J’ai découvert la somathèque

En allant dîner ce soir-là au restaurant argentin proche de chez moi, El Sur, « Le Bistro simpatico de Paris » – comme le présente son site -, je savais que je mangerais de délicieux empenadas et que je pourrais m’amuser à déguster le très bon guacamole avec des chips de maïs…

Je savais aussi qu’il me serait possible de goûter à un nouveau Malbec (encadrés en jaune, ceux que j’ai déjà tentés, et en vert le « nouveau », plus léger que les autres…

Je savais aussi que j’allais passer une bonne soirée avec mon « meilleur ami » qui adore ce restaurant car il est ce qu’on appelle un « viandard » (non pas dans le sens de « mauvais chasseur », mais dans celui de « grand mangeur de viande », et je dirais pour ma part plutôt « très amateur de bonne viande »). Le tout dans une ambiance chaleureuse, avec des serveurs et serveuses tou-te-s aussi jeunes et tou-te-s aussi sud-américain-e-s, bien que provenant de pays différents (Argentine, Mexique, Chili…).

Ce que j’ignorais, c’est que j’allais discuter philosophie avec l’une des personnes qui nous servaient! Et découvrir un nouveau mot, voire un nouveau concept : la « somathèque », que cet étudiant d’origine chilienne exploitait dans le contexte de la thèse qu’il prépare.

Dès qu’il l’a prononcé, mon cerveau d’helléniste (même pas distinguée!) a vite tourné. Soma, le corps. Thèque, l’endroit où l’on dépose, conserve, permet de consulter. Mais qu’est-ce qu’on peut bien conserver dans un corps? « Des traces… des souvenirs… Les marques de sa vie… etc » tenta-t-il de m’expliquer.
Un peu frustrée quand même, car il ne pouvait passer sa soirée à notre table, je décidai de m’enquérir de son sens et de son exploitation par la suite. C’est maintenant chose faite, et, si vous le voulez bien, je vais partager cela avec vous.
Le « papa » de ce concept, le voici : Paul B. Preciado, un Espagnol qui a eu comme conseiller pédagogique Jacques Derrida, pour vous préciser la « filiation intellectuelle ». Née comme Beatriz en 1970, iel a commencé quarante ans plus tard une « transition douce » et est devenu Paul.

« Pour son ouvrage Testo Junkie, Preciado expérimente pendant 236 jours un dispositif d’écriture accompagné d’une prise de doses de testostérone synthétique en gel, exercice s’inscrivant plus largement dans le cadre d’« expérimentations performatives et biotechnologiques de la subjectivité sexuelle et de genre. » (2008, p. 301). »

« La testostérone en tant que « liquide performatif » (Preciado, cité dans Smith, 2023)
participe à cette manifestation de notre transitude qui, à défaut d’être perceptible dès le premier instant, doit d’abord se constituer dans l’imaginaire. D’où l’importance des récits et de leur valeur poétique dans notre mise au monde trans : « C’est dans notre imagination en tant que force de transformation politique que nous commençons à devenir trans. » (Preciado, 2023)
. »

(source)

« Preciado a été professeur d’histoire politique du corps, de théorie du genre et d’histoire de la performance à l’Université Paris VIII et a été directeur du Programme d’études indépendantes (PEI) du Musée d’art contemporain de Barcelone (MACBA).
[ 5] Il a été conservateur des programmes publics de la documenta 14, de Kassel et
d’Athènes
. » (Wikipedia).
Mais ce n’est pas tout : il a aussi écrit, réalisé des films, et été commissaire d’expositions. Sans compter qu’il a partagé la vie de Virginie Despentes de 2005 à 2014…

Mais revenons à la « somathèque ». Le philosophe s’exprimait en ces termes dans un interview à l’occasion de son invitation en tant qu’ « invité intellectuel » au Centre Georges Pompidou en 2020 :

« La notion du corps est une des plus imprécises en philosophie. L’idée moderne de corps en tant qu’ensemble d’organes, le corps-objet biologique, n’est qu’une des fictions politiques du discours anatomique et médical. Il est aujourd’hui nécessaire de faire place à la notion de somathèque, un appareil somatique dense et stratifié, pour nommer et intervenir sur l’ensemble des pratiques de (re) production, de gestion et de destruction du corps, mais aussi de résistance et de contre-culture. La notion de somathèque surpasse et inclut le corps-anatomie pour penser une archive politique et culturelle vivante faite de représentations, de langages et de codes informatiques et traversée de flux organiques et inorganiques. »

« Le corps, c’est une somathèque : un ensemble de représentations, de rituels, de techniques, de normes de théâtralisation.” (2020) »

Voilà, vous en savez autant que moi, je vous laisse poursuivre vos découvertes, si le sujet vous intéresse. J’ai pour ma part trouvé d’innombrables écrits sur ces sujets… mais je suis encore loin de tout comprendre!!!

De retour de Nice…

Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas être aussi diserte que pour l’aller, un seul article suffira pour vous parler de deux haltes.

La première nous a accueilli-e-s dans un superbe camping, à Goudargues, surnommée « La petite Venise gardoise ». Et elle mérite bien son nom!

Le camping Le Saint Michelet est situé au bord de la Cèze, avec une jolie plage… un peu décalée de la rive, c’est original!

Il offre aussi la possibilité de se baigner dans une jolie piscine, au bord de laquelle se situe le café – restaurant à l’ambiance sympathique, où nous avons pu assister à la fin d’un match de football qui restera dans les mémoires.

