Ravel et la musique espagnole. Belle découverte de jeunes talents

Ciboure est désormais bien repérée pour les manifestations autour de Ravel, qui aimait y séjourner, et en particulier le Festival Ravel. Je viens de découvrir qu’il existe aussi, depuis peu, un « hors-les-murs », un « off », selon l’expression consacrée en Avignon naguère.

Et celui-ci permet notamment à de jeunes interprètes de jouer en concert dans divers lieux. Avant-hier soir, c’était à la chapelle d’Amotz, à Saint-Pée-sur-Nivelle, qu’iels se produisaient.

Pourquoi l’Espagne? Outre, bien sûr, le fait que le Pays Basque ne connait pas de frontière entre les deux pays. Les rapports entre le compositeur et ses pairs outre Pyrénées constituaient cette année le fil directeur du festival qui s’est déroulé fin août et début septembre, et dont le « off » est en quelque sorte la prolongation, une mise en perspective du devenir des artistes de l’Académie Ravel. Voici l’introduction sur le site du festival.

« Au crépuscule du XIXe siècle, la musique espagnole devient un horizon créatif. D’Isaac Albéniz à Manuel de Falla en passant par Enrique Granados, c’est toute une génération de compositeurs et interprètes espagnols qui travaillent au tournant du XXe siècle, pendant quelques années fertiles à Paris à ce qui deviendra la « musique espagnole moderne ». Contemporains de Ravel et Debussy, ils vont permettre un nouvel âge d’or de la musique espagnole. Le pianiste Ricardo Viñes, trait d’union entre Ravel et Falla, introduisant ce dernier au sein du groupe des Apaches réuni autour de Ravel, fera naître une amitié et une admiration artistique mutuelle. Cette école espagnole « de Paris » dépasse la seule musique, et s’illustrera aussi avec des peintres comme Juan Gris, Pablo Picasso ou Joan Miró.

À l’occasion du cent cinquantième anniversaire de Manuel de Falla en 2026, le Festival Ravel vous propose de faire le voyage entre Espagne moderne et Espagne rêvée.« 

C’est donc la naissance de Manuel de Falla qui fut prétexte à désigner cette thématique, 150 ans plus tard. Si vous me permettez une petite parenthèse : en cherchant à en savoir plus, j’ai découvert que mon frère, compositeur, est né le même jour que lui, un 23 novembre… Mais revenons à notre sujet, le concert de ce vendredi 18 septembre 2026, dont le programme m’a quelque peu surprise car je n’y trouvai aucune pièce de Ravel!

Mais ce fut un moment délicieux (si l’on excepte l’inconfort absolu des sièges de cette jolie petite chapelle). Deux pianistes déjà virtuoses malgré leur jeune âge, et trois archets merveilleusement agiles dans les mains de trois jeunes filles (violon, alto et violoncelle), elles aussi virtuoses en herbe. J’étais malheureusement mal placée pour prendre des photos, mais je tiens à vous présenter ces artistes.

C’est Vincent Martinet qui a ouvert le concert, en jouant Albaniz, l’un de ceux qui ont aidé de Falla lors de ses débuts difficiles à Paris.

C’est « À Paris, Falla reprend contact avec Joaquín Turina, qui lui trouve une chambre rue de Belloy[31]. Ses débuts sont difficiles : il doit même collecter des coupons de journaux pour obtenir de la nourriture gratuite[32]. Il commence par gagner sa vie comme pianiste d’une petite troupe de pantomime qui joue L’Enfant prodigue d’André Wormser, et effectue des tournées en France, en Belgique, en Allemagne et en Suisse[33]. Peu après son arrivée à Paris, il rencontre Paul Dukas, qui le présente à Isaac Albéniz et Claude Debussy[34]. Grâce à une lettre de recommandation, il fait également la connaissance de Ricardo Viñes, qui le présente aux Apaches, un cercle de jeunes musiciens d’avant-garde dont fait notamment partie Maurice Ravel[35]. Toujours par l’intermédiaire de Viñes et d’Albéniz, il fait la connaissance d’Alexis Roland-Manuel, a accès à d’autres cercles culturels parisiens et rencontre d’autres artistes espagnols de la ville, tels qu’Enrique Granados, Pablo Casals, Miguel Llobet, Ángel Barrios, Enrique Fernández Arbós, Josep Maria Sert et Pablo Picasso[36]. Pendant cette période, il gagne sa vie en donnant des leçons de piano et en faisant des tournées de concerts[37]. »

J’ai (mal) réussi à « saisir » le pianiste en train de se préparer, en compagnie de la violoncelliste vénézuélienne Maria-Andrea Mendoza.

