Violoncelle suédois

En une semaine, j’ai eu la chance d’assister à deux concerts avec l’instrument que je préfère : le « cello », le violoncelle. Le premier, dont je ne vous ai toujours pas parlé car, comme vous l’avez remarqué, voici bien longtemps que je n’ai pas rédigé d’article (tout au moins, en entier, car le nombre de « brouillons » devient important hélas), était de mon artiste préférée, Sol Gabetta. Cette fois, ce sont deux jeunes Suédoises que je suis venue écouter ce dimanche 22 février, tout en découvrant qu’il existait à Paris une église suédoise… Eglise? J’avoue que j’ai été un peu perdue, car j’ignorais qu’il existait des églises protestantes… pour moi, c’était forcément des temples…

Je me suis donc renseignée, notamment dans cet article très clair. Si j’ai bien compris, les Luthériens utilisent le terme « église », alors que les Calvinistes lui préfèrent le terme « temple ». Sachant que, d’une manière générale, toute église est en quelque sorte un temple… Or, en Suède, plus de la moitié des habitant-e-s seraient luthériens, selon France Diplomatie.

« Religion(s) : Église de Suède (évangéliques luthériens – 55,6 %) ; sans religion (32%) ; musulmans (8,9%) ; chrétiens orthodoxes ; catholiques. »

Et elle serait bien discrète, cette église, dans cette petite rue du 17ème arrondissement, la rue Médéric, si le drapeau ne la faisait pas remarquer.

J’ai été saisie par le contraste entre une forme de rigueur et de sobriété, d’une part, et des détails accueillants et chaleureux, d’autre part. Il faut préciser que j’ai eu besoin de me rendre dans un endroit intime, et un homme m’a laissée, pour ce faire, pénétrer dans la partie à gauche de la cour, dans laquelle j’ai été surprise par un énorme puits. Suivez-moi…

Les langues utilisées dans les « toalett » m’ont également surprise.

L’anglais, à gauche, est remplacé par l’arabe, à droite…

Mais l’heure du concert approche, entrons donc dans l’église.

Pas de crucifix, mais un Christ « rédempteur » (?) (moins grand que celui de Rio!). A vrai dire, je ne suis pas certaine du terme, car, ici, les mains sont tournées vers le sol. Si parmi vous il se trouve des experts en statuaire religieuse, merci de m’aider à qualifier cette statue. Quoi qu’il en soit, moins dramatique que les Christ en croix de nos églises…

Mais pourquoi une église suédoise à Paris? Celui qui m’avait ouvert la porte des autres locaux, et que je pense être le pasteur, a précisé qu’ils allaient, cette année, fêter les 400 ans de l’église. Ce que je n’ai pas compris, car elle a été construite entre 1911 et 1913. J’ai beau être nulle en mathématiques, cela ne fait pas 400 ans… L’article de Wikipédia est bien documenté, vous pourrez le lire avec intérêt. On y apprend qu’effectivement un pasteur, Jonas Ambraeus, a célébré le culte suédois à Paris pour la première fois en octobre 1626

et que le savant Hugo Grotius, devenu ambassadeur à Paris, a installé une chapelle dans le salon de l’ambassade, 7 quai Malaquais…

Pourquoi dans l’ambassade, me direz-vous? Tout simplement pour profiter de l’extraterritorialité. Replacez-vous dans l’époque. Le culte protestant était interdit par l’Edit de Nantes (1598). Les Suédois y avaient donc droit, dans l’enceinte de Paris, mais pas les citoyens français (si vous vous souvenez des « dragonnades » en 1678) qui, eux, devaient sortir de la ville et se rendre au temple de Charenton. Mais tout au long de l’Ancien Régime, des Français furent baptisés dans la chapelle suédoise, qui a changé d’emplacement deux fois : Hôtel de Cavoye, puis 52 rue des Saints-Pères.

Pour en revenir à l’édifice actuel, il a vécu une histoire récente agitée, car il a failli… être vendu!

« L’Église de Suède, de confession protestante, est présente en France depuis 1626. Elle est aujourd’hui hébergée dans le XVIIe arrondissement de Paris, dans un bâtiment de brique rouge construit entre 1911 et 1913 qui offre aux fidèles un lieu où se retrouver au cœur de la capitale. Le clergé suédois envisage cependant, pour des raisons économiques, de vendre les locaux parisiens. 

