Van Gogh à Auvers-sur-Oise (2)

Aujourd’hui je vous propose de nous rendre avec le peintre dans ce qui était alors un petit bourg de campagne, Auvers-sur-Oise. J’y suis déjà allée à deux reprises, mais n’avais pas vu tout ce que j’en ai découvert au travers de cette belle exposition dont je vous parlais hier, au Musée d’Orsay.

On y découvre l’environnement avant que ne soit présentée la « réalité » du village, par un plan et des photographies de l’époque. N’ayant pas réussi à prendre correctement la photo du plan présenté, je l’ai emprunté à un autre blog

Vous en avez déjà vu hier certains aspects, dans les dessins de l’artiste. En voici quelques autres, dans la sélection que je vous présente.

Certains tableaux semblent inachevés… mais peut-être était-ce la volonté du peintre, voulant à tout prix produire un maximum avant de disparaître?

Les lignes deviennent si épurées que je défie quiconque, qui ne verrait que le détail suivant, de deviner qui en est l’auteur-e!

Les maisons – j’allais écrire les masures – fascinent l’artiste, comme vous l’avez déjà remarqué dans les esquisses.

On se promène avec lui dans les ruelles bordées de murs, on aperçoit parfois des habitant-e-s qui vaquent à leurs occupations…

Je me suis demandé si le fait que tant de demeures semblent être de guingois était une interprétation poétique. Mais les photos d’époque proche montrent bien la pauvreté ambiante, si l’on excepte les résidences des « riches », dont je vous parlerai dans un autre article.

La rivière est ainsi vue sous deux aspects : les lavandières qui y travaillent durement, et les « touristes » qui canotent.

Point de lavandière dans cette exposition… Au passage, je remercie encore l’auteur de Un Jour Un Tableau qui continue à découvrir et publier des tableaux représentant des bugadières ou autre lavandières sur son magnifique blog, suite à notre communication pendant le premier confinement! Par contre, les bourgeois-e-s sont bien là.

Comme vous avez pu le constater, le « style » Van Gogh s’estompe parfois, mais parfois aussi explose dans telle ou telle partie du tableau. Un des exemples les plus connus est celui qui suit.

Mais on identifie les volutes chères au peintre dans bien des oeuvres.

Un petit zoom?

La flore se prête à cela…

Encore un petit zoom?

Ou deux?

Or les jardins abondent dans le village.

Restons-en là pour aujourd’hui. Ils feront l’objet d’un prochain texte, si cela vous intéresse…

Le Musée d’Orsay sans la foule : Van Gogh à Auvers (1). Les dessins.

Je viens de découvrir que l’on pouvait échapper à la foule qui envahit trop souvent le Musée d’Orsay. Comment? Tout simplement en profitant d’un avantage de la carte d’abonnement Orsay / Orangerie, qui permet d’entrer dès 9h, une demi-heure avant l’ouverture du musée. Certes, on a l’impression qu’il n’y a que des vieux / vieilles sur terre, mais au moins on est tranquille pour voir une exposition aussi attirante que Van Gogh à Auvers-sur-Oise.

J’avais pourtant hésité à aller la voir, tant j’ai vu et admiré de tableaux de ce peintre, dans tant de musées. Dont la belle exposition que je vous ai relatée dans ce blog, voici quelques temps… Heureusement que je me suis laissé convaincre à y aller! J’ai découvert des oeuvres… Eh oui, encore! Et l’émotion suscitée par ce parcours dans les derniers mois de l’artiste perdure en l’évoquant aujourd’hui, trois semaines après l’avoir vue. Eh oui, cela fait 23 jours que j’y suis allée, et 19 que j’ai commencé cet article, puis cessé d’écrire sur ce blog. La déprime de fin d’année. Je déteste cette période de fêtes « obligées », ce moment des obligations sans fin… Impossible de « se » retrouver, de « s’y » retrouver. Et donc, pour moi, d’écrire! Mais revenons à notre sujet, au lieu de continuer à pleurer sur ce qui est enfin terminé. Car ça y est, on a changé d’année! Ouf!

Qu’ai-je découvert? D’abord, les dessins. J’ignorais cette autre face du génial créateur.

