Du Gesu à la Sainte Trinité…

Comme souvent lorsque je suis à Nice, je me suis laissée entraîner à flâner Place du Gesu, dans le restaurant éponyme, ma « cantine » depuis des années… Mais, comme d’habitude, la voiture avait été garée au Château. Donc dilemme : prendre l’ascenseur, encore certainement bondé de touristes flemmard-e-s, ou grimper à pied? Après les gnocchi gorgonzola et le tiramisu, la seconde solution était osée, mais semblait imposée par le bon sens… Donc en route pour l’escalinada Eynaudi… Ne pas trop lever les yeux pour se décourager… quoique…

Pour les courageux/euses…

Au premier palier, une plaque commémore Eynaudi, dont le nom a été donnée à cet escalier.

A la gloire d’Eynaudi… ou de Médecin?

Mais qui était donc Eynaudi ? La plaque le présente comme « poueta nissart », poète nissart. Effectivement, il a, comme Rondelly, Rocher et tant d’autres, célébré sa ville :

« Nissa que l’ounda baia

Souta lu mount altié

L’univers si miraia

En lou tiéu souol entié « 

Je vous laisse traduire, ce n’est pas difficile…

Ce qu’il faut surtout retenir, c’est qu’il contribua à fixer la langue locale par un Dictionnaire publié entre 1931 et 1939, qui a été complété et réédité par l’Academia Nissarda en 2009.

Juli Eynaudi était un ardent défenseur de sa culture, et l’a exprimé dans des textes, mais aussi par l’animation d’associations dont ce fut l’objet.

Un palier, deux paliers… Au second, une curieuse statue de Vierge à l’Enfant. Pourquoi « curieuse »? La Vierge est toute abîmée, l’enfant est tout neuf. Ne me demandez pas pourquoi, je n’ai pas l’explication…

Je ne suis pas parvenue à trouver de quoi il s’agissait. Nous ne sommes pas loin du Malonat, oratoire qui abrite une Vierge que l’on promène en procession en souvenir de la fin de l’épidémie de choléra en 1854… Mais s’agit-il de la même image de la Vierge?

L’escalier continue à grimper, offrant de superbes vues de la Vila Vielha (alias Babazouk).

Il mène au Camin de la Villa Auta (en haut à gauche, couleur verte, sur le plan ci-dessous).

Celui-ci serpente à l’ombre des conifères et est rejoint par un autre escalier qui monte du nord de la vieille ville.
On arrive alors à la Chapelle de la Sainte Trinité, qui jouxte les deux cimetières (catholique et israëlites).

Je suis allée revisiter le cimetière israëlite, qui fera l’objet d’un prochain article… Sachez toutefois, pour aiguiser votre appétit, qu’il y avait jadis trois cimetières, ainsi que l’atteste ce plan présenté sur le blog d’un amoureux d’histoire de la ville.

A suivre…

Clans et ses environs

Autour du 24 août se déroule chaque année à Clans un Festival du Jeu. Je l’ai découvert l’an dernier, et ai voulu renouveler l’expérience cette année.

Clans est un village perché dans la vallée de la Tinée, un village vivant, dynamique, intéressant à plusieurs points de vue. Et l’organisation d’une telle manifestation montre à quel point les habitant-e-s peuvent se mobiliser pour attirer un peu de monde. Un peu, car les touristes ne « montent » pas jusque là. Une heure de route, trop loin de la côte… Dommage? Je ne sais pas, car cela permet une authenticité qui tend à disparaître dans des villages trop proches des villes, comme Eze par exemple.

Clans: vue de la Chapelle Saint Michel

En route donc, en ce samedi matin, pour le village. A tout hasard, un pique-nique prévu, mais avec l’idée de déjeuner plutôt dans la petite auberge qui nous avait accueilli-e-s l’an dernier… Plan du Var, on admire au passage Saint Jeannet, Le Broc, Carros… etc. Vallée du Var, puis Vallée de la Tinée. Et la montée en lacets vers le village. Le parking est toujours aussi peu ombragé, tant pis… Et direction l’auberge La Clansoise.

