L’Auberge aveyronnaise

Non, je n’ai pas décidé d’écrire une série sur les restaurants proposant une nourriture saine et robuste, ni sur ceux qui évoquent les belles montagnes auvergnates, du nord au sud… Mais il se trouve que, par deux fois cette semaine, j’ai été invitée à déjeuner dans ce type de restaurant. Donc, en ce jeudi 18 avril, direction Bercy. Pas le ministère, mais un petit restaurant typique niché non loin du beau parc où vont faire la sieste les employé-e-s de celui-ci. Alors que les cadres, visiblement, ont élu domicile au restaurant sus-cité, à en croire par le nombre de « cols blancs » essentiellement mâles qui y déjeunent.

Je connaissais cette auberge, c’est pourquoi j’y ai entraîné mon ami, pour le consoler d’avoir dû « remonter » de son Var tant aimé et d’affronter la froidure de ces journées où l’on n’est pas censé se découvrir d’un fil – d’ailleurs, à vrai dire, on remet plutôt des « petites » (voire des grosses) laines! Et je l’ai retrouvée inchangée. En voici l’histoire telle que narrée sur le site, avec juste quelques erreurs d’orthographe en moins.

« Pour assurer cette relève, Tonton Georges en bon Aveyronnais voulait transmettre sa maison aux gars du pays, trois associés, trois amis, Dorian Alvernhe, Cédric Broussole et moi, Fabien Gayraud, neveu des créateurs.

Tous issus de la région, racines bien ancrées, bercés plats de nos mamans, grand-mère, attachés à pérpétuer nos valeurs gastronomiques et de convivialité, qui font la renommée de notre Auberge Aveyronnaise.

Depuis près de vingt ans, une histoire de passion, d’amitié, une belle histoire comme savent si bien les écrire les Aveyronnais. »

Une jeune serveuse apporte la carte, qui comporte, comme dans nombre de brasseries parisiennes, une liste des « plats du jour », selon les jours de la semaine. Nous sommes jeudi… quelle chance! c’est justement la truffade, un de mes plats préférés! A boire? Du Marcillac, bien sûr. Je ne connais pas l’Estaing, et me suis jurée d’essayer un jour… Mais comme elle m’a dit qu’il était beaucoup plus léger, j’ai pensé qu’il ne « ferait pas le poids » avec une truffade, du jambon d’Auvergne et de la salade.

« À l’ouest de Rodez, au pied de l’Aubrac, Marcillac est la plus importante appellation aveyronnaise, qui a longtemps été la seule à bénéficier de l’AOC. Historiquement liée à l’abbaye de Conques, elle est implantée dans la région naturelle du Vallon de Marcillac, dépression bordée par des régions d’élevage bovin ou ovin. Dans ce piémont du Massif central, les hivers sont rudes, mais les étés se montrent secs et chauds. Le vignoble est implanté sur les coteaux les mieux exposés de vallées encaissées?; généralement très pentus, ces derniers ont souvent été aménagés en terrasses. Le terroir se singularise par ses sols de couleur rouge violacé, riches en oxydes de fer, les rougiers. Cépage principal de l’appellation, le fer-servadou, appelé ici mansois, donne un vin à la fois tannique et très aromatique, d’une grande originalité. » (source)

Mon ami a préféré l’aligot – saucisse, plus aveyronnais, il faut l’avouer. Les deux étaient absolument excellents. Je n’avais jamais mangé une telle truffade : elle était agrémentée d’un délicieux jus de viande.

La bouteille n’a pas suffi… Avec la tarte tatin, une carafe du même vin a dû la compléter! Puis café et, bien sûr, vieille prune. Au départ, un seul verre partagé. Mais il n’a pas suffi, non plus, et, le temps passant, a été aussi complété. D’autant que nous avions noué conversation avec une table voisine, une charmante jeune femme qui nous a expliqué hésiter entre son métier actuel (la restauration) et un nouveau (la décoration intérieure)…

Une très bonne adresse, encore, et des tarifs tout à fait raisonnables, comme vous pourrez le constater sur la carte en ligne. https://auberge-aveyronnaise.paris/. Un excellent moment de gourmandise et de convivialité, un de plus!

