Une pièce qui « décoiffe »

Je vous ai promis dernièrement de vous parler de la pièce vue cette semaine au théâtre de la Pépinière. Le moment est venu, bien que la tâche me paraisse difficile. En effet, je crains d’en dévoiler trop pour celles et ceux qui voudraient aller la voir, et pas assez pour les autres. Alors je vais faire court.

Une pièce qui montre que deux acteurs brillants – et sportifs par ailleurs -, peuvent nous entraîner d’un bout du monde à l’autre (ou presque) uniquement par le texte, le corps et des morceaux de cartons porteurs de messages. La pièce commence avant de commencer… Un bon début, n’est-ce pas?

L’entracte n’en est pas vraiment un…

Et elle finit après avoir fini…

Une belle fin, n’est-ce pas?

Entre les deux, on voyage de l’Islande à l’Espagne, parmi les animaux peuplant ou survolant les mers, en compagnie parfois d’une sirène.

On apprécie le jeu des acteurs, et ce que je ne crains pas d’appeler la « chorégraphie » et les performances physiques de l’un et de l’autre. Même si l’un (que vous voyez habillé – ou plutôt déshabillé – en nageur) ne cesse de s’agiter durant tout le spectacle.

Et surtout, on réfléchit à la politique, l’amour, l’écologie, les relations avec les animaux, et la relation que l’on a avec notre propre corps…

Je ne vous en dirai pas plus. Sachez simplement que les ami-e-s qui l’ont vue, aussi différents soient-elles et ils, ont tous, sans exception, beaucoup apprécié le spectacle. Alors, si vous le pouvez, allez vite le voir. Vous passerez un excellent moment de partage avec une salle qui sera, je l’espère pour vous, aussi pleine et en délire que celle où j’étais ce mardi soir.

Invitation au voyage

Pour initier cette promenade en poésie, c’est évidemment, pour moi, Baudelaire qui s’imposait…

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
– Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Charles Baudelaire