« Petit » Palais mais « Grande » Expo : Ilya Répine

Voici encore une lacune dans mes connaissances artistiques! Je ne connaissais pas ce peintre avant d’apprendre l’existence de cette exposition. Difficile d’y trouver une place, tant elle est courue. Et cela ne s’est pas amélioré avec les contraintes de jauge! Aussi ai-je pour une fois enfreint à l’un de mes principes, et réservé un mois d’avance, que dis-je, une année d’avance… Enfin, non, en décembre pour janvier.

En réalité, pas trop de monde dans les salles en ce mardi matin pluvieux de début janvier… Ce qui m’a permis d’en profiter pleinement, mais pas de prendre les photographies de face, tranquillement, comme je l’aurais souhaité – ce que vous constaterez de vous-même!

Non que j’aime particulièrement ce style de peinture, mais il me faut avouer que la palette de couleurs, la manière très personnelle de « saisir » les personnages pour les portraits, et les interrelations de l’artiste avec les autres arts m’ont fascinée.

Comment vous présenter ce que j’ai vu? La tâche est loin d’être aisée…

L’exposition commence par un extrait du film Ivan le Terrible de Sergueï Mikhailovich Eisenstein (1944).

Ce personnage hante visiblement Répine, et on le retrouve à divers moments de l’exposition, et en particulier dans le recoin consacré au célèbre tableau de Répine, où l’on voit Ivan tenant dans ses bras le fils qu’il vient de tuer.

Ivan le Terrible tue son fils — Wikipédia
Source : Wikipédia

Impossible de retracer l’ensemble de l’exposition, bien sûr, et ce n’est qu’un petit éclairage que je puis en faire… Avec d’abord un focus sur la France. Inattendu, non? Mais Répine a séjourné dans notre pays, et certains de ses tableaux témoignent de son regard sur celui-ci, comme le ramassage des galets à Veules-les-Roses.

Mais ce sont surtout des « personnages » qu’il a peints, dont voici quelques exemples.

Après le petit garçon de Montmartre, la petite Picarde. Mais ces enfants ont toujours l’air aussi triste…

Moi qui ne suis pas une fanatique des portraits, je dois dire que j’ai éprouvé beaucoup de plaisir à découvrir ceux de Répine, car ils manifestent une interprétation forte des êtres et de leurs émotions.

Après le Juif en prière, la jeune Africaine en attente…

Des portraits, il y en a beaucoup dans l’exposition, notamment des artistes ou mécènes de son entourage. Et surtout de Léon Tolstoï, qu’il admirait énormément. Il en a peint plus de 70 portraits! Dont certains dans des activités inattendues, comme le labour…

… ou au contraire en inactivité, comme celui-ci:

Répine et Tolstoï ont longuement correspondu, et un livre retrace ces échanges épistolaires.

Lettres À Tolstoï Et À Sa Famille   de Répine Ilia  Format Beau livre

Beaucoup de portraits des membres de sa famille, en particulier de ses filles… parfois plus conventionnels…

Même les scènes de composition présentent des visages aux traits frappants, comme les hâleurs de la Volga.

Je ne suis pas parvenue à bien saisir le tableau « Réunion de militants », mais vous le présente quand même…

… ainsi que celui qui décrit l’explosion de joie de la Révolution.

On ne trouve qu’un dessin dans l’ensemble de l’exposition, mais il montre le goût de l’artiste pour « saisir » le moment.

Certains de ses tableaux ont donné lieu à de nombreux essais, et l’exposition en montre les différentes versions, comme c’est le cas pour la scène de retour d’un-e exilé-e. Vous pouvez jouer au jeu des différences (il y en a plus de 7!).

Un petit « zoom » pour vous y aider?

Je ne voudrais pas finir sans une oeuvre qui, pour moi, symbolise à la fois liberté et bonheur…

Co-incidence

Il y a longtemps que je n’ai plus utilisé ce terme, mais il est le seul idoine pour caractériser ce qui s’est produit hier soir…

Je venais de publier l’article sur l’exposition vue l’après-midi même, pressée que j’étais de le mettre en ligne pour que puisse réagir l’un de mes amis qui allait le voir le soir même, et pourrait ainsi me dire comment lui-même avait vécu cette visite, et pour apporter une réponse à un autre qui devait deviner, à partir de deux tableaux envoyés, où j’étais en ce vendredi après-midi (j’adore proposer ce genre de devinette).

Je venais juste de le publier, disais-je, lorsque j’ai regardé, comme je le fais chaque soir, les titres du Monde affichés sur mon Iphone. Parmi ces titres… l’annonce d’une émission qui commençait juste à ce moment (22h50) sur France 5, un documentaire consacré à… Georgia O’Keeffe!