Cette menace qui pèse sur l’église suédoise à Paris a provoqué débats et contestations. Un groupe Facebook a été créé afin de s’opposer à la vente, et une pétition a été lancée pour sauver le bâtiment. De nombreuses personnes rappellent l’importance de représenter l’Église de Suède en France, mais aussi le rôle que joue le bâtiment dans la vie locale des fidèles, et le patrimoine culturel qu’il constitue. Dans une tribune pour Dagens Nyheter (article), l’autrice Helena Lindblad se remémore des moments de partage et d’émotion, des rencontres, des découvertes. Elle estime que cette vente serait « une erreur historique ». »

C’est l’alliance de la municipalité, des fidèles, mais aussi des riverains, qui a permis de sauver l’ensemble d’un projet immobilier.

« Estimé à plus de 6 millions d’euros, cet ensemble de 13 000 m2 comprend non seulement l’église mais également une école primaire, une grande salle paroissiale, des bureaux et un logement de fonction bâtis sur une parcelle de 700 m2.

Ce bien avait été récupéré par la congrégation au moment de la séparation entre l’Église et l’État, acté en 2000 en Suède, alors qu’elle l’avait cédé 50 ans plus tôt à l’État suédois pour une couronne symbolique. »

Le pasteur a invité tout le public aux festivités qui se dérouleront cette année… A voir?

Mais revenons-en au concert…

Ce fut un enchantement. Les deux jeunes artistes sont talentueuses, et m’ont fait vibrer tout au long du spectacle. Il faut dire que j’adore Sibelius… Voici un autre enregistrement de Malinconia, si vous souhaitez découvrir l’oeuvre. Mais l’arrangement de Franck était aussi émouvant. En voici aussi une autre version. Les artistes ont offert trois autres morceaux, deux classiques, d’abord, et, pour finir différemment, Barbara, « Dis-moi, quand reviendras-tu? »

Deux jeunes musiciennes aussi passionnantes que passionnées… J’ai trouvé le site de l’une, Alice Power, mais pour l’autre, le site est presque vide, et je vous propose seulement un article en suédois… Si vous avez l’occasion de les écouter, ne vous en privez pas! Un moment de bonheur musical partagé…

Au pied du Mont Frugy

Echappée ce week-end en Bretagne… et, bien sûr, envie de vraies krampouz… Mais un dimanche soir, pas facile de trouver une crêperie ouverte! Alors, direction la Grande Ville, à savoir Quimper. Celle de la Place au Beurre, annoncée ouverte sur le net, est en réalité fermée. Et ce fut une chance. Car cela m’a permis de découvrir une petite merveille cachée dans une rue où je ne passe quasiment jamais, car située de l’autre côté de l’Odet. Je m’explique. Cet été, un jour où j’avais aussi du mal à trouver un petit restaurant sympa et pas trop encombré de touristes, j’avais découvert un adorable restaurant oriental rue Sainte Catherine (pas celle de Bordeaux, celle de Kemper). Donc, ce dimanche soir, l’idée m’est venue de retourner dans ce coin un peu à l’écart du centre ville. Et c’est ainsi que je suis arrivée à la crêperie du Frugy.

Le Mont Frugy fut le lieu d’implantation d’un site gallo-romain avec temple, sans doute pour sa position dominante et la proximité des rivières. J’emprunte le plan qui suit à un site sur l’histoire de la ville et le commentaire à un article d’un autre site.

« C’est d’Aquinolia et de son port sur l’Odet (fleuve et non rivière) que les galères romaines venues de l’oceanus Atlanticus débarquèrent légionnaires puis marchandises avant de rejoindre la voie antique de Carhaix (Vorgium, la capitale des Osismes… « les plus lointains » en celtique), mais pour ceux-là pas sans avoir offerts quelques sacrifices sur le plateau de la Déesse qui supporta la guillotine à la Révolution tandis que l’église primitive était fermée par ordre du préfet, celui-ci appuyé par le prudent évêque car le recteur avait refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé (1791) ! Principe de précaution qui n’est pas sans en rappeler d’autres ! Ainsi naquit Kemper, lieu de la confluence entre l’Odet, le Steir et le Jet ! »C’est d’Aquinolia et de son port sur l’Odet (fleuve et non rivière) que les galères romaines venues de l’oceanus Atlanticus débarquèrent légionnaires puis marchandises avant de rejoindre la voie antique de Carhaix (Vorgium, la capitale des Osismes… « les plus lointains » en celtique), mais pour ceux-là pas sans avoir offerts quelques sacrifices sur le plateau de la Déesse qui supporta la guillotine à la Révolution tandis que l’église primitive était fermée par ordre du préfet, celui-ci appuyé par le prudent évêque car le recteur avait refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé (1791) ! Principe de précaution qui n’est pas sans en rappeler d’autres ! Ainsi naquit Kemper, lieu de la confluence entre l’Odet, le Steir et le Jet ! »