La Ferrandaise

Un petit restaurant niché sur le petit bout de la rue de Vaugirard qui relie le jardin du Luxembourg et celui que l’on nommait naguère le Boul’Mich, non loin de l’un des seuls restaurants coopératifs de Paris, l’Indonesia…

Difficile à repérer, tant il est discret. C’est en cherchant sur le net un restaurant renommé pour sa blanquette de veau que je l’ai trouvé. Il venait, disait l’article, de rouvrir après une assez longue fermeture.

Et je n’ai pas regretté ce choix. Imaginez un petit restaurant tout en longueur, cosy, chaleureux, où l’on est accueilli dans un décor rappelant l’Auvergne et ses magnifiques puys.

La Ferrandaise, je croyais que c’était une habitante de Clermont-Ferrand… Que nenni! Ce sont des Clermontoises. Non, une Ferrandaise, c’est une vache…

« Race du Puy de Dôme, la Ferrandaise est une vache très rustique et polyvalente. Élevée dans les parties montagneuses du département, elle se caractérise par sa longévité, sa bonne fécondité, ses qualités maternelles et son aptitude à la marche. C’est une race mixte : elle est aussi bien utilisée dans des systèmes laitiers avec transformation fromagère à la ferme, que dans des systèmes allaitants.

« La Ferrandaise est une race rustique, qui ne craint pas le froid, et n’a pas de problèmes de pieds ou de membres. C’est une marcheuse infatigable qui a beaucoup d’énergie, ce qui la faisait apprécier pour le travail et le parcours en estive.

Le lait de la Ferrandaise est à l’origine de fromages aussi divers que le bleu d’Auvergne, la fourme de Rochefort, le Saint-nectaire ou la fourme d’Ambert. Race laitière de type mixte, elle est encore traite dans un certain nombre d’élevage, qui transforment le plus souvent le lait à la ferme. Elle peut aussi être utilisée en système allaitant : c’est une nourrice parfaite pour obtenir des veaux à croissance élevée, lourds et bien conformés. » (source)

Et c’est bien elle que vous voyez sur les photos ci-dessus! Comme sur cette carte postale ancienne, présentée sur le site de l’association éponyme.

Et vous avez vu ses belles cornes en forme de lyre?

Une carte simple, qui sent bon effectivement les bovidés de cette région, et offre des vins du crû. Alors, blanquette de veau et riz pour les uns, quasi de veau et purée pour les autres, le tout accompagné d’un Châteaugay, vin que mon père, jadis, appréciait presque autant que le vin de Boudes et le Chanturgue, et plus que le Saint-Pourçain.

« Le cahier des charges indique comme cépage principal le gamay et comme cépage accessoire le pinot noir. Le gamay, favori des terres auvergnates, apporte le goût franc du fruit et la structure du vin. Le pinot rajoute de la complexité, de la finesse et de la richesse à ses arômes, et favorise aussi la possibilité d’une garde plus longue.

La couleur du vin de Châteaugay est d’un rubis à la fois profond et vif, qui le différencie de celles des vins de Boudes et Chanturgue, plus sombres. Sa saveur est poivrée, longue en bouche. Les deux forment la signature d’un cru original. Le Châteaugay rouge a des saveurs de fruits rouges, ses tanins sont élégants : c’est généralement un vin souple, facile à boire, dont la légère acidité fait la fraîcheur et l’authenticité. » (source)

J’apprendrai par la suite, en recherchant des informations sur ce vin, qu’il est produit par un ancien rugbyman de Riom, Roland Royet, et son épouse Catherine, qui ont opté pour le bio et sont installés à Ménétrol. Curiosité de ma part : pourquoi Ménétrol et non Châteaugay? En réalité, il n’y a que 7 kms entre les deux…

Au dessert, une tatin avec un petit bol de crème fraîche. Un vrai régal que ce repas.