Le rendu du travail des paysan-ne-s, par exemple, est saisissant. Qu’il s’agisse de scènes de groupe, comme celles qui suivent…

A traits plus ou moins fins ou grossiers…

Ou que ce soit le geste qui l’intéresse plus précisément, comme celui du faucheur…

Changement de focale pour le situer en contexte…

Car l’inerte l’intéresse aussi, par exemple les maisons. Mais ce n’est jamais totalement inerte, en réalité…

Les dessins précèdent la peinture. Vous avez pu reconnaître des tableaux dans ceux qui précèdent. Voici un exemple : les bottes de foin. Comme des sorcières dissimulées ou des fantômes agités…

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve le dessin plus « puissant » émotionnellement que la peinture. Inattendu, non ?

Bien sûr, on trouve aussi des portraits, comme celui du Docteur Gachet qui l’a suivi à Auvers-sur-Oise.

Certaines oeuvres sont un peu colorées. Juste ce qu’il faut pour « rendre » sa lumière au ciel…

Van Gogh « croquait » ce qu’il voyait dans un petit carnet de cuir visible dans une des salles centrales de l’exposition. Inattendue, cette scène d’un café ou d’un magasin…

Jusque dans ses écrits les dessins s’insinuent.

Et parfois dans d’autres dessins. Regardez bien en bas de ce dernier, au centre. Vous y verrez une esquisse de la chambre du peintre.

Au pied du Mont Frugy

Echappée ce week-end en Bretagne… et, bien sûr, envie de vraies krampouz… Mais un dimanche soir, pas facile de trouver une crêperie ouverte! Alors, direction la Grande Ville, à savoir Quimper. Celle de la Place au Beurre, annoncée ouverte sur le net, est en réalité fermée. Et ce fut une chance. Car cela m’a permis de découvrir une petite merveille cachée dans une rue où je ne passe quasiment jamais, car située de l’autre côté de l’Odet. Je m’explique. Cet été, un jour où j’avais aussi du mal à trouver un petit restaurant sympa et pas trop encombré de touristes, j’avais découvert un adorable restaurant oriental rue Sainte Catherine (pas celle de Bordeaux, celle de Kemper). Donc, ce dimanche soir, l’idée m’est venue de retourner dans ce coin un peu à l’écart du centre ville. Et c’est ainsi que je suis arrivée à la crêperie du Frugy.

Le Mont Frugy fut le lieu d’implantation d’un site gallo-romain avec temple, sans doute pour sa position dominante et la proximité des rivières. J’emprunte le plan qui suit à un site sur l’histoire de la ville et le commentaire à un article d’un autre site.

« C’est d’Aquinolia et de son port sur l’Odet (fleuve et non rivière) que les galères romaines venues de l’oceanus Atlanticus débarquèrent légionnaires puis marchandises avant de rejoindre la voie antique de Carhaix (Vorgium, la capitale des Osismes… « les plus lointains » en celtique), mais pour ceux-là pas sans avoir offerts quelques sacrifices sur le plateau de la Déesse qui supporta la guillotine à la Révolution tandis que l’église primitive était fermée par ordre du préfet, celui-ci appuyé par le prudent évêque car le recteur avait refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé (1791) ! Principe de précaution qui n’est pas sans en rappeler d’autres ! Ainsi naquit Kemper, lieu de la confluence entre l’Odet, le Steir et le Jet ! »C’est d’Aquinolia et de son port sur l’Odet (fleuve et non rivière) que les galères romaines venues de l’oceanus Atlanticus débarquèrent légionnaires puis marchandises avant de rejoindre la voie antique de Carhaix (Vorgium, la capitale des Osismes… « les plus lointains » en celtique), mais pour ceux-là pas sans avoir offerts quelques sacrifices sur le plateau de la Déesse qui supporta la guillotine à la Révolution tandis que l’église primitive était fermée par ordre du préfet, celui-ci appuyé par le prudent évêque car le recteur avait refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé (1791) ! Principe de précaution qui n’est pas sans en rappeler d’autres ! Ainsi naquit Kemper, lieu de la confluence entre l’Odet, le Steir et le Jet ! »

Au IIe siècle, les Bretons d’outre-Manche étaient venus s’installer en Armorique pour y fonder leurs communautés celtiques avant d’être évangélisés par les 7 saints de Bretagne au VIe siècle puis, vers l’an mille, de participer à ce fameux « blanc manteau d’églises » dont celle de Locmaria« .

