Non, il ne s’agit pas de « beuze » ou autre substance, mais d’un charmant village d’ostréiculteurs, sis en face d’Arcachon, sur le cap. Une chance de le découvrir en hiver, car il paraît qu’il est envahi l’été, et même hors saison, par les touristes. En ce matin de Noël, il était quasi-désert, ce qui m’a permis une balade sereine et des dizaines de photos. Rassurez-vous, je ne vais pas vous en gaver, mais vous en proposer quelques-unes seulement.
Ostréiculture
Omniprésente dans le village, qui porte les traces de son activité principale.
La pêche n’est cependant pas oubliée, non sans une pointe d’humour.
Art et humour
On sent la joie de vivre dans ce village, qui cultive visiblement le rire et le sourire.
Couleurs et fleurs
Ce n’est pas la saison de la floraison, mais on devine ce que cela doit être quand la nature se réveille… En attendant, maisons et objets rivalisent de couleurs…
Et ce sera le dernier, promis… Qui va vous emmener sur la partie en noir du trajet précisé sur le plan précédent. Toujours sans objectif autre que de vous faire partager ce que j’ai « remarqué »… et d’abord, des portes surmontées d’inscriptions.
L’inscription ci-dessus est très « lisible » : le fameux IHS, composé des initiales en grec de « Jésus » (I), « Des Hommes » ou « De l’Humanité » (H), le « Sauveur » (S). Par contre, je n’ai pas identifié les symboles à droite ni à gauche. Si l’un-e d’entre vous en a la signification, merci de la donner en commentaire! Idem pour ce qui suit, totalement abscons pour moi.
Ensuite, l’architecture et les ruelles. Plus authentiques et « vivants » que dans les villages perchés proches de la mer.
Il subsiste des traces d’une Histoire lointaine… (les fenêtres font très « Renaissance »).
Et l’eau, omniprésente. Dans les fontaines comme dans le lit de la rivière, enjambée par deux ponts.
Le Pont de la Libération… Sospel a beaucoup souffert en 1944…
Le « Vieux Pont »
« Reconstruit en partie aux XVIe et XVIIIe s, seule la partie basse de sa pile centrale reste d’époque médiévale. Sa tour de défense était habitée et abritait un commerce jusqu’en 1960. Les deux arches furent démolies par les allemands en octobre 1944, puis reconstruites à l’identique par les Beaux-Arts en 1951. »
Sur les bords de la Bévéra, une architecture et surtout des ornements variés.
Et nous voilà de retour Place de la Cabraïa et parking voisin, pour reprendre la route vers Nice. A l’aller, je l’avais faite par ce que l’on nomme ici « la Pénétrante », avec un long tunnel trop éclairé de lumières jaunes et bleues qui m’hallucinaient. Au retour, j’ai donc fait le choix de passer par le Col de Castillon, bien que l’on m’ait déconseillé ce chemin. Mais je n’ai pas regretté…
Qui plus est, dans le lointain, des traces dans le ciel, aux couleurs nationales. A Menton, en effet, il y avait une démonstration aérienne de la Patrouille de France!
Promis, c’est l’avant-dernier épisode de cette découverte de Sospel. Je vous emmène dans les rues et ruelles de la vieille ville… Pour que vous compreniez mieux, je replace le plan déjà présenté.
Nous avions commencé la partie surlignée en noir, depuis la Place de la Cabraïa jusqu’à l’arrière de la co-cathédrale Saint Michel. Poursuivons donc cette boucle noire. Suivez la guide, un peu fantaisiste certes, puisqu’elle passe sans vergogne de l’Histoire à des détails sans importance autre que celle de l’avoir intéressée, amusée ou intriguée…
A gauche, on voit un des restes des remparts qui ceinturaient la ville autrefois. Laquelle n’était accessible que par cinq portes.
Et maintenant, une petite série sans commentaires…
Pourquoi cette photo ci-dessus? Vous le devinez : je n’ai pu m’empêcher de me demander ce qu’était « La Martiale »! Eh bien, j’ai trouvé, après quelques difficultés, sur le site dont je vous ai déjà parlé. Un article très fourni porte sur les groupes musicaux à Sospel. Incroyables, leur nombre et leur variété! Je commençais à désespérer de trouver « La Martiale », lorsque j’arrivai à ceci :
Et voilà, le mystère de cette plaque, apposée là je ne sais pourquoi (ce serait à rechercher, mais je ne vais pas me ni vous fatiguer davantage!) est résolu. Et nous sommes revenus au point de départ, pour entamer la boucle rouge dans l’article suivant.
J’ai toujours détesté le « faux ancien ». Vous savez, ces salles de séjour faussement Henri II ou ces manoirs modernes voulant se faire passer pour historiques? De même que je ne comprends pas la lutte contre les rides de certaines personnes, à coup de Botox et d’opérations chirurgicales.
Alors, vous pouvez comprendre mon appréhension à l’idée d’aller revoir Notre-Dame après sa restauration. J’aurais dû m’abstenir. Pour garder le souvenir de celle qui était pour moi si symbolique du Moyen-Age, cette si belle « vieille dame »…
Car j’ai eu un véritable choc en entrant. A découvrir ces voûtes toutes blanches, qui font vraiment « faux ancien »! Jugez-en plutôt…
Heureusement, des éléments « modernes » rappelleront à l’avenir le souvenir de notre époque…
Les vitraux eux-mêmes m’ont posé question. Du style « Qu’est-ce qui est authentique? Qu’est-ce qui ne l’est pas? Et « authentique » de quelle époque? ». A vous de jouer…
Pour les tableaux, c’est un peu plus facile… Des « anciens » sont toujours là…
… et des « nouveaux » les ont rejoints, dont certains plutôt exotiques, voire rafraîchissants…
Je ne sais dans quelle catégorie classer la série d’icônes au fond de la nef, ni cette étonnante « oeuvre ».
