Empreintes

Le mois dernier, j’avais découvert la remarquable dynamique culturelle d’un petit village normand, Longueville-sur-Scie. Je n’ai hélas pas eu le temps de relater ici cette visite d’une propriété extraordinairement vivante, celle de Pierre et Bernard, qui organisent chez eu des expositions, telles que « De l’Art en ce jardin« , et des concerts, tout au long de l’année… j’essaierai de le faire, promis.

Lors du vernissage, j’avais fait la connaissance de Sylvie. Elle m’avait expliqué qu’elle gérait un espace artistique créé dans… une maison de santé! MédiScie. Or, co-incidence, la semaine dernière, une amie artiste m’a justement envoyé une invitation pour un vernissage : elle allait exposer en ces lieux.

Me voici donc, en premier samedi de juillet plutôt frisquet, sur les petites routes normandes, en direction de Saint Crespin, village d’un peu plus de 300 âmes (depuis le concile de Trente, y compris les femmes!), qui jouxte Longueville, dans la vallée de la Scie. Et je n’ai pas regretté la petite heure de route! D’abord, parce que les paysages sont très beaux et apaisants. Ensuite, parce que chaque hameau recèle des trésors d’imaginaire architectural. Enfin, par ce que j’y ai vécu.

Le rendez-vous se situait à l’église Saint Crespin, du village éponyme. Mais il était précisé qu’une promenade nous conduirait ensuite à la maison de santé MédiScie, puis à l’EHPAD du village, où aurait lieu un concert. Et c’est effectivement ce qui s’est produit. Je ne vais pas tout vous raconter, ce serait trop long. mais plutôt exprimer le plaisir ressenti à constater que des personnes bénévoles et bienveillantes peuvent produire un évènement exceptionnel, dans des sites inattendus, en mobilisant un grand nombre d’acteurs, des habitant-e-s aux artistes.

Empreintes

Empreintes de vie. Empreintes de morts.

Empreintes de la Nature. Empreintes de l’Homme.

Les promesses du titre ont été tenues.

Dans le premier site, l’église, il a été fait le choix de présenter des oeuvres d’artistes qui ont exploité des techniques diverses pour fixer des empreintes. Depuis celles d’un tyrannosaure jusqu’à celles de légers feuillages.

Dans le second, une symphonie de formes et de couleurs. Ici, les empreintes allient les souvenirs du passé, comme ces blockhaus tombés des falaises, aux vécus émotionnels, la poésie d’Anna de Noailles à la prose si poétique de Colette, la calligraphie au tissage, le noir et blanc, décliné en nuances de gris, aux couleurs éclatantes des peintures d’enfants de maternelle…

Enfin, des oeuvres collectives, dans la rue, et d’autres plus personnelles, à l’EHPAD… Une richesse et une variété époustouflantes…

Ce petit miracle, on le doit entre autres à trois femmes. Sylvie Auger, d’abord, à la fois organisatrice et tisseuse de liens. C’est à elle que l’on doit l’initiative, mais aussi la mobilisation d’autant d’artistes de régions différentes.

Sophie Doré, aussi. La maire du village. Elle a été présente, souriante et aimable, tout au long de l’événement. Et n’a pas « fui » à toutes jambes une fois les discours achevés, comme son collègue du Conseil Départemental. Sans doute un des « moteurs » de la vie culturelle du village. Mais aussi investie dans celle de l’EHPAD, où sa maman a travaillé jadis comme aide-soignante.

Anne Legrand, enfin. Une directrice pleine de PEPS : on la trouve à l’église, on la revoit à l’EHPAD, tantôt promenant les résidentes, tantôt servant boissons et petits fours… Accompagnée de ses parents et de ses charmantes petites filles, parmi les personnes âgées. Et attentive à toutes et tous, délicate avec les concertistes qui ont bien du mal à se faire entendre.

