Jeux de mots jeux de morts

Une invitation « surprise » : je ne savais pas ce que j’allais voir. Et je n’ai pas cherché à le savoir. Bien m’en a pris. Car ce fut une belle surprise, effectivement, que ces moments passés en compagnie de Pierre-Louis Calixte. Mais ce ne fut pas un monologue, comme annoncé sur le programme.

Le (524ème) sociétaire de la Comédie Française a fait revivre son grand-père (et j’avais envie de dire « la canne de son aïeul »), un metteur en scène et un comédien… et toutes sortes d’autres personnes/ages, depuis les petites mains du costumier jusqu’au Roi Soleil, en passant par Musset et Brassens… Sans compter bien sûr Molière – pardon, Jean-Baptiste Poquelin -, le prétexte de ce que j’ai envie de qualifier de « performance » pour la belle polysémie de ce mot.

J’utilise souvent le terme « co-incidence », volontairement orthographié de cette manière, pour désigner ces conjonctions de sensations, d’affects, d’évènements, qui tout à coup éclairent notre vie d’une lumière profonde, la mettent en abîme, la transcendent.

C’est une succession de ces co-incidences qui fait revivre les quatre personnes évoquées plus haut, dans un tourbillon éblouissant de « jeux » d’acteur qui, là aussi, rend hommage à Molière. Je ne veux pas trop en parler, pour ne pas déflorer ce qui est plus qu’une pièce…

Je discutais avec des amis hier soir du sens du terme « interpréter » en musique. Avec ce spectacle, j’ai appréhendé toutes les facettes de ce que peut être « l’interprétation » d’un acteur seul sur scène, je crois. Ce fut époustouflant – mot que j’utilise rarement, mais le seul capable de traduire ce que j’ai éprouvé.

Avec toute la gamme des sentiments. Avec tout l’éventail de ce que peuvent produire la voix humaine (merci Cocteau) et le corps agile…

Un petit mot encore pour la mise en scène – j’avais envie d’écrire l’auto-mise en scène, voire mise en jeu de soi. Sobre et d’une richesse incroyable, grâce aux livres et aux costumes de scène.

« Singulis », est-il écrit dans le titre. Singulier mais pas seul, entouré des morts et de tous les acteurs et personnels de la Maison de Molière, sur laquelle j’ai appris beaucoup.

Et j’ai compris le reste du titre au fur et à mesure du déroulé du spectacle, y compris le x entre parenthèses : Molière / Matériau(x).

J’ai regretté alors de ne pas avoir vu le premier des spectacles, avec Danièle Lebrun, Le Silence de Molière. Et cela m’a donné envie de voir le dernier du triptyque, Ex-traits de femmes, par Anne Kessler. « « Louison, Agnès, Armande, Henriette, Arsinoé, Célimène, Elvire, Madame Pernelle, Dorine… toutes si différentes mais qui viennent d’un seul et même cœur, celui de Molière. »

Dialogue aux Enfers. Episode 2

J’espère ne pas vous avoir lassé-e-s hier avec Montesquieu, son Esprit et ses Pensées ? Nous allons revenir à Paris, au Théâtre de Poche Montparnasse, et à cette époque.

La salle est minuscule, et ne comporte pas de scène. Spectateurs et spectatrices se trouvent ainsi au même niveau que les acteurs, tout proches. Une telle proximité entraîne une forme d’immersion dans l’univers théâtral. Nous voici donc aux Enfers.

Un homme est assis derrière un bureau, lisant et écrivant. Lequel des deux est-ce ? Montaigne ou Machiavel? Je penche pour le premier… Apparaît alors un homme, grand, fort, portant beau, à la silhouette évoquant un De Gaulle… Une tenue étrange, mixant les époques. Une cape superbe sur les épaules, couvrant un costume sombre, et un chapeau à larges bords. Cette fois, pas de doute. C’est lui, Machiavel.

Se faisant humble devant l’autre personnage, il explique qu’il est venu le rencontrer pour échanger avec lui de ce qui se passe actuellement. Actuellement ? Si vous avez lu mon précédent article, vous imaginez la mise en abîme. De quelle actualité s’agit-il ? Celle du troisième empire ? Celle de 2018 ? Ou celle de mars 2022 ? Laquelle donne, avouons-le, une autre résonance à la pièce… Surtout pour celles et ceux qui ont lu Le Prince. Certains gouvernants ne se prennent-ils pas pour Alexandre dit Le Grand et ne rêvent-ils pas de rejouer la Bataille de Gaugamèles ?

Jean Brueghel l’Ancien. La Bataille de Gaugamèles. Vers 1602

D’autres ne suivent-ils pas à la lettre les préceptes énoncés dans le livre ?