Au IIe siècle, les Bretons d’outre-Manche étaient venus s’installer en Armorique pour y fonder leurs communautés celtiques avant d’être évangélisés par les 7 saints de Bretagne au VIe siècle puis, vers l’an mille, de participer à ce fameux « blanc manteau d’églises » dont celle de Locmaria« .

Ce petit détour historique m’a permis de me rendre compte que je ne connaissais pas la nécropole de Locmaria à Quimper! Il faudra que je voie cela aux beaux jours, et que je vous y emmène si vous le souhaitez… Mais revenons à ce dimanche soir de décembre, alors que les clochers de Saint Corentin s’illuminent des couleurs vives de la projection en cours. Et à la crêperie qui porte, comme vous l’avez compris, le nom du Mont au pied duquel elle se situe, rue Sainte Thérèse.

Une petite devanture, un espace restreint, mais de vieilles pierres et un lieu que je qualifierais volontiers d’authentique et de chaleureux.

Et qui allie « plaisir des yeux » et « plaisirs gustatifs », tout en rendant hommage au Pays.

Côté « plaisir des yeux », c’est une incroyable broderie qui orne le mur au pied duquel se situe notre table (photo prise de ma place, ce qui explique l’angle bizarre).

La carte apporte quelques explications à son propos.

Vous ne connaissez peut-être pas Pascal Jaouen? C’est lui qui a donné son nom à une Ecole de broderie d’art renommée dans la ville, dont vous trouverez le site ici. Allez le visiter, vous y verrez des merveilles ! La photo suivante, empruntée au site de la crêperie, montre Pascal Jaouen et Chantal le Bars signant l’oeuvre, inspirée de motifs du pays bigouden.

Chantal Le Bars est une élève de cette prestigieuse école. Un article de Ouest France la présentait en 2015.

Une très belle surprise, donc, dans cette petite crêperie qui ne payait pas de mine, vue de l’extérieur. Et une seconde, avec de délicieuses krampouz, fines et au goût délicat servies par une adorable jeune femme. Le tout, bien sûr, arrosé de Menez Brug. Car on accepte le pays fouesnantais aussi, en ces lieux qui fleurent bon la vraie Bretagne d’hier et d’aujourd’hui. Et où l’on n’arnaque pas le client : deux plats, deux bouteilles (plus une bière locale), quatre cafés… 5 personnes ravies pour moins de 100 euros ! Mérite de figurer dans mes « restos à moins de 50 euros à 2 » !

Un scenario « tiré par les cheveux »

J’entendais jadis souvent cette expression, en particulier concernant les transitions. Qu’elles soient des présentateurs / trices de la télévision de l’époque, ou des élèves dans leurs rédactions. Mais aussi sur les déductions, notamment dans les discours des politiques. Mais je trouve qu’elle se fait rare. Pas vous?

Quoi qu’il en soit, c’est celle qui m’est venue à l’esprit à la sortie du cinéma, l’autre soir, à Montparnasse. J’ai hésité à la reprendre dans cet article, car vous allez y voir sans doute un mauvais jeu de mots à propos de ce film. Tant pis, j’assume.

Un scénario pourtant né d’une bonne idée : vanter le courage d’une partie de l’Humanité. Dans trois contextes socio-culturels très différents : l’Inde des Intouchables, l’Italie du Sud des artisans en TPME et le Canada des cadres supérieur-e-s qui se battent pour des promotions internes.

