Au moment où j’écris ces lignes, je suis encore toute « bouleversifiée »… J’aurais pu dire « émue », mais ce néologisme récent me paraît mieux refléter l’état émotif dans lequel je suis encore, une heure et deux bus après la fin du spectacle auquel je viens d’assister, au théâtre Montparnasse. Son titre, pourtant, n’était guère alléchant pour moi : « Looking for Beethoven ». Mais j’en avais vu l’annonce, et elle m’avait intriguée. Mettre d’accord des médias aussi divers, dont certains très « difficiles » en tant que critiques, voilà qui était alléchant.

Le spectacle commence par des confidences personnelles du pianiste, qui aurait découvert jouer pour la 300ème fois ce soir la Symphonie Pathétique. Vrai ou faux? Peu importe. La connivence s’établit très vite avec le public, qu’il fait rire en revenant plusieurs fois du piano pour poursuivre ses confidences. Mais très vite le rire va se transformer en émotion. Artistiques d’abord, intellectuelles ensuite, puis plus viscérales à la fin, tant on est « pris aux tripes » par ce que le musicien partage avec nous, de la vie, de la créativité, de la souffrance intense de celui qui a été privé trop tôt de l’ouïe et s’est progressivement littéralement « enfermé », tout en continuant à poursuivre la quête de l’Idéal.
La magnifique voix de « l’acteur » commente, explique, accompagne le doigté expert du musicien, dans un texte profondément humaniste et résolument optimiste malgré la persistance et la puissance de la douleur ressentie par le compositeur et partagée par son interprète, dans une profonde empathie.
Celles et ceux qui me lisent depuis quelques années savent que je ne suis nullement experte en musicologie, et que j’apprécie souvent des oeuvres auxquelles je ne « comprends » rien. Or ce soir, j’ai « compris » certains passages, grâce aux explications données, et apprécié qu’un spécialiste me fasse profiter de ses connaissances tout en jouant des morceaux qui me ravissaient, au sens premier du terme. « Rapta », dirais-je en écho au « Raptus » employé par Pascal Amoyel.
« Enfin! », me direz-vous, « nous avons son nom! ».
Je ne le connaissais pas du tout (encore mon ignorance!), et viens de lire rapidement quelques écrits sur lui. Je vous en conseille un, que vous trouverez sur son site. Mais j’ai dû l’entendre sur France Culture, sans entendre son nom.
« Pascal Amoyel commence le piano très jeune et à dix ans, il est admis à l’École Normale de Musique. En 2005, il est révélé au grand public par les Victoires de la Musique. Lors du bicentenaire de la naissance de Chopin, en 2010, il sort une intégrale très remarquée des Nocturnes.
Auteur de théâtre, Pascal Amoyel a écrit le concert-théâtral Block 15, Le Pianiste aux cinquante doigts ou Le jour où j’ai rencontré Liszt. Compositeur, il est à l’origine du cycle Job, ou Dieu dans la tourmente et Lettre à la femme aimée au sujet de la mort. Soucieux de partager et transmettre, Pascal Amoyel enseigne, il a créé deux festivals, et produit une série d’émissions sur France Culture, Une histoire de la musique. » (source)
Je regrettais de ne pouvoir noter toutes les sonates que présentait l’artiste, ne me souvenant que de la Pathétique, La Tempête et l’Appassionnata, quand j’ai trouvé dans l’article dont est extrait la présentation ci-dessus, une liste que voici :
« Beethoven, Sonates (extraits) op. 2/1, op. 2/2, op. 2/3, op. 7, op. 10/1, op. 10/2, op.13
« Pathétique » (1er mouvement), op. 27/1, op. 27/2
« Clair de lune », op. 31/2
« La Tempête » (3e mouvement), op. 57
« Appassionata » , op. 81a
« Les Adieux », op. 101, op. 106
« Hammerklavier », op. 109, op. 110, op. 111″
Plus le temps, retranscrit en termes d’années et d’âge du compositeur, s’avance, et plus les extraits sont brefs, mais terriblement « forts ». Plus, aussi, on assiste au combat de la Joie et de la Douleur, de la Vie et de la Mort, de la Philanthropie et de la Misanthropie, des Sons et du Silence, bref, de la Lumière contre les Ténèbres.

Les mots ne sont pas assez puissants pour exprimer l’intensité émotionnelle de ce spectacle. Que vous aimiez ou non écouter des oeuvres pour piano, faites tout pour le voir (et surtout l’entendre!). Et dites-moi en commentaire ce que vous en pensez? En attendant, vous pourrez trouver des extraits sur ce site.