Hélas, elle est fermée. Définitivement fermée, apprendrons-nous par Mado, charmante dame de 88 ans qui est venue, voici 28 ans, prendre sa retraite dans le village natal de son mari, face à la collégiale, et qui prend du temps à expliquer à qui est intéressé les recettes nissardes. Fermée, alors que le jeune couple venait de commencer à l’aménager, avec, je me souviens, une cour ombragée et rafraîchie par une charmante petite fontaine style japonais, où le bambou jouait avec l’eau…

Le club des boulistes nous accueille et une table est à notre disposition pour le pique-nique à l’ombre du figuier et de la vigne. Vue imprenable sur la vallée de la Tinée et les monts environnants.

14h, c’est l’heure du rendez-vous avec 1,2,3 CAT, qui organise une fois de plus une Chasse au Trésor; deux heures à parcourir les ruelles médiévales, à découvrir les innombrables chapelles, à tenter de résoudre les énigmes… Une fois de plus j’admire les fresques de la Chapelle Saint Antoine, je tente de dénombrer le nombre de représentations de la Vierge dans la collégiale, et apprécie le bruit de l’eau glissant sous les ruelles, emplissant le lavoir, coulant des fontaines… Elle est omniprésente ici…

Vierge noire de la Chapelle Saint Antoine
Fresques de la Chapelle Saint Michel
La collégiale

Le jeu fini, un petit tour au Festival, pour acquérir le gobelet souvenir et s’étonner de l’ingéniosité de certains costumes. Sous le chapiteau, dans les rues, sur les places, on joue, on joue, on joue à tout, depuis les jeux de rôle jusqu’aux échecs… Et tous les âges se retrouvent pour découvrir les nouveaux jeux de société. Les graphistes prennent le temps d’expliquer leurs créations, où l’histoire et le fantastique se mêlent… Une atmosphère joyeuse et calme dans la fraîcheur de la montagne.

L’heure est venue de partir, mais cette fois direction Bairols, autre village perché, de l’autre côté de la vallée.

J’ai repéré sur Internet la présence d’une auberge où un chef étoilé aurait décidé de se retirer… 7 km de montée en lacets pour atteindre ce bourg. Il subsiste dans ce village, à la mairie flambant neuve, de belles traces du passé…

L’église côté vallée de la Tinée
Un autre aspect de l’église!

L’église domine une grande partie du village. Côté pile, architecture originale. Côté face, mur en aplomb sur le rocher…

Le dernier virage en montant
Le premier virage en montant

L’accès au village se faisait par ce passage, avec virages décalés pour empêcher l’élan des chevaux d’ennemis éventuels, et orienté de telle manière que l’on ne pouvait arriver les armes à la main… droite…

De l’église à l’entrée actuelle du village

Une très belle vue sur les environs, depuis la place située devant l’église, est mise en valeur par une table d’orientation.

En regardant vers le nord-est…
… puis le sud-est… Au loin, la Madone d’Utelle

Mais déception. Trop de rénovation. Trop « travaillé ». Ce minuscule village a perdu de son authenticité… Dommage…

Et autre déception… L’auberge est fermée. On nous explique qu’elle ne fonctionne que très peu, surtout le midi ou sur rendez-vous…

Nous redescendons donc dans la vallée pour regagner Nice, nous demandant si ce village valait le détour…

Nissa la Bella

Quand j’entends l’hymne nissart, j’ai… la chair de poule… eh oui, l’émotion me prend à chaque fois en oyant cette chanson. Il faut dire que je suis nissarte d’adoption, depuis plus de trente ans… Alors j’ai envie de vous faire partager ce plaisir…

J’aime beaucoup l’interprétation qui en est faite par un de mes groupes préférés, Corou de Berra.

Je les ai entendus notamment dans la petite église de La Gaude, chantant a capella, avec la ferveur du public conquis… Un bel instant de communion…

Introduction
Viva, viva Nissa la Bella !   Vive, vive Nice la belle !

1er couplet
O la miéu bella Nissa,
Regina de li flou,
Li tiéu vièji 
taulissa
Iéu canterai toujou !
Canterai li mountagna,
Lu tiéu riche
decor,
Li tiéu verdi campagna,
Lou tiéu gran soulèu d’or !
  Ô ma belle Nice,
Reine des fleurs,
Tes vieilles toitures,
Je [les] chanterai toujours !
Je chanterai les montagnes,
Tes riches décors,
Tes vertes campagnes,
Ton grand soleil d’or !

