La Cité du Couvent

Ce soir-là, j’ai rendez-vous à la « Cité du Couvent ». « Cité du Couvent »? Voilà qui me surprend. Un lieu dont je n’ai jamais entendu parler. J’ai eu bien du mal à trouver des informations… un vrai jeu de piste. D’abord trouvé « Dames de Saint Benoît ». Donc cherché « Bénédictines ». Il y a eu plusieurs couvents de Bénédictines à Paris jadis. Mais l’usage de « Dames » me faisait penser davantage à la Charité, à un Hospice. Je finis par trouver un Couvent des Bénédictines du Bon Secours… ça correspond. Mais pas à l’adresse attendue. Enfin, pas loin… je vérifie. Eh oui, c’est bien cela ! Donc recherche plus ciblée…

Je découvre un « prieuré », et non un « couvent ». Nouvelle recherche. Quelle différence ?

« Au sens strict, un couvent est un établissement où vit une communauté religieuse, mais qui n’est ni une abbaye ni un monastère. Les couvents ne sont pas des abbayes parce qu’ils ne sont pas gouvernés par des abbés. Ce ne sont pas non plus des monastères, car non composés demoines ou de moniales. Qui habite alors dans les couvents ?

Vous ne rencontrerez pas de moines ou de nonnes dans les couvents, mais des frères ou des sœurs (au sens religieux bien sûr). À la manière des chanoines, ils restent au contact de la population. Ils enseignent, ils soignent, ils confessent, ils prêchent. Cela dépend de la vocation de leur ordre. »

Il me restait à comprendre ce qu’est un « prieur ».

« [Dans l’ordre de St Benoît] Supérieur(e) d’un couvent d’hommes ou de femmes détaché(e) d’une abbaye; moine ou moniale venant immédiatement après l’abbé ou l’abbesse. » (CNTRL)

Résumons-nous. Une communauté. Œuvrant, ouverte sur la Cité, organisée. Et une hiérarchie : l’abbé, puis le/la grand-e prieur-e, puis le/la prieur-e claustral-e, puis le/la sous-prieur-e.

La fondation du Prieuré

Situons-nous en 1648. Année bien mouvementée ! Louis XIV règne déjà, mais il n’a que 10 ans et c’est Anne d’Autriche, sa mère, qui gouverne, avec Mazarin. Tous deux s’opposent au Parlement, qui crée le Lit de Justice. Condé, Turenne et tant d’autres continuent à guerroyer. La Sorbonne condamne la pratique initiatique du Compagnonnage. En été, la situation s’envenime. Le peuple s’agite, et, le 27 août a lieu la Journée des barricades. A ce moment commence la Fronde parlementaire. En septembre, la famille royale quitte Paris, soi-disant pour laisser faire le grand nettoyage du Palais Royal. Elle n’y revient que le 31 octobre, une semaine après la capitulation de Mazarin devant la Fronde. Cette année voit la montée en puissance de Bossuet, qui lance ses sermons, de Colbert, qui devient conseiller du roi en décembre, et de La Rochefoucauld, qui rejoint les frondeurs.

Beaucoup de difficultés pour relier l’histoire à ce qui en est dit sur le net. Et pour cause : partout, le nom de « Viguier », qualifié de « conseiller du roi ». Or il s’agissait de « Vignier ». Jacques de Vignier, pour être plus précise. Baron de Ricey et conseiller des Finances du roi. Et Chevalier de l’Ordre de Saint-Esprit, selon la liste publiée en 1710 dans « Recherches historiques de l’Ordre de Saint-Esprit », tome 2. Il avait épousé Claude de Bouchavanne. L’année qui nous intéresse, celle-ci a 48 ans, et il lui restera encore de nombreuses années à vivre, car son testament (conservé à la BNF) date de 1671, année de sa mort. Elle est alors veuve, Depuis peu, car j’ai trouvé dans les archives notariales une quittance datant de 1645 où il est encore présent. Elle a acheté une propriété dans ce qui est maintenant la rue de Charonne, et va fonder avec sa sœur le Couvent Notre Dame de Bon Secours (source).. Madeleine-Emmanuelle de Bouchavanne était alors au Monastère de Soissons. Elle revint à Paris, avec deux de ses consoeurs, et devint prieure de Notre-Dame de Bon-Secours (source).