Une belle chaîne humaine et humaniste, avec trois femmes comme « maillons forts »… et une belle expérience vécue dans ce petit village… Merci, Sylvie, Sophie et Anne! Mais aussi Sébastien, Pierre et Bernard… Sans oublier Thierry, artiste si souriant et hospitalier… je vous en reparlerai… comme je vous présenterai quelques aspects des oeuvres exposées et de leurs auteur-e-s…


	

Magnificat

Non, ce n’est pas de musique ni de choeur dont je vais vous parler aujourd’hui… Quoique la musique soit bien présente dans le film, mais davantage en écho au scenario et à ses fondements qu’en accompagnement de l’intrigue, contrairement à d’autres musiques de films. Film… le mot est lâché… car c’est du 7ème art dont il est question. L’affiche est elle-même riche de symboles, que je vous laisse découvrir.

« Mon âme exalte le Seigneur,
exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais, tous les âges me diront bienheureuse. »

Qui est « l’humble servante » dans cette oeuvre si forte? La Vierge, statue abîmée abritée par des lierres en une cache sylvestre, à qui l’adolescent confie le canif avec lequel il s’auto-mutilait ? Sara la Kali, que les Gitan-e-s honorent chaque année, le 24 mai, aux Saintes Maries de la Mer? La transgenre, dont le certificat de décès révèle qu’elle a pu devenir puis rester prêtre pendant des années et sur laquelle va enquêter la chancelière diocésaine? Cette dernière elle-même, dont on découvre progressivement le drame et la richesse de sa vie passée? La jeune diacre, qui s’épanouit dans l’exercice de ses fonctions… en attendant de pouvoir devenir prêtre? Autant d’avatars de la Femme placée devant les injonctions limite contradictoires de l’Eglise catholique…

Vous le voyez, le scénario est riche… un peu trop foisonnant peut-être, il aurait pu être « purifié » à mon sens. Mais un film étonnant, prenant, émouvant à plus d’un titre, qui questionne la place des femmes dans cette Eglise qui devrait être ouverte sur le monde et accueillir chacun-e en égalité… Rassurez-vous, ce n’est pas un plaidoyer. Mais l’intrication d’histoires personnelles qui entrent en résonances.

Bref, j’ai été totalement séduite. Et le jeu des acteurs et actrices est impressionnant. Berléand assume les contradictions de son personnage. La jeune Anaïde Roland-Manuel, alias Anaïde Rozam, est lumineuse. Le choix de cette actrice a-t-il été guidé par sa ressemblance avec l’une des héroïnes du film italien au titre similaire, sorti en 1993, qui porte, lui, sur le Moyen-Age?

Avouez qu’il y a une troublante ressemblance entre la novice du film italien, incarnée par Consuelo Ferrara, et la diacre du film français, non?

Les critiques n’ont pas été tendres avec ce film. Et certains de mes amis ont trouvé le jeu de Karin Viard inégal. Mais je n’ai pas honte de dire que j’ai apprécié. Pas pour le côté « féministe ». Il est surpassé par le côté « quête de spiritualité transculturelle, transgénérationnelle, trans… tout ce que vous voudrez »…Si vous ne craignez pas les salles obscures en ce début d’été, filez vite voir ce film, vous y trouverez beaucoup de Lumière(s)…

La Sauvage

La pièce s’ouvre sur l’interprétation quelque peu « forcée » d’un chanteur sur le retour, en veste noire à paillettes, évoquant les tenues des rockers dans les années 80, et notamment celui qui aurait eu 80 ans cette année, Johnny Hallyday. Ce qu’il chante? « La Sauvage », une chanson d’amour… On comprend très vite que nous nous trouvons en pleine répétition, d’un orchestre que l’on pourrait qualifier de « familial » : le père dirige et chante, la mère joue de son corps et des maracas, la fille et sa copine sont au violon, et un pianiste complète le tout.

