Luchini en « Courgette »?

Tout au long du film, je me suis demandée pourquoi ce nom avait été choisi pour le héros de l’histoire, interprété par Fabrice Luchini.

Un simple jeu de mots? Ou une métaphore pour désigner le cucurbitacé, riche en symbolisme et connotations.

Allusion au très intéressant film d’animation « Ma vie de Courgette », de Claude Barras, tiré du roman de Gilles Paris?

Référence aux vertus que l’on prête aux courgettes? A leur symbolique? « Les Courgettes symbolisent une sorte de fierté et de dignité. » « Si vous voyez une courgette bien verte et croquante dans votre rêve, c’est souvent un signe de croissance personnelle et de fertilité créative« .

Ou simplement au fait que le nom signifie « petite courge », « courge » désignant un « imbécile », alias une « gourde »?

Un petit détail en passant, qui fait que j’ai remplacé le « légume » que j’allais écrire pour la désigner en évitant une répétition : la courgette est un fruit, pas un légume. « Bien qu’elle soit considérée comme un légume en cuisine, la courgette est botaniquement un fruit, car elle se développe à partir de la fleur de la plante et contient des graines. » La partie verte que nous mangeons le plus souvent est donc un fruit « asexué ». C’est sa fleur, comme celle des courges, si délicieuse dans les beignets niçois, qui l’est…

Quant au prénom choisi, « Robert », je ne vous ferai pas l’injure de développer tout ce à quoi il fait référence… Mais une hypothèse est possible : en 1999 Fabrice Luchini interprétait le rôle principal, avec Sandrine Kiberlain, du film « Rien sur Robert ».

« A la suite d’une critique qu’il n’aurait pas du écrire sur un film bosniaque qu’il n’a pas vu et d’une dispute avec son amie Juliette, Didier va voir sa vie changer et ses repères s’effondrer. Juliette le quitte pour un autre. Il rencontre une jeune fille étrange, Aurélie, ainsi qu’un certain Jérôme, qui est peut-être son double. Au bout du chemin, il lui faudra découvrir qu’on n’écrit pas et qu’on n’aime pas impunément. » (Source Allociné)

Et voici l’analyse que l’on peut en trouver sur le net (oui, je n’ai pas peur de citer Wikipédia) :

« L’élément d’intrigue concernant la critique écrite sur un film non-vu fait référence à la polémique lancée en 1995 par Alain Finkielkraut et soutenue par Bernard Henri-Lévy contre le film Underground d’Emir Kusturica, qu’aucun des deux polémistes n’avait alors vu[2].

Pour le professeur de droit Serge Sur, Robert est Dieu. Car lorsque le personnage va dans la librairie Compagnie et qu’il demande un livre, la libraire lui dit : « Nous n’avons rien sur Desnos ». Or le prénom de Desnos est Robert et dans Desnos on peut décoder Deus noster. Pascal Bonitzer a répondu au courrier de Serge Sur en confirmant son interprétation[3]. »

Terminons donc cette digression pour en arriver au véritable objet de ce film, que j’ai hésité à aller voir tant le brillant acteur m’insupporte parfois par son cabotinage exacerbé, et que j’ai finalement beaucoup apprécié.

Victor, c’est le Grand, le Seul, l’Incomparable, aux yeux du héros pour qui il est le centre de la vie : le Poète, plus que l’homme politique, soit dit en passant. Il se nourrit, se gave, jouit de ses textes, et en a abreuvé sa fille en lui offrant chaque anniversaire une oeuvre de l’écrivain. La première, à 4 ans : les Contemplations! Sa fille, justement, vient bouleverser sa vie d’acteur, en réapparaissant, jeune adulte, après le décès de sa mère, que Robert a abandonnée avec sa progéniture. Ce n’est pas la première fois qu’un scénario tourne autour de la relation d’un homme à sa descendance. Mais dans le film de Nicloux en 2023, Luchini interprétait un possible grand-père.

Je ne vous raconterai pas l’histoire de « Victor, comme tout le monde « , bien sûr, et vous laisse la découvrir. Plutôt, vous conseille de la découvrir.
Un ami qui a vu le film a fait le commentaire suivant : « L’intérêt, c’est qu’on a le contenu du spectacle de Luchini pour moins cher! » Car l’acteur se produit depuis quelques temps, à Paris, mais aussi en tournée, dans un one man show autour d’Hugo.

Ce n’est peut-être pas un hasard si des prolongations ont été programmées, diraient de mauvaises langues qui assimilent le film à une campagne promotionnelle. Peut-être. Mais cela n’enlève rien à la qualité de ce film. Les images sont de grande qualité. Et cela donne envie d’aller visiter Guernesey! Les dialogues, aussi. Mais on n’en attendait pas moins d’un film avec Luchini. Et la rencontre du héros-acteur vieillissant avec une troupe de trois jeunes comédiennes interprétant des « femmes » de la vie d’Hugo ne manque pas de sel…

Les femmes de Victor Hugo – SCRiiiPT

Source : https://scriiipt.com/2023/07/les-femmes-de-victor-hugo/

Toujours un peu cabotin, mais n’est-ce pas voulu par le rôle, en une forme d’auto-dérision? Mais quand il lit Hugo, ou qu’il parle de lui, quel plaisir! Et, dans le rôle du père littéralement « déboussolé », il l’est beaucoup moins et montre d’autres facettes de son talent d’acteur.

Donc, même si, comme les jeunes comédiennes et moi, vous n’appréciez pas tous les aspects de l’écrivain le plus vanté de la littérature française, même si, comme beaucoup, le cabotinage outrancier (forcé?) de Luchini vous insupporte, même si vous n’êtes pas fan des films où le(s) texte(s) prend autant d’importance, allez voir ce film, au moins pour vous en faire une idée… Et laissez un commentaire ici?

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