des archives de l’époque, de manière à situer précisément les lieux où ils ont été conçus. Puis l’étude des carnets et de la correspondance de l’artiste ont permis de retracer la genèse de ces tableaux, pour prouver que « peindre sur le motif » – expression que je découvrais! – ne signifiait pas « peindre à la va-vite ». Mais qu’elle préparait et travaillait ses oeuvres sur un temps long, contrairement à certaines allégations l’accusant de « bâcler » son travail.
Voici quelques exemples des diapositives projetées. Avec, malheureusement, l’angle sous lequel je les voyais. Car arrivée un quart d’heure avant le début, je n’ai pu avoir qu’une place « de côté »!
Pour commencer, des tableaux en lien avec le port de Nice à cette époque…
Puis d’autres montrant des éléments de la plage.
L’idée était ici de situer ce tableau sur la plage (photo copiée sur le net, site de Connaissance des Arts présentant l’exposition actuellement à Nice et bientôt à Gènes)
Beaucoup de recherches aussi, autour d’un petit tableau présentant un yacht éclairé.
L’histoire en a été reconstituée, grâce à des recherches minutieuses… En ce 25 février 1889, Sa Majesté Carnaval arrive par la mer dans le port de Nice. Une foule nombreuse assiste à l’événement. Parmi laquelle, Berthe et sa fille Julie Manet. Un riche Américain y est également, mais sur son yacht, la Namouna, de James Gordon Bennett, patron du journal New York Herald.
Or celui-ci est le premier à avoir bénéficié d’un éclairage électrique… grâce à Thomas Edison… C’est ce navire qu’a peint Berthe Morisot. Mais, dans la foule??? Non, elle a fait des croquis, puis a finalisé dans son atelier…
Bref, l’heure et demie et les 127 diapositives projetées ne m’ont pas lassée, et j’ai beaucoup appris durant cet exposé passionnant, avant d’acheter le catalogue de l’exposition, que je n’ai pas encore visitée. A rattraper rapidement, car elle se termine ce dimanche!
Mes fidèles lectrices et lecteurs m’ont fait remarquer que le blog semblait « mort » depuis quelques temps. Effectivement, je ne parvenais plus à écrire, pour diverses raisons. Mais désormais, promis, je vais tâcher de prendre le temps de le faire, ne serait-ce que pour partager, comme toujours, ce que je découvre. Et hier, c’était l’exposition Turner au Forum Grimaldi, à Monaco.
L’intitulé de l’exposition m’avait interpellée, et, je dois dire, la fonction « marketing » a bien fonctionné car, bien que j’aie déjà vu de nombreux tableaux et dessins de cet artiste, j’avais envie d’en découvrir d’autres. Et j’en ai découvert… Par contre, la notion de « sublime » m’a quelque peu échappé, et ce n’est que ce matin que j’envisage de l’approfondir. La pluie sur Nice aide à la réflexion!
Une belle scénographie
Je ne connaissais pas le Forum, et c’est un lieu étrange, genre gros hangar à peine décoré. Mais, avec quelques décorations sobres et bien pensées, cela fonctionne.
L’impression d’expérimentations permanentes
Tout au long du cheminement, j’ai eu l’impression que je me trouvais face à quelqu’un qui, toute sa vie, aurait recherché quelque chose. Dans l’expression de la couleur, ou plutôt de la lumière… Mais au fond, les deux ne font qu’une chez Turner. Jusqu’à arriver à une explosion de lumière, comme dans ce tableau.
Dans la façon de traduire les mouvements, en particulier ceux des éléments naturels. La neige en avalanche, les nuages, la pluie, la mer…
Le tableau ci-dessus en particulier m’a rappelé celui de Van Gogh, présenté dans un précédent article…
Le goût des petits détails
Un aspect de sa peinture que j’avais jusqu’à présent négligé : j’ai découvert dans de nombreux tableaux de petits personnages qui situent l’être humain comme infiniment petit par rapport à la nature ou à la violence d’autres humains. En voici quelques exemples.
Jusqu’à, dans l’un de ses derniers tableaux, suggérer les Ombres errantes…
Dans le précédent article, nous étions à Deauville pour l’exposition consacrée à Zao Wou-Ki, et je vous avais promis de finir sur ses rencontres avec les poètes. En effet, une partie de l’exposition est consacrée au dialogue entre les oeuvres des uns et des autres.
Le processus est loin d’être toujours identique. Dans certains cas, une oeuvre en précède une autre, qui soit la commente, soit l’illustre… Dans d’autres, il s’agit d’une sorte d’écho entre deux créations.
