Je renoue ce matin avec mes réveils musicaux, et, en écoutant France Musique, découvre une pianiste au jeu épuré qui me séduit. Me voici donc en train de vous faire partager le plaisir apaisant éprouvé en l’écoutant.
Alicia de Larrocha n’est plus de ce monde depuis 10 ans, mais elle continue à nous enchanter. Je vous propose donc d’écouter la danse 2 de l’opus 37 des Danses Espagnoles d’Enrique Granados et de vous laisser transporter par cette douceur… une musique caressante s’il en est…
En ce dimanche de septembre qui fête le Patrimoine, un groupe d’artistes et leurs amis proposaient au Tréport une demi-journée sur la thématique présentée dans le titre de cet article.
J’ai eu le plaisir d’en faire partie, et de vivre des moments riches d’émotions, esthétiques certes, mais aussi liées à la véritable synergie qui s’est développée au fil de l’après-midi.
Jean-Claude Boudier entre outils, galets, oeuvres et film sur son art
Point de départ disais-je donc : ce que Jean-Claude Boudier nomme des « galets », ces morceaux de minéraux ramassés au pied des falaises, tombés des platiers, ou dans des anciennes couches sédimentaires sur les plateaux crayeux.
Les outils de l’artiste et sa dernière oeuvre, La Pieuvre (clin d’oeil à Georges Oucif)
Il les transforme en oeuvre d’art, tantôt en maintenant le matériaux original, tantôt en fondant du bronze dans le moule qu’il a fabriqué à partir de celles-ci.
Moules et oeuvres Au mur, tableau de Alain Colliard (exposition actuelle)
Michèle Mareuge, pour sa part, présentait des tissages faits à partir de ses pages de calligraphie, autour du thème des « falaises ». Des merveilles d’oeuvres translucides, avec lesquelles la lumière joue au gré de leurs ondulations.
Michèle Mareuge devant une déclinaison de ses calligraphies du mot « falaise », deux tissages et un tableau
Si je connaissais les sculptures de l’un, je découvrais les tissages et tableaux de l’autre avec intérêt, admiration et bonheur…
Sylvie Henrot, propriétaire de la galerie, a proposé aux organisateurs des Journées du Patrimoine d’organiser un ensemble de micro-événements autour de cette exposition. D’où l’idée du titre, puis de tout ce qui s’est succédé de 15 à 19 heures.
Visite nature au pied de la falaise du Tréport
Une visite au pied de la falaise du Tréport, avec le guide nature Pascal Leprêtre, que j’avais déjà suivi dans ses présentations si passionnantes de la flore et de la faune indigènes.
Le guide Pascal Leprêtre passionnant son auditoire
Il entraîna le groupe dans l’histoire à la fois géologique, architecturale et humaine du Tréport, dans un exposé très complet où il fut, bien évidemment, aussi question de galets. C’est ainsi que j’ai découvert l’ancien tracé des falaises, la composition des galets, l’exploitation qui en était faite autrefois et dont une partie perdure grâce à des concessions de 99 ans…
C’est ainsi qu’à ma grande surprise j’ai découvert qu’il y avait des micro-organismes superbes au coeur de ces galets… lesradiolaires par exemple. Si le sujet vous intéresse, un article les présente ici.
« Promenade ludique » – jeu de piste de l’Esplanade à la Galerie
Au nom de l’association Goéland, j’ai préparé un petit jeu de piste autour de la thématique des galets, pour ramener le groupe de la falaise à l’exposition de manière ludique.
Une belle lumière pour le jeu de piste…
Occasion de mauvais jeu de mots, d’observations amusantes, de découvertes intéressantes aussi, de l’architecture et de l’histoire de la ville, en particulier dans le Quartier des Cordiers.
Les ramiers
Rencontres aussi avec des commerçants, qui vendent des galets… des bonbons, des confiseries, des magnets, ou avec des artisans, comme ce verrier qui fabrique de très beaux galets de verre.