 » Il est toujours bon, par exemple, de paraître, clément, fidèle, humain, religieux, sincère; il l’est même d’être tout cela en réalité : mais il faut en même temps qu’il soit assez maître de lui pour pouvoir et savoir au besoin montrer les qualités opposées. »
« Tout le monde voit ce que vous paraissez; peu connaissent à fond ce que vous êtes, et ce petit nombre n’osera point s’élever contre l’opinion de la majorité. »

Et, au début de la pièce, l’acteur joue à merveille les « renards », pour devenir progressivement « lion »…

« Le Prince, devant donc agir en bête, tachera d’être tout à la fois renard et lion; car s’il n’est que lion, il n’apercevra point les pièges; s’il n’est que renard, il ne se défendra point contre les loups »
« […] ce qui est absolument nécessaire, c’est de savoir bien déguiser cette nature de renard, et de posséder parfaitement l’art et de simuler et de dissimuler ».

Hervé Van der Meulen et Laurent Joffrin (source)

Prestance et présence. Tels sont les mots qui me viennent pour évoquer Hervé Van der Meulen, qui interprète – vous l’aurez peut-être deviné – le rôle de Machiavel. Il joue avec finesse et puissance toute la gamme entre « renard » et « lion », tour à tour humble et prédateur.

Laurent Joffrin et Hervé Van des Meulen (source)

Difficile dès lors de « faire le poids » contre lui. Et c’est ce que j’ai regretté. Montesquieu ne pèse pas lourd face à Machiavel, dans l’interprétation qui en est faite par Laurent Joffrin. En était-il de même de ses prédécesseurs ?

Durant la saison 2018-2019, c’était Pierre Santini qui interprétait Montesquieu, et Henri Briaux, Machiavel. Vous pouvez voir quelques extraits en ligne. Un entretien de Paolo Romani avec Pierre Santini, à ce moment, apporte quelques éclairages intéressants. Mais certains critiques de l’époque n’ont pas été plus tendres avec lui que je ne le suis pour la représentation à laquelle j’ai assisté.

« Dans une mise en scène sobre et fri­leuse, qui l’assigne d’une cer­taine manière aurang de monstre sacré, Pierre San­tini semble gêné aux entour­nures et demeure peu enjoué. Hervé Briaux se révèle quant à lui cap­ti­vant, ins­piré. Les cos­tumes d’époque figent le dia­logue. Le décor, dépouillé, figu­rant des tranches de livres des­si­nées en fond de scène, n’évoque en rien les enfers et reste sans âme, un para­doxe pour un lieu accueillant des êtres pri­vés de vie. On a le sen­ti­ment d’assister à une inter­view de Machia­vel par Mon­tes­quieu.
C’est que le pro­pos de Mau­rice Joly, déjà sim­pli­fi­ca­teur, est encore sim­pli­fié, au risque de la cari­ca­ture. On sous-entend en per­ma­nence la jus­tesse des pro­pos du Flo­ren­tin, comme pour en célé­brer insi­dieu­se­ment la vic­toire. Le rôle dévolu à Pierre San­tini, man­quant de cou­leur, ne per­met pas de sou­li­gner suf­fi­sam­ment la valeur de l’Etat de droit, ce qui peut don­ner un tour popu­liste à la représentation.
 » (source)

Exactement ce que j’ai ressenti, de la place accordée à Montesquieu qui apparaît de ce fait davantage comme un « faire-valoir » des idées de son protagoniste.

La mise en scène avait elle en sus desservi les acteurs? Fausse bibliothèque, bureau fait de tréteaux supportant une plaque de verre… Et l’un des personnages en pull-over… Au contraire de la plus récente : vraies étagères et livres, bureau « faisant ancien », tenues semblant moins anachroniques…

Remontons un peu dans le temps. En 2018 avait été écrit un petit historique de la pièce, accessible sur le site du Théâtre de Poche.

« Ce dernier demi-siècle a vu quatre grandes adaptations à la scène des Dialogues aux enfers. La première est due étrangement à Pierre Fresnay qui mit en scène la pièce en 1968 et la joue au Théâtre de la Michodière en compagnie de Julien Bertheau. En 1983, au Petit-Odéon, la pièce
est montée par Simon Eine dans une adaptation de Pierre Franck avec Michel Etcheverry et François Chaumette. En 2005, l’adaptation de Pierre Fresnay fut reprise au Lucernaire, remaniée par Pierre Tabard, avec Jean-Paul Bordes et Jean-Pierre Andréani. Enfin, en 2018, le regretté Marcel Bluwal adapte et monte le texte de Maurice Joly avec Pierre Santini et Hervé Briaux pour ce qui restera comme sa dernière mise en scène
. »

J’ai recherché ce qui avait été dit des autres adaptations et représentations. Il manque un lieu : le Ciné 13 Théâtre, où fut jouée l’adaptation de Tabard quelques années plus tard. L’un des acteurs est commun aux deux scènes, l’autre avait changé.