Ce petit détour historique m’a permis de me rendre compte que je ne connaissais pas la nécropole de Locmaria à Quimper! Il faudra que je voie cela aux beaux jours, et que je vous y emmène si vous le souhaitez… Mais revenons à ce dimanche soir de décembre, alors que les clochers de Saint Corentin s’illuminent des couleurs vives de la projection en cours. Et à la crêperie qui porte, comme vous l’avez compris, le nom du Mont au pied duquel elle se situe, rue Sainte Thérèse.

Une petite devanture, un espace restreint, mais de vieilles pierres et un lieu que je qualifierais volontiers d’authentique et de chaleureux.

Et qui allie « plaisir des yeux » et « plaisirs gustatifs », tout en rendant hommage au Pays.

Côté « plaisir des yeux », c’est une incroyable broderie qui orne le mur au pied duquel se situe notre table (photo prise de ma place, ce qui explique l’angle bizarre).

La carte apporte quelques explications à son propos.

Vous ne connaissez peut-être pas Pascal Jaouen? C’est lui qui a donné son nom à une Ecole de broderie d’art renommée dans la ville, dont vous trouverez le site ici. Allez le visiter, vous y verrez des merveilles ! La photo suivante, empruntée au site de la crêperie, montre Pascal Jaouen et Chantal le Bars signant l’oeuvre, inspirée de motifs du pays bigouden.

Chantal Le Bars est une élève de cette prestigieuse école. Un article de Ouest France la présentait en 2015.

Une très belle surprise, donc, dans cette petite crêperie qui ne payait pas de mine, vue de l’extérieur. Et une seconde, avec de délicieuses krampouz, fines et au goût délicat servies par une adorable jeune femme. Le tout, bien sûr, arrosé de Menez Brug. Car on accepte le pays fouesnantais aussi, en ces lieux qui fleurent bon la vraie Bretagne d’hier et d’aujourd’hui. Et où l’on n’arnaque pas le client : deux plats, deux bouteilles (plus une bière locale), quatre cafés… 5 personnes ravies pour moins de 100 euros ! Mérite de figurer dans mes « restos à moins de 50 euros à 2 » !

Un scenario « tiré par les cheveux »

J’entendais jadis souvent cette expression, en particulier concernant les transitions. Qu’elles soient des présentateurs / trices de la télévision de l’époque, ou des élèves dans leurs rédactions. Mais aussi sur les déductions, notamment dans les discours des politiques. Mais je trouve qu’elle se fait rare. Pas vous?

Quoi qu’il en soit, c’est celle qui m’est venue à l’esprit à la sortie du cinéma, l’autre soir, à Montparnasse. J’ai hésité à la reprendre dans cet article, car vous allez y voir sans doute un mauvais jeu de mots à propos de ce film. Tant pis, j’assume.

Un scénario pourtant né d’une bonne idée : vanter le courage d’une partie de l’Humanité. Dans trois contextes socio-culturels très différents : l’Inde des Intouchables, l’Italie du Sud des artisans en TPME et le Canada des cadres supérieur-e-s qui se battent pour des promotions internes.

Pourquoi pas? Même si ce parti-pris est déjà un peu stéréotypique. Mais là où cela se gâte, c’est que ne sont concernées que des femmes. Et que le courage que l’on vante tout au long de ce film revêt une forme « exceptionnelle ». Alors, pourquoi que des femmes? Si on veut les valoriser, pourquoi ne pas plutôt promouvoir le courage « ordinaire » de celles qui se lèvent aux aurores et s’effondrent le soir, après avoir fait face à tous leurs « devoirs » familiaux, conjugaux, professionnels et autres… Car on en trouve même qui ont le courage de défendre les Autres, d’être militantes, d’être généreuses envers celles et ceux qui vivent dans des conditions encore pires que les leurs.

