Elucubration(s)

Il est d’étranges coïncidences… Mais sont-elles réellement des « incidences »? Un lecteur de mon blog m’a fait observer qu’à propos d’ « élucubrations » j’aurais pu penser à Antoine. Antoine, vous connaissez? Pas les jeunes, sans doute… Mais celles et ceux de mon âge s’en souviennent peut-être. Un petit rappel en musique? Mieux, le voici sur scène, avec ses musiciens.. Les reconnaissez-vous? Indice : ils ont fait ensuite une carrière seuls – enfin, ensemble…

J’appréciais particulièrement les deux dernières strophes.

L’une, comme emblème de la « transgression vestimentaire », mais aussi pour le jeu de mots…

 » Si je porte des chemises à fleurs
C’est que je suis en avance de deux ou trois longueurs
Ce n’est qu’une question de saison
Les vôtres n’ont encore que des boutons »

La seconde, pour l’évocation de la bataille que menaient à l’époque les femmes, politiques ou non (Merci, Simone!), mais aussi les jeunes filles, voire les adolescentes (on ne parlait pas encore de pré-ados) dont j’étais…

« J’ai reçu une lettre de la Présidence
Me demandant: « Antoine, vous avez du bon sens
Comment faire pour enrichir le pays ? »
« Mettez la pilule en vente dans les Monoprix »

Sont-ce réellement des « élucubrations »? Moi qui utilise souvent ce terme pour désigner la traduction orale ou écrite de l’écheveau de mes pensées, je le mets en question(s)… Cette chanson, si « légère » paraît-elle, transmets les traces de l’histoire. Certes, pas dans le même esprit que celui des griots, mais quand même… Et je me souviens de la tête de mes parents quand Antoine est passé au milieu d’une émission consacrée aux élections présidentielles… Quand à « fais-toi couper les cheveux », elle fait revivre mon grand-père qui était outré de voir les Beatles avec « leurs cheveux longs »… Si on regarde les photos de l’époque, on les trouve plutôt BCBG…

Mais revenons aux coïncidences… Antoine… ça ne vous dit rien, vous qui avez, bien sûr, lu mon billet sur le spectacle d’Edouard Baer?

Mais oui, Antoine… le nom du théâtre… Au fait, me suis-je dit aussitôt, pourquoi ce nom? Alors je suis allée chercher… Voici ce que dit le site officiel :

 » Le personnage le plus mémorable demeure celui qui donna en finalité son nom au théâtre à savoir André Antoine ; il profita de ce lieu pour instaurer une véritable insurrection artistique : le Théâtre Libre. La vocation de ce mouvement proche des naturalistes demeure la liberté ; le théâtre est conçu comme un fantastique laboratoire où des auteurs délaissés trouvent désormais leur place. De plus, le jeu de l’acteur s’affranchit dorénavant de toute contrainte conventionnelle afin que la mise en scène puisse enfin atteindre son apogée. »

On en revient aux coïncidences et à ce que j’aime à nommer des « échos »… Autrefois à son emplacement se dressait… Le Théâtre des Menus Plaisirs… Voici la chronologie présentée sur le site Les Archives du Spectacle.net

Théâtre des Menus-Plaisirs (Paris) TP [1866-1881]
Comédie Parisienne (Paris) TP [1881-1882]
Théâtre des Menus-Plaisirs (Paris) TP [1882-1888]
Théâtre Libre (Paris) TP [1888-1896]
Théâtre Antoine (Paris) TP [1897…]
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Source : Gallica

Quant au « théâtre libre », le nom est repris maintenant par Jean-Marc Dumontet (lié au théâtre Antoine…) pour le Grand Comedia, à quelques numéros de là…

