Le printemps en février…

Venus et Cupidon, Pontormo, 1533

Cupidon s’était approché un peu trop près des rosiers du jardin de l’Olympe, et fut piqué. Je ne sais si c’est par les abeilles qui butinaient les fleurs ou par les épines. Toujours est-il que son sang, en coulant, donna une belle teinte rouge aux pétales… Cela affola sa maman, Vénus qui accourut vers lui. Dans sa précipitation, le flacon de parfum attaché à sa ceinture se renversa sur les fleurs, leur transmettant les fragrances délicates qu’elles émettent encore…

Une belle légende pour la reine des fleurs… Mais Shakespeare la voit autrement et l’associe à la mort d’Adonis dont Venus est amoureuse…

Vénus pleurant la mort d’Adonis, B. West, 1768

« CXCV. — Tout à coup l’enfant étendu mort auprès d’elle s’évanouit à ses yeux comme une vapeur ; et dans son sang, répandu sur la terre, naquit une fleur pourpre tachetée de blanc, semblable à ses pâles joues et au sang qui en parsemait la pâleur en gouttes arrondies.

CXCVI. — Vénus baisse la tête pour sentir la nouvelle fleur, et la compare au souffle de son Adonis. « Elle sera déposée dans mon sein, dit-elle, puisque Adonis lui-même m’a été arraché par la mort. » Elle cueille la fleur, et la tige laisse échapper une sève verte qu’elle appelle des larmes.

CXCVII. — Pauvre fleur, ajoute-t-elle, c’était ainsi (douce fille d’un père plus doux encore que ton parfum), c’était ainsi que ton père pleurait au moindre chagrin ; croître pour lui seul était son désir comme c’est le tien ; mais sache qu’il vaut autant te flétrir dans mon sein que dans ton sang.

CXCVIII. — Ici fut la couche de ton père, ici dans mon sein ; tu es son héritière, voici ta place. Repose dans ce doux berceau, où les battements de mon cœur te berceront jour et nuit. Il ne se passera pas une minute dans une heure sans que je baise la fleur de mon bien-aimé. » »

Légende et création poétique convergent pour associer la rose à l’amour, et l’on comprend comment le marketing actuel s’en est emparé pour en faire l’emblème de la fête des amoureux/euses le jour de la Saint-Valentin. Mais j’ignore si un jour on a vu fleurir des roses, dans les régions septentrionales de la France, la semaine du 14 février…

Dès l’entrée dans le Parc Suzanne Lenglen, où je suis venue me détendre après une journée de « visio », je suis saisie de stupeur devant le jaune resplendissant de cette rose bien éclose, à la robe non pourpre, n’en déplaise à Ronsard.

Mais elle n’est pas seule. Plus discrètes, derrière, des roses s’épanouissent aussi en cette fraîche journée d’hiver.

Elles défient la glaciale architecture de la tour dont le seul mérite est de refléter les rayons de l’astre déclinant.

La lumière se venge en la déstructurant brillamment…

Les reines des fleurs sont accompagnées de toute une cour, aux éclats de couleurs qui se concurrencent en une symphonie bien orchestrée.

Crocus, jonquilles et narcisses s’épanouissent en déclinant les jaunes, du plus pâle au plus orangé…

Crocus et pâquerettes entourent une souche publicitaire… Celles et ceux qui ont lu l’article posté il y a un mois environ, article qui narrait une promenade sur les quais de l’Ile Saint Louis, reconnaîtront l’effet d’annonce de cette affichette… Heureusement qu’il est précisé « jeune »!

Excusez la mauvaise qualité des photos, mais le crépuscule n’aide pas mon modeste Iphone à réaliser des chefs d’oeuvre! Elles n’ont ici que valeur illustrative…

Qui a pris la couleur de l’autre? Les fleurs ou l’hélicoptère?

Plus modestes, sur la pente d’un des monticules du parc, les pensées n’en sont pas moins colorées…

… par les crayons qui les surplombent?

Bien cachées par un paravent de verdure, d’autres roses, en déclinaison de blancs et de roses…

Le crépuscule arrive, mais je ne résiste pas à l’envie de saisir quelques « sculptures »…

La promenade se termine et il va falloir retourner vers l’agitation de Paris, non sans une dernière contemplation du ciel à l’occident.

Un concert à l’Eglise Américaine (1)

Lors des promenades en bateau-mouche, incontournables quand on reçoit des « touristes », j’ai été questionnée par la présence d’une « Eglise Américaine » sur les quais. Je ne sais pourquoi, l’alliance de ces deux termes tenait pour moi de l’oxymore, dans la mesure où les religions sur le continent américain me semblaient nombreuses et pas toujours très compatibles. En tout cas non fongibles en une « Eglise », même si le sens premier du terme évoque l’idée de « communauté ». Que peut signifier « communauté » pour l' »Amérique »?

Bref, une énigme pour moi, qui se représente à chaque fois que je passe devant, ce qui arrive souvent car j’aime emprunter les quais pour traverser Paris d’est en ouest. ou vice-versa.

Belle occasion à saisir, donc, que cette annonce d’un concert un dimanche en fin d’après-midi, à l’heure où je reviens de Picardie, souvent en passant par l’ouest….

Une route difficile sous une pluie battante et avec un vent à décorner les boeufs, mais je suis arrivée à temps, grâce à une place de stationnement libre juste à côté de l’adresse indiquée. Après la longue route faite sans interruption, une visite aux toilettes s’imposait. Et j’avoue que j’étais aussi curieuse d’en voir un peu plus que la salle de concert… Cela m’a effectivement permis de descendre à l’étage inférieur… enfin, pas tout à fait. Car l’édifice se présente comme le Palais de Cnossos, en demi-étage (ou tiers, ou quart, je n’ai pas mesuré!).

Et j’y ai découvert une école, reconnaissable aux petits porte-manteaux, aux casiers et aux salles de classe. Mais aussi au fait que les cuvettes sont visiblement pensées pour de jeunes enfants!

Un élément m’a interpelée, que je vous livre ici.

Je ne sais si vous parvenez à lire le panonceau? « Catacombes »… Que sont ces « catacombes »? S’agit-il d’un accès à celles que nous connaissons? Mais nous sommes bien loin de leur entrée, Place Denfert-Rochereau!

Alors, selon mon habitude, je suis allée vérifier.

https://www.laboiteverte.fr/wp-content/uploads/2014/11/plan-carte-catacombe-paris.jpg

D’après ce plan et les explications données, impossible… J’ai vérifié sur d’autres plans, tout aussi impossible.

Et c’est finalement, au bout d’un certain temps de recherches, dans un exposé fait par celle qui était en 2003 la pasteure « de la vie communautaire », Madame Christine Blair, que j’ai trouvé la réponse. Je cite d’abord le début de son texte, qui permet de comprendre pourquoi cette église.

« Grâce aux secours que la France a donnés à la nation nouvelle-née des Etats-Unis d’Amérique, beaucoup d’Américains sont venus étudier, faire du commerce ou travailler en France au début du XIXe siècle. On s’est vite rendu compte que les Américains avaient besoin d’un lieu de culte ou d’une chapelle. Un petit groupe anglophone a commencé à se rassembler pour le culte en 1814, et en 1816, l’Eglise Réformée de France a permis l’utilisation de l’Oratoire (à côté du Louvre). Napoléon III a signé le contrat qui a établi l’église rue de Berri, et c’est finalement en 1929 que nous avons construit l’église qui se trouve au quai d’Orsay.« 

En réalité, la première pierre fut posée en 1926, et elle fut inaugurée en 1931. Quant à l’église rue de Berri (8ème), j’ai eu des difficultés à la trouver. En réalité, il s’agissait d’une chapelle, sise au 21 de la rue, et qui a maintenant disparu (source).

Quelques lignes plus loin, les explications attendues.

« Une des missions principales de l’Eglise Américaine a été la présence auprès des jeunes étudiants anglophones, aux XIXe et XXe siècles. Par exemple, dans les années 1960 et 70, les étudiants se réunissaient dans ce que nous appelons « les catacombes » et les jeunes musiciens et acteurs y jouaient leur musique ou la comédie pour acquérir de l’expérience ou gagner leur repas. Ainsi l’Eglise Américaine a vu le commencement de carrières d’artistes maintenant très connus, comme Joan Baez, Bob Dylan, Robert DeNiro. Cette mission auprès des étudiants anglophones continue à être très importante pour notre église : nous avons un pasteur qui s’occupe exclusivement de la mission auprès des jeunes, adolescents ou jeunes adultes. » ((Emission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger du dimanche 2 mars 2003, sur France-Culture à 8 h 25).)

Il s’agit donc d’une forme de « cave » ou « caveau », comme il en existait à cette époque à Saint-Germain-des-Prés et dans le quartier latin. Vous connaissez peut-être celle du superbe café « Chez Georges », rue des Canettes, dont j’ai déjà parlé sur ce blog, ou le Caveau de la Huchette?

Entrée de l’étage inférieur

Retour à l’étage supérieur, pour observer l’architecture des lieux.

Aile ouest, le couloir
Aile ouest vue du nord

Pour vous aider à mieux appréhender la visite, comme je n’ai pas trouvé de plan, je vous ai préparé un petit schéma.

La cour est plutôt un patio. Comme vous le voyez, elle est située à l’étage inférieur.

Eglise vue de l’aile ouest

Pour des détails concernant l’architecture, comme je ne suis pas compétente, je vous renvoie à la littérature sur Internet.