Et ça ne s’arrête pas à cela. Vous vous souvenez que j’avais oublié de noter le nom du peintre d’un des tableaux exposés dans la Galerie 261? Eh bien, la réponse a été apportée au cours de la narration de la vie de l’artiste. Je puis donc vous la donner ce matin : il s’agit d’Arthur Dove.

Arthur Dove
Arthur Dove (1880-1946)

Bel homme, non? Bien sûr, je suis immédiatement allée voir ce qu’il avait peint. Entre autres, regardez ceci :

Tree, 1935 - Arthur Dove
Tree, Arthur Dove, 1935 (source)

Est-ce que cela vous rappelle quelque chose ? Et ce n’est pas tout. Certains de ses tableaux représentent une certaine maison typique, plus ou moins interprétée, et parfois accompagnées d’arbres qui ressemblent étrangement à ceux que j’ai vus durant ma visite à Beaubourg hier…

The scene by Arthur Dove depicts a small green house, with a nearby yellow cottage and two unusual trees stripped of their foliage.
The Green House, Arthur Dove (1934)
Artwork by Arthur Dove, Farm House, Made of Watercolor on Paper

Voici un extrait de sa biographie :

« In 1907 he traveled to Paris, where he met Alfred Henry Maurer, who was to be a dear friend for the remainder of his life and through whom Dove gained entry to art circles that included Matisse, Picasso, and Cézanne. Upon his return to New York, he met influential photographer and gallerist Alfred Stieglitz and began exhibiting at Stieglitz’s avant-garde gallery, 291. »

Les deux, voire trois, artistes ont-ils et elle « dialogué » à travers leurs oeuvres? Ou/et est-ce le fruit de leurs rencontres avec les peintres français de l’époque? Se sont-ils amusé-e-s à traiter les mêmes thèmes, les mêmes objets, les mêmes idées?

Un très bel article a été consacré à la relation entre Georgia O’Keeffe et Alfred Stieglietz.

« Elle réalise des dessins abstraits exécutés au fusain qu’une de ses amies envoie à Stieglitz en 1916. Sans la connaître, il les présente et lui consacrera même, l’année suivante, une exposition personnelle. Dès lors, ils s’écrivent, assidûment, et O’Keeffe décide de s’installer à New York. La situation de Stieglitz a quelque peu changé. Sa galerie, sa revue, son groupe n’ont pas trouvé un second souffle et leur influence s’est amenuisée. Il crée un nouvel élan : un cercle plus restreint d’initiés qu’il va favoriser et promouvoir, composé surtout d’artistes américains qu’il affectionne particulièrement : Arthur Dove, Marsden Hartley, John Marin, Paul Strand et Georgia O’Keeffe.« 

Alfred a quitté sa femme pour cette jeune peintre, de 23 ans sa cadette, et c’est la mort qui les a séparés, en 1946 (oui, la même année que Dove, de 16 ans son cadet), même si leur relation avait évolué à partir du moment où, en 1829, elle avait découvert son infidélité.

Au moment de terminer cet article, je découvre un texte qui traite de ce sujet et discute la thèse d’une relation particulière entre les deux artistes.

« The extent to which Dove and O’Keeffe had a close personal relationship, it wasn’t really based on face time. It was really through their art and what they saw of each other’s work, through exhibitions and their conversations via Stieglitz,” says Hammond.“That’s the circles of influence we talk about; how the exchange between them continued and lasted for several decades.” They also owned each other’s work. O’Keeffe’s 1919 “Abstraction,” currently at the Clark, once hung in the cabin of Dove’s houseboat. »

Une exposition a été consacrée aux influences réciproques entre les deux artistes. Ce qui m’a sauté aux yeux et questionné en ignorante que j’étais est donc chose connue et reconnue… Excusez ma naïveté et mon ignorance!

« Dove/O’Keeffe: Circles of Influence,” this summer’s big show at the Clark Art Institute, is the first exhibit to deeply explore the lifelong bond of inspiration and admiration between the two artists. Curated by Debra Bricker Balken, an independent curator who organized a major Dove retrospective 12 years ago at the Whitney Museum of American Art, “Circles of Influence” will appear only at the Clark. » (source)

Pour en savoir plus sur cette exposition, vous pouvez regarder ici et surtout . Et j’en profite pour vous donner l’adresse du Musée O’Keeffe à Santa Fe.

Bref, en lisant ce qui précède, vous aurez vécu en direct une « révélation » qui confirme l’expression « enfoncer des portes ouvertes »!

Un dernier mot, car j’avais oublié de vous le dire : si vous avez un peu de temps, écoutez l’émission dont je parlais au début de cet article. Elle est en ligne, mais seulement jusqu’au 2 février 2022 (2/2/22, facile à retenir!). « Georgia O’Keeffe, icône américaine« .