Bref, une petite promenade vivante et bon enfant, dans ce coin de la ville entre pleine mer et port.
Vidéo et composition musicale
Didier Debril, journaliste et compositeur travaillant avec l’IRCAM, avait pour l’occasion créé une oeuvre mettant en scène les galets, les falaises et la mer… Composition électro-acoustique, à partir entre autres du bruit des galets caressés ou chahutés par les flots. Du calme à la fureur des flots déchaînés, puis retour au calme avec un couchant magnifique et des galets éclairés de cette belle lumière… une oeuvre prenante et émouvante… Promis, dès qu’elle sera en ligne, je place ici le lien. Elle est en ligne à présent, ici. Et vous trouverez là une vidéo sur l’environnement de Jean-Claude Boudier, du même vidéaste.
Lecture de texte
Un peu intimidée, et surtout anxieuse car c’est la première fois qu’a lieu une lecture de mes textes (que vous pouvez voir dans la section « Plaisirs des mots »), je m’exécutai à la demande générale et lus les deux poèmes, dont l’un en prose, et leur préambule, écrits spécialement pour cette occasion. Quelle émotion que ce temps de partage de sentiments et d’émotions aussi intimes…
Un moment de convivialité et de synergie artistique
La journée s’acheva par des échanges entre les différentes personnes présentes, chacun-e parlant de son art, certain-e-s expliquant des techniques, telle cette dame explicitant la fonderie et en discutant avec Jean-Claude Boudier, ou cette autre parlant avec passion de la gravure qu’elle pratique… Michèle Mareuge et Philippe Colin échangeant sur les encres et la calligraphie… Didier Debril explicitant la composition musicale… Anne expliquant ce qu’elle venait de découvrir lors des visites organisées à Mers-les-Bains… Toutes et tous réuni-e-s autour de Sylvie Henrot et de son « bénévole », sans qui ces rencontres n’auraient pas eu lieu… qu’il et elle en soient remercié-e-s…
Les textes qui suivent ont été écrits à l’occasion de la Journée du Patrimoine, 22 septembre 2019… Une exposition à la Galerie Résonances, au Tréport, d’oeuvres de Jean-Claude Boudier… autour de laquelle a été conçue une animation intitulée « Avatars de galets. Du patrimoine naturel au patrimoine culturel ». Une découverte de la richesse au pied de la falaise du Tréport, suivie d’un jeu de piste organisé par l’Association Goéland, menant de l’Esplanade au Quartier des Cordiers, puis ramenant à la Galerie pour admirer les sculptures et autres oeuvres exposées, dont celles de Michèle Mareuge, mais aussi écouter une composition musicale et voir un film de Didier Debril, et enfin une lecture des textes qui suivent…
PS : maladroite avec ce logiciel, je ne suis pas parvenue à scinder les strophes…
Préambule
Force et faiblesse… C’est ce que m’évoque le galet, tel que vécu, senti, regardé sur la plage de mon enfance, de mon adolescence et de ma pseudo-maturité…
Que de fois ai-je entendu les adultes, les touristes, jeunes
et vieux, se plaindre des galets et désirer le sable. Mais que ce soit à Nice,
mon autre « chez moi » ou à Mers-les-Bains, haut lieu de mon enfance,
les galets ont représenté pour moi un mystère et un symbole d’antinomie…
Enfant, je descendais en courant, pieds nus, sur les galets
pour rejoindre le sable et la mer. Plus tard, j’appréciais de me baigner à
marée haute, pour nager au plus vite en mer profonde.
J’ai joué avec eux, j’ai vu jouer aussi. Mes enfants. Mes
petites-filles. Et maintenant cela va être le tour de Samuel, qui a initié
cette année une nouvelle génération de grimpeurs, descendeurs et chercheurs de
galets sur la place de Mers. C’est la 6ème que je vois. Une vie.