« L’architecte Carrol Greenough a bâti cette église sur les fondations d’une ancienne manufacture de tabac. La décoration a été en partie assurée par des artistes américains : Charles J. Connick, Walter G. Reynolds et Burnham dessinèrent des vitraux qui ont été réalisés par Charles Lorin ; Ralph Adams Cram a conçu le mobilier et le décor, tandis qu’on doit l’iconographie au Dr Joseph Wilson Cochran. » (source)

Selon d’autres sources, l’architecte, né en 1863 à New York (et mort en 1941 en Caroline du Nord), a fait ses études à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris et a vécu dans la capitale jusqu’en 1924. Il a donc conçu les plans, mais a été relayé sur place par un autre architecte.

« After graduation in Paris he continued to reside in the city. During the first World War Mr. Greenough designed a number of Army Hospitals in France, later collaborated in preparing plans for the American Church in Paris of which Ralph Adams Cram was architect. After returning to the U. S. in 1924 he maintained an office in New York for a time and devoted his attention mainly to work on Housing Projects. » (source)

Charles Jay Connick est à l’origine d’une célèbre fondation abritant entre autres un « studio » du vitrail aux Etats-Unis.

« After working in Pittsburgh, New York, and Boston, Charles J. Connick opened his stained glass studio at 9 Harcourt Street, Back Bay, Boston in April, 1913. From this time until it closed in 1986, the Connick Studio designed impressive windows for churches, cathedrals, chapels, schools, hospitals, and libraries throughout the United States and abroad. » (source)

Charles Jay Connick, vers 1945 (source)

Né en Pensylvanie en 1875, il a surtout travaillé dans la région de Boston. Mais il a voyagé, et visité la France.

« Connick a également étudié le dessin et la peinture dans des cours du soir et est allé en Angleterre et en France pour étudier les vitraux anciens et modernes, y compris ceux de la cathédrale de Chartres , dans lesquels il a examiné l’effet de la lumière et de l’optique qui avaient été utilisés aux XIIe et XIIIe siècles, mais qu’il percevait comme négligée depuis. [3] [5] Connick a également été influencé par le mouvement anglais Arts and Craftsvitrail Christopher Whall . [6] »

« Connick a préféré utiliser du verre « antique » transparent, similaire à celui du Moyen Âge et a loué ce type de verre comme « un éclat coloré, avec le lustre, l’intensité et la qualité vibrante déconcertante des lumières dansantes ». Il a utilisé une technique de joints de soudure « décalés » dans son avance et ses barres, ce qui, selon l’historien anglais du vitrail Peter Cormack, donne aux fenêtres leur caractère « syncopé ou » oscillant  » (source).

Vous trouverez un intéressant documentaire sur cet artiste en ligne.

Une seconde erreur, dans la présentation initiale, m’a valu d’errer assez longuement sur le net pour trouver qui était l’autre auteur des dessins des vitraux… Il ne s’agit évidemment pas du peintre Walter G. Reynolds, qui était mort depuis un bon moment à cette époque, mais de Joseph Gardiner Reynolds.

Joseph Gardiner Reynolds

« In 1923, Joe established a new studio with two former Connick artists and craftsmen, William M. Francis, a glass cutter, and Henry Rhonstock, a glass painter. The new studio was named Reynolds Francis and Rhonstock. Napoleon Setti later affiliated with them as a designer. The Reynolds Francis and Rhonstock studio was located at One Washington Street, Boston, Massachusetts, and produced designs and windows in the USA and France (see partial list), including the American Church in Paris. (For this special Church he produced two nave aisle windows). After the deaths of his partners, the studio name was changed in 1954 and Joe became the president of a new firm: Joseph G. Reynolds and Associates (Designers and Workers in Stained and Leaded Glass). » (source)

Le troisième larron mis en scène dans le texte choisi est Burnham. Pourquoi avoir omis les prénoms? Je l’ignore… Il s’appelait Walter Herbert Burnham. Cela, c’est sûr. Mais lequel? Car père (1887-1974) et fils (1913?-1984) ont eu exactement le même nom. Le premier a, lui aussi, beaucoup voyagé en Europe durant ses jeunes années. Mais il a entraîné ensuite son fils dans les mêmes périples. Seules les dates peuvent nous aider. En l’occurrence, il ne pouvait s’agir que du père… peut-être avec Junior…

« Among Burhnam’s most notable works are windows in the Cathedral of Saints Peter and Paul, Washington DC; the Cathedral of St. John the Divine and Riverside Church in New York City; Princeton University Chapel; and the American Church in Paris.

On tour with his family in Europe prior to the first World War, Burnham sketched famous stained glass windows in many cathedrals. In a 1935 article in the journal Stained Glass, Burnham expresses his views about the importance of the medieval tradition in the harmony of the primary colors, red, blue, and yellow, with the complementary orange, green, and violet typical of his windows. His studies of medieval windows demonstrated that reds and blues should predominate and be in good balance. Burnham also noted that windows should maintain high luminosity under all light conditions. » (source)

11
William Herbert Burnham, aux environs de 1940

Après vous avoir présenté les trois artistes à l’origine des dessins des vitraux, j’en arrive à celui qui les a réalisés. Son nom vous dira peut-être quelque chose, car il (le nom, pas l’artiste!) existe encore aujourd’hui : Lorin. Voici le site de la Maison Lorin, qui perdure actuellement à Chartres. Une association avait été fondée en 1896 par Charles et sa mère. Elle a été transformée ensuite en entreprise. On peut imaginer que les vitraux de l’Eglise Américaine ont été réalisés dans les ateliers créés par Nicolas Lorin, le papa de Charles -dont je vais vous parler-, en 1863.

Vue Jardin
Ateliers de la Maison Lorin

Charles Lorin (1866 – 1940) était donc le digne descendant de son père, auquel il a succédé.

Charles Lorin par Lionel Royer
Charles Lorin

Très ancré dans le catholicisme (il avait fréquenté le Petit Séminaire), Charles Lorin a cependant prêté son art au protestantisme, comme c’est le cas ici, et au patriotisme, avec la réalisation de vitraux mémoriels.

signature de Charles Lorin
Sa signature
communication ancienne
Un artiste engagé…

Pour ce qui concerne les aspects techniques, j’y reviendrai ultérieurement, car j’ai commencé à m’intéresser aux diverses technique du vitrail… Revenons donc à l’architecture… et à l’église proprement dite. Soit dit en passant, comme je croyais que, chez les protestants, on parlait de « temple », je suis un peu perdue…

Façade ouest

L’église de style néo-gothique s’inspire plus particulièrement du gothique tardif anglo-saxon. Elle est construite selon un plan à nef unique, précédée d’un narthex et s’achevant par une abside encadrée de chapelles dont certains vitraux sont de Tiffany. Deux niveaux d’élévation (grandes arcades, fenêtres hautes à remplage flamboyant) et couverte par des voûtes d’ogives quadripartites. Le clocher-porche est reporté sur le flanc droit de l’édifice (église non orientée). » (source)

Façade ouest

Je ne vous propose pas d’y pénétrer tout de suite, ce sera pour le concert, dans le second article sur ce sujet…


Un Paradis de mini-consommateurs/trices?

Un détour sur le chemin de l’exposition « SU » évoquée précédemment… détour qui, par un escalier quasi dérobé, m’a conduite dans un espace où tout est pensé pour les enfants, y compris la hauteur des plafonds et la surface des espaces. Un « Mini Bon Marché »… qui n’a de « bon marché » que le nom!

Des peluches? Rien que de très normal, même si nombre, qualité et taille peuvent surprendre.

Des montres? Plus surprenant, mais pourquoi pas?

Les couleurs sont soigneusement choisies pour ne pas évoquer la bi-catégorisation de sexe et, s’il y a du bleu, c’est parce qu’il s’harmonise avec le jaune…

Les bambins qui ne peuvent qu’être charmants ont droit à tout le confort, depuis des bancs doux à leurs tendres fessiers, comme ci-dessus, jusqu’à des mini-fauteuils et chauffeuses.

Les robes de princesse ne manquent pas, et sont proposées en une multitude de coloris tous plus attirants les uns que les autres…

Avez-cous remarqué les spécificités de ce mannequin? L’une d’entre elles devrait vous frapper, et évoquer une émission de télévision qui a marqué l’actualité ces derniers temps. Un autre indice?

Des véhicules miniatures sont présents à divers endroits de l’Espace Enfants. Certains sans chauffeur-e-s ni passagers/ères, comme celui que vous avez vu avec l’horlogerie, et celui qui suit…

Mais d’autres avec des mannequins…

Alors? Avez-vous remarqué quelque chose? Eh oui, nous sommes en lien avec l’intégrisme absolu… Pas de visage, pas de traits humains… Incroyable, non? En tout cas, pour moi, inattendu ici… Mais les enfants ne vont-ils pas au Paradis?

D’Ile Saint Louis à Saint Louis en Ile…

Dernier épisode de la balade en l’Ile Saint Louis que vous suivez depuis quelques temps… souvenez-vous, nous avions quitté les Boulangers pour nous diriger vers le bout de l’île… Ce jour-là, je n’avais pas pris de photo de l’hôtel particulier qui a fait couler beaucoup d’encre lors de son rachat par un prince du pétrole… Mais j’en ai pris une hier en repassant devant lui, avec un avantage : hier, le soleil brillait…

La rue Saint Louis en l’Ile sépare le nord du sud de celle-ci… Elle porte le nom d’une église dont j’ai déjà parlé dans ce blog, pour un concert, puis à propos du dimanche des Rameaux. Perpétuellement en travaux, elle n’a pas en ce moment un aspect très engageant. Mais les portes en sont toujours ouvertes…

Les travaux effectivement ne permettent pas d’apprécier l’architecture intérieure, occultée comme celle de l’extérieur. La crèche est encore à sa place, et les Rois Mages sont bien arrivés à temps, pour l’Epiphanie.

