Le jeu d’Anatole

Le Lucernaire propose souvent des spectacles intéressants, originaux, voire drôles. C’est le cas en ce moment, avec ce que je ne sais comment la désigner, la « pièce » intitulée « Le jeu d’Anatole ou Les Manèges de l’Amour ».

Imaginez une scène exigüe, sur laquelle trois à quatre personnages tiennent à peine ensemble.

Et une mise en scène permettant de la transformer en salon, en restaurant, en salle de spectacle, et en belvédère… Une vraie gageure, un pari réussi pour le metteur en scène, Hervé Lewandowski.

Anatole est le stéréotype de l’homme assoiffé de conquêtes. Il se heurte, durant sa vie, à d’autres stéréotypes, de femmes, cette fois. Femmes diverses, tant par la condition sociale que par le style et par le caractère, par les choix de vie aussi. De la « cocotte » pseudo-artiste à la femme bourgeoise, elles se succèdent dans sa vie – et dans son lit – sans qu’il parvienne à les comprendre. Pour les interpréter, une seule actrice.

Mélodie Molinaro est surprenante, inattendue, enjouée, terriblement vivante, et impressionnante dans les diverses facettes de « la femme idéale », qui sont ainsi représentées successivement, jusqu’au dénouement inattendu. Elle chante, danse, virevolte, mais aussi pense, joue et se joue de l’Homme, et émeut…

L’ami fidèle, qui observe, commente, enregistre les méandres des amours d’Anatole, est interprété par Yann Sebile, terriblement séduisant avec sa redingote et son chapeau haut-de-forme…

Quant au troisième homme, il change de costume, de rôle, de ton, tout au long de la pièce, dans une succession incroyable de « seconds rôles ». Tous les personnes incarnés par Guillaume Sorel contribuent à « créer le décor », rendre compte de l’époque et du lieu… et faire rire les spectateurs/trices…

Enfin, proche de la scène, un acteur « invisible » mais pourtant très présent : le pianiste, qui est parfois « convoqué » par les autres, comme un des personnages. Son jeu permet d’évoquer les époques, par des interprétations situées de la musique d’Offenbach, qui accompagne les chansons ou devient fond sonore.

Car la musique est omniprésente et nous entraîne ailleurs, encore ailleurs, dans l’espace comme dans le temps.

Bref, vous l’avez compris, j’ai aimé ce spectacle, qui fait voyager, chantonner, danser sur son siège, et qui fait rire tout en étant au final très profond…

Pour en découvrir davantage, vous pouvez regarder ceci. Mais je vous le déconseille si vous envisagez d’aller voir la pièce… Mieux vaut se laisser surprendre, non?

En différé d’Avignon (1)

Le correspondant de mon blog en Avignon est reparti travailler, mais continue à m’envoyer ses articles sur les spectacles vus. Au total, il a assisté à 21 d’entre eux… je n’en suis qu’au cinquième! Il va donc falloir que, de mon côté, j’accélère la cadence de publication et, du sien, qu’il finisse la rédaction des derniers d’entre eux !

Aujourd’hui nous allons vous parler encore d’une pièce.

Acid Cyprine

Résumé du spectacle sur le site du Off

« Acid Cyprine, c’est : un cri de contestation, une rébellion ludique et tragique contre et avec nos limitations pour réinterroger les espaces possibles de libertés dans nos corps, nos vies sociales et intimes de femmes. D’hommes. D’humains. La démesure du clown comme l’engagement physique sont les principaux outils pour flirter avec le quotidien, créer un décalage percutant sur ces sujets brûlants. Quatre femmes sur scène en rapport direct avec le public, s’interrogeant sur la/les libertés des femmes d’aujourd’hui, les tabous, les clichés, les responsabilités des hommes et des femmes dans la perpétuation d’un système machiste. »

Encore une critique en demi-teinte, de la part de Philoskéné…

L’avis du spectateur

« Beaucoup d’énergie de la part des 4 actrices et des bonnes trouvailles tout au long du spectacle. On ne s’ennuie pas du tout et l’on rit de bon cœur.
Mais le propos un peu « déjà vu » sur les heurs et malheurs des femmes victimes des hommes ( et d’elles-mêmes) mais surtout une mise en scène décousue n’en font pas un spectacle totalement accrocheur pour qui n’est pas trop amateur de pièces à sketches
. »

Une question naïve alors : si l’on n’est pas amateur de pièces à sketches (ce qui est mon cas, soit dit en passant), pourquoi choisir ce type de pièce dans une ville qui en propose une multitude d’autres?