Une femme hors du commun

Fascinée… Tel est l’adjectif qui convient le mieux pour décrire mon état devant les portraits de Georgia O’Keeffe. Il faut dire qu’elle a eu la chance d’être photographiée par de grands artistes, qui ont su saisir la profondeur et la richesse intérieure de cette femme, qui devait avoir une personnalité hors du commun. Elle joue de tous les codes et se joue de l’âge et des rides.

On la sent, au travers de ces portraits, libre, passionnée, prête à transgresser, mais aussi pensant, réfléchissant, voire méditant… Difficile à avouer, mais c’est vraiment ce que j’ai préféré dans cette exposition. Et pourtant, nombre de visiteurs ne regardent – que dis-je? – ne voient même pas ces photographies mal mises en valeur parce que projetées sur le mur, directement, du couloir d’entrée où tout le monde s’agglutine pour lire les panneaux explicatifs. Au point qu’à certains moments il m’a fallu demander aux personnes de bien vouloir se déplacer pour que les personnes qui, comme moi, regardaient le diaporama, puissent en profiter.

Pour une personne qui s’intéresserait au Genre, elle est un exemple superbe d’individu qui échappe aux normes de genre. Et elle joue des attributs masculins avec visiblement beaucoup de plaisir.

A cause des individus dont je parlais plus haut, je n’ai pas réussi à la prendre dans ses tenues plus masculines, mais cela lui va à merveille. Ce qui ne l’empêche pas de jouer de sa grâce, comme dans cette photographie qui m’a beaucoup plu.

Je ne vous en ai présenté que quelques-unes, et bien mal re-prises avec des lumières malencontreuses, mais vous pouvez imaginer que ce fut un moment fort que ce face-à-face avec une femme aussi étrange et ouverte, aussi a-normale.

Il est temps maintenant de vous laisser entrer dans l’exposition elle-même. Le Centre Pompidou en effet offre la première rétrospective en France de l’oeuvre de cette artiste qui a vécu 98 ans. Mais encore une étape à franchir avant de ce faire (un vrai parcours initiatique, n’est-ce pas?). La première pièce, « Galerie 291 », est en effet consacrée aux artistes qui ont accompagné ses premières années d’artiste. A commencer par celui qui allait devenir son époux, en 1924, Alfred Stieglitz, dont voici une oeuvre.

Photographe, il était également galeriste. Ainsi peut-on voir du Rodin, du Picasso, et d’autres peintres dont celui dont j’ai omis de noter le nom.

Il est temps pour moi de vous dévoiler les oeuvres qui m’ont le plus interpellée. Comme d’habitude, mal photographiée. Mais vous trouverez sur le net de bien meilleures reproductions.

Une Nature très colorée

Les fleurs : de la couleur à la pureté

La petite maison dans la prairie, revue et corrigée

Des abstractions évocatrices

L’éclat des couleurs en abstraction

La sélection que j’ai faite est minimaliste, et ne rend pas compte, loin de là, de l’ensemble des oeuvres exposées. Il manque notamment toutes celles qui ont été créées dans les dernières décennies. Pour en savoir plus, vous avez la possibilité d’écouter les podcasts sur le site du Musée.

Samuel Fosso à la MEP

Vous le savez, j’aime cette Maison Européenne de la Photographie, par son cadre, sa fréquentation « raisonnable » et l’intérêt des expositions qu’elle offre. Je suis donc allée voir, en un frais dimanche d’automne, ce qu’elle proposait. Et je n’ai pas été déçue… Deux espaces, deux artistes et deux styles très différents.
D’abord, une rétrospective des oeuvres de Samuel Fosso. A priori, je n’étais pas passionnée par ce genre de photographies. Voici la présentation qui en est faite sur le site officiel :

« Né au Cameroun en 1962, Samuel Fosso s’installe à Bangui, en Centrafrique, chez son oncle et débute une carrière de photographe de studio dès l’âge de 13 ans. En dehors de son travail de commande, il se crée une série d’avatars défiant les codes de la représentation. À partir de cette époque, Fosso n’aura de cesse de se réinventer dans des autoportraits qui lui permettent de traverser les frontières, qu’elles soient sociales, géographiques ou temporelles. Ses œuvres éprouvent les normes identitaires et célèbrent notre liberté à l’autodétermination. »

Force est cependant d’avouer que j’ai été « prise » par son jeu, un peu malgré moi (en principe, je déteste les autoportraits…). Une forme d’auto-dérision? Une impertinence ? La transgression? Toujours est-il que je me suis promenée avec plaisir parmi les variations identitaires de l’artiste. Les photographies présentées ci-dessous sont de moi, et totalement ratées pour certaines. Mais je ne suis pas très au fait des droits de reproduction et ai préféré les placer, plutôt que de prendre sur le net. Mais bien évidemment, je vous encourage à aller les voir, soit « en vrai », soit sur des sites spécialisés, dont celui de la MEP (je n’ai pas trouvé le site de l’artiste).