Le trio familial et l' »amie de la fille »

On apprend aussi très vite qu’il est depuis longtemps l’amant de la mère, ce qui ne l’empêche pas de courtiser la fille. Une sorte de vaudeville où tout serait révélé d’entrée de jeu. Sur quoi va donc porter l’intrigue?

Elle est double : le devenir de cet orchestre minable, qui manque de revenus, et celui de la jeune fille, courtisée par le pianiste et amoureuse d’un autre artiste, beaucoup plus renommé et à la fortune apparemment non négligeable. Le centre de l’attention se déplace donc vers celui-ci. D’abord, par son évocation dans les propos des autres personnages. Ensuite, pas son dialogue avec un protagoniste « étranger » à l’ensemble. Enfin, par son amour visible (trop visible?) pour la jeune fille.

Mais, en réalité, sur le « pouvoir d’agir » d’une jeune fille, dont le personnage a été créé, ne l’oublions pas, dans les années 30. Et, dans « Sauvage », on pourrait retenir aussi le sens de « (se) Sauver ».

Le père se réveillant d’une sieste post-prandiale dans la maison du riche prétendant

Loin de moi l’idée de vous raconter la pièce. Il faut la lire, il faut la voir, il faut la vivre. Et apprécier la mise en scène dépouillée, le jeu des actrices et acteurs, toutes et tous amateurs/trices (« amateurices » comme dirait Charline), les dialogues mordants, le panel d’émotions…

Cette pièce de Jean Anouilh est peu connue, peu jouée depuis sa création au Théâtre des Mathurins en 1934. Le personnage de Thérèse est intéressant.

« Solitude, honte, poids du passé, solidarité de la misère et de la déchéance, impossible pureté, mythe du bonheur, achèvent de mettre en place les éléments récurrents d’un univers dramatique original »

L’amie qui m’accompagnait ce soir n’a pas compris le dénouement (dont je ne vous dirai rien), opposé à sa vision féministe et militante, engagée.
Quant à moi, après avoir eu un peu de mal à entrer dans l’intrigue, et surtout dans l’intrication comique/tragique, j’ai beaucoup apprécié le jeu des acteurs. Sobre pour les jeunes héros, plus « forcé » pour les parents, et en particulier le père, un Michel Piccoli en plein délire d’autodérision.

La confiance

Au programme en ce vendredi soir : un spectacle d’impro, dans le Marais, à l’ImproviBar. Je rejoins donc une amie pour prendre un verre, voire manger un morceau, avant. Rue Rambuteau, les restaurants ne manquent pas. Notre choix se porte sur une enseigne étonnante : cuisine japonaise et… péruvienne!

De la place en terrasse… Etonnant! En lisant ce matin les commentaires TripAdvisor sur ce restaurant, j’ai compris pourquoi : ils sont très mauvais. Sur le service, d’abord. Et c’est assez justifié : la jeune fille est gentille, mais, après être restée longtemps derrière le comptoir sans s’occuper de nous, elle nous sert difficilement, oubliant par exemple les baguettes… Mais la nourriture ne vaut pas les critiques acerbes qui lui sont faites. Notamment par son originalité. Et les gyoza sont bons, bien que pas tout à fait assez grillés. Mais ce n’est pas pour faire de la critique gastronomique que j’ai entrepris d’écrire cet article, après un assez long silence! C’est pour vous parler de deux choses.
D’abord, la relation entre Japon et Pérou. Si je vous demande qui était le Président du Pérou entre 1990 et 2000, je suppose que j’aurai peu de réponses? Alberto Kenya Fujimori. Etonnant, comme nom, n’est-ce pas?

« En 1897, les gouvernements japonais et péruvien ont convenu d’ouvrir la région côtière du Pérou à l’installation d’agriculteurs japonais. »

« Le 3 avril 1899, un navire japonais en provenance de Yokohama, le Sakura-maru, faisait son entrée dans le port de Callao, à l’ouest de Lima. A bord, 790 hommes épuisés par plus de deux mois de traversée. Un paysage inconnu se révélait à leurs yeux : la cordillère des Andes se profilait à l’horizon et, dans le désert, pointaient les clochers des églises de Lima.