Dans l’exposition, le parcours est chronologique. Je ne ferai pas le choix du même ordre, préférant comme critère la « proximité » entre les artistes : de la moins forte à la plus prégnante.
EZRA POUND
C’est pourquoi je commencerai par « le dernier », chronologiquement parlant, qui est celui dont Zao n’a jamais été proche de son vivant : Ezra Pound. En effet, c’est après le décès de ce dernier que les éditeurs ont sollicité le peintre pour qu’il crée des estampes en regard d’une de ses oeuvres.
YVES BONNEFOY
C’est assez tardivement aussi que Zao a oeuvré en écho aux poèmes d’Yves Bonnefoy, autour des années 2000…
HUBERT JUIN
C’est aussi une maison d’éditions qui est à l’origine de la rencontre entre Hubert Juin et Zao Wou_Ki et amena ce dernier à créer « en résonance » avec les poèmes de l’écrivain.
RENE CHAR
31 ans d’amitié et de créativité partagée, telle est l’histoire de René Char et Zao Wou-Ki, qui a été à l’origine de nombres d’oeuvres…
Le premier ouvrage qui en résulta est présenté dans cette exposition. En voici quelques extraits.
HENRI MICHAUX
Une longue amitié a lié les deux hommes. Elle a commencé peu après l’arrivée du jeune Chinois à Paris et a duré jusqu’au décès du poète en 1984. Elle a perduré au travers d’hommages et d’illustration d’éditions posthumes.
Il est assez rare que l’écrit succède à l’image, en poésie, surtout lorsque les artistes ne se connaissent pas… Tel est pourtant le cas de cette « lecture » qu’avait faite le poète lorsqu’il découvrir les oeuvres du jeune Chinois, avant même de le rencontrer.
« En regard de… », « lecture », « résonance »… les modalités d’interactions entre les artistes et entre leurs oeuvres sont d’une grande variété, telle est la leçon que l’on tire de cette exposition, qui me donne envie d’approfondir tout cela par la suite… Mais je ne veux pas terminer sans citer le peintre, bien sûr!
L’intérêt pour Zao Wou Ki est décidément un moteur pour visiter la France! Après Chateaudun, découvert l’été dernier pour aller voir les oeuvres offertes par sa veuve à ce musée étonnamment important pour une ville de cette taille, c’est à Deauville qu’il m’a conduite en ce long « pont » de l’Ascension. Pourtant, ce n’est pas ma destination préférée! Mais la découverte du lieu de convivialité et de sérénité que constitue « Les Franciscaines » me ferait presque changer d’avis… En tout cas, j’ai décidé d’y retourner pour en poursuivre la visite, et la « déguster », car je ne pouvais y faire cette fois qu’une halte assez longue pour une exposition, mais trop courte pour une visite de l’ensemble, et encore plus pour traîner dans le jardin ou lire dans la salle de restauration, de type « réfectoire » avec sa longue table, ou sous la verrière aménagée en bibliothèque cosy.
L’exposition porte un titre intrigant : « Les allées d’un autre monde »…
Je ne ferai pas de longue glose sur cet intitulé, mais comme j’ai choisi quelques éléments de cette riche exposition, je pense que vous construirez vous-même des interprétations de celui-ci. Partons donc, avec ou sans guide, découvrir ces « allées »…
Dès la première série, une hypothèse s’impose…
Un exemple frappant, pour moi, en est un tableau qui m’a beaucoup touchée, et que j’ai eu envie d’appeler « L’Eve eurasienne », j’en demande pardon à l’artiste…
Comme je vous l’ai dit, je ne vais pas disserter sur cette exposition, mais focaliser sur quelques oeuvres, et sur certaines des nombreuses citations qui la scandent.
C’est sans doute un des facteurs de son attrait pour des supports divers, dont de nombreux exemples sont présentés à Deauville.
L’une des caractéristiques de Zao Wou Ki est d’avoir collaboré avec beaucoup de monde. Le résultat en est qu’il a participé, directement ou indirectement, à la création de nombreuses oeuvres et de divers monuments. C’est ainsi, par exemple, qu’on trouve de ses oeuvres aussi bien dans le métro de Lisbonne que dans un collège de la Seyne-sur-Mer (dans ce cas, je devrais écrire « trouvais », car l’oeuvre a été déplacée).
Quant au collège de La Seyne-sur-Mer, c’est son ami Roger Taillibert, l’architecte, entre autres, de la piscine de Deauville, qui a eu cette idée, comme le raconte cette vidéo. Ils étaient tous deux membres de l’Institut des Beaux-Arts.
Il a aussi été ami avec de nombreuses personnalités, dont l’architecte de la Pyramide du Louvre, comme le rappelle cet article de Connaissance des Arts.