« Dubourjal a conçu une mise en scène dépouillée où Machiavel et Montesquieu sont vêtus de noir dans le noir. Une obscurité d’enfer, mais relative puisqu’on distingue un coffre clair où les personnages s’installent ou viennent prendre les hochets de leur pouvoir. Jean-Paul Bordes, l’un de nos plus grands acteurs, joue Machiavel tout en roueries, en détachements et en éclats sourds. Il est toujours entre la nuit du monde et la lumière des mots. Pour le personnage de Montesquieu, les hasards de la soirée font qu’il est tantôt interprété par Dubourjal, tantôt par Jean-Pierre Andréani. C’est Dubourjal que nous avons vu, acteur vif, net, coupant, s’appuyant avec une allégresse secrète sur le caractère juridique et discursif de ses répliques. Jean-Pierre Andréani, que nous avions vu il y a quelques années à la création du spectacle au Lucernaire, donne une image plus sensible, moins tranchante de l’auteur de L’Esprit des lois. Les deux comédiens sont à égalité, avec des personnalités différentes. Tous trois sont judicieusement endiablés dans ce brûlot d’antan qui reste un explosif lancé à nos trop confiantes démocraties. » (source)

Impossible de trouver quoi que ce soit sur les représentations de 1968, mais les deux acteurs aimaient jouer ensemble. On peut les voir dans Le Neveu de Rameau, ou encore dans L’Idée Fixe, dont la facture n’est pas sans rappeler le Dialogue…

Pour ce qui est de l’interprétation par Michel Etcheverry et François Chaumette, j’ai pu trouver un article datant de l’époque, mais impossible à copier… Vous pourrez le voir sur cette page du Nouvel Observateur, en date du 10 juin 1983.

François Chaumette et Michel Etcheverry

1968, 1983, 2005, 2018, 2022… Des hypothèses, sans doute en émettez-vous, à propos de ces dates. Il semble que la pièce revienne sur scène lors ou à la suite d’évènements divers, avec lesquels elle entrerait en résonance. En est-il de même actuellement? C’est ce que je me propose de traiter dans le prochain épisode… à moins que je ne vous fasse encore partager mes ressentis? ou les deux? Affaire à suivre…

Times Square à Montparnasse

Guillaume de Tonquedec, ça vous dit quelque chose ? Cela vous évoque un château fort des Côtes d’Armor ?

Image illustrative de l’article Château de Tonquédec
Château de Tonquedec

Vous n’avez pas tort. Il existe bien, et date bien du XIIème siècle, pour sa partie la plus ancienne. Il a été acheté – pardon, acquis ! -en 1636 par René de Quengo, seigneur du Rochay (ou du Rocher, comme vous voulez). Depuis, sa famille l’a revendu, puis racheté, puis revendu à la fin du XIXème. Voilà qui explique le nom complet de Quengo de Tonquedec.

Armoiries de la famille de Quengo de Tonquedec

Voyez-vous à quoi nous en arrivons? Pas encore ? C’est que vous ignorez que l’un des descendants de cette noblesse bretonne porte ce nom, avec les prénoms de Guillaume Emmanuel Marie… Vous commencez à comprendre ? Eh oui, l’acteur aux 3 Molière (je ne parle pas du César ni du Prix Beaumarchais) est d’origine noble. Vous ne le saviez pas? Moi non plus, au moment où j’ai commencé à écrire cet article, et donc à me renseigner un peu plus sur lui!

File:Guillaume de Tonquédec 2013.jpg

Mais revenons à Paris, 1er jour du mois de 2/22… et au Théâtre Montparnasse. A 17 heures, j’ai couru acheter des places à l’Office de Tourisme de Paris, l’un des kiosques où l’on peut acquérir des places de première catégorie à moitié prix le jour de la représentation – ce qui est idéal pour les imprévoyantes comme moi! -, direction le quartier… breton! coïncidence, me direz-vous. Oui, mais j’aime y croire, aux co-incidences… Et, le soir… un régal!

3 acteurs et 1 actrice, la parité n’est pas respectée… Mais la jeune actrice (28 ans) occupe le terrain, face à un acteur aussi « présent ». Camille Aguilar montre des facettes variées de son talent dans un rôle qui est loin d’être facile. Les deux autres acteurs m’ont moins convaincue…

Je ne vous raconterai pas le scenario, car cela vous priverait des surprises qu’il réserve.

Donc juste un mot pour vous dire « Allez-y ». Certes les décors sont tristounets, et la mise en scène peu inventive selon moi. Mais…

Le texte de Clément Koch est d’une grande richesse, et les allusions, jeux de mots, citations ont provoqué à maintes reprises les rires de la salle… Les acteurs sont investis dans leur rôle et nous font partager des tensions et émotions intenses. L’une des répliques m’a fait penser à l’un de mes amis qui fait du théâtre amateur. Je vous la livre (de toutes façons, vous l’auriez trouvé en ligne, par exemple ici).