Seuls quelques voyageurs touchèrent terre ce jour-là. Le lendemain, le Sakura-maru entreprenait un périple le long des côtes péruviennes, débarquant ses passagers par groupes dans les diverses plantations. Tous pensaient, sans doute, n’être là que pour quelques années, le temps de s’enrichir et de rentrer au pays. Aucun certainement n’imaginait être un pionnier. Et pourtant, ces migrants allaient être les fondateurs d’une forte communauté : celle des Japonais du Pérou. »

Ce n’était pas le cas des ascendants de Fujimori. Ses parents, eux, avaient quitté le Japon en 1934. Mais ils trouvèrent sur place une communauté qui s’était considérablement enrichie. Mais revenons au restaurant. Les Nikkei – on les nomme ainsi – ont développé une cuisine interculturelle, si j’ose dire. Le principe est simple : garder les fondements de la cuisine japonaise, mais exploiter la richesse des légumes et épices du Pérou. C’est ce qui produit des plats comme ce saumon dont la sauce est à base de fruits de la passion, plat que j’ai apprécié hier à Côté Sushi (je ne puis vous donner son site, car il est fermé, mais vous pourrez en avoir une idée sur deliveroo ici ou sur ce site, où j’ai copié l’image qui suit : le tiradito maracuja).

Si vous passez près d’un restaurant vous proposant Pérou et Japon, n’hésitez donc pas, le mélange est excellent!

La deuxième raison est tout autre. Les quintes de toux qui me perturbent en ce moment se sont accrues durant le repas. J’ai donc décidé de ne pas aller au spectacle, surtout que j’avais appris qu’il avait lieu en cave. Mon amie est donc partie, me laissant seule en terrasse, où je suis restée un petit moment. Quand je décidai de partir, je passai à la caisse. Refus de la banque sur ma carte bleue. Pourtant compte positif! Idem sur ma carte professionnelle. Idem! Et pas un centime de liquide! J’appelai un ami, malgré l’heure tardive. Il accepta de descendre de chez lui pour aller me chercher du liquide et m’attendre à la bouche de métro… J’expliquai à la personne apparemment responsable de l’établissement, et proposai de laisser ma carte d’identité en attendant. Refus, avec le sourire. « Non, pas de problème ». Je filai donc en métro vers Pigalle… et revins trois quarts d’heure après, alors que l’on rangeait tout pour fermer. La personne parut surprise de me revoir. Je lui tendis 30 euros, pour les 21,90 (deux plats et boisson) que je devais. Il me rendit le billet de 10. « C’est bon comme cela », ajouta-t-il en souriant. Je repartis vers chez moi, très surprise et réjouie de constater que la confiance, la générosité et la gentillesse existent bien… Encore une anecdote qui renforce mon idéalisme béat, direz-vous!

L’Eglise Saint Jacques du Haut Pas

Encore une église dont j’ignorais l’existence, à Paris! Vous en avez eu un aperçu hier, lorsque je vous narrais le concert auquel j’avais assisté. La photo de l’ensemble choral laisse deviner la pureté des lignes et la sobriété de cet édifice qui n’est pas encore gothique, bien que construit assez tardivement.

Un panonceau situé devant l’édifice en explique l’histoire singulière.

L’aspect épuré m’a particulièrement séduite. Et j’ai été intriguée de voir autant de clés de voûte, malgré la date assez tardive de ce bâtiment.

Une lumière incroyable y pénètre grâce à la transparence des vitraux, dont peu sont colorés. Il était déjà près de 21 heures quand ces photos ont été prises…

Assez peu de mobilier, aussi. La chaire semble s’envoler vers les cieux en une spirale symbolique..

Et les orgues sont d’une sobriété remarquable.