Pourquoi pas? Même si ce parti-pris est déjà un peu stéréotypique. Mais là où cela se gâte, c’est que ne sont concernées que des femmes. Et que le courage que l’on vante tout au long de ce film revêt une forme « exceptionnelle ». Alors, pourquoi que des femmes? Si on veut les valoriser, pourquoi ne pas plutôt promouvoir le courage « ordinaire » de celles qui se lèvent aux aurores et s’effondrent le soir, après avoir fait face à tous leurs « devoirs » familiaux, conjugaux, professionnels et autres… Car on en trouve même qui ont le courage de défendre les Autres, d’être militantes, d’être généreuses envers celles et ceux qui vivent dans des conditions encore pires que les leurs.

Les figures de la Mère, de l’Entrepreneure, de la Malade, on les connaît. Et je ne vois pas en quoi elles défendent la cause des femmes, car il est aussi bien des hommes qui correspondraient à ces figures. Avec en plus, pour le premier cas, le regard d’une partie étonnée de la société, de les voir sortir de leur « rôle ».

Je vous parais peut-être dure, mais j’ai été vraiment choquée par le procédé. D’autant plus que les images sont superbes, bien qu’un peu trop « léchées » à mon sens. Et que les actrices incarnent au mieux les personnages. Mais oser les relier par une histoire de cheveux, de manière aussi grossière, est pour moi une insulte à toutes les femmes et à tous les hommes qui luttent au quotidien pour l’Humanité / l’humanité…

Pourtant certaines scènes du film la retracent, cette bravoure ordinaire, cette résilience quasi-permanente.

Je me méfiais de ce film annoncé d’une telle manière. J’avais bien raison. On nous renvoie à l’époque narrée par mon vieux professeur de français, lorsque j’étais au lycée. Il nous racontait que le plaisir de sa (très, pour moi) vieille maman était d’aller au cinéma voir des mélodrames en noir et blanc (il devait avoir plus de 50 ans en 1965, donc sa maman devait être née vers 1890…). Et elle avait au bras un panier rempli de mouchoirs…

J’allais oublier de vous dire pourquoi l’expression pourrait être interprétée comme un mauvais jeu de mots !

Le film pourrait se résumer ainsi, si l’on s’en tient aux cheveux : une Canadienne en chimio achète une perruque faite de vrais cheveux. Ceux-ci sont préparés par des femmes dans un atelier du sud de l’Italie. La jeune fille qui en hérite lutte contre les difficultés financières, et son ami Sikh l’aide à importer des cheveux provenant d’un temple indien où les femmes se font raser pour que leurs voeux soient exaucés. Je n’invente rien!

Et j’allais aussi oublier de préciser de quel film il s’agit.

Voici l’affiche en question…

Il cello e il cielo

Comme les « ancien-ne-s » de ce site le savent, j’aime le violoncelle. Alors, comment résister, par cet après-midi pluvieux, à l’appel de cette annonce? D’autant que je ne connais pas cet endroit!

Je situais bêtement l’Oratoire au Louvre ! Que nenni! Il est situé non loin, certes, mais pas du tout dans le périmètre de celui-ci. Mais en réalité c’était vrai jadis. Car il s’agit ni plus ni moins de l’ancienne Chapelle Royale du Palais.

Et j’imaginais une sorte de petite chapelle. Que nenni! En réalité, l’édifice est de taille imposante, aussi vaste qu’une grande église.

Un peu d’histoire en passant ? C’est la Congrégation de l’Oratoire (avatar de la Société de l’Oratoire, issue de la Contre-Réforme), créée en 1612 par Marie de Médicis, qui a souhaité un lieu de prière digne de sa renommée et fait lancer le chantier en 1620. Après modification des plans, il fut achevé en 1623. C’est là qu’eurent lieu les cérémonies funèbres de Richelieu, de Louis XIII, d’Anne d’Autriche et de Marie-Thérèse. Mais la consécration de l’église n’eut lieu qu’en 1750… et cela dura peu, puisqu’elle fut désacralisée à la Révolution. C’est justement en 1789 que les protestants obtiennent la liberté de culte. Et, en 1811, la première cérémonie protestante a lieu à l’Oratoire qui, depuis, est l’un des plus grands temples de Paris. Si vous voulez en savoir plus, le site de l’Oratoire est très pédagogique.

Une mini-exposition sur le mémorial de Coligny l’est également. Toutes les explications concernant histoire, actualités de l’époque, architecture et statuaire y sont apportées.