Quant à l’ambiance… Très vite les relations se nouent d’une table à l’autre. Un couple, table voisine, partage son bonheur de vivre. Une dame, un peu plus loin, nous transporte à Madagascar, où elle élève des chevaux sur 17 hectares. On goûte les vins des uns et des autres, on échange gaiement. Au café, la dame seule nous rejoint. Un moment serein, gai, intéressant. Et chacun-e se promet de revenir. La voisine veut privatiser la cave, qu’elle a visitée et beaucoup appréciée. Je réalise maintenant que j’ai oublié d’aller la voir! Qu’à cela ne tienne, ce sera pour la prochaine fois. Car je n’ai jamais mangé viande si tendre et si bien cuisinée, pour un prix fort raisonnable. Un lieu qui vaut le coup qu’on s’y rende et s’y attarde… Ah! j’allais oublier! Si vous voulez en savoir plus, son site est ici.

Sacrilège! : une exposition inspirante

Je n’avais pas entendu parler de cette exposition, mais un ami m’y a entraînée, et je ne l’ai pas regretté, loin de là. J’ose affirmer qu’elle enrichit. Elle nourrit la pensée. Surtout en ces temps troubles où l’on se sent parfois en tension entre nos valeurs et nos réactions… Les Archives Nationales présentent ce que je nommerai des pistes de réflexion autour des questions vives que sont l’articulation politique / religion(s), Etat / Eglise(s) ou autres organisations autour des religions, et l’impact sur le juridique, voire le quotidien. Passionnant et très riche!

Je vous emmène donc dans l’Hôtel de Soubise, remarquable exemple d’architecture et de jardins classiques.

Le parcours est d’abord historique, et commence avec l’histoire de Socrate. J’aimerais citer un vieil article (paru dans Le Monde en 1956!) à ce sujet, qui montre comment on en arrive (encore maintenant, hélas) à des aberrations comme le procès et la mort du philosophe.

« DEPUIS deux mille cinq cents ans Socrate est resté pour nous ce qu’il était pour ses contemporains : l’homme des contrastes. Il est l’avocat du pur entendement, mais aussi le messager de l’Erôs ; le philosophe critique, mais aussi l’homme guidé par des avertissements lumineux ; le porte-parole d’une morale pratique, mais aussi le visionnaire qui se sent rattaché aux essences éternelles. Son procès ajoute à son ambiguïté ou plutôt y met le sceau. Condamné pour impiété, c’est-à-dire pour introduire des nouveautés dans la religion et la cité, il était profondément religieux et parfait citoyen, soumis plus qu’aucun autre aux rites et aux lois. A l’heure où la raison ébranle les anciennes règles, son propos tend plutôt à retourner d’une certaine manière le rationalisme contre lui-même pour le mettre au service de la tradition. Mais ses juges n’ont su comprendre cet étonnant paradoxe. Sans doute parce que, au delà des affirmations et des négations qui opposent les hommes, Socrate a découvert une source plus originaire, la pensée interrogative ou dubitative, une certaine synthèse ou plutôt unité de la pensée interrogative et de la pensée dubitative. Et cette attitude, qui fait du doute une interrogation continue, il la maintint jusqu’au bout, capable de fixer la mort et de lui parler face à face. » (source)

Après Socrate, on en arrive assez vite à Jésus, bien sûr. A l’accusation de « blasphème » porté contre lui par Caïphe, lorsqu’il maintint son affirmation de filiation divine.

Trois expressions, trois motifs de sanction au nom des autorités… de l’Etat ou religieuses? « Lèse-majesté »; « blasphème »; « hérésie ».

Les rois de la récente France vont s’emparer de ce système « confusionnant » (si j’ose dire) pour asseoir progressivement leur pouvoir, y compris face à la toute-puissante Eglise catholique et à ses papes.

Et celui qui fut sanctifié et devint Saint Louis n’a pas été le plus tendre, en faisant brûler au fer rouge les lèvres des personnes accusées de blasphème! Et il a régné 43 ans… Or c’est sa canonisation, en 1297 qui permit la sacralisation de la dynastie royale et conforta sa puissance.

Un peu de généalogie pour se rafraîchir la mémoire et voir comment on en est arrivé à celui qui fut assassiné par l’un d’entre eux, devenu roi parce que la branche des Valois s’éteignait?