Et Saint Jacques est bien présent, sous forme d’une belle statue de pierre du XIVème siècle.

Mozart et ses amis

Ce titre n’est pas de moi : je l’ai trouvé sur le programme d’un concert qui avait lieu hier soir, et qui sera renouvelé le 13 juin. Une chorale – pardon, un « ensemble choral », car il y a également des musiciens – dont je vous ai déjà parlé, voici bien longtemps, et qui porte le nom d’un oiseau réputé pour ses chants : Philomèle, alias le Rossignol.

Le programme s’est réparti en fonction de la composition du choeur : d’abord « petit choeur », puis ensemble. Avec un intermède : un air interprété en solo par la soprano. Très belle voix, hélas un peu « timide » au regard de l’orchestre.

J’ai particulièrement apprécié certains morceaux, notamment en première partie, et ai découvert des compositeurs que je ne connaissais pas, ces fameux « amis » de Mozart. Permettez que je vous en dise un mot? En adoptant l’ordre proposé par l’affiche…

Eybler, d’abord. Pas seulement un ami : son élève. C’est l’un de ceux qui ont poursuivi la composition du Requiem après la mort de Wolfgang Amadeus, à la demande de son épouse Constance.

« Le 30 mai 1790 Mozart a écrit Eybler: « Je certifie par la présente que M. Joseph Eybler est un digne élève de Albrechtsberger, un grand compositeur, également préparé en musique de chambre et dans ce sacré, compétent dans l’art de la chanson ainsi qu’un joueur habile de l’orgue et le clavecin , bref, un jeune musicien dont, malheureusement, sont rarement égaux ». » (source)

Adlegasser, ensuite. Vous pourrez entendre notamment les Litanies sur le net ici. A l’inverse d’Eybler, il n’est pas plus jeune que Mozart, mais appartient à la génération intermédiaire entre celui-ci et son père Léopold. Ce qui explique peut-être que papa et fiston assistèrent de concert (bon, d’accord, très mauvais jeu de mots) à ses noces. Enfin, aux 3èmes, car ce séducteur aux compositions très variées s’est marié trois fois, avant de décéder à 48 ans, en 1777, alors qu’il jouait de l’orgue. Savez-vous qui prit sa place en tant qu’organiste à Salzbourg? Mozart, bien sûr!

Le dernier, Frantisek Ignac Antonin Tuma, est un Bohêmien. Un vrai. Né en Bohême en 1704. Mais décédé à Vienne. Je n’en avais jamais entendu parler. Une émission intéressante de France Musique a été consacrée à son Stabat Mater.

Vous êtes un peu perdus? Résumons-nous. Voici le quarté dans l’ordre, concernant les naissances.

L’ordre est le même pour les décès, mais l’un a vécu deux fois plus âgé que Mozart!

Vous comprenez peut-être pourquoi je me questionnais sur le terme « amis »? Quoi qu’il en soit, une belle harmonie entre les différentes pièces qui ont été interprétées. Hélas, je serais bien incapable de vous citer celles que j’ai préférées. Mais la Missa Solemnis, en do majeur KV 37, pour les puristes, est intéressante. Composée en 1780, elle a été jouée pour le couronnement du roi de Bohême, Léopold, l’année de la mort de Mozart, et en sa présence, selon le choix de son ennemi Salieri… « Intéressante », mais ce n’est pas ce que je préfère dans l’oeuvre de Mozart. Sans doute pour quoi j’ai préféré la première partie du concert. Mais l’ensemble était remarquable, y compris les musiciens. Pour celles et ceux qui seraient disponibles le 13 juin, ou qui visiteraient l’Auvergne en juillet, allez les écouter! Dans un édifice que je connais depuis mon enfance et qui est pour moi l’une des plus belles églises de France, le 14 juillet, notamment : à Saint Nectaire, ce doit être fantastique!

Des « gens bien », ça existe encore!