Mosaïque « Histoire Familiale » (le titre est de moi)

Rire jaune sur la vision blanche des « Noirs »

En premier lieu, il incite à une réflexion sur sa culture, et son interprétation par les « Blancs »…. Dans cette partie manque toute une collection, au titre évocateur de Allonzenfants. Les photos étaient tellement mauvaises que je n’ose les insérer. Une inénarrable série sur les soldats Africains dans l’armée française. Dernière minute : impossible de la trouver sur le net!!! Alors tant pis, à ma courte honte je glisse ces mauvaises photos d’oeuvres qui ne méritaient pas ce traitement, pour vous en donner une idée.

Mais ce sont surtout les mises en abîme des visions culturelles déformantes qui m’ont intéressée.

Un bouquet de stéréotypes racistes !

Une satire des Grands de ce Monde

Deux salles sont consacrées à des autoportraits « déguisé »… le rire est moins jaune, quoique…

Quand le noir s’allie au blanc, surpassant la couleur…

Un message fort et émouvant

Paris Photo

Désolée de vous avoir abandonné-e-s quelques jours, mais j’ai eu des difficultés avec le transfert des photos. J’ai fini par comprendre qu’une fois transmises automatiquement sur le Cloud, elles devenaient irrécupérables en direct. A moins qu’il n’y ait une solution? Auquel cas, je compte sur vous!

Je vais donc remonter le temps, car l’exposition est finie depuis deux semaines… Elle avait lieu au Grand Palais Ephémère, étrange construction dérangeant l’ordre bourgeois du 7ème et la perspective du Champ de Mars… Beaucoup de monde en ce dimanche après-midi, et j’ai trouvé la visite très éprouvante physiquement… Du monde, on piétine, difficile d’approcher certaines oeuvres…

J’ai hésité à écrire cet article, à cause de cela. Vous pourrez observer que le cadrage est affreux, pour beaucoup des photos présentées. Ce n’est pas volontaire, loin de là! Il était très souvent impossible d’admirer les oeuvres de face, encore moins de « poser » pour les photographier. D’où des résultats comme celui-ci…

Avouez que ce superbe travail sur une vague légère aurait mérité mieux!

De même que cet arbre très symbolique…

Je me suis demandé pourquoi chaque petit espace était encombré, au milieu, par tables et chaises, voire fauteuils, destinés aux éditeurs, alors que les visiteurs/euses n’avaient strictement aucun siège pour s’asseoir sur l’ensemble de l’espace!

Un énorme reproche : les défauts d’éclairage. Qui, à certains moments, produisaient des effets catastrophiques. Deux exemples…

J’ai beaucoup apprécié cette photo, qui pour moi tient du tableau abstrait… Mais je puis vous assurer qu’elle est beaucoup mieux sans les points bleutés et les reflets apportés par la lumière ambiante… et encore, j’ai tout essayé pour en avoir le moins possible!

Cette photo, qui attirait mon regard, souffre à la fois de son positionnement en hauteur et de l’éclairage ambiant… Dommage, non? Et que dire de la suivante, qui invite les spectateurs/trices?

Quant à celle-là, elle est complètement polluée par les reflets… Sur la photo, on ne voit que le couple… vous pouvez jouer au jeu des différences, avec l’originale mieux mise en valeur:

Yves Trémorin, Les Amants Magnifiques (1989). Source

Un autre exemple de reflets parasites : des personnages non prévus sont ainsi invités dans l’oeuvre… devenue contre son gré interactive!

Mais il faut avouer que les masques des visiteurs/euses font bien écho à la volumineuse étole de la jeune femme…

Les seules oeuvres échappant à cette malédiction étaient celles qui prenaient le parti de ne pas se présenter « à plat », comme celle qui suit.

Beaucoup, que dis-je, énormément, disons carrément pléthore de photographies… et, pour moi, trop c’est trop… cela nuit grandement, à mon sens, au plaisir esthétique. A la sortie, une espèce d’indigestion… et surtout l’impression de n’avoir été émue par aucune… alors qu’il y en avait tant! et que l’Art était bien là parfois (ce dont je doutais à d’autres moments…).

Difficile d’exprimer ce que j’ai ressenti et appris de cette exposition… Je vais « entrer » par les photos, donc… Et d’abord, l’une des premières vues, proche de l’entrée.

Gail Albert Halaban (2015)

Si vous voulez savoir de quelle ville il s’agit, sachez que nous sommes en Turquie… Le site de l’artiste américaine présente d’autres photos « fenêtres », très intéressantes. Elle a notamment fait toute une série sur Paris, présentée dans cet article.