Le Clos des Sources… Retenez ce nom, car le personnel y est charmant, l’endroit très reposant, et bien aménagé… Il y a même une maisonnette qui abrite une vaste salle de douche et toilettes pour les personnes en situation de handicap physique! Et la gérante a eu la gentillesse de faire un énorme geste commercial quand elle a appris la situation dans laquelle nous étions, avec un véhicule qui nécessitait le second pour pouvoir démarrer à coup de pinces crocodile! Et qui, après que nous eûmes pris un délicieux petit-déjeuner au bord de la piscine, nous a prêté le lendemain matin l’outil dont nous avions besoin…

Au couchant, nous décidâmes d’aller « en ville », car l’aperçu du bourg à l’arrivée nous avait séduit-e-s. Et à juste titre, comme vous avez pu le constater sur la première photo de cet article.

Plusieurs restaurants bordent la rivière, et nous avons choisi La Bocca, car la serveuse fort aimable proposait une adorable table tout au bord de l’eau. Un merveilleux endroit! Et la nourriture ne l’était pas moins, avec une souris d’agneau dont je ne suis pas venue à bout…

Mais la salade Bocca n’était pas mal non plus… Jugez-en plutôt!

Quant aux frites, elles sont dignes d’un estaminet, en accompagnement de brochettes!

Personnel adorable, avec qui j’ai noué connaissance, et couple de patron-ne-s tout aussi gentils, au point de rechercher l’outil dont nous avions besoin et le prêter aux inconnu-e-s que nous étions. Petite promenade au retour, avant de regagner le camping.

Bref, vous l’avez compris, une halte qui a mis du baume au coeur aux malheureux automobilistes confrontés à la panne et aux difficultés de circulation en ce week-end prolongé.

Après une journée assez éprouvante, en raison de la circulation, mais aussi d’un orage de grêle tel qu’une petite partie de route était bordée de congères… Pas question donc d’arriver le soir en Picardie. Repos à Orléans, afin de profiter à nouveau des bords de Loire. Hélas, toutes les guinguettes sont fermées en ce dimanche soir… Mais une belle balade au couchant, quand même, et le plaisir d’aller à nouveau dîner africain au Boloye, chez Khady. Toujours un bel accueil, et l’ami qui ne connaissait pas les plats africains a pu goûter au poulet Yassa, aux alokos, à l’attiéké et même au foutou banane, si rare en France!

Vous acceptez de regarder de mauvaises photos? Alors je vous emmène faire une petite promenade nocturne dans Orléans. D’abord, la cathédrale…

On ne peut oublier ici l’influence de Jeanne d’Arc ni de la lignée royale…

Et j’apprécie toujours autant les maisons à colombages, que l’on retrouve dans tant de région de France.

Pour comprendre le retour, une petite carte?

De Mers-les-Bains à Nice (4). Retour à Gien

Voici peu, je vous ai parlé de Gien, où avait lieu la sortie annuelle de l’association Vanvino… Une semaine après, me voici de retour dans cette ville, pour une pause déjeuner en ce jeudi de l’Ascension, après les haltes de l’abbaye de Fleury et de Sully, objets de précédents articles.

Premier objectif : le château, que je n’avais pu voir lors de la sortie collective la semaine précédente.

Hélas, il est fermé, et je ne peux que le photographier à travers la grille.

Ainsi qu’une statue qui devrait vous aiguiller sur ce qu’il est devenu…

Eh oui! Un Musée de la Chasse, comme le présente son site officiel. L’édifice construit par Anne de Beaujeu (encore elle!) est devenu un musée. Si son histoire vous intéresse, vous la suivrez sur cette vidéo. Elle n’y habitera pas, car son époux et elle partent à Moulins avant la fin de la construction. On dit qu’il a le style « Première Renaissance française » : briques rouges et noires mêlées à la pierre de taille. Au XIXème siècle, il devient siège administratif:

« En 1823, le vicomte de Riccé, préfet du Loiret, rachète le château de Gien à la famille Feydeau de Brou pour le compte du département du Loiret. Le monument est ensuite réaménagé pour accueillir la sous-préfecture (aile Est), un tribunal (Etage) et une prison (Rez-de-chaussée et caves).
La sous-préfecture et la prison resteront en place jusqu’en 1926 tandis que le tribunal ne déménagera qu’en 1962.
« 

Et il survivra aux bombardements des Allemands les 15 et 16 juin 1940, qui détruiront une grande partie de la ville.

Cette année, il abrite des hôtes étonnants…

Une affiche péda (ou andra?) gogique explique ce qui s’est produit, concernant le pont.

Décidément, pas de chances pour les visites ce jour : à l’église, d’abord une fin de messe, puis un baptême… Je ne puis la voir que de l’extérieur. Mais pas trop chagrinée de ce contretemps, car elle est résolument « moderne ». Il reste à admirer le paysage vu de la colline sur laquelle se situent château et église.

Pas de visite, mais finalement sans regret : c’est l’heure du pique-nique! En zoomant, vous pouvez voir cohabiter Hauts-de-France et Loire!

Une vraie chance : une guinguette en bord de Loire est fermée, et nous profitons honteusement de ses installations avec une jolie vue sur le fleuve…

Mais il faut repartir, il reste bien des kilomètres jusqu’à la destination, Nice!

Pour revoir l’ensemble du trajet, une carte avec son tracé…

Un nouveau mot dans mon vocabulaire

J’ai glissé voici quelques jours un mot dans un de mes articles, mot que je venais tout juste d’apprendre… Apparemment, tout le monde le connaît car je n’ai eu aucune question à son sujet! Ce mot? « Anatidés ». Cela vous dit quelque chose?

