En quête de l’éclipse de Lune

Hélas pas de moi… Une éclipse en 2017. © Getty – John Finney photography

5 heures du matin… Je me lève et me précipite vers la fenêtre de ma chambre… Où est la lune? Ah! la voici… Et là, surprise ô combien agréable. L’éclipse a commencé, et elle est bien visible. Je vérifie sur le net. Elle est prévue comme entière à 5 h 29.
Mais la lune ne va pas tarder à disparaître derrière les arbres. Vite, je m’habille, saute dans ma voiture, et monte sur le plateau picard. Et là… plus rien. Aucune lune visible. Le soleil point déjà à l’est.
Tout à coup, un bond auprès de moi… Je me tourne… Et voit dépasser des hautes céréales deux bois se détachant nettement du ciel déjà bien clair à l’est. Deux yeux me regardent avec curiosité. Puis l’animal se retourne et s’enfuit en sautant haut dans le champ… Un chevreuil… C’est le deuxième que je rencontre d’aussi près cette semaine. La dernière fois, c’était au Parc de Saint Cloud. Alors que je marchais vite pour ne pas me retrouver enfermée dans l’enceinte du parc, il était là, tout près, dans une clairière, et son regard semblait moqueur. « Ah? tu vas passer la nuit ici, avec moi? » Celui-là ne s’était pas enfui. Il est resté immobile, à quelques mètres de moi. Et j’ai bien regretté de ne pouvoir rester là, tranquillement, en face de lui. Il me fallait courir…

Mais revenons à ce lundi matin. Toujours pas de lune en vue, éclipsée ou non. Les nuages, il faut le dire, sont nombreux à l’horizon. Je reprends donc ma route et décide d’aller sur le versant d’en face. Direction donc le Monument Foch à Doullens. De celui-ci, la vue est imprenable vers l’ouest. Hélas, lorsque j’y arrive, toujours rien… Je monte au sommet, sur le plateau… Mais non, l’astre est décidément bien caché. Ou déjà « couché »? Car, de l’autre côté, le soleil a fait son apparition. Comme en ce moment nous sommes proches de la pleine lune…

C’est donc bien dépitée que je reprends la route. Descente vers le bourg, puis remontée de l’autre côté, en faisant un détour pour me retrouver à nouveau en hauteur. Nouvel arrêt pour scruter l’horizon. Nouvelle déception. Il est 6 heures, il ne me reste plus qu’à rentrer.

Peut-être aurais-je dû rester tranquillement dans ma chambre, et aurais-je pu assister davantage au phénomène?

Mais j’ai été récompensée d’une autre manière. D’abord, par les doigts de rose de la Belle Aurore qui ont teinté le ciel de nuances suaves. Ensuite, par la délicate senteur des roses qui s’épanouissent en ce moment dans la cour. Une merveille, en cette aube fraîche, après la pluie nocturne!

Il est encore des lieux chaleureux… Le Café de Ponthoile

Lors de ma dernière virée en Baie de Somme, j’ai découvert un endroit qui échappe au temps, à l’agressivité, à l’égocentrisme. Pas par hasard, non, mais parce que des amis m’en avaient parlé la veille. Un petit détour sur la route au retour du Crotoy, et me voici à Ponthoile. Littéralement, le domaine (ou la ferme, bref, « villa » en latin) du pont. Désignation qui évoque l’eau, omniprésente dans ce coin si proche de la baie et des étangs/marais de la Somme.

Un village proche de la Baie et des Marais. Ici, une randonnée suggérée sur le site Outdooractive

Un village tranquille, paisible, qui perdure à travers les siècles : on y a trouvé de l’habitat gallo-romain (voir page 334 de cet article de Roger Agache en 1962), un tertre de l’époque mérovingienne (voir cet article sur la Neustrie septentrionale), et les traces d’une église médiévale brûlée, comme beaucoup d’édifices dans ce secteur, au moment de la Guerre de Cent Ans, qui a vu une chute de la population : de 180 feux on passa à seulement 48… Actuellement, elle tourne autour de 600 personnes, et le village s’est battu en vain, comme beaucoup d’autres, pour garder son école, ce qui ne se fit pas. Les vidéos sur Internet en témoignent : ici ou encore ici, des témoignages poignants… il en est toute une série, avec le 3 et le 4, qui traite davantage de la chanson de l’artiste creusois que de l’école.