Et une seconde : si l’on n’est pas spécialement féministe, pourquoi choisir cette thématique dans le choix parmi une multitude d’autres aussi?

Il faut avouer que les images diffusées dans la presse locale (qui a par ailleurs encensé la pièce) confortent les stéréotypes concernant les femmes qui luttent pour l’égalité!

Festival d'Avignon | Acid Cyprine : un gros coup de cœur | La Provence
Source : La Provence

En direct d’Avignon (2)

Mon correspondant en Avignon continue à envoyer des commentaires sur les spectacles auxquels il assiste. Je suis bien en retard dans leur publication… Voici donc la suite, pour celles et ceux qui aiment le théâtre et veulent connaître un avis de « semi-profane » (ou « semi-expert », selon la théorie du verre mi-vide mi-plein)…

A ces idiots qui osent rêver

Théâtre la Luna

Voici le texte de présentation sur le site du théâtre.

« L’histoire de ELLE et LUI, qui se déroule au fil des quatre saisons, est une savoureuse comédie romantique à l’américaine, inspirée des films cultes « La La Land » et « Quand Harry rencontre Sally ». Un homme, une femme, deux visions de l’amour… Qui des deux convertira l’autre ?! C’est aussi un hommage aux maîtres anglo-saxons du genre avec, en prime, une exquise séquence de claquettes ! Drôle, rythmé, ce spectacle séduit par son propos intelligent sur l’amour et ses judicieux procédés empruntés au cinéma. Un bonheur théâtral jubilatoire dont on ressortira assurément amoureux… »

Et maintenant, le commentaire posté :

Un peu dans le « déjà vu » mais bien enlevé par une mise en scène astucieuse et surtout par l’interprétation des comédiens, et plus particulièrement le rôle masculin (René Remblier)
A recommander aux amateurs de comédie romantique qui retrouveront quelques clins d’œil vers des œuvres de « référence » comme « La la land » avec un bon numéro de claquettes.

Une question que je n’ai pas résolue…. Y a-t-il un lien avec l’histoire d’Aragon et d’Elsa Triolet? Moi qui adore voir et revoir leur Moulin, j’aimerais le savoir… Qui a la réponse?

En direct d’Avignon (1)

Non, je ne suis pas en Avignon. Mais certain-e-s de mes ami-e-s s’y trouvent en ce moment. Et l’un d’entre eux nous fait le plaisir de partager avec nous ses impressions et opinions relatives aux spectacles auxquels il assiste. Je vous livre donc ses commentaires, tels qu’ils me sont parvenus, avec une brève introduction de mon crû.

Camus-Casares. Une géographie amoureuse

Voici ce qu’en disent Jean-Marie Galey et Teresa Ovidio:

 » Nous avons donné au montage minutieux de cette relation hors norme le titre « Camus-Casarès, une géographie amoureuse » qui nous paraît refléter la carte du Tendre chère aux amants du XVIIème siècle… géographie amoureuse, avec ses sentiers sinueux, ses vallons paisibles, ses montagnes infranchissables, ses clairières enchantées, ses impasses…
D’une très grande richesse lyrique et émotionnelle ces échanges amoureux magnifiques ont aussi la particularité de révéler un Camus surprenant : tourmenté, instable, fragile, capricieux, au comportement parfois machiste, éloigné de l’écrivain profond et grave que nous connaissons.
Les lettres de Casarès sont une révélation. Elles témoignent d’un humour ravageur qui brocarde ses contemporains, auteurs, metteurs en scènes, comédiens, politiques, avec allégresse et sans retenue aucune ! Fille sauvage de la Galice, elle témoigne d’une vitalité ahurissante, vivant le bonheur et le malheur avec la même intensité.
Jean-Marie Galey et Teresa Ovidio
« 

Et maintenant, le commentaire du spectateur averti.

