Les Rameaux sur l’Ile Saint Louis

En ce dernier dimanche de mars, le soleil brille sur les quais de Seine. Sainte Geneviève continue à veiller sur sa ville, de toute sa superbe.

Les pompiers s’entraînent, les uns le long de la berge, les autres sous un pont.

Il est 10 heures, les bouquinistes commencent à déployer leurs échoppes et à livrer leurs trésors ou bric-à-brac au regard des chalands encore peu nombreux à cette heure d’autant plus matinale que le changement d’heures a eu lieu cette nuit.

Le printemps est bien là, il se répand partout, faisant vibrer nos sens, nous en mettant plein la vue et plein les narines. Mais des péniches préfèrent se parer de fausses plantes!

Les alentours de Notre Dame font pitié… Un Algeco a été installé, qui la cache en partie…

Les grues perturbent toutes les images que l’on souhaite faire, et parfois entraînent un résultat cocasse…

Comme une épée de Damoclès sur la tête des innocents pigeons
Réajustement

On court, on marche, on pédale, on « trottine » (je ne sais pas quel verbe utiliser pour désigner l’action sur les trotinettes), on roule, et certains se contentent de rester tranquillement assis au bord de l’eau, malgré la fraîcheur matinale. Au loin, sur le Pont Saint Louis, un rassemblement étrange…

Eh oui, c’est le dimanche des Rameaux ! A ce propos, un très mauvais jeu de mots relevé sur le site de France Bleu, qui nous vient de Pierre Nuss, chroniqueur alsacien. Je vous le livre tel quel.

« C’est bientôt Pâques, et pour démarrer ce marathon de traditions, il vaut mieux commencer par le commencement. Ce dimanche, c’est… STOP ! Ce n’est pas le dimanche des Rambo, ce sera bien sûr le dimanche des rameaux. »

D’autres précisions, dont une aussi très drôle, sont apportées dans la suite de l’article :

« À propos de bêtes, nous n’avons pas encore parlé de l’âne, le Pàlmaesel, l’âne des rameaux, est une vieille tradition où l’on sortait une grande statue en bois de l’animal, parfois avec le Christ dessus, mais c’était plus rare. Les dignitaires du village organisaient une procession le matin, très digne, et l’après-midi, c’était la jeunesse qui s’en emparait pour faire parader l’âne à fond de train à travers les rues. Ils recevaient en échange du spectacle, des œufs, du pain, des saucisses, ou du lard. Et a priori, le dernier village d’Alsace qui pratique cette coutume est Ammerschwihr, à côté de Kaysersberg, où l’âne a été restauré après la Seconde Guerre Mondiale, et maintenant, il a même des roulettes !… »

Le plus drôle n’est pas que l’âne ait des roulettes, mais que le journaliste semble ignorer totalement qu’il s’agit d’une tradition très ancienne dans l’est, comme l’atteste cette statue en bois du XVème siècle – mais on en a des traces déjà six siècles plus tôt.

Christ des Rameaux, aussi dénommé Palmesel, Allemagne du Sud, XV7me siècle (Musée du Moyen-Age)

La Paroisse Saint Louis en l’Ile a organisé une procession depuis le pont jusqu’à l’église, dont elle a précisé en ligne qu’elle avait été autorisée. Un enfant chevauche l’âne, symbole d’humilité et de paix (par opposition aux chevaux des dignitaires et militaires).

Je suis étonnée par le nombre d’enfants et de jeunes gens dans la procession qui défile en chantant, palmes ou branches de buis à la main, après la bénédiction de ceux-ci par le prêtre, sur le pont.

Beaucoup de ce qui ressemble à des « enfants de choeur », d’un âge plus avancé. J’apprendrai par la suite qu’une maison adossée à l’église Saint Louis en l’Ile n’est autre qu’un séminaire, qui accueille une dizaine de jeunes se préparant à la prêtrise.

Au passage, j’admire les magnifiques broderies de la chasuble du prêtre qui va officier. Je ne suis hélas pas parvenue à les photographier de près, mais vous pouvez vous en faire une idée sur la photographie ci-dessus.

Il est 11 heures, les cloches sonnent, et la procession pénètre dans l’église pour la cérémonie religieuse qui inaugure la semaine sainte.