Heureusement, il reste des éléments qui témoignent de l’Histoire… je vous en parlerai dans un second article, si vous le voulez bien…
La relation qu’entretenait Mozart avec la religion m’a souvent questionnée. D’où ma surprise lorsque j’ai découvert ce tout nouveau spectacle « immersif » proposé à Paris depuis hier…
Autre surprise : pas de problème pour obtenir une place au tout dernier moment! Et quand je dis « tout dernier »… Il était 16h20 pour une entrée à… 16h20! Car il faut retenir, pour pénétrer dans les lieux, et les flux se font toutes les 20 minutes. Le prix me paraissait assez élevé (32 euros), mais en cet après-midi où toute randonnée était exclue et tout déplacement rendu difficile par la chaleur, on ne comptait pas! Un petit café à l’ombre, avant de gagner le Collège et pour éviter la queue au soleil…
Un petit groupe d’heureux/ses élu-e-s participa donc avec moi à ce qui tient à la fois de la visite des lieux (que je n’avais jamais pu faire car les expositions et concerts déjà vus ici se tenaient au rez-de-chaussée), visite théâtralisée, de mini-concerts avec projections, de ballets, le tout impliquant au maximum le public, jusqu’à lui faire danser le menuet… Inutile de vous dire combien le rythme est soutenu pour que tout puisse se faire en 1h20.
Dès l’entrée, le petit groupe est happé par la musique et la narration…
Mais il est très vite entraîné par un joyeux Papageno vers la Flûte enchantée, où Mozart révèle son appartenance à la Franc-Maçonnerie.
Le grand réfectoire s’anime, s’illumine, prend des couleurs… et c’est ensuite le Mariage de Figaro, où Mozart reprend les critiques de Beaumarchais contre le droit de cuissage.
Papagayo nous entraîne ensuite vers le jardin, puis l’escalier menant au sous-sol. Dont je découvris donc alors avec beaucoup d’intérêt les différentes salles, servant jadis pour la plupart de cellier. Dans chacune, un accueil chaleureux, et une nouvelle oeuvre.
Loin de moi l’idée de vous en faire une présentation exhaustive. Juste trois moments forts… L’un assez ludique : deux personnes du public furent désignés comme chef-fe-s d’orchestre, devant assurer le tempo de deux symphonies sous l’oeil averti de leur hôte.
Le deuxième, magnifiquement esthétique : un mini-ballet de Mourad Merzouki sur La Petite Musique de Nuit.
Les jeux de lumière répondent à la musique et à la danse, et la petite salle voûtée se transforme…
Ambiance totalement différente dans la salle suivante, où nous sommes invité-e-s à nous recueillir pour quelques minutes du Laudate dominum.
Et je dois avouer que les projections, ici, pour moi, étaient quelque peu perturbantes une écoute intimiste.
La visite du sous-sol se termine, et la remontée dévoile le magnifique escalier, ainsi présenté sur le site de la Région:
« Cet escalier à vide central est entièrement en stéréotomie. La rampe d’appui est composée d’arcades à enroulement reliées par des étriers. Elles se rattachent à une plate-bande inférieure et supérieure par des billes. Des rouleaux sont placés entre les arcades« .
Vous ne savez pas ce qu’est la stéréotomie? Je l’ignorais aussi, et me suis précipitée sur le site de la BNF pour en savoir plus. Cette « technique de découpage et d’assemblage des pierres » « suppose une connaissance approfondie de la géométrie ».
« À partir du 16e siècle, cette technique fait l’objet de nombreux traités exposant des schémas complexes exécutés avec règle, équerre et compas. Cet art du trait dépend aussi du savoir-faire du tailleur de pierre, qui débite et taille les blocs, du calepineur, qui transforme les dessins de l’architecte en plans d’exécution, et de l’appareilleur qui trace ces plans directement sur le chantier.«
Jugez par vous-même!
Le résultat?
Mais revenons à Mozart… Nous voici invité-e-s à apprendre le menuet.
De beaux fous-rires, quand nous dûmes mettre des perruques, puis apprendre en quelques minutes toute une séquence de menuet!
Genrées, les perruques! Plutôt blanches pour les femmes (ci-dessus), et grises pour les hommes (ci-dessous).
Mais la fin approchait… Dans tous les sens du terme ! Car c’est un prélat qui nous accueillit pour la dernière étape, dans l’oratoire. Je ne vous parlerai pas (ici et maintenant) longuement de ces trois extraits du Requiem, dont le Lacrimosa qui m’émeut toujours autant. Et cette ultime séquence me bouleversa. Et, une fois encore, je regrettai les projections murales qui n’auraient pas perturbé autant l’écoute si elles étaient restées telles qu’à notre entrée dans les lieux.