« Le concepteur ou l’aménageur de cette salle a juste oublié qu’un spectateur pouvait avoir des jambes articulés sur des genoux et sauf exception, il restait difficile de les laisser au vestiaire – inexistant d’ailleurs.

L’inconfort des sièges n’explique pas que l’on soit resté un peu en retrait de cet échange épistolaire. Certes les textes des lettres que Camus a échangé avec son égérie ne manquent ni de style, ni de profondeur souvent introspective, mais la froideur voulue (?) de l’interprétation dessert le propos. La prose de Casares est plus banale, mais l’actrice qui l’endosse. incarne mieux la relation passionnelle des deux icônes.
Mais c’est surtout la mise en scène qui ne s’accorde pas bien au propos voulu. Déplacements et accessoires – comme cette valise – veulent représenter le chassé-croisé de ces deux êtres perpétuellement séparés par leurs obligations journalistiques ou artistiques; mais l’ensemble ne donne plus un impression de confusion que de distance.

Le spectacle scandé par des enregistrements d’époque sortis de postes TSF d’époque disséminés sur le plateau reste cependant intéressant : dommage ! Il aurait pu être captivant. »

https://media.eterritoire.fr/?u=aHR0cDovL3BpY2FyZGllLm1lZGlhLnRvdXJpbnNvZnQuZXUvVXBsb2FkL2NhY2hlLTczNzYzNTA2LmpwZw~~
Des radios et une valise…
(Photographie prise lors d’une autre représentation, à Issoire. Source)

Une Grande Dame sans admirateurs/trices

Mes pas m’ayant conduites dans le quartier de la Tour Eiffel, j’ai eu l’occasion de voir combien la crise pesait sur les environs de la Vieille Dame… au point qu’elle se cache dans les nuages pour ne pas voir les dégâts sur la Terre…

Qu’il s’agisse des nombreux bars et restaurants, ou de commerces plus « alimentaires », il semble que les propriétaires ont baissé les bras et renoncé à se battre… les chaises sont empilées derrière la devanture de la belle pâtisserie.

Le marchand de « souvenirs » n’est plus lui-même qu’un souvenir. Il a visiblement abandonné au lendemain des fêtes, à en juger par la décoration de sa vitrine, un mois après…

Mais un vaillant petit soldat continue de se battre. Il a maintenu son affiche, et son enseigne est éclairée, contre vents et marées, comme s’il allait accueillir des spectateurs en soirée…

Dire qu’il y a deux ans, à quelques jours près, un dimanche après-midi, j’assistais en ces murs, parmi un public très hétérogène qui n’épargnait pas ses rires. On jouait alors « Le Tour du Monde en 80 jours », et familles, personnes âgées et/ou isolées partageaient un excellent moment convivial et détendant malgré la grisaille de l’hiver…

Les décâblés

Que choisir quand deux jeunes filles de 18 ans vous demandent de les emmener voir un spectacle de théâtre « hors du commun »? Telle est la question à laquelle je me suis trouvée confrontée hier soir… Qui plus est, un lundi. Et, cerise sur le gâteau, à 19h45!

Heureusement j’avais déjà anticipé, et passé quelques temps le matin à regarder la liste des spectacles parisiens en ce lundi de février… Et j’avais notamment remarqué qu’il y avait du théâtre d’improvisation. Or nous avions déjà vu ensemble une pièce, « Bio », que j’ai commentée jadis sur ce blog. Et cela avait tellement plu à l’une d’entre elles qu’elle avait voulu retourner la voir avec son amie.
Me voici donc réservant « en catastrophe » sur le site du théâtre des Blancs Manteaux, pour un spectacle remarqué le matin même sur le net, les Décâblés.