Un écho en fut transmis en ligne sur le site de Regain, dans un article intitulé « Aux mioches de Ponthoile« , dont je vous livre un bel extrait:

 » Il est des endroits qui ont une âme. Chaque saison, nous faisons escale dans un village vivant. Planté en terre paysanne aux abords de l’estuaire du fleuve Somme se trouve Ponthoile.
Un village picard rustique et paisible, couché dans la splendeur des bas-champs marécageux. D’ici émane le goût du vrai !

La civilisation du village vacille, continuellement bousculée, malmenée par la modernité. Ponthoile est un de ces villages oubliés, un beau patelin. Cinq hameaux paisibles (Bonnelle, Le Hamel, Morlay, Romaine, Romiotte) entrelacés sur une vingtaine de kilomètres autour d’un petit bourg clairsemé, rendu hirsute par le vent du Nord, à l’image de ces canards de Barbarie qui traînent devant la ferme des Prevost , une vieille famille paysanne. Situé entre Abbeville et Le Touquet, Ponthoile fait partie du Parc naturel régional de la Baie de Somme. Bienvenue en Picardie maritime, au pays de l’oiseau migrateur.

Sous le joug de l’administration de la communauté de communes Ponthieu-Marquenterre, une machine écrasante qui lisse les vies de 71 localités, Ponthoile pleure son école disparue en septembre 2018. Dieu sait si les mioches font le bonheur des campagnes. Se voir ôter injustement l’école du village, l’un des derniers lieux de vie, n’est pas une peccadille pour les 630 âmes qui vivent ici ! JeanLuc Massalon, l’instit’, juge cette décision administrative tout à fait « antidémocratique » et ne peut admettre que le rectorat d’Amiens ait permis « sans concertation et sans nuance aucune » la fermeture définitive de cette école primaire où l’harmonie régnait. Une école de deux classes qui n’était pas en sous-effectif. Une école sans problème qui ne demandait rien à personne : une école heureuse.« 

Vous pourrez à ce sujet écouter la chanson Les Oubliés, de Gauvain Sers.

Mais je ne compte pas vous parler aujourd’hui d’histoire – c’est dans la ferme de Romiotte que les célèbres frères Caudron ont réalisé leurs premiers essais de vol , ni de géographie – la commune possède des marais tourbeux, des prairies humides, des roselières et des mares de petite taille, favorisant la bio-diversité. Les rivières du Dien et des Îles, le ruisseau des Caserettes sont autant de lieux favorables à la conservation des espèces locales, ni de biologie (un des seuls endroits où l’on trouve la grenouille des champs, et je ne blague pas!).

Non, c’est d’un petit endroit hors du temps et de la méchanceté des hommes, le café de Ponthoile. J’ai découvert, en préparant cet article, qu’il existe depuis bien longtemps, comme on peut le voir sur cette carte postale ancienne. Il était alors « café-épicerie ».

Et en voici une autre, empruntée à un site qui m’a beaucoup intéressée et qui a consacré un article dans la série « Un jour un parcours » à Félix Duclaire, que vous avez vu conduisant à 16 ans le tracteur entraînant l’avion sur la carte précédente.

Je n’ai pas pu réaliser de photo de l’établissement car il y avait des véhicules et des personnes à tout moment. Voici l’image du site Guru, fidèle à l’actualité.

A l’intérieur, on est saisi par la « chaleur » de l’endroit. Au comptoir, en ce beau dimanche après-midi de mars, des hommes accoudés. Derrière le comptoir, une dame qui les écoute avec patience et anime la conversation. Dans un coin, un bric-à-brac : nous apprendrons que c’est le lieu de dépôt des dons pour l’Ukraine, ce qui embolise une partie de la salle.

Un magnifique billard en envahit presque tout l’espace. La dame y joue par moments avec l’un ou l’autre des clients. Elle a visiblement enseigné le jeu à un jeune homme qui entame une partie avec elle.

A l’arrivée, bien sûr, des regards interrogatifs : « Qui sont ces étangers? » Mais très vite nous nous sentons accepté-e-s, et la conversation se noue.