Une des toiles achetées par Pei (qui avait, comme Zao, fui la Chine communiste et qu’il avait rencontré dès 1952) a battu un des records de vente chez Soteby’s, un tryptique, « Juin-Octobre 1985 ».
« « C’est l’exemple parfait de la fusion entre les techniques orientale et occidentale, ainsi que de sa philosophie », explique Vinci Chang, responsable de l’art asiatique chez Sotheby’s. Avec une adjudication de 65 millions d’euros, la maison de ventes britannique Sotheby’s signe un nouveau record pour l’artiste, surpassant de loin les 26 millions de dollars décrochés par Christie’s l’an dernier, avec l’œuvre 29.01.64.
Le triptyque « abstrait » est la toile la plus monumentale réalisée par Wou-Ki, elle avait par ailleurs été commandée personnellement par Ming Pei, le père de la pyramide du Louve, un fervent admirateur et ami de l’artiste. » (source)
Une des « trouvailles » des concepteurs de cette exposition est pour moi remarquable : l’idée d’avoir listé tous les « hommages » et les « tributes » de Zao…
Encore un « pont » avec la culture chinoise… Zao avait traduit bien des textes, et notamment celui de Laozi, que nous connaissons souvent mieux sous le nom de Lao-Tseu, « père » du taoïsme.
La citation qui précède et cette photographie de l’artiste closent une exposition dont vous n’avez eu qu’un aperçu…
Il reste un autre « monde » dont j’ai envie de vous parler, celui de la poésie. Ce sera l’objet d’un second article, si vous voulez me suivre…
J’ai déjà écrit, sur ce blog, un article présentant la Villa Paloma. Celles et ceux qui l’ont lu comprendront que j’aie eu envie d’y retourner.
Ce que j’ai donc fait après la visite du Pavillon Bosio. Et, pour la première fois, j’ai pris le bus qui serpente à travers Monaco et Monte Carlo, menant du Musée océanographique au Jardin exotique. Presque une demi-heure, qu’on ne voit pas passer tant il est intéressant de découvrir un autre Monaco, à travers la population qui prend ce bus, par exemple pour aller au marché Place d’Armes, ou pour vaquer aux occupations quotidiennes. Car il y a bien, dans cette ville, une population qui est loin des fastes et de la richesse, et qui profite des transports en commun parce qu’elle n’a pas, ou plus de véhicule personnel.
D’un terminus à l’autre, on peut aussi découvrir les différents aspects de la ville, et les étonnants mélanges d’architecture…. Me voici arrivée « tout en haut » (ou presque) : la villa Paloma jouxte le Jardin exotique. Les fenêtres offrent une vue plongeante, comme le montre cette photo empreinte de « japonisme » (plongée, poteau, « grille », voile – j’ai bien appris ma leçon, lors de la conférence à Nice!).
J’y retrouve deux oeuvres qui ont changé : normal, elles exploitent la mouvance de la nature. L’une, parce qu’elle est composée à partir de peaux d’agrumes;
l’autre, parce que des plantes y poussent dans des chaussures, qui elles-mêmes vieillissent…
L’exposition du moment ? La casa ideale, de Pier Paolo Calzolari. Au départ, surprenante… des salles quasiment vides. Dans l’une, une bande de métal…
Dans une autre, des quasi-monochromes blancs un peu « ocre » avec quelques objets.
Mais peu à peu je suis entrée dans l’esprit de l’artiste, et me suis prise au jeu.
Il est des « oeuvres » qui m’ont questionnée sur le sens de ce qualificatif, comme celle-ci:
Un bruit au fond du couloir, étrange, comme un grincement répété à l’infini. Je découvre un petit porcelet rose, comme coincé dans une porte…
Mais d’autres m’ont séduite, comme celles qui suivent.
Approchons-nous, si vous le voulez bien…
Sur le mur qui lui fait face, cette phrase :
Après le bois, la fleur… La nature est souvent présente, d’une manière ou d’une autre, dans les oeuvres. Ainsi ces pétales qui forment le fond de ce « specchio oro portrait »…
… et ces feuilles de tabac qui forment comme une guirlande au bout de l’expression en lumière…
Il m’a cependant fallu voir l’entretien filmé dont j’ai pu profiter seule dans la salle de projection, pour mieux encore le comprendre, et saisir son rapport au monde, au langage, à la poésie. Vraiment très intéressant!
Un dernier regard sur le vitrail qui orne l’escalier, aux oiseaux éponymes de la villa, et je redescends vers le Rocher…
J’ai eu la chance d’assister hier à une conférence très intéressante, dont le thème était l’influence des estampes japonaises sur la peinture française de la fin du 19ème et de la première moitié du 20ème siècle.