Ile Saint Louis au crépuscule

Il fait beau mais frais en cette fin de journée. Un couple marche sur le quai de la Tournelle, main dans la main. Plus tout jeune. Pas très vieux non plus. Lui porte l’uniforme de travail des « cols blancs » : un costume gris sombre. Comme je suis derrière, je ne vois pas s’il a une cravate… Elle a recouvert une robe tricolore (noir, rouge, blanc) d’un manteau trois quarts, noir comme ses chaussures à petits talons. Ils empruntent le pont de la Tournelle et, comme j’aime le faire à toute heure du jour, longent le quai de l’Ile Saint Louis en direction de Notre Dame. Elle et il s’arrêtent à l’endroit où le soleil couchant passe entre la cathédrale et le pâté de maison voisin. L’homme prend sa compagne dans ses bras… Elle paraît toute petite à côté de lui, blottie sous son épaule comme un moinillon timide. Elle se retourne, sans doute pour pouvoir profiter du spectacle du couchant, et les voici l’un contre l’autre, regardant (Allo, Saint Exupéry!) l’édifice blessé et Phoebus disparaissant progressivement à ses côtés…

Sur la Seine défilent les bateaux mouches dans lesquels parfois des tables sont dressées. Soudain une péniche rompt avec cette ambiance touristique. Elle vogue à contresens, sur le bras qu’empruntent généralement les embarcations allant vers l’ouest, alors qu’elle navigue vers l’est… J’aime à regarder les péniches, à imaginer la vie des mariniers et marinières, comme je le faisais sur les quais de la Sambre en mon jeune âge. Et puis, le souvenir d’une série oubliée, l’Homme du Picardie.

Une chorale chante dans le lointain. Venant de ce luxueux bateau portant le doux nom de Boticelli? Non, elle provient du pont Saint Louis, là où souvent s’arrêtent les passant-e-s pour écouter des groupes musicaux ou les discours de « L’homme au vélo » (dont je vous parlerai sans doute un jour…).

Les voici donc se dirigeant vers le pont. Mais, au moment où ils y arrivent, la chorale éphémère se disperse, et les jeunes qui la composaient s’égaient comme une volée de moineaux… Le couple repart en direction du Pont Louis Philippe. Le soleil est encore visible à cet endroit. Sans doute est-ce pour cela qu’il s’arrête… Ou simplement pour pouvoir à nouveau être l’un contre l’autre? Car aussitôt elle et il s’enlacent, leurs corps s’imbriquent l’un contre l’autre… Elle, face au soleil. Lui, face au bras de Seine où sont amarrées les péniches dont vous connaissez au moins l’une, Marcounet. Le vent a forci, il fait de plus en plus frais. Elle a visiblement froid, car elle glisse ses bras sous la veste de son compagnon…

Le soleil finit par disparaître, ici aussi, et ils regagnent l’île Saint Louis, pour emprunter la rue Saint Louis en l’île. Apparemment, en quête d’un restaurant, car de temps à autres l’homme regarde les cartes… Mais aussi pour profiter de l’architecture si diversifiée des immeubles de cette rue étonnante, pas encore totalement gâchée par le tourisme. J’aime les portails qui la bordent, ouvrant sur on ne sait quel couloir aux poutres marquées par le temps ou quelle cour arborée encadrée d’appartements dont on imagine le luxe discret… J’aime aussi le contraste entre le délire absolu de quelques motifs ou statues et des façades beaucoup plus sobres, notamment dans la partie la plus orientale de la rue. (Promis, j’écrirai un jour un article avec photos sur cette île… si vous le voulez…)

Le couple fait demi-tour au bout de celle-ci – vous savez, là où se situe l’Hôtel Lambert, martyr de l’alliance maudite entre fric et dictatures… Il revient donc, pour finalement pénétrer dans l’un des restaurants, sans doute repéré à l’aller… Pour quel dîner? Et quelle nuit ensuite?

L’obscurité gagne l’île, les passant-e-s, déjà en petit nombre, se font de plus en plus rares. Les quais de Seine sont peu animés pour un soir de fin mai. Il faut dire que la température ne favorise pas les pique-niques… Mais les bateaux poursuivent leur ronde autour des îles…

Surfer sur le net

Je cherchais ce dimanche ce qui pouvait être vu le long du chemin « Station Riquet » – « Péniche Demoiselle » quand je me suis aperçue qu’il y avait un ancien cimetière juif.

Pour celles et ceux d’entre vous qui connaissent un tant soit peu l’Avenue de Flandres, étonnant, non? Alors, comment faire pour le trouver?
Tout est expliqué sur un blog que j’ai découvert, un blog à la fois ludique et bien documenté… Je ne résiste donc pas à l’idée de vous le faire connaître.

Son titre lui-même est tout un programme… Paris-bise-art

On y trouve des pépites pour « inventeurs », sous forme de balades, d’informations sur un lieu, de jeux. Le dernier en date, au moment où sont écrites ces lignes, porte sur une fontaine bressane sise entre le 13 et le 15 de la Rue Pecquay, dans le 3ème arrondissement, près de l’Hôtel de Soubise.

Quant au petit cimetière juif terré entre les grands immeubles, le site explique son origine, son utilisation passée, et même la manière d’y parvenir.