Une belle famille de vignerons

En ce samedi de mai, direction la Loire. En autocar, fait rarissime pour moi. Avec l’association qui nous permet de découvrir l’oenologie, Vanvino.

Pour y visiter une exploitation viticole, à Croquant (ça ne s’invente pas!), hameau de Saint-Père (ça non plus, à quelques temps de l’élection au Vatican!). Si vous ne situez pas cela, pas de soucis : c’est près de Cosnes-sur-Loire.

Après deux heures de route environ, nous parvenons au Domaine Couet, que nous sommes venu-e-s découvrir.

Ce n’est pas un domaine que j’y ai visité, mais une famille que j’ai découverte, au travers des récits d’Emmanuel Couet, qui nous a reçu avec l’aide de son épouse et de ses enfants, Edouard et Diane. Je me propose de vous retracer rapidement ici ce que j’ai retenu de ses confidences. Descendant direct d’une famille de vignerons, il a repris l’exploitation de son père, maintenant octogénaire, qui continue à l’aider activement.

Notre hôte nous a ainsi appris qu’autrefois les viticulteurs du coin diversifiaient leur activité. Ses grands-parents étaient à la fois éleveurs, agriculteurs et viticulteurs. A présent, ce n’est plus guère possible, d’après lui, en raison du coût des matériels nécessaires. Il se consacre désormais uniquement à la vigne et au vin. A une exception près : un gîte est désormais exploité.

La veille de sa naissance, le 13 octobre 1976, sa mère vendangeait encore… Au passage, il nous fait remarquer à quel point le climat a changé : désormais, on vendange en septembre, quand ce n’est pas fin août (le 24) comme en 2011… et, cette année, ce devrait être le 8 septembre si l’on en croit l’expérience qui veut que l’on compte « 100 jours après la fleur ». Or la floraison a déjà commencé!

Edouard, qui a 11 ans, suit son père, et s’intéresse aussi bien à la viticulture qu’aux loisirs offerts par la nature : chasse et pêche, passions de son grand-père… Il tient déjà des discours experts sur la vigne, et ne manque pas d’humour…

Emmanuel s’est marié tardivement (selon ses dires!), cela fait seulement 12 ans. Son épouse, qui a entre autres été comptable à Paris, l’épaule visiblement beaucoup, en le libérant de l’administratif, de la comptabilité, et des aspects commerciaux. C’est elle aussi qui a préparé pour le groupe de beaux plateaux de charcuterie et fromage pour accompagner la dégustation. Et qui dresse les tables avec ses deux enfants. Qui encaisse les achats, et sera là aussi pour la livraison le midi, à Myennes, des cartons de vins achetés…

Il n’hésite pas à nous parler de sa vie, et en explique joies et difficultés sans détours. La viticulture est soumise aux aléas climatiques et, depuis quelques années, ceux-ci sont nombreux, et les surprises parfois dures à supporter. Ce fut le cas l’an dernier. 2023 a été marquée par une surabondance de pluie… Le sol n’absorbait plus l’eau. Et le mildiou s’en est mêlé! Seuls les ceps plantés sur des coteaux ont pu échapper un peu à la catastrophe, grâce au ruissellement. Cette année, c’est le contraire. Voilà deux mois qu’il n’a pratiquement pas plu… Il se remémore ce qu’il appelle les « millésimes difficiles ». 2004, avec un mois de septembre « pourri ». Or c’est le mois avant les vendanges qui « fait la maturité ». Il y a eu des années « sans récolte ». 2016, à cause d’une « gelée noire ». Comme en 1991. En 1961, il a même gelé en juin, le jour de la fête du village! En 2000, c’est la grêle qui a détruit entre 95 et 98% des récoltes. Depuis, la famille a souscrit une assurance, car ce n’est pas seulement l’année de la grêle qui est concernée : les dégâts perdurent pendant deux ans. Ils ont aussi installé deux éoliennes dans les vignes de Pouilly pour « brasser l’air » : « parfois on gagne 1 degré » sur un rayon de 100 à 150 mètres autour de l’engin.

Une autre difficulté, partagée par tout le secteur, provient du manque de main d’oeuvre, qui pousse à faire venir des saisonniers étrangers, en passant par des sociétés spécialisées. Mais il faut les loger, ce n’est pas toujours simple! Et fidéliser quelques salarié-e-s à l’année est une gageure, semble-t-il.

C’est ainsi que les trois générations de la famille Couet continuent à oeuvrer sur leurs terres, malgré les incertitudes de l’avenir…

Mazette! Quelles belles découvertes!

