Des Essais transformés…

Vous l’avez deviné, il ne s’agit pas de rugby. Même si je me suis de temps à autre, pour des raisons affectives et/ou amicales, intéressée à ce sport, le préféré de mon grand-père gascon, pratiqué par mon cousin et par des amis, ainsi que pour des raisons professionnelles, en raison de la démarche « Scrum » prônée dans le management agile. Mais je ne m’y connais pas assez pour disserter ou divaguer sur ce blog à ce sujet (même si l’envie m’en est venue le jour où une émission de radio mettait en exergue le débat sur le genre : football connoté masculin, rugby connoté féminin).

Donc, disais-je, pas de rugby.

Vous commencez à deviner…

Mais oui, bien sûr, il s’agit du livre que j’ai appréciée lors de mon adolescence, parce que l’hédonisme commençait à poindre son nez et n’était pas encore entré en conflit avec l’épicurisme dans un cerveau non encore (dé) formé.

L’auteur dont j’ai adopté la devise « Que sais-je? ».
Celui qui défend son amitié amoureuse avec celui qui a disparu.
Celui qui se réfugie dans sa « bibliothèque » pour fuir le bruit du monde…

Mise en scène et jeu de l’acteur, tout est excellent. La mise en scène est extrêmement sobre et ne joue que sur les indices : cloches, bassine pour se laver, vêtements… Mais cela suffit à filer la métaphore une journée / une vie.

Hervé Briaux joue de tous les registres, sa diction est parfaite, et il épouse par le ton, la voix, le jeu, les idées de Montaigne.

Quant au texte, je l’ai acheté à l’issue du spectacle, bien que j’aie déjà dans ma bibliothèque au moins deux exemplaires des Essais. Pourquoi? Tout simplement parce que j’ai aimé la sélection faite. Les extraits choisis composent une nouvelle oeuvre, parfaitement cohérente.

Je ne vous en citerai que des « extraits d’extraits », afin de vous laisser le plaisir de découvrir les autres.

« Il faut toujours avoir ses bottes aux pieds et être prêt à partir » (suivi d’un développement sur l’inepsie d’anticiper et de craindre, voire de souhaiter mourir de vieillesse).

Montaigne a été élevé en langue latine, et ne pouvait ignorer le poème d’Horace (22-23) extrait des Odes :

« Tu ne quaesieris, scire nefas, quem mihi, quem tibi
finem di dederint, Leuconoe, nec Babylonios
temptaris numeros. ut melius, quidquid erit, pati.
seu pluris hiemes seu tribuit Iuppiter ultimam,
quae nunc oppositis debilitat pumicibus mare
Tyrrhenum. Sapias, vina liques et spatio brevi
spem longam reseces. dum loquimur, fugerit invida
aetas: carpe diem, quam minimum credula postero. »

Traduit ainsi par Leconte de Lisle en 1873 (eh oui, il n’a pas écrit que La Marseillaise!)

« Ne cherche pas à connaître, il est défendu de le savoir, quelle destinée nous ont faite les Dieux, à toi et à moi, ô Leuconoé ; et n’interroge pas les Nombres Babyloniens. Combien le mieux est de se résigner, quoi qu’il arrive ! Que Jupiter t’accorde plusieurs hivers, ou que celui-ci soit le dernier, qui heurte maintenant la mer Tyrrhénienne contre les rochers immuables, sois sage, filtre tes vins et mesure tes longues espérances à la brièveté de la vie. Pendant que nous parlons, le temps jaloux s’enfuit.
Cueille le jour, et ne crois pas au lendemain
« .

« Tout ce qui peut être fait un autre jour, fais-le aujourd’hui. » Cela dit, non pour le travail, mais pour les plaisirs...

« Ces plaisirs leur eurent bientôt donné un doux gage de leur amour, une fille qui attira les dieux et les hommes dès qu’on la vit. On lui a bâti des temples sous le nom de Volupté.

Les Amours de Psyché et de Cupidon, II »

« Quoi que disent les philosophes, le but ultime de notre visée, c’est la volupté ».