Le seul coin possible à photographier car le seul coin vide…
Vers les toilettes
Carpe diem

Et nous y serions bien restés plus longtemps si nous n’étions pas attendus le soir à Mers…

Il a donc fallu prendre le chemin du retour. Un bien beau chemin. La petite route qui ramène vers la « civilisation sauvage » est ceinte de fossés, que les Flamands dénommeraient watergangs…

La mer et la foi

Je ne voulais pas poursuivre tout de suite sur Le Crotoy, par peur de vous lasser. Mais comme des ami-e-s vont découvrir le bourg ce week-end pour un rassemblement familial, je leur dédie cet article autour d’une église où la mer est omniprésente.
Certes, ce n’est pas un cas isolé, car je me me souviens notamment de Sète, d’Antibes, de Sainte-Marine, et, bien sûr, du Tréport plus proche. Sans oublier la Bonne Mère, bien sûr! Mais autant les autres sont ancrées dans le passé, autant l’actualité est ici présente, au travers d’un affichage presque choquant d’un point de vue esthétique.

A première vue, lorsque l’on pénètre dans l’édifice, tout paraît « normal », si l’on excepte les filets qui tracent le chemin vers le choeur…

Mais très vite je me suis sentie pertubée par les rapprochements inattendus.

Confrontation entre les traces des Templiers et les détails techniques…

Très poussés, ces détails. Jugez-en plus tôt (j’ai failli écrire « jaugez »!) en vous approchant…

La proximité aussi avec des oeuvres d’art m’a quelque peu choquée.

Le saint ne semble-t-il pas prier pour qu’on lui épargne cela?

Placer la Crucifixion au-dessus de l’Etoile du Matin ne me semble pas non plus du meilleur goût…

Bref, vous l’avez compris, je n’ai pas franchement apprécié ce qui ressemble à une exposition de – je ne sais quoi dire, d’ailleurs… les photos étant loin d’être artistiques, et la précision du nom des propriétaires alors que les équipages sont simplement désignés par le nombre de « personnes » ne m’a pas davantage plu.

Heureusement, la mer est les bateaux sont présents sous d’autres formes. Les maquettes tant espérées sont bien là. Posées ou suspendues.

Saint-Pierre bénit les voiliers, assisté du saint Curé d’Ars…

Mais ce sont les vitraux qui m’ont le plus séduite. Derrière l’autel, trois d’entre eux mettent en scène la mer.

Je n’ai pu m’approcher de celui du centre, mais regardez ceux de gauche et de droite :

Superbes, n’est-ce pas, ces nuances de bleu et de vert, de « glass » comme disent les Breton-ne-s ?

D’autres vitraux, bien sûr, sur d’autres sujets.

Et je crois deviner qui vous vous attendez à voir… La Jeanne, bien sûr. Pas celle de Brassens, mais celle d’Arc. Alors, à votre avis, est-elle dans l’église? Eh oui, bien sûr! D’abord, sur ce vitrail représentant l’apparition de Saint Michel à la jeune femme emprisonnée.

Puis sous forme de statue, sous une toile marouflée classée parmi les objets « Monuments historiques ».

Vous ne voyez pas bien ce qui est écrit? « Que voici un bon peuple. Plût à Dieu que je fusse si heureuse lorsque je finirai mes jours que je puisse être enterrée en ce pays. » Une phrase attribuée à Jeanne, mais cela n’est pas confirmé…

Je ne l’avais pas placée dans l’article qui lui était consacré pour vous offrir cette surprise, qui me permet de « boucler » pour clore en beauté (à défaut de finesse) cette série sur Le Crotoy.

Mais avant, permettez-moi trois petits « arrêts sur images ». En premier lieu, devant le baptistère.

Ensuite, devant cette bannière qui accompagne les processions.

Enfin, devant ce tableau représentant la Vierge et son enfant, accompagnés par la musique des anges.

Une bonne nouvelle il y a quelques temps pour l’église et Le Crotoy : le classement de celle-ci parmi les Monuments historiques, ce qui permettra d’effectuer les travaux dont vous avez pu voir qu’ils deviennent nécessaires, voire urgents. Pour en savoir plus, une vidéo ici.

Seul le clocher date du XIIIème.
Le reste est une reconstruction au XIXème

Jules, Jeanne et les 3 Jean. Troisième épisode : les 3 Jean

Les 3 Jean… De qui s’agit-il?

Vous allez être déçu-e-s : je l’ignore.