Les figures de la Mère, de l’Entrepreneure, de la Malade, on les connaît. Et je ne vois pas en quoi elles défendent la cause des femmes, car il est aussi bien des hommes qui correspondraient à ces figures. Avec en plus, pour le premier cas, le regard d’une partie étonnée de la société, de les voir sortir de leur « rôle ».

Je vous parais peut-être dure, mais j’ai été vraiment choquée par le procédé. D’autant plus que les images sont superbes, bien qu’un peu trop « léchées » à mon sens. Et que les actrices incarnent au mieux les personnages. Mais oser les relier par une histoire de cheveux, de manière aussi grossière, est pour moi une insulte à toutes les femmes et à tous les hommes qui luttent au quotidien pour l’Humanité / l’humanité…

Pourtant certaines scènes du film la retracent, cette bravoure ordinaire, cette résilience quasi-permanente.

Je me méfiais de ce film annoncé d’une telle manière. J’avais bien raison. On nous renvoie à l’époque narrée par mon vieux professeur de français, lorsque j’étais au lycée. Il nous racontait que le plaisir de sa (très, pour moi) vieille maman était d’aller au cinéma voir des mélodrames en noir et blanc (il devait avoir plus de 50 ans en 1965, donc sa maman devait être née vers 1890…). Et elle avait au bras un panier rempli de mouchoirs…

J’allais oublier de vous dire pourquoi l’expression pourrait être interprétée comme un mauvais jeu de mots !

Le film pourrait se résumer ainsi, si l’on s’en tient aux cheveux : une Canadienne en chimio achète une perruque faite de vrais cheveux. Ceux-ci sont préparés par des femmes dans un atelier du sud de l’Italie. La jeune fille qui en hérite lutte contre les difficultés financières, et son ami Sikh l’aide à importer des cheveux provenant d’un temple indien où les femmes se font raser pour que leurs voeux soient exaucés. Je n’invente rien!

Et j’allais aussi oublier de préciser de quel film il s’agit.

Voici l’affiche en question…

Kiss the One we are

Etes-vous anglophone? Moi pas vraiment… Aussi ce titre m’a-t-il interpellée. Et continue-t-il à le faire… même après avoir vu le spectacle ainsi nommé. J’ai bien une idée de ce qu’il sous-entend, mais j’aimerais avoir l’avis de celles et ceux d’entre vous qui connaissent suffisamment cette langue – et j’ajouterai la culture – pour interpréter cette ellipse… A vos claviers, pour les « commentaires »!

L’énigme du titre ne m’a pas empêchée de filer à Chaillot voir ce dont il s’agissait. Chaillot en travaux…

… comme les abords de la Vieille Dame en face, qui commencent à dévoiler la nouvelle perspective depuis la vaste salle, naguère agréable restaurant, désormais ressemblant davantage à un hall de gare avec même un mini-comptoir « speed drink ou food ».

Qu’est-ce qui m’a donné envie d’y aller? Pas d’affiche. Il n’en existe pas! Simplement le texte présent sur le site du Théâtre National de la Danse :

« Daniel Linehan a demandé aux danseurs : « What moves you ? » (qu’est-ce qui vous meut ?) Sur la base de cette question, le public assiste à l’émergence de l’intime chez les neuf danseurs : les indications physiques reçues, les réactions, la mémoire du corps… un dialogue sensible en plusieurs strates s’élabore entre les interprètes et le public sur la joie universelle de danser. »

Me voici donc installée au premier rang, en ce soir de décembre, face à une non-scène noire, plongée dans une semi-obscurité. Y arrivent les un-e-s après les autres des hommes et des femmes, revêtu-e-s d’étranges accoutrements. Iels s’installent à divers endroits, dans des postures variées: debout, allongés, assis. Et demeurent silencieux et immobiles. Pas de musique. La salle attend.

Au bout de minutes qui paraissent longues mais permettent aussi de faire la coupure avec « la vie de dehors », « la vie d’avant ». Un homme se met à émettre des cris . Vêtu de noir. Fesses soulignées par des lèvres de feu… Il crie, agite la tête de droite à gauche, de haut en bas. Ses cris évoquent les animaux, et font naître diverses associations d’idées : homme pré-historique? animal blessé? appel à la meute? souffrance ? plaisir? envie? Puis il se tait. Et tout redevient silencieux.