Me voici donc sur la page « billetterie », et ne comprenant pas pourquoi il y avait un tarif « promotionnel » différent d’un tarif « préférentiel », tous deux différents d’un tarif « normal » et d’autres tarifs par catégories sociologiques… Un vrai casse-tête! J’ai donc appelé le théâtre, et ce fut le premier gag de la soirée : il faut choisir celui que l’on préfère, et aucun justificatif n’est demandé… A tout hasard, j’ai pris le moins élevé (13 euros)… et ai obtenu mes places sans peine… Si, je vous assure. Et si j’ajoute que, pour entrer, nous n’avons été soumises à aucun contrôle… Voilà qui rend bien sympathique, dès l’abord, ce théâtre!

Sympathique, il l’est. Et plein de charme aussi. Si discret, dans cet angle de rue, que nous étions passées devant sans le voir… Et si chaleureux, une fois que l’on pénètre dans le bar adjacent ou dans la petite salle un peu (beaucoup) défraîchie…

Le bar et l’entrée du théâtre

Les codes des théâtres parisiens héritiers de la tradition bourgeoise des XVIII et XIXèmes siècles sont joyeusement transgressés, si l’on excepte la couleur rouge… des bancs! La scène et le rideau sont noirs… Et, pour cette pièce, une télévision rouge venait casser tout le sombre du fond de salle… Une télévision-urne, dans laquelle le public était invité à glissé un bulletin avec son prénom et une « phrase-thème » de son choix.

La télévision – urne

Car c’est l’un des principes de ce spectacle : pas de « spectateurs/trices », mais des personnes en interaction avec les acteurs, et même convoquées sur scène pour jouer avec eux, comme cette « Pimprenelle » choisie, avec deux autres personnes, dans le public pour réellement interagir sur scène en binôme avec un acteur.

L’acteur dialoguant avec sa partenaire avant de jouer « Les Z’amours »

En l’occurrence, il s’agissait de l’émission Les Z’amours, pour laquelle l’animateur (quatrième acteur, un peu « hors scène » mais tellement « sur scène »!) pose des questions à des couples… Le public est donc à la fois co-auteur et co-acteur de ces sketches déjantés sur les émissions de télévision. Et là, je dois avouer que mon manque de culture télévisuelle a été pour moi un handicap, car par moments les autres étaient pliés de rire, alors que je ne comprenais pas pourquoi… et comme je n’ai jamais vu Koh Lanta, N’oubliez pas les paroles ou encore On n’est pas couchés, je ne pouvais saisir la finesse de certaines répliques… Pas plus que je n’ai pu évaluer la justesse des paroles (ni de l’air) quand ils ont été amenés, dans un sketch dont le thème était « J’aime la pêche », à chanter du Céline Dion et du Metallica!

Mais l’entrain, le jeu et le sens de la répartie des 4 jeunes gens, reconnaissables par les couleurs assorties du tee-shirts et des chaussures (rose, bleu,vert pour les 3 « sur scène »), à l’exception de « l’animateur », tout de noir vêtu et aux chaussures de cuir fauve, ont entraîné le public dans un délire de plus d’une heure. Un public conquis, dans toute sa diversité d’âge, de sexe, de milieu et de genre… Car il a bien été question de genre, aussi, dans ce spectacle, et des stéréotypes y afférant, dans une gaie satire qui n’épargnait personne. Un seul regret, me concernant : le glissement vers des formes de vulgarité, à certains moments… Dommage… mais cela n’enlève rien au plaisir partagé avec les deux jeunes filles qui m’accompagnaient…

Un Feydeau moins ennuyeux…

Je n’appréciais pas spécialement les comédies de Feydeau, jusqu’à la semaine dernière. Un peu poussiéreuses, trouvais-je, et qui plus est souvent sur une thématique que je rejette profondément d’un point de vue idéologique, la « tromperie »… Et voici qu’une pièce, dont pourtant l’argument est fondé sur cette thématique, m’a réconciliée avec ce type de théâtre. Intriguée par les nombreuses critiques très positives découvertes sur le net, je suis en effet allée voir « Le Système Ribadier » aux Bouffes Parisiens.