Eh oui. Autant il fut aisé de parler de Jules et de Jeanne, autant il va m’être impossible de vous parler d’un seul Jean.

Sans doute ont-ils existé. Mais quant à connaître leur identité… J’ai écrit pour en savoir plus. Si j’ai une réponse, je vous la transmettrai, promis.

En réalité, il s’agit du nom d’un restaurant que je fréquente régulièrement quand je vais au Crotoy. Non qu’il soit beau. Non qu’il soit confortable. Non qu’on y mange spécialement bien. Mais il offre sur la Baie une vue incomparable, avec pour toile de fond le Hourdel, ce micro-port de pêche et de plaisance désormais très fréquenté par les personnes avides de cueillir la salicorne et surtout de découvrir les veaux marins.

Comme les photos ont été réalisées en hiver, la terrasse est entourée de baies en plastique qui, certes, ne sont pas du plus bel effet, mais au moins protègent du vent.

A la belle saison, tout est découvert et l’on peut profiter du soleil avec cette magnifique vue, tout en dégustant moules frites, fruits de mer, poisson ou ficelle picarde…

Comme vous pouvez le constater, ce n’est pas qu’un restaurant, mais aussi un hôtel, dont certaines chambres offrent une vue incomparable sur l’embouchure de la Somme.

Vous voulez une autre adresse de restaurant avec vue mer au Crotoy? Mais, cette fois, avec vue sur Saint-Valéry et les huttes de chasse qui ne flottent que lors des très grandes marées, comme je l’ai découvert ce dimanche? Je vous explique.

Lors des grandes marées, les huttes posées sur le fond de la Baie offrent un spectacle que je trouve magique : la mer les porte, elles deviennent navires ancrés.

C’est pourquoi, alors que je travaillais le samedi, j’ai foncé vers la Baie ce week-end, et vers Le Crotoy ce dimanche midi. Marée haute prévue à 13h07, il était impératif de déjeuner face à la scène. Voiture à peine garée, je fonce vers la Place Jeanne d’Arc (oui, on la retrouve!) et cherche d’où, à part Chez Mado, le restaurant historique, si typique jadis, devenu selon moi un peu surfait, avec des prix exorbitants. Analyse fait, c’est le Restaurant du Port que je choisis.

Hélas, la dame qui me reçoit me dit qu’il ne reste que les tables du fond, avec vue… sur le manège! Je lui expose mon désarroi et lui explique pourquoi je suis venue. Cela l’attendrit? la fait rire? lui fait penser qu’elle a affaire à une cinglée? En tout cas, elle va vers la table centrale, modifie les réservations, et me la consacre. Gentil, non?

Huttes sur le banc central de la Baie, face à Saint Valéry

Voilà qui m’a permis de déjeuner en chemisier, en plein mois de mars, d’huîtres et d’une parillade de poissons, avec une vue imprenable sur les huttes…

12h50… 13h… Le suspense est à son comble… 13h07… rien. 13h15… toujours rien.

Elles ne se sont pas soulevées! La marée n’est pas assez forte. J’ai ainsi appris qu’un coefficient de 100 ne suffit pas, surtout avec une onde sereine, et qu’il faut au moins 110 pour qu’elles frémissent!

Le perroquet qui trône dans la salle de restaurant me semble se moquer…

Une consolation : les belles images qu’offre cette Baie dont je ne me lasse pas…

Difficile de traduire la force du courant par une photo. Mais on la devine sur celle qui précède, non? Les bateaux quittant le port à ce moment – des touristes, bien sûr, car les professionnels connaissent leur baie… – ont bien du mal à le remonter et partent de gauche et de droite, sans parvenir à l’affronter.

La mer envahit très vite les zones ordinairement asséchées. Ici, elle commence à monter sur les berges environnant le port, pour la plus grande joie des canards.

Derrière l’écluse, elle va plus lentement, car l’eau est régulée.

Cela permet de profiter des couleurs grises et ocre des fonds vaseux.

Les épaves ligneuses sont épargnées, et pourront continuer à servir de refuge aux animaux perdus.