Comme tous les temples, très austère. Mais, pour ma part, j’ai ressenti une forme de malaise en y pénétrant. Une tristesse, un manque de « vie », en quelque sorte.

Le concert m’a fait oublier tout cela. Pas un concert ordinaire, non. Alternance de commentaire (par une pasteure) et lecture (par une autre pasteure) d’extraits de la Bible (plus ou moins) relatifs aux rêves et de morceaux interprétés au piano et au violoncelle.

Le public est séduit par la pianiste, dont il apprend très vite qu’elle n’est autre que l’organiste en titre de l’Oratoire. Ce qui m’a donné envie d’aller l’entendre à l’orgue, bien sûr. Coréenne née et élevée en Australie, elle a rejoint la France et mène une carrière internationale. C’est son jeune frère, arrivé plus récemment en France, qui est au violoncelle.

Et ce fut un délice de les entendre, dans des oeuvres extrêmement variées.

Parmi celles-ci, j’en ai particulièrement apprécié deux : Romance sans parole pour piano et violoncelle, de Mendelsohn (je n’en ai pas trouvé une aussi bonne interprétation sur le net, mais vous pouvez écouter ici pour en avoir une idée) et la Suite bergamasque de Debussy. Mais l’ensemble était bien choisi et interprété avec beaucoup de sensibilité, et, d’après un connaisseur, l’interprétation de Bach, remarquable.

Couleurs de Voix, couleurs d’Amour(s)

Cela faisait un moment que j’avais noté cette date dans mon agenda, une fois n’est pas coutume. Un de mes amis m’avait annoncé que la chorale dont il fait partie allait chanter en ce mardi 27 septembre. Ce n’était pas la première fois. Mais j’avais raté les précédentes occasions. Alors, blocage de la date. Et me voici, en cette soirée d’un automne précoce – pas d’été indien, cette année! – en train de découvrir le quartier des Batignolles et son Temple.

Au programme étaient annoncés « Suites profanes de la Renaissance ». Non, pas d’allusion à la superbe idée de notre président. Enfin, je crois. Mais à l’époque. Les Cours d’Amour commençaient à passer de mode, mais on continuait à célébrer l’Amour, voire les amours… Qu’elles soient réciproques ou non, désespérées ou heureuses. Et c’est là l’entrée choisie par le choeur et son directeur, Alain Lechevalier. Directeur – soit dit en passant – de cette chorale « A Coeur Joie » depuis 43 ans, puisqu’il en a été le fondateur en 1979 (vive le calcul!).

Deux parties elles-mêmes divisées en deux, des amours malheureuses, voire tragiques, à la célébration du bonheur amoureux. Occasion de réaliser que j’aime les extrêmes : ce sont la première et la quatrième qui m’ont le plus transportée! Mais l’ensemble était remarquable, et, malgré l’option annoncée de ne pas chercher à restituer la langue de l’époque, nous étions bien en pleine Renaissance, avec Josquin des Prés, Janequin et les autres.

Couleurs de l’Amour, donc, du noir au rouge (vu par les cultures asiatiques), en passant par toutes les nuances de gris (non, pas les 50) et de roses.

Couleurs de voix du Petit, puis du Grand Coeur, nous menant du désespoir à la Joie. A Coeur Joie, une vraie « communauté » qu’il fait bon découvrir et qui s’ouvre au public.

Le « Petit Choeur »
Le « Grand Choeur »

N’oublions pas les musicien-ne-s, et principalement la vieilleuse, qui a comblé nos oreilles lors des morceaux interprétés en solo ou avec l’organiste.

Annie Couture

Les intermèdes instrumentaux ont en effet rythmé le concert, avec des oeuvres de Janequin (encore lui!), mais aussi Sermisy, Lupi, Megret (non, pas l’inspecteur).

Bref, vous l’avez compris, un de ces moments de pureté et de bonheur partagé, comme je les aime.

Ah! J’allais oublier de vous donner le nom de cette chorale. Il signifie, en grec, « qui aime le chant ». Vous savez toutes et tous traduire « qui aime » en grec, tant il entre dans la composition de mots français, notamment avec toute la série des collectionneurs (pour la plus grande joie des jeux radiophoniques ou télévisés qui s’amusent à faire découvrir ce qu’est un tyrosémiophile, par exemple). Mais pour la suite du nom, j’en appelle à mon cher Bailly.