Et ça se corsa… car les protestants s’en mêlèrent, si j’ose dire…

Un tableau m’a particulièrement frappée, et j’ai eu la chance de l’entendre commenter par mon ami, féru d’histoire et doté d’une forte capacité d’objectivation. C’est le Typus religionis. Comment cette allégorie des ordres religieux, saisie chez les Jésuites, a-t-elle pu m’échapper jusqu’à présent?

Je ne vais pas tout vous dévoiler, et vous laisse en découvrir la richesse par vous-même. Mais, pour en revenir à Ravaillac et Henri IV, ce tableau inverse l’opinion répandue par l’histoire : l’assassin est parmi les personnages qui grimpent l’échelle menant au navire, alors qu’Henri IV est parmi les personnages de droite, destinés à sombrer…

Ce qui fait écho à ce tableau.

On voit à quel point la « diabolisation » a été exploitée par les uns et les autres, aboutissant aux supplices, tortures, crimes… et aux accusations plus ou moins (in)justifiées, comme celles qui figurent sur ce long rouleau correspondant au procès de Guichard, évêque de Troyes.

Vous l’avez compris, l’exposition est très riche et pousse à s’interroger et questionner ses propres principes. Au détour d’une salle consacrée à l’Histoire…

… une télévision! Qui apparaît comme anachronique, c’est le moins qu’on puisse dire. Pourquoi siège-t-elle là? Parce qu’elle évoque un événement qui touche à la question soulevée : le match de football où le fait que la Marseillaise soit sifflée par une partie du public (en particulier les supporters corses) a provoqué l’ire présidentielle, et poussé Jacques Chirac, alors président de la République, à quitter le stade avant le début de la rencontre. Son discours évoque à la fois le blasphème « (« atteinte aux valeurs essentielles de la République) et une forme de sacrilège… Je vous laisse regarder cela sur les archives de l’INA.

Un autre téléviseur relate les débats autour du port du voile, et la dernière salle est consacrée à ce sujet et à celui de la censure… Quand défendre la laïcité entre en tension avec la liberté d’expression… Vous voyez comment cette exposition « remue les méninges »!

Le Don Quichotte de Noureev

Il reste quand même celui de Cervantès, ne vous inquiétez pas! Simplement, le ballet est signé du célèbre chorégraphe… et cela se sent, cela se voit, cela s’admire. Le public ne s’y est pas trompé; il était nombreux en ce soir d’avril à l’Opéra Bastille. Et les ovations durèrent bien longtemps à l’issue du spectacle!

Qu’ai-je préféré?

Les « espagnolades » de la première partie, tout en nuance de rouge vif et vert éclatant ?

Le duo entre amoureux, contraints de se cacher pour échapper à l’ire paternelle? Le côté slave de la deuxième partie, tout en nuances de gris, de bruns et de bleus, seulement troublées par le rose et le vert pâles des tutus du corps de ballet?

Les performances des trois danseuses, dont j’ai imaginé qu’elles représentaient chacune une image de la Femme (en l’occurrence, la Femme rêvée par le poète, Dulcinée)… Rouge et Or : domination, pouvoir, aisance. La « Mère »… Or et blanc : volupté, séduction, attirance… La « Maîtresse ». Blanc : pureté, virginité, innocence. La « Dame des pensées », chère aux chevaliers et aux troubadours ou trouvères. Et, du coup, m’est venue une autre idée. Et s’il y avait un tryptique relié au « féminin », déjà discernable dans les Evangiles : Sainte Anne, Marie et Marie-Madeleine…

Mais revenons à l’Opéra. Une petite flûte, le programme… c’est bon, on y retourne!

De ma place, premier rang de corbeille, je voyais très bien tout l’orchestre et son chef. Remarquables d’un bout à l’autre de la partition.