Jules, Jeanne et les 3 Jean. Premier épisode : Jules

Je vous ai laissé-e-s hier sur une énigme concernant les chalets du Crotoy. Aujourd’hui, je reviens dans cette ville pour évoquer Jules et non pas Jim, mais Jeanne. Certes, il et elle n’ont pas vécu à la même époque, et ils n’ont pas écrit la même histoire, mais elle et il ont marqué la ville de leurs séjour pour l’un et passage pour l’autre.

Devinette : le premier est un écrivain célèbre, dont on peut visiter la maison extraordinaire à Amiens. Il nous a emmener promener sous les mers, au centre de la terre, autour du monde et même sur la lune… Vous avez trouvé?

Jules, qui se prénomme en réalité Jules-Gabriel, a 37 ans lorsqu’il s’installe au Crotoy avec sa famille. Il a déjà un riche passé littéraire (et sentimental!) et a fait quelques voyages, mais n’a pas encore produit tout ce qui fait encore aujourd’hui sa renommée. Il vient juste de publier le Voyage au Centre de la Terre (en novembre 1864) et un ouvrage sur un écrivain qui le fascine, Edgar Poe. 1865, c’est aussi l’année où il devient membre de la Société de Géographie. Il est en pleine rédaction de la Géographie illustrée de la France et de ses colonies ainsi que de Vingt Mille Lieues sous les mers.

Il loue d’abord une dépendance de la propriété Millevoye. C’est à l’emplacement de l’ancien château-fort du Crotoy qu’a été édifiée en 1810 cette demeure, face à la mer.

Elle porte le nom du poète Charles-Hubert Millevoye, romantique à souhait, décédé à 33 ans, dont on dit qu’il inspira Lamartine. Puis il loue une maison, qui, à cette époque, offrait une belle vue sur le port (ce qui n’est plus le cas aujourd’hui).

Il écrit alors à son éditeur : « Je travaille dans la Solitude ». Ne croyez pas qu’il était seul en Picardie. Au contraire, il y était allé pour que son fils Michel, souffrant, profite de l’air sain de la côte. Mais, sur le pignon voisin, un oeil-de-boeuf est ainsi dénommé.

Voir la mer… mais aussi naviguer… Jules fait aménager pour la plaisance un bateau de pêche. Deux voiles au tiers et un foc, gréement typique des voiliers du coin, le Saint Michel I a fière allure, et Jules peut le voir de ses fenêtres.

« Je suis amoureux de cet assemblage de planches et de clous, comme on l’est à 20 ans d’une maîtresse et je lui serai encore plus fidèle » (1868)

L’annotation manuscrite comprendrait deux erreurs d’orthographe, si l’on en croit l’auteur de cet article de Wikipedia. Pour une fois, je vous ai laissé les hyperliens, car c’est très technique!

« Le Bourcet-malet est un type de gréement typique de la Manche comportant deux voiles au tiers et un foc :

Ce gréement est typique des vaquelottes du Cotentin, des canots de Berck dits flobarts, des flambarts, des camins 1 du Havre et de certains lougres à deux mâts… »

Voici un exemple encore visible actuellement de ce type de gréement. Il s’agit de La Reine des Flots, canot de pêche construit en 1927, désormais classé Monument Historique.

Vous aurez compris que s’il y a eu un Saint Michel I, c’est qu’il y en aura un second. Effectivement. L’écrivain avait gardé son bateau même après son départ du Crotoy. Lorsqu’il s’en sépare en 1876, il en achète un autre, qui portera le nom de Saint Michel II. Mais celui-là sera amarré au Tréport. Ce dernier est une hirondelle de la Manche, comme le célèbre Marie-Fernand sur lequel on peut encore naviguer.

Le bateau de Jules Verne a vécu bien des mésaventures, et fut finalement détruit. Mais une réplique en a été reconstruite à partir de 2005.

C’est à bord du Saint Michel II que Jules Verne va voyager sur la Manche et l’Atlantique. Mais c’est une autre histoire… Par contre, concernant Le Crotoy, une hypothèse circule, selon laquelle la configuration de l’Ile Lincoln serait similaire à celle de la côte picarde.

Il s’est peut-être aussi inspiré de l’histoire de la Baie de Somme. Un exemple :

La Baie de Somme à l’époque de César (source)

Le Crotoy se trouvait alors sur une île… Avez-vous lu l’Ile Mystérieuse?