Hélas pas de photo claire de Thom Poirier, mais on le voit ici quittant le piano, après avoir joué en compagnie de la violoniste Noemi Gasparini, une jeune italo-mexicano_française, que je n’ai malheureusement pas pu bien photographier en raison de son placement.

Par contre j’ai toute une série de l’alto, Cassandra Teissedre, qui se situait pile au milieu…

Un très beau concert, et des moments émouvants, envoûtants, comme d’autres plus entraînants, voire dansants.

Mozart au Paradis

Soirée aux Bernardins, pour un spectacle dont je me demandais ce qu’il allait me réserver. Inclus dans l’année « Mozart », dont je vous ai déjà présenté un spectacle magnifique, il m’intriguait à la fois par son titre et par l’acteur annoncé, Chevallier (vous savez, l’un des humoristes du duo, avec Laspallès).

Me voici donc en route vers le Collège des Bernardins, si blanc et lumineux en cette soirée de janvier…

J’ai déjà assisté à des spectacles au rez-de-chaussée et en sous-sol, mais jamais je n’étais « montée » au deuxième étage. J’y ai découvert avec étonnement une superbe salle de concert. Sur la scène, un piano et quatre sièges…

L’un des sièges servira d’escabeau! En effet, le personnage incarné par Chevallier bouge énormément dans l’espace. Il commence au milieu des spectateurs, va sur la scène du piano à un muret sur lequel il s’asseoit, redescend inviter des spectatrices à danser, remonte sur scène pour interagir avec les musiciennes, etc.

Loin de moi l’idée de vous révéler l’intrigue, je préfère vous laisser le plaisir de la découvrir, car ce spectacle va se rejouer, aussi bien en tournée dans tout le pays qu’à Paris à partir de février. Si vous avez l’occasion, je vous invite sérieusement et chaleureusement à aller le voir. Car en apparence « léger », comme certains airs mozartiens, le texte est fondamentalement profond, et invite à penser, méditer, rentrer en soi-même. Comme certains des morceaux interprétés avec brio par le trio Bagatelle.

Un vrai moment d’émotions partagées, de méditation collective, et de plaisirs, voire de rires. C’est rare! Merci donc à celles et ceux qui ont eu l’excellente idée de monter ce spectacle!

Une dernière photo que j’ai envie de partager avec vous… Une mise en abîme…

Si vous voulez en savoir plus, une vidéo sur You Tube présente le spectacle au travers d’interviews de l’acteur et du pianiste. Il y est aussi question de l’écrivain philosophe Fabrice Hadjadj.

Un concert comme naguère

Un concert intimiste dans une belle demeure de la Plaine Monceau, avez-vous déjà vécu cela? C’est ce qui m’est arrivé la semaine dernière, pour mon plus grand plaisir.

L’annonce était discrète, peu « alléchante ». Mais je fus attirée par le lieu insolite : un musée dont je n’avais jamais entendu parler. Je ne vous dévoile pas lequel, car je vous le ferai découvrir plus tard. Mieux vaut garder le suspens pour motiver son public, n’est-ce pas? (rires)

Imaginez un ancien jardin d’hiver, hélas dépouillé de beaucoup de ses plantes. Mais la verrière est toujours là, l’espace aussi.

Un piano. Trois sièges, auxquels font face en arc-de-cercle une vingtaine d’autres. Le public s’installe. A peine une quinzaine de personnes. Pourtant, le prix n’est pas dissuasif : 15 euros avec la visite du Musée!

Une dame, tout sourire, présente rapidement le programme. Puis nous voyons descendre trois jeunes femmes des escaliers en colimaçon. L’une avec un violon, l’autre avec un violoncelle. La troisième ne porte pas son instrument!