Il est en Italie un plat que j’aime beaucoup, mais que je n’ai jamais retrouvé en France (de même qu’il est difficile d’y manger le « foutou banane » ivoirien) : les « bigoli all’anatra » ou « bigoli co’l’anatra ». Vous connaissez? C’est une recette du Veneto, la région de Venise. Les bigoli, ce sont de gros spaghetti, assez épais, qui présentent l’avantage qu’on les sert parfois coupés comme les macaroni. Voici l’appareil qui sert à leur fabrication, la bigolara (source).

Mais, me direz-vous, cela n’apporte nulle réponse à l’explication du terme « anatidés »! Certes, mais j’y viens. Vous allez comprendre à partir de la recette, qualifiée de « facile » par l’auteur du blog dont elle est extraite.

« Pour 4 personnes
Préparation : 45 min. – cuisson : 1h15

 Ingrédients

300 g de farine complète (T110)
3 oeufs
1 canard (avec les abats)
1 oignon
2 carottes
2 branches de céleri
50 g de beurre
1 bouquet de sauge
50 g de parmesan râpé
sel, poivre

un robot à pâte avec filière à bigoli« 

Premier problème : il faut une bigolara! Admettons que vous l’avez, je continue donc. Non sans avoir précisé, au passage, que la farine complète correspond à la recette traditionnelle, mais qu’on peut aussi les faire avec une farine blanche si on préfère. Avez-vous déjà une idée de ce qu’est un « anatidé »? Non? Pas encore?

Pour les pâtes, la recette ne varie guère des autres, si l’on excepte l’appareil.

« Mélangez la farine, les œufs et le sel jusqu’à l’obtention de miettes grossières (style crumble). Laissez reposez 1/2 heure. Passez la pâte petit à petit dans le robot pour obtenir des bigoli. »

La recette que j’ai trouvée sur ce site se fait avec les bigoli entiers. On va donc laisser reposer les pâtes crues pendant qu’on prépare la suite.

« Dans une grande casserole d’eau, froide salée, faites un court-bouillon avec le canard, le céleri, les carottes et l’oignon. Dès qu’il y a ébullition, laissez cuire pendant une heure.

Pendant ce temps, découpez les abats en morceaux. Dans une petite poêle, faites brunir le beurre et la sauge, ajoutez les abats et mouillez-les avec une louche du bouillon qui est en train de cuire. Salez et poivrez, et faites cuire environ 30 minutes à feu doux.

Quand le canard est cuit, retirez-le et filtrez le bouillon avec une passoire très fine. Portez à nouveau le bouillon à ébullition et jetez les bigoli. Faites-les cuire al dente (comptez environ 5 à 8 minutes).

Egouttez les bigoli et versez-les dans un plat à spaghetti bien chaud. Assaisonnez avec le jus des abats et saupoudrez abondamment de parmesan râpé. »

L’auteur pose alors une question surprenante : « que faire avec le canard? ». Alors, je relis la recttes… Mais oui, c’est vrai, on l’a cuit, on a cuisiné ses abats, mais ensuite? On le mange cuit à l’eau??? Oui, mais avec une sauce…

« Le canard blanchi pourra être servi comme plat principal avec des légumes verts (asperges, petits pois par exemple) et une sauce pour bouilli.

Les sauces ne sont jamais servies sur la viande mais à côté pour ne pas altérer le goût de la viande. Parmi les plus connues, il y a la sauce pearà (sauce au poivre), la salsa decren (sauce au raifort), la salsa verde (sauce verte) et la salsa coi càpari (sauce aux câpres).

Recette de la salsa verde  

Ingrédients

1 œuf dur
filets d’anchois débarrassés de leur sel
20 g de pignons
100 g de persil frais
20 g de câpres
le jus d’un demi-citron
100 ml d’huile d’olive
la mie de 2 tranches de pain (mouillé d’un peu de bouillon de cuisson)
sel & poivre

Préparation

Pas de grand mystère, hachez menu les ingrédients solides, amalgamez avec le jus de citron et l’huile, épaississez avec la mie de pain, salez et poivrez. »

Et surtout ne le servez pas avec les pâtes! En Italie, souvenez-vous, on mange d’abord la pasta en premier plat, puis la viande, avec ou sans légumes, en second plat!

Pour parfaire votre culture culinaire vénitienne, sachez que les bigoli peuvent évidemment être cuisinés autrement, par exemple « in salsa », avec une sauce aux anchois.

Mais revenons-en à nos moutons… ou plutôt à nos canards. Car, vous l’avez deviné, « anatra », c’est le canard, comme le confirme le Larousse.

anatra

sostantivo femminile

1.zoologia   canard m, cane f
 anatra selvatica   canard sauvage
2.cucina   canard m
 anatra all’arancia   canard à l’orange

Notons que le mot est épicène : il désigne aussi bien le mâle que la femelle… Dans une partie de la France, on ne parle pas de « canard » mais d’ « anatra ». Où? En Corse bien sûr, où il est le héros de quelques chansons, comme celle-ci, de Ricardo Tesi et Maurizio Geri. Je l’ai vu interpréter récemment, c’est très drôle… L’équivalent de notre « Alouette, gentille alouette », et le compagnon du chanteur montre au fur et à mesure les différentes parties de son corps. En nissart, le mot comporte la même « racine ». En effet, « canard » se dit parfois « aneda » mais le plus souvent « canart » ou « camart ». Par contre, l’occitan utilise une autre racine, dans son « guit ».