Un peu plus loin, une autre photo mettant en scène l’architecture, mais cette fois sans humaine…

Les formes épurées et la composition m’ont intéressée… Revenons maintenant aux humains… qui sont, vous le verrez, plutôt des Humaines…

Sîan Davey, The Garden (2021)

Vous pourrez la voir mieux sur le site de Sîan Davey, et vous pourrez en apprendre davantage sur cette étonnante artiste britannique.

Bien sûr, cette vague vous évoque un célèbre artiste japonais… j’ai beaucoup apprécié le jeu, un peu en dérision peut-être, sur les motifs des estampes ou oeuvres plus récentes, avec le décor semi-vide et cette jeune femme espiègle qui épouse le mouvement de l’onde… Hélas, j’ai omis de noter l’auteur-e… Si vous le/la connaissez, merci de m’informer?

La mode est visiblement au « vintage »… d’ailleurs annoncé dans les panonceaux accompagnant les photos. Et comme j’aime le noir et blanc, et encore plus l’argentique, cela me convient.

Oubliez évidemment les traits bleutés dus, une fois encore, à l’éclairage…

Alexey Titarenko, Laundry Hanging along the Canal, Venice (2006)

J’ai regardé par la suite ce que produisait cet artiste russe, né en 1962, et désormais américain. C’est superbe! Si vous voulez le découvrir, une recherche d’images par un moteur quelconque, ou son site, ici.

Tetsuya Ichimura, Untitle from Come Up (1973)

Peut-être l’un des artistes les plus âgés exposé ici? Ce Japonais, célèbre pour ses photos de nus, a 91 ans…

La lessive sur le Canal de Venise pouvait apparaître comme un clin d’oeil à ma série et à celle de mon correspondant sur Un Jour Un Tableau… Mais voici un autre écho, à un article où j’avais mis en évidence l’attrait des nuques sur les peintres…

Une Irlande colorée

J’eusse pu tout aussi bien intituler cet article « Une Irlandaise coloriste »! Car c’est d’une peintre qu’il s’agit, peintre que j’ai découverte récemment, en découvrant un de ses tableaux, tout à fait fortuitement.

Et j’ai aimé.

D’où ce petit article à son sujet, pour le cas où certain-e-s partageraient mes goûts picturaux.

Oh! rien à voir avec les Grands, ni les Grandes. Mais oser à ce point faire cohabiter des couleurs vives pour représenter son pays… Voilà qui m’a séduite.

D’abord, le tableau en question.

Vera Gaffney Art |Irish Artist |Limited edition print artwork

Et un autre, intitulé « Sligo Wave »

La mer est un de ses thèmes préférés, mais elle peint également des paysages irlandais, comme celui-ci, où elle reprend un autre de ses sujets favoris, les fleurs.

Vera Gaffney - Foxford Way | Quadros

Toute une série « lune » m’a quelque peu questionnée. En effet, j’aime beaucoup l’abstrait de ces tableaux, mais moins la taille de la « lune » dans chacun d’entre eux…

Vera Gaffney (20th/21st Century) 'Lun No Lae

A vous de me dire ce que vous en pensez?

Alors que j’avais déjà posté cet article, un lecteur attentif me fait remarquer qu’il manque… Le nom de l’artiste! Quelle étourdie fais-je! Le voici donc : Véra Gaffney. Son site est ici, et vous pourrez trouver d’autres tableaux sur des sites de galeries, comme celle-ci, située à Dublin..

Un jour, un tableau

Celles et ceux qui me suivent savent qu’il y a eu un long silence de ma part, et que je suis depuis quelques temps moins régulière qu’avant. Une explication en est que je ne parviens plus à modifier les « widgets » qui me permettaient les « actualités »… et celles-ci sont restées bloquées en juillet, ce qui m’a découragée, et donc démotivée.
Par contre, il est quelqu’un qui ne se décourage visiblement jamais, et qui continue à nous nourrir d’art quotidiennement.
Je tiens donc à lui rendre hommage ici, car c’est un vrai bonheur que de se plonger dans les images qu’il choisit avec soin pour nous faire voyager, rêver, penser, jouir de l’esthétisme ou de la recherche picturale… quand ce n’est pas de la « naïveté »…

Merci donc à l’auteur de Un jour, un tableau, qui nous offre le Monde…

Moi qui déteste Facebook… Il me contraint à m’y rendre, mais dans un objectif bien agréable…

Et merci aussi des échos que cela crée, pour mon modeste blog. Je viens d’y retrouver les goémoniers… J’en étais sûre!

Mais il continue aussi à suivre mes fils d’Ariane… Comme avec ce tableau sur les femmes au lavoir, à Concarneau… qui évoque la série « lessive » du confinement dur… ou encore ce qui a trait à la couture., comme celui qui m’a fait découvrir une peintre finlandaise, Helene Schjerfbeck. En voici un autre, que j’apprécie…

Encore un ?

Si vous souhaitez la connaître davantage, lisez ceci.