Les fonts baptismaux et leur environnement ne sont pas impactés par la rénovation.

Et je me demande pourquoi une serrure est présente. Que protège-t-on? L’eau bénite?

Sur les murs entourant les fonts, des tableaux d’une finesse remarquable interprètent, au XVIème siècle, l’enfance du Christ.

Naissance
Rois Mages

Le tableau suivant suscita mon étonnement. J’ai visité nombre d’églises, abbatiales et cathédrales, mais je n’avais jamais vu traiter ce sujet : la circoncision. Or tel était bien le thème de ce tableau, placé au centre de l’ensemble.

Sur ce tableau, la disproportion entre le corps et la tête du personnage de droite est frappante, tout autant que son expression même.

« L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête »… Cette phrase des Pensées de Pascal m’est venue en voyant le tableau suivant, la Tentation du Christ, où la représentation du Diable est parlante.

Mais revenons aux anges, ou plutôt angelots, avec ce bénitier proche de la sortie. Comme j’ai raté ma photo, j’en emprunte une autre pour que vous puissiez mieux le voir.

Bien sûr, je n’ai pu m’empêcher de me demander ce qu’avait bien pu faire cette Soeur Louise pour faire ainsi pénitence. Et quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre en surfant, par la suite, qu’il s’agissait… de Louise de la Baume le Blanc, alias Louise de la Vallière, la maîtresse passionnée de Louis XIV dont elle fut la favorite pendant 6 ans, phénomène rare pour cet homme « volage ».

Louise de La Vallière — Wikipédia
Portrait par Pierre Mignard (ami de Molière)

Délaissée au profit de Madame de Montespan, elle va progressivement se tourner vers la religion et suivre les conseils de Bossuet pour entrer finalement au Carmel, après avoir failli mourir d’une grave maladie, à trente ans.

File:6410 Louise-de-la-Misericorde de la Valliere.jpg

Elle y vivra trente cinq années, dont les dernières furent marquées par des douleurs physiques intenses. Une gravure montre une visite du roi à celle qui fut sa maîtresse autrefois.

Louis XIV et Mademoiselle de la Vallière dans le Couvent des Carmélites à Chaillot (source)

Je dois avouer que j’ai perdu mon latin en essayant de comprendre s’il s’agissait d’un couvent de Carmélites ou de Visitandines…

Gravure représentant le couvent de Chaillot vers 1774.
Couvent des Visitandines à Chaillot vers 1774

Pas mal, non, pour un couvent? Jolie vue sur la Seine… A l’origine, un château construit sur ordre de Marie de Médicis. Chaillot s’appela alors « Catherinemont ». Je vous passe les détails sur les modifications architecturales et les (re)ventes successives de l’édifice et de ses magnifiques terrasses en jardin sur le fleuve. Mais le couvent accueillit nombre de femmes nobles dont les noms ne vous seront pas inconnus, comme Louise de la Fayette (Mère Angélique), Marie Mancini, la nièce de Mazarin, et plusieurs membres de la famille Stuart. C’est l’explosion de la poudrerie de Grenelle, sur l’autre rive, qui détruit en grande partie le couvent en 1794.

« Le 31 août 1794, à 7h15, 65 000 livres (30,2 t) ou 150 t de poudre, selon les sources, explosent dans le magasin de poudre du Château de Grenelle situé près de l’Ecole militaire. Selon la direction, des arbres sont coupés et des bâtiments renversés, cette explosion semble avoir été initiée dans le grenoir de la Liberté. La veille, 50 000 livres (≈ 23,3 t) de poudre sont envoyées sur les frontières. Deux jours plus tôt, 100 000 (≈ 46,5 t) sont sorties du magasin de poudre. Depuis 3 mois, il n’y avait pas été stocké aussi peu de poudre dans la poudrerie qu’au moment de l’explosion.
Le bruit engendré par l’explosion est entendu jusqu’à Fontainebleau.
Les sauveteurs portent secours aux blessés et retirent des centaines de victimes des décombres. Les hôpitaux de la Charité et du Gros-Caillou sont débordés par une arrivée massive de blessés. A 11 h, tous les blessés ont reçu les premiers soins. L’administration de police est chargée de surveiller particulièrement les établissements publics. Le comité de salut public et de sûreté générale qui a en charge la surveillance de l’arsenal et des maisons de détention, met en sûreté à Meudon les stocks de poudre, salpêtre et soufre ayant échappé à l’explosion
. » (source)

Mais tout cela nous a entraîné bien loin de l’église Saint Louis en l’Ile, n’est-ce pas? En quelque sorte, le bénitier est un rescapé d’une catastrophe qui a fait plus de 1000 morts (une autre vision de Grenelle…).

La date inscrite sur le bénitier correspond aux voeux perpétuels de Louise, prononcés le 3 juin 1675 au couvent des Carmélites, rue du faubourg Saint Jacques (il était situé en face du Val de Grâce).

Une fois sortie de l’Eglise, je retrouve les rues calmes de l’île, puis le quai d’Orléans, dont je vous parlais dans le 1er article, d’où mon regard est attiré par une étrange embarcation.

Il n’est pas tout neuf, ce pousseur. J’en ai trouvé une photo prise en 2009 à Conflans Sainte Honorine. Un petit pousseur comme celui-là peut déplacer des barges énormes.

Poussage — Wikipédia

Les barges peuvent atteindre jusqu’à 180 mètres de long… Mais pourquoi pousser plutôt que remorquer? Eh bien, je viens de l’apprendre : la consommation est moindre, c’est donc plus économique. Pas étonnant que Lafarge fasse pousser ses barges… par Richelieu!

Incursion discrète chez les Boulangers

Je vous ai laissés, souvenez-vous, au numéro 11 du Quai d’Anjou. Il est temps de poursuivre la promenade, qui amène quelques mètres plus loin au numéro 7 dont le porche, lui aussi, est ouvert, ce qui suscite ma curiosité.

Au fond du porche, une salle ouverte laisse à penser qu’il vient de s’y dérouler un banquet. Ce qui, par ces temps de « barrières », est en soi surprenant.

Une autre porte, sur la droite, fermée mais vitrée, laisse entrevoir une galerie faisant penser à un musée. A tout hasard, je manie la clanche – pardon, la poignée – et, bien que je n’aie pas prononcé le fameux « Sésame, ouvre-toi », la porte s’ouvre, découvrant effectivement un univers engageant, fleurant bon le pain chaud.

L’entrée

Dommage que je ne puisse vous transmettre le plaisir olphactif!

Une plaque explique au/à la visiteur/euse l’histoire de l’édifice, sa destination et sa composition.

Corporation des maîtres boulangers? Voilà qui attise ma curiosité! Vous êtes prêt-e-s pour un petit détour historique? Revenons 1500 ans en arrière, à l’époque du roi Dagobert (vous savez, celui qui aurait mis un jour sa culotte à l’envers?). C’est lui qui commença à réglementer la vente du pain. Les paysans faisaient cuire leur pain au « four banal », ainsi appelé à cause du « ban », la redevance due au Seigneur du coin pour avoir le droit de s’en servir (outre le fait qu’on devait entretenir le four et le chemin qui y menait).

Four à pain. Enluminure extraite du Tacuinum sanitatis (vers 1390-1400)
Four à pain. Enluminure extraite du Tacuinum sanitatis (vers 1390-1400)

Vous avez sans doute, dans vos explorations touristiques été amené-e à voir l’un de ces fours, dont certains ont subsisté, voire commencent à être de nouveau utilisés pour des fêtes locales. Ainsi, à Urval, en Dordogne, on explicite ainsi l’événement:

« Chauffe du four : cette opération dure environ 1h30. Allumage du feu dans le four et alimentation en bois pendant environ 1h. Evacuation des braises. Nettoyage du four.
Mise au four du pain (15 minutes) et cuisson pendant 45 minutes
« .

Four banal du XIVème, remis en état, à Urval (source)

Point de « boulanger » à l’époque médiévale, mais le métier de « talmelier » (ou « talemelier »). Le terme apparaît dans des textes du XIIIème siècle.

« Du vieux-francique *tarewamelo « farine de froment », lié au néerlandais tarwemeel composé de tarwe (« froment ») et de meel (« farine »). Le talemelier ou talemeslier est un métier, cité dans le Livre des Métiers d’Étienne Boileau en 1268. Il figure aussi dans le Dictionnaire de Godefroy, cité à partir d’archives départementales de 1288. Albert Dauzat y voyait sans l’expliquer une influence des verbes ancien français taler (battre) et mesler (mélanger). A l’origine, il s’agit d’un tamisier qui tamisait la farine de froment grossière reçue des moulins. Plus tard, pour diversifier son activité, il a obtenu le droit de cuire le pain dans le four banal, devenant également « fournier« . Dès qu’il a pu obtenir le droit d’avoir son propre four, il est devenu l’équivalent de « panetier » ou de « pâtissier« . »

Ainsi, à l’origine, les boulangers étaient parfois des fermiers. Fermiers? Oui, car ils payaient le fermage, la redevance, soit au Seigneur, soit à la commune ou à d’autres propriétaires, comme certaines congrégations religieuses.

Calendrier médiéval (source)

Mais pourquoi les appelle-t-on, par la suite, « boulangers », le savez-vous?

Le terme, d’après le CNTRL, apparaîtrait en 1100 et aurait une origine picarde. Bienvenue chez les Ch’tis! Je vous laisse découvrir le petit « pavé » qui expose cela scientifiquement.