« Mazette »… Un mot que je n’avais pas entendu depuis longtemps! Et savez-vous ce qu’il signifie, hormis en tant qu’exclamation exprimant l’étonnement ou l’admiration? Un « mauvais cheval ». On ne peut dire que ce soit très valorisant, comme terme… D’autant que, par extension, il prit ensuite le sens d’ « avorton », de « personne qui manque de force, d’adresse, (etc.).

« L’humiliation profonde d’un gros personnage qui s’est fait (…) clouer le bec par une mazette de bureaucrate (Courteline, Gaîtés esc., Sans chenil, 1897, I, pp.269-270). »

« Quand il est bien avec un type quelconque, il dit tout de suite, «c’est un grand monsieur», ou «c’est un grand bougre». Pas de milieu pour Joseph: d’un côté les canailles ou les mazettes, de l’autre, les «grands quelque chose» (Duhamel, Passion J. Pasquier, 1945, p.119). » (CNRTL)

C’est pourtant le nom qui a été choisi pour le lieu que j’ai découvert hier, accosté près du port de la Râpée. Je me promenais en bord de Seine, près de la Gare d’Austerlitz et de la Cité de la Mode, quand j’aperçus cette « péniche » (mais peut-elle se mouvoir??? il semble que ce soit plutôt une barge… mystère!) en raison des coloris vifs qui la distinguaient. Vite, traverser le pont et la trouver sur le quai. Beaucoup de monde, visiblement, et j’ai failli ne pas y monter. Mais, la curiosité aidant, je décidai d’aller la découvrir. Et j’ai bien fait! Un lieu étonnant, une grande mixité selon tous critères, un vrai « lieu de vie et de rencontres ». Une DragQueen se promenait sur le pont, distribuant des papiers. J’appris par la suite qu’il s’agissait d’un jeu.

Plus de place assise. Je demandai à une jeune femme si elle acceptait de partager sa table, et elle accepta avec un beau sourire… C’est ainsi que j’ai passé une très agréable et intéressante soirée avec Mélissa et Hajar, son amie d’enfance. Nous avons beaucoup échangé, beaucoup « voyagé », et beaucoup ri. Une soirée de rêve! Avec des cocktails délicieux, comme ce « Cactus » que j’ai vraiment apprécié, et des tacos végans qui méritent le détour. Le tout à des prix très raisonnables.

J’émettrai cependant une réserve, liée au fait qu’à 22h et quelques (je n’ai pas regardé l’heure), des vigiles font évacuer le pont ouest, d’où je venais d’admirer le couchant sur la Seine, pour faire aller vers l’arrière et surtout en bas, où visiblement l’on devait danser bien tard… Mais cela, je ne l’ai pas vu : travail oblige, il fallait rentrer!

Pétaudière

Dans le train qui me ramenait en ce lundi matin vers Paris, une jeune fille épelait des mots… Le livre qu’elle avait en mains permettait d’émettre l’hypothèse qu’elle allait passer le concours d’entrée en formation « orthophonie ».

Ce qui fut confirmé lorsque j’éclatai de rire à l’énoncé d’un des mots : « pétaudière ». Qui, de nos jours, utilise ce terme? Pourquoi figure-t-il dans la liste qu’une potentielle future orthophoniste doit apprendre par coeur? Première énigme!

Mais il en est une autre pour moi : quelle est l’étymologie de ce mot? Aucune racine latine ni grecque ne me semblait l’expliciter…

Me voici donc parcourant le net, à la recherche de la réponse. Et je n’ai pas été déçue! Au point que j’ai eu envie de partager cela avec vous.
« Pétaud » est bien en lien avec « péter », si, si… et avec « paysan ». Il n’y avait que Rabelais pour oser donner ce nom à un souverain, dans le Tiers Livre, paru en 1546.

« Le roy Petault … nous envoya refraischir en nos maisons. Il est encores cherchant la sienne ».

C’est donc le nom d’un personnage fictif, un roi qui ne parvenait pas à faire régner l’ordre. J’ai renoncé à aller jusqu’au bout de la Satyre Ménippée, qui fait 406 pages et dans laquelle on ne peut faire une recherche lexicale, mais c’est là que le fameux « roi Pétault » apparaît pour la deuxième fois, à la fin du même siècle.