Je ne sais plus si je vous avais narré l’histoire du cordon de téléphone offert par un automobiliste inconnu, me voyant affolée à l’idée de me perdre en grande banlieue? Il y a encore des personnes honnêtes et gentilles, je viens d’en avoir une fois de plus la preuve, en cette semaine de perturbations diverses…

Voici quelques jours, j’ai pique-niqué sur un banc, dans un jardin public, pour profiter de la douceur d’un printemps qui s’est tant fait attendre…

Pressée (et sans doute aussi étourdie), j’ai oublié mon Iphone sur ce banc. Ce dont je ne me suis rendu compte qu’en voulant le brancher pour me diriger avec Waze, dans mon véhicule, un quart d’heure environ plus tard. Je n’y croyais pas, mais suis quand même retournée dans le parc, situé non loin de là. De loin, je vois que le banc est sur-occupé : 4 jeunes filles s’y trouvent, les unes jonchées sur le dossier, les autres assises. Au moment où je m’approche, elles s’écrient : « C’est à vous, le téléphone? » et me le tendent avec le sourire…

Hier, je partais à une soirée, portant un sac de victuailles pour le repas partagé … Il me fallait une rame de papier, je m’arrête donc au magasin Bü proche de chez moi.

Achète le papier. Gagne mon véhicule, garé non loin de là, passe prendre une amie dans le 14ème, arrive à Suresnes après une heure de route… veux prendre mon sac… rien! Comme il est plus de 20h, impossible d’appeler le magasin. Je le fais cet après-midi, une fois mon travail achevé. On me répond fort aimablement « Ah! Le melon, le jambon, le comté et la bière!  » (comment ont-ils mémorisé cela? me dis-je). On les a mis au frigo. Je me rends au magasin. Effectivement, tout est prêt et bien frais!

Voilà qui redonne du courage dans ce monde où l’on se fait si souvent « bousculer » par des gens malintentionnés! Et redonne de l’espoir… et le sourire!

Photos ou tableaux ?

Je suis abonnée à une liste de diffusion relative à la photographie (à laquelle j’ai emprunté la photo ci-dessus), et la sélection de ce week-end m’a fait découvrir des oeuvres que j’aurais, dans d’autres contextes, prises pour des tableaux. En l’occurrence, il s’agit de photographies de Phyllis Schwartz, une artiste canadienne qui se présente en ces termes :

« I am a multi-disciplinary artist and curator who works in photography, ceramics and publishing. I am an Emily Carr University of Art + Design graduate with a concentration in photography and the recipient of the Canon Photography Award. » (source)

Bien sûr, je suis partie en quête de son site et l’ai trouvé. Je dois avouer que je n’aime pas tout ce qu’elle fait, mais que j’ai été séduite par quelques photos, qui, comme je le disais, évoquent autant la peinture que cet art. La série Leaving Reality m’a particulièrement intéressée.

Voici ce qu’en dit l’artiste :

« Leaving Reality est un roman graphique lyrique. Chaque image présente une histoire qui peut être interprétée de multiples façons. Ces images juxtaposées et surréalistes invitent les spectateurs à regarder de plus près et à créer leur propre récit unique.

Les images abstraites sont des cyanotypes, des impressions lumineuses [Lumen Print], des chimigrammes et des formes hybrides créées à l’aide de techniques de collage analogiques et digitale. Ce corpus d’œuvres est le résultat d’expériences qui ont débuté en avril 2022 lors d’une résidence d’artiste à la Wallace Stegner House à Eastend, en Saskatchewan, et il a été développé lors d’un mentorat en photographie expérimentale à l’Agora School of Experimental Photography de Barcelone en 2022 et 2023.« 

J’avais déjà entendu parler de cyanotype, mais me revoici confrontée à ce terme étrange… Vous savez ce que c’est? Je vais avoir recours à un blog que j’ai trouvé intéressant : avecunphotographe.fr