Je me suis souvent demandé si j’associais les galets à la
vie ou à la non-vie, à l’animé ou à l’inanimé… Un jour, une conversation avec
un ami a fait écho à ce questionnement. Il évoquait pour moi la place du galet
dans le Feng Shui. Elément de Terre, il contribue à l’équilibre, en particulier
pour détruire les effets négatifs de l’Eau… Voilà qui lui redonne un aspect
dynamique dans sa minéralité si statique en apparence…
J’ai choisi de livrer ce jour deux courts textes qui chantent
ces galets, patrimoine naturel, patrimoine culturel….
Avatar 1
Roulé, malmené
Embarqué par les flots
Roulé, maltraité
Façonné par les flots
Il deviendra galet
Fondu dans la masse
Des autres galets
Unique pourtant
Invisible, trop visible
Au regard de l’enfant
Qui recherche le sable
Fin, le sable mouvant
Sous petits pieds fragiles
Imprévisible sous le pied
De l’adulte vieillissant
Qui cherche à s’assurer
Mais risque de tomber
Sur jambes si peu agiles
Fondu dans la masse
Des autres galets
Devient maltraitant
Unique, singulier
Le galet
Si recherché
On vante sa rondeur
Sa douceur
Ses couleurs
Mais aucun des galets
N’a d’égal à lui-même
N’est égal à un autre
La quête du galet…
L’enfant émerveillé
De si brillants jouets
L’adulte enchanté
De formes si variées
Toutes et tous en quête
D’un objet rare et beau
Caché sous la grisaille
De sa peau
Douce et rêche
Chaude ou fraîche
Car telle une coque
La surface anonyme
Peut cacher un trésor
De couleur et de forme
Roulé, malmené,
Le galet résiste
Il résiste à la mer
Le temps a peu de prise
Pourtant il finira
Par devenir poussière
Grain de sable d’abord
Epais, craquant, massant
Puis grain fin si plaisant
Sous le pied du passant
Homme libre,
Quand tu vas voir la mer
Contemple le galet
Si différent
Si semblable
Si faible
Et si puissant…
Avatar 2
Une masse blanche. Elle a chû de la falaise, a quitté le
platier pour venir se rouler à nos pieds… Caressée. Massée. Travaillée par les
flots, le flux et le reflux, la vague écumeuse…
La voici « galet ». Galet de calcaire. Pur mais
pas dur. Lisse et doux au toucher. Prêt à se livrer aux mains de l’artiste et à
ses outils.
L’artiste le pèse et le soupèse, le caresse à son tour. Il
joue de ce galet, le regarde, s’interroge, se questionne, imagine, anticipe,
projette et se projette dans une œuvre future.
L’ovoïde blanc est blessé. Entaillé, fendu, coupé, sculpté, mutilé,
il souffre sous le coup des outils de l’Homme. Il se transforme, se trans-forme.
Peu à peu émergent… Un doigt ? Un ongle ? Un œil ?
Anthropoïsation progressive. Ou animalisation. Ou… Tout est possible au
créateur.
Une masse blanche. Qui n’a plus rien d’une masse. La lumière
joue avec les creux et les reliefs, rompant la blancheur éclatante et projetant
des ombres…
Alors apparaît l’œuvre. Sculpture intégrale. Pas de face
cachée. Tout est fin. Tout est pur. Tout est Beau. Le galet travaillé par les
mains de l’artiste se mue en œuvre d’art…
Et j’avais admiré le site tout autant que l’exposition… Me voici donc revenue sur les lieux, pour une exposition cette fois consacrée à Ettore Spalletti.
Et, chose amusante, la première « oeuvre d’art » que j’ai admirée se trouve… dans le parking situé juste en face de la Villa (facile de s’y garer, et on arrive vraiment devant la porte du jardin… il peut aussi servir pour l’accès au Jardin Exotique).