Curieuse destinée que celle des musicien-ne-s condamné-e-s à la « fosse »… Seule la tête du chef d’orchestre doit dépasser pour les premiers rangs ! Jouer, et jouer aussi longtemps, des airs aussi variés, tout en restant invisible pour le public… C’est cruel, non? Aussi ai-je compris qu’iels filent rapidement à la fin, sans laisser loisir aux auditeurs/trices de les ovationner comme iels le méritaient! Car, s’il y eut quelques « couacs » côté danse, je n’en ai relevé aucun côté musique… or le poème symphonique composé par Strauss en 1897 n’est pas simple à interpréter. Une belle critique en est proposée sur le site de France Musique. Je vous invite à la lire, et à écouter les extraits proposés…

Côté danse, je me suis demandé pourquoi le danseur étoile paraissait plus « léger », plus « gracieux », plus « aérien » que les danseuses. Volonté du chorégraphe? Ou virtuosité rendue possible par la liberté? Sont-ce les pointes qui « vissent » les danseuses au sol?

Mais n’exagérons point : certaines figures furent remarquables, et la technique est bien là. J’ai cependant – vous l’aurez compris – regretté un manque d’ « envols »… Néanmoins, un superbe ballet… Les photos prises à la fin (pas le droit – et pas l’envie – d’en prendre pendant le spectacle) sont floues, mais je vous les transmets quand même, pour que vous ayez un aperçu des personnages.

Ici, vous découvrez le père et le prétendant évincé

Quelques « toréadors » et, à l’extrême droite, Sancho Pança

Au centre, Don Quichotte

Le Chef d’orchestre, entraîné par le Chevalier

La danseuse et le danseur « étoile »

Des étoiles, j’en avais plein les yeux, et j’étais ravie d’avoir assisté à ce beau spectacle. J’en garde beaucoup de souvenirs, impossibles à lister ici. Et mon admiration pour Noureev n’a fait que croître, en particulier pour la mixité culturelle revendiquée ici…

La Zone embellie…

Jamais je n’aurais pensé photographier Mers-les-Bains et Le Tréport sous cet angle peu « touristique ». Mais l’occasion était trop belle, en ce lundi de Pâques, avec ce double arc-en-ciel qui me faisait de l’oeil!

Et, pour une fois, je n’ai pas haï mon Iphone qui enregistre toutes les photos d’abord en vidéo, car écoutez en regardant ceci :

La vue sur le port tout proche était aussi impressionnante… mais il ne restait plus qu’un bout de l’arc!

Découverte de l’Opéra Royal de Versailles

Loin d’être une royaliste convaincue, je ne fréquente guère le Château de Versailles, si ce n’est pour ses magnifiques Jardins. Mais en ce soir de fin mars, l’annonce d’un ballet d’un chorégraphe que j’apprécie, Angelin Preljocaj, est bien alléchante. M’y voici donc, aux portes du Palais… ou plutôt de son Opéra, aussi royal que la Chapelle voisine, et que les statues qui me font une haie d’honneur dans la galerie qui n’est pas des Glaces…

Une foule plutôt BCBG attend patiemment… Le temps d’admirer une maquette (de quoi???)…

… et de boire une petite coupe (on ne peut prendre du « gros rouge qui tâche », en de tels lieux!)…

… et c’est l’heure. A ma grande surprise, l’Opéra n’est pas aussi vaste que je l’imaginais.

Vous avez vu? On ne peut pas oublier qu’il est « royal »! Même en regardant la scène! J’ai la chance d’être placée au premier rang d’une Corbeille, premier dans deux sens : de face comme de côté, ce qui m’offre une superbe vue sur le rideau…

Le spectacle comporte trois oeuvres : Annonciation, Torpeur et Noces. Dans l’ordre chronologique, il faudrait placer le dernier en premier, le premier en deuxième, et le deuxième en trois. Car ce sont deux créations anciennes, et une plus récente : respectivement 1989, 1995 et 2023. Et, curieusement, mon ordre de préférence va du plus récent au plus ancien. Je m’explique : j’ai beaucoup apprécié Torpeur. Magnifique danse d’une lenteur et d’une profondeur exceptionnelles. En second, Annonciation. Tout aussi puissante, d’une même tension entre pureté / sérénité et érotisme / volupté.

Aussi étais-je « sur un petit nuage » durant la première partie, et suis-je sortie de la salle, tout à fait subjuguée, ravie, le sourire aux lèvres.