« Vers le nord, au contraire, la baie, s’évasant, formait une côte plus arrondie, qui courait du sud-ouest au nord-est et finissait par un cap effilé. Entre ces deux points extrêmes, sur lesquels s’appuyait l’arc de la baie, la distance pouvait être de huit milles. À un demi-mille du rivage, l’îlot occupait une étroite bande de mer, et ressemblait à un énorme cétacé, dont il représentait la carcasse très agrandie. Son extrême largeur ne dépassait pas un quart de mille.« 

Si vous pensez que le roman a été publié en 1874…

Mais cessons là nos divagations… Terme qui fait écho aux Voyages Extraordinaires, n’est-ce pas? Mais aussi à la mer… Di-vaguer…

La ville du Crotoy et ses habitant-e-s, voire commerçant-e-s, se sont largement appuyés sur leur hôte célèbre pour étayer leur argumentaire touristique. Je suis retournée au Crotoy hier pour assister à la grande marée printanière, et ai pu en saisir quelques traces…

A des fins culturelles, cela s’entend.

Mais qu’aurait pensé l’aventurier savant et créatif de l’utilisation commerciale de son nom ?

Nom de rue, nom du restaurant, dates du séjour, portrait… tout y est, n’est-ce pas?

Il ne manquait plus que le Street Art pour célébrer l’écrivain…

Fresque de Made in graffiti. • Extrait de la photo © Eline Erzilbengoa / FTV

En passant par la Picardie…

Voilà longtemps que je me promettais de m’arrêter à Corbie. Mais comme souvent, lorsqu’un lieu est situé sur un itinéraire que l’on emprunte régulièrement, on se fait ce genre de promesse et on ne la tient pas. En ce vendredi que les météorologues avaient annoncé pluvieux et venteux, je roulais vers le nord de la région en admirant les collines boisées et les vallées verdoyantes (joli cliché, non?) sous un soleil radieux, ravie de leur erreur. Il me fallait un arrêt – boulangerie, je n’avais pas décidé où.
Corbie, une boulangerie, des places de parking libres juste devant. L’occasion rêvée; j’achetai le pain au levain dont la seule vue était prometteuse… sans compter l’odeur dans la boutique!

De l’animation sur la place voisine… c’était jour de marché. Tentant d’aller y faire un tour, non?

Me voici donc achetant des légumes à un couple d’exploitants agricoles, de la viande au camion boucherie, du cresson au producteur. La patience et l’amabilité des commerçant-e-s m’ont agréablement surprises. La bouchère m’a offert un saucisson. Le cressonnier m’a expliqué qu’il produisait dans un village voisin, Hailly, et m’a précisé qu’il ne fallait pas se contenter des feuilles, mais faire une bonne soupe avec le reste. Voici sa recette : mettre les tiges dans de l’eau avec trois pommes de terre, un oignon, du sel et du poivre; laisser cuire (j’ai oublié combien de temps) et presser. « Vous aurez un délicieux potage », ajouta-t-il. Je n’ai pas osé lui dire que ma grand-mère, durant mon enfance, a essayé en vain de me faire manger de la soupe « aux herbes », comme je le disais. Qu’il s’agît alors de poireaux, de cresson ou de cerfeuil, je détestais cela…

Une fois le marché achevé, il faisait toujours aussi beau et doux. Bien sûr, je ne résistai pas à l’envie d’aller faire un tour. Après tout, rien d’urgent à faire à mon arrivée. Et cela laisserait le temps à la maison de se réchauffer.

Première direction : l’Hôtel de Ville, que je remarque à chaque passage car il est toujours aussi pimpant malgré une histoire visiblement chargée.

Comme vous l’avez imaginé, il s’agit d’un ancien château. Plus précisément, celui de Monsieur De Caix de Saint Aymour,
ancien maire, dont la fille épousa le Comte espagnol Albalaty Navajas.

Il fut racheté par la ville en 1923 grâce à une contribution de la ville de Chartres, marraine de guerre de Corbie.

Sur le fronton furent ajoutés trois blasons représentant les armes de
la ville de Corbie, ainsi que le Lion de Venise et trois corbeaux. On peut y lire l’inscription suivante : « Urbs Aurea Altera Roma » qui signifie « Ville d’Or Autre Rome ».

C’est ça, la modestie!

Ne cherchez pas la salle des mariages dans l’hôtel de ville, elle n’y est pas. On la trouve, avec la police municipale et le CCAS, dans un bâtiment étonnant situé derrière celui-ci.