Refrain
Toujou iéu canterai
Souta li tiéu tounela
La tiéu mar d’azur,
Lou tiéu cièl pur,
E toujou criderai
En la miéu ritournella :
« Viva, viva Nissa la bella ! »
  Toujours je chanterai
Sous tes tonnelles
Ta mer d’azur,
Ton ciel pur,
Et toujours je crierai
Dans ma ritournelle :
« Vive, vive Nice la belle ! »

2e couplet
Canti la capelina,
La rosa, lou lilà,
Lou pouòrt e la Marina,
Païoun, Mascouïnà !
Canti la soufieta
Doun naisson li cansoun,
Lou fus, la coulougneta,
La miéu bella Nanoun !
  Je chante la capelina,
La rose, le lilas,
Le port et la Marine,
Paillon, Mascouïnat !
Je chante la mansarde
Où naissent les chansons,
Le fuseau, la quenouille,
Ma belle Nanon !

3e couplet
Canti li nouòstri gloria,
L’antic  bèu calèn,
Dòu gioungioun 
li vitoria,
L’òudou dòu tiéu printèms !
Canti lou vièlh Cincaire,
Lou tiéu blanc 
drapèu,
Pi lou brès de ma maire
Dòu mounde lou pu bèu !
  Je chante nos gloires,
L’antique belle lampe à huile,
Du donjon les victoires,
L’odeur de ton printemps !
Je chante le vieux Sincaire ,
Ton blanc drapeau,
Puis le berceau de ma mère
Le plus beau du monde !

Il en existe de nombreuses versions, et des interprétations parfois étonnantes. Cet été, j’en ai entendu une tout à fait innovante, dans un balleti… elle est donc renouvelée et renouvelable, cette chanson créée au début du XXème siècle par Menica Rondelly.

Son(s) et lumière(s) aux Invalides

En ce vendredi soir du mois d’août, beaucoup de salles font relâche et les spectacles se font rares… Que faire? Alors, je me suis laissée tenter par la Nuit aux Invalides, dont les annonces sur le net sont plus qu’alléchantes…

Et, par certains côtés, je n’ai pas été déçue… mais par d’autres, pas conquise…

Oserai-je le dire? Je ne suis jamais entrée aux Invalides. J’ai toujours soigneusement évité ce lieu que je considérais comme une appropriation sauvage par les militaires d’un espace qui pourrait servir aux citoyens. Alors, l’idée que pour une fois tout Parisien pouvait en bénéficier m’a séduite, et c’est donc avec une curiosité certaine que j’ai franchi les innombrables portes et barrières qui mènent à la cour d’honneur.

Erreur sur la date ? Pas de problème, le personnel est réellement accueillant et l’a vite réparée… Et me voici installée au troisième rang de chaises… et en train de me tordre le cou pour espérer voir tous les côtés éclairés!

Ce qui m’a séduite…

L’ambiance. Recueillie. Calme. Sereine. Etonnant en plein centre de Paris. Evocatrice du « respect » (bien que je n’aime pas trop ce mot) envers les militaires blessé-e-s ou disparu-e-s.

Les projections sur les murs. On commence, hélas, à s’habituer à ce genre de projections. Mais sur une telle surface, cela reste surprenant… et assez prenant, il faut bien le dire.

Le jeu des personnages projetés, faisant des acrobaties pour que leur corps épouse la forme des voutes et fenêtres.

Ce qui m’a moins plu…

Le discours grandiloquent. Il est vrai que, sur une telle thématique, on vire vite au style « pompier ». Et malheureusement le texte n’y échappe pas.

Le non-respect du programme annoncé. La communication autour de l’événement évoque une fresque historique, allant de la Préhistoire à nos jours; il n’en est rien, et j’attends toujours la Préhistoire!

La révérence à Napoléon. Certes, on ne peut parler des Invalides sans l’évoquer. Mais trop, c’est trop…

J’aurais dû me méfier, en lisant le texte d’annonce sur le site officiel.