L’entrée dans la propriété se fait par le haut du parc, qui abrite une autre exposition, consacrée, elle, à Michel Blazy, artiste originaire de Monaco, qui joue avec fantaisie sur des gammes d’objets ordinaires, comme les baskets de Collection de Chaussures, créée pour la 57ème Biennale de Venise, voire périssables comme les pelures d’orange de Sculptcure (non, je n’ai pas fait de fautes d’orthographe), datée de 2001 à « en cours » (sic).
Collection de chaussures
Sculptcure
Les jardins en terrasse offrent une vue splendide sur la Principauté et la Méditerranée.
Ils sont délicatement ornés, en particulier par un petit édifice au bleu qui me rappelle les jardins de Majorelle à Marrackech, jardins où j’aimais tant aller me promener…
L’architecture extérieure est à la fois simple et recherchée, avec un blanc contrastant sur le bleu environnant.
La plupart des fenêtres doivent être occultées pour permettre l’accrochage des oeuvres. Ettore Spalletti a souhaité, pour sa part, qu’elles restent ouvertes pour laisser pénétrer cette superbe lumière méditerranéenne. Il faut préciser qu’il conçoit les oeuvres pour les sites qui les accueille…
Les oeuvres sont très épurées, et la mise en scène est importante. La première sensation, dès la première salle, est celle d’une grande pureté, d’une symbolique forte mais discrète, d’une recherche de l’épuré et de la (fausse) simplicité…
La palette de couleur est à la fois réduite et très riche, car l’artiste joue beaucoup sur la surface et la texture. Les tranches sont travaillées en fonction du nombre d’or, et dorées à l’or fin. Des détails peuvent surprendre, comme ce crayon écartant du mur l’un des côtés d’un vaste tableau.
Tout un immobilisme apparent pensé pour mieux rendre l’idée de dynamique et de mouvement, évoquant ainsi la nature des environs de la ville natale de Spalletti, Pescara.
J’ai pour ma part – et c’est rare! – regretté de n’avoir vu qu’à la fin de la visite le long documentaire consacré à l’artiste, qui permet de mieux comprendre la philosophie et les principes créatifs qui sous-tendent son oeuvre… Le film est passionnant, et je pense que, pour une fois, un bref extrait pourrait être visionné dès l’entrée pour mieux pénétrer son univers qui n’est pas qu’esthétisme…
L’harmonie est certaine, entre l’installation proposée et l’architecture intérieure de la Villa, avec ses escaliers monumentaux et ses superbes vitraux…
Bref, j’ai hâte de retourner l’an prochain voir ce qui sera proposé en ces lieux, mais j’aimerais aussi aller voir la ville de Pescara et la chapelle réalisée par la compagne de celui qui, en relation avec Raphaël, aimerait n’être appelé qu’ « Ettore »…
Comme souvent lorsque je suis à Nice, je me suis laissée entraîner à flâner Place du Gesu, dans le restaurant éponyme, ma « cantine » depuis des années… Mais, comme d’habitude, la voiture avait été garée au Château. Donc dilemme : prendre l’ascenseur, encore certainement bondé de touristes flemmard-e-s, ou grimper à pied? Après les gnocchi gorgonzola et le tiramisu, la seconde solution était osée, mais semblait imposée par le bon sens… Donc en route pour l’escalinada Eynaudi… Ne pas trop lever les yeux pour se décourager… quoique…
Pour les courageux/euses…
Au premier palier, une plaque commémore Eynaudi, dont le nom a été donnée à cet escalier.
A la gloire d’Eynaudi… ou de Médecin?
Mais qui était donc Eynaudi ? La plaque le présente comme « poueta nissart », poète nissart. Effectivement, il a, comme Rondelly, Rocher et tant d’autres, célébré sa ville :
« Nissa que l’ounda baia
Souta lu mount altié
L’univers si miraia
En lou tiéu souol entié «
Je vous laisse traduire, ce n’est pas difficile…
Ce qu’il faut surtout retenir, c’est qu’il contribua à fixer la langue locale par un Dictionnaire publié entre 1931 et 1939, qui a été complété et réédité par l’Academia Nissarda en 2009.