« L’hostel du roy Petaud où chascun est maistre (Essai sur les proverbes ds Sain., op. cit., p.236), c’est la cour du roy Petaud, chascun y est maistre« 

Ce personnage est donc devenu symbole du désordre, tel que celui qui était censé régner dans sa cour. Les auteurs se sont succédés, qui ont ainsi qualifié des souverains qu’ils méprisaient, comme Henri III, censé régner sur « une pétaudière »… Si la question vous intéresse, sachez qu’elle a donné lieu à une thèse : Une représentation de l’Histoire qui se joue des codes scéniques : « Henri III et sa Cour » et « La Cour du Roi Pétaud » (Christine Prévost). Il faut dire qu’Alexandre Dumas s’est emparé de ce personnage dans une pièce en un acte : Henri III ou la Cour du Roi Pétaud, dans laquelle il se pastiche lui-même.

« Dumas, auteur d’un pastiche de Dumas? Eh oui, cela est arrivé avec cette pièce de théâtre qui parodie Henri III et sa cour (voir une notice sur Henri III et sa cour sur dumaspere.com). Cette collaboration on ne peut plus étroite entre l’écrivain parodié et les auteurs de la parodie a permis à La cour du roi Pétaud d’être représentée dès le 28 février 1829, au Théâtre du Vaudeville, alors que la première de Henri III et sa cour avait eu lieu le 10 février.
La pièce démarque son modèle de très près. La cour d’Henri III est remplacée par celle du roi Pétaud (le roi Dagobert dans la première version), le duc de Guise par le duc de Childebrand, Saint-Mégrin par Saint-Flandrin, etc…
Les deux camps qui partagent la cour se déchirent autour de la question: faut-il porter les hauts-de-chausse à l’endroit, ou bien à l’envers?
Au fil de la pièce, on retrouve toutes les grands scènes de son modèle: le duc qui force sa femme à donner un rendez-vous à son rival, le roi qui déjoue les projets du duc en se nommant lui-même à la tête de la ligue que ce dernier voulait créer, etc… » (source)

Daumier s’en est emparé…

Puis ce fut le tour de Léo Delibes…

Cet opéra-bouffe met en scène deux rois, aussi ridicule l’un que l’autre. Voici un dessin d’un des costumes scéniques du Roi Pétaud :

Et bien sûr, Molière ne pouvait pas ne pas y faire allusion, et ce, dès la première scène du premier acte de Tartuffe.

Quant au terme « pétaudière », il semble qu’il apparaisse au 19ème siècle, d’abord chez Sainte-Beuve, dans une critique de la démocratie digne de certains politiques actuels. Pour certains étymologistes, il ne viendrait pas du personnage fictif, mais de l’habitude, chez des mendiants, d’élire un roi fictif, appelé « Roi Peto », de « peto, petare », en latin, qui signifie « je demande ».

« Quelles pétaudières sont les démocraties! On ne sait à qui s’en prendre (Sainte-Beuve, Corresp.,t.3, 1839, p.93) »

Huysmans, écrivain et critique d’art, s’en empare pour qualifier le Salon de 1880 :

« Le Salon de 1880, c’est une pétaudière, un fouillis, un tohu-bohu, aggravés encore par les incomparables maladresses du nouveau classement (Huysmans, Art mod.,1883, p.144). »

En 1936, c’est Céline qui l’utilise dans « Mort à crédit »:

Madame des Pereires (…) essayait de remettre un peu d’ordre… Que ça ait pas l’air trop étable… Déjà que c’était normalement une terrible pétaudière, alors depuis cette cohue, y avait plus un sifflet d’espace! (Céline, Mort à crédit,1936, p.527).

Depuis, les politiques de tout bord exploite le terme pour critiquer leurs rivaux.

«  »En tant que gaullistes, on ne peut accepter que la chienlit s’installe au sommet de l’État », souligne, dans le Télégramme, M. de Villepin. Laurent Fabius a vu jeudi sur France Info dans la présidence Sarkozy « la pétaudière dans tous les domaines »

« «A droite, c’est plutôt la cour du roi Pétaud, comme dans Tartuffe», lance Jack Lang sur France Inter. L’ancien ministre de la Culture précise : «Comme on dit en langage contemporain, c’est la pétaudière.»« 

Pasqua s’en empare pour critiquer la conférence de Seattle en 1999.

« Une seule chose permit à l’UE d’éviter de se déchirer en public davantage encore : il avait été opportunément prévu d’achever la conférence de Seattle le 3 décembre. Cette date butoir permit de mettre un terme à la pétaudière générale qui était en train de dégénérer dans la ville de Boeing et de Microsoft. »

Et pour Maigret (Bruno, pas le Commissaire!), en 2006, c’est toute la classe politique qui peut être traitée de telle.