Encore une attente dans la pénombre et le silence. Une des jeunes femmes debout avance vers le centre de la scène, marqué par un cercle assez large, au centre duquel se trouve un objet rond. Elle se penche et allume un brasero. Un vrai. Du vrai feu. Jamais vu cela dans les ballets jusqu’à présent! Elle regagne sa place et le silence revient.

Les flammes éclairent les corps et visages immobiles des individus sur le sol, mais aussi dans la salle. Le public sent monter l’odeur du feu. Une odeur étrange, pour un univers étrange, où de rares arbustes sont accrochés, sans racines ni appui sur le sol.

Une des personnes, assise les jambes allongées sur le sol, commence à bouger légèrement. J’utilise volontairement l’épicène, car, jusqu’au bout il sera impossible de la faire entrer dans une catégorie de sexe. Elle (car « personne » est féminin!) bouge, remue les mains, les pieds, puis le corps, et finit par ramper, pour progressivement se relever, avec l’aide de deux autres, dont un homme vêtu de blanc. Blanc de deuil ou blanc de la médecine? Par la suite il me semblera médiateur, comme chaman…

Je ne vais pas vous raconter tout le spectacle. Il faut le voir. Ou plutôt il faut le vivre. Dans son originalité. Dans sa singularité. Je devrais dire « dans la singularité de chaque être ». Allier spécificité, singularité, personnalité et unicité, fraternité, solidarité… est-ce ce qu’a voulu faire le chorégraphe? Si tant est que l’on puisse parler de chorégraphie ici, tant tout apparaît comme spontané, mais un spontané travaillé. Encore un oxymore! Tout est oxymore en somme, dans ce que j’ai ressenti de ce spectacle. Peut-être est-ce ce qui le rend si vivant, à la fois léger et profond, esthétique et émouvant, prenant et prégnant… Même le décor devient partie prenante de la danse, lorsque chacun-e se saisit d’un seau de caoutchouc noir pour déverser une sorte de sable ocre rouge sur le sol, créant des vaguelettes, des creux… ou lorsque les pas de danse retravaillent ce décor, sous forme de soleil géant, de formes plus ou moins circulaires….

Si vous ne pouvez aller le voir, voici quelques extraits qui vous parleront mieux que je n’ai su le faire : un ici, qui « montre » et un autre , qui « explique » (mais en anglais!). Un texte très intéressant, aussi, est en ligne.

J’allais oublier de parler des sons. Sons vocaux, comme les cris et chants. Sons musicaux, comme celui produit par un étrange petit instrument ressemblant à un petit tambourin que l’on place sur un micro. Sons de la nature… et musique « moderne », incitant à des danses débridées. Alternance de replis et d’expansion, de calme et d’agitation, de solos et de danse à deux / trois / plus… Tout y est. L’article cité ci-dessus parle d’holisme. Pas mal vu…

Bien sûr, pas d’image. De toutes façons, j’étais trop « prise » pour en prendre. Juste, comme vous en avez l’habitude, celles de la fin (toujours aussi mauvaises!).

J’ai eu le temps, car il y a eu plusieurs rappels. Le public était ravi. Je dirais même « heureux ». Car c’est un de ces rares spectacles qui fait qu’on en sort plus « Humain » et plus « heureux/euse »…

De Staël au MAM (suite et fin)

Je vous ai peut-être ennuyé-e-s avec cette série consacrée à une seule exposition? Mais, à mon sens, elle valait bien ces quatre articles ! Et encore, il y a tant de choses que j’aimerais encore vous dire… Aujourd’hui, je vais orienter mon propos vers trois axes. Le premier : des oeuvres quelque peu différentes des autres… Le second : ce que vous n’avez pas encore « vu », peut-être, et que, pour ma part, je ne connaissais pas : objets et natures mortes. Les dernières « expériences » de l’artiste. Le troisième : quelques tableaux ou écrits qui m’ont particulièrement touchée, pour diverses raisons.

Un large éventail de techniques et de créativité

L’artiste a expérimenté diverses techniques, comme le collage, ou encore le fusain.