« 

LE show de l’été à Paris, UN spectacle unique par son histoire, par sa grandeur, par sa technologie de pointe, unique par le rêve qu’il suscite ! Le spectacle à grand succès de Bruno Seillier
Venez traverser 3000 ans d’histoires dans ce lieu hors du temps, des Gaulois à Louis XIV, de Napoléon aux grands hommes et chefs militaires qui ont dessiné le Lutèce d’hier et le Paris d’aujourd’hui.
Venez passer La Nuit aux Invalides, au cours de laquelle,  les grandes voix de Jean PIAT, André DUSSOLLIER et de Céline DUHAMEL vous envoûteront.
En cette année anniversaire des 250 ans de la naissance de Napoléon, prolongez le spectacle par une promenade nocturne aux chandelles dans l’église du Dôme à la rencontre de Vauban, Lyautey et Foch, l’Aiglon entourant le tombeau de l’Empereur. »

Et surtout, mais c’est sans doute une erreur de ma part, j’attendais un vrai Sons et Lumières, avec des acteurs, une mise en scène, de la musique… Il n’en est rien.

Et l’impossibilité de visiter l’Eglise du Dôme aux Chandelles : plus de place pour cette soirée ni pour les suivantes…

En marge du spectacle

Une réflexion sur la visée historique, et, en particulier, sur les notions de « patriotisme » et de « nationalisme ». Débat sans issue ou véritable conscientisation à faire, pour tout citoyen, et à faire faire, pour tout pédagogue ou parent?

Inattendu… à la Gare Montparnasse!

Tout à fait improbable : sur les quais de la gare, une exposition assez « osée », dirais-je…

Toute une série de photographies de mannequins prises de dos, dans des tenues qui ne sont pas sans évoquer certains plaisirs partagés, ainsi que certaines pratiques sexuelles… Plaisir esthétique, certes…

Pourquoi avoir exposé ces photos dans le lieu de passage obligé de certaines familles vers leur destination de vacances, sachant que c’est de ce hall que partent souvent les trains lowcost?

La réponse est simple : il s’agit d’oeuvres d’art, parties d’une exposition délocalisée du Palais Galliera. .

En effet, celui-ci (Musée de la Mode) est fermé pour travaux cet été, et a choisi de délocaliser certaines expositions, dont celle-ci, au titre évocateur de Back Side, Dos à la Mode.

Les photographies sont superbes. Souvent en noir et blanc (ce que je préfère), mais aussi en couleurs, lorsque le sujet l’exige, comme c’est le cas pour cette magnifique traîne.

Bref, si vous passez du côté de Montparnasse, faites le détour et allez jusqu’au hall concerné par l’exposition, cela en vaut vraiment la peine!

Et l’exposition continue, au Musée Bourdelle, situé non loin de là, ainsi que l’annonce cette affiche…

Quand resurgit le passé…

Un album, des photos d’autrefois… Nous avons toutes et tous, je pense, vécu cela, ces réminiscences, ces nostalgies, ces résurgences de notre vécu. Toutefois il m’est arrivé un événement extra-ordinaire au sens profond du terme. 37 ans après le moment où elles ont été prises et placées dans un album tel que je les aime : couverture en cuir damassé, papier filigrane pour protéger les photographies coincées par les angles… 37 ans après les dernières d’entre elles, presque jour pour jour, des images du Maroc ont réapparu, retraçant toute une tranche de vie et toute une histoire, ou plutôt conjonction de deux histoires : histoire d’une mère et histoire d’un jeune couple.

Pourquoi en parler dans ce blog?

Parce que la vie réserve de belles surprises, et que je voulais partager celle-ci avec les lecteurs et lectrices qui me suivent dans mes pérégrinations diverses. Parce que voir se re-nouer des liens que l’on pensait défaits à jamais est un bonheur que l’on a envie de diffuser autour de soi. Quelle que soit l’évolution des personnes. Quelle que soit l’évolution des liens.