Juli Eynaudi était un ardent défenseur de sa culture, et l’a exprimé dans des textes, mais aussi par l’animation d’associations dont ce fut l’objet.
Un palier, deux paliers… Au second, une curieuse statue de Vierge à l’Enfant. Pourquoi « curieuse »? La Vierge est toute abîmée, l’enfant est tout neuf. Ne me demandez pas pourquoi, je n’ai pas l’explication…
Je ne suis pas parvenue à trouver de quoi il s’agissait. Nous ne sommes pas loin du Malonat, oratoire qui abrite une Vierge que l’on promène en procession en souvenir de la fin de l’épidémie de choléra en 1854… Mais s’agit-il de la même image de la Vierge?
L’escalier continue à grimper, offrant de superbes vues de la Vila Vielha (alias Babazouk).
Il mène au Camin de la Villa Auta (en haut à gauche, couleur verte, sur le plan ci-dessous).
Celui-ci serpente à l’ombre des conifères et est rejoint par un autre escalier qui monte du nord de la vieille ville. On arrive alors à la Chapelle de la Sainte Trinité, qui jouxte les deux cimetières (catholique et israëlites).
Je suis allée revisiter le cimetière israëlite, qui fera l’objet d’un prochain article… Sachez toutefois, pour aiguiser votre appétit, qu’il y avait jadis trois cimetières, ainsi que l’atteste ce plan présenté sur le blog d’un amoureux d’histoire de la ville.
Autour du 24 août se déroule chaque année à Clans un Festival du Jeu. Je l’ai découvert l’an dernier, et ai voulu renouveler l’expérience cette année.
Clans est un village perché dans la vallée de la Tinée, un village vivant, dynamique, intéressant à plusieurs points de vue. Et l’organisation d’une telle manifestation montre à quel point les habitant-e-s peuvent se mobiliser pour attirer un peu de monde. Un peu, car les touristes ne « montent » pas jusque là. Une heure de route, trop loin de la côte… Dommage? Je ne sais pas, car cela permet une authenticité qui tend à disparaître dans des villages trop proches des villes, comme Eze par exemple.
Clans: vue de la Chapelle Saint Michel
En route donc, en ce samedi matin, pour le village. A tout hasard, un pique-nique prévu, mais avec l’idée de déjeuner plutôt dans la petite auberge qui nous avait accueilli-e-s l’an dernier… Plan du Var, on admire au passage Saint Jeannet, Le Broc, Carros… etc. Vallée du Var, puis Vallée de la Tinée. Et la montée en lacets vers le village. Le parking est toujours aussi peu ombragé, tant pis… Et direction l’auberge La Clansoise.
Hélas, elle est fermée. Définitivement fermée, apprendrons-nous par Mado, charmante dame de 88 ans qui est venue, voici 28 ans, prendre sa retraite dans le village natal de son mari, face à la collégiale, et qui prend du temps à expliquer à qui est intéressé les recettes nissardes. Fermée, alors que le jeune couple venait de commencer à l’aménager, avec, je me souviens, une cour ombragée et rafraîchie par une charmante petite fontaine style japonais, où le bambou jouait avec l’eau…
Le club des boulistes nous accueille et une table est à notre disposition pour le pique-nique à l’ombre du figuier et de la vigne. Vue imprenable sur la vallée de la Tinée et les monts environnants.
