En passant par la Picardie…

Voilà longtemps que je me promettais de m’arrêter à Corbie. Mais comme souvent, lorsqu’un lieu est situé sur un itinéraire que l’on emprunte régulièrement, on se fait ce genre de promesse et on ne la tient pas. En ce vendredi que les météorologues avaient annoncé pluvieux et venteux, je roulais vers le nord de la région en admirant les collines boisées et les vallées verdoyantes (joli cliché, non?) sous un soleil radieux, ravie de leur erreur. Il me fallait un arrêt – boulangerie, je n’avais pas décidé où.
Corbie, une boulangerie, des places de parking libres juste devant. L’occasion rêvée; j’achetai le pain au levain dont la seule vue était prometteuse… sans compter l’odeur dans la boutique!

De l’animation sur la place voisine… c’était jour de marché. Tentant d’aller y faire un tour, non?

Me voici donc achetant des légumes à un couple d’exploitants agricoles, de la viande au camion boucherie, du cresson au producteur. La patience et l’amabilité des commerçant-e-s m’ont agréablement surprises. La bouchère m’a offert un saucisson. Le cressonnier m’a expliqué qu’il produisait dans un village voisin, Hailly, et m’a précisé qu’il ne fallait pas se contenter des feuilles, mais faire une bonne soupe avec le reste. Voici sa recette : mettre les tiges dans de l’eau avec trois pommes de terre, un oignon, du sel et du poivre; laisser cuire (j’ai oublié combien de temps) et presser. « Vous aurez un délicieux potage », ajouta-t-il. Je n’ai pas osé lui dire que ma grand-mère, durant mon enfance, a essayé en vain de me faire manger de la soupe « aux herbes », comme je le disais. Qu’il s’agît alors de poireaux, de cresson ou de cerfeuil, je détestais cela…

Une fois le marché achevé, il faisait toujours aussi beau et doux. Bien sûr, je ne résistai pas à l’envie d’aller faire un tour. Après tout, rien d’urgent à faire à mon arrivée. Et cela laisserait le temps à la maison de se réchauffer.

Première direction : l’Hôtel de Ville, que je remarque à chaque passage car il est toujours aussi pimpant malgré une histoire visiblement chargée.

Comme vous l’avez imaginé, il s’agit d’un ancien château. Plus précisément, celui de Monsieur De Caix de Saint Aymour,
ancien maire, dont la fille épousa le Comte espagnol Albalaty Navajas.

Il fut racheté par la ville en 1923 grâce à une contribution de la ville de Chartres, marraine de guerre de Corbie.

Sur le fronton furent ajoutés trois blasons représentant les armes de
la ville de Corbie, ainsi que le Lion de Venise et trois corbeaux. On peut y lire l’inscription suivante : « Urbs Aurea Altera Roma » qui signifie « Ville d’Or Autre Rome ».

C’est ça, la modestie!

Ne cherchez pas la salle des mariages dans l’hôtel de ville, elle n’y est pas. On la trouve, avec la police municipale et le CCAS, dans un bâtiment étonnant situé derrière celui-ci.

Deux aigles, des têtes de chevaux, un chien… S’agissait-il des écuries? Je n’ai pas trouvé la réponse…

Direction maintenant, l’église que je vois au loin. En réalité, il s’agit d’une abbatiale; j’apprendrai par la suite qu’il y avait une grande abbaye à Corbie, qui dominait les alentours, avec ses 300 moines.

Abbatiale Saint Pierre

Elle est malheureusement fermée, et je ne pourrai en voir que l’extérieur, dont la couleur des portes interroge. Presque un bleu Klein! Pourtant, il n’a pas sévi ici, à ce que je sache…

Sur la place qu’elle borde, un autre édifice religieux. l’église Saint Etienne, aussi allongée et basse que l’abbatiale est « ramassée » et élevée.

Eglise Saint Etienne

Aux alentours, quelques détails architecturaux attirent mon regard. Depuis les porches carrés, que l’on trouve souvent dans ce coin, jusqu’à une école possédant encore un vaste préau, en passant par une maison arborant fièrement ce que l’on dénomme un mur en « rouges barres » (appareillage de pierres blanches et de briques liées à la chaux) – le pluriel est normal, ce n’est pas une erreur d’orthographe, mais la coutume.

Porche carré dans une maison jouxtant l’abbatiale
Un vrai préau (photo mal cadrée, pour éviter de prendre les enfants qui étaient alors en récréation)
Rouges barres

J 59 après N-C… En route vers « Pen Ar Bed »

Lever de soleil sur la campagne picarde… et couchant sur l’Atlantique, au bout du monde ou presque, le Finistère… Quelques photos glanées chemin faisant…

9 h 01… J’ai appris plus tard qu’un énorme sanglier se promenait par là quelques minutes plus tôt… mais je n’ai vu que les arbres sagement alignés pour saluer la re-naissance de l’astre solaire… ou l’apparition du char du Dieu ?