Je ne puis m’empêcher de faire une brève digression sur ce théâtre qui combine en un espace restreint (trop restreint, me disaient mes jambes pendant la représentation, coincées entre les sièges du premier rang de la corbeille et la balustrade… à croire que les spectateurs de l’époque avaient des jambes plus petites que les miennes!)… qui combine, disais-je donc, tous les éléments architecturaux et décoratifs attendus d’un théâtre dans notre imaginaire, sans pour autant être surchargés de statuettes ou hauts reliefs dorés.

L’entrée par le Passage

Le théâtre possède deux façades, qui lui donnent un air de pièce de monnaie.

Côté pile, une superbe façade en bois noir, située au sein du Passage Choiseul.

Côté face, une façade plus résolument « moderne », avec ses baies vitrées et ses enseignes lumineuses…

Si l’histoire du théâtre vous intéresse, vous la trouverez sur le site officiel, ou, pour ce qui concerne ses débuts, ce texte du XIXème siècle.

Souvenirs de l’histoire

Mais revenons au présent… et donc à la pièce, sujet principal de cet article, n’est-ce pas?

Le décor surprend dès l’abord. Une espèce d’igloo stylisé. Au centre, une porte-fenêtre. A droite, rien d’autre apparemment que les « arches » en noir et blanc. A gauche, une caricature à la Daumier.

Un décor épuré

Très vite, on comprend que ce décor permet trois accès à la scène, car la porte-fenêtre s’ouvre… ou plutôt, non, pas comme une porte, mais comme une fenêtre dont les acteurs doivent enjamber le rebord. le code « cour » « jardin » est ainsi cassé, et ces trois accès permettent d’accélerer le rythme des entrées/sorties et de traduire en un ballet rapide celles des divers personnages, à certains moments de la pièce. Le mobilier est sobre, contrairement à d’autres décors qui retracent les intérieurs bourgeois de l’époque avec meubles, coussins, tentures et bibelots à confusion. Les spectateurs découvrent un ingénieux système autour d’une longue table centrale, très sobre, au centre de la scène. Mais je ne vous en dis pas davantage, pour le cas où vous iriez voir la pièce. Il faut ménager l’effet de surprise!

Les acteurs sont époustouflants de vitalité et de dynamisme, parvenant à garder un rythme très rapide (peut-être un peu trop à mon goût, parfois?) tout au long de cette pièce qui dure près de deux heures, sans entracte. Les répliques fusent, et Patrick Chesnay s’amuse visiblement à prendre à parti le public. Nouvelle parenthèse ici pour vous dire combien j’ai été séduite par le fait que, malgré la barrière lumineuse de la lampe, il parvient à capter tout le public, y compris les « pauvres » des derniers étages ou des côtés néfastes aux nuques…

Je ne vous en dis pas plus, vous laissant le loisir de découvrir cette mise en scène et interprétation de la pièce, qui, au-delà des poncifs du théâtre de boulevard, requestionne la place de la femme, car Angèle est intelligente, rusée et érudite – elle reconnaît un extrait de Musset, cite Antinoüs… et menace du divorce et surtout de se faire rendre sa dot!

Edmond

Une scène montée sur une autre scène… Séquence totalement symbolique, qui suffirait presque à caractériser la pièce que j’ai vue hier soir… Presque, seulement. Car si elle reflète bien l’idée d’écrire sur la conception d’une pièce, elle ne suffit pas à rendre compte du foisonnement de ce à quoi j’ai assisté hier.

Foisonnement et rythme.

Ce sont les deux mots qui me viennent à l’esprit spontanément quand je revis ce que j’ai vu.

Foisonnement d’idées pour « expliquer » la genèse de Cyrano de Bergerac – la pièce, pas l’homme évidemment -, foisonnement de personnages pour jouer toute la phase de conception, puis la première représentation et le contexte dans lequel elle a été jouée, contre vents et marais, foisonnement de références historiques et littéraires.

Rythme très enlevé la plupart du temps, mais avec des ralentissements évoquant la solitude de l’écrivain, plume à la main. Pas tout à fait solitaire cependant, puisque son épouse dort dans le lit voisin… autre ralentissement du rythme, d’ailleurs.