Mais revenons à nos « élucubrations »… Et bien sûr, un détour par l’étymologie… Fiat lux… Eh oui! On ne peut normalement élucubrer que la nuit. Voilà qui me va, puisque ce blog est sorti de l’écran noir de mes nuits blanches, de la page blanche de mes nuits noires… Par contre, si l’on en croit les dictionnaires, c’est un travail de qualité qui aurait dû naître, un écrit ciselé selon les idées du vieux Boileau « cent fois sur le métier… » Et là, ça coince… je n’élucubre pas. Déception. Quoique… Un autre sens du mot a progressivement vu le jour (oui, je sais, c’est mauvais!). » Production déraisonnable, extravagante. Il y avait dans sa bibliothèque un rayon réservé à la cabale, à la magie noire, aux plus bizarres élucubrations (A. Daudet, Trente ans Paris,1888, p. 71).« 

 » Production déraisonnable, extravagante. Il y avait dans sa bibliothèque un rayon réservé à la cabale, à la magie noire, aux plus bizarres élucubrations (A. Daudet, Trente ans Paris,1888, p. 71).« 

On y est ! Déraisonnable… Evidemment ! Extravagante… Plutôt divagante…

Je me suis demandé s’il existait des ouvrages comportant « élucubrations » dans leur titre… Et oui, il en est. En voici quelques exemples, trouvés sur le net.

« 

ELUCUBRATIONS - GHISLAINE CASSIAT

Observez les couvertures… Qui élucubre? Eh oui… uniquement des femmes…

Même sur le net, ce sont des femmes que je rencontre avec plaisir, sur des blogs dénommés Les élucubrations de Fleur, Du bazar sur mes rayons – Les élucubrations d’une amatrice de lettres éclectique, Lectures et élucubrations de Liliba

J’ai cherché désespérément, aucun auteur – sans e – ne semble se livrer à des élucubrations. Sauf ceci, qui semble valider l’hypothèse du manque de self efficacy (auto-efficacité), n’est-ce pas Monsieur Bandura?

Et puis, il y des auteurs (toujours sans e) de théâtre… On y revient…

Et il faut relier texte et musique pour trouver davantage d’ « élucubreurs« …

Source : HAL Archives ouvertes

Vous ne voyez pas le mot? En haut, à gauche, sous « Souvenirs de Pieu »… Observez bien… Il est… au singulier! Car oui, on peut se contenter d’une élucubration, c’est validé par le CNRTL, qui réfère à l’une des auteures qui ont enchanté mon jeune temps.

 » Je prépare une petite élucubration pas trop sotte, émaillée de citations variées, pour montrer qu’on connaît un peu son Molière; … Colette, Claudine à l’école,1900, p. 201. « 

6 commentaires sur “Elucubration(s)

  1. A propos d’André Antoine: cet homme veinard (enterré à Camaret, on se calme les filles !) signa aussi des films dont l’un, retrouvé un jour en morceau et re-monté, s’intitule joliment « L’Hirondelle et la mésange », du nom de deux péniches…..appels aux plaisirs nomades….

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    1. Moi qui vais souvent à Camaret (pas de mauvaises plaisanteries, je vous prie…), je ne manquerai pas de rechercher sa tombe… Avez-vous vu le film en question? Si oui, vous pourriez peut-être écrire un petit mot sur ce blog à ce propos… Mais je n’ose abuser…

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  2. Le film n’avait pas été « monté », le distributeur Charles Pathé l’ayant préjugé peu rentable, et les bobines de rushes furent retrouvées en 1982 par la Cinémathèque, qui décida de le projeter, confiant le montage a Henri Colpi. Raymond Alessandrini fut chargé de composer une musique (agrementée de thèmes empruntés à Maurice Jaubert) qui fut jouée plusieurs en direct lors de projections en plein air. Le film est donc sorti soixante ans aprés son tournage !!!! Tres beau film en noir et blanc, dont les qualités documentaires enrichissent l’intrigue (un patron marinier sillonne les canaux du nord, se livrant au trafic de diamants; son employé est un voyou qui séduit la fille du patron pour tenter de savoir ou est caché le magot). La mise en scène met en exergue les jeux de regards entre les personnages…

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