La variété des oeuvres est saisissante. En voici deux assez différentes des autres, et que j’ai beaucoup appréciées.

Objets et natures mortes

Tout un pan de la production artistique du peintre, que je ne connaissais pas ! Notez que je suis bien ignare, certes. Mais quand même! J’ignorais qu’il avait passé les derniers temps de sa trop courte vie à s’essayer au figuratif. Et pas n’importe lequel : des objets et des « natures mortes ». Jusqu’à tenter les « poissons morts ». Si, si! Bon, cette toile, je ne l’ai pas retenue. Par contre il en est d’autres que j’ai envie de vous faire découvrir….

Les détails sont surprenants, si vous observez bien…

Ils peuvent révéler une forme de libération, de légèreté… ou de révolte ?

Devinez ce que représente la toile ci-dessus ?

D’autres détails au contraire suscitent la peur… Du noir, du noir… et une tache blanche…

Et, en dessous, du rouge sanglant… comme l’enveloppe d’une lettre annonçant un suicide…

Vous n’êtes pas sans avoir remarqué que le noir et le blanc rivalisent dans ces dernières oeuvres de l’artiste… Un exemple. D’abord, du blanc, du blanc, comme du vide…

Beaucoup d’émotion(s)

C’est ce que je retiendrai de la visite de cette exposition. Pas un moment de sérénité, on est littéralement entraîné dans un tourbillon d’émotions. Qu’il s’agisse des photos, du film retraçant la vie de l’artiste, des oeuvres ou des écrits, impossible de rester insensible et calme. On est emporté… Une sorte d’ivresse…

Ivresse des mots. J’ai la sensation que l’artiste aurait pu tout aussi bien être écrivain. Les quelques écrits de lui présentés au Musée en sont pour moi la preuve.

Ivresse des couleurs, mais aussi présence du Vide…

Comme l’annonce de la fin funeste, et de la fuite de l’Oiseau parmi les autres…

Comme un écho…

Il se trouve que j’ai, selon mon habitude, « saisi » quelques instants du Musée par des photographies en noir et blanc. En choisissant les clichés pour cet article, j’ai eu un choc : une des photos entrait en correspondance avec un des tableaux qui m’avait émue. Comme un écho…

De Staël au MAM (3)

J’espère que vous avez pu reconnaître le chef d’orchestre (à cette époque, point de femmes!) et les deux premiers violons, la clarinette et la contrebasse (détail ci-dessous)?

Poursuivons donc la visite, sous un autre angle, tout aussi subjectif et personnel, comme un écho à ce blog…

Nomadisme

Je me demandais ce qui m’attirait chez De Staël- hormis l’admiration pour l’artiste. J’ai trouvé : le nomadisme est notre point commun. Avec une attirance pour l’eau et les bateaux. Du début à la fin, l’exposition le reflète. Jugez-en plutôt : voici l’un des premiers peints par le jeune Nikolaï.

Et voici l’un de ses derniers…

Comme une parenthèse de vie qui s’ouvre dans une lumière blafarde et se ferme dans l’obscurité où la ville devient fantôme, avant le dernier sursaut et la sinistre fin.

Des bateaux non point ivres comme celui de Baudelaire – même si, ici aussi, les fleuves sont « impassibles », mais au contraire bien corsetés, comme immobiles ou immobilisés, sages jusqu’à celui que je n’ai pas photographié, hélas, et qui semble imploser.

Les cabines telles que la mienne n’existaient pas à l’époque, mais des tentes étaient plantées sur les galets ou le sable. Elles regardent passer ces statues flottantes…

Pourtant l’artiste a voyagé. Avec une sorte de frénésie, par moments. Accompagnés de ses ami-e-s et/ou des diverses femmes de sa vie (parfois deux en même temps…). Des carnets de voyage en témoignent, mais aussi des tableaux où il exprime les lumières et les couleurs, mais aussi les sensations.

Gentilly, comme une métaphore du Spleen…

Un paysage glacial, comme en écho actuel à certains peintres flamands de naguère…

Grignan, résistant contre une luminosité trop forte…

Un ciel vangoghien et un soleil écrasant littéralement ce paysage…

Je n’ai pas repris ici les paysages italiens, aux couleurs violentes comme celles de ce tableau.