Il n’y a cependant pas que des canards ou canes parmi les anatidés: on y trouve aussi les cygnes…

… Et les vaillantes gardiennes du Capitole!

Pour finir, si vous voulez voir un film aussi beau qu’intéressant sur cette famille de l’ordre des Anseriformes, je vous conseille celui-ci. Encore un nouveau mot! Savez-vous ce qu’il signifie? « . Demandez à Rabelais, qui a utilisé l’adjectif « ansérin » : « Un lict a triple couche de plume anserine« . D’accord, un oiseau… Lequel des anatidés? L’oie…

De Mers-les-Bains à Nice (3). Détour en bord de Loire

Quittons la belle abbaye de Fleury, alias Saint-Benoît-sur-Loire, pour continuer notre route en longeant au maximum ce fleuve qui m’inspire tant, peut-être en raison des souvenirs littéraires qu’il réveille… Nouveau détour, cette fois pour un château. Qui est moins connu que Chambord, Chenonceau (soit dit en passant, comme j’avais un doute sur l’orthographe, avec ou sans x, je me suis rendu compte que le château ne prend pas de x alors qu’il y en a un en finale du bourg… je suis donc allée rechercher…

« Alors que le village de Chenonceaux s’écrit avec un « x » à la fin, le château, lui, n’en prend pas. Pourquoi ? À cette question fort légitime, aucune réponse pleinement satisfaisante ne peut être apportée. Quelques documents anciens montrent des variations orthographiques, tant pour la commune que pour le château. Parmi les hypothèses avancées, Catherine de Médicis aurait souhaité s’installer à Chenonceau (sans « x ») pour marquer la différence royale par rapport au village.« 

Source : http://tourainissime.blogspot.com/2009/01/chenonceaux.html

« Les documents en possession de la Mairie font toutefois état du décès de madame Dupin, propriétaire du château au moment de la Révolution française et protectrice du philosophe Jean-Jacques Rousseau « en son château de Chenonceaux ».

Mignonne, non, la « protectrice »? Et qui plus est, intelligente et cultivée, Louise Dupin. Elle tenait un brillant salon littéraire. Et en plus, féministe! Ce qui entretient : elle vécut 93 ans!

Certes, elle n’était peut-être plus aussi jolie…

Même chose en ce qui concerne monsieur le Comte de Villeneuve, chambellan de Napoléon III, « décédé en son château de Chenonceaux ».) et d’autres, mais qui en impose par sa construction de type plus « médiévale ».

Vous en savez maintenant autant que moi sur cette question, grâce au site officiel du village abritant le château qui m’a tant séduite dans mon enfance… Mais revenons à Sully. Dont le nom doit vous rappeler quelqu’un! Connaissez-vous son nom de naissance, avant qu’il ne devienne Duc de Sully, ami d’Henri IV et homme politique influent ? Maximilien de Béthune… qui, soit dit en passant, n’était pas né dans le « Ch’Nord », mais à Rosny-sur-Seine, près de Mantes-la-Jolie, en 1559, et qui mourra aux confins de la Beauce et du Perche 72 ans plus tard. Alors, me direz-vous, quels liens avec le château?

« En 1602 Maximilien de Béthune entre en possession du château en achetant à Claude de La Trémoille la baronnie de Sully-sur-Loire qui est érigée en sa faveur en duché-pairie en 1606, faisant du futur grand Sully le premier duc du nom. Entre 1602 et 1607, ce dernier transforme le château à son usage, édifiant également un parc. »

N’attendez pas de moi que je vous narre toute l’histoire de cet édifice, à partir de 1102, mais surtout à compter de 1395. Juste une estampe en passant, empruntée au site du château. Il a encore l’aile aux tours couronnées qui sera abattue à la Révolution.

Vous voulez comparer? C’est à vous pour le jeu des 7 erreurs… si vous en trouvez 7!

Pour vous y retrouver, voici un plan datant d’une vingtaine d’années, copié sur Wikipedia : Par Sir Gawain — Travail personnel, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1571476

Continuons donc à contourner le château. A l’angle, la Tour d’Artillerie, que Maximilien va faire construire en 1606 pour renforcer la défense de l’édifice face à la ville.

Je suis particulièrement séduite par l’eau, comme mes fidèles lecteurs/trices le savent, et ici, je suis gâtée.

Car non seulement il jouxte la Loire, mais en outre, il est ceint de fossés et canaux, véritable paradis pour les lentilles d’eau.

Et si les oiseaux semblent tranquilles, ainsi que les nombreux batraciens qui coassent en une joyeuse cacophonie, il n’en est pas de même des poissons, comme en témoigne l’imposant matériel de ces pêcheurs invisibles.

De Mers-les-Bains à Nice (2). Flâneries en bord de Loire

Après la pause « petit-déjeuner » au bord de l’Etang de Saint Hubert, la voiture a filé jusqu’à Orléans, puis continué sur une petite route en bord de Loire. Quand tout à coup un édifice, dans le lointain, attire mon attention.

Vite, un petit détour pour interrompre cette course vers le Grand Sud…  Et c’est ainsi que j’ai découvert Saint-Benoît-sur-Loire et son abbaye. Le nom du village vous aide à deviner quel ordre s’est installé ici? Les Bénédictins, bien évidemment. Voici ce qui est dit de sa fondation sur le site officiel de l’abbaye.