Inutile de vous dire, à la suite de cette narration, combien je vous encourage, quelles que soient vos idéologies et quel que soient vos âges, à participer à cette aventure. Et vous ne regretterez pas, je pense, la somme versée pour y parvenir…
Revenons un peu en arrière, si vous me le permettez. Souvenez-vous, je vous ai laissé-e-s à la cathédrale de Saint Pol de Léon…
Un dernier regard à l’édifice, et direction « La Maison de l’Artichaut ». Je ne sais si cela fait partie de votre bagage de connaissances, mais le Léon est une grande région productrice d’artichauts. Et il existe même une Confrérie de l’Artichaut, à laquelle j’ai emprunté cette photo et le texte qui suit, qui organise en juillet une Fête de l’Artichaut.
« C’était en 1989 ! Dans l’indifférence générale, une poignée d’amis, producteurs, journalistes… décidaient de s’associer pour fonder la Confrérie de l’Artichaut. Les réunions des « frères » devinrent vite un creuset d’idées. Un peu plus tard, une délégation se rend aux Etats-Unis dans le but de comprendre comment la petite ville de Castroville en Californie a réussi à s’autoproclamer « capitale mondiale de l’artichaut ». Sur la côte Pacifique, trois producteurs cultivent à eux-seuls la même surface que 3.000 Bretons…. »
Eh bien, j’ai été déçue! Rien. Absolument rien. Ni accueil, ni exposition, ni dégustation. Ce n’était pas LE bon jour ni LA bonne heure de la semaine! Enfin, rien… si, il y a un artisan qui fait honneur au légume de son bra. Devinez son métier?
Eh oui! c’est un sabotier qui m’a fait découvrir les fleurs dont j’ignorais l’apparence…
Par contre, les commerçants profitent du joyau de leur région : on peut le déguster sous toutes ses formes, y compris en glace! et un restaurant gastronomique le décline en farci.
Déçue, je reprends la visite de la ville, pour découvrir une architecture hétéroclite mais quelques beaux joyaux.
Déjeuner à la petite crêperie, que vous apercevez sur cette photo. Deux heures pour deux krampouz!!! Une jeune femme se démenait, tandis qu’une seconde « glandait »… et plus d’une dizaine de client-e-s ont été refusé-e-s pendant que je patientais entre deux bières, entre deux crêpes… Bon, d’accord, cela valait le coup car elles étaient excellentes, et originales. Notamment la crêpe à… l’artichaut, bien sûr!
Une erreur s’est glissée dans mon texte : je n’ai pas bu de bière! Non, c’était de la cervoise!
Au fait, savez-vous quelle est la différence entre les deux?
« Ancêtre de la bière de l’époque gauloise, la cervoise est concoctée avec de l’eau, des céréales et des herbes aromatiques. Le mélange d’herbes aromatiques est appelé « gruit ». En fait, ce qui va caractériser la cervoise par rapport à une bière, c’est qu’elle ne contient pas de houblon. »
Mais l’étiquette m’a quelque peu interpellée…
Quant au plat, jugez plutôt : aussi beau que bon…
Promenade digestive à travers la cité… direction, les lavoirs.
Il y avait plusieurs lavoirs dans la cité.
« Pendant longtemps, la rue des Lavoirs a été un axe principal de la commune. L’accès à la ville, y compris pour les diligences du XIX ème siècle, empruntait un itinéraire sinueux depuis le Kreisker pour aboutir dans cette rue. L’hôtel attenant était autrefois un relais de poste. Avant de servir à laver le linge domestique, les lavoirs étaient utilisés pour blanchir le fil de la toile de lin mais aussi pour nettoyer les abats des boucheries de la rue aux Os (aujourd’hui aux Eaux !). » (source)
Le premier, que vous apercevez à gauche de cette photo, est davantage une fontaine, en breton « lenn« .
« A l’origine, la fontaine Lenn ar Gloar ( de la Gloire) portait le nom du premier évêque, Saint Pol qui l’aurait bénite en arrivant dans la ville au VI ème siècle.
Jamais on ne l’a vu tarir, même par les temps de grande sécheresse. La fontaine de dévotion qui alimente le lavoir voisin abrite une niche supportant une statue de la Vierge à l’Enfant en kersantite du XVI ème siècle. Pendant très longtemps, un pardon s’y tint chaque année le 15 août. Elle est réputée fontaine guérisseuse : souvent en versant cette eau sur soi, beaucoup d’infirmes et de malades auraient retrouvé la santé. »
Effectivement, il y avait de l’eau, à cette époque de sécheresse.
Un peu plus bas, un grand lavoir attend celles que l’on ne nommait pas ici « bugadières », mais « kannerez » ou « gwalc’herez ».
Il est désormais bien déserté, et les lentilles d’eau posent question quant à sa fonction première, mais naguère il fut très fréquenté, comme en attestent photos et tableaux. Comme celui-ci, exposé à l’autre bout de la France : au Musée de Lunéville auquel il a été donné en 1909.
On y reconnaît les maisons photographiées ci-dessous (source).
L’heure tourne, il est temps de revenir à Gwen Glass (mon vieux Master), pour aller explorer les alentours… Non sans m’intéresser à d’autres aspects de la ville…
Je vous ai laissé-e-s hier sur une petite énigme… Vous aurez sans doute trouvé la solution? Il s’agissait bien sûr de celle qui a été sanctifiée, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, décédée à 24 ans, après une courte vie au carmel de Lisieux, et qui effectivement passa trois étés après sa longue maladie et avant son entrée en religion dans la station balnéaire de Trouville.