« 1100 lat. médiév. bolengarius subst. Abbeville (Recueil des Actes des Comtes de Ponthieu, éd. Brunel, 11 dans Bambeck Boden, pp. 186-187); autres textes pic., ibid.; ca 1120 bolengerius (Cartulaire de l’abbaye de Saint Martin de Pontoise, no40, 35 dans Quem.); ca 1170 bolengier (Aymeri de Narbonne, 2122 dans T.-L.); 1299 boulanger (Chart. de Charles d’Anjou dans Gdf. Compl.). Terme d’orig. pic.; prob. élargissement normalisant par le suff. -ier* de l’a. pic. boulenc « celui qui fabrique des pains ronds » (fin xiies., Charta Peagiorum urbis Ambianensis, quae est Philippi Comitis Flandriae dans Du Cange, s.v. bolendegarii [plur. boulens]), lui-même dér. avec suff. -enc (issu du germ. -ing, littéralement « celui qui fabrique les pains »; cf. a. fr. *tisserenc, tisserand*) d’un a. b. frq. *bolla « pain rond » (FEW t. 15, 1, p. 176) que l’on peut déduire du m. néerl. bolle « pain rond », Verdam [néerl. mod. bol « id. »], a. h. all. bolla, glosé pollis « fine farine de froment » (Graff t. 3, col. 96), m. h. all. bolle « farine de résidu », « pâtisserie faite avec cette farine » (Lexer) que Marchot dans Romania t. 47, pp. 207-211 rapproche du lat. pollen « fleur de farine », v. aussi Falk-Torp t. 1, p. 91. L’hyp. selon laquelle bolengier serait dér. de l’a. fr. bolenge « bluteau », xiiies. agn., G. de Biblesworth, Traité, 155 dans T.-L. (Wedgwood dans Romania, t. 8, pp. 436-437; Marchot, ibid., t. 47, pp. 211-213) fait difficulté des points de vue géogr. et chronologique. »

Si l’étymologie est pour vous zone obscure, pas de problème, passons directement à la suite. Vous l’aurez compris, le boulanger est soumis aux taxes diverses et au versement d’une sorte de loyer. Et c’est parfois dur pour lui de bien gagner sa vie, alors que le prix du pain est réglementé (quand il est, par la suite, propriétaire de son propre four, il travaille souvent en famille : pas de diversification, dans ce cas, des sources de revenus).

Réunion des Musées Nationaux-Grand Palais -
Codex Vindobonensis, series nova 2644 : préparation du pain (source)

Ils s’organisent et s’associent jusqu’à fonder une « corporation de métier ».

« Dans les bourgs et villes du Moyen Âge, après l’An Mil, les artisans s’organisent sous forme d’associations professionnelles, les « corps de métiers », aussi appelés selon le lieu : « gildes » (ou « guildes »), « hanses »

Ces associations organisent l’entraide et sévissent contre les franc-tireurs qui voudraient casser les prix ou dénaturer les pratiques professionnelles. Elles sont hiérarchisées, avec des maîtres, des compagnons et à la base des apprentis. Leur direction est assurée par des maîtres élus, les jurés, réunis en « jurandes » ou « maîtrises ».

Après quelques années de formation auprès d’un maître, les apprentis deviennent compagnons. Ils vont alors de ville en ville pour compléter leur formation chez différents maîtres. Les meilleurs, s’ils en ont les moyens, exécutent un « chef-d’oeuvre » et le soumettent à un jury. Ils peuvent alors devenir maîtres à leur tour. »

Un texte écrit en 1315 nous en apporte une preuve, en mettant en scène un boulanger, Roger le Passeur. Je vous situe le contexte : les Parisiens écrivent au prévôt pour se plaindre du prix élevé du pain.

« Au temps où les gens de Paris trouvaient que le pain était cher, en l’année 1315, ils avaient prié le prévôt de s’enquérir de l’affaire, et de voir si les boulangers ne ramassaient pas trop de sous. Roger Le Passeur fut nommé avec Pierre de Gournay pour défendre leurs confrères talemeliers et pour démontrer à tous que, s’ils avaient beaucoup de sous, on ne pouvait pas dire vraiment, comme de la boulangère de la chanson, qu’ils ne leur coûtaient guère. » (source. Attention, authenticité non prouvée)

Un intéressant ouvrage raconte la cérémonie durant laquelle on devient « maître ». Je ne suis pas parvenue à copier, mais vous le trouverez ici.

Pour faire bref, naquit la Corporation des Maîtres-Boulangers, à l’image d’autres corporations plus connues.

Atget, Eugène. Siège de la Corporation des Maîtres-Boulangers (1916)
Musée Carnavalet (source)

A côté de la corporation existe aussi la confrérie. Aux XVIIIème siècle apparaissent les Compagnons Boulangers du Devoir du Tour de France. Puis vont naître les syndicats, et une Confédération qui sera actée en 1884. En 1889, c’est le Syndicat Général de la Boulangerie qui voit le jour.

« En 1889, se tient au Palais du Trocadéro et sous la présidence de M. CORNET – Président du Syndicat de la Boulangerie de PARIS – le deuxième Congrès National de la Boulangerie. Les statuts d’un Syndicat Général de la Boulangerie Française y sont adoptés.

Le Président CORNET devient le Président de ce Syndicat Général dont le siège social est provisoirement situé au 7, quai d’Anjou, dans un hôtel particulier de 1642, situé dans l’Ile Saint-Louis. »

Au passage, nous avons ainsi la date de construction de l’Hôtel que je vous fais visiter virtuellement…

Mais je ne suis pas là pour écrire l’histoire de la boulangerie! Revenons donc à notre visite… Pour rappel, nous sommes ici.

Plan affiché dans l’entrée

Il est un meuble qui m’a toujours séduite, par sa simplicité et l’évocation de sa fonction… j’en ai acheté un dès que j’ai pu! C’est la maie. Eh bien, me voilà gâtée! Une exposition de maies, toutes plus belles les unes que les autres!

Les murs sont ornés de grandes reproductions de dessins qui présentent les différentes phases de la fabrication du pain.

Puis on arrive à un palier, qui dessert un escalier et une pièce d’où sort l’odeur alléchante dont je vous parlais au début.

Une machine à pétrir (je ne connais pas le nom technique fait écho à celle qui ornait l’entrée :

Et un objet m’impressionne, mais, comme il n’y a pas de commentaires, je ne comprends pas bien de quoi il s’agit…?

Le fournil des Boulangers du Grand Paris situé au rez de chaussée de leur superbe  siège au 7 quai d’Anjou vient de subir une rénovation majeure. Fours et batteurs dernière génération à écrans interactifs faciliteront le travail et permettront des économies substantielles d’énergie, le matériel de viennoiserie permettra des formations au CQP de tourier. Dans le laboratoire de pâtisserie  il sera possible d’opter pour des cuissons à basse température et à vapeur, bref de quoi donner envie de mettre la main à la pâte ! Le nouveau fournil peut accueillir 8 à 12 stagiaires avec possibilité de louer une salle dans les étages supérieurs.

J’apprendrai, au fil de mes recherches pour écrire ce texte, que la pièce dont la porte entrouverte laisse percevoir une activité artisanale intense est effectivement un site de fabrication du pain.

« Le président Franck Thomasse et son équipe voulaient mettre à  disposition un outil attractif, performant  permettant à différents acteurs de la filière de réaliser des présentations de gamme où des formations en boulangerie, viennoiserie  mais aussi des stages en pâtisserie et  en snacking.

L’adresse prestigieuse sur l’ile de la Cité à deux pas de la cathédrale Notre Dame, est également très attractive pour les boulangers étrangers de passage à Paris lors de salons professionnels. La première fournée est imminente et les réservations affluent ! » (source)

Et la photo nous éloigne du four banal!

Source ; site de l’AIPF (Association Internationale du Pain Français)

Mais une incursion au premier étage (sur la pointe des pieds) renvoie dans le passé : un magnifique vestiaire en bois précède l’entrée du Syndicat. Pas de photo, il faisait trop sombre!

En redescendant, un dernier coup d’oeil sur la salle qui m’avait intriguée au début.

Le portail que vous apercevez au font me permet de retrouver la Seine et les bruits de Paris, après cette parenthèse totalement inattendue. Direction maintenant la pointe de l’Ile… mais c’est une autre histoire…

Promenade sur l’Ile Saint Louis

Par ce bel après-midi de janvier, une petite pause promenade s’impose après la succession de visios. Direction : les îles. Pas celles du Pacifique, hélas, mais celles de la Seine, toute proche de mon lieu de résidence devenu lieu de travail. Et en particulier, ce jour, le tour de l’Ile Saint Louis. Déjà fait, me direz-vous. Oui mais. Il cache encore des trésors, que seul un portail laissé grand ouvert, puis une porte non close permettent de découvrir. C’est ce qui m’est arrivé et que je vous raconterai dans un prochain article, celui-ci ne concernant que la promenade jusqu’au lieu mystérieux que je vous présenterai alors.

Le début de la promenade m’a amenée à patauger…

Jusqu’au moment où il fallut se rendre à l’évidence : ce n’étaient plus les pieds, mais les mollets qu’il fallait tremper! Donc, remontée sur le quai d’Anjou. Pour que vous compreniez mieux, un petit plan s’impose peut-être…

Source de ce plan

Reprenons tranquillement : arrivée par le Pont de la Tournelle (vous le voyez, au Sud?), puis descente sous le Quai d’Orléans. La première photo est prise en face du Mémorial des Martyrs de la Déportation, face à la cathédrale en travaux (je vous ai épargné cette vue affligeante), près du Pont Saint Louis.