Les actrices et acteurs apparaissent, disparaissent, virevoltent et parfois se posent pour quelque tirade ou simplement « solo », comme dans un air de jazz endiablé. Ils se saisissent des objets, les enlèvent, en replacent, faisant évoluer les décors à une vitesse étonnante. Je défie quiconque de dire combien de « scènes » il y a dans cette pièce – combien de « décors » autrement dit, tant ils ont changé tout au long du spectacle.

Les personnages joués par les acteurs évoluent, eux aussi, à un rythme surprenant, qui « raccourcit » le temps. Ce temps est pourtant bien présent par le « narrateur », l’un des rôles de l’un des acteurs. Eh oui, certains passent d’un rôle à l’autre, ajoutant au foisonnement, certes, au rythme, aussi, mais également à la confusion des temporalités et des fils narratifs. Cela en deviendrait épuisant si nous n’y prenions pas autant de plaisir – le « nous » est volontaire, car j’ai observé la salle et le plaisir des spectatrices et spectateurs, d’une diversité, notamment d’âge et d’apparence, qui m’a surprise en un tel lieu.
A propos de lieu, le Théâtre du Palais Royal m’a paru particulièrement adapté à cette pièce. Mais je me suis demandé pourquoi elle n’était pas jouée dans le lieu de sa création, à savoir le Théâtre Saint Martin de la Porte Saint-Martin. D’autant que la pièce d’Edouard Baer dont j’ai parlé dans un autre article fait écho à cette anecdote en lien avec la proximité d’un second théâtre. En effet, dans celle-ci un acteur quitte le théâtre voisin pour arriver sur la scène de l’autre. Et, dans Edmond, c’est Sarah Bernhardt qui accélère le rythme de son jeu, puis ne se plie pas au jeu des rappels pour se précipiter voir la fin dans le théâtre voisin de celui où elle jouait.

Avant le début de la réprésentation… Mais quel est le début?

Tout dans cette pièce est allusion à ce qui a fait de Cyrano de Bergerac une pièce unique, avec un rôle titre d’ailleurs particulièrement difficile à jouer. Il suffit de lire sa présentation dans Wikipédia – eh oui, pour une fois, ce sera ma référence ! – pour comprendre la mise en miroir, à laquelle s’ajoutent une mise en perspective et une mise en abyme :

«  La pièce est difficile à jouer : elle fait intervenir une cinquantaine de personnages, elle est longue, le rôle-titre est particulièrement imposant (plus de 1 600 vers en alexandrins), les décors sont très différents d’un acte à l’autre et elle comporte une scène de bataille. À une époque où le drame romantique a disparu au profit de dramaturges qui reprennent les recettes de la comédie dans le vaudeville (les Labiche et Feydeau sont toujours à l’affiche) ou de pionniers du théâtre moderne (Tchekhov, Ibsen, Strindberg), le succès en était si peu assuré qu’Edmond Rostand lui-même, redoutant un échec, se confondit en excuses auprès de l’acteur Coquelin, le jour de la générale. La pièce est pourtant un triomphe, et Rostand reçut la Légion d’honneur quelques jours plus tard, le 1er janvier 1898. « 

Lors d’un des rappels… qui ne furent pas aussi nombreux que ceux de la Première de Cyrano de Bergerac

Je reviens à l’idée du foisonnement, quand j’essaie d’analyser les thématiques abordées dans cette pièce. Abordées ou effleurées? Et c’est peut-être là l’une de ses faiblesses… L’articulation art – politique – économie, les guerres d’écoles et genres littéraires, une vision historique du métier d’acteur, les rivalités entre écrivains, les rapports père-fils, mari-femme, financeur-auteur… etc, la place des « petites mains », en l’occurrence costumière, et des « cocottes », comme l’on disait à l’époque dans cet univers si particulier du théâtre, …. la liste serait trop longue, et je vous laisse aller assister à une représentation pour en juger vous-même…