Embellissements et agrandissements du Prieuré

Le bâtiment a subi des transformations au fil du temps. Jusqu’à présent, on ne trouve que des femmes dans son histoire, si l’on excepte le fantôme de Jacques de Vignier. Avec les travaux, on les voit arriver. Et pas n’importe lesquels…

Victor Louis

Victor Louis… L’architecte du Grand Théâtre de Bordeaux, l’inventeur de ce que l’on a nommé le « Clou de Louis », et le concepteur de la galerie du Palais-Royal (entre autres édifices).

« Sa (= celle du Théâtre de Bordeaux, NDLR) façade principale est marquée par un imposant portique composé de 12 colonnes corinthiennes avec un entablement surmonté d’une balustrade en pierre décorée par douze statues. Ces dernières, œuvres de Pierre-François Berruer et de son assistant Van den Drix, représentent trois déesses et les neuf muses. Ce portique, dont la galerie est couverte par une voûte plate à caissons en pierre, pose tout de même des questions structurelles, car une telle masse ne pouvait tenir sans la construction de contreforts aux angles pour contenir les poussées vers l’extérieur. La solution trouvée par Victor Louis, fut l’emploi d’une armature en fer (sorte de tirants métalliques) dans les deux caissons d’angle, non visible et reliant les colonnes et l’architrave au mur de la façade. Ce principe qui est le même que celui du béton armé, a été surnommé le « clou de Louis ». Il faut dire que cet architecte était un adepte des innovations et de l’usage du fer en architecture, notamment pour la charpente et les structures intérieures du théâtre du Palais-Royal à Paris, qu’il construira quelques années plus tard. » (source).

Or les travaux entrepris au Couvent le furent en 1770 et 1780… ils sont donc contemporains de la construction du Théâtre de Bordeaux (inauguré le 7 avril 1780).

« Il sera initié à la franc-maçonnerie de Bordeaux et sera un membre éminent de la loge maçonnique la Française Élue à l’Orient d’Aquitaine. Il répond par la suite à de nombreuses commandes de châteaux dans le Bordelais. Philippe d’Orléans,Grand Maître de la franc-maçonnerie, rencontré à Bordeaux en 1776 alors que ce dernier vient poser la première pierre du Grand Théâtre, lui demande de réaliser les premiers aménagements de la galerie du Palais Royal.
Entre 1764 et 1772 et même 1779, Victor Louis est en contact avec la commande polonaise (le roi Stanislas Auguste Poniatovski) et certaines de ses oeuvres sont réalisées à
Varsovie. »

Une filature de coton

Bien sûr, le Couvent ne fut pas épargné par la Révolution, et il ferme en 1790. La propriété a une superficie de plus de 13 hectares… Voilà qui ferait rêver nos promoteurs actuels ! Devenue bien national, elle est divisée en deux lots.

La destinée des bâtiments est intéressante.

En 1802, ils deviennent… une filature de coton. Deuxième « homme » de l’histoire. En réalité, ils sont deux : Richard et Lenoir. Mais accompagnés d’une armée de femmes…

François Richard, devenu, après la mort prématuré de son associé,
François Richard-Lenoir

François Richard, né en 1765, fils de fermiers pauvres du Calvados, avait gagné Paris pour y apprendre le commerce. Il commence à réussir lorsqu’il est emprisonné. Un incendie le rend à la liberté. Sans argent, il constitue progressivement une fortune, entre autres par le commerce de basins anglais. En 1797, c’est la rencontre décisive dans sa vie, celle d’un jeune négociant d’Alençon, Joseph Lenoir-Dufresne. Ils vont s’associer.

« Une des branches les plus lucratives de leur négoce consistant en basins anglais, qui fait alors fureur, Richard recherche avec ardeur le secret de la fabrication de ces tissus. Le hasard le lui ayant révélé, il se procure aussitôt cent livres de coton ; un prisonnier anglais du nom de Browne lui monte quelques métiers dans une guinguette de la rue de Bellefonds. Les premières pièces fabriquées sont des basins anglais ; Lenoir trouve ensuite le moyen d’en obtenir le gauffrage.