« … de tous les plaisirs que nous connaissons, la poursuite même de ces plaisirs est attrayante. Il faut empoigner les biens et les plaisirs présents, ici et maintenant, car nous n’avons aucune prise sur les choses à venir. »

Pour finir, un passage qui m’a réconfortée, moi qui ai des difficultés à accepter mes paradoxes et tensions internes…

« Toutes les contradictions se trouvent en moi. De bonne humeur – de mauvaise humeur, intelligent – obtus, timide – insolent, bavard – taiseux, dur à la peine – paresseux, menteur – véridique, chaste – luxurieux« .

J’espère que cette sélection dans une autre sélection vous aura plu, et donné envie d’aller voir ce spectacle court mais qui marque l’esprit…

Un dimanche après-midi radiophonique…

En revenant de week-end, j’écoute toujours France Musique, car je reste étonnée de la conversation quasi-surréaliste pour moi entre les expert-e-s musicaux/ales, qui commentent des interprétations différentes d’un même air. Aujourd’hui, il s’agissait de quelques Polonaises de Chopin.

Frédéric Chopin / d'après le portrait de P. Schick (1873) | Gallica

Le ton sentencieux, les débats derrière une entente cordiale, les coups bas au-delà de l’apparente courtoisie, le jargon utilisé sans souci de la compréhension possible par les auditeur-e-s… tout cela me laisse pantoise. Le tout pendant une heure et demie… de quoi faire Le Tréport-Beauvais, en admirant au passage la superbe vallée de la Bresle. C’est finalement Rubinstein qui l’a emporté, malgré des dissensions évidentes autour des 5 autres pianistes (pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas cette émission, codés par des lettres, de A à F. Premier morceau : deux éliminés. Deuxième : un éliminé. Restent en lice 3 interprètes pour le dernier morceau, en l’occurrence l’Opus 53, connu sous le nom d’Héroïque.

Un podium où l’on ne retient que la médaille d’or, en quelque sorte. Je ne sais pas si c’est exactement cette version, mais j’ai trouvé pour vous en ligne ce film, où on le voit jouer en personne…

Pour finir le trajet, en entrant dans la banlieue parisienne, je me suis redirigée sur France Inter car j’avais entendu le programme : c’est Claude Lelouch qui était l’invité dans l’émission Hors Piste, à l’occasion de la sortie de son nouveau film « L’Amour, c’est mieux que la vie ».

Plusieurs surprises à l’écoute de cette émission. Mais je dois d’abord dire que, si j’aime des films de Lelouch, je ne le connais pas spécialement en tant qu’homme. J’ai apprécié sa sincérité. Il ne cherche pas à frimer, visiblement. Et semble extrêmement émotif. Une première surprise : les hommes qu’il a déclaré admirer. Dans l’ordre où ils ont été cités : Bernard Tapie, Jean-Paul Bnelmondo, Johnny Hallyday, et… Dupond-Moretti, dont j’ai appris à cette occasion qu’il avait joué un procureur dans ce film :

Soudain, un chanteur. Une affreuse chanson, totalement « has been », une voix comme je ne les aime pas… surprise, à nouveau : c’est… Tapie… Vous pouvez le voir ici, chantant « Réussir sa vie » (le titre vous étonne?). De lui, Lelouch dit « Il était sincère, quand il trichait ».

Autre surprise, belle, celle-ci : une chanson interprétée par Jean Gabin, une chanson qui me parle : « Je sais ». Si vous avez un moment, écoutez-la… , ici par exemple. Je ne l’ai malheureusement pas en film authentique…

Une autre encore : 7 enfants (de plusieurs femmes), dont chacun-e porte un prénom commençant pas un S : Salomé, Stella, Simon, Sarah, Sachka, Shaya et Sabaya. En l’honneur de son père Simon… et d’ajouter que les mères n’avaient pas le choix…

Enfin, la dernière : dans la chanson célèbre du film Un homme et une femme, ce n’est pas « Chabadabada », mais « dabadabada », qui a été inventé au départ pour combler les vides des paroles non encore écrites, puis gardé pour laisser, dit-il, à chacun et chacune la possibilité d’imaginer sa propre histoire. Je vous ai proposé la version avec film, mais la véritable version de la chanson, la voici, sur une archive de l’INA.

Quelques phrases de l’entretien…

« La seule chose qui nous appartienne, c’est le présent ».