« Bref, chers amis, dans la classe politique c’est ce qu’on pourrait appeler une pétaudière. »

Depuis quelques temps, les occurrences du terme explosent quantitativement, à propos des assemblées, de l’éducation nationale, etc. et tous les partis politiques y ont droit… Bref, un mot qui revient à la mode, même en l’absence de roi! Et les étrangers n’y échappent pas. Le Monde a ainsi titré en 2017 (eh oui, déjà!) : « Aux Etats-Unis, la pétaudière du président Trump. »

Bref, un mot qui a de l’avenir, et peut-être est-il nécessaire d’apprendre pour devenir orthophoniste, pour ne pas l’épeler comme ma jeune voisine « péto… »

Et si vous voulez vous amuser, vous pouvez lire cet article sur les appels à projets dans le sport, « de la complexité à la pétaudière », ou encore ce blog « Mots surannés« 

La Belle Plage à Mers-les-Bains

N’étant pas fan de télévision, je ne connaissais pas l’émission permettant d’élire « Le village préféré des Français » (sic!) jusqu’au moment où elle s’est intéressée à notre petit coin de Picardie, d’abord autour d’Ault, puis, cette année, à propos de Mers-les-Bains, qui est ainsi devenu, à notre grande surprise, le 2ème village, après… Collioure. J’aime beaucoup la côte picarde, mais il ne me serait jamais venu à l’idée de comparer Mers et Collioure!

La conséquence est désastreuse : notre coin relativement tranquille ne l’est plus, et tout est envahi de touristes, parfois venus de bien loin… Or les infrastructures, notamment en termes de restauration, ne sont pas suffisantes pour ce flot brutal!

Prenons l’exemple de ce que l’on appellerait ailleurs « paillotte », installée sur les galets, La Belle Plage. J’aime la fréquenter, quand ma cabine de plage n’est pas encore installée, car elle a beaucoup de charme, avec sa structure de bois et sa magnifique vue mer.

Le Moscow Mule y est excellent, et accompagné, comme tous les autres apéritifs ou cocktails, de mini-toasts accompagnés de tomates délicieusement assaisonnées… les huîtres sont à un prix très abordables, et le camembert rôti me tente souvent.

J’ai pu y aller me reposer et restaurer la semaine dernière. Mais, cette semaine, pas une place de banquette, pas un fauteuil, pas une chaise de libre! Tout était comble, archi-comble… Quel dommage! La rançon du succès… car entendu sur l’esplanade : « On l’a vu à la télévision »…

Mais je ne désespère pas de pouvoir admirer à nouveau le couchant depuis la table où je me suis régalée…

Boudin fasciné par les laveuses ?

Durant la sinistre période du confinement, j’avais noué des liens virtuels, médiés par le Net, avec l’auteur de Un Jour Un Tableau, sur Facebook. Entre autres, nous avions travaillé l’un et l’autre sur les laveuses, alias plus au sud lavandières, ou bugadières (voir articles sur ce blog, mais il faut « remonter » loin dans le temps…). Depuis, nous continuons à jouer « en écho », et il glisse de temps à autres de nouvelles oeuvres découvertes. A mon tour, cette fois, car, lors de ma visite de l’exposition consacrée à Boudin, au Musée Marmottan, j’ai été surprise de découvrir que ce peintre s’était intéressé aussi aux scènes de lessive.
Pas au bord de la mer. Pas dans les lavoirs. Mais sur les fleuves et rivière, et dans les estuaires.
Je lui dédie donc ces photos prises au Musée. Sans doute le mathématicien collectionneur s’y intéresse-t-il aussi, car il n’y en avait pas qu’une…

Le 12 août 1874 était jour de lessive au bord de la Touques. Et tandis que Belles Dames et Beaux Messieurs se promenaient ou tenaient salon sur la plage, on lavait de concert.

Mais on lavait jusque dans les ports asséchés partiellement par la marée basse. J’ai malheureusement oublié de noter le nom de celui-ci, mais ai identifié, après recherches, Trouville, grâce notamment à la position de l’église, au-dessus de l’estuaire de la Touques.

A Deauville aussi, on lave le linge des plus riches… J’ai découvert cette oeuvre dans un autre blog, « Des nouvelles de la Butte aux Cailles », qui présentait une exposition au Musée Jacquemart-André en 2013.

Plus de calme, et moins de monde pour cette séance de lessive à la campagne…

En recherchant sur le net le titre des tableaux, j’en ai découvert d’autres! Cette fois, c’est à Etretat qu’oeuvraient les dames.

Il est au Musée des Beaux-Arts de Gand.