Richard loue au gouvernement l’hôtel Thorigny, dans le Marais. Mais la demande se fait de plus en plus grande : il lui faut donc chercher un emplacement plus vaste. Richard demande alors l’autorisation d’occuper le couvent de Bon-Secours, rue de Charonne. L’autorisation se faisant attendre, il vient un matin à la tête de ses ouvrières s’emparer du couvent abandonné, où il installe, avec son associé, la mule-jenny, métier à filer d’invention anglaise ». (source)

On imagine cette troupe d’ouvrières venant squatter avec leur patron l’ancien couvent ! C’est ainsi qu’il devint l’une des 6 filatures de coton possédées par les deux compères, dont l’un disparut prématurément. Et Richard prit son nom, devenant « Richard-Lenoir ».

« François Richard, à la mort, prématurée, de son associé Joseph Lenoir-Dufresne, décida d’en perpétuer le souvenir en accolant son nom au sien pour s’appeler désormais François Richard-Lenoir. Il mourut ruiné par la Restauration qui avait supprimé les droits de douane sur les produits anglais. C’est peut-être pourquoi, à l’inauguration d’un boulevard, en décembre 1862, alors qu’on lui proposait pourtant de rendre hommage à sa mère, la reine Hortense, Napoléon III avait insisté pour que lui fût attribué le nom « d’un ancien ouvrier » qu’avait apprécié son oncle. » (source)

Impossible de trouver des traces de cette filature, alors que les plans d’autres sont visibles sur le net. Dommage !

L’Ecole des Arts Industriels et du Commerce

Après la ruine du manufacturier, la filature devint une Ecole. Voici ce qu’on peut lire à ce sujet, dans le Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, paru en 1844.

« Dans les bâtiments jadis occupés par la belle filature dont nous venons de parler, existe depuis quelques années une institution dont la nature et l’importance ne sont pas sans quelque analogie avec ce qui précédait : nous voulons parler de l’École des arts industriels et du commerce, fondée en 1832 par M. Pinel-Grandchamp et dirigée par lui avec un zèle et une habileté qui ont imprimé à cette création un caractère remarquable d’utilité publique. Grâce à l’enseignement de toutes les sciences qui se rattachent à la haute industrie, comme aussi par la force des études, par la distinction des professeurs et la composition du conseil de perfectionnement où figurent les sommités de la science, cette institution a pris rang parmi les établissements qui répondent le mieux aux besoins de l’époque actuelle. — La galerie magnifique où fut donnée la fête impériale a été conservée presque dans son état primitif ; elle forme aujourd’hui une espèce d’académie de dessin. Ce respect, cette religion des souvenirs, honorent le fondateur de cet établissement. Il a senti qu’il existait entre la pratique des arts industriels et leur enseignement des rapports si intimes que la gloire de la première se reflète sur l’autre ; et puis c’est une heureuse manière de stimuler le zèle des élèves que d’honorer la mémoire des hommes qui ont, comme Richard-Lenoir, si noblement concouru aux progrès de notre industrie nationale. » (source)

Mésaventures, destructions et sauvegarde

Et l’histoire continue. Hospice, puis propriété de Madame Ledru-Rollin – née Harriet Sharpe – l’ensemble est vendu à la ville de Paris, qui loue à une église protestante. L’aventure devient mésaventures, avec la démolition de la chapelle en 1937 et du porche de Victor Louis en 1971. Bref, il ne reste presque plus rien d’origine, ou même d’historique. Mais on peut espérer que le peu qui perdure sera sauvegardé grâce à son inscription aux Monuments Historiques.

« Les façades et toitures sur rues et sur cour du bâtiment de l’aile ouest, 101 rue de Charonne, et celles du bâtiment C, 99 rue de Charonne, en bordure de l’impasse du Bon-Secours ; les deux parquets en marqueterie au premier étage du bâtiment C : inscription par arrêté du 17 septembre 1973 »

Des lieux chargés d’histoire mais bien vivants

La Grande Loge Féminine de France est abritée dans ces bâtiments chargés d’histoire. Lors de la Journée du Patrimoine 2021, une partie en a été ouverte au public, qui a pu découvrir les locaux de la GLFF. Ils l’avaient déjà été en 2017, car une blogueuse a publié à leur sujet…

Les lieux abritent aussi d’autres associations, comme celle qui est destinée à « promouvoir le travail artistique du peintre et musicien Jean-Rémy Papleux« .