« La mort est une récompense, c’est une promotion… je crois beaucoup au recyclage, au recyclage des âmes… On a tous les qualités de nos défauts… »

Petite parenthèse : une déception après l’émission, car il n’a pas inventé cette expression. Elle court sur le net, sans que j’aie pu comprendre qui l’avait initiée…

« Je crois que si je crois en Dieu, c’est parce que j’ai beaucoup observé le monde ».

Enfin, l’épitaphe qu’il souhaiterait sur sa tombe : « A suivre »

Le jeu d’Anatole

Le Lucernaire propose souvent des spectacles intéressants, originaux, voire drôles. C’est le cas en ce moment, avec ce que je ne sais comment la désigner, la « pièce » intitulée « Le jeu d’Anatole ou Les Manèges de l’Amour ».

Imaginez une scène exigüe, sur laquelle trois à quatre personnages tiennent à peine ensemble.

Et une mise en scène permettant de la transformer en salon, en restaurant, en salle de spectacle, et en belvédère… Une vraie gageure, un pari réussi pour le metteur en scène, Hervé Lewandowski.

Anatole est le stéréotype de l’homme assoiffé de conquêtes. Il se heurte, durant sa vie, à d’autres stéréotypes, de femmes, cette fois. Femmes diverses, tant par la condition sociale que par le style et par le caractère, par les choix de vie aussi. De la « cocotte » pseudo-artiste à la femme bourgeoise, elles se succèdent dans sa vie – et dans son lit – sans qu’il parvienne à les comprendre. Pour les interpréter, une seule actrice.

Mélodie Molinaro est surprenante, inattendue, enjouée, terriblement vivante, et impressionnante dans les diverses facettes de « la femme idéale », qui sont ainsi représentées successivement, jusqu’au dénouement inattendu. Elle chante, danse, virevolte, mais aussi pense, joue et se joue de l’Homme, et émeut…

L’ami fidèle, qui observe, commente, enregistre les méandres des amours d’Anatole, est interprété par Yann Sebile, terriblement séduisant avec sa redingote et son chapeau haut-de-forme…

Quant au troisième homme, il change de costume, de rôle, de ton, tout au long de la pièce, dans une succession incroyable de « seconds rôles ». Tous les personnes incarnés par Guillaume Sorel contribuent à « créer le décor », rendre compte de l’époque et du lieu… et faire rire les spectateurs/trices…

Enfin, proche de la scène, un acteur « invisible » mais pourtant très présent : le pianiste, qui est parfois « convoqué » par les autres, comme un des personnages. Son jeu permet d’évoquer les époques, par des interprétations situées de la musique d’Offenbach, qui accompagne les chansons ou devient fond sonore.

Car la musique est omniprésente et nous entraîne ailleurs, encore ailleurs, dans l’espace comme dans le temps.

Bref, vous l’avez compris, j’ai aimé ce spectacle, qui fait voyager, chantonner, danser sur son siège, et qui fait rire tout en étant au final très profond…

Pour en découvrir davantage, vous pouvez regarder ceci. Mais je vous le déconseille si vous envisagez d’aller voir la pièce… Mieux vaut se laisser surprendre, non?

En différé d’Avignon (1)

Le correspondant de mon blog en Avignon est reparti travailler, mais continue à m’envoyer ses articles sur les spectacles vus. Au total, il a assisté à 21 d’entre eux… je n’en suis qu’au cinquième! Il va donc falloir que, de mon côté, j’accélère la cadence de publication et, du sien, qu’il finisse la rédaction des derniers d’entre eux !

Aujourd’hui nous allons vous parler encore d’une pièce.

Acid Cyprine

Résumé du spectacle sur le site du Off

« Acid Cyprine, c’est : un cri de contestation, une rébellion ludique et tragique contre et avec nos limitations pour réinterroger les espaces possibles de libertés dans nos corps, nos vies sociales et intimes de femmes. D’hommes. D’humains. La démesure du clown comme l’engagement physique sont les principaux outils pour flirter avec le quotidien, créer un décalage percutant sur ces sujets brûlants. Quatre femmes sur scène en rapport direct avec le public, s’interrogeant sur la/les libertés des femmes d’aujourd’hui, les tabous, les clichés, les responsabilités des hommes et des femmes dans la perpétuation d’un système machiste. »