Elucubrations sur des élucubrations…

Une scène, un acteur, un public… Rien que de très normal…
Un homme pénètre par l’arrière, se fraie un chemin entre les strapontins (le théâtre Antoine est plein ce soir-là), et s’adresse à l’acteur, depuis le premier rang…

Un décor double… superbe théâtre à l’italienne et scène de bar

Je ne vous dévoile pas l’intrigue de départ, pour vous laisser la découvrir si vous décidez de me suivre, et d’aller voir la pièce. Un morceau de bravoure d’un acteur, tel qu’on pourrait l’attendre d’un homme en fin de carrière. Mais Edouard Baer est encore dans la force de l’âge. Qu’a-t-il voulu prouver? dire? transmettre? Tout au long du spectacle, il entraîne les spectateurs et spectatrices dans un tourbillon d’émotions, sur une gamme tellement large que l’on s’y perd parfois. On peut aimer cela, mais lorsque Jean Moulin est convoqué entre deux rires, cela peut paraître abrupt, pour quelqu’un-e de ma sensibilité.

En incorrigible cartésienne, j’ai essayé de démêler les écheveaux et, ai tiré sur deux fils rouges, ou plutôt un rouge et un noir, fortement intriqués.

  • Une dissertation sur les interactions auteur-e / acteur ou actrice / personnage / spectateur ou spectatrice. Tout le début, en particulier, conduit à mener une réflexion à ce sujet, et le public est fortement pris à parti, ce qui n’est pas pour lui déplaire.
  • Une réflexion sur la mort, j’ai même envie de dire sur les morts, ou les types de mort, avec une mise en perspective historique, au travers de personnages liés aux arts ou à l’Histoire avec un grand H, le lien étant fait par l’évocation d’André Malraux.

La littérature et le cinéma dialoguent avec le théâtre, autour de la thématique du « héros ». Je laisse ici le masculin, car le texte fait peu allusion aux femmes. Je ne l’ai pas remarqué sur le moment, mais en écrivant ces lignes, je réalise qu’on parle de « héros », mais jamais des « héroïnes ». Est-ce volontaire???

Je me suis régalé à certaines « lectures ». Moins à d’autres. Mais chacun-e ses goûts… Et comme en outre une voisine passait son temps à commenter l’intérêt de tel ou tel écrivain (en particulier Gary), ce n’était pas toujours facile de suivre ces « élucubrations » qui n’en sont pas tant que cela… Mais il est vrai que j’ai retrouvé une partie de « mon » univers de jeunesse, avec Albert Camus (La Chute), Charles Bukowski, Romain Gary, Boris Vian, dont il déclame en entier le magnifique texte « Je voudrais pas crever » (en voici, si vous ne le connaissez pas, une toute autre interprétation, celle de Trintignant)

J’ai beaucoup ri, j’ai été très émue, j’ai été « transportée »…
Et, en ancienne pseudo-pédagogue, je me suis dit que, si l’on voulait faire comprendre à des élèves ce qu’est un acteur, et les aider à ne plus confondre interprète et personnage, c’est cette pièce qu’il faudrait leur montrer, tant l’on voit comment l’acteur se saisit de son personnage, entre dans le rôle, en ressort, en un dialogue parfois avec lui-même. De ce côté, une performance époustouflante par moments…

Bref, je vous laisse lire les nombreuses critiques rédigées par des auteur-e-s plus compétent-e-s que moi… mais me permettrai au préalable de vous donner, pour une fois, un conseil : allez voir ce spectacle, dont, je suis certaine, vous tirerez beaucoup de plaisir(s).

Et vous pourrez m’aider à trouver une réponse à la question que je me suis posée en écrivant ces lignes : quel est l’auteur (eh oui, encore un homme! cité par Edouard Baer, dont les écrits traduisent, selon lui, une réflexion presque en boucle, dans un enfermement que traduit à merveille le style des extraits « lus » (je suis persuadée qu’il les récite… sans vouloir le montrer… suprême ruse d’acteur!) sur scène? Si vous trouvez, merci de partager cela avec moi, je suis impatiente de le lire…

Le Tour du Monde en 80 jours

Une étrange idée pour un dimanche ensoleillé !