Mais il y a aussi des habitant-e-s qui ont la chance de vivre dans ce havre de paix…

Un concert à l’Eglise Américaine (1)

Lors des promenades en bateau-mouche, incontournables quand on reçoit des « touristes », j’ai été questionnée par la présence d’une « Eglise Américaine » sur les quais. Je ne sais pourquoi, l’alliance de ces deux termes tenait pour moi de l’oxymore, dans la mesure où les religions sur le continent américain me semblaient nombreuses et pas toujours très compatibles. En tout cas non fongibles en une « Eglise », même si le sens premier du terme évoque l’idée de « communauté ». Que peut signifier « communauté » pour l' »Amérique »?

Bref, une énigme pour moi, qui se représente à chaque fois que je passe devant, ce qui arrive souvent car j’aime emprunter les quais pour traverser Paris d’est en ouest. ou vice-versa.

Belle occasion à saisir, donc, que cette annonce d’un concert un dimanche en fin d’après-midi, à l’heure où je reviens de Picardie, souvent en passant par l’ouest….

Une route difficile sous une pluie battante et avec un vent à décorner les boeufs, mais je suis arrivée à temps, grâce à une place de stationnement libre juste à côté de l’adresse indiquée. Après la longue route faite sans interruption, une visite aux toilettes s’imposait. Et j’avoue que j’étais aussi curieuse d’en voir un peu plus que la salle de concert… Cela m’a effectivement permis de descendre à l’étage inférieur… enfin, pas tout à fait. Car l’édifice se présente comme le Palais de Cnossos, en demi-étage (ou tiers, ou quart, je n’ai pas mesuré!).

Et j’y ai découvert une école, reconnaissable aux petits porte-manteaux, aux casiers et aux salles de classe. Mais aussi au fait que les cuvettes sont visiblement pensées pour de jeunes enfants!

Un élément m’a interpelée, que je vous livre ici.

Je ne sais si vous parvenez à lire le panonceau? « Catacombes »… Que sont ces « catacombes »? S’agit-il d’un accès à celles que nous connaissons? Mais nous sommes bien loin de leur entrée, Place Denfert-Rochereau!

Alors, selon mon habitude, je suis allée vérifier.

https://www.laboiteverte.fr/wp-content/uploads/2014/11/plan-carte-catacombe-paris.jpg

D’après ce plan et les explications données, impossible… J’ai vérifié sur d’autres plans, tout aussi impossible.

Et c’est finalement, au bout d’un certain temps de recherches, dans un exposé fait par celle qui était en 2003 la pasteure « de la vie communautaire », Madame Christine Blair, que j’ai trouvé la réponse. Je cite d’abord le début de son texte, qui permet de comprendre pourquoi cette église.

« Grâce aux secours que la France a donnés à la nation nouvelle-née des Etats-Unis d’Amérique, beaucoup d’Américains sont venus étudier, faire du commerce ou travailler en France au début du XIXe siècle. On s’est vite rendu compte que les Américains avaient besoin d’un lieu de culte ou d’une chapelle. Un petit groupe anglophone a commencé à se rassembler pour le culte en 1814, et en 1816, l’Eglise Réformée de France a permis l’utilisation de l’Oratoire (à côté du Louvre). Napoléon III a signé le contrat qui a établi l’église rue de Berri, et c’est finalement en 1929 que nous avons construit l’église qui se trouve au quai d’Orsay.« 

En réalité, la première pierre fut posée en 1926, et elle fut inaugurée en 1931. Quant à l’église rue de Berri (8ème), j’ai eu des difficultés à la trouver. En réalité, il s’agissait d’une chapelle, sise au 21 de la rue, et qui a maintenant disparu (source).

Quelques lignes plus loin, les explications attendues.

« Une des missions principales de l’Eglise Américaine a été la présence auprès des jeunes étudiants anglophones, aux XIXe et XXe siècles. Par exemple, dans les années 1960 et 70, les étudiants se réunissaient dans ce que nous appelons « les catacombes » et les jeunes musiciens et acteurs y jouaient leur musique ou la comédie pour acquérir de l’expérience ou gagner leur repas. Ainsi l’Eglise Américaine a vu le commencement de carrières d’artistes maintenant très connus, comme Joan Baez, Bob Dylan, Robert DeNiro. Cette mission auprès des étudiants anglophones continue à être très importante pour notre église : nous avons un pasteur qui s’occupe exclusivement de la mission auprès des jeunes, adolescents ou jeunes adultes. » ((Emission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger du dimanche 2 mars 2003, sur France-Culture à 8 h 25).)