Encore une critique en demi-teinte, de la part de Philoskéné…

L’avis du spectateur

« Beaucoup d’énergie de la part des 4 actrices et des bonnes trouvailles tout au long du spectacle. On ne s’ennuie pas du tout et l’on rit de bon cœur.
Mais le propos un peu « déjà vu » sur les heurs et malheurs des femmes victimes des hommes ( et d’elles-mêmes) mais surtout une mise en scène décousue n’en font pas un spectacle totalement accrocheur pour qui n’est pas trop amateur de pièces à sketches
. »

Une question naïve alors : si l’on n’est pas amateur de pièces à sketches (ce qui est mon cas, soit dit en passant), pourquoi choisir ce type de pièce dans une ville qui en propose une multitude d’autres?

Et une seconde : si l’on n’est pas spécialement féministe, pourquoi choisir cette thématique dans le choix parmi une multitude d’autres aussi?

Il faut avouer que les images diffusées dans la presse locale (qui a par ailleurs encensé la pièce) confortent les stéréotypes concernant les femmes qui luttent pour l’égalité!

Festival d'Avignon | Acid Cyprine : un gros coup de cœur | La Provence
Source : La Provence

En direct d’Avignon (4)

La Maison du Loup

Résumé du spectacle

Voici le résumé tel que présenté sur le site du Off…

« Été 1913. Depuis sa libération, Ed Morrell se bat pour que son ami, Jacob Heimer, échappe à la peine de mort. Frappée par ce combat, Charmian, épouse du célèbre écrivain Jack London, invite Ed dans leur vaste propriété « La Maison du Loup ».
Son objectif est de provoquer chez Jack, en perte d’inspiration, une sorte d’étincelle. Ed parviendra- t-il à sauver Jacob… ? Jack London écrira-t-il un nouveau roman… ?

Puis la mise en appétit de L’info Tout Court :

« parce qu’on adore Benoît Soles et que l’on se réjouit de découvrir sa nouvelle collaboration avec Tristan Petitgirard après La machine de Turing. Et c’est sur les pas de Jack London, en 1913, qu’ils nous emmènent cette fois. On retrouvera également Anne Plantey (Adieu Monsieur Haffmann) et Amaury De Crayencour (La machine de Turing) dans la distribution. Du talent en perspective.« 

Et le commentaire mi-figue mi-raisin (nous sommes dans le Sud!) de Philoskéné :

« Un décor soigné, une mise en scène rigoureuse, de très bons acteurs … pourquoi reste-t-on un peu en deçà de ce spectacle? Peut-être l’impression de déjà vu pour ceux qui ont applaudi (ou pas) à la précédente pièce « la machine de Turing » de Benoit Soles, ou peut-être le propos quelque peu convenu ou attendu du récit ?

Pourtant l’évocation de La rencontre de Jack London et de sa partenaire avec Ed Morell – ancien forçat – ne manque pas d’intérêt .
Le festivalier du Off est-il désormais blasé ou trop exigeant ?
« 

Voilà qui ressemble fort à une mise en cause de soi-même, en tant que « festivalier »!!!

En direct d’Avignon (3)

La troisième pièce commentée par mon correspondant est connue, sans doute, de vous…

« Frédérique Lazarini a adapté (assistée de Lydia Nicaud ) et mis en scène La Mégère apprivoisée de William Shakespeare, pièce elle-même adaptée d’un conte populaire. Le résultat, à ne pas rater au Théâtre du Chêne noir, se synthétise en une joyeuse farce à l’italienne délicieusement et caustiquement misogyne. 

Elle a retiré la sous-intrigue façon jeu de l’amour et du hasard qui vient s’entuiler à l’intrigue principale dans le texte original. Elle a permuté l’épilogue en le remplaçant par un manifeste féministe extrait d’une chambre à soi de Virginia Woolf. Elle a ajouté des chansons en italien, des chorégraphies clownesques et quelques accessoires délicieusement anachroniques. » (Toute la Culture)

Bref, pour tout dire, en lisant ce commentaire (ou d’autres), je me suis demandé ce qu’il restait de la pièce initiale!