Un petit sandwich et une tartelette aux pommes plus tard, me revoici prête à « m’envoler » à nouveau. Euh… J’allais oublié « et une nouvelle flûte enchantée…

Hélas! Le troisième ballet est heurtant, violent, dérangeant. Je comprends qu’un artiste ait besoin de subventions pour survivre, mais de là à produire sur de tels sujets, il y a une marge. Certes, les interprètes sont toujours aussi bon-ne-s. Certes, la technique y est. Certes, j’ai apprécié certaines figures… Mais je n’ai pas du tout validé le rapprochement des deux premières et de la dernière oeuvre; et j’en voulais (oui, c’est le terme idoine) à celui qui m’infligeait une telle déception. Est-ce le chorégraphe ou la personne qui a fait le choix du programme? Quoi qu’il en soit, mauvais choix pour moi que ce « triptyque« …

Il n’en reste pas moins qu’on ne peut rester insensible à la créativité de Preljocaj, au côté « osé » de ses oeuvres, et à la virtuosité des danseuses et danseurs… et que j’ai passé une excellente soirée dans cet Opéra, tout royal qu’il soit… Vous pourrez en voir des extraits ici (et ailleurs, il y en a beaucoup sur le net). Je ne résiste pas à l’envie de copier pour vous deux photos qui évoquent les passages que j’ai adorés, ballets 1 et 2.

Et, franchement, les ovations étaient bien méritées. Dommage que, pour les saluts finaux, les artistes soient dans la tenue du dernier ballet… je préférais celle du deuxième!

Quand l’Arc-en-Ciel illumine le Nord…

Je ne sais plus si je vous ai déjà parlé d’un orchestre extra-ordinaire (dans tous les sens du terme), que j’ai découvert l’an dernier, lorsqu’il joua Brahms à l’Eglise Saint Marcel, à Paris? RSO, c’est son nom. R pour Rainbow, S pour Symphony, et O… vous devinez ! Oui, « Orchestra ». Voici comment il se présente sur son site officiel :

 » Le Rainbow Symphony Orchestra (RSO) est un orchestre symphonique associatif LGBTQI+, ouvert à toutes les personnes qui portent ses valeurs. Ses projets s’inscrivent dans un esprit humaniste attaché à la tolérance et au respect des droits et des libertés de chacun·e. Créé en 1996, il est composé de musicien·ne·s réuni·e·s par l’amour de la musique classique sous la baguette de John Dawkins autour de projets ambitieux, originaux et de qualité. »

Une moyenne d’âge très basse… je dirais au maximum 35 ans. Peut-être moins. Des « jeunes », pour la plupart, au sourire partagé, à l’enthousiasme communicant, au dynamisme incroyable. Qui ont en commun l’amour de la musique et le rejet du rejet. Quel rejet? Celui dont elles et ils ont été victimes, pour avoir revendiqué leur identité.

Le jeune co-président (ci-dessus avec sa co-) de l’association expliquait au début du concert que c’était la deuxième année, en vingt d’existence, qu’ils et elles pouvaient jouer dans une église, et qu’un nouveau refus venaient de leur parvenir de la part d’une autre à laquelle ils et elles avaient pensé pour leurs prochains spectacles, les 22 et 23 juin! Et de remercier l’équipe de Notre Dame du Liban (soit dit en passant, qui s’est un peu mais discrètement énervée de la longueur des applaudissements, et a refusé le second « bis » le dimanche soir).

Voici la fin de la répétition du samedi, surprise par l’arrivée des spectateurs/trices…

Mais je ne suis pas là pour vous parler « genre », mais plutôt « musique ». Car ce sont des musicien-ne-s remarquables, et leur union est évidente, malgré leur grand nombre, et la diversité des horizons dont elles et ils proviennent. Et cela se ressent dans leur jeu, qui vous emporte comme une vague, tantôt douce, « léchante », tantôt forte et violente. Ce qui convient tout à fait aux morceaux qui étaient au programme ce week-end. Et moi qui aime la musique de beaucoup de compositeurs nordiques, j’ai été gâtée. Je devrais ajouter le féminin, mais je n’en connaissais pas jusqu’à maintenant, et j’ai découvert une compositrice, Dina Appeldoorn. En recherchant sur le net ce matin, j’ai réalisé qu’elle n’était pas si « du Nord » que cela, car elle est des Pays-Bas! Et qu’elle ne s’appelait pas comme cela : son nom complet est Christina Adriana Arendina (Dina) Koudijs-Appeldoorn (1884-1938).