Il est temps maintenant de quitter le quartier de l’église qui, comme vous l’avez compris, domine la rivière et la mer, pour redescendre vers cette dernière.
Je n’avais pas réalisé que je montais autant, et ne m’en suis rendu compte qu’au nombre d’escaliers que j’ai empruntés et à la quantité de marches descendues! C’est ainsi que j’ai compris que j’avais fait le circuit dans le bon sens… Avis à celles et ceux d’entre vous qui souhaiteraient découvrir la ville!
L’architecture change, mais demeure tout aussi hétéroclite.
Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir des piles de linge derrière la jolie fenêtre de cette belle demeure!
En bas, on découvre des ruses pour voir la mer malgré la présence d’édifices entre celle-ci et la maison…
La descente offre à l’errante de belles échappées…
Le ciel s’éclaircit. La mer n’est plus très loin… je vous en parlerai plus tard…
C’est la question que je me pose depuis longtemps, en cinéphile amateure que je suis… Jusqu’à présent, je n’y avais fait que des « passages », sans être séduite par la célèbre cité surnommée « le 21ème arrondissement de Paris » – ce qui, soit dit entre parenthèses, ne plaît pas à tous les Deauvillois, comme l’atteste cet extrait :
« Certaines caricatures ont la vie dure mais c’est aussi parce qu’elles correspondent à une part de vérité… Sauf que la question de savoir qui maîtrise l’image de la Normandie, de qui la diffuse ou la manipule est toujours posée. Notamment à Deauville, terminus balnéaire et autoroutier pour beaucoup de Parisiens le temps d’un week-end que d’aucuns croient romantique depuis le film de Lelouch avec un minimum de pouvoir d’achat. Les vrais Deauvillais diront qu’il y a peut-être mieux à faire que d’être seulement une caricature, « Paris sur Mer, 21ème arrondissement ». (source)
Cette fois, un séjour devait me permettre de mieux l’apprécier.
En route donc vers la Touques, qui, comme son nom ne l’indique pas, n’est pas la rivière qui arrose Le Touquet, mais sa grande rivale, Deauville. Oh pardon! J’allais commettre la même erreur que le journal Ouest France qui dut faire son mea culpa après avoir « traité » la Touques de « rivière ».
À la Direction départementale de la terre et de la mer (DDTM), on nous explique que certes, la Touques est un fleuve « puisqu’elle se jette dans la mer, mais aussi une rivière. » Sauf que le dictionnaire Larousse, lui, explique qu’un fleuve est un cours d’eau finissant dans la mer.
Tandis qu’une rivière est un cours d’eau qui se jette dans un autre cours d’eau. Si les affluents de la Touques (La Calonne, L’Orbiquet, etc.) sont bien des rivières qui se jettent dans la Touques, cette dernière ne se jette que dans la mer. Elle serait donc bien uniquement… Un fleuve. » (source)
En réalité, donc, la Touques est le fleuve qui sépare Trouville et Deauville, ce petit bourg qui ne compte que 3700 habitant-e-s, à quelques naissances et décès près, en fonction des jours…
Car oui, Deauville, ce n’est pas une ville, contrairement à ce que son nom veut faire penser. Mais « ville », ce n’est qu’une « villa » gallo-romaine (voir à ce sujet le joli site du Ministère de la Culture).
J’ai tenté de comprendre ce que signifiait la première syllabe, et me suis heurtée à plusieurs hypothèses : pour les uns, c’était le nom du Dominus, le maître de céans. Pour d’autres, cela proviendrait d’un terme germanique que je connais bien, car il est à l’origine du nom de l’une des Trois Villes Soeurs picardes, Eu : il s’agit d’auwa (diverses graphies possibles) qui désigne l’eau, fleuve ou prairie humide (même racine que le « aqua » latin, persistant dans nos mots français). Les constructions modernes qui se multiplient à l’embouchure de la Touques font oublier qu’il devrait y avoir effectivement des zones plus ou moins marécageuses dans les temps anciens. Il n’est qu’à voir cette carte du XIIème siècle pour l’imaginer…
Comme partout où c’était possible, au Moyen-Age, les êtres humains privilégiaient les hauteurs pour se protéger. En l’occurrence, le mont qui domine l’actuelle plage, le Mont Casiny.
« Le nom Canisci montis apparaît, en 1061, dans une donation au prieuré de Saint-Arnoult. Au Moyen-âge, le plein fief du Mont-Canisy regroupait principalement les territoires des 4 communes actuelles de Bénerville, Deauville, Saint-Arnoult et Tourgéville. Le manoir seigneurial, situé à Bénouville (un lieu-dit de la commune de Tourgéville) a accueilli les seigneurs du Mont-Canisy jusqu’à la construction à Saint-Arnoult du château de Lassay au XVIIe siècle.«
« En 1850, il existait une dizaine de fermes, 26 maisons, et une centaine d’habitants qui vivaient de l’agriculture et de l’élevage. Trouville, sa voisine, était un village de pêcheurs. Les marais, situés en contrebas du village et sur lesquels allait s’édifier le futur Deauville, servaient à faire paître les vaches et les moutons. »
La croissance du bourg a été violente. En un siècle, il a fallu accueillir d’abord toutes les personnes venues en villégiature, ensuite les amateurs de courses hippiques, enfin les stars et leurs fans… La variété infinie de l’architecture du 20ème siècle témoigne de cette évolution mal maîtrisée, qui se poursuit à l’heure actuelle avec les horreurs en cours de construction ou juste achevées sur l’embouchure de la rivière…
On peut être fan des vastes demeures destinées à l’esbrouffe… Ou des résidences pour touristes assoiffés de les côtoyer le luxe. Ce n’est pas franchement mon cas, même si j’apprécie l’esthétisme désuet de certaines, voire l’attachement apparent à la culture régionale, comme celle-ci.