Eh bien, Philoskena a aimé, en grande partie, jusqu’à lui décerner une palme…

« Trop attaché au style classique le mélange théâtre – cinéma sur une scène peut laisser circonspect sinon hostile. Mais pour cette mégère bien apprivoisée et intelligemment raccourcie, la symbiose est parfaite – même et surtout lors de la coupure publicitaire – pardon ! la « séquence de réclame » – puisque l’on se trouve dans l’Italie des années 50 dans l’ambiance « Cinéma Paradisio »
Les acteurs sont au top (avec un accessit pour le père … et le curé !) et l’ensemble très bien enlevé.
Faut-il vraiment insérer le texte de Virginia Wolf en épilogue pour contrevenir à la conclusion quelque peu misogyne voire archaïque de Shakespeare ? L’époque semble l’exiger apparemment.

Un des meilleurs spectacles du Off assurément.« 

En direct d’Avignon (2)

Mon correspondant en Avignon continue à envoyer des commentaires sur les spectacles auxquels il assiste. Je suis bien en retard dans leur publication… Voici donc la suite, pour celles et ceux qui aiment le théâtre et veulent connaître un avis de « semi-profane » (ou « semi-expert », selon la théorie du verre mi-vide mi-plein)…

A ces idiots qui osent rêver

Théâtre la Luna

Voici le texte de présentation sur le site du théâtre.

« L’histoire de ELLE et LUI, qui se déroule au fil des quatre saisons, est une savoureuse comédie romantique à l’américaine, inspirée des films cultes « La La Land » et « Quand Harry rencontre Sally ». Un homme, une femme, deux visions de l’amour… Qui des deux convertira l’autre ?! C’est aussi un hommage aux maîtres anglo-saxons du genre avec, en prime, une exquise séquence de claquettes ! Drôle, rythmé, ce spectacle séduit par son propos intelligent sur l’amour et ses judicieux procédés empruntés au cinéma. Un bonheur théâtral jubilatoire dont on ressortira assurément amoureux… »

Et maintenant, le commentaire posté :

Un peu dans le « déjà vu » mais bien enlevé par une mise en scène astucieuse et surtout par l’interprétation des comédiens, et plus particulièrement le rôle masculin (René Remblier)
A recommander aux amateurs de comédie romantique qui retrouveront quelques clins d’œil vers des œuvres de « référence » comme « La la land » avec un bon numéro de claquettes.

Une question que je n’ai pas résolue…. Y a-t-il un lien avec l’histoire d’Aragon et d’Elsa Triolet? Moi qui adore voir et revoir leur Moulin, j’aimerais le savoir… Qui a la réponse?

En direct d’Avignon (1)

Non, je ne suis pas en Avignon. Mais certain-e-s de mes ami-e-s s’y trouvent en ce moment. Et l’un d’entre eux nous fait le plaisir de partager avec nous ses impressions et opinions relatives aux spectacles auxquels il assiste. Je vous livre donc ses commentaires, tels qu’ils me sont parvenus, avec une brève introduction de mon crû.

Camus-Casares. Une géographie amoureuse

Voici ce qu’en disent Jean-Marie Galey et Teresa Ovidio:

 » Nous avons donné au montage minutieux de cette relation hors norme le titre « Camus-Casarès, une géographie amoureuse » qui nous paraît refléter la carte du Tendre chère aux amants du XVIIème siècle… géographie amoureuse, avec ses sentiers sinueux, ses vallons paisibles, ses montagnes infranchissables, ses clairières enchantées, ses impasses…
D’une très grande richesse lyrique et émotionnelle ces échanges amoureux magnifiques ont aussi la particularité de révéler un Camus surprenant : tourmenté, instable, fragile, capricieux, au comportement parfois machiste, éloigné de l’écrivain profond et grave que nous connaissons.
Les lettres de Casarès sont une révélation. Elles témoignent d’un humour ravageur qui brocarde ses contemporains, auteurs, metteurs en scènes, comédiens, politiques, avec allégresse et sans retenue aucune ! Fille sauvage de la Galice, elle témoigne d’une vitalité ahurissante, vivant le bonheur et le malheur avec la même intensité.
Jean-Marie Galey et Teresa Ovidio
« 

Et maintenant, le commentaire du spectateur averti.

« Le concepteur ou l’aménageur de cette salle a juste oublié qu’un spectateur pouvait avoir des jambes articulés sur des genoux et sauf exception, il restait difficile de les laisser au vestiaire – inexistant d’ailleurs.