L’important est-il la destination ou la Route elle-même?

Et la mer, comme encore une référence à Baudelaire, double dans celui qui suit, avec ce « ciel bas et sombre », tel un « couvercle »…

Ciel et mer qui se répondent et se confondent pour mieux se distinguer, dans les oeuvres inspirées de la Normandie.

De Staël au MAM (2)

Comme je vous le disais dans le précédent article, il n’est pas facile de rendre compte d’une visite comme celle-ci. Je vais toutefois essayer de continuer, sans, bien évidemment, prétendre à une quelconque exhaustivité. Encore moins, d’expertise!

Déstructurer et fragmenter pour restructurer

Je ne sais si c’était l’un des objectifs du commissaire et de son équipe, mais l’un des ressentis les plus forts a été celui d’une récurrente envie de déconstruire pour reconstruire, comme si l’Homme s’appropriait son environnement en le restructurant. Voici quelques exemples des tableaux qui m’ont conduite à cette idée, avec une impression de remise en question permanente.

L’ordre dans lequel je vais vous les présenter est chronologique. Volontairement.

Un premier « ensemble » donne l’impression que le peintre fait feu de tout bois. L’image est sciemment choisie, car certaines oeuvres évoquent pour moi les bûches dans l’âtre, voire un vrai bûcher. Le noir est peut-être pour quelque chose dans cette interprétation toute personnelle.

Au passage, toutes mes excuses pour les photos… On fait ce qu’on peut quand il y a du monde! Piètre argument, je sais…

Comme vous le remarquez sans doute, les courbes sont rares, ou faibles. Elles vont le devenir de plus en plus, quand la structure sera plus analysée, étudiée, peaufinée.

Jusqu’à la pureté extrême de ce tableau qui m’a subjuguée.

Jouer sur les couleurs et sur les formes, ou se jouer des couleurs et des formes?

En guise de transition, j’ai choisi cette oeuvre, dont on voit une des phases préparatoires. Erasse a publié un ouvrage sur « Le Détail ». Une question alors : l’esquisse a-t-elle précédé la peinture, ou est-ce l’inverse?

Pour en revenir à la couleur, après le noir j’ai retenu le gris, dans toutes ses nuances subtiles et plus ou moins lumineuses. Le tableau ci-dessus est un magistral exemple de ces noirs et gris, que séparent des blancs. L’ensemble perturbé par d’autres teintes très discrètes, dont des bleutés et des roses…

Touches organisées en structure verticale, alors que les suivantes invitent à une lecture plus horizontale.

Le rouge apparaît dans toute sa violence, que seul le noir vient briser. Ce rouge, on va le retrouver durant toute la période où le peintre va interpréter des scènes de la vie sportive, comme les matches ou les spectacles. Je ne reviens pas ici sur les sports collectifs, qui ont donné lieu à une exposition que j’ai vue voici quelques années au Centre Pompidou. Le rouge s’y confronte violemment au bleu et blanc, ou au vert et jaune… Par contre, je finirai cet épisode par la vision fantastique d’un orchestre, un des tableaux-phares de cette exposition. Et j’en profite pour vous présenter un petit jeu… Quels personnages « voyez »-vous? et quels instruments? Car, pour moi, c’est l’une des tensions fortes de l’artiste : interprétation ou représentation?

De Staël au MAM (1)

J’ai déja vu de nombreuses expositions sur ce peintre, et hésitais à en voir une autre. D’autant que l’affiche était peu alléchante, ne trouvez-vous pas? Mais je n’ai pas regretté d’y être allée, loin de là! Car cette exposition a révélé pour moi des toiles dont j’ignorais l’existence. Cependant elle m’a aussi permis d’en retrouver d’autres, dont je ne me lasse pas…

La présentation est « ordinaire », sur le mode « chronologie ». Avec toutefois un parti-pris de focaliser sur la technique, en particulier sur la composition des tableaux.

Difficile, pour moi, de sélectionner les oeuvres que j’ai envie de partager avec vous! Je me lance, en commençant par le graphisme. Car des esquisses et dessins qui ponctuent l’exposition m’ont intéressée, intriguée ou séduite, quand ce n’était pas les trois à la fois.