Beaucoup ont du mal à survivre, et des étais sont parfois nécessaires, comme pour cette imposante demeure.
Les statues semblent avoir été signe de réussite sociale, et l’on en trouve assez fréquemment, comme sur cette maison…
Nombre de résidences sont ainsi closes. Et de restaurants. Pas un bar ouvert le long de la plage. Heureusement, nous en avons trouvé un bien sympathique, en centre ville, le Cyrano. Bien kitch, comme décoration, mais avec des clients autochtones, ou presque, comme ce Parisien venu s’y installer à la retraite, qui m’a avoué ne savoir que faire de ses soirées. Car c’est le désert culturel, ici. En ce week-end de janvier, aucun concert ni pièce de théâtre! Une seule exposition, aux « Franciscaines« . J’ai appris depuis que cet endroit est à voir et fréquenter. Hélas trop tard… Je n’ai pas été tentée d’aller voir les photos de la soeur d’Amélie Nothomb…
Côté marché, ce n’est pas mieux. Un tout petit marché de victuailles, avec de tout gros prix. Qui m’a conduite à aller… au Carrefour voisin pour acheter du poisson! Le comble en bord de mer!
Il reste la plage. Mais désertique. Et les travaux multiples nuisent au charme que pourraient avoir les célèbres « planches ». Je suis quand même parvenue à faire quelques photos, que je vous proposerai dans un prochain article…
Je vous ai laissés dans le précédent article au Guilvinec, en train d’admirer les photos près du petit phare abandonné.
A propos du Guilvinec, savez-vous qu’un auteur de chansons porte ce nom? Yves-Marie Le Guilvinec (en réalité, Yves-Marie Le Core) a vécu en pays goelo et non bigouden. Vous connaissez peut-être « La Cancalaise« ? C’est de lui… Un chanteur. Un marin. Un poète. A la vie brève, puisqu’il disparut en mer à l’âge de 30 ans, « ivre de calva, de tafia, de vin rouge et d’anis pur ». (L’Obs, 2 avril 2020) ».
Un livre lui a été dédié, racontant la biographie de ce pêcheur de morue sur les grands bancs de Terre-Neuve.
Remarquez-vous quelque chose sur cette couverture? Vous connaissez sans doute l’un des auteurs, mais ne l’attendiez pas là… Eh oui, François Morel est bien celui que vous regardez ou écoutez parfois. Il a trouvé chez un brocanteur des textes du marin poète, et s’en est emparé pour les chanter.
Mais revenons sur la côte de « Bigoudénie »… Nous allons quitter les rives du Steir et les marins de ce qui est devenu le 3ème port de pêche de France. Non sans évoquer leur cantique, répertorié dans un ouvrage que vous pouvez lire en ligne et dont voici la traduction en français.
« …Tout comme vous grands apôtres Nous allons tous les jours sur la mer bleue. Notre pauvre petit bateau est souvent bien balloté Et c’est miracle qu’il ne sombre pas (…) Sainte Anne, pendant toute notre vie Soyez notre mère, soyez notre patronne ; Du péché, des écueils Préservez les habitants de Guilvinec »
Ce n’est pas Sainte Anne, mais sa fille que je remarque, dominant un carrefour à la sortie du bourg de Treffiagat, aux portes du Guilvinec.
Je ne disserterai point aujourd’hui sur les épis de blé aux pieds de la Vierge… ce sera peut-être l’objet d’un autre article, un jour… car il y a beaucoup à dire. Par contre, j’ai été intriguée par les phrases sur la colonne.
Vite, Internet à mon secours! C’est ainsi que j’ai découvert qu’il existait un chant portant en titre la première des phrases.
« Titre breton (normalisé) : Gwerc’hez Vari Titre français (normalisé) : Vierge Marie Auteur (normalisé) :Salaun (Jean-Marie) ? Date de composition : 1879-09-12 Genre : En vers Langue : Breton Résumé :
Gwerc’hez Vari, j’aime ton nom ! (Passage en revue des tous ceux qu’elle protège : l’enfant dans son sommeil, la jeune fille et ses rêves, le combattant, le paysan, le marin dans la tempête, le pâtre, le pauvre attendant le paradis.). »
En effet, cela signifie « Vierge Marie » en breton… Une autre chanson porte ce titre, en y ajoutant la gloire : Gwerc’hez gloriuz Vari, chant collecté par Théodore Hersart de La Villemarqué dans le 1er Carnet de Keransquer. J’ai eu plus de mal pour la suite, tant l’orthographe des mots en breton peut varier… Cela signifierait, si j’ai bien compris « Protège nos terres ». Ce serait donc la prière, cette fois, non des marins, mais des cultivateurs des environs.
Quittons Ar Gelveneg (la pointe rocheuse) pour longer la côte vers l’ouest.
Route buissonnière pour le retour, par la côte de dunes et Loctudy.
