Découverte du Cap Ferret. 4. Une chapelle peu ordinaire

Un petit arrêt à la sortie du village de L’Herbe… pour tout dire, il s’agissait de rechercher un endroit « tranquille » car aucun lieu trouvé pour ce que vous devinez… Et, dans ce recoin espéré, une trouvaille inattendue : une chapelle! Qui plus est, très intrigante.

Chapelle ou mosquée? Plutôt la première, à en juger par la croix… Mais pourquoi ce style mauresque? Approchons-nous… Des inscriptions en latin « Gloire à Dieu ». C’est bien catholique, ça. Mais une autre en arabe « Marhaba », « Bienvenue »… Etrange, non?

Vous avez aussi sans doute remarqué que les croissants de lune, symboliques de l’Islam, y sont très présents ? Pénétrons maintenant dans cet édifice pour mieux comprendre…

Eléments d’architecture et de décoration évoquant les pays d’Orient, mais le reste peut sans nul doute être relié à la religion catholique. C’est donc bien une chapelle… D’ailleurs, vous avez repéré la crèche, n’est-ce pas ?

Plutôt moderne, non? Et il manque un roi mage… Quant à l’ange, il est plutôt discret!

La lumière est omniprésente, et joue avec les vitraux.

Du plafond pendent un lustre d’inspiration orientale et un voilier hélas dé-voilé.

Au-dessus de la porte, un élément de type « moucharabieh », une rosace au coeur de laquelle se distingue une lyre, instrument né en Mésopotamie, adopté en Egypte, et parvenu jusqu’à nous par l’intermédiaire des Grecs. Encore un clin d’oeil à d’autres cultures…

Alors que je me dirige vers la sortie, mon regard est attiré par un tronc à la forme ambigüe.

Il est temps de sortir rejoindre le groupe qui m’attend dans les voitures. Le Bassin est tout proche.

L’ombre que vous voyez n’est autre que celle d’un magnifique pin qui ploie sous le poids des ans et la force des vents.

Vous l’avez peut-être remarqué sur la première photo de cet article : un panonceau explicatif apporte des informations sur cet endroit. En voici quelques extraits.

La chapelle faisait partie d’un ensemble comportant aussi une école et une demeure bourgeoise, la « Villa Algérienne », sise dans un vaste parc.

Un site de cartes postales anciennes, « Ferret d’Avant » présente de nombreuses vues de la Villa, dont on voit ci-dessous le mini-golf et le débarcadère.

Il avait fallu au propriétaire l’autorisation du Président de la République, René Coty, pour construire cette chapelle privée, mais ouverte au public, qui, auparavant, devait se rendre en pinasse de l’autre côté du bassin ou franchir les kilomètres qui séparent le lieu des premières églises.

En préparant ce texte, j’ai aussi appris que le style mauresque est assez répandu sur le Bassin d’Arcachon. Mais c’est une autre histoire…

… Léonarde d’un jour

Après une agréable nuit sur la Baie de Morlaix, direction la ville. Pas question de quitter le coin sans être allée rendre visite à cette Gloire Bretonne de jadis, dont j’ai tant entendu parler. J’avais emprunté, la veille, à l’accueil du camping, un ouvrage pour me cultiver. Mais je dois bien avouer que je ne l’ai pas lu en entier!

Partons donc à la découverteUn joyeux bric-à-brac jouxte le théâtre catholique…

Le monument aux morts a un petit côté nationaliste (mais breton).

Le bar du coin fait référence à Robin des Bois….

… mais les bières quittent la Bretagne des Romans de la Table Ronde pour revenir au Pays Bigouden, pourtant loin de Saint Paul… et de Carhaix d’ailleurs.

Bien sûr, première destination, la cathédrale. N’oublions pas que cette ville fut le siège d’un des sept évêchés de Bretagne! La paroisse actuelle correspond à un doyenné de jadis, avec ses 19 « clochers », comme on dit.