JLa conférencière maîtrisait visiblement son sujet, et a réussi à captiver un public nombreux, en plein après-midi de cette belle journée ensoleillée, avec un exposé très bien et très abondamment illustré. Je ne vais, bien évidemment, pas le reprendre ici. Sachez, pour votre intérêt, qu’il est en ligne : elle propose, sur son site, d’accéder à ses conférences en ligne, pour la modique somme de 7 euros… et elles les valent largement!
Un petit mot au passage aussi pour l’association organisatrice, que je découvrais à cette occasion, et dont je viens d’ouvrir la page Facebook. Elle propose visiblement un programme très intéressant!
Pas question, comme je le disais, de « piller » ni même dévoiler le contenu très riche de l’exposé. Juste quelques points qui m’ont particulièrement marquée, et que je vais vous présenter sous forme de jeu. Voici longtemps que je ne vous avais pas fait jouer!
Influences du Japon
Observez donc les tableaux ci-dessous, et tentez d’y retrouver des éléments qui évoquent le Japon…
Commençons par l’artiste qui possédait une impressionnante collection d’estampes, Van Gogh…
Enigme 1 : quel mont est représenté sur ce tableau?
Enigme 2 : quels points communs entre l’estampe de Korin Ogata (18ème) et le tableau de Van Gogh (1889)?
Continuons avec Manet…
Enigme 3 : Zola est représenté par le peintre, assis à son bureau, à Paris. Pourtant, le Japon est bien présent. Comment? Attention, deux réponses sont faciles, la troisième l’est beaucoup moins. Et je ne parle pas de la manière dont l’écrivain est représenté!
La villa de Giverny regorgeait d’estampes, et Monet ne s’est pas privé de s’en inspirer (pensez aux nymphéas!). (Source de l’image)
Enigme 4 (pour rire un peu) : quels éléments rappellent le Japon dans le portrait de son épouse (1876)?
Enigme 5 (encore plus!) : quel élément du décor de son jardin, évoquant le Japon, Monet a-t-il peint 47 fois (enfin, dans les tableaux qui nous sont parvenus!)?
Plus difficile cette fois : de quelle nationalité est le peintre qui est à l’origine de l’oeuvre suivante (1888)?
Enigme 7 : de qui est ce tableau qui fut considéré comme « japonisant », et pourquoi?
Mais pourquoi ces influences? Deuxième manche du jeu!
Pourquoi ces influences, à ce moment précis?
Question 1. Qui est représenté sur ce tableau? En quoi est-ce en lien avec le « japonisme »?
Question 2. On parle de « japonisme » à cause de cet homme. Mais qui est-ce? En quelle année eut-il l’idée de désigner ainsi le mouvement?
Question 3. Une adresse à Paris : le 22 rue de Provence. On y allait chez un personnage portant un prénom wagnérien mais un nom à consonance asiatique. Qui était-il? Et pourquoi allait-on chez lui?
Question 4. Un « Musée rétrospectif »… cela fait un peu « pléonasme », non? Dans le « Palais de l’Industrie »… inattendu, non ?
Et pourtant! Il eut lieu en 1965… Combien d’oeuvres originaires d’Asie y sont présentées?
Question 5 : Une délégation japonaise vint à Paris en 1867… à quelle occasion? Quels liens avec le « japonisme »?
Question 6. Deux ans plus tard, une exposition étonnante…
Question 7. Encore des expositions! On voit bien les dates, mais ils ont oublié l’année! Quelle était-elle?
On assiste ainsi, en trois décennies, à une véritable expansion du japonisme. Est-ce à dire que les oeuvres japonaises n’étaient pas connues avant? Que nenni, mais c’est une autre histoire.
Je ne veux pas finir sans évoquer deux artistes dont a abondamment parlé la conférencière hier et que, pour ma part, je ne connaissais pas (encore des lacunes, direz-vous!).
Winslow Homer
« Winslow Homer débute comme reporter dessinateur durant la guerre de Sécession, avant de peindre des scènes décrivant le quotidien de l’armée et du monde rural dans la précision naturaliste qui dominait alors la peinture américaine. Après un séjour parisien, Homer adopte un temps la palette impressionniste, puis trouve sa marque définitive, entre réalisme et symbolisme. » (Musée d’Orsay)
Quels liens avec le japonisme? Il passe par un voyage en France, où cet Américain né à Boston découvre les peintres de l’Ecole de Barbizon – et souvenez-vous qu’un des grands de cette Ecole fut Daubigny, l’un des maîtres de Van Gogh (voir article de 2023), et va sans doute aussi fréquenter les milieux artistiques et les expositions à Paris. Souvenez-vous, 1867, c’est la date de l’Exposition Universelle évoquée ci-dessus!