En passant, je remarque un cimetière « anglais », dont les tombes sont plantées dans la pelouse autour d’une église. Arrêt immédiat pour aller le voir de plus près.
L’église paraît peu intéressante, de l’extérieur.
Je pousse cependant la porte et découvre une magnifique église romane, étonnamment bien conservée.
Une série de bannières – pardon, banielou – orne les murs. Elle rappelle l’importance des processions religieuses, des pardons, en terre bretonne. On en compte plus de 1000!
Remarquez, sur celle de la patronne de la Bretagne, les deux cordons qui l’équilibrent. Porter une bannière n’est pas simple. Et l’incliner encore moins. C’est sportif, comme en témoigne un article du Télégramme au mois de mai 2022.
« Vendredi soir, quelques-uns des quinze porteurs de bannières de la paroisse de Minihy-Tréguier s’étaient donné rendez-vous à l’église Saint-Yves de Minihy-Tréguier pour s’entraîner à cet exercice pour le moins très physique : le porter de bannières. « Tout est dans la technique et la souplesse », indique Yves-Marie Le Cozannet, fidèle de la première heure. Car si les bannières, au nombre de trois, pèsent entre 13 et 16 kg à la verticale, il en est tout autre lorsqu’il faut les incliner lors du salut des bannières. Pour rappel, les porteurs saluent à plusieurs reprises lors du Grand pardon de Saint-Yves : à l’arrivée du saint dans sa paroisse à la croix de mission, à sa sortie de l’église et lorsqu’il quitte Minihy-Tréguier. »
La crèche est encore en place, et je me demande au passage l’origine des couleurs LGBT disposées devant elle.
A la sortie, tour de l’église pour aller en voir le chevet. Disproportionné par rapport au clocher… ou l’inverse?
A proximité, une salle abrite une exposition présentant les nombreux édifices religieux du pays bigouden.
A Loctudy, pas de « demoiselles » non plus, depuis une semaine. Avez-vous deviné de quoi il s’agit? C’est le nom donné aux langoustines du pays.
« Symbole de la pêche en pays bigouden, la langoustine vivante, nommée affectueusement la demoiselle du Guilvinec mais aussi de Loctudy ou de Lesconil, est la reine des plateaux de fruits de mer.
La fierté du Guilvinec, c’est ce crustacé à chair rose qui peuple la façade Atlantique nord de l’Islande au sud du Portugal, aux pattes fines, aux longues pinces, à la chair blanche et délicate : la langoustine. Appréciant les fonds meubles, sableux et vaseux où elle aime à creuser son terrier, elle en sort pour chasser et se nourrir au lever et au coucher du soleil de crevettes, mollusques et autres équinodermes tels les étoiles de mer et les oursins. Moment idéal pour la capture… » (source)
L’heure tourne, et nous arrivons à Pont l’Abbé.
Halte aux superbes halles de la ville, pour vérifier que, là non plus, on n’en trouve pas. J’avais le souvenir d’avoir acheté là pour Noël des crustacés fraîchement pêchés, que le poissonnier avait cuit directement sous mes yeux ébahis… Rien non plus depuis une semaine. Grande cohérence des informations, donc, et l’on n’essaie pas dans ce pays de nous vendre des langoustines venues d’ailleurs…
La nuit tombe, il est temps de rentrer. Le dîner se fera sans « demoiselles », hélas!
Ce soir-là, j’ai rendez-vous à la « Cité du Couvent ». « Cité du Couvent »? Voilà qui me surprend. Un lieu dont je n’ai jamais entendu parler. J’ai eu bien du mal à trouver des informations… un vrai jeu de piste. D’abord trouvé « Dames de Saint Benoît ». Donc cherché « Bénédictines ». Il y a eu plusieurs couvents de Bénédictines à Paris jadis. Mais l’usage de « Dames » me faisait penser davantage à la Charité, à un Hospice. Je finis par trouver un Couvent des Bénédictines du Bon Secours… ça correspond. Mais pas à l’adresse attendue. Enfin, pas loin… je vérifie. Eh oui, c’est bien cela ! Donc recherche plus ciblée…
Je découvre un « prieuré », et non un « couvent ». Nouvelle recherche. Quelle différence ?
« Au sens strict, un couvent est un établissement où vit une communauté religieuse, mais qui n’est ni une abbaye ni un monastère. Les couvents ne sont pas des abbayes parce qu’ils ne sont pas gouvernés par des abbés. Ce ne sont pas non plus des monastères, car non composés demoines ou de moniales. Qui habite alors dans les couvents ?
Vous ne rencontrerez pas de moines ou de nonnes dans les couvents, mais des frères ou des sœurs (au sens religieux bien sûr). À la manière des chanoines, ils restent au contact de la population. Ils enseignent, ils soignent, ils confessent, ils prêchent. Cela dépend de la vocation de leur ordre. »
Il me restait à comprendre ce qu’est un « prieur ».
« [Dans l’ordre de St Benoît] Supérieur(e) d’un couvent d’hommes ou de femmes détaché(e) d’une abbaye; moine ou moniale venant immédiatement après l’abbé ou l’abbesse. » (CNTRL)
Résumons-nous. Une communauté. Œuvrant, ouverte sur la Cité, organisée. Et une hiérarchie : l’abbé, puis le/la grand-e prieur-e, puis le/la prieur-e claustral-e, puis le/la sous-prieur-e.