Jamais je n’aurais pensé aller voir cette pièce, tant le titre évoque pour moi de longues heures face à des élèves qui ne comprenaient pas plus que moi pourquoi elles et ils étaient obligés de disséquer un livre considéré par ces ados comme poussiéreux… rares étaient ceux et celles qui aimaient Jules Verne, et il fallait toute la mise en scène de l’enseignante – actrice pour leur faire apprécier l’ouvrage… ou tout au moins quelques extraits… Aussi étais-je dans l’expectative en rejoignant l’ami qui m’y avait poussée… puis en constatant qu’une grande partie du public était constituée de familles « nombreuses » – les parents avaient-ils donc une progéniture si abondante ou certains s’étaient-ils sacrifiés pour emmener les enfants des autres avec les leurs, assurant ainsi aux autres une marge de liberté pour se retrouver en couple?

Un lieu étrange…

Le théâtre de la Tour Eiffel – que je ne vous situerai pas, vous trouverez si vous êtes perspicace ! – n’existe que depuis peu. Il a pris la place du théâtre Adyar, dont vous trouverez le faire-part de décès sur Facebook en date du 13 décembre 2016.

Pourquoi « étrange »? Par sa situation, dans l’immeuble qui abrite le siège français de la Société Théosophique. Vous ne connaissez pas? Mais si… Et si la mémoire ne vous revient pas, voici la présentation qui en est faite sur son site 6 – je cite:

 » La Société Théosophique est un groupement non sectaire dont les buts sont:
 1)      Former un noyau de la Fraternité Universelle de l’Humanité sans distinction de race, credo, sexe, caste ou couleur ;
2)      Encourager l’étude comparée des religions, des Philosophies et des Sciences ;
3)      Etudier les lois inexpliquées de la Nature et les pouvoirs latents dans l’homme.
La Théosophie est la Sagesse qui soustend toutes les religions, au-delà de leurs dogmes et superstitions.
Sa devise : IL N’Y A PAS DE RELIGION SUPERIEURE A LA VERITE »

Les éditions Adyar étaient aussi hébergées à cet endroit… Normal, puisque leur objet est de – je cite encore – « faire connaître l’enseignement théosophique ».

Bien, vous avez maintenant compris l’origine de l’ancien nom de ce théâtre… Il est temps d’en venir au présent, non sans avoir admiré la façade « art nouveau » de cet imposant immeuble sis au numéro 4 dans le square Rapp. Clin d’oeil de l’histoire, soit dit en passant, car le Général Rapp s’était d’abord orienté vers des études théologiques pour devenir pasteur!

4 Square Rapp
Paris 7ème

Et, si vous allez square Rapp, n’oubliez pas de regarder aussi le plus discret numéro 3, un immeuble de l’architecte Lavirotte, dont je reparlerai un peu plus loin…

Une pièce délirante

Comme je le disais, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre… et je ne me serais de toute façon pas attendue à ce que j’ai vu.

Le site annonçait certes ceci :
« Le tour du monde en 80 jours, c’est une comédie en 80 fous rires.
C’est le mariage fou entre OSS117 et les Monty Python. 
C’est la traversée délirante des 4 continents et de tous les océans du monde.
Ce sont 5 acteurs complètement cinglés. 
C’est le premier spectacle flashé à 210 sur l’autoroute.
 »

Et j’avais du mal à y croire… Eh bien, pour une fois, la publicité n’a pas trop menti… Spectacle délirant, acteurs engagés dans des dialogues fous qui renvoient au texte initial tout en se faisant l’écho de l’actualité, morceaux de bravoure dont on ne sait jusqu’à quel point ils sont improvisés, mise en jeu des spectateurs… Et des inventions intéressantes dans la mise en scène elle-même. Bref, un excellent moment…

Dommage pour vous, il n’est plus à l’affiche de ce lieu depuis fin avril.

Mais la Compagnie Sébastien Azzopardi le joue au théâtre des Mathurins à partir du 16 mai, d’après mes informations… Et vous pourrez toujours aller voir le Square Rapp et ses environs, dont un autre article traitera.