Une petite remarque pour finir : le ciel n’est jamais vraiment bleu, et les nuées font craindre des difficultés pour le séchage… qui n’a jamais, semble-t-il, intéressé le peintre au point qu’il en fasse son sujet…

Tiens, voilà du Boudin…

Bon, je suis d’accord avec vous, ce titre n’est pas digne d’un blog censé « se tenir »… Mais je n’ai pu m’empêcher de faire référence à cette vieille chanson entendue moultes fois dans mon enfance. Ce n’est toutefois ni de noir ni de blanc, et encore moins de jeune fille, que je veux vous parler aujourd’hui, mais bien de Boudin, de son prénom Louis-Eugène, né à Honfleur en 1824, et mort tout près de là, à Deauville, âgé de 74 ans. Le voici à l’oeuvre (c’est le cas de le dire!)…

On comprend qu’il ait aimé produire des marines!

Et des marines, on voit, on en déguste, et on s’en lasserait presque, dans cette exposition du Musée Marmottan.

Pourtant, j’aime ce genre, et j’aime ce peintre. Mais il y en a vraiment beaucoup, et la faiblesse de la muséographie n’aide pas à éviter la lassitude. Dommage! J’ai compris pourquoi, lorsqu’à la sortie j’ai découvert qu’il s’agissait d’une collection particulière, celle d’un homme que Beaux-Arts qualifie de « mathématicien fou », Yann Guyonvrac’h. Or celui-ci, réputé « prodige des algorithmes » a réussi, à 52 ans à peine, à réunir une incroyable quantité de tableaux de Boudin!

Mais il n’y a pas que des marines : comme son nom l’indique, ce Breton a aussi focalisé sur sa région, et j’ai découvert de charmants tableaux représentant femmes et paysages de « ma bro » d’adoption. Pour les curieux/euses, un peu de langue : son nom est un ancien surnom breton, signifiant « digne d’avoir des chevaux »….

On voyage donc sur les côtes de Bretagne et de France, mais aussi un peu ailleurs, en particulier à Venise, qui donna du fil à retordre au peintre, la lumière écrasant davantage les reliefs naturels ou architecturaux, ce qui explique peut-être que j’aie trouvé ces tableaux moins intéressants…

Voici donc quelques tableaux que j’ai choisis pour illustrer mes propos… Commençons par le plus évident : sur la mer, il y a des bateaux, et, dans ceux-ci, des marins.

Des pêcheurs, mais aussi la marine marchande, voire la Marine Nationale, comme ici à Brest:

Sur la côte, la population est variée, et l’hétérogénéité des scènes saisies par l’artiste est impressionnante. Tantôt une vie laborieuse…

Tantôt la Haute Société qui tient salon sur le sable, comme ici à Trouville…

Mais on s’éloigne parfois des rivages, pour s’intéresser à la vie des villages, lors de noces ou de marchés, par exemple.

J’ai découvert un aspect du peintre que j’ignorais, plus drôle, voire satirique.

Avec un faible, je l’avoue, pour cette jeune Normande…

Un défilé qui « déchire »

Deux de mes jeunes amies étudient dans une Ecole des Beaux-Arts de Monaco, comme certain-e-s d’entre mes fidèles lecteurs/trices le savent déjà. En ce 25 avril 2025 (jolie date, n’est-ce pas? Et qui plus est jour où l’on fête l’Italie, la Révolution des Oeillets au Portugal… et accessoirement mon anniversaire…), elles devaient présenter, en équipe, une scénographie pour leur examen de fin d’année.

En voici l’annonce sur le site officiel de Monaco :

« Dans le cadre de la Monte-Carlo Fashion Week et en partenariat avec l’école Polimoda, Fashion School de Florence, les étudiant·es de l’École Supérieure d’Arts Plastiques – Pavillon Bosio ont imaginé un événement inédit, mêlant défilé et performance, qui se tiendra à l’Espace Léo Ferré, vendredi 25 avril à 18h. »

Petite parenthèse : je n’ai découvert le titre qu’en écrivant cet article, donc bien a posteriori! Pour celles et ceux qui partagent ma nullité en anglais, il signifie en gros « Super, tu es réveillé »…

Et elles avaient choisi, avec leurs co-équipiers/ères, de présenter un défilé de mode, avec la complicité d’une école de mode italienne. Me voici donc invitée à l’Espace Léo Ferré monégasque, en ce magnifique vendredi de printemps estival.