Levant sur la campagne picarde

10 h 27… Traversée du bac de Duclair, près de Rouen. D’habitude, je le prends dans l’autre sens en allant travailler, en alternance avec celui de La Bouille. Je ne me lasse pas des bacs, qui me rappellent l’Afrique… et ont un parfum de passé un peu nostalgique. Sur le quai, une « oeuvre » sujette aux attaques du vent et de la pluie évoque celui-ci.

Hier
Aujourd’hui
Passagère clandestine
Mouette Soeur Anne

12 h 47. Pause pique-nique sur la plage d’Houlgate, en une journée très alcyonnienne…

[1] Chéréphon. Quelle voix, Socrate, est arrivée jusqu’à nous, de ces rivages et de ce promontoire ? Qu’elle est douce à l’oreille ! Quel est donc l’animal qui peut la produire ? Car on dit que les habitants des eaux sont muets.

Socrate. C’est un oiseau marin[2], cher Chéréphon ; on le nomme Alcyon, il a la voix gémissante et pleine de larmes : les hommes débitent à son sujet une fable antique. On dit que jadis femme et fille d’Éole, fils d’Hellen, elle pleurait amèrement un époux, objet de sa plus vive tendresse, mort à la fleur de l’âge : c’était Céyx, de Trachine, fils de Lucifer et d’une beauté égale à celle de son père : la volonté des dieux lui a donné des ailes ; et maintenant, semblable à un oiseau, elle vole le long des mers, cherchant son époux, et errant par toute la terre, sans pouvoir le rencontrer.

[2] Chéréphon. C’est Alcyon, dis-tu ! Jamais auparavant je n’avais entendu cette voix, qui m’est arrivée toute nouvelle. C’est un son vraiment lugubre que fait entendre cet oiseau : comment est-il donc fait, Socrate ?

Socrate. Il n’est pas grand, mais il a reçu des dieux une grande récompense de sa tendresse conjugale : durant tout le temps qu’il couve ses petits, le monde passe des jours nommés alcyoniens, remarquables par le calme qui règne su milieu même de la mauvaise saison ; c’est aujourd’hui l’un de ces plus beaux jours. Vois comme le temps est serein ! comme la mer tout entière est calme, sans vagues, et ressemble, pour ainsi dire, à un miroir !

Fronton près du lieu de pique-nique

17 h 27… Course contre la montre! Le soleil se couche, d’après mon application « météo », à 17 h 31… Il faut donc espérer pouvoir assister à son coucher, comme les courtisans à Versailles jadis. Et c’est un spectacle toujours aussi envoûtant, avec pour décor lointain les îles des Glénan.

18 h 07 La nuit tombe… Mais une nouvelle belle surprise offerte par la nature m’attend sur le tout dernier tronçon qui me ramène à l’intérieur des terres… Un superbe lever de lune… de pleine lune, devrais-je dire… qui me guide vers ma destination.

J 10 après N-C

Voici 10 jours, un tiers de mois, que j’ai commencé cette série de photos, une par jour, pour tenter de déjouer la morosité du confinement, soit par la dérision, l’humour et le rire (souvent jaune), soit par une quête esthétique, plus ou moins réussie. Une par jour, m’étais-je dit… Voici donc celle de ce 10 novembre, prise hier soir. Un moment à saisir : la pluie menaçait au loin tandis que le soleil qui avait permis un bain de mer le midi était en train de se coucher…

Rideau de pluie au couchant

En faisant route vers Paris entre 4 et 7 du matin, j’ai aussi pu admirer un superbe croissant de lune éclairant la campagne picarde et la vallée de la Bresle… Mais là, pas de photo possible… Je vous laisse donc imaginer…

« Plage dynamique »…

Au pied de la falaise de Mers-les-Bains

« Plage dynamique »… Mais elle l’a toujours été, la plage, dynamique!

Avec le flux et le reflux de la mer…

Avec le sable se mouvant sous les vagues… blessé par les pelles des enfants et des pêcheurs de verre… transformé en oeuvre d’art ou en édifices et bateaux plus ou moins réussis par les parents retrouvant leur puérilité…
Avec les montagnes de galets sans cesse modifiées par la puissance des flots ou les pieds des baigneuses et baigneurs…

Avec toute cette vie qui grouille en elle et autour d’elle…

Alors, pourquoi cette expression ?

Contraindre les personnes à « bouger »… Facile pour les enfants! Moins pour celle ou celui qui a travaillé durement les jours précédents… et encore moins pour les personnes qui ont des difficultés à se mouvoir. Si ma mère était encore de ce monde, il lui serait interdit de rester à admirer la mer? Et l’enfant à la jambe cassée doit aussi marcher sans cesse s’il veut en profiter?

Vous l’avez compris, retrouver hier soir un de mes sites favoris dans ces conditions a déclenché une vraie colère contre les aberrations actuelles! D’autant plus que les galets sont jonchés d’énormes engins : les travaux printaniers, habituellement finis à cette époque, n’ont pas été réalisés. Des monstres métalliques embellissent le paysage. Bien statiques, eux!