Internet, pour cela, est un outil fascinant, qui permet ce genre de retrouvailles. En quelques années, j’aurai ainsi retrouvé un ami de collège, et aussi renoué des liens que je croyais perdus. Une de mes amies de Guinée vient de m’écrire, pour s’enquérir de mon devenir… Et j’ai pu enfin savoir ce qu’était devenu celui que je rejoignais en été, adolescente, en « Allemagne de l’Est », la RDA où je passais toujours quelques jours en juillet… Je craignais qu’il n’ait été victime du régime de l’époque, tant il souhaitait passer en France… Mais non, il est vivant… et… Incroyable! Professeur de littérature française, et dans une université… française! Je l’ai retrouvé sur le net, sans le contacter.

Peut-être est-ce mieux ainsi. On ne peut pas tout re-visiter. Et mieux vaut ne retrouver que celles et ceux qui ont envie de cela, qui se manifestent spontanément… Comme celui qui m’a fait le plaisir, plaisir emprunt de nostalgie, il faut bien l’avouer, d’exhumer cet album… que je peux partager avec mes enfants et petites-filles… encore un croisement d’histoires…

L’Auvergne à Paris : le Trumilou

Ne cherchez pas « Trumilou » sur Internet, vous ne trouveriez que le nom du restaurant, pas sa signification… Il faut rechercher « Troumelou », lié au village d’Auzers, dans le Cantal… qui a aussi une auberge de ce nom.

Le Troumelou.
Source : site du village d’Auzers

L’explication est apportée dans un article qui relate l’histoire du restaurant parisien, en ligne ici. Quoi qu’il en soit, le restaurant reste auvergnat depuis des décennies, le père de l’actuelle propriétaire étant né près du Puy Mary.

Et des tableaux, photos et objets rappellent cette origine, parmi les innombrables décors de ce lieu au charme désuet, inattendu à cet endroit. En effet, le Trumilou est situé Quai de l’Hôtel de Ville, au 88.

Situation. Source : site du restaurant

En ce moment, difficile à repérer à cause des échafaudages, et mieux vaut y aller aux heures où les travaux de rénovation de façade sont arrêtés!

On y mange délicieusement bien, des plats traditionnels et des recettes auvergnates, mais pas seulement… Et la gentillesse du personnel est remarquable. C’est la première fois qu’on me fait goûter une tarte au citron pour que je sache si j’allais la prendre. Car j’avais dit aimer l’acidité, et ne pas trop apprécier les amandes… Effectivement, elle est excellente, mais j’ai fini par lui préférer un délicieux crumble pomme-rhubarbe.


Une bonne « auberge » – c’est le mot qui me semble plus approprié, car plus adapté à l’ambiance chaleureuse et à la qualité des plats – à essayer absolument, avant qu’elle ne soit un jour malencontreusement rénovée, comme c’est la mode…

De la rue de l’Hôtel de Ville à la rue de Jouy

Je pourrais, pour commencer cet article, proposer une devinette… et serais sûre que, sans plan, nul-le ne pourrait la situer correctement. Car moi-même j’ai douté de mon GPS quand j’ai cherché l’adresse exacte des lieux sur lesquels je voulais écrire. J’étais en effet persuadée qu’il s’agissait d’un Quai, car nous sommes en bordure de Seine, rive droite… Ou d’une avenue, tant la quatre voies et le trottoir qui la longe sont larges… Eh bien non…

Je vous ai déjà emmené-e-s dans le coin : la péniche Marcounet, les Anysetiers, la Maison Européenne de la Photographie, le village Saint Paul et la rue de la Barre ont fait l’objet d’articles sur ce blog… Cette fois, nous nous contenterons du segment situé entre la Caféothèque et l’Hôtel de Sens.

La Caféothèque

Je ne peux m’empêcher de céder à la nostalgie quand j’évoque ce lieu que j’aime, car il a beaucoup changé dernièrement et n’a plus tout à fait le même charme. Le mur végétalisé d’un des salons a disparu, les serveurs ne font plus déguster en commentant chaque café, et le « jeu » de dégustation n’est plus accessible…

Il n’en reste pas moins que cet endroit reste un hâvre de sérénité, où il fait bon demeurer tranquillement à lire ou rêvasser…

Il faut vous aventurer à travers un dédale de pièces pour parvenir à mon coin préféré, un salon au mobilier original et coloré, aux murs ornés de tableaux (le café est aussi galerie… et lieu de concerts) , auquel les plantes vertes donnent un petit air de jardin d’hiver…

Mais n’oubliez pas de visiter la pièce étonnante où se déroulent les cérémonies de dégustation du café, la véritable caféothèque, au fond en entrant, après le comptoir.