Le tableau qui suit devrait en évoquer d’autres, pour vous…
Il est parmi les premiers peintres à avoir « tronqué » des objets, et ainsi fait en sorte que le hors-champ, par son absence, devienne si puissant.
En 1887, Monet va inverser l’orientation, remplacer la voile par les rames, et les hommes par les femmes…
On trouve sur le net de nombreuses vidéos qui présentent l’immense oeuvre de l’artiste, mais quasiment toutes en anglais. Je vous laisse donc choisir… Mais pour une présentation de l’homme, je vous conseille la National Gallery.
Henri Rivière
Encore un peintre que je connaissais pas, et qui fut fort inspiré par le Japon. Voici ce qu’en dit la présentation sur Gallica (BNF).
« Henri Rivière (1864-1951) a commencé sa carrière par le dessin et l’eau-forte avant de devenir, en 1886, metteur en scène et scénographe du théâtre d’ombres au cabaret du Chat noir, situé au pied de la butte Montmartre. En 1890, sous l’influence de l’estampe japonaise qu’il collectionne, il découvre la gravure sur bois en couleurs, dont il maîtrise toutes les étapes, du broyage des couleurs à l’impression. Ses suites, nées de la fréquentation régulières des côtes bretonnes, l’inscrivent dans l’histoire de l’estampe comme un acteur majeur du renouveau de l’estampe en couleurs. Il donne aussi ses lettres de noblesse à la lithographie en couleurs grâce à plusieurs séries de paysages (Le Beau pays de Bretagne, La Féerie des heures, Aspects de la nature), dont certains inspirés par la capitale (Paysages parisiens et Les Trente-six vues de la Tour Eiffel). En 2007, son fonds de l’atelier, entré par dation, est venu enrichir les collections du département des Estampes et de la photographie. »
Henri Rivière avait réuni une impressionnante collection d’estampes japonaises, comme l’explique le site de la BNF, Gallica.
J’avais très envie de voir « 5 hectares », car un peu fan, je l’avoue, de Lambert Wilson… Un peu plus frileuse pour le « Bonnard » sur lequel certains critiques étaient très réservés. Néanmoins, grâce au mauvais temps de ces derniers jours, je suis allée voir les deux, et ne puis m’empêcher de vous en faire retour.
5 hectares
Si vous recherchez un film « intellectuel », puissant, savant, passez votre chemin. Si vous avez envie de vous détendre et que vous appréciez l’humour au deuxième, voire au troisième degré, filez vite le voir, il ne va sans doute pas rester longtemps sur les écrans…
Pourtant, que cela fait du bien de voir un tel film, aussi vivant, dynamique, optimiste, rafraîchissant! J’ai passé un excellent moment, loin de la fureur du monde. Et partagé l’amour du héros pour les tracteurs… et la campagne, peut-être un peu trop esthétisée (si j’ose ce néologisme?)…
Et une scène d’anthologie : celle qui montre l’homme hyper-policé foncer sur les douaniers et contrôleurs qui viennent poser problème aux fermiers travailleurs! Un moment inoubliable! Mais il en est d’autres plus calmes, voire romantiques… je vous laisse les découvrir…
Bonnard
Pierre et Marthe
J’apprécie le peintre, mais je crains toujours les « biopic », comme on dit maintenant, ces films qui retracent la vie ou une partie de la vie d’un être célèbre… d’où la frilosité dont je vous faisais part plus haut… La personne qui m’accompagnait pour cette séance hivernale n’avait, elle, guère envie de voir ce film, assez bien démoli par les critiques de l’émission Le Masque et la Plume. Mais à la sortie, le contentement était partagé, nous y avions trouvé notre compte, et passé un excellent moment en compagnie de Pierre et de Marthe. Car le héros du film n’est pas vraiment le peintre. C’est plutôt celle qui est devenue sa femme tard, très tard, au crépuscule de sa vie.
« Bon public », peut-être, comme disent d’aucun-e-s avec mépris de celles et ceux qui s’émeuvent devant un grand écran? Je ne sais. Mais le film ne se contente pas de nous faire revivre le passé, de nous faire voyager, des bords de Seine à ceux de la Méditerranée, de nous montrer les processus de création… Il nous fait vivre aussi intensément toutes sortes d’émotions, du rire aux larmes, de l’enthousiasme à la sidération…
A voir donc absolument, que vous aimiez ou non les oeuvres des Nabis…