L’inconfort des sièges n’explique pas que l’on soit resté un peu en retrait de cet échange épistolaire. Certes les textes des lettres que Camus a échangé avec son égérie ne manquent ni de style, ni de profondeur souvent introspective, mais la froideur voulue (?) de l’interprétation dessert le propos. La prose de Casares est plus banale, mais l’actrice qui l’endosse. incarne mieux la relation passionnelle des deux icônes.
Mais c’est surtout la mise en scène qui ne s’accorde pas bien au propos voulu. Déplacements et accessoires – comme cette valise – veulent représenter le chassé-croisé de ces deux êtres perpétuellement séparés par leurs obligations journalistiques ou artistiques; mais l’ensemble ne donne plus un impression de confusion que de distance.

Le spectacle scandé par des enregistrements d’époque sortis de postes TSF d’époque disséminés sur le plateau reste cependant intéressant : dommage ! Il aurait pu être captivant. »

https://media.eterritoire.fr/?u=aHR0cDovL3BpY2FyZGllLm1lZGlhLnRvdXJpbnNvZnQuZXUvVXBsb2FkL2NhY2hlLTczNzYzNTA2LmpwZw~~
Des radios et une valise…
(Photographie prise lors d’une autre représentation, à Issoire. Source)

Obsolescence non programmée

Il est des mots comme des hommes : certains deviennent grabataires. Ils ne sont pas comme les objets techniques actuelles : leur obsolescence n’est pas programmée. Non, elle survient sans que l’on ne sache comment ni pourquoi. Ils ne sont plus exploités, utilisés, modifiés, ils n’évoluent plus. Pire, ils tendent à disparaître de notre belle langue. On pourrait penser : « Normal, il en est d’autres qui ont la même signification ». Mais non. Pas toujours. Celui dont j’ai envie de vous parler ce matin est de ceux qui n’ont pas vraiment de synonymes. On pourrait faire remarquer : « Normal, il est trop difficile à écrire » ou encore « à prononcer » ou encore « à mémoriser ». Mais non. L’objet de cet article est simple. A écrire, prononcer et mémoriser. Alors, pourquoi est-il enterré vivant ?

Hier soir, dans une conversation anodine avec mes convives, il a surgi au détour d’une phrase, prononcé par un ami qui aime les belles-lettres (encore une expression grabataire!). « Ingambe ».

Je l’ai aussitôt repris. Avec délectation. « Ingambe ».

Et j’ai vu renaître des « vieillards » d’autrefois, de naguère comme de jadis. Gambadants, allègres, par monts et par vaux. Vous vous souvenez de Georges Hautecourt dans Les Aristochats ?

Qui, soit dit en passant, me fait penser à Voltaire… Etait-il ingambe, notre cher François-Marie ? En tout cas, Jean-Baptiste Pigalle y a pensé avant moi…

Voltaire nu ou le Vieillard Idéal, Pigalle

Bien sûr, on en arrive à ce petit village breton, vous savez, celui qui osa résister au grand César? Et à l’un de ses habitants, plus ingambe que quiconque…

Pas de femmes ingambes? Mais si, j’en ai trouvé! Dans l’article « Funambules » de l’Encyclopedia Universalis. Il y est question d’une funambule qui se produisait encore à 80 ans. Elle dansait sur la corde, cette Madame Saqué!

Ce mot fait la nique à l’âgisme!

Vous ne vous en souvenez pas, vous non plus? Mais si… faites un effort. « Gambadant », vous avez compris ? Et vous connaissez « in », le contraire de « out »… Vous avez même peut-être utilisé le joli terme « gambettes »… ou l’expression plus rare « être en jambes »… Voilà. Vous y êtes! Allons le chercher chez un autre vieux coproduit par une bande de vieux…

Tout en bas, à gauche, sur cette page du Dictionnaire de l’Académie Française

Si vous ne parvenez pas à lire, je recopie pour vous :  » Léger, dispo, alerte. Il n’est que du styke familier« . Allons donc, moi qui le trouvait plutôt aristocratique, le voici réduit au rang de vulgaire!

La dernière attestation que j’en ai trouvée, lors de mes premières recherches sur le net, se trouve dans une oeuvre littéraire est due à… un Américain. Certes, parfaitement bilingue, puisqu’il devint le premier membre étranger de l’Académie Française, après avoir refusé l’offre de Pompidou de lui attribuer la nationalité française : Julian Hartridge Green, dans son oeuvre « fleuve », son Journal (19 volumes, Roger Martin du Gard est largement distancié!), l’utilise pour décrire la démarche d’un de ses personnages.

« Je regarde marcher la vieille. Elle est intéressante; elle ne titube pas, au contraire, elle danse un peu, elle est ingambe, c’est une alerte pocharde » (Green, Journal,1948, p. 219).

Mais, depuis, j’en ai découvert une plus récente. La citation de ce terme est aussi le fait d’un étranger d’origine. Jorge Semprun, dans son oeuvre « Exercices de survie« . Au fait, la connaissez-vous? Voici un extrait de la quatrième de couverture.

« J’étais dans la pénombre lambrissée, discrètement propice, du bar du Lutetia, quasiment désert. Mais ce n’était pas l’heure ; je veux dire, l’heure d’y être en foule, l’heure d’y être attendu ou d’y attendre quelqu’un. D’ailleurs, je n’attendais personne. J’y étais entré pour évoquer à l’aise quelques fantômes du passé. Dont le mien, probablement : jeune fantôme disponible du vieil écrivain que j’étais devenu.
J’avais tout juste le désir d’éprouver mon existence, de la mettre à l’épreuve

Jorge Semprun Mora est espagnol, lui. Après l’Américain, voici un Espagnol qui remet sur pied notre grabataire.

 » D’abord, tous les Polonais rassemblés étaient jeunes, ingambes, apparemment en bonne santé. Les chefs de la communauté polonaise avaient abandonné derrière eux les vieillards, les malades, les naufragés. — (Jorge Semprún, Exercices de survie, 2012, p. 120) »

Je vous laisse la parole, si vous trouvez plus récent. Et vous propose un défi : faire revivre le mot. Si vous l’employez, le prononcez, l’écrivez, le diffusez sur les réseaux sociaux, revivra-t-il? Retrouvera-t-il sa place, « in gambe« , « sur ses jambes »?

Lorsque j’entendis ce mot, je pensai immédiatement à un instrument dont le nom m’a souvent interpellée : « viole de gambe ». Mais quel rapport entre les deux? Et d’abord, y a-t-il un rapport?

Eh oui, il en est un : la « viola da gamba » se différencie de la « viola da bracchio », tout simplement parce qu’elle se pose sur un genou ou entre les genoux, donc contre la ou les jambes, alors que la seconde se tient « à bras ». Regardez le tableau de Mathias Grünewald (vous savez, celui pour qui Paul Hindemith composa une symphonie en 1934 – j’y reviendrai peut-être un jour, car l’oeuvre a fait couler beaucoup d’encre)… on boucle en revenant à la musique! car notez que le tableau est présenté en fond de la page). Au premier rang, elle est « da gamba ». Au deuxième, « da braccio »…

Image illustrative de l’article Viola da braccio
Extrait du retable d’Issenheim, Mathias Grünewald

… et si vous voulez en savoir davantage sur cet instrument, suivez les explications de Myriam Rignol, violiste de l’un de mes ensembles préférés, les Arts Florissants.

Joueuse de viole de gambe, Bernardo Strozzi (source)

Créativité tous azimuths

Non, je ne vais pas vous faire entendre Dalida… Mais simplement me faire le relais d’une jeune femme qui écrit des paroles pour des chansons. Lorsque je lui ai suggéré de publier un recueil de ses oeuvres, elle m’a répondu que ce n’étaient pas des poèmes, mais des paroles de chansons… Voilà qui a, vous l’imaginez, suscité des réflexions ultérieures… dont je vous fais part ici… et que je vous propose de prolonger. Quelles différences entre les deux?
D’ailleurs, certaines chansons n’ont-elles pas été simplement la mise en musique de textes poétiques? Je pense entre autres à « Je suis venu, calme orphelin… » chanté par Reggiani… Et combien d’auteur-e-s et interprètes de chansons sont tout aussi poètes que les autres? Il n’est qu’à penser à Brassens, parmi tant d’autres, ou à Gainsbourg, qu’on célèbre ces jours-ci.

« C’est la vie.

Lisse comme la Seine en septembre,
Légère comme un tas de cendres,
Douce et fière comme de l’acier,
Froide comme une seconde passée,
La vie c’est à prendre,
Mais jamais à laisser.
La vie c’est l’infini derrière des yeux fermés,
La vie c’est un pari qu’on ne gagnera jamais.

Envier le soleil sur la joue d’un enfant,
Toucher une larme dans l’œil d’un amant,
La sécher dans le creux de son cou,
Etre soi même et devenir fou.
La vie c’est un délit pour ceux qui ont tout dit,
La vie c’est une envie qui crie à l’infini,
La vie c’est un choix qui sans cesse recommence.
Faut-il vraiment se fier à tous ces sens ?
Une collection de souvenirs, tout un tas d’avenirs,
Pour ne pas se faire mal, il faut être fakir.

Peur, désir et oubli de soi,
Frisson d’un soir et peur du lendemain,
Empreinte d’une nuit et grand émoi,
La vie comme une étincelle le long de mes reins,
Me brûle à jamais , chaotique et sublime
Me voilà funambule au dessus de l’abîme,
Me voilà sirène au fond de l’océan,
Me voilà écume, te voilà mon amant.

Tout au creux de tes bras là ou rien ne m’atteint,
Là ou je serais moi , là ou je me sens bien,
Tu feras une danse au hasard de tes mains,
Le temps d’un instant tu seras mon destin.
Mon âme en transe, brûlée de tes yeux bruns,
La chaleur de ton souffle, ce feu qui me ronge,
ton odeur qui m’essouffle, une envie de mensonge,
La vie c’est pas après pas,
Une brusque envie de toi. »

Anne-Laure, janvier 2021

J’apprécie déjà beaucoup la phrase introductrice de sa page Facebook : « Poésie, échecs, musique
et insoutenable légèreté de l’être. »

Et le fait qu’avec d’autres, elle se bat pour la survie de la production et de l’interprétation musicale. Parmi d’autres combats qu’elle livre sans répit et parfois à son détriment. En voici la trace, avec une dédicace « Pour Manu »…

« Quand la norme devient l’énorme

Au royaume des p’tits chiens

les rois sont les borgnes

Au royaume des moutons, les loups sont légion

Au royaume des cons, gagne celui qui cogne

La vraie révolution commence aux balcons

Quand la norme devient l’énorme

Pendant que tu continues ta triste besogne

Fais tes calculs et dirige les opérations

Ecoute bien et entends notre grogne

Arrête de nous prendre pour des pions

Quand à la vie on substitue la mort

A l’envi on remplit les ports

Les ports d’armes, les ports de masques

Les porte-avions, les portes fermées

Jusqu’à ce qu’on en ait plein les basques

Et qu’on veuille tout faire péter

Quand à la vie on substitue la peur

A l’envi on nourrit les abuseurs

Les aboyeurs et les inquisiteurs

Les législateurs et les millions par heure

Alors même que la liberté se meurt

Et qu’on mange tous des pâtes au beurre. »

Résumons-nous.

Elle écrit. A 16 ans, elle avait déjà produit un roman, qu’elle a ensuite détruit…

Elle joue. Aux échecs, en tournoi. A de nombreux autres jeux, où elle gagne souvent!

Elle joue. De la musique : saxo, piano, harmonica, violon… rien ne lui fait peur. Seule. Ou en groupe. En « batucada », lors de la dernière manifestation de Cahors. En famille ou entre ami-e-s. En orchestre, pour du jazz ou d’autres types de musique.

Elle s’intéresse aux formes alternatives de pédagogie.

Elle cultive son jardin. Dans tous les sens que l’on peut donner à cette expression.

Et c’est une merveilleuse photographe. Je vous laisse en juger en visitant ce site.

Peut être une image de enfant, debout et plein air
Miroir d’eau, Bordeaux, Anne-Laure Fleurette

Bref, comme elle le dit, une « créative », une « subversive », une « inventive ».

Difficile pour de tels êtres de se faire accepter, comprendre, intégrer, « inclure ». La société est si rigide… j’allais écrire si « frigide »…

Peut être un gros plan de aliment, rose et nature

Vous l’aurez compris, j’ai une grande admiration pour cette femme…