Alors les personnes font ce qu’elles peuvent. Les bancs étant interdits, bardés de cordon en plastique rouge et blanc (combien de déchets toxiques indestructibles pour ce faire, au niveau national?), elles s’asseoient sur la digue ou sur les épis, le temps d’avaler leur sandwich. Car on tend nettement à la « mauvaise bouffe »: droit d’acheter frites, hamburgers et glaces pour les manger officiellement debout en marchant, alors que les restaurants qui proposent poissons et salades à des client-e-s détendu-e-s, bien assis-e-s, restent clos. Je pense aux jeunes qui ont racheté les Mouettes cette année, anciens salarié-e-s du patron qui leur a vendu le fond… à la famille qui tient l’Octopussy et à son personnel, qui m’accueillent quelle que soit l’heure quand j’arrive de Paris le vendredi soir…

Les personnes font ce qu’elles peuvent, disais-je. On « marchotte », on s’appuie, on fait quelques pas puis on s’assied avant de repartir. Un manège étonnant… Et à l’heure du dîner, c’est un concours d’inventions pour rester en famille ou entre ami-e-s sans que cela ne se remarque trop… Certain-e-s « craquent » et sont quand même « en grappes » assis par ci par là, sauf sur les bancs, les galets et le sable…

Et les oiseaux narguent ces pauvres humains…

Mouettes rieuses et goélands fanfaronnent…

Interdit !
Conversation à la plage, Louis Valtat (autour de 1910)

« Homme libre, toujours tu chériras la mer…

La mer est ton miroir… »

Au pied d’une falaise…

Le saviez-vous? Une côte de falaises commence au sud de la Baie de Somme, plus précisément à Ault – je vous parlerai un jour du Hâble d’Ault, un de mes lieux de prédilection, promis… Elle s’élève doucement, pour ensuite se poursuivre loin, bien loin vers le sud… parfois « cassée » par les cours d’eau qui viennent abonder la Manche, comme c’est le cas de la Bresle, qui a creusé une large vallée séparant deux départements (Somme et Seine Maritime) et deux régions (naguère Picardie et Haute Normandie, à présent Normandie et Hauts de France), mais aussi deux villes, Mers-les-Bains et Le Tréport.
En choisissant le titre de cette partie de mon blog, j’ai longuement hésité à exploiter le niveau « région », tant il me paraît difficile d’ainsi cloisonner ce qui pour moi ne constitue qu’un seul site, d’ailleurs dénommé « Les trois villes soeurs », à savoir Mers-les-Bains, Eu et Le Tréport. Même si l’histoire, l’économie et la politique en ont fait des soeurs ennemies…

En ce samedi de mars où le soleil joue à cache-cache avec les nuages dans une douceur incroyable (15 degrés), me voici donc dévalant les galets de la plage de Mers pour atteindre le sable et marcher ainsi entre mer et terre, dans un no man’s land dont s’emparent deux fois par jour joyeusement les oiseaux, et où réside une faune marine très discrète.

Le paysage y est étonnant, avec les blocs de falaise qui progressivement construisent un univers lunaire.

Des formes étranges évoquent des édifices, des champignons, des animaux mêmes…

Les galets éclatés sont autant de joyaux que l’on découvre parfois au détour d’un bloc d’albâtre, dont la blancheur fait ressortir encore davantage la couleur vive exaltée par l’eau et la lumière conjointes.

La faune est extrêmement riche, et il n’entre pas dans mes intentions de faire ici un cours de SVT… Juste quelques zooms sur ces petits êtres apparemment fragiles…

Les bigorneaux ou « vignots », comme on les appelle ici…
Un cousin que je ne connais pas…

Lorsque j’étais plus jeune, il y avait énormément de patelles, pour la plus grande joie des enfants. Elles sont désormais beaucoup plus rares, et souvent très abîmées par les autres espèces.

Une patelle ou « chapeau chinois », bien abîmée…

Les anémones de mer sont regroupées sur des zones très spécifiques. Elles se déguisent en pierres noires, et seul le toucher permet de remarquer combien elles sont vivantes… et visqueuses…

Peut-on être mieux dissimulatrice?

Les falaises sont de plus en plus rongées par les flots, malgré les défenses inventées par l’Homme. Et plus on s’éloigne de celles-ci, plus on peut l’observer. Rongées par le bas, elles sont creusées d’anfractuosités qui évoquent des grottes.

Rongées par le bas, disais-je, elles s’effondrent dans des éboulis de plus en plus fréquents et de plus en plus importants, qui effacent le sable et révèlent des tableaux géologiques…

Un éboulis récent, et, au loin, le dernier auquel j’ai assisté cette année
Une oeuvre d’art?

Les éboulements révèlent parfois des édifices cachés, comme ce blockhaus désormais bien visible… et menaçant!

Quand j’étais petite, je venais avec mon grand-père « aux moules »… Il n’y en a plus guère, mais on peut remarquer les traces des travaux des Hommes à travers les temps, qui désormais font davantage penser à l’art sculptural moderne.

Est-ce en hommage à la falaise effondrée ou simplement pour relier terre et mer qu’un-e inconnu-e a laissé sur le rivage cette fleur que la mer emportera dans son prochain flux?