« On doit l’invention du procédé en 1842 à Sir John Frederick William Herschel, 1792 – 1871, astronome et chimiste, qui mit au point le procédé en travaillant sur la sensibilité à la lumière des sels de fer. Anna Atkins, une botaniste britannique, 1799-1871, utilisa la technique du cyanotype pour ses ouvrages d’herbiers en photogrammes. Ce fut l’une des premières – sinon la première – publication d’ouvrage photographique !« 

« Après avoir préparé un négatif numérique, il faut un peu de ferricyanure de potassium, du citrate de fer, une feuille de papier et de l’eau. Après exposition à la lumière du jour, le tirage est simplement lavé et le cyanotype est fait !« 

Facile, non? Mais, comme le dit l’auteur de ce blog, qui ne manque pas d’humour, « il est facile d’apprendre les trois accords de guitare mais avant de jouer du Django il y a du chemin à parcourir.« 

Vous l’aurez compris, Phyllis Schwartz ne se contente pas de cyanotypes, elle allie cette technique à d’autres… Allez voir son « cyanotypes portfolio« … l’art de s’inspirer de la botanique!

L’accueil d’un vigneron ardéchois

Photographie empruntée au site Gîtes de France, car j’ai raté toutes mes photos!

Que faire quand on désire s’arrêter en route, pour prendre un peu de repos, et qu’il est plus de 19 heures? Vite, recherche sur le net… Premier appel : plus de places. Second appel : on éclate de rires. Crainte : on se moque de moi? Que nenni… L’homme explique que, justement, il lui reste une chambre et qu’il sera ravi de me recevoir. Alors j’ose : « Est-il possible aussi de dîner? » Nouvel éclat de rires… « Je n’ai rien prévu pour ce soir ». J’insiste « Je ne suis pas difficile, un plat de pâtes me suffirait ». Hésitation. « J’ai bien mes ouvriers qui vont rentrer tout à l’heure. Je leur ai préparé un poulet au curry et du riz. » Réponse immédiate : « Super! » « Mais je n’ai pas de pain! » « J’en ai un entier, et du fromage, et des fruits, on peut partager » « Oui, le poulet, s’il y en a pour deux, on peut partager ». Et le rendez-vous est pris. Il reste à quitter la vallée du Rhône, grimper le versant occidental au milieu des vignes, prendre une étroite petite route de crêtes, et me voici à Cheminas, adorable village sis sur le haut plateau du nord de l’Ardèche, non loin de Tournon.

Une bâtisse impressionnante, assez austère pour me séduire. Deux chiens devant la porte. L’un, sorte de labrador gigantesque, vient gentiment me saluer. L’autre, tout à fait différent, reste en retrait. J’apprendrai plus tard qu’il s’agit de la maman du premier. Impossible à deviner : il et elle n’ont rien en commun : ni couleur, ni taille, ni poil… Rien.

La porte s’ouvre sur un homme d’une cinquantaine d’années environ. Grand, bien bâti, souriant. « Entrez ». Ce que je fais. L’intérieur allie modernité et tradition : une cuisine américaine, surprenante en ces lieux, et une vaste salle de séjour organisée autour d’une magnifique table en bois.

L’hôte me guide à l’étage, par un escalier de bois orné d’une séparation de corde brute. J’adore.

La chambre est spacieuse, avec un mini-coin toilette et une belle douche. Il me laisse et redescend.