La carte des cafés est intéressante, sa lecture révèle une forme de poésie, permettant d’imaginer arômes et plantations… Et, pour les gourmand-e-s, le buffet de pâtisserie ne manque pas d’attraits!

La Cité Internationale des Arts

En me rendant aussi fréquemment à la Caféothèque, je ne pouvais que m’interroger sur ce que cachait une façade aussi laide que celle de la Cité (CIA!!!). Vous remarquerez sur le site officiel qu’ils ont fait preuve d’astuce en prenant une vue de l’arrière valorisé par le parc… Il fallait que j’aille voir… Mais généralement manque de temps… sauf en ce mois de juillet qui me permet de baguenauder tranquillement dans Paris…

Une fois la lourde porte métallique poussée, on entre à gauche dans un vaste hall. Et il faut de l’astuce pour trouver le lieu d’exposition! Car le Centre est avant tout résidence d’artistes… et il est quasi désert en cette période estivale. Deux gardiens m’expliquent comment me rendre dans la partie consacrée aux expositions, et me donnent en toute confiance un code… qui ne servira pas…

Descente au sous-sol, pour trouver un vaste couloir aux allures d’hôpital…

Jusqu’au 31 juillet, cet espace accueille une exposition d’Ali Badr, artiste qui se partage entre Londres et l’Arabie Saoudite, Expand And Collapse.

Voici ce qu’écrit Noam Alom, commissaire de l’exposition, à propos de ces oeuvres :  » Ses dessins suggèrent des oscillations possibles entre observation, réaction et documentation. La pratique de l’artiste évoque le paradoxe inhérent à la tentative de capturer un mouvement tout en créant un objet statique. Cela se manifeste dans les collaborations de Badr Ali avec des danseurs, où il questionne les formes et les courbes que les corps génèrent en se mouvant dans l’espace. »

Au fond de ce long corridor, un salon étonnant au style purement vintage…

Tout aussi étonnant, mais dans un autre style, ce petit boitier électrique décoré…

Une fois au fond, il ne reste qu’à faire demi-tour, pour revenir vers l’escalier qui conduit du hall à ces lieux… et vice-versa!

A l’extérieur, une pelouse occupée par deux jeunes filles en maillot de bain, en train de pique-niquer… La vue aux alentours ne manque pas d’intérêt… c’est un des beaux hôtels du Marais qui se cache là-derrière…

L’Hôtel d’Aumont

Un exemple typique de l’architecture du XVIIème siècle, d’un classicisme certain, cet Hôtel d’Aumont… Normal, Mansart est passé par là…

Plus étonnant, l’environnement… Accolé littéralement au mur ouest de l’Hôtel, un bâtiment à l’architecture incertaine…

Et, comme juchée sur le mur, une étonnante structure, que j’hésite à qualifier…

Ne cherchez pas l’accès à l’Hôtel par ce côté : il s’effectue par la rue de Jouy, située un peu plus à l’est, sur la gauche… Profitez-en pour aller admirer, si ce n’est déjà fait, le magnifique rémouleur.

La rue de Jouy actuelle ressemble peu à ce qu’elle fut, à en juger par cette photographie, copiée d’après sa reproduction.

Un peu plus loin, la MEP… Maison Européenne de la Photographie… déjà présentée, mais qui fera prochainement l’objet d’un nouvel article…

Exposition à la Chapelle de Kerbader (Fouesnant les Glenan)

Reportage de notre correspondant en Bretagne…

Une exposition collective d’artistes est organisée comme chaque année par l’association Les amis de Kerbader, dans la chapelle éponyme. Anne-Marie Dalhen, la dynamique présidente, y réunit un grand nombre d’artistes, essentiellement bretons, voire du Finistère.

Chaque semaine l’exposition est entièrement renouvelée. Cet article ne reflète donc que les oeuvres présentées du 22 au 29 juillet 2019.