C’est la pianiste qui annonce la première oeuvre qui sera jouée, un trio de Beethoven. Après un bref entracte, elle poursuivra avec un trio de Mendelssohn.

« Ludwig van BEETHOVEN : Trio, opus 1 nº1 30 mn »

  1. Allegro ;
  2. Adagio cantabile ;
  3. Scherzo allegro assai ;
  4. Finale presto

Félix MENDELSSOHN : Trio, opus 66 nº2  28 mn 1. Allegro energico e con fuoco ; 2. Andante espressivo ; 3. Scherzo : Molto allegro quasi presto ; 4. Allegro appassionato »

Deux oeuvres très différentes, que les artistes jouent avec passion et finesse. Chacune montre une personnalité bien différente. La réserve de la violoniste, Anna-Li Hardel complète à merveille l’enthousiasme de la pianiste, Marina Saïki, et la profondeur de la violoncelliste, Romane Bestautte.

Pour ma part, j’ai particulièrement apprécié l’adagio de Beethoven et l’andante de Mendelssohn. Mais l’interprétation des deux oeuvres par le Trio Lazuli a été remarquable, et les rappels furent nombreux et bien mérités. Des artistes à suivre, donc… En attendant, vous pourrez voir un extrait d’une de leurs interprétations sur YouTube.

Lord of the Dance

Celte de coeur, à défaut de l’être par mon origine (quoique…), j’aime l’Irlande et ses traditions, la musique celtique et les danses de ce pays. Alors, rien de plus naturel que d’avoir envie d’aller voir, pour une fois, un spectacle de musique « non classique ».
Qui plus est, jamais je ne suis allée à la Salle Pleyel. Une occasion en or, donc.

Un ascenseur hors du commun!

Moi qui n’aime pas le « clinquant », j’ai été servie! Paillettes à profusion, images peu esthétiques et aux couleurs violentes, costumes tout droit sortis pour la plupart des vestiaires de Walt Disney, et même poupées Barbie sur la scène, avec la Super Barbie aux cheveux faussement blonds, l’une des danseuses « étoile »… Sans compter des armées d’hommes aux airs de Prussiens mal dégrossis, et une fausse flûte faussement brisée… Je me suis même demandé à un moment donné s’il ne fallait pas y voir du second, voire du troisième degré!

Une bande son elle aussi assez violente, diffusée trop fort, avec une acoustique déplorable…

Mais alors, me direz-vous, vous n’avez pas aimé ce spectacle?

Eh bien si, je l’ai apprécié. De manière inégale selon les moments, mais je me suis laissée transporter par le rythme, la danse, l’atmosphère. Inégale selon les moments, disais-je.

Quelques exemples. La danseuse incarnant une sorte d’elfe au costume ajusté sur un corps parfait, semblant voler sur la scène parfois, et introduisant de l’humour dans des moments inattendus… La chanteuse interprétant avec tant d’émotion des chansons plutôt « romantiques » (mais je ne puis le jurer, je n’ai pas compris la moindre parole…). La danseuse incarnant si bien la Tentation, opposée à la Super Barbie censée représentée la Princesse de Coeur et évoluant sur scène avec tant de lascivité parfois, tant de perversité aussi…

Et bien sûr le Seigneur de la Danse, voire le Dieu… Nous dirions plutôt le Roi… celui qui a laissé tout le public pantois, en sautant, glissant, virevoltant, et en faisant moultes démonstrations de sa virtuosité en claquettes…

Bref, un spectacle qui nous ramène à l’enfance, et nous entraîne loin de la noirceur quotidienne, dans les vertes prairies d’Irlande comme dans une satire des Enfers de Dante. Et que la musique irlandaise est poignante comme dansante!