Contrejour depuis le Quai d’Anjou

Ce contrejour fait à peine ressortir le Panthéon sur un fond de couchant…

Vue du Quai d’Orléans

Prise quelques minutes plus tard, cette vue du bout du Quai d’Orléans, avec, à gauche, l’île de la Cité, au fond, la Tour Saint Jacques et, plus à droite, l’Hôtel de Ville éclairé par les derniers rayons de soleil. Le quai Bourbon, lui, ne bénéficie plus du soleil. Il se poursuit par le quai d’Anjou, où se situe ce que j’étais en train de narrer. C’est en contrebas de celui-ci qu’il est impossible de poursuivre, car l’eau a envahi le quai. Ce qui me permet de prendre la photo que j’avais ratée à l’aller…

Une tombe? Non point… juste une affiche électorale, en quelque sorte…

Morte de rire, j’imagine la même chose dans une zone de reboisement !

La remontée au niveau supérieur substitue l’architecture à l’ambiance aquatique (à défaut d’être sylvestre). Mais la publicité de notre Mairie continue. Après l’écologie, le progrès technologique.

Vous pourrez comprendre mieux en lisant le site de la Ville, mais je résume : le livreur peut savoir où il y a des zones de stationnement libres (plutôt pas mal), depuis son téléphone. Et… la Ville de Paris est alertée des dépassements de durée de stationnement en temps réel (malin, non? Même plus besoin de payer des contractuel-le-s ni des voitures espionnes!).

Après cette plongée dans le futur idyllique qui nous attend, revenons aux charmes de l’architecture d’antan… D’abord, l’Hôtel de Lauzun, au 17. Puis, au numéro 11, un portail ouvert m’invite à pénétrer dans une cour.

Vous avez du mal à lire la plaque? Un petit zoom s’impose (vous me pardonnerez le flou…)

Mais qui est ce Nicolas Lambert de Thorigny ? Difficile de savoir s’il était honnête ou pas, à en juger par ce que j’ai trouvé sur lui. Son frère, en tout cas, ne l’était pas : c’était un trafiquant notoire. Quant à lui, dit Lambert le riche, il avait acquis une telle fortune qu’il ne possédait pas moins de 14 immeubles sur l’ïle Saint Louis! Sa fonction? Président à la Chambre des Comptes, d’après la plaque et certains documents. Mais je ne l’ai pas retrouvé parmi les Premiers Présidents. Peut-être ne présidait-il qu’une des Chambres? Pour comprendre, une petite notice fournie par les Archives Nationales.

 » Elle avait trois grandes fonctions. Les deux premières, gestion du domaine royal et contrôle des comptes royaux, étaient étroitement liées à l’origine puisque le roi, comme tout seigneur, était censé, en règle générale, ne tirer des ressources que de son domaine. La dernière fonction était qualifiée « d’ordre public », c’est-à-dire à caractère public ; il s’agissait essentiellement de l’enregistrement de tout acte ayant des conséquences en matière de domaine et de finances royales, de la réception du serment de divers personnages, dont les comptables publics, et de la conservation des archives domaniales et comptables.

Peu à peu, les compétences de la Chambre s’étendirent et, à la fin de l’Ancien Régime, elle avait le contrôle de tous les comptes de la monarchie. Pour certains types de comptes, ce contrôle se faisait auprès des chambres provinciales concernées ; pour d’autres, par exemple en matière de bâtiments royaux ou d’extraordinaire des guerres, la chambre des comptes de Paris avait compétence sur tout le royaume. Cette compétence pouvait s’étendre au-delà même du territoire métropolitain, puisqu’étaient aussi rendus devant elle, par exemple, les comptes des colonies.

Au fur et à mesure des réunions de domaines princiers au domaine royal, la chambre des comptes de Paris avait absorbé la plupart des petites chambres provinciales. En revanche, c’est par démembrement de la chambre des comptes de Paris que furent créées les chambres des comptes de Montpellier (1523) et de Rouen (1580).

Le décret du 7 septembre 1790 supprima officiellement les douze chambres des comptes subsistant alors. Dans les faits, celle de Paris, comme la plupart des autres chambres, continua quelque temps à siéger ; elle tint sa dernière séance le 19 septembre 1791.« 

Source : site du British Museum

Il s’est offert pour la construction de cet Hôtel un architecte célèbre, celui-là même à qui l’on doit les appartements royaux au Château de Versailles : Louis le Vau.

Louis le Vau (source)

Soit dit en passant, le rusé Nicolas pouvait aller à pied au travail (ce qu’il ne faisait sans doute pas)… La Chambre des Comptes était en effet situé sur l’ile voisine, près de la Sainte Chapelle.

Veue de la Saincte Chapelle et de la Chambre des Comptes de Paris - Numélyo

Elle avait été partiellement détruite par un incendie huit ans avant la construction de l’Hôtel, dans la nuit du 26 au 27 octobre 1737.

Incendie de la Chambre des Comptes. Anonyme. Musée Carnavalet

Une grande partie des archives a disparu dans cet incendie. Il en sera de même lors de l’incendie de ce qui était devenu la Cour des Comptes. Elle s’était installée dans le Palais d’Orsay qui brûla en 1871… et ne retrouva des locaux stables qu’en 1912! Un hasard malheureux?

En effectuant ces recherches, j’ai découvert que la plaque photographiée n’est pas celle qui se trouvait sur la façade quand furent répertoriées les plaques de la Ville de Paris par des amateurs d’histoire, qui tiennent un site intéressant sur ce thème.

https://cb3e1e70-a-62cb3a1a-s-sites.googlegroups.com/site/parisparlesplaques/4eme-arrondissement/lambert-de-thorigny-nicolas-sp/Anjou%20%28Q%20d%27%29%20-%20015.JPG?attachauth=ANoY7crgberw_TLGtbqNzgfrLDLQqFp838pSzkjogsPa9_StB3q2pdgL-OPbna6EWvyCj3jvRmaEy8_djyhua9nJ4iH_7uEXt38H4B1pnyhGQxTc0aVBaxiytQNbk6uoeTymCj--pPwwFI3v4Pe2epheR6pFo8-onrE4Acn_Cf3eX5IHkXA_lNBJeUTd1DqAFnmdSHVFfbsRoD_vuikiydU9JRD8PX7NiqvozzNwbIEmF7JEuVALhDbKtt8Jybegca9TwClC-uEuhbNrZtY2QXhC6ymO-tHYGLq-DzFgWb3sriejswFRjwRmgFAE1wF7YZTEXgPwG0FS&attredirects=0
Plaque présentée sur le site Paris au fil des Plaques

Cela m’a conduite à explorer davantage… Qui est donc ce troisième personnage apparu récemment sur la plaque? Ma petite enquête m’a amenée à deux personnes ayant porté ce nom récemment : un officier de marine, né en 1904 et mort en 1994 – mais peu vraisemblable… – et une autre personne, née en 1918 et décédé en 2010… mais acheter un tel immeuble à 27 ans? Par contre, ce qui est certain, c’est qu’une descendante ou épouse de descendant de cet inconnu habite l’Hôtel, où elle exerce en tant qu’avocate. Elle aurait ainsi honoré la mémoire de son (beau-?) père ou aïeul (de son époux?) en faisant changer la plaque? En profitant de la renommée des autres noms sur celle-ci?

Les vastes portes en bois me laissent imaginer les équipages que cet Hôtel pouvait accueillir…

Sous le porche, une porte ouverte m’incite à jeter un oeil à l’intérieur, où je découvre un bel escalier surmonté de deux médaillons représentant des personnages du XVIIème siècle.

Il faudra que j’aille revoir le buste présent au pied de l’escalier, car j’en ai raté la photo et ne puis vous dire de qui il s’agit. Mais je comprends maintenant pourquoi les appliques murales comportent des fleurs de lys!

Quelques mètres plus loin, un autre portail ouvert… mais c’est une autre histoire…

Boire un verre au calme…

Un groupe OVS (merci, « Mickeno75 »!) m’a fait découvrir un lieu dont la situation ne permettait pas de penser qu’on pouvait s’y sentir « bien », « au calme », presque « dépaysé-e »… Surtout que son nom n’invite pas à la rêverie! « Motel One Paris« ! Qui aurait l’idée de penser à aller y inviter ses ami-e-s, ou y boire un verre sereinement? Pas moi, en tout cas!

Et pourtant…

Le Palais vu de l’Allée menant au Motel One

Situé entre le Périphérique et le Palais de la Porte Dorée, coincé entre une rue et celui-ci, un hâvre de paix vous attend. On y pénètre par une allée qui débouche sur une terrasse verdoyante (en saison) avec salons de jardin.

L’ensemble, de loin, ne paie pas de mine, mais des éléphants vous accueillent, derrière les hôtesses souriantes. Les larges baies vitrées diffusent, à cette heure du thé, en janvier, une belle vue sur le couchant au-dessus des arbres entourant le Lac Daumesnil, tout proche.

Comme vous le voyez, de profonds fauteuils de cuir vous tendent les bras… Mais ils ne sont pas les seuls. Toutes sortes de sièges vous sont proposés, allant de subtils modernes aux allures japonisantes ou poufs couverts de peluche ou aux canapés joliment agencés et décorés.

Les éclairages sont tout aussi subtils, et diffusent une lumière variable selon les endroits, mais toujours douce.

On se dit qu’il doit faire bon prendre le petit-déjeuner dans l’espace réservé, au fond de la vaste salle.

Pas de cloisons, mais un cloisonnement aérien, marqué par exemple par des étagères portant des plantes légères.