« μέλος, εος-ους (τὸ)

I au propre :

1 membre, articulation, aussi bien de l’homme que des animaux ; primit. seul. au pl. IL. 7, 131, etc. ; OD. 11, 599, etc. ; PD. N. 1, 47, etc. ; ESCHL. Pers. 992 ; EUR. El. 1209 ; HDT. 1, 119 ; PLUT. Cor. 6, etc. ; au sg. STR. 83 ; GAL. 4, 589 ; ANTH. 9, 141 ; μέλη καὶ μέρη ou μέρη καὶ μέλη, PLAT. Phædr. 238 a, etc. les membres et les parties ; fig. au plur. membres ou parties d’un tout, NT. Rom. 12, 5 ; 1 Cor. 6, 15, etc.

2 p. suite au plur. les membres, c. à d. le corps entier, NT. Rom. 6, 19, etc. ; 1 Cor. 6, 15, etc.

II membre de phrase musicale, d’où chant rythmé avec art (p. opp. à μέτρον, parole versifiée, métrique) particul. :

1 chant du rossignol, HH. 18, 16

2 chant des instruments (flûte, etc.) PD. P. 12, 19 ; THGN. 761 ; SOPH. (ATH. 175 f)

3 chant avec accompagnement de musique, défini comme un assemblage, PLAT. Rsp. 398 d ; d’où mélodie, PD. O. 9, 1 ; HDT. 5, 95 ; ARSTT. Pol. 8, 5 ; PLUT. Lyc. 21, M. 300 f ; à côté de μέτρον, PLAT. Rsp. 607 d ; au plur. joint à ᾠδαῖς, PLAT. Rsp. 399 c ; p. opp. à ἔπεσι, PLAT. Rsp. 379 a, etc. ; fig. ἐν μέλει, PLAT. Soph. 227 d, en mesure, en cadence, justement ; παρὰ μέλος, PD. N. 7, 69 ; PLAT. Leg. 696 d, Crit. 106 b, etc. ; LUC. Eun. 2, etc. (cf. πλημμελής) sans mesure, c. à d. sans raison, maladroitement

4 p. ext. parole qu’on répète sans cesse, redite, SOPH. Aj. 976 ; EUR. Hipp. 879 ; AR. Pax 289

5 au plur. τὰ μέλη, poésie lyrique, p. opp. à la poésie épique ou dramatique, PLAT. Rsp. 379 a, 607 a, etc.« 

En rébus, cela donne donc.

« Mon premier aime. (Alternative : discipline scolaire abrégée, contrairement aux souffrances qu’elle inflige aux élèves)

Mon second désigne dans la langue d’Homère un chant cadencé. (Alternative : Il manque un outil pour compléter le désordre).

Mon tout est un volatile que l’on apprécie non pour sa chair, mais pour sa voix. »

Car oui, le nom de l’ensemble choral est celui de ce bel oiseau, lui-même chanté par Verlaine.

« Comme un vol criard d’oiseaux en émoi,
Tous mes souvenirs s’abattent sur moi,
S’abattent parmi le feuillage jaune
De mon coeur mirant son tronc plié d’aune
Au tain violet de l’eau des Regrets,
Qui mélancoliquement coule auprès,
S’abattent, et puis la rumeur mauvaise
Qu’une brise moite en montant apaise,
S’éteint par degrés dans l’arbre, si bien
Qu’au bout d’un instant on n’entend plus rien,
Plus rien que la voix célébrant l’Absente,
Plus rien que la voix -ô si languissante!-
De l’oiseau qui fut mon Premier Amour,
Et qui chante encor comme au premier jour;
Et, dans la splendeur triste d’une lune
Se levant blafarde et solennelle, une
Nuit mélancolique et lourde d’été,
Pleine de silence et d’obscurité,
Berce sur l’azur qu’un vent doux effleure.
L’arbre qui frissonne et l’oiseau qui pleure
. »

Eh oui, cet oiseau évoque pour les poètes plutôt des souvenirs douloureux qu’heureux, comme dans la très belle ode de John Keats. Mais les choristes et leur directeur ont fait le choix apprécié de ne pas en rester à la tristesse et de nous emmener vers le bonheur. Merci, Philomèle !