La fondation du Prieuré
Situons-nous en 1648. Année bien mouvementée ! Louis XIV règne déjà, mais il n’a que 10 ans et c’est Anne d’Autriche, sa mère, qui gouverne, avec Mazarin. Tous deux s’opposent au Parlement, qui crée le Lit de Justice. Condé, Turenne et tant d’autres continuent à guerroyer. La Sorbonne condamne la pratique initiatique du Compagnonnage. En été, la situation s’envenime. Le peuple s’agite, et, le 27 août a lieu la Journée des barricades. A ce moment commence la Fronde parlementaire. En septembre, la famille royale quitte Paris, soi-disant pour laisser faire le grand nettoyage du Palais Royal. Elle n’y revient que le 31 octobre, une semaine après la capitulation de Mazarin devant la Fronde. Cette année voit la montée en puissance de Bossuet, qui lance ses sermons, de Colbert, qui devient conseiller du roi en décembre, et de La Rochefoucauld, qui rejoint les frondeurs.
Beaucoup de difficultés pour relier l’histoire à ce qui en est dit sur le net. Et pour cause : partout, le nom de « Viguier », qualifié de « conseiller du roi ». Or il s’agissait de « Vignier ». Jacques de Vignier, pour être plus précise. Baron de Ricey et conseiller des Finances du roi. Et Chevalier de l’Ordre de Saint-Esprit, selon la liste publiée en 1710 dans « Recherches historiques de l’Ordre de Saint-Esprit », tome 2. Il avait épousé Claude de Bouchavanne. L’année qui nous intéresse, celle-ci a 48 ans, et il lui restera encore de nombreuses années à vivre, car son testament (conservé à la BNF) date de 1671, année de sa mort. Elle est alors veuve, Depuis peu, car j’ai trouvé dans les archives notariales une quittance datant de 1645 où il est encore présent. Elle a acheté une propriété dans ce qui est maintenant la rue de Charonne, et va fonder avec sa sœur le Couvent Notre Dame de Bon Secours (source).. Madeleine-Emmanuelle de Bouchavanne était alors au Monastère de Soissons. Elle revint à Paris, avec deux de ses consoeurs, et devint prieure de Notre-Dame de Bon-Secours (source).
Embellissements et agrandissements du Prieuré
Le bâtiment a subi des transformations au fil du temps. Jusqu’à présent, on ne trouve que des femmes dans son histoire, si l’on excepte le fantôme de Jacques de Vignier. Avec les travaux, on les voit arriver. Et pas n’importe lesquels…
Victor Louis
Victor Louis… L’architecte du Grand Théâtre de Bordeaux, l’inventeur de ce que l’on a nommé le « Clou de Louis », et le concepteur de la galerie du Palais-Royal (entre autres édifices).
« Sa (= celle du Théâtre de Bordeaux, NDLR) façade principale est marquée par un imposant portique composé de 12 colonnes corinthiennes avec un entablement surmonté d’une balustrade en pierre décorée par douze statues. Ces dernières, œuvres de Pierre-François Berruer et de son assistant Van den Drix, représentent trois déesses et les neuf muses. Ce portique, dont la galerie est couverte par une voûte plate à caissons en pierre, pose tout de même des questions structurelles, car une telle masse ne pouvait tenir sans la construction de contreforts aux angles pour contenir les poussées vers l’extérieur. La solution trouvée par Victor Louis, fut l’emploi d’une armature en fer (sorte de tirants métalliques) dans les deux caissons d’angle, non visible et reliant les colonnes et l’architrave au mur de la façade. Ce principe qui est le même que celui du béton armé, a été surnommé le « clou de Louis ». Il faut dire que cet architecte était un adepte des innovations et de l’usage du fer en architecture, notamment pour la charpente et les structures intérieures du théâtre du Palais-Royal à Paris, qu’il construira quelques années plus tard. » (source).
Or les travaux entrepris au Couvent le furent en 1770 et 1780… ils sont donc contemporains de la construction du Théâtre de Bordeaux (inauguré le 7 avril 1780).
« Il sera initié à la franc-maçonnerie de Bordeaux et sera un membre éminent de la loge maçonnique la Française Élue à l’Orient d’Aquitaine. Il répond par la suite à de nombreuses commandes de châteaux dans le Bordelais. Philippe d’Orléans,Grand Maître de la franc-maçonnerie, rencontré à Bordeaux en 1776 alors que ce dernier vient poser la première pierre du Grand Théâtre, lui demande de réaliser les premiers aménagements de la galerie du Palais Royal. Entre 1764 et 1772 et même 1779, Victor Louis est en contact avec la commande polonaise (le roi Stanislas Auguste Poniatovski) et certaines de ses oeuvres sont réalisées àVarsovie. »
Une filature de coton
Bien sûr, le Couvent ne fut pas épargné par la Révolution, et il ferme en 1790. La propriété a une superficie de plus de 13 hectares… Voilà qui ferait rêver nos promoteurs actuels ! Devenue bien national, elle est divisée en deux lots.
La destinée des bâtiments est intéressante.