Oublié le ciel bleu et la mer azurée, pour se retrouver dans le noir… ou presque. Sombre l’atmosphère et sombre la musique introductive. Le choix est clair, si j’ose dire… D’entrée de jeu, on devine des corps ensevelis sur le sol… Et, du début à la fin, pas un sourire ne marquera les visages des jeunes mannequins qui vont marcher, jouer, presque danser sur l’absence de scène. Car étrangement cette salle de spectacle ne comporte pas de scène, tout se passe « au ras du sol ». Pas tout, non, car un accessoire joue, tout au long du spectacle, un rôle essentiel : une immense toile de gaze qui va passer du blanc au bleu, au rose, au rouge vif, et évoquer les tentes des nomades et des tunnels mouvants.

Les décors bougent et évoluent au rythme de musiques lancinantes, sombres, et les accessoires « vivent » : le projecteur de diapositives devient appareil photo, les plaques de plâtres sont pulvérisées, et les arches de papier s’alignent en profondeur puis en largeur, tenus par six fantômes noirs…

Et les créations de mode, dans tout cela, me direz-vous? Car c’est un peu le risque : la mise en scène peut valoriser ou mettre au second plan la couture… Ce fut un peu le cas au début, mais progressivement les inventions des jeunes créateurs/trices reprirent place. Beaucoup de déstructuration, de confusion de genre, de dérision, mais aussi d’inventions intéressantes. Difficile à photographier car presque jamais stable, et sans lumière, avec mon Iphone… Mais voici quelques exemples, pour les plus curieux d’entre vous.

Je ne suis malheureusement pas parvenue à bien prendre ma création préférée, avec celle qui précède : une ample robe longue noire, très pure et très stylée… Pas plus que je n’ai saisi le corps magnifiquement chaste d’une jeune fille qui a traversé à deux reprises la scène, nue, pour se fondre dans la foule des spectateurs/trices…Pas plus que je n’ai pu traduire en images la satire de jeu sado-maso dont voici seulement un extrait.

Vous l’avez compris, le genre est en jeu, le genre est jeu, tout au long du défilé. Avec beaucoup de finesse et d’humour. Est-ce l’influence de la période de création? Pour ma part – mais d’autres spectateurs discutent mes interprétations, je me suis retrouvée dans le désert, j’ai reconnu Marie-Madeleine et Jean près du tombeau du Christ (et si l’on reprend le titre… la Résurrection n’est pas loin), j’ai cru voir une critique des inégalités, des allusions à la violence urbaine tranchant avec des tableaux tout droit sortis de la Grèce Antique… Bref, un superbe spectacle qui laisse présager un bel avenir aux jeunes créateurs/trices, tant de mode que de scénographie…

Après les mannequins et l’équipe de l’Ecole de Mode florentine, nous découvrons l’équipe de scénographes, dont les deux amies dont je parlais en introduction : Estelle (en blanc ci-dessous) et Elsa (en noir), à qui je dois cette belle découverte…

Brillants Lumière(s)

Un couple rencontré à la terrasse de l’un de mes lieux de restauration (dans tous les sens du terme) préféré, l’Ebouillanté (dont je vous ai déjà parlé maintes fois), m’a conseillé d’aller voir un documentaire. Or je ne suis pas une fana de ce genre. Mais je les ai écoutés. Et je m’en suis félicitée, ô combien, tout au long de la projection à l’UGC Danton. Son titre?

Un film certes fondé sur un parti-pris : le génie incontestable d’un père et de ses fils. Mais pas seulement. De leurs femmes, leurs enfants, bref, un film à la gloire de la famille. Ce qui pourrait faire fuir, me direz-vous. Non, surtout, ne fuyez pas. Et si vous en avez l’occasion, allez le voir. Car il faut le voir sur grand écran. Cela perdrait trop sur celui de votre ordinateur ou de votre téléviseur.
En effet, ce qui rend ce film littéralement extra-ordinaire, c’est que la technique a permis de restaurer suffisamment les innombrables « vues » tournées par Louis Lumière, son frère Auguste et les opérateurs qu’ils ont formés et envoyés aux quatre coins du monde.

Le cinématographe Lumière

En cherchant sur le net, pour préparer cet article, j’ai trouvé à ma grande surprise un article de 2015 évoquant déjà un film du même type, article très intéressant.

« À la différence de ce qu’ont subi la plupart des films de l’époque du muet, les films réalisés sous la marque Lumière ont été remarquablement préservés. Béatrice de Pastre, directrice des Archives françaises du film, donne le chiffre de 1.422 «vues» réalisées sous la bannière des industriels lyonnais. Le DVD aujourd’hui édité par l’Institut Lumière en propose un choix de 114, remarquablement restaurés, et offrant un survol aussi complet que possible des principaux aspects de la production de la firme du quartier Monplaisir.« 

Car à cette époque, c’est en DVD que ces films avaient été proposés, si j’ai bien compris, avec un montage totalement différent de celui qui prévaut dans le documentaire actuel. Un autre parti-pris : une structuration autour de thématiques. Pas géniale, mais qui « embarque » le spectateur et la spectatrice dans une « histoire » telle que l’on ne s’ennuie à aucun instant. « Embarquer », ce terme n’est pas choisi par hasard. Car naviguer à la proue d’un bateau à voile, c’est ce que proposent des images choisies dans ce film. Je ne les ai pas trouvées sur le net, mais vous pourrez voir ici celles de l’embarquement familial à La Ciotat, fief de la famille Lumière.