Décidément, j’aime beaucoup la peinture des pays scandinaves, si dépouillée mais si riche…

Outre la Beauté, la Quête et les traces des fantasmes des peintres (voir les chevelures, les seins et les nuques!), il est un autre aspect qui saute aux yeux en feuilletant cette extraordinaire collection de tableaux, et que certains commentaires d’ailleurs soulignent : c’est l’aspect ethnographique. Que de scènes, que de détails, nous en apprennent plus sur certaines coutumes ou sur le quotidien des pays et des peuples que ne le feraient des textes ou documentaires! Car c’est aussi le regard de l’artiste sur ces us et sur le vécu… Par exemple, les toiles de cet artiste polonais, dont voici un autre exemple.

Wiktor Chrzanowski

Qu’est-ce qui relève du « reportage »? Et qu’est-ce qui est « souvenir »? voire « interprétation »? voire « rêve »? Peu importe… c’est ça, la poïesis!

Je ne puis m’empêcher, pour (ne pas) finir, de « voler » un tableau, tant il me semble extra-ordinaire, lui qui montre l’ordinaire… En ce temps du souvenir des mort-e-s, ce sera mon hommage à celles qui nous ont précédé-e-s…

Fierté d’une mère – Nikol Schattenstein (Lituanie 1877-1954 USA)

Goémon

Un de mes lecteurs assidus, que je remercie au passage de sa fidélité (nous avons eu nos premiers échanges lors du premier confinement!), a transmis en commentaire un beau texte sur la collecte du goémon, suite au précédent article « Varech ».

En écho, j’ai eu envie de rechercher quelques tableaux que je connaissais sur ce thème… et en ai trouvé aussi d’autres…

Avant de les partager avec vous, quelques petites informations complémentaires, si le sujet vous intéresse.

Je reviendrai d’abord sur la distinction entre « goémon d’épave » et « goémon de rive ». Ce que décrit le texte proposé par « Karlhiver », c’est la récolte du goémon de rive. A cet effet, je ne vais pas faire de plagiat, mais vous transmettre un article synthétique du Télégramme qui évoque ces différences. Les photos intercalées ne proviennent pas de l’article, mais de différents musées bretons.

« Goémon d’épave ou goémon de rives, ils n’étaient pas ramassés de la même manière, ni n’avaient les mêmes utilisations.

2006.22.5. Goémonières Musée départemental breton - Musée départemental  breton

Le premier était ramassé à l’aide de grands râteaux. Il était préalablement partagé selon le nombre de personnes présentes à la récolte, la quantité de goémon échoué et les lieux. Dès l’instant où le phare s’arrêtait, le travail pouvait commencer. A Landunvez, toutes les personnes composant la famille comptaient pour le partage, sans obligation de présence pour les enfants.

2006.22.12. Goémoniers Musée départemental breton - Musée départemental  breton

En ce qui concerne le goémon de rive, la coupe occupait autant les femmes, les enfants que les hommes. Les plus robustes goémoniers chargeaient les charrettes tirées par les chevaux. Chaque famille se voyait attribuer une portion de grève. Cette attribution était faite pour quatre ans. Le goémon était étalé ensuite sur la dune pour sécher. Argenton, qui n’était alors que dune, bon nombre de constructions n’existant pas encore, était recouvert de goémon. Le soir, celui-ci était ramassé en tas. Une fois complètement sec, le goémon était brûlé dans des fours creusés à même la dune, et dotés de cloisons en pierres. Il en ressortait des pains de soude qui étaient vendus aux usines afin d’en extraire de l’iode.

Goémoniers. Les paysans de la mer - Histoire - Le Télégramme

Déjà, au XVIII e siècle, le goémon était utilisé comme combustible. Une coupe de goémon de rive était effectuée en septembre pour cet usage. Les algues n’entrent alors dans l’alimentation que sous la forme de «chondrus crispus», séchés et blanchis. Celui-ci est mis à bouillir dans du lait. Son refroidissement s’accompagne d’une gélification qui donne une sorte de flan. Les algues sont, par contre, largement utilisées dans l’alimentation animale, comme apport de protéines végétales. Les algues ont également servi d’engrais pour amender les terres. Au XIX e siècle, le ramassage du goémon de rive a permis le développement d’un vrai commerce. L’arrivée des engrais chimiques a fait disparaître cette activité.

230 idées de Seaweed. goémon | ile ouessant, bretagne paysage, soupe aux  algues

L’usage industriel de l’algue, quant à lui, a débuté avec la fabrication du verre qui utilisait les algues sous forme de cendres. C’est ainsi que dès le XVIII e siècle, la coupe et le brûlage du goémon se sont organisés sur les côtes. A la fin du XVIII e siècle, l’utilisation des cendres de varech a permis de découvrir l’iode. L’industrie locale va alors naître et tourner jusqu’en 1955 environ, avec un quota annuel de 60 à 70 tonnes d’iode. » Source

Les tableaux qui suivent traitent du même thème, mais évoquent, chacun à leur manière, un « éclairage » de celui-ci.
Certains tiennent du « reportage », comme celui-ci, qui rappelle l’importance des fours dans la région de Porspoder.