14h, c’est l’heure du rendez-vous avec 1,2,3 CAT, qui organise une fois de plus une Chasse au Trésor; deux heures à parcourir les ruelles médiévales, à découvrir les innombrables chapelles, à tenter de résoudre les énigmes… Une fois de plus j’admire les fresques de la Chapelle Saint Antoine, je tente de dénombrer le nombre de représentations de la Vierge dans la collégiale, et apprécie le bruit de l’eau glissant sous les ruelles, emplissant le lavoir, coulant des fontaines… Elle est omniprésente ici…
Vierge noire de la Chapelle Saint Antoine
Fresques de la Chapelle Saint Michel
La collégiale
Le jeu fini, un petit tour au Festival, pour acquérir le gobelet souvenir et s’étonner de l’ingéniosité de certains costumes. Sous le chapiteau, dans les rues, sur les places, on joue, on joue, on joue à tout, depuis les jeux de rôle jusqu’aux échecs… Et tous les âges se retrouvent pour découvrir les nouveaux jeux de société. Les graphistes prennent le temps d’expliquer leurs créations, où l’histoire et le fantastique se mêlent… Une atmosphère joyeuse et calme dans la fraîcheur de la montagne.
L’heure est venue de partir, mais cette fois direction Bairols, autre village perché, de l’autre côté de la vallée.
J’ai repéré sur Internet la présence d’une auberge où un chef étoilé aurait décidé de se retirer… 7 km de montée en lacets pour atteindre ce bourg. Il subsiste dans ce village, à la mairie flambant neuve, de belles traces du passé…
L’église côté vallée de la Tinée
Un autre aspect de l’église!
L’église domine une grande partie du village. Côté pile, architecture originale. Côté face, mur en aplomb sur le rocher…
Le dernier virage en montant
Le premier virage en montant
L’accès au village se faisait par ce passage, avec virages décalés pour empêcher l’élan des chevaux d’ennemis éventuels, et orienté de telle manière que l’on ne pouvait arriver les armes à la main… droite…
De l’église à l’entrée actuelle du village
Une très belle vue sur les environs, depuis la place située devant l’église, est mise en valeur par une table d’orientation.
En regardant vers le nord-est…
… puis le sud-est… Au loin, la Madone d’Utelle
Mais déception. Trop de rénovation. Trop « travaillé ». Ce minuscule village a perdu de son authenticité… Dommage…
Et autre déception… L’auberge est fermée. On nous explique qu’elle ne fonctionne que très peu, surtout le midi ou sur rendez-vous…
Nous redescendons donc dans la vallée pour regagner Nice, nous demandant si ce village valait le détour…
Quand j’entends l’hymne nissart, j’ai… la chair de poule… eh oui, l’émotion me prend à chaque fois en oyant cette chanson. Il faut dire que je suis nissarte d’adoption, depuis plus de trente ans… Alors j’ai envie de vous faire partager ce plaisir…
Je les ai entendus notamment dans la petite église de La Gaude, chantant a capella, avec la ferveur du public conquis… Un bel instant de communion…
Introduction
Viva, viva Nissa la Bella !
Vive, vive Nice la belle !
1er couplet
O la miéu bella Nissa, Regina de li flou, Li tiéu vièji taulissa Iéu canterai toujou ! Canterai li mountagna, Lu tiéu riche decor, Li tiéu verdi campagna, Lou tiéu gran soulèu d’or !
Ô ma belle Nice,
Reine des fleurs,
Tes vieilles toitures,
Je [les] chanterai toujours !
Je chanterai les montagnes,
Tes riches décors,
Tes vertes campagnes,
Ton grand soleil d’or !
Refrain
Toujou iéu canterai
Souta li tiéu tounela
La tiéu mar d’azur,
Lou tiéu cièl pur,
E toujou criderai
En la miéu ritournella :
« Viva, viva Nissa la bella ! »
Toujours je chanterai
Sous tes tonnelles
Ta mer d’azur,
Ton ciel pur,
Et toujours je crierai
Dans ma ritournelle :
« Vive, vive Nice la belle ! »
2e couplet
Canti la capelina,
La rosa, lou lilà,
Lou pouòrt e la Marina,
Païoun, Mascouïnà !
Canti la soufieta
Doun naisson li cansoun,
Lou fus, la coulougneta,
La miéu bella Nanoun !
Je chante la capelina, La rose, le lilas, Le port et la Marine, Paillon, Mascouïnat ! Je chante la mansarde Où naissent les chansons, Le fuseau, la quenouille, Ma belle Nanon !