Lorsque je ressors à la nuit tombante, je suis accueillie par le croissant de lune sur le Lac…

Croissant de lune (à gauche des deux petits nuages gris)

La Fontaine Médicis

Certains lecteurs s’étant plaints de la longueur de mes textes, j’ai découpé, comme vous avez pu le constater, la visite au Jardin du Luxembourg en épisodes. Voici donc le troisième, qui va nous permettre de nous attarder sur l’endroit que je préfère, comme beaucoup d’autres je pense : la Fontaine Médicis.
Elle n’était plus dans son état « normal » ces derniers temps, car elle a subi des travaux de restauration. Aussi fut-ce un bonheur de la retrouver, même si, comme je le disais précédemment, je doute de l’apport des chrysanthèmes à son environnement, comme à l’ensemble du Jardin d’ailleurs…

La perspective est en est, à mon sens, un peu gâchée… Même s’il fait toujours aussi bon flâner, lire ou méditer tout au long du bassin.

Autant je déteste les arbres torturés pour plaire à des goûts de classicisme ou d’extravagance, autant me plaisent les coeurs de lierre qui bordent le chemin en un hymne à l’amour.

En cette saison l’eau s’orne de couleurs, oscillant entre l’or et l’orange, formant grâce aux ris autant de tableaux étranges.

Polyphème est toujours en train d’espionner les jeunes Amants… Approchons-nous doucement…

Ah la jalousie! Quels crimes n’a-t-on point commis en son nom! Le faune offre un fond sonore aux tendres ébats du couple.

Je ne vous en dirai pas davantage sur cette légende, car ce serait encore bien long. Il paraît que l’article sur la Velléda a saoûlé mon lectorat. Donc cette fois, silence.

Par contre, je me suis intéressée à l’étrangeté du lieu et ai cherché à en savoir plus sur son histoire. (Si cela ne vous intéresse pas, passez directement à la dernière photo!)

Pour en savoir davantage sur cette magnifique pièce du Jardin du Luxembourg, je me suis renseignée sur le site du Sénat, d’où proviennent textes et images qui suivent.

Au début, une Grotte de style « Nymphée »

« Marie de Médicis avait envisagé pour la décoration du jardin du palais qu’elle venait de faire construire à Paris, dans le faubourg Saint-Germain-des-Prés, nombre de grottes, fontaines, bassins et terrasses avec jeux d’eau. Aujourd’hui, seule la fontaine Médicis est le témoignage des réalisations souhaitées par la reine.

La Grotte du Luxembourg

La reine voulait retrouver l’atmosphère des nymphées et fontaines des jardins italiens de son enfance, en particulier celle de la grotte de Buontalenti dans les jardins de Boboli à Florence.

La Grotte de Buontalenti, en Italie, conçue pour François 1er de Médicis, entre 1582 et 1593

Elle en confia la réalisation à l’ingénieur florentin Thomas Francine, qu’elle avait par ailleurs chargé de conduire les eaux de Rungis jusqu’à Paris.

C’est probablement lui qui, vers 1630, dessina les plans de la grotte et non Salomon de Brosse, l’architecte chargé de la construction du Palais du Luxembourg. »

La grotte du Luxembourg au XVIIe siècle
Hyacinthe de La Peigna – Dessin à la plume, Paris, Musée Carnavalet
Crédit photographique : Photothèque des Musées de la Ville de Paris/cliché : Andréani

Et la Grotte devint Fontaine

Ce n’est qu’à la fin du 18ème siècle que la Grotte devint Fontaine…

« En 1799, le Palais du Luxembourg devient le siège du Sénat conservateur. D’importants travaux sont menés tant dans le palais et ses dépendances que dans le jardin. La grotte n’est pas oubliée.

Chalgrin, alors architecte du palais, la fait restaurer. Il s’adresse aux sculpteurs Duret, Ramey et Talamona pour restituer les figures fluviales alors ruinées. Les armes des Médicis et de Henri IV sont remplacées par un simple rectangle à congélations. Il fait placer dans la niche principale une petite Vénus en marbre et transforme la grotte en fontaine en alimentant en eau le petit bassin situé au devant. »

Changement de site

Le saviez-vous? La Fontaine a été par la suite carrément déplacée !

« C’est au moment du percement de la rue Médicis, au début des années 1860, que les changements les plus importants intervinrent. Le nouveau tracé du préfet de la Seine, le Baron Haussmann, nécessitait la destruction d’une partie des dépendances du Sénat et le déplacement de la fontaine Médicis.

Plan représentant le jardin du Luxembourg à la fin du XVIIe siècle
Document conservé au Centre historique des Archives Nationales (O/11687/B pièce 732).

Ce percement, pratiqué en grande partie aux dépens du jardin du Luxembourg, souleva de vives protestations. Le projet d’Haussmann fut violemment combattu. Le Sénat, par l’intermédiaire de son architecte, Alphonse de Gisors, présenta un contre-projet. Le gouvernement passa outre. Au moment où les travaux allaient commencer, quinze opposants au projet adressèrent en décembre 1860 une pétition au Sénat qui eut pour conséquence l’ajournement des travaux jusqu’à la fin de l’année 1861.

La grotte fut finalement déplacée en 1862. Elle fut démontée, pierre par pierre, et rapprochée du palais d’environ trente mètres. Alphonse de Gisors restitua alors la couronne et les armes de France et des Médicis. Il fit construire au devant, entre deux rangées de platanes, un bassin long d’une cinquantaine de mètres qu’il orna de vasques. »

L’eau jaillit du bec du Cygne…

L’arrière de l’édifice constitue la fontaine proprement dite, et c’est de Zeus, transformé en Cygne pour mieux séduire la belle Léda, que coule l’eau, entre les jambes de celle-ci, en un symbole puissant renforcé par le voisinage d’un jet d’eau.

Promenade au Luxembourg

Le « pont » du 11 novembre a permis aux Parisien-ne-s et touristes de profiter de belles journées ensoleillées… Et ils et elles étaient en nombre dans le jardin du Luxembourg, à se promener, se prélasser ou bavarder assis sur les fauteuils verts d’eau, s’occuper d’enfants, pratiquer le tennis, jouer aux échecs, voire au bridge (c’était la première fois que je voyais cela!)…

Jamais non plus je n’avais vu les chrysanthèmes orner les vasques… ce qui m’a laissée interrogative… Etait-ce idoine?

Les petits navires voguent, voguent, voguent, comme ils le faisaient déjà lorsque je me promenais, jeune étudiante revenant de la Sorbonne…

Visiblement, le vent vient du Nord-Est!

La Statue de la Liberté ne veille pas que sur New-York… Et je me suis demandé si la différence de taille était proportionnelle à la différence de superficie…

Un superbe Gingko Biloba veille sur elle.

Il vient de Virginie, comme nous l’apprend une plaque expliquant qu’il a été offert en 1993 à l’occasion du 250ème anniversaire de la naissance de Thomas Jefferson…

Je vous laisse faire le calcul!

Les ramures qui me surplombent flamboient encore, pour certaines, tandis que des arbres sont déjà dépouillés pour l’hiver qui approche.

Il est toujours des statues à découvrir, et d’autres que l’on aime revoir. Comme le faune dansant, que j’ai déjà placé sur ce blog, ou encore l’acteur grec…

Est-il au Panthéon des acteurs, ou sort-il de notre Panthéon ? Et pourquoi tourne-t-il le dos à notre Panthéon ?

J’aimerais être Doisneau pour « saisir » les scènes qui se déroulent sous mes yeux. Mais je tente malgré tout, comme pour ce « couple » hors du temps.

Mais c’est l’heure de la Vérité, cette étrange statue que je découvre pour la première fois, moi qui suis allée et continue à aller si souvent dans ce Jardin!

« Une légende allemande du XIIe siècle décrit en détail comment, à travers la bouche, le diable — identifié à Mercure(dieu protecteur des commerces et aussi des escroqueries) — retint longuement la main de Julien (qui avait escroqué une femme et devait jurer sur cette idole sa bonne foi) lui promettant à la fin le rachat de son âme misérable et de grandes fortunes s’il remettait au goût du jour les divinités païennes.

Dans une autre légende allemande datant de deux siècles après celle-ci, nous retrouvons l’image de la bouche qui « n’ose pas » mordre la main d’une impératrice romaine qui — bien qu’elle eût effectivement trahi son époux — trompe la bouche par un stratagème logique. »

C’est à Rome, dans la paroi de l’église Santa Maria in Cosmedin que l’on trouve un bas-relief datant du 1er siècle, dénommé « Bocca della Verita » (« Bouche de la Vérité »).

Bocca della Verita (source)

Pourquoi vous narrer cela? Tout simplement parce que j’ai recherché l’origine du symbole représenté dans la statue dont je parlais, la Bouche de la Vérité.

Boccha della Verita, Jules Blanchard, 1871

La Velléda

Le grand jeu lors de ma dernière promenade au Luxembourg (dont je ne vous ai pas encore parlé…) était d’observer les statues… Pour diverses raisons que je n’évoquerai point ici, cela risque de vous ennuyer.

Source de la photo

L’une de celle-ci représente la Velléda… ce qui aussitôt m’a fait remémorer le poème de Verlaine que j’aime tant, avec cette statue végétant dans le fond du « petit jardin » des souvenirs de l’artiste. Si ma mémoire est bonne, je vous en ai déjà dit un mot, mais, tant pis, parfois bis repetita placent…

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu’éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle. Rien n’a changé.

J’ai tout revu : l’humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin…
Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.

Les roses comme avant palpitent, comme avant
Les grands lis orgueilleux se balancent au vent.
Chaque alouette qui va et vient m’est connue.

Même, j’ai retrouvé debout la Velléda
Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue,
– Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.

Mais la Velléda a-t-elle existé? Voilà ma curiosité aiguisée… Jolies jambes bien que des chevilles un peu épaisses, superbe poitrine, air pensif imitant l’oeuvre de Rodin…
Dans la statuaire, elle est souvent représentée avec cet air pensif… Mais rien d’étonnant, si l’on sait que c’est le même sculpteur qui est à l’origine des bronzes conservés en France et de la statue dont je parle…

Maindron, Hippolyte (1801-1884) Velléda. vers vers 1838 . Bronze. H. 45,8 x L. 15,7 x P. 18 cm.