En 1802, ils deviennent… une filature de coton. Deuxième « homme » de l’histoire. En réalité, ils sont deux : Richard et Lenoir. Mais accompagnés d’une armée de femmes…
François Richard, devenu, après la mort prématuré de son associé, François Richard-Lenoir
François Richard, né en 1765, fils de fermiers pauvres du Calvados, avait gagné Paris pour y apprendre le commerce. Il commence à réussir lorsqu’il est emprisonné. Un incendie le rend à la liberté. Sans argent, il constitue progressivement une fortune, entre autres par le commerce de basins anglais. En 1797, c’est la rencontre décisive dans sa vie, celle d’un jeune négociant d’Alençon, Joseph Lenoir-Dufresne. Ils vont s’associer.
« Une des branches les plus lucratives de leur négoce consistant en basins anglais, qui fait alors fureur, Richard recherche avec ardeur le secret de la fabrication de ces tissus. Le hasard le lui ayant révélé, il se procure aussitôt cent livres de coton ; un prisonnier anglais du nom de Browne lui monte quelques métiers dans une guinguette de la rue de Bellefonds. Les premières pièces fabriquées sont des basins anglais ; Lenoir trouve ensuite le moyen d’en obtenir le gauffrage.
Richard loue au gouvernement l’hôtel Thorigny, dans le Marais. Mais la demande se fait de plus en plus grande : il lui faut donc chercher un emplacement plus vaste. Richard demande alors l’autorisation d’occuper le couvent de Bon-Secours, rue de Charonne. L’autorisation se faisant attendre, il vient un matin à la tête de ses ouvrières s’emparer du couvent abandonné, où il installe, avec son associé, la mule-jenny, métier à filer d’invention anglaise ». (source)
On imagine cette troupe d’ouvrières venant squatter avec leur patron l’ancien couvent ! C’est ainsi qu’il devint l’une des 6 filatures de coton possédées par les deux compères, dont l’un disparut prématurément. Et Richard prit son nom, devenant « Richard-Lenoir ».
« François Richard, à la mort, prématurée, de son associé Joseph Lenoir-Dufresne, décida d’en perpétuer le souvenir en accolant son nom au sien pour s’appeler désormais François Richard-Lenoir. Il mourut ruiné par la Restauration qui avait supprimé les droits de douane sur les produits anglais. C’est peut-être pourquoi, à l’inauguration d’un boulevard, en décembre 1862, alors qu’on lui proposait pourtant de rendre hommage à sa mère, la reine Hortense, Napoléon III avait insisté pour que lui fût attribué le nom « d’un ancien ouvrier » qu’avait apprécié son oncle. » (source)
Impossible de trouver des traces de cette filature, alors que les plans d’autres sont visibles sur le net. Dommage !
L’Ecole des Arts Industriels et du Commerce
Après la ruine du manufacturier, la filature devint une Ecole. Voici ce qu’on peut lire à ce sujet, dans le Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, paru en 1844.
« Dans les bâtiments jadis occupés par la belle filature dont nous venons de parler, existe depuis quelques années une institution dont la nature et l’importance ne sont pas sans quelque analogie avec ce qui précédait : nous voulons parler de l’École des arts industriels et du commerce, fondée en 1832 par M. Pinel-Grandchamp et dirigée par lui avec un zèle et une habileté qui ont imprimé à cette création un caractère remarquable d’utilité publique. Grâce à l’enseignement de toutes les sciences qui se rattachent à la haute industrie, comme aussi par la force des études, par la distinction des professeurs et la composition du conseil de perfectionnement où figurent les sommités de la science, cette institution a pris rang parmi les établissements qui répondent le mieux aux besoins de l’époque actuelle. — La galerie magnifique où fut donnée la fête impériale a été conservée presque dans son état primitif ; elle forme aujourd’hui une espèce d’académie de dessin. Ce respect, cette religion des souvenirs, honorent le fondateur de cet établissement. Il a senti qu’il existait entre la pratique des arts industriels et leur enseignement des rapports si intimes que la gloire de la première se reflète sur l’autre ; et puis c’est une heureuse manière de stimuler le zèle des élèves que d’honorer la mémoire des hommes qui ont, comme Richard-Lenoir, si noblement concouru aux progrès de notre industrie nationale. » (source)
Mésaventures, destructions et sauvegarde
Et l’histoire continue. Hospice, puis propriété de Madame Ledru-Rollin – née Harriet Sharpe – l’ensemble est vendu à la ville de Paris, qui loue à une église protestante. L’aventure devient mésaventures, avec la démolition de la chapelle en 1937 et du porche de Victor Louis en 1971. Bref, il ne reste presque plus rien d’origine, ou même d’historique. Mais on peut espérer que le peu qui perdure sera sauvegardé grâce à son inscription aux Monuments Historiques.
« Les façades et toitures sur rues et sur cour du bâtiment de l’aile ouest, 101 rue de Charonne, et celles du bâtiment C, 99 rue de Charonne, en bordure de l’impasse du Bon-Secours ; les deux parquets en marqueterie au premier étage du bâtiment C : inscription par arrêté du 17 septembre 1973 »
Des lieux chargés d’histoire mais bien vivants
La Grande Loge Féminine de France est abritée dans ces bâtiments chargés d’histoire. Lors de la Journée du Patrimoine 2021, une partie en a été ouverte au public, qui a pu découvrir les locaux de la GLFF. Ils l’avaient déjà été en 2017, car une blogueuse a publié à leur sujet…
Les lieux abritent aussi d’autres associations, comme celle qui est destinée à « promouvoir le travail artistique du peintre et musicien Jean-Rémy Papleux« .
Mais il y a aussi des habitant-e-s qui ont la chance de vivre dans ce havre de paix…