Outre la beauté des images, ce documentaire m’a séduite pour de multiples raisons, qu’il serait trop long de décliner ici… Je préfère donc vous laisser le découvrir vous-même, comme je l’ai fait grâce à cette belle rencontre en terrasse au soleil printanier…

Mollard, une « institution » parisienne

Invitée hier par une amie qui aime la vie et connaît bien la capitale, j’ai découvert une brasserie qui m’avait, jusque là, échappé : la Brasserie Mollard, sise juste en face de la Gare Saint Lazare, station que je fréquente pourtant assez souvent… Mais il faut dire que des travaux quasi-permanents empêchent de percevoir correctement l’environnement de cette gare.

L’intérieur est saisissant, et ne peut laisser indifférent-e… J’en ai recherché l’histoire dans des articles « scientifiques ». En voici quelques extraits.

Pourquoi des décors de faïence dans ce type de brasserie?

    Comme beaucoup de brasseries parisiennes (mais pas que…), ce sont d’abord les céramiques qui attirent l’oeil. Pourquoi sont-elles là? L’explication m’a surprise, il me faut bien l’avouer.

      « À la suite d’une réflexion globale sur la salubrité publique, de nombreux « lieux d’hygiène » se dotent de décors de faïence qui présentent l’avantage de se nettoyer facilement. Parmi les commanditaires de ces tableaux brillants, on trouve les cafés. La brasserie Mollard est l’incarnation même de cette volonté d’assainir la ville à l’approche de l’Exposition universelle de 1900. Situé dans le quartier de la gare Saint-Lazare à Paris, l’édifice dont on doit l’aménagement intérieur à l’architecte Édouard-Jean Niermans (1859-1928) devient « le rendez-vous des voyageurs du monde entier6 ». (Source)

      J’ai dîné sous l’une de celles qui m’ont le plus séduite, le « Dîner chez Mollard », datant de 1895.

      A cette époque, Simas, jeune trentenaire, avait fait le choix de travailler avec la Manufacture de Sarreguemines. Cette entreprise est devenue française, suite au rattachement de l’Alsace à la France. Elle est alors en pleine croissance (source).

      Cela a entraîné des confusions, certains pensant que la brasserie avait été fondée par un Alsacien, alors que le fondateur était Auvergnat ! Bref, si vous en avez l’occasion, allez découvrir ces neufs panneaux dont l’esthétique variée peut vous séduire…

      Attention au piège des panneaux de verre !

      Saisissants, ils sont de style Art Déco. Mais ne « tombez pas dans le panneau », c’est le cas de le dire! Ils sont tout à fait modernes, et leur présence est liée à la restauration des lieux, entreprise à partir de 2012, et pas encore totalement achevée. Stéphane Malchow, descendant des deuxièmes propriétaires de l’établissement fondé en 1867 par le couple Mollard, les Gauthier, a demandé leur création au Maître Verrier Eric Bonte.

      Ils sont situés à l’arrière du restaurant, où j’ai découvert une salle de réception et une salle de conférence.

      De magnifiques verrières

      Impossible de ne pas lever la tête pour admirer les verrières fleuries, qui ont été pour la plupart reconstituées aussi récemment.

      Un ensemble harmonieux, donc, et le partage de la vaste surface en différents espaces permet de créer des salles diverses, dans une unité globale.

      Et d’un point de vue gastronomique?

      Une grande partie de la carte est consacrée aux fruits de mer, et j’ai pu déguster trois variétés d’huîtres tout aussi goûteuses les unes que les autres, quoique bien différentes. Mais on peut aussi déguster des plats plus carnés, comme ces ris de veau dont s’est régalée mon amie. Au dessert, un autre régal : les crêpes flambées au Grand Marnier…

      Une seule ombre au tableau : il faut « avoir les moyens » pour s’y offrir un repas. Mais si l’on considère que ces lieux constituent un spectacle, cela en vaut la peine… Pour ma part, je remercie ma généreuse amie de m’avoir permis de l’admirer.