Lorsque je le rejoins, il a préparé tout un assortiment de charcuterie sur le bar, ainsi que deux bouteilles : rouge et blanc. Car ici, on boit la production du propriétaire-vigneron. J’opte pour un Viognier blanc. Etonnant. Surprenant. Excellent. La conversation s’engage, tandis que l’hôte continue à cuisiner. Je comprends cette fois l’intérêt de la cuisine ouverte, moi qui n’apprécie pas franchement cela habituellement…

Une camionnette stationne devant la bâtisse. « Ah voilà mes ouvrier. Déjà? » Il est 21 heures! Effectivement, deux jeunes gens entrent. Je vous ai déjà parlé d’eux, à propos d’ensilage, et ne vous les présente donc plus. Echanges « Je ne suis jamais arrivé si tôt! » dit le premier. A mon étonnement, il ajoute « D’habitude, c’est plutôt très tard dans la nuit, voire à l’aube ». J’apprends alors tout ce que je vous ai déjà expliqué, à savoir que l’ensilage s’effectue quand on le peut, souvent en urgence avant un épisode pluvieux ou orageux. Il faut finir les champs à tout prix.

La charcuterie est délicieuse, et je me régale, moi qui pourtant ne suis pas une fana de ce type de nourriture. Le pâté proposé en entrée le sera tout autant. Il est fait maison par le patron, dont le père était charcutier. Après un long apéritif passé à faire connaissance, nous passons à table. Et commence un repas agrémenté d’échanges « vrais » autour de nos goûts alimentaires (l’un des jeunes gens aime tout ce qui est abats…) et de nos vies (clairement, beaucoup de grosses déceptions amoureuses…). Salade, pâté, poulet, riz. Arrive le fromage. Un régal aussi. Par contre, pas de dessert. J’apporte mes fruits. On m’offre un yaourt. Le tout avec une dégustation de vins.

Les vins rouges portent le nom des filles de notre hôte.

Car il élève seul, une semaine sur deux, Coline et Lily, dont les dessins ornent quelques surfaces. Et je le questionne : « Comment faites-vous pour cultiver les vignes, produire votre vin, le commercialiser, recevoir pour les dégustations, tenir table et chambres d’hôtes, faire de la charcuterie, assurer la gestion de tout cela, et… tenir le coup? »

C’est visiblement difficile, et se fait au prix d’une vie organisée autour de ses petites, pour lesquelles il agrandit le patrimoine modeste laissé par ses parents. Il a considérablement agrandi la surface de vignobles, a diversifié les cépages et donc la production de vin… et il continue… nous discutons investissement (financier et physique), association, solidarité… et vie amoureuse. Difficile de trouver, et surtout de garder une jeune femme quand on travaille autant! Alors que le projet de l’accueil d’hôtes a été pensé avec et pour elle, pour qu’elle s’épanouisse, rencontre beaucoup de monde, puisse continuer à créer, voire exposer et vendre ses oeuvres…

Le repas se poursuit jusqu’à presque minuit. Je comprends que les hommes sont fatigués, ils doivent travailler tôt le lendemain. Et je m’éclipse.

Au réveil, une superbe table de petit-déjeuner m’attend. Et un accueil tout aussi chaleureux.

Alors, que vous dire de plus? Sinon de faire le détour si vous passez sur l’A 7 ou la N86. Voire prendre une semaine de découverte dans un des superbes gîtes attenant à la maison principale. Et vous aurez le bonheur de « respirer », de partager la vie d’un vigneron, de découvrir un homme extraordinaire, et peut-être d’apprendre, encore et encore… Que du bonheur, non?

Ah! J’allais oublier de vous donner les coordonnées. Et d’abord le nom de l’hôte : Philippe Michelas.

5 impasse de la Chapelle Ceintres, 07300 Cheminas

philippe.michelas@orange.fr

06.82.58.19.45

Et vous en saurez davantage en visitant le site très bien conçu, présentant à la fois le domaine, les chambres et gîtes, et les vins : https://le-clos-de-ceintres.com/

Un film présente même le Clos, vu par drone .

Un bel endroit qui convient à la fois au/à la solitaire désirant « se retirer », au couple souhaitant un peu d’intimité, à la famille dont les enfants vont s’épanouir dans la nature et pour lesquels des jeux et une cabane sont à disposition, et un groupe d’ami-e-s qui veulent partager des moments de loisirs ou de découvertes… et je ne fais pas de pub! (rires)