Esquisses et dessins

Dès ses premières années artistiques (tout au moins connues, car n’avait-il pas commencé avant, durant exode et exil?), le jeune baron Nikolaï Vladimirovitch Staël von Holstein « trace » des paysages évocateurs. Nous retrouvons cela tout au long de la vie de ce « nomade », d’abord involontaire, puis désireux, voire avide, de découvrir, encore et encore, de nouvelles lumières, de nouvelles couleurs.

J’ai hésité à placer le premier d’entre eux dans cette catégorie, car il est un peu hybride. Premier dans ce texte, mais aussi premier dans le parcours. Et tout y est déjà…

Une vingtaine d’années plus tard, le trait est plus fort, plus vif, comme plus « impatient », quand il évoque Grand Fort Philippe.

Les ports fascinent visiblement le Voyageur. Et ce qui permet de les quitter, ou de les retrouver : les bateaux…

Le dessin n’est pas la finalité, il n’est que le moyen de rechercher, encore et encore. D’une part, les formes, comme dans ce qui précède ou ce qui suit, d’une incroyable légèreté et pureté…

Il est aussi comme un promesse. Promesse d’un tableau, promesse de l’Oeuvre ultime.

Mais le dessin est aussi structure – j’allais écrire « structurant », mais cela me semble réducteur pour la suite du processus créatif.

Avouez que vous n’êtes pas loin, comme moi, de penser que cette ébauche qui retrace la composition (au sens actif) d’une oeuvre en est une elle-même?

Pendant toute une période (certes, courte, car tout est en séquences rapides chez le jeune peintre visiblement hyperactif), la structure qui devrait « cloisonner » les couleurs est ainsi tracée.

L’incroyable créativité de Carolyn Carlson

Depuis bien longtemps je « suis » cette chorégraphe hors normes, qui m’a séduite dès que je l’ai vue en Avignon, voici… je ne sais combien d’années… La dernière fois que je l’ai vu danser, c’était au Musée d’Orsay, et elle était seule, non sur une scène mais sur le sol, devant nous qui étions assis-e-s par terre. Maintenant elle ne danse plus, je pense? Mais elle continue de créer, encore et encore. Et de nous enchanter.
Ce fut le cas cette semaine, dans la salle du Théâtre Libre, dont les « hiéroglyphes » et les « sequins-boucliers » m’interpellent.

Le public était tellement « pris » qu’il a mis du temps avant d’applaudir, à la fin du spectacle. Et les applaudissements ont duré, duré, duré… Les trois danseurs et les trois danseuses le méritaient largement. Mais aussi celle qui a imaginé un tel spectacle. A la fois onirique et authentique. A la fois inspiré de l’Histoire de l’Humanité et des histoires des humains.

On pouvait par moments revivre les grands mythes, Orphée et Eurydice, Icare, Faust… et à d’autres moments revivre les épisodes sanglants de notre histoire, mais aussi nos élans, nos amours, nos enthousiasmes… La Vie. Et la Mort. Jusqu’à la Cène « interprétée », dans tous les sens du terme. Les portes glissant sur la scène comme autant de portes vers le Bonheur ou vers la Disparition. Vers le Paradis ou vers l’Enfer.

Et ces corps qui courent, glissent, s’entrelacent, se rejettent… Jouant avec des chaises, bondissant sur des pneus ou des tables. Dans des rythmes tantôt endiablés, tantôt d’une lenteur, pour ne pas dire d’une langueur (sur)prenante… La musique est remarquablement variée, et les chansons lancinantes ou entraînantes.

Ces corps et leurs clones, dans un film projeté à la fenêtre dominant la scène. Comme autant de fantômes, de spectres, d’âmes… ou simplement de doubles, symbolisant peut-être une autre Vie, une forme de Résurrection?

Bref, 72 minutes que l’on ne voit pas passer, tant on est enveloppé – que dis-je, enlevé/élevé/transporté – par cette alternance de tourbillons spontanés de vie et de marche ralentie, réfléchie, de mortels qui hésitent parfois à franchir le seuil…

J’allais oublier… Si vous voulez avoir un aperçu, regardez cette vidéo