Le morceau de sa composition qui fut interprété nous transporta dans une campagne peuplée d’animaux, vivante… Son nom? Aucune surprise : La Pastorale, qui met en valeur les vents. En voici une interprétation, assez différente de celle que j’ai ouïe, mais qui vous fera comprendre ce que je viens d’écrire.

Mais revenons au « la » du début. En photo, le samedi. En vidéo, le dimanche. Les deux aussi mauvaises l’une que l’autre, mais authentiques…

Pour ma part, j’ai particulièrement apprécié deux airs : l’un d’un compositeur que je ne connaissais pas, Niels Gade, un Danois du 19ème (1817-1890); l’autre est Sibelius, un Finlandais que presque deux générations séparent du précédent (1865-1957). La Symphonie n°7 en Ut Majeur du second m’a considérablement émue, enveloppée, enlevée, transportée… Malheureusement, l’orchestre est très peu présent sur le net, et je ne peux que vous conseiller la version Bernstein, en ligne ici.

Mais j’ai aussi beaucoup apprécié les Echos d’Ossian de celui que France Musique a surnommé « Le Grand-Père de la Musique danoise ». A 23 ans, il était loin d’être « grand-père » lorsqu’il composa cette Ouverture! J’ai trouvé un article qui vante cette oeuvre, alors interprétée par l’Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie à la Cité de la Musique (hélas version non en ligne, en voici une autre).

« Il faut dire qu’Échos d’Ossian avait pour plaire deux qualités majeures prisées au XIXe siècle. Tout d’abord, le XIXe est le siècle de foisonnement des couleurs et écoles nationales, notamment nordiques : la Norvège d’Edvard Grieg, la Finlande de Jean Sibelius, le Danemark de Carl August Nielsen. Ensuite, Ossian est une figure mythique de la poésie : les textes de ce « barde écossais du IIIe siècle » ont bouleversé l’Europe au XVIIIe et si leur véracité est discutable (ils ont été passablement adaptés par James Macpherson en 1760), leur influence est capitale, provoquant un mouvement valorisant les identités dans le courant romantique et une « celtomanie » (inspirant beaucoup Wagner pour sa Tétralogie). » (source)

Dès les premières mesures, me voici embarquée dans un univers que j’aime, celui des contes et légendes celtiques, celui d’un pays aussi vrai qu’imaginaire, la « Bretagne » de nos romans de la Table Ronde…

Et cela m’amène tout naturellement (enfin, presque!) à évoquer un troisième point d’intérêt de ce programme : la (re, parfois) découverte de la culture des pays scandinaves. Ainsi, celle des Iles Feroe. Pour aller plus loin sur la musique de ces îles, vous pouvez vous promener ici, , ou encore, pour mieux connaître les îles et si vous ne comprenez que le français, .

J’ai été saisie de retrouver un air que je connais bien, mais dont j’ignorais totalement la provenance. Désormais, je pourrai identifier le début de la Midsommarvaka. Les recherches effectuées ce jour m’ont emmenée à travers différents pays : la Pologne, car Hugo Aleven (1892-1960), pour sa Rhapsodie n°1, se serait inspiré de la Jössehäradspolska de Vârmland. J’ai essayé de trouver une autre source, une chanson nommée Trindskallevisan, en vain. Si vous le pouvez, aidez-moi par un commentaire! Par contre, j’ai trouvé une interprétation « authentique » d’une autre chanson traditionnelle finlandaise que l’on retrouve dans la rhapsodie, Vindarna sucka uti skorgana, sur une vidéo personnelle en ligne. Et une autre, étrangement arrangée, ici. Une troisième, très langoureuse, avec piano, ici. Enfin, une version « trombone », .