« Quand je joue, c’est comme si j’avais plus de place pour moi à l’intérieur de moi. Je sais, c’est un peu tordu à dire, mais c’est ça que ça me fait. De la place.« 

Ce n’est pas Guillaume de Tonquédec, alias Matt Donovan, acteur sur le déclin, qui la prononce, mais Camille Aguilar, alias Sara (« surtout sans H« , comme elle le répète) Bump, serveuse dans un bar, actrice en devenir.

Et surtout, le thème même, une réflexion sur la question « Qu’est-ce qu’être acteur/actrice? », thème passionnant en soi, est traité avec finesse…

Elucubrations sur des élucubrations…

Une scène, un acteur, un public… Rien que de très normal…
Un homme pénètre par l’arrière, se fraie un chemin entre les strapontins (le théâtre Antoine est plein ce soir-là), et s’adresse à l’acteur, depuis le premier rang…

Un décor double… superbe théâtre à l’italienne et scène de bar

Je ne vous dévoile pas l’intrigue de départ, pour vous laisser la découvrir si vous décidez de me suivre, et d’aller voir la pièce. Un morceau de bravoure d’un acteur, tel qu’on pourrait l’attendre d’un homme en fin de carrière. Mais Edouard Baer est encore dans la force de l’âge. Qu’a-t-il voulu prouver? dire? transmettre? Tout au long du spectacle, il entraîne les spectateurs et spectatrices dans un tourbillon d’émotions, sur une gamme tellement large que l’on s’y perd parfois. On peut aimer cela, mais lorsque Jean Moulin est convoqué entre deux rires, cela peut paraître abrupt, pour quelqu’un-e de ma sensibilité.

En incorrigible cartésienne, j’ai essayé de démêler les écheveaux et, ai tiré sur deux fils rouges, ou plutôt un rouge et un noir, fortement intriqués.

  • Une dissertation sur les interactions auteur-e / acteur ou actrice / personnage / spectateur ou spectatrice. Tout le début, en particulier, conduit à mener une réflexion à ce sujet, et le public est fortement pris à parti, ce qui n’est pas pour lui déplaire.
  • Une réflexion sur la mort, j’ai même envie de dire sur les morts, ou les types de mort, avec une mise en perspective historique, au travers de personnages liés aux arts ou à l’Histoire avec un grand H, le lien étant fait par l’évocation d’André Malraux.

La littérature et le cinéma dialoguent avec le théâtre, autour de la thématique du « héros ». Je laisse ici le masculin, car le texte fait peu allusion aux femmes. Je ne l’ai pas remarqué sur le moment, mais en écrivant ces lignes, je réalise qu’on parle de « héros », mais jamais des « héroïnes ». Est-ce volontaire???

Je me suis régalé à certaines « lectures ». Moins à d’autres. Mais chacun-e ses goûts… Et comme en outre une voisine passait son temps à commenter l’intérêt de tel ou tel écrivain (en particulier Gary), ce n’était pas toujours facile de suivre ces « élucubrations » qui n’en sont pas tant que cela… Mais il est vrai que j’ai retrouvé une partie de « mon » univers de jeunesse, avec Albert Camus (La Chute), Charles Bukowski, Romain Gary, Boris Vian, dont il déclame en entier le magnifique texte « Je voudrais pas crever » (en voici, si vous ne le connaissez pas, une toute autre interprétation, celle de Trintignant)

J’ai beaucoup ri, j’ai été très émue, j’ai été « transportée »…
Et, en ancienne pseudo-pédagogue, je me suis dit que, si l’on voulait faire comprendre à des élèves ce qu’est un acteur, et les aider à ne plus confondre interprète et personnage, c’est cette pièce qu’il faudrait leur montrer, tant l’on voit comment l’acteur se saisit de son personnage, entre dans le rôle, en ressort, en un dialogue parfois avec lui-même. De ce côté, une performance époustouflante par moments…

Bref, je vous laisse lire les nombreuses critiques rédigées par des auteur-e-s plus compétent-e-s que moi… mais me permettrai au préalable de vous donner, pour une fois, un conseil : allez voir ce spectacle, dont, je suis certaine, vous tirerez beaucoup de plaisir(s).

Et vous pourrez m’aider à trouver une réponse à la question que je me suis posée en écrivant ces lignes : quel est l’auteur (eh oui, encore un homme! cité par Edouard Baer, dont les écrits traduisent, selon lui, une réflexion presque en boucle, dans un enfermement que traduit à merveille le style des extraits « lus » (je suis persuadée qu’il les récite… sans vouloir le montrer… suprême ruse d’acteur!) sur scène? Si vous trouvez, merci de partager cela avec moi, je suis impatiente de le lire…