Il me reste un point à éclaircir : qui est ce « Lord of The Dance » que tend à remplacer celui que l’on voit sur scène? Une projection en préambule, puis en fin du spectacle montrait un danseur visiblement idôlatré, à juste titre semble-t-il, vu sa virtuosité. Qui est-il? Eh bien, j’ai trouvé, en recherchant des informations sur le ballet. Il s’agit de celui qui a interprété le rôle principal depuis sa création en 1996 jusqu’en 1998, date à laquelle il déclare renoncer à danser (il a alors 40 ans), Michaël Flatley. Ce sont donc d’anciennes versions du ballet qui sont projetées, jusqu’au final où on voit le même extrait sur scène et sur écran. Vous pouvez le voir sur cette vidéo ou celle-ci ou encore celle-là. Qui est son remplaçant? Pas trouvé son nom, mais vous pouvez le voir ici ou , en alternance avec la vedette qu’il a remplacée, et qui est le créateur de l’oeuvre.

Julia Fischer

Certain-e-s m’ont reproché de rédiger en ce moment des articles trop longs… Celui-ci sera donc très bref.

Juste l’envie de vous faire découvrir ou réentendre une violoniste que j’apprécie beaucoup : Julia Fischer.

D’abord, parce que j’apprécie beaucoup son jeu, à la fois sincère, dynamique et engagé. Bref, vivant.
Une semaine lui a été consacrée par Emilie Munera et Rodolphe Bruneau-Boulmier sur France Musique, au mois de janvier dernier. Vous pourrez donc vous y délecter d’informations sur elle et d’écoute de divers morceaux.

Vous trouverez aussi beaucoup d’interprétations de pièces très variées sur Spotify ou d’autres applications.

Mais il y a une autre raison : l’artiste partage sa passion pour la musique et le violon sous forme d’un « club » qu’elle a créé sur le net. Certes, c’est payant : 5 euros par mois ou 50 euros par an. Mais c’est tellement riche, que cela en vaut la peine. Et peut-être un modèle économique qui permettrait aux musicien-ne-s de « survivre » en période de crise comme celle que nous vivons… et, vu le nombre d’oeuvres que l’on peut écouter… franchement, ça vaut la peine!

« Dès l’âge de 3 ans, d’abord au piano puis au violon, je me suis sentie musicienne, avec toutes les responsabilités que cela implique. Cela vient peut-être de mon éducation. Ma mère pianiste, d’origine slovaque, mon père, mathématicien vivant en Allemagne de l’Est dans un pays communiste où l’art était une nécessité vitale. Je n’ai jamais eu peur de rien. Je crois que j’étais une gentille petite fille, mais avec un goût immodéré du risque. » (extrait d’un article du journal Le Monde).

A écouter sans modération…

Un peu de musique en ce monde de brutes. Billet 2

En ce lundi matin un peu gris et tristounet, un bel air de musique classique fait du bien… L’émission de France Musique est consacrée à la Bohême, et je n’apprécie pas tout au même niveau. J’écoute donc d’une oreille un peu distraite, tout en répondant aux courriels et autres sms, et en travaillant un peu, quand un air me séduit soudain. Violoncelle, puis violon… Doux, envoûtant, calmant, « sérénisant » (hmmm, ce néologisme qui a surgi de mon cerveau fertile me plaît!)…
Pour le partager avec vous, il a fallu que je cherche, car je ne connaissais ni ne reconnaissais le compositeur… A juste titre, ma culture ne va pas jusque là! Bien loin s’en faut… Il s’agit d’ Edward Elgar.

« Concerto pour violon en si min op 61 : 2. Andante

James Judd, Royal Philharmonic Orchestra De Londres, Thomas Albertus IrnbergerLABEL : GRAMOLAANNÉE : 2018″

Je ne l’ai pas trouvé sur le net, mais voici un autre morceau du même compositeur, pour violoncelle… Un de mes instruments préférés…

Un peu plus tard, sur la même radio, je découvre Arvö Part

Magnificat – pour choeur mixte a cappella

Krijn Koetsveld, Ensemble Le Nuove MusicheLABEL : BRILLIANT CLASSICSANNÉE : 2019

Vous pouvez retrouver sur le podcast de l’émission. En voici une autre version.

Me voici donc sur le net en train de chercher ses oeuvres (je vous ai dit, je suis nulle!)… et j’ai découvert celle-ci, que je ne puis m’empêcher de vous livrer… Mais peut-être la connaissez-vous?
A vous maintenant de me donner d’autres pistes… si j’ose dire 🙂