« La première mention d’un monastère vivant sous la Règle de saint Benoît apparaît en Gaule vers 620 dans une lettre adressée à l’Evêque d’Albi par l’abbé d’un monastère proche de Castres. Peu après, quelques moines s’établissent sur la rive nord de la Loire, à 30 km en amont d’Orléans, sur une petite butte proche du village de Fleury, et y construisent une église dédiée à Notre Dame, tandis qu’une seconde colonie de moines s’installe à une centaine de mètres plus loin, autour d’une église Saint-Pierre. A cette époque ces communautés ne vivent pas encore sous la règle de saint Benoît, mais sous celle d’un autre grand fondateur, saint Colomban.
Les deux communautés ne tardent pas à fusionner et le monastère est désormais connu sous le nom de Saint-Pierre de Fleury. »

Mais c’est du XIème siècle que datent la tour-porche et la basilique telle que j’ai pu la voir, et hélas pas visiter, car c’était l’office de l’Ascension, en ce jeudi éponyme.

J’ai cependant pu prendre « à la sauvette » une photo de la nef, pour vous donner un aperçu de l’imposante taille de la nef et de son architecture.

Qui plus est, impossible de prendre des photos de l’extérieur, car tout est en travaux!

Vous devrez donc, comme moi, vous contenter de la présentation sur borne…

… Mais il me fut quand même possible de photographier un chapiteau du porche.

Une belle halte malgré tout, sous un soleil radieux dont profitaient visiblement les cyclistes…

De Mers-les-Bains à Nice (1). Petit-déjeuner à l’étang de Saint-Hubert

Le « pont » de l’Ascension encourage à toutes les folies, y compris celles de faire un aller-retour Côte picarde – Riviera en 4 jours. Beaucoup de voiture, me direz-vous. Certes. Mais un impératif me contraignait à ce périple. Et j’en ai profité. A l’aller comme au retour. Aujourd’hui, je vous parlerai de « la descente » (ça m’a toujours amusé, cette expression, car franchement, il y a plus de montagnes, en tout cas côté ouest, sous la Loire qu’au-dessus!), et de mon envie de musarder en bord de Loire. Résultat, après un départ à l’aube et l’autoroute A 13 pour gagner au plus vite le sud-ouest… de l’Ile de France, rassurez-vous! – un premier (tout petit) détour pour aller prendre le petit-déjeuner – dans un petit coin charmant où m’a amenée dernièrement mon travail : les environs des Mesnuls.

« Ancien bassin de retenu, appartenant aux réseaux des étang et rigoles construits par Louis XIV pour alimenter les grandes eaux du château de Versailles, cet étang est aujourd’hui une réserve ornithologique qui abrite de nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs. » Source : https://www.parc-naturel-chevreuse.fr/etang-de-saint-hubert (vous remarquerez au passage les deux erreurs d’orthographe!!! Je les ai laissées volontairement…)

Le petit ovale sur la carte indique l’endroit où j’ai stationné la voiture, pris mon café-croissant et aux environs duquel ont été prises les photos qui suivent.

Impressionnant, n’est-ce pas? Et imaginez la fraîcheur et le calme en ce début de matinée, que seul troublaient deux pêcheurs qui se sont vite éloignés sur leur frêle embarcation. Intriguée par un petit édifice, je me suis dirigée vers lui pour comprendre ce que c’était.

Il s’agit de l’un des éléments du vaste système imaginé à l’époque du Roi Soleil, restauré depuis.

Car on allait chercher l’eau loin, pour les fastes de Versailles! (source)

« A l’époque, on se soucie peu d’économiser l’or bleu. Louis XIV dépense sans compter. Ses bassins et ses jets d’eau en exigent 6300 m3 par heure ? Qu’à cela ne tienne, le roi Soleil met sur l’affaire ses meilleurs experts. Les premiers aménagements hydrauliques commencent par détourner la Bièvre. Suivent alors des projets aussi ambitieux qu’irréalistes comme l’aménagement d’un canal pour amener l’eau de la Loire à Versailles, une idée rapidement abandonnée. En1682, la machine de Marly met en marche ses 14 roues à aube, ses 250 pompes et ses centaines de balanciers pour fournir au château 900 m3 d’eau quotidien. Malgré la prouesse technique, le débit reste insuffisant et l’année suivante, le roi enjoint ses équipes d’aller creuser ailleurs. Dès 1683, sous la conduite de Vauban, un nouveau système d’étangs dits supérieurs est développé. Il comprend les 6 étangs actuels de Hollande mais aussi l’étang de la Tour, du Perray, l’étang des Noës et l’étang de Saint-Quentin ainsi qu’un système perfectionné de rigoles. Une fois ces travaux achevés, le complexe hydraulique pharaonique de Versailles compte quinze étangs, huit retenues, soixante kilomètres de rigoles, trente quatre de grand lit de rivières. » (source)

J’ai oublié de vous le dire : « De Hollande » est le nom global des étangs. Sans lien avec le pays du même nom, mais par déformation du nom d’un château : « d’Orlande ». Belle confusion!

On voit encore les tracés des canaux, en contrebas de la digue sur laquelle je me trouvais.

Excusez la mauvaise qualité de certaines images, pas facile à cette heure matutinale avec si peu de temps!

Ce n’est qu’en 1977 que les eaux ont cessé d’atteindre Versailles, en raison de la construction de la ville de Saint Quentin en Yvelines. Mais le système fonctionne encore, autour de Saint-Hubert.