Deux aigles, des têtes de chevaux, un chien… S’agissait-il des écuries? Je n’ai pas trouvé la réponse…

Direction maintenant, l’église que je vois au loin. En réalité, il s’agit d’une abbatiale; j’apprendrai par la suite qu’il y avait une grande abbaye à Corbie, qui dominait les alentours, avec ses 300 moines.

Abbatiale Saint Pierre

Elle est malheureusement fermée, et je ne pourrai en voir que l’extérieur, dont la couleur des portes interroge. Presque un bleu Klein! Pourtant, il n’a pas sévi ici, à ce que je sache…

Sur la place qu’elle borde, un autre édifice religieux. l’église Saint Etienne, aussi allongée et basse que l’abbatiale est « ramassée » et élevée.

Eglise Saint Etienne

Aux alentours, quelques détails architecturaux attirent mon regard. Depuis les porches carrés, que l’on trouve souvent dans ce coin, jusqu’à une école possédant encore un vaste préau, en passant par une maison arborant fièrement ce que l’on dénomme un mur en « rouges barres » (appareillage de pierres blanches et de briques liées à la chaux) – le pluriel est normal, ce n’est pas une erreur d’orthographe, mais la coutume.

Porche carré dans une maison jouxtant l’abbatiale
Un vrai préau (photo mal cadrée, pour éviter de prendre les enfants qui étaient alors en récréation)
Rouges barres

J 59 après N-C… En route vers « Pen Ar Bed »

Lever de soleil sur la campagne picarde… et couchant sur l’Atlantique, au bout du monde ou presque, le Finistère… Quelques photos glanées chemin faisant…

9 h 01… J’ai appris plus tard qu’un énorme sanglier se promenait par là quelques minutes plus tôt… mais je n’ai vu que les arbres sagement alignés pour saluer la re-naissance de l’astre solaire… ou l’apparition du char du Dieu ?

Levant sur la campagne picarde

10 h 27… Traversée du bac de Duclair, près de Rouen. D’habitude, je le prends dans l’autre sens en allant travailler, en alternance avec celui de La Bouille. Je ne me lasse pas des bacs, qui me rappellent l’Afrique… et ont un parfum de passé un peu nostalgique. Sur le quai, une « oeuvre » sujette aux attaques du vent et de la pluie évoque celui-ci.

Hier
Aujourd’hui
Passagère clandestine
Mouette Soeur Anne

12 h 47. Pause pique-nique sur la plage d’Houlgate, en une journée très alcyonnienne…

[1] Chéréphon. Quelle voix, Socrate, est arrivée jusqu’à nous, de ces rivages et de ce promontoire ? Qu’elle est douce à l’oreille ! Quel est donc l’animal qui peut la produire ? Car on dit que les habitants des eaux sont muets.

Socrate. C’est un oiseau marin[2], cher Chéréphon ; on le nomme Alcyon, il a la voix gémissante et pleine de larmes : les hommes débitent à son sujet une fable antique. On dit que jadis femme et fille d’Éole, fils d’Hellen, elle pleurait amèrement un époux, objet de sa plus vive tendresse, mort à la fleur de l’âge : c’était Céyx, de Trachine, fils de Lucifer et d’une beauté égale à celle de son père : la volonté des dieux lui a donné des ailes ; et maintenant, semblable à un oiseau, elle vole le long des mers, cherchant son époux, et errant par toute la terre, sans pouvoir le rencontrer.

[2] Chéréphon. C’est Alcyon, dis-tu ! Jamais auparavant je n’avais entendu cette voix, qui m’est arrivée toute nouvelle. C’est un son vraiment lugubre que fait entendre cet oiseau : comment est-il donc fait, Socrate ?

Socrate. Il n’est pas grand, mais il a reçu des dieux une grande récompense de sa tendresse conjugale : durant tout le temps qu’il couve ses petits, le monde passe des jours nommés alcyoniens, remarquables par le calme qui règne su milieu même de la mauvaise saison ; c’est aujourd’hui l’un de ces plus beaux jours. Vois comme le temps est serein ! comme la mer tout entière est calme, sans vagues, et ressemble, pour ainsi dire, à un miroir !