Ma caméra s’étant déclenchée à mon insu, alors que je pensais « dérober » une photo, je ne résiste pas à l’envie de vous faire écouter ce petit « morceau capté », au risque de passer pour une « voleuse », mais surtout pour une « catastrophe vidéastique »…

Une petite anecdote : le soir du samedi, le trompettiste s’est… trompé! Alors que le chef d’orchestre expliquait ce que jouaient, dans un morceau, tel ou tel instrument, il a utilisé la « mauvaise » trompette. Les néophytes comme moi n’y ont vu que du feu, mais l’orchestre a été surpris, puis a éclaté de rire avec son chef. Je n’aurais pas mentionné cela si, le lendemain, le chef n’avait lui-même raconté l’anecdote au moment où il répétait cette présentation…

Pour revenir au concert, sachez qu’il m’a tellement plu, que je suis retournée y assister le lendemain, et j’ai eu tout autant de plaisir, y compris à écouter le surprenant chef d’orchestre explique avec beaucoup d’enthousiasme, d’humour et de pédagogie certains des morceaux, avec une « décomposition » permettant d’identifier quels instruments jouaient quoi… Rare, non? Bref, du bonheur partagé avec les artistes et le public présents dans l’Eglise Notre Dame du Liban.

Déjeuner à moins de 50 euros à 2 (suite)… ou de 100 euros à 4!

J’avais plus ou moins abandonné l’idée de partager avec vous les adresses de restaurants à moins de 50 euros à 2 (série initiée voici quelques temps), car, depuis cet été, la montée des prix dans ce domaine a été fulgurante. Or voici que j’ai pu profiter d’un délicieux repas, en terrasse, avec une belle demi-bouteille de vin, dans la limite du défi. Et devinez où? A Monaco! Et pas dans n’importe quel quartier : sur le Rocher. Vue sur le chevet de la cathédrale, à deux pas des tombes de la Princesse Grâce et de son auguste époux…

Les jeunes amies artistes dont j’ai parlé dernièrement n’avaient qu’une brève pause pour le déjeuner. Donc pas question de rechercher le lieu idéal. Tant pis pour le porte-monnaie! Nous voici donc dans les rues de la ville ancienne, en quête d’une terrasse où nous « poser ». Quand, sur une petite placette, une table de quatre semble nous attendre. Nous nous y installons donc, sans trop regarder la carte annoncée, et sans consulter Tripadvisor. Comme je n’ai pas pris de photo car il y avait des client-e-s en terrasse, voici celle qui est proposée sur ce site.

Quelle belle surprise! Avec un plat de penne cuites al dente et agrémentées d’une sauce au « speck et pistaches », puis une tarte tatin. Le tout arrosé d’un rouge aux saveurs méditerranéennes… Je m’attendais à une addition salée… Moins de 100 euros pour quatre! Alors que nous avions bénéficié de la tranquillité, de la vue sur la cathédrale, et d’un service extrêmement aimable d’une dame qui a tout fait pour qu’il soit efficace et agréable. Je comprends pourquoi nous avons vu arriver dans ce même restaurant deux personnes qui travaillent pour le Pavillon Bosio! Il faut dire que le plat du jour est à 14,5 et le menu du jour à 20,5!

Depuis, j’ai regardé sur le net. A part un grincheux qui n’a pas eu de place, les commentaires sont élogieux:

« Petit endroit à l’abri des passants, où l’on peut déguster un bon petit repas. Les cannellonis sont délicieuses, ainsi que la friture. Le rapport qualité/ prix est parfait.« 

« Serveur sympathique, efficace, commercial, apéritifs originaux, nourriture excellente, cadre agréable, rien à redire. Devrait être prescrit comme remède à la morosité.(ne prend pas la carte vitale 😉) »

« Je souhaiterais vous remercier de votre accueil et de votre gentillesse.
Le repas était excellent, mes enfants et moi même nous nous sommes régalés .
Mon fils a pris une pizza , ma fille des spaghettis vongole et moi votre plat du jour ( Thon mi cuit ), qui change apparemment quotidiennement .
Une expérience à renouveler très prochainement.
Merci »

Ah! un dernier mot, car j’allais oublier de vous donner le nom de ce lieu idyllique : c’est celui du patron de la cathédrale, Saint-Nicolas. Une adresse à enregistrer, si vous envisagez d’aller voir la relève de la garde, de prier à la cathédrale ou de visiter le Musée océanographique!