« Comment ? Le système fonctionne toujours selon les lois de la gravité (seul un ensemble de 2 pompes a été ajouté en 1990 pour envoyer les eaux de l’étang du Perray vers celui de Saint-Hubert). Les eaux pluviales de surface ruissellent dans les 44 kilomètres de rigoles qui collectent principalement des terres agricoles et forestières. Les rigoles se déversent à leur tour dans les étangs. Là, l’eau est stockée et régulée par les équipes du SMAGER, avec quelques ouvertures de vannes et des lâchers vers les cours d’eau situés en aval quand le niveau est trop élevé. Tous les hivers, pendant 2 à 3 semaines, entre 500 000 et 700 000 m3 d’eau des étangs de Hollande sont transférés à l’étang de Saint-Quentin-en-Yvelines. L’ouverture de la vanne de Saint Hubert permet aux eaux de s’écouler dans le grand lit de rivière pour finir leur course dans l’étang de Saint-Quentin-en-Yvelines. Tout ce système parfaitement huilé permet d’éviter les inondations et d’assurer un niveau d’eau permanent à l’étang de Saint-Quentin-en-Yvelines, pour l’activité de voile de la base de loisirs, dont une partie est classée en réserve naturelle. »

Chemin faisant, en rédigeant cet article, j’ai appris qu’il y avait un château (source) sur la rive nord de ce qui ressemble plus à un lac qu’à un étang.

« En 1755 Louis XV confie à l’architecte Ange-Jacques Gabriel la construction d’un petit relais de chasse sur la rive nord de l’étang, pour éviter d’avoir à profiter trop souvent de l’hospitalité de son cousin le duc de Penthièvre. Très vite le projet est modifié, et c’est un véritable château qui est construit, avec une terrasse donnant sur l’étang de Saint-Hubert.

Louis XVI partage l’intérêt de son grand-père pour ce site, mais trouvant le château trop petit il préfère acheter celui de Rambouillet. Le château de Saint-Hubert est alors laissé à l’abandon et finalement détruit. Seule subsiste aujourd’hui la terrasse, encore visible au bord de l’étang. » (source)

Napoléon s’est aussi intéressé au site, où il fait construire un pavillon en 1802.

Vous le voyez, l’histoire est riche, pour cet endroit qui m’a attirée en cette aube de fin mai… J’ai vraiment regretté de ne pouvoir faire l’une de ces nombreuses randonnées proposées sur divers sites, car la flore et la faune semblent très intéressantes dans ce qui est désormais une « réserve ».

« 248 espèces ont été observées par le réseau de naturalistes expérimentés. Certains y nichent, comme le Blongios nain, le Phragmite des joncs, la Bouscarle de Cetti et le Râle d’eau. D’autres s’accordent une halte sur leur chemin de migration ou s’arrêtent quelques semaines pour passer l’hiver. Le Balbuzard pêcheur, le Butor étoilé et la Grande Aigrette font partie de ces résidents secondaires. »

Hélas je n’ai pu voir que quelques anatidés, car il fallait reprendre la route…

Un petit tour à Gien (2)

Le Musée de la Faïencerie

Je vous ai laissé-e-s hier à la porte de la faïencerie et de son musée. Je vous propose aujourd’hui d’entrer dans le second… Un tout petit musée, où étonnamment de petites pièces sont présentées derrière des grillages, tandis que de belles grandes risquent à tout moment d’être abîmées par les visiteur-e-s!

Si vous avez besoin d’un petit rappel sur la différence entre poterie, faïence, porcelaine et autre céramique, voici qui devrait vous aider…

Je ne cherche pas à vous mettre de la poudre aux yeux, mais il faut bien avouer que tout part de là…

… jusqu’au moment où l’oeuvre sort de sa gangue…

Les photos qui précèdent ont été prises à l’entrée du musée, où un petit recoin semble destiné à accueillir des apprenant-e-s de tout âge. Le reste du bâtiment comporte deux petits étages, qui abritent les collections. En entrant, une invitation à la convivialité…

J’ai sélectionné pour vous, parmi toutes mes photos, quelques pièces qui m’ont séduite et/ou intéressée. Et pour commencer, en hommage à l’auteur d’Un Jour Un Tableau, dans la série « laveuses »…

J’ai été pour ma part étonnée par l’aspect ludique de certaines pièces!

Beaucoup d’animaux, pour orner une belle vaisselle ou des vases élancés…

Les vases prennent des formes diverses, et les motifs en sont tout autant variés.

Récapitulons : des assiettes, des plats, des vases et autres petits accessoires de table… Des paysages, des fleurs, des animaux, des angelots…
Quoi d’autre? Impossible de vous décrire la diversité, autrement que par quelques exemples…

La variété est telle qu’elle a permis d’en faire un abécédaire dans une salle. En voici un extrait, avec la lettre E comme « encriers »…

On trouve aussi des pièces de taille impressionnante, comme ces vases bien plus hauts que moi, au point que je n’ai pas réussi à les prendre intégralement!

La visite se termine par une frise où est représentée l’histoire de la faïencerie.
Mais c’est une autre histoire… et je termine celle-ci par une note d’humour si vous le permettez…

Où sont les scoubidous? (à écouter si vous voulez ici)

Un petit tour à Gien (1)

Une histoire de destructions successives…

J’étais déjà allée à Gien, où le camping en bord de Loire m’avait séduite, mais jamais je n’avais eu le temps d’aller visiter la faïencerie… J’ai donc trouvé excellente l’idée des organisatrices de la sortie oenologique précédemment narrée : compléter la visite du Domaine Couet par une autre découverte, à savoir la faïencerie de Gien. Le temps splendide me poussa à compléter celle-ci par une petite balade solitaire en bord de Loire, celle-ci étant toute proche, comme vous pouvez le voir sur le plan ci-dessous.