Impossible de faire un commentaire exhaustif sur les nombreux/euses artistes, c’est donc Suite à son exposition été 2018 en Ardèche, Abstr’Onirique, Philippe Colin présente une nouvelle série de ses dernières oeuvres, Ma Br’Onirique. Pour celles et ceux qui ignorent tout de la langue bretonne, « Ma Bro », c’est « Mon Pays ».

 » O Breizh, ma bro, me ‘gar ma bro ! », selon l’hymne national breton… autres versions ici, Tri Yann, version symphonique

Eclats de mer sur les rochers, soleils levant / couchant sur le Bout du Monde…

… ou encore vert frais des Marais, tels ceux de Mousterlin…

Autant d’évocations, d’interprétations… je précise qu’elles sont de moi, non du peintre lui-même, qui se refuse à toute traduction de ses oeuvres… (voir son site)

Parmi les autres, l’oeil est attiré par une série de tableaux composés à partir d’écorces d’arbres.

La peinture de Claudine Jacq est fraîche, variée, et d’une originalité certaine.

Bref, une exposition à voir absolument si vous avez la chance de passer par « Ma Bro » d’adoption…

Fluctuart

Un vernissage avait lieu la semaine dernière sur un site dont j’ignorais l’existence et qui me fut signalé par un expert… Fluctuart… Aussitôt je me suis précipitée sur Internet, pour découvrir  » le premier centre d’art urbain flottant au monde » (sic, sur le site officiel), dédié au Street Art – « tout art de la rue qui n’est pas du graffiti », selon un site que j’apprécie. Toujours aussi curieuse, je me devais d’aller découvrir ce lieu flottant sur la Seine, près du Pont des Invalides, à deux pas du Faust où j’aime voir le couchant en mi-saison…

Me voici donc sur place en ce dimanche soir de juillet… et, première surprise, une contestation exprimée juste en face de l’embarcation…

Une fois la passerelle franchie, on pénètre dans un espace ouvert sur l’onde, le ciel et la Ville…

L’exposition se situe, comme on le voit sur ce qui sert d’affiche (photo), dans la « cale ».

En ce moment, une exposition d’une artiste de rue américaine, qui a débuté un peu avant 2000 à Brooklyn.

Caledonia Dance Curry peint sous le pseudo de Swoon, que l’on pourrait peut-être traduire par « Défaillance », « Pâmoison ».

Je ne me suis pas pâmée devant ses réalisations, mais j’ai apprécié entre autres les personnages, saisis sur le vif, à l’expression saisissante d’authenticité…

Cependant cela a requestionné la définition de cet art, comme évoqué en début de cet article.

Des installations sont aussi exposées, telles que celle qui accueille au début de la cale.

L’étage supérieur est consacré à d’autres artistes. Je dois avouer que, pour ma part, j’ai du mal à concevoir un « Street Art » ainsi emprisonné dans des cadres, sur un espace qui, bien qu’ouvert au maximum sur l’environnement urbain et fluvial, reste un espace clos… Ainsi figé aussi dans le temps, alors que, pour moi, c’est avant tout un art vivant qui se doit de rester éphémère… Mais sans doute ai-je une conception restreinte, datée, figée aussi, de cet art…

Futura
Bombe aérosol sur toile
Dorado

Une petite librairie est logée à l’étage supérieur de la péniche, dédiée à ce courant artistique. Le même étage abrite un vaste bar où des reflets métalliques jouent avec les reflets aquatiques…

Une vaste terrasse alliant métal et bois offre une magnifique vue sur le couchant à l’ouest, le pont et le Grand Palais à l’est et au nord-est.


Les cartes ont des supports originaux.

Celle des boissons n’est autre qu’une bombe… C’est là que j’ai trouvé « le Piège à partager »…

Et celle des plats, une planche de surf miniature et ornée.

Une boisson bien fraîche, rien de tel en ce crépuscule estival… Un mélange de Prosecco et de fruits divers, servi sur des glaçons en nombre considérable…

Je craignais que la fonte des glaçons ne pervertisse le goût.

Mais non, c’est le contraire qui s’est produit.


Et le dernier verre fut le meilleur!

La descente des escaliers s’est donc faite à la nuit tombante, ce qui m’a permis d’apprécier la métamorphose nocturne de l’ensemble, toute en nuances de roses vifs et de mauve / violet.