Fronton près du lieu de pique-nique

17 h 27… Course contre la montre! Le soleil se couche, d’après mon application « météo », à 17 h 31… Il faut donc espérer pouvoir assister à son coucher, comme les courtisans à Versailles jadis. Et c’est un spectacle toujours aussi envoûtant, avec pour décor lointain les îles des Glénan.

18 h 07 La nuit tombe… Mais une nouvelle belle surprise offerte par la nature m’attend sur le tout dernier tronçon qui me ramène à l’intérieur des terres… Un superbe lever de lune… de pleine lune, devrais-je dire… qui me guide vers ma destination.

J 10 après N-C

Voici 10 jours, un tiers de mois, que j’ai commencé cette série de photos, une par jour, pour tenter de déjouer la morosité du confinement, soit par la dérision, l’humour et le rire (souvent jaune), soit par une quête esthétique, plus ou moins réussie. Une par jour, m’étais-je dit… Voici donc celle de ce 10 novembre, prise hier soir. Un moment à saisir : la pluie menaçait au loin tandis que le soleil qui avait permis un bain de mer le midi était en train de se coucher…

Rideau de pluie au couchant

En faisant route vers Paris entre 4 et 7 du matin, j’ai aussi pu admirer un superbe croissant de lune éclairant la campagne picarde et la vallée de la Bresle… Mais là, pas de photo possible… Je vous laisse donc imaginer…

« Plage dynamique »…

Au pied de la falaise de Mers-les-Bains

« Plage dynamique »… Mais elle l’a toujours été, la plage, dynamique!

Avec le flux et le reflux de la mer…

Avec le sable se mouvant sous les vagues… blessé par les pelles des enfants et des pêcheurs de verre… transformé en oeuvre d’art ou en édifices et bateaux plus ou moins réussis par les parents retrouvant leur puérilité…
Avec les montagnes de galets sans cesse modifiées par la puissance des flots ou les pieds des baigneuses et baigneurs…

Avec toute cette vie qui grouille en elle et autour d’elle…

Alors, pourquoi cette expression ?

Contraindre les personnes à « bouger »… Facile pour les enfants! Moins pour celle ou celui qui a travaillé durement les jours précédents… et encore moins pour les personnes qui ont des difficultés à se mouvoir. Si ma mère était encore de ce monde, il lui serait interdit de rester à admirer la mer? Et l’enfant à la jambe cassée doit aussi marcher sans cesse s’il veut en profiter?

Vous l’avez compris, retrouver hier soir un de mes sites favoris dans ces conditions a déclenché une vraie colère contre les aberrations actuelles! D’autant plus que les galets sont jonchés d’énormes engins : les travaux printaniers, habituellement finis à cette époque, n’ont pas été réalisés. Des monstres métalliques embellissent le paysage. Bien statiques, eux!

Alors les personnes font ce qu’elles peuvent. Les bancs étant interdits, bardés de cordon en plastique rouge et blanc (combien de déchets toxiques indestructibles pour ce faire, au niveau national?), elles s’asseoient sur la digue ou sur les épis, le temps d’avaler leur sandwich. Car on tend nettement à la « mauvaise bouffe »: droit d’acheter frites, hamburgers et glaces pour les manger officiellement debout en marchant, alors que les restaurants qui proposent poissons et salades à des client-e-s détendu-e-s, bien assis-e-s, restent clos. Je pense aux jeunes qui ont racheté les Mouettes cette année, anciens salarié-e-s du patron qui leur a vendu le fond… à la famille qui tient l’Octopussy et à son personnel, qui m’accueillent quelle que soit l’heure quand j’arrive de Paris le vendredi soir…

Les personnes font ce qu’elles peuvent, disais-je. On « marchotte », on s’appuie, on fait quelques pas puis on s’assied avant de repartir. Un manège étonnant… Et à l’heure du dîner, c’est un concours d’inventions pour rester en famille ou entre ami-e-s sans que cela ne se remarque trop… Certain-e-s « craquent » et sont quand même « en grappes » assis par ci par là, sauf sur les bancs, les galets et le sable…

Et les oiseaux narguent ces pauvres humains…

Mouettes rieuses et goélands fanfaronnent…

Interdit !
Conversation à la plage, Louis Valtat (autour de 1910)

« Homme libre, toujours tu chériras la mer…

La mer est ton miroir… »