Vous avez peut-être remarqué qu’une grande surface jouxte le musée… Il faut se reporter à l’époque où une autre marque, évoquant les mastodontes de la Préhistoire, achetait des terrains pour construire les premiers hypermarchés… Elle a ainsi détruit une grande partie de ce qui fut un des joyaux de l’industrie génoise…

Le triangle rouge que j’ai tracé maladroitement sur la photo correspond à toute la partie qui a disparu, pour laisser place à un affreux parking et à un non moins affreux magasin… Car la faïencerie a subi bien des déboires, comme il est expliqué sur son site officiel, qui qualifie de « parenthèse » la période 1918-1984. Une bien longue « parenthèse » pour une entreprise née en 1821. Et qui elle-même avait causé la destruction d’une maladrerie (source)

Et celle d’un couvent, celui des Minimes, fondé par Anne de Beaujeu. Avez-vous besoin d’un petit rappel historique? Anne de France, née en 1461, était la fille aînée de Louis XI, devenue de Beaujeu par son mariage avec Pierre. Mariage célèbre, car précoce : elle n’avait que 12 ans alors que son époux en avait déjà 35 (mais il faut dire que son précédent fiancé, Nicolas de Lorraine, était mort en juillet de la même année ! Précoce aussi, son accession à de hautes fonctions : elle n’avait que 22 ans quand son père est décédé. Comme son frère était encore plus jeune, elle devint « régente du royaume » pendant 8 ans. Elle était née dans les Pays-Bas bourguignons, mais c’est au centre de notre France actuelle qu’elle passa la majeure partie de sa vie. Lisez le récit de celle-ci, vous n’en reviendrez pas… Une série de négociations, d’expansion de territoires, de stratégies en tout genre. Et c’est une autre Anne qui va l’écarter du pouvoir : elle avait marié son frère à Anne de Bretagne pour agrandir le royaume, mais celle-ci lui en voulut d’avoir mis fin à l’indépendance de la Breizh!

La voici représentée sur un triptyque peint par « le Maître de Moulins », Jean Hey, en 1502 (à genoux, à droite). (Source)

Excusez-moi pour ce détour, mais il permet de comprendre l’histoire du couvent détruit par celui qui n’écrasait pas que les prix!

Anne avait eu un fils en 1476, alors qu’elle n’avait que 15 ans. Mais elle dut attendre la même durée pour accoucher enfin d’une fille, en 1491. Ce serait pour remercier le ciel qu’elle aurait fait construire le couvent concerné. Pourquoi les Minimes? Ce serait grâce à l’intercession de François de Paule que Dieu lui aurait accordé la joie d’enfanter à nouveau, à 30 ans… Un thaumaturge qui n’avait pas réussi à sauver son père.

« Depuis 1478, Louis XI est malade et semble avoir été victime d’un accident vasculaire cérébral, son corps le fait souffrir et il survit dans la terreur de sa fin prochaine. C’est alors qu’il entend parler des miracles accomplis par l’ermite de Calabre, François de Paule, créateur de l’ordre mendiant et pénitent des Minimes.…

François de Paule pria le roi d’accepter sa mort prochaine contre laquelle il ne pouvait rien, mais peut-être obtiendrait-il son salut. Les deux hommes furent inséparables alors que Louis XI passera ses « avant-derniers moments » à Gien, comme en témoigne sa nombreuse correspondance. Il décéda auprès du saint homme au château de Plessis-lèz-Tours le 30 août 1483, remettant son âme à Notre Dame d’Embrun.…

Si Anne de Beaujeu, aussi duchesse de Bourbon habitait le plus souvent au château de Moulins, elle résidait également à Gien et y invitait François de Paule. » (récit et plan tirés de ce site consacré aux Minimes).

La construction dura 4 ans, et le couvent des Minimes fut inauguré en 1498.

Il ne reste de ce couvent que la chapelle… Je ne l’ai pas vue, car elle est cachée derrière le grand magasin actuel.

Est-ce qu’il avait fallu détruire autre chose pour construire les divers bâtiments du couvent? L’histoire ne le dit pas…

Voici donc, habilement cadrée pour que vous ne subissiez pas la vue du magasin et du parking, la vue extérieure du musée que je vous présenterai dans un prochain article.

Côteaux du Génois

Le Génois n’est pas un coin d’Italie (sinon il aurait un accent circonflexe), mais un joli coin de la Loire, autour de Gien (sans S, sinon ce serait au bord de la Méditerranée!), non loin de Cosnes-sur-Loire (voir la carte dans l’article précédent, sur la famille de vignerons). Une région viticole, avec une appellation générique « Vins du Génois » et des crus connus, tel le Pouilly Fumé. Dont j’ai appris au fil du temps qu’il ne fallait pas le confondre avec le Pouilly Fuissé, cru de Bourgogne.

Si l’histoire de ce vin et de sa dénomination vous intéresse, vous pouvez vous reporter à ce site : https://www.pouilly-fume.com/histoire/. Je vous résume : Pouilly est un terme hybride, alliant le latin « Paulus » et le gaulois « accus ». Cela signifie « le domaine de Paulus ».

« Vers 680, l’évêque Vigile lègue par testament, à l’abbaye Notre‐Dame‐ d’Auxerre, son domaine de Pouilly, ‐Pauliaca villa‐ « avec ses vignes ». »

Et comme souvent, on trouve des moines dans l’histoire… En l’occurrence, des Bénédictins.