Qui était-elle donc, disais-je? Tacite en parle dans La Germanie. »Vidimus sub divo Vespasiano Veledam diu apud plerosque numinis loco habitam; sed et olim Albrunam et complures alias venerati sunt, non adulatione nec tanqua facerent deas. »

L’historien l’aurait peut-être vue comme l’évoque le « vidimus » du début de la phrase ? C’est possible, car elle a été amenée à Rome en tant que prisonnière, selon Stace, Sylv., I, 4, 90: « Captivæque preces Veledæ« .

S’il l’a vue, me direz-vous, c’est qu’il et elles vivaient à la même époque… ça se précise! Et, comme vous savez que Tacite est né en 53 ou 54 après Jésus-Christ… et ce devait être une personnalité extraordinaire, si l’on en croit les récits historiques.

 » Munius Lupercus, commandant d’une légion, fut envoyé en présent à Veleda. (4) Cette fille, de la nation des Bructères, jouissait au loin d’une grande autorité, fondée sur une ancienne opinion des Germains, qui attribue le don de prophétie à la plupart des femmes, et, par un progrès naturel à la superstition, arrive à les croire déesses. (5) Veleda vit alors croître son influence, pour avoir prédit les succès des Germains et la ruine des légions. (6) Lupercus fut tué en chemin. (7) Un petit nombre de centurions et de tribuns, nés en Gaule, restèrent comme otages entre les mains de Civilis. (8) Les quartiers des cohortes, de la cavalerie, des légions, furent saccagés et brûlés; on ne conserva que ceux de Mayence et de Vindonissa. »

Image illustrative de l’article Bructères

Après l’avoir située dans le temps, vous pouvez désormais la situer dans l’espace… Vous voyez où sont les Bructères, à l’ouest de la Germanie, bien loin des Goths et autres Vandales?

Elle a joué un rôle diplomatique entre les Romains et les Germains, et, lors de la défaite en 77 (ou 78, n’ergotons pas), elle fut effectivement amenée à Rome pour le « triomphe ». Car oui, il y avait des Germains dans les limites du « limes », et d’autres qui étaient restés libres, comme les Bataves… Mais tout ceci est bien compliqué.
Donc, célèbre, courageuse, diplomate… Quoi d’autre?

On la dit « prophétesse »… En tout cas, on a retrouvé une stèle qui se rit de cet aspect de Velléda… En voici un extrait de la présentation dans la Revue des Etudes Grecques en 1948.

L’inscription a été trouvée près d’un grand temple, construit à partir du vie s. av. J.-C. au S.-E. et à peu de distance de l’acropole d’ Ardéa et dont il reste le soubassement. C’est « un fragment d’une mince plaque de marbre pentélique, qui mesure 0 m. 165 de largeur, autant de hauteur, 0 m. 025. d’épaisseur, brisée de tous côtés sauf à la partie inférieure. Les lettres, gravées assez grossièrement et hautes de 11 ou 12 mm., semblent appartenir à la fin du Ier ou au début du IIème siècle de notre ère. En négligeant une première ligne, dont il reste des vestiges indéchiffrables, on lit» (P. 164.
— Βελήδαν vac.
— ]λευητις έδει ποιευχ[θαι
— μακρης περί παρθενο[
— ην οι ‘Ρηνοπόταΐ σέβουσι —
5 — φρίσσοντες χρυτέης κερα[ —
— ]ν αργή ν « να μή τρεο[ —
— ]αι γαλκοϋν απο[Αυσσέτω —

Si vous voulez en lire davantage, c’est ici... Et voici la traduction proposée dans ce texte :

« Oracle concernant Vèléda.

Tu te demandes ce qu’il te faut faire de la vierge à la
haute taille que les buveurs de Rhin révèrent en tremblant ?
Qu’avec des pinces d’or maintenant, pour n’avoir pas à la
nourrir oisive, elle mouche un nez (?) tout de bronze »

D’accord, cela reste bien hermétique, mais on a une idée de sa stature et de son aura… pour ne pas dire de son statut… sans jeu de mots aucun!

Pas étonnant dès lors que des écrivains nourris aux lettres grecques et latines s’en soient emparées… Chateaubriand la fait revivre dans le récit d’Eudore, dans les Martyrs. Celui-ci tomba amoureux de la belle Gauloise.

« Sa taille était haute ; une tunique noire, courte et sans manches, servait à peine de voile à sa nudité. […] La blancheur de ses bras et de son teint, ses yeux bleus, ses lèvres de rose, ses longs cheveux blonds qui flottaient épars, annonçaient la fille des Gaulois, et contrastaient, par leur douceur, avec sa démarche fière et sauvage. Elle chantait d’une voix mélodieuse des paroles terribles, et son sein découvert s’abaissait et s’élevait comme l’écume des flots. » (source)

L’auteur a puisé à des sources littéraires et historiques les bases de la création de son héroïne, comme il l’explique lui-même dans les Remarques : Strabon, Denys le Voyageur et Pomponius Mela. Il semble que ce soit ce dernier qui lui a inspiré l’idée de situer Velléda parmi les prêtresses d’une île que j’aime beaucoup : l’île de Sein. C’est d’elle dont il est question dans l’exhortation de Velléda, au livre IX.

« O île de Sayne, île vénérable et sacrée ! je suis demeurée seule des neuf vierges qui desservaient votre sanctuaire. Bientôt Teutatès n’aura plus ni prêtres ni autels. Mais pourquoi perdrions-nous l’espérance ? J’ai à vous annoncer les secours d’un allié puissant : auriez-vous besoin qu’on vous retraçât le tableau de vos souffrances, pour vous faire courir aux armes ? Esclaves en naissant, à peine avez-vous passé le premier âge, que des Romains vous enlèvent. Que devenez-vous ? Je l’ignore. Parvenus à l’âge d’homme, vous allez mourir sur la frontière pour la défense de vos tyrans, ou creuser le sillon qui les nourrit. Condamnés aux plus rudes travaux, vous abattez vos forêts, vous tracez avec des fatigues inouïes les routes qui introduisent l’esclavage jusque dans le coeur de votre pays : la servitude, l’oppression et la mort, accourent sur ces chemins en poussant des cris d’allégresse, aussitôt que le passage est ouvert. Enfin, si vous survivez à tant d’outrages, vous serez conduits à Rome : là, renfermés dans un amphithéâtre, on vous forcera de vous entre-tuer, pour amuser par votre agonie une populace féroce. Gaulois, il est une manière plus digne de vous de visiter Rome ! Souvenez-vous que votre nom veut dire voyageur. Apparaissez tout à coup au Capitole, comme ces terribles voyageurs vos aïeux et vos devanciers. On vous demande à l’amphithéâtre de Titus ? Partez : obéissez aux illustres spectateurs qui vous appellent. Allez apprendre aux Romains à mourir, mais d’une tout autre façon qu’en répandant votre sang dans leurs fêtes : assez longtemps ils ont étudié la leçon, faites-la-leur pratiquer. Ce que je vous propose n’est point impossible. Les tribus des Francs qui s’étaient établis en Espagne retournent maintenant dans leur pays ; leur flotte est à la vue de vos côtes ; ils n’attendent qu’un signal pour vous secourir. Mais si le ciel ne couronne pas vos efforts, si la fortune des Césars doit l’emporter encore, eh bien ! nous irons chercher avec les Francs un coin du monde où l’esclavage soit inconnu. Que les peuples étrangers nous accordent ou nous refusent une patrie, terre ne peut nous manquer pour y vivre ou pour y mourir. » (source)

Pomponia avait en effet fait état de la présence de neuf (novem) vierges pour l’oracle de Sein.

« Sena in Britannico mari, Osismicis adversa littoribus, Galici numinis oraculo insignis est : cujus antistites, perpetua virginitate sanctae, numero novem esse traduntur : Barrigenas vocant, putantque ingeniis singularibus praeditas, maria ac ventos concitare carminibus, seque in quae velint animalia vertere, sanare quae apud alios insanabilia sunt, scire ventura et praedicare : sed non nisi deditas navigantibus, et in id tantum ut se consulerent profectis. » — Pomponius Mela, Chorographie, III, 6.

Chateaubriand savait qu’il existait une controverse à ce sujet, mais peu lui importait (je cherche désespérément l’imparfait de « challoir » : « peu lui chaulait »?)…

« “ Strabon diffère de ce récit, en ce qu’il dit que les prêtresses passaient sur le continent pour habiter avec des hommes. J’avais, d’après quelques autorités, pris cette île de Sayne pour Jersey ; mais Strabon la place vers l’embouchure de la Loire. Il est plus sûr de suivre Bochart (Géograph. sacr., pag. 740), et d’Anville (Notice de la Gaule, pag. 595), qui retrouvent l’île de Sayne dans l’île des Saints, à l’extrémité du diocèse de Quimper, en Bretagne. ” — “ Les Martyrs ”, Remarques sur le Livre IX, p. 155.

Permettez-moi une petite parenthèse historique?

Eudore est l’archétype de l’interculturel. D’origine grecque, et j’ose dire illustre, puisque descendant du héros de la guerre de Troyes Philipoemen, il est né en Arcadie, qui est devenue province romaine. Il sert donc l’armée de Dioclétien, mais connaît le poids de la colonisation. Si l’on ajoute à cela qu’il est chrétien…

Des parallèles ont été faits entre les périodes historiques. Ainsi, Paul Bénichou y voit un argumentaire pour la vision sociale de la religion chrétienne source de Liberté à la veille de la Révolution de 1789. Jean Marin, lui, rapproche cet épisode de la période où il était, en 1940, avec De Gaulle en Angleterre…

Mais revenons au roman…

Les amours réciproques d’Eudore et de la Gauloise Velléda appartiennent au Panthéon des Amours Impossibles. Il fallait donc que l’un-e des deux mourût… Devinez qui? Mais oui, bien sûr, la Femme… (notez que c’est souvent le cas!)