      Les jeunes restaurateurs/trices ne manquent pas d’idées!

      Toutes mes excuses aux fidèles de ce blog, qui est resté muet pendant un long moment… Le temps de commencer à me remettre d’un accident de voiture dont je n’aurais pas dû sortir vivante… Mais je le suis toujours, et me revoici en train de partager avec vous mes découvertes. Certaines sont récentes, d’autres datent « d’avant », mais j’ai voulu les relater quand même…

      Pour initier ce renouveau printanier, une trilogie de jeunes qui n’ont pas craint, entre 20 et 30 ans, de se « lancer » dans la restauration, avec des idées intéressantes.

      Le premier est le plus « classique ». Je crois en avoir déjà parlé ici, mais il mérite de figurer dans ce groupe. Il gère, avec une toute petite équipe, ce que je nommerais un « bistrot », terme qui relève pour moi de l’affect. Car on s’y sent bien, comme on peut en juger au nombre incroyable d’habitué-e-s qui le fréquentent, pour certaines et certains, quasi quotidiennement. Le midi, on y déjeune pour moins de 20 euros, entrée, plat, dessert. Des plats « comme chez soi », ou des recettes plus recherchées… Mais surtout, il y a un véritable accueil, malgré la quantité de convives pour le déjeuner. Habitant-e-s du quartier, employé-e-s ou ouvriers oeuvrant dans le coin, ou artistes plus ou moins renommé-e-s s’y côtoient dans un joyeux brouhaha. Le soir, c’est apéro pour certains, « after work » pour d’autres, mais là aussi beaucoup de monde se retrouve. Et le jeune patron est toujours là, souriant. Bref, un endroit (d)étonnant sur le Boulevard Saint Germain, où il se situe au numéro 13… Son nom ? Le Relais Fac, à essayer sans hésiter.

      Le deuxième l’est aussi par son choix culinaire : une pizzeria. Mais moins par un autre choix: celui de ne faire consommer que français. J’ai découvert cette option en voulant commander un vin italien. Refus catégorique : « Nous n’avons que des vins français ». Mais aussi en parcourant la carte, qui présente une carte de l’origine des garnitures, qu’il s’agisse de légumes, de fromages ou de charcuteries. Mais alors, me direz-vous, est-ce que leurs pizze sont bonnes? Eh bien, c’est la meilleure pâte que j’aie jamais mangé, aussi bien en Italie qu’à Nice ou environs… A la fois pas trop épaisse et extrêmement tendre et « goûteuse »… Et ça marche! On se bouscule dans ce petit restaurant d’Issy-les-Moulineaux, et mieux vaut réserver. Son nom? Le Pizzou. Expliqué sur le site :

      « En fait on a voulu dire en un seul mot qu’on faisait de la pizza mais aussi du 100% français. Notre manière à nous de traduire pizza en français Pizzou ça nous paraissait bien résumer notre envie de « Pizza » et de « franchouille ». Un joyeux mélange d’un plat populaire partout dans le monde et de produits glanés dans toute la France.« 

      Et ça marche au point qu’ils ont essaimé : 4 restaurants à Paris et proche banlieue. Celui dans lequel j’ai dîné est situé 19 rue Ernest Renan, à Issy-les-Moulineaux. Mais il y en a aussi dans le 12ème, dans le Marais et à Pigalle…

      La troisième découverte n’est pas parisienne, mais rennaise. En cherchant un restaurant proche de la gare de Rennes, j’ai été tentée d’essayer celui dont un article du Télégramme (de Brest, pas de Rennes!) disait beaucoup de bien. Car l’idée me semblait un peu folle. Deux jeunes de 24 et 25 ans se lançant dans un restaurant de 100 places, en soignant son aspect cocooning, alors qu’il est situé au pied d’immeubles informes. Et elle et il ont réussi. On se sent bien malgré l’immensité des lieux et un voisinage d’immeubles de bureaux. L’acoustique a été étudiée soigneusement pour étouffer les bruits. Le décor est moderne, mais on est assis-e sur des fauteuils confortables, revêtus d’un doux tissu. Et les tables sont suffisamment éloignées les unes des autres pour que nul n’entende la conversation des autres. La carte propose des plats bretons, mais aussi des recettes classiques revisitées. Ce que j’ai mangé était excellent. Le cocktail aussi. Et des produits visiblement frais. Avec une option « circuit court », comme dans la pizzeria précédemment évoquée. Si donc vous passez par Rennes, allez le découvrir. Monsieur Arthur, 24, Place Raoul Dautry. Et il paraît que ça marche si bien que deux autres restaurants s’ouvrent à Roazon…