3e couplet
Canti li nouòstri gloria, L’antic bèu calèn, Dòu gioungioun li vitoria, L’òudou dòu tiéu printèms ! Canti lou vièlh Cincaire, Lou tiéu blanc drapèu, Pi lou brès de ma maire Dòu mounde lou pu bèu !
Je chante nos gloires, L’antique belle lampe à huile, Du donjon les victoires, L’odeur de ton printemps ! Je chante le vieux Sincaire , Ton blanc drapeau, Puis le berceau de ma mère Le plus beau du monde !
Il en existe de nombreuses versions, et des interprétations parfois étonnantes. Cet été, j’en ai entendu une tout à fait innovante, dans un balleti… elle est donc renouvelée et renouvelable, cette chanson créée au début du XXème siècle par Menica Rondelly.
En ce vendredi soir du mois d’août, beaucoup de salles font relâche et les spectacles se font rares… Que faire? Alors, je me suis laissée tenter par la Nuit aux Invalides, dont les annonces sur le net sont plus qu’alléchantes…
Et, par certains côtés, je n’ai pas été déçue… mais par d’autres, pas conquise…
Oserai-je le dire? Je ne suis jamais entrée aux Invalides. J’ai toujours soigneusement évité ce lieu que je considérais comme une appropriation sauvage par les militaires d’un espace qui pourrait servir aux citoyens. Alors, l’idée que pour une fois tout Parisien pouvait en bénéficier m’a séduite, et c’est donc avec une curiosité certaine que j’ai franchi les innombrables portes et barrières qui mènent à la cour d’honneur.
Erreur sur la date ? Pas de problème, le personnel est réellement accueillant et l’a vite réparée… Et me voici installée au troisième rang de chaises… et en train de me tordre le cou pour espérer voir tous les côtés éclairés!
Ce qui m’a séduite…
L’ambiance. Recueillie. Calme. Sereine. Etonnant en plein centre de Paris. Evocatrice du « respect » (bien que je n’aime pas trop ce mot) envers les militaires blessé-e-s ou disparu-e-s.
Les projections sur les murs. On commence, hélas, à s’habituer à ce genre de projections. Mais sur une telle surface, cela reste surprenant… et assez prenant, il faut bien le dire.
Le jeu des personnages projetés, faisant des acrobaties pour que leur corps épouse la forme des voutes et fenêtres.
Ce qui m’a moins plu…
Le discours grandiloquent. Il est vrai que, sur une telle thématique, on vire vite au style « pompier ». Et malheureusement le texte n’y échappe pas.
Le non-respect du programme annoncé. La communication autour de l’événement évoque une fresque historique, allant de la Préhistoire à nos jours; il n’en est rien, et j’attends toujours la Préhistoire!
La révérence à Napoléon. Certes, on ne peut parler des Invalides sans l’évoquer. Mais trop, c’est trop…
J’aurais dû me méfier, en lisant le texte d’annonce sur le site officiel.
«
LE show de l’été à Paris, UN spectacle unique par son histoire, par sa grandeur, par sa technologie de pointe, unique par le rêve qu’il suscite ! Le spectacle à grand succès de Bruno Seillier ! Venez traverser 3000 ans d’histoires dans ce lieu hors du temps, des Gaulois à Louis XIV, de Napoléon aux grands hommes et chefs militaires qui ont dessiné le Lutèce d’hier et le Paris d’aujourd’hui. Venez passer La Nuit aux Invalides, au cours de laquelle, les grandes voix de Jean PIAT, André DUSSOLLIER et de Céline DUHAMEL vous envoûteront. En cette année anniversaire des 250 ans de la naissance de Napoléon, prolongez le spectacle par une promenade nocturne aux chandelles dans l’église du Dôme à la rencontre de Vauban, Lyautey et Foch, l’Aiglon entourant le tombeau de l’Empereur. »
Et surtout, mais c’est sans doute une erreur de ma part, j’attendais un vrai Sons et Lumières, avec des acteurs, une mise en scène, de la musique… Il n’en est rien.