Ils ont même racheté le domaine au seigneur, ruiné par le coût des croisades!

« Le fief de Pouilly fut cédé aux Bénédictins de La Charité pour la somme de « 3 100 sous et un marc d’argent ». Enfin, autre influence monastique, celle des Chartreux de Bellary installés en 1209.« 

Je vous passe de nombreux épisodes, dont celui du phylloxera en 1890, pour passer directement à 1937, date à laquelle deux AOC furent obtenus : Pouilly-sur-Loire
pour le cépage chasselas et Blanc‐Fumé de Pouilly ou Pouilly Fumé pour le cépage sauvignon. Et « Fuissé », me direz-vous?

« L’appellation Pouilly Fumé est originaire de la commune de Pouilly-sur-Loire appartenant au vignoble de la Vallée de la Loire, tandis que le Pouilly Fuissé est issu de la commune Solutré-Pouilly appartenant au vignoble de Bourgogne localisé en Saône-et-Loire. »

Solutré, cela doit vous évoquer quelqu’un? Oui, on n’est pas loin de Mâcon…

Voici une carte des Côteaux du Gienois, empruntée au site de l’Office du Tourisme de Gien, sur laquelle j’ai encadré, en vert, le domaine Couet, dont je vous ai parlé précédemment, en bleu, Myennes, où s’est effectuée la pause déjeuner, et, en jaune, Gien, dont je vous parlerai dans un autre article…

Revenons maintenant au Domaine Couet, où la famille cultive, plante, récolte, mais aussi produit ses vins, dont, vous l’avez deviné, du Pouilly Fumé… Je me réfère encore au site qui lui est consacré.

« Beaucoup d’explications différentes gravitent autour de l’origine du qualificatif « Fumé », porté par notre vin. Parmi elles, deux ressortent davantage : l’une liée au cépage, l’autre au terroir.

  • À leur maturité, les grains de Blanc Fumé (synonyme reconnu du Sauvignon blanc) sont recouverts d’une légère pruine grise donnant l’illusion d’un voile de fumée.
     
  • Le qualificatif « Fumé » se rapporte également à ce « fumet » inimitable de « pierre à fusil » qui se dégage lors de frottement de silex, terroir d’exception de notre appellation.« 

Je vous passerai toutes les étapes de la vinification, dont la « malo » sur les rouges (pas sur les blancs, que l’on « consomme sur la jeunesse » – dixit notre hôte – et c’est en photos que vous participerez à la découverte des caves, et d’abord des cuves…

Vous ne verrez pas le vin « enterré » (et pour cause!), environ 10 à 15000 litres. Vous ne verrez pas non plus l’autre cave, située à Fontaine… désolée! mais je ne l’ai pas vue non plus!

Puis je passe directement à l’embouteillage, la pose des étiquettes, avec un matériel très « in »… ce qui se comprend, car Emmanuel nous a informé-e-s que le Domaine vendait 50 à 60000 bouteilles par ans, souvent à des clients qui se passent l’adresse de génération à génération…

Pour certains pays étrangers, pas de taxes (de leur vrai nom « accises ») comme en France; donc pas de « mariannes ».

Non, je ne parle pas de la statue présente dans chaque mairie, mais de la capsule qui couvre le bouchon. Une petite parenthèse à ce sujet, pour celles et ceux qui veulent en savoir davantage?

« Vert : Réservé aux vins tranquilles, sans bulles, ainsi qu’aux mousseux. Il est associé aux Vins de Qualité Produits dans des Régions Déterminées (VQPRD), tels que les vins d’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC), par exemple.

Bleu : Cette couleur est attribuée aux vins de pays et/ou aux vins de table.

Rouge lie-de-vin : depuis 2011, le rouge lie-de-vin remplace indistinctement les capsules vertes et bleues. Ce code couleur peut donc être utilisé pour les vins en AOC. Toutefois, cette règle ne s’applique pas aux AOC Champagne et aux AOC Vin Doux Naturels.

Orange : Cette catégorie englobe les vins doux naturels, qui ont subi un arrêt de fermentation pour conserver le sucre du vin. Les vins de liqueur utilisent également cette capsule.

Jaune : Réservé au Cognac et à l’Armagnac.

Rouge : Spécifique au Rhum traditionnel des DOM.

Gris : Indique les produits intermédiaires tels que le Ratafia.

Blanc : Tous les autres alcools portent cette couleur. »

A ce propos, savez-vous qu’elle n’est plus obligatoire depuis six ans, bien que l’on continue à l’apposer?

« La fameuse capsule, aussi appelée marianne, posée sur les bouchons de bouteille de vin a beau ne plus obligatoire depuis le 1er juin 2019, elle est encore souvent présente sur nos flacons. La CRD, capsule représentative des droits, est apposée sur la coiffe de la bouteille afin d’attester du paiement des accises liées à l’alcool en France. Elle sert ainsi à identifier et suivre la bouteille de vin. Après une phase de consultation des professionnels du milieu engagée en 2017, il a été décidé de la rendre facultative. Désormais, les opérateurs de la filière ont le choix d’apposer une capsule ou d’utiliser un des autres titres assurant la traçabilité du vin. » (source)

Le temps est venu de cesser la visite, la dégustation nous permet de découvrir 6 des crus du vigneron…

dont les cuvées Edouard et Diane, du nom de ses enfants…

Devinez pourquoi l’autocar était plus lourd au retour qu’à l’aller ?