Il s’agit donc d’une forme de « cave » ou « caveau », comme il en existait à cette époque à Saint-Germain-des-Prés et dans le quartier latin. Vous connaissez peut-être celle du superbe café « Chez Georges », rue des Canettes, dont j’ai déjà parlé sur ce blog, ou le Caveau de la Huchette?

Entrée de l’étage inférieur

Retour à l’étage supérieur, pour observer l’architecture des lieux.

Aile ouest, le couloir
Aile ouest vue du nord

Pour vous aider à mieux appréhender la visite, comme je n’ai pas trouvé de plan, je vous ai préparé un petit schéma.

La cour est plutôt un patio. Comme vous le voyez, elle est située à l’étage inférieur.

Eglise vue de l’aile ouest

Pour des détails concernant l’architecture, comme je ne suis pas compétente, je vous renvoie à la littérature sur Internet.

« L’architecte Carrol Greenough a bâti cette église sur les fondations d’une ancienne manufacture de tabac. La décoration a été en partie assurée par des artistes américains : Charles J. Connick, Walter G. Reynolds et Burnham dessinèrent des vitraux qui ont été réalisés par Charles Lorin ; Ralph Adams Cram a conçu le mobilier et le décor, tandis qu’on doit l’iconographie au Dr Joseph Wilson Cochran. » (source)

Selon d’autres sources, l’architecte, né en 1863 à New York (et mort en 1941 en Caroline du Nord), a fait ses études à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris et a vécu dans la capitale jusqu’en 1924. Il a donc conçu les plans, mais a été relayé sur place par un autre architecte.

« After graduation in Paris he continued to reside in the city. During the first World War Mr. Greenough designed a number of Army Hospitals in France, later collaborated in preparing plans for the American Church in Paris of which Ralph Adams Cram was architect. After returning to the U. S. in 1924 he maintained an office in New York for a time and devoted his attention mainly to work on Housing Projects. » (source)

Charles Jay Connick est à l’origine d’une célèbre fondation abritant entre autres un « studio » du vitrail aux Etats-Unis.

« After working in Pittsburgh, New York, and Boston, Charles J. Connick opened his stained glass studio at 9 Harcourt Street, Back Bay, Boston in April, 1913. From this time until it closed in 1986, the Connick Studio designed impressive windows for churches, cathedrals, chapels, schools, hospitals, and libraries throughout the United States and abroad. » (source)

Charles Jay Connick, vers 1945 (source)

Né en Pensylvanie en 1875, il a surtout travaillé dans la région de Boston. Mais il a voyagé, et visité la France.

« Connick a également étudié le dessin et la peinture dans des cours du soir et est allé en Angleterre et en France pour étudier les vitraux anciens et modernes, y compris ceux de la cathédrale de Chartres , dans lesquels il a examiné l’effet de la lumière et de l’optique qui avaient été utilisés aux XIIe et XIIIe siècles, mais qu’il percevait comme négligée depuis. [3] [5] Connick a également été influencé par le mouvement anglais Arts and Craftsvitrail Christopher Whall . [6] »

« Connick a préféré utiliser du verre « antique » transparent, similaire à celui du Moyen Âge et a loué ce type de verre comme « un éclat coloré, avec le lustre, l’intensité et la qualité vibrante déconcertante des lumières dansantes ». Il a utilisé une technique de joints de soudure « décalés » dans son avance et ses barres, ce qui, selon l’historien anglais du vitrail Peter Cormack, donne aux fenêtres leur caractère « syncopé ou » oscillant  » (source).

Vous trouverez un intéressant documentaire sur cet artiste en ligne.

Une seconde erreur, dans la présentation initiale, m’a valu d’errer assez longuement sur le net pour trouver qui était l’autre auteur des dessins des vitraux… Il ne s’agit évidemment pas du peintre Walter G. Reynolds, qui