Et le romantique en lui se délecte à décrire le sacrifice de celle-ci. L’épisode se déroule au cours d’une bataille qui met en danger de mort Ségenax, qui n’est autre que le père de Velléda. Eudore cherche à le sauver, et y parvient.

« Dans ce moment, un char paraît à l’ extrémité de la plaine. Penchée sur les coursiers, une femme échevelée excite leur ardeur, et semble vouloir leur donner des ailes. Velléda n’ avait point trouvé son père. Elle avait appris qu’ il assemblait les gaulois pour venger l’ honneur de sa fille. La druidesse voit qu’ elle est trahie, et connaît toute l’ étendue de sa faute. Elle vole sur les traces du vieillard, arrive dans la plaine où se donnait le combat fatal, pousse ses chevaux à travers les rangs, et me découvre gémissant sur son père étendu mort à mes pieds. Transportée de douleur, Velléda arrête ses coursiers, et s’ écrie du haut de son char :
 » Gaulois, suspendez vos coups. C’ est moi qui ai causé vos maux, c’ est moi qui ai tué mon père. Cessez d’ exposer vos jours pour une fille criminelle. Le romain est innocent. La vierge de Sayne n’ a point été outragée : elle s’ est livrée elle-même, elle a violé volontairement ses voeux. Puisse ma mort rendre la paix à ma patrie ! « 
Alors, arrachant de son front sa couronne de verveine, et prenant à sa ceinture sa faucille d’ or, comme si elle allait faire un sacrifice à ses dieux :
 » Je ne souillerai plus, dit-elle, ces ornements d’ une vestale ! « 
Aussitôt elle porte à sa gorge l’ instrument sacré : le sang jaillit. Comme une moissonneuse qui a fini son ouvrage, et qui s’ endort fatiguée au bout du sillon, Velléda s’ affaisse sur le char ; la faucille d’ or échappe à sa main défaillante, et sa tête se penche doucement sur son épaule. Elle veut prononcer encore le nom de celui qu’ elle aime, mais sa bouche ne fait entendre qu’ un murmure confus : déjà je n’ étais plus que dans les songes de la fille des Gaules, et un invincible sommeil avait fermé ses yeux.
 » (source)

En lisant ce passage, j’ai compris une erreur que j’avais commise lors de mon observation des statues. Je ne m’étais, à vrai dire, pas posé de questions. Pour moi, ce qui figurait à la ceinture de la Dame était un croissant de lune! Mais non, bien sûr, c’est la faucille des Druides et Druidesses…

Ainsi, dans la simple évocation de la statue endormie dans « le petit jardin », c’est tout un univers que réveille Verlaine… La fureur des armes et la sagesse des mots, l’ardeur d’une héroïne et la passion d’une humaine, la Terre et la Mer… Le feu et l’eau… et l’histoire de peuples vaincus qui ne peuvent se soumettre.

On comprend pourquoi cette figure légendaire a inspiré tant de plumes et de pinceaux, tant de marteaux et de couteaux… En voici un petit florilège, choisi non pour l’esthétique mais pour la diversité des interprétations.

Un air de ressemblance, me direz-vous? Certes, puisqu’elles sont les oeuvres du même sulpteur, Laurent Honoré Marqueste. Je ne vais pas vous ennuyer avec leur histoire, mais sachez qu’elles datent des environs de 1875 et que vous pouvez en voir à Paris comme à Toulouse…

François Lepère, Velléda, autour de 1871 (source)

Dix ans plus tard, Louis Edouard Paul Fournier dessinait « La dernière prophétie de Velléda », visible au musée de Morlaix.

C’était alors une véritable mode, à laquelle cédèrent aussi des peintres.

André Charles Voillemot , Velléda (vers 1869) (source)

Un petit détour humoristique, pour montrer l’exploitation qui en fut faite par un publiciste qui avait pu voir certaines de ces oeuvres, car il a vécu dans la seconde moitié du 19ème siècle.

Lucien Baylac, illustrateur (1851-1911) (source)

Je suis immédiatement allée chercher ce qu’était « Acatène »…

« Acatène » est le nom d’une marque de bicyclette commercialisée par la compagnie parisienne La Métropole à partir du milieu des années 1890. Ce terme décrit littéralement le système de transmission « sans chaîne » appliqué au cycle. À cette période, les constructeurs se livrent à une véritable « guerre des chaînes », depuis que Henry J. Lawson a présenté en 1879 une bicyclette à traction arrière par chaîne. Mais la solidité fait encore défaut à ce type de transmission et les fabricants réfléchissent à d’autres solutions comme sur ce modèle Acatène où la roue arrière est entraînée par un jeu d’engrenages coniques. Le système obtient un certain succès dans les courses en 1897 et 1898, mais il s’avère cependant moins efficace au démarrage et en côte que les bicyclettes à chaîne, technologie encore utilisée sur les cycles modernes en raison de sa facilité d’entretien et de sa robustesse. » (source)

J’aurais pu le deviner : a (sans) catena (chaîne). Mais alors, quel lien avec Velléda? Aucune idée!!! et vous?

Un opéra porte le nom de la célèbre Gauloise, comme en atteste cette autre affiche.

La partition est en ligne ici.

« L’opéra Velléda a également été représenté à Rouen le 18 avril 1891, où il était impatiemment attendu. Malgré les succès de Velléda à Londres en 1882 et à Rouen en 1891, ce fut la seule œuvre Lyrique du compositeur normand représentée au Théâtre des Arts. » (source)http://www.musimem.com/lenepveu.htm

Je ne suis pas parvenue à en trouver les paroles… Vous pouvez m’y aider?

Du coup, j’ai appris qu’en réalité l’Italie s’était amourachée de Velléda bien avant la France. Pas mois de trois opéras entre 1820 et 1840, comme l’atteste cette histoire des opéras, pardon, ce dictionnaire.

De fil en aiguille, j’ai appris que Dukas avait aussi composé une Velléda…

« La musique de Dukas est si rare qu’on ne saurait trop se réjouir de la redécouverte d’une de ses œuvres oubliées. Le compositeur d’Ariane et Barbe-bleue, très exigeant envers lui-même, avait en effet la fâcheuse habitude de détruire toutes les partitions dont il n’était pas satisfait. Heureusement, grâce à l’honorable institution du Prix de Rome, une de ses œuvres de jeunesse a été préservée et, sous les auspices du Palazzetto Bru Zane, elle a revu le jour en 2011 à Venise. Ayant obtenu en 1888 le second grand prix avec sa cantate Velléda (le jury lui a préféré la version de Camille Erlanger), Dukas ne parvint pas à remporter le Premier Prix l’année suivante comme on pouvait l’espérer : en 1889, sa Sémélé ne lui valut aucune récompense. Justement, plutôt que de proposer une énième enregistrement de L’Apprenti sorcier, n’aurait-il pas été judicieux de graver cette cantate malheureuse, pour accompagner Velléda ? La musique composée par l’impétrant en 1888 est d’une telle finesse, d’une telle originalité, qu’on en aurait bien repris une dose. Chantal Santon est une magnifique prêtresse gauloise, aux côtés d’un Julien Dran vaillant mais éprouvé par une tessiture très tendue. Jean-Manuel Candenot leur donne une réplique plus qu’adéquate dans le plus bref rôle de Ségénax. L’ouverture Polyeucte, composée peu après, est moins éblouissante que les premières pages de Velléda, mais elle vient elle aussi compléter notre connaissance du trop perfectionniste Dukas. [Laurent Bury] » (source)

Une partie est en ligne sur YouTube (prélude) ou encore ici (acte 3).

Je ne puis achever cette liste sans rendre hommage à la vision dépouillée et très anachronique de l’illustre Corot, visible au Louvre.

Les liens avec la Bretagne vous sont aussi, je l’espère, tout aussi désormais compréhensibles.

Jules-Eugène Lenepveu (1819-1898), Velléda, effet de lune, 1883. (source)

Voici le commentaire du Musée de Bretagne :

« Dans ce tableau, à la suite de Corot ou de Cabanel, il a choisi d’illustrer le thème de Velléda, la druidesse de l’île de Sein, qui souleva son peuple contre la domination romaine et qui a été immortalisé par Chateaubriand dans Les Martyrs. Velléda apparaît au romain Eudore qui s’en éprend.

La celtomanie ambiante en fit un thème à la mode dans la peinture, la sculpture ainsi que dans la musique à partir de la seconde moitié du XIXe siècle.
La composition particulièrement théâtrale, avec une vue de Velléda en contreplongée qui se détache en clair-obscur sur le fond d’un paysage baigné d’une lumière crépusculaire, témoigne des activités parisiennes du peintre de décors. L’ensemble de la toile est traitée dans une facture académique à l’aide d’une matière lisse et onctueuse dans une gamme colorée relativement monochrome : un camaïeu de bleu, de gris, de vert et de brun qui s’estompe dans le lointain dans un effet de brume, à peine rehaussé d’une pointe d’un blanc plus épais dans le traitement des vagues et de l’écume, seule touche impressionniste dans une peinture romantique héroïque et lyrique
. »

On voit comment ce qui ne constitue que des hypothèses liées aux lectures de textes anciens est ici interprétée comme une « vérité » servant la cause…