« Le haut Léon est la partie occidentale de l’ancien évêché du Léon, dont la capitale était Saint Pol de Léon, ( en breton Kastell Paol ). Il s’étend entre la côte des légendes et le pays de Morlaix.
Posées sur le littoral du Finistère, les communautés de la paroisse Saint Paul Aurélien du haut Léon sont implantées sur une terre fortement rurale mais qui possède également une facade maritime importante.
La paroisse s’étend de la communauté de Tréflez à l’ouest, à celle de Locquénolé à l’est
. »

Comme il y a beaucoup à dire sur la ville, je me propose de scinder mon propos en trois parties : les « étonnements », les « dragons », et « autres découvertes ». Commençons donc par ce qui m’a étonnée, en visitant la cathédrale.

« La cathédrale St Paul-Aurélien est en fait l’ancienne cathédrale du diocèse du Léon, lequel fut supprimé lors de la révolution française en 1790, seul restant le diocèse de Quimper. Cet imposant édifice de style gothique et d’influence normande a été construit entre le 13ème et le 16ème siècle. Ses fondations reposent sur les ruines d’une précédente église romane du 12ème siècle. La nef du 13ème siècle a été bâtie en pierre de Caen, ce qui est inhabituel pour la région. Le reste de l’édifice est en granit. L’abside, le chœur et les chapelles latérales datent des 15ème et 16ème siècles. » (source)

Entrons donc dans l’édifice.

En premier lieu, ce damier qui rend l’orgue si original.

Evidemment, le damier noir et blanc m’a poussée à faire des recherches sur le facteur d’orgue. Venu d’outre-Manche, le Stuartiste Dallam s’est réfugié dans la ville de Morlais, toute proche, et, durant son séjour, a conçu plusieurs orgues, dont celui-ci. Mon hypothèse s’est révélée confirmée par un article du Télégramme, faisant référence à des recherches que je n’ai hélas pas trouvées en ligne.

« Des travaux récents d’un jeune docteur en musicologie et histoire de l’art ont révélé à ce sujet un document de taille : le grand orgue de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon, cet extraordinaire instrument, serait, sans doute, l’un des témoins les plus éloquents et le moins discutable des idées maçonniques circulant dans l’entourage de la reine Henriette d’Angleterre, la mystérieuse veuve du symbolisme maçonnique, suivant certains auteurs. »

« Pour rappel, les historiens font remonter la fondation des premières loges sur le territoire français à l’installation au château de Saint-Germain de la cour des rois anglais catholiques Stuarts en exil, en 1649. Autour d’Henriette de France, fille d’Henri IV et veuve de Charles Ier d’Angleterre, décapité à l’instigation de Cromwell, et de ses deux fils qui régneront successivement sous le nom de Charles II et Jacques II, les fidèles catholiques écossais et irlandais dissimulaient derrière le secret maçonnique leurs agissements politiques en vue du rétablissement de la monarchie catholique en Grande-Bretagne. Après le retour de Charles II, à Londres, et le rétablissement de la monarchie anglaise sur le trône, en 1660, Robert Dallam rentra en Angleterre, et c’en fut provisoirement fini, en France, des relations de la musique et de la franc-maçonnerie. »

Les Dallam sont facteurs d’orgue de père en fils. Le père de Robert, Thomas Dallam, est à l’origine des orgues de Westminster et d’une partie de Canterbury. Outre la Bretagne, Robert a oeuvré à York, Oxford et Londres. Et son fils, Charles, est resté en Bretagne, où on lui doit de nombreux instruments.

Mes « étonnements » furent de divers ordres. Commençons par ce que je n’avais jamais vu ailleurs.

Au-dessus de l’autel, comme une grosse clochette florale. Qu’est-ce?

Visiblement, je ne suis pas la seule à l’ignorer, car un panonceau bien placé apporte les explications souhaitées.

Une liste des défunts et défuntes de l’année, mise en évidence par une sorte de petit retable.

Puisque nous parlons de mort, voici une autre source d’étonnement, pour ne pas dire d’effroi…

35 boîtes, sous forme de chapelles surmontées d’une croix, dans lesquelles sont placés des crânes, identifiés et datés. L’ensemble porte le beau nom d’ « Etagères de la Nuit ».

Mais laissons le côté sombre, pour parler de lumière… La cathédrale est astucieusement éclairée de lumière jaune qui mettent en relief architecture et décors.

Et je terminerai par la magnifique rosace…