Et l’impossibilité de visiter l’Eglise du Dôme aux Chandelles : plus de place pour cette soirée ni pour les suivantes…
En marge du spectacle
Une réflexion sur la visée historique, et, en particulier, sur les notions de « patriotisme » et de « nationalisme ». Débat sans issue ou véritable conscientisation à faire, pour tout citoyen, et à faire faire, pour tout pédagogue ou parent?
Tout à fait improbable : sur les quais de la gare, une exposition assez « osée », dirais-je…
Toute une série de photographies de mannequins prises de dos, dans des tenues qui ne sont pas sans évoquer certains plaisirs partagés, ainsi que certaines pratiques sexuelles… Plaisir esthétique, certes…
Pourquoi avoir exposé ces photos dans le lieu de passage obligé de certaines familles vers leur destination de vacances, sachant que c’est de ce hall que partent souvent les trains lowcost?
La réponse est simple : il s’agit d’oeuvres d’art, parties d’une exposition délocalisée du Palais Galliera. .
En effet, celui-ci (Musée de la Mode) est fermé pour travaux cet été, et a choisi de délocaliser certaines expositions, dont celle-ci, au titre évocateur de Back Side, Dos à la Mode.
Les photographies sont superbes. Souvent en noir et blanc (ce que je préfère), mais aussi en couleurs, lorsque le sujet l’exige, comme c’est le cas pour cette magnifique traîne.
Bref, si vous passez du côté de Montparnasse, faites le détour et allez jusqu’au hall concerné par l’exposition, cela en vaut vraiment la peine!
Un album, des photos d’autrefois… Nous avons toutes et tous, je pense, vécu cela, ces réminiscences, ces nostalgies, ces résurgences de notre vécu. Toutefois il m’est arrivé un événement extra-ordinaire au sens profond du terme. 37 ans après le moment où elles ont été prises et placées dans un album tel que je les aime : couverture en cuir damassé, papier filigrane pour protéger les photographies coincées par les angles… 37 ans après les dernières d’entre elles, presque jour pour jour, des images du Maroc ont réapparu, retraçant toute une tranche de vie et toute une histoire, ou plutôt conjonction de deux histoires : histoire d’une mère et histoire d’un jeune couple.
Pourquoi en parler dans ce blog?
Parce que la vie réserve de belles surprises, et que je voulais partager celle-ci avec les lecteurs et lectrices qui me suivent dans mes pérégrinations diverses. Parce que voir se re-nouer des liens que l’on pensait défaits à jamais est un bonheur que l’on a envie de diffuser autour de soi. Quelle que soit l’évolution des personnes. Quelle que soit l’évolution des liens.
Internet, pour cela, est un outil fascinant, qui permet ce genre de retrouvailles. En quelques années, j’aurai ainsi retrouvé un ami de collège, et aussi renoué des liens que je croyais perdus. Une de mes amies de Guinée vient de m’écrire, pour s’enquérir de mon devenir… Et j’ai pu enfin savoir ce qu’était devenu celui que je rejoignais en été, adolescente, en « Allemagne de l’Est », la RDA où je passais toujours quelques jours en juillet… Je craignais qu’il n’ait été victime du régime de l’époque, tant il souhaitait passer en France… Mais non, il est vivant… et… Incroyable! Professeur de littérature française, et dans une université… française! Je l’ai retrouvé sur le net, sans le contacter.
Peut-être est-ce mieux ainsi. On ne peut pas tout re-visiter. Et mieux vaut ne retrouver que celles et ceux qui ont envie de cela, qui se manifestent spontanément… Comme celui qui m’a fait le plaisir, plaisir emprunt de nostalgie, il faut bien l’avouer, d’exhumer cet album… que je peux partager avec mes enfants et petites-filles… encore un croisement d’histoires…