Déchargement du « tali » de la Marie-Pierre dans l’anse du C’hloc’h à Porspoder.
Huile sur toile de Jean-Marie Couillard. © coll. particulière.
Yves Colin, futur inventeur du « scoubidou », est debout dans la charrette
et vide la cargaison à l’aide d’un croc.
Son père François est resté dans le bateau avec le jeune Didier Bellec.
On distingue au loin les fumées blanches des fours à goémon en activité.
Source

Rien à voir, ou presque, avec la vision épurée de Gauguin…

Gauguin, ramasseuses de varech

… ou encore celle de Sérusier…

Sérusier, Rémasseur de goémon

Un des peintres bretons incontournables, Mathurin Méheut, se situe à l’intermédiaire des deux premiers, dans ce tableau qui montre l’effort des goémoniers sur leurs frêles embarcations.

Mathurin Méheut, Goémoniers sur leurs drômes

« Méheut représente ici le ramassage du goémon sur des drômes, sortes de radeaux de cordes entrecroisées sur lequel les algues sont récoltées à l’aide de bêches. Dans une certaine instabilité, les goémoniers se dirigent grâce à des perches. Les silhouettes des hommes et des femmes montrent l’effort important pour se guider dans les courants marins et le vent. » Source

Les deux tableaux suivants montrent un traitement moderne d’une époque révolue, alors que le second est bien ancré dans sa contemporanéité…

jean-Julien Lemordant, Ramasseurs de varech
Jules-jacques Veyrassat, Chevaux-Le ramassage du varech

Pour celles et ceux d’entre vous qui voulez en voir davantage, un ensemble proposé par Wikiwand.

Je ne pouvais finir cette série par l’un de mes peintres préférés, Boudin, qui, bien que Normand, aimait à séjourner en Bretagne.

Boudin, Brest, La Rade, récolte du varech (1893)

Danse ou performance ? Une soirée à Chaillot…

J’ai retrouvé avec plaisir l’architecture délirante du Palais de Chaillot et – avec un peu moins de plaisir dois-je l’avouer car ils me font toujours un peu peur – ses escaliers monumentaux, pour aller voir un spectacle de danse. Enfin, pas uniquement de danse, car la présentation annonçait une oeuvre co-conçue par un chorégraphe et un plasticien :

« Entre chorégraphie et expérimentation plastique, Planet [wanderer] confronte le corps des danseurs à divers matériaux pour décrire le lien, à la fois viscéral et onirique, entre les humains et leur planète. » (Source)

Un préambule musical assez long plonge les spectateurs/trices dans l’ambiance. Un peu comme un embryon dans le ventre maternel? Puis une lumière faible fait briller des éclats argentés sur un sol très sombre, sur lequel, progressivement, se dévoilent une sorte de rocher et un petit dôme. Celui-ci commence à bouger, devient queue de baleine, et en émerge enfin un corps de femme aux longs cheveux noirs. Semi-nu, couvert d’une collant noir brillant comme le sol et de poussières de celui-ci, le corps vibre, se tord, bref, danse… tout en restant fixé au sol.

Ce premier axe du ballet m’a fascinée, tant la danseuse est remarquable. Je ne suis pas encore parvenue à l’identifier, car cette vidéo qui présente la troupe (si l’on peut dire, car elle explique que justement il ne s’agit pas d’une troupe institutée, mais d’un ensemble de personnes rencontrées de par le monde par le chorégraphe), cette vidéo, disais-je, l’oublie; pourquoi?

Le corps, dans une subtile reptation, se dirige vers le rocher, se fond en lui… et la masse se met à bouger à son tour…

Je vous laisse découvrir la suite, ne voulant pas dévoiler l’ensemble, qui mérite vraiment d’être découvert.
Un spectacle d’une très grande originalité, extrêmement prenant. La salle était réellement subjuguée du début à la fin – y compris les scolaires qui la composaient en partie.

On aimerait voir plus souvent de telles créations mêlant esthétique, danse et, j’ose le dire, philosophie, qui nous renvoient à nous et à notre rapport au monde et à l’être… Merci aux artistes créateurs et interprètes de ce moment de pureté !

Créativité tous azimuths

Non, je ne vais pas vous faire entendre Dalida… Mais simplement me faire le relais d’une jeune femme qui écrit des paroles pour des chansons. Lorsque je lui ai suggéré de publier un recueil de ses oeuvres, elle m’a répondu que ce n’étaient pas des poèmes, mais des paroles de chansons… Voilà qui a, vous l’imaginez, suscité des réflexions ultérieures… dont je vous fais part ici… et que je vous propose de prolonger. Quelles différences entre les deux?
D’ailleurs, certaines chansons n’ont-elles pas été simplement la mise en musique de textes poétiques? Je pense entre autres à « Je suis venu, calme orphelin… » chanté par Reggiani… Et combien d’auteur-e-s et interprètes de chansons sont tout aussi poètes que les autres? Il n’est qu’à penser à Brassens, parmi tant d’autres, ou à Gainsbourg, qu’on célèbre ces jours-ci.

« C’est la vie.

Lisse comme la Seine en septembre,
Légère comme un tas de cendres,
Douce et fière comme de l’acier,
Froide comme une seconde passée,
La vie c’est à prendre,
Mais jamais à laisser.
La vie c’est l’infini derrière des yeux fermés,
La vie c’est un pari qu’on ne gagnera jamais.

Envier le soleil sur la joue d’un enfant,
Toucher une larme dans l’œil d’un amant,
La sécher dans le creux de son cou,
Etre soi même et devenir fou.
La vie c’est un délit pour ceux qui ont tout dit,
La vie c’est une envie qui crie à l’infini,
La vie c’est un choix qui sans cesse recommence.
Faut-il vraiment se fier à tous ces sens ?
Une collection de souvenirs, tout un tas d’avenirs,
Pour ne pas se faire mal, il faut être fakir.

Peur, désir et oubli de soi,
Frisson d’un soir et peur du lendemain,
Empreinte d’une nuit et grand émoi,
La vie comme une étincelle le long de mes reins,
Me brûle à jamais , chaotique et sublime
Me voilà funambule au dessus de l’abîme,
Me voilà sirène au fond de l’océan,
Me voilà écume, te voilà mon amant.

Tout au creux de tes bras là ou rien ne m’atteint,
Là ou je serais moi , là ou je me sens bien,
Tu feras une danse au hasard de tes mains,
Le temps d’un instant tu seras mon destin.
Mon âme en transe, brûlée de tes yeux bruns,
La chaleur de ton souffle, ce feu qui me ronge,
ton odeur qui m’essouffle, une envie de mensonge,
La vie c’est pas après pas,
Une brusque envie de toi. »

Anne-Laure, janvier 2021

J’apprécie déjà beaucoup la phrase introductrice de sa page Facebook : « Poésie, échecs, musique
et insoutenable légèreté de l’être. »

Et le fait qu’avec d’autres, elle se bat pour la survie de la production et de l’interprétation musicale. Parmi d’autres combats qu’elle livre sans répit et parfois à son détriment. En voici la trace, avec une dédicace « Pour Manu »…

« Quand la norme devient l’énorme

Au royaume des p’tits chiens

les rois sont les borgnes

Au royaume des moutons, les loups sont légion

Au royaume des cons, gagne celui qui cogne

La vraie révolution commence aux balcons

Quand la norme devient l’énorme

Pendant que tu continues ta triste besogne

Fais tes calculs et dirige les opérations

Ecoute bien et entends notre grogne

Arrête de nous prendre pour des pions

Quand à la vie on substitue la mort

A l’envi on remplit les ports

Les ports d’armes, les ports de masques

Les porte-avions, les portes fermées

Jusqu’à ce qu’on en ait plein les basques

Et qu’on veuille tout faire péter

Quand à la vie on substitue la peur

A l’envi on nourrit les abuseurs

Les aboyeurs et les inquisiteurs

Les législateurs et les millions par heure

Alors même que la liberté se meurt

Et qu’on mange tous des pâtes au beurre. »

Résumons-nous.

Elle écrit. A 16 ans, elle avait déjà produit un roman, qu’elle a ensuite détruit…

Elle joue. Aux échecs, en tournoi. A de nombreux autres jeux, où elle gagne souvent!

Elle joue. De la musique : saxo, piano, harmonica, violon… rien ne lui fait peur. Seule. Ou en groupe. En « batucada », lors de la dernière manifestation de Cahors. En famille ou entre ami-e-s. En orchestre, pour du jazz ou d’autres types de musique.

Elle s’intéresse aux formes alternatives de pédagogie.

Elle cultive son jardin. Dans tous les sens que l’on peut donner à cette expression.

Et c’est une merveilleuse photographe. Je vous laisse en juger en visitant ce site.

Peut être une image de enfant, debout et plein air
Miroir d’eau, Bordeaux, Anne-Laure Fleurette

Bref, comme elle le dit, une « créative », une « subversive », une « inventive ».

Difficile pour de tels êtres de se faire accepter, comprendre, intégrer, « inclure ». La société est si rigide… j’allais écrire si « frigide »…

Peut être un gros plan de aliment, rose et nature

Vous l’aurez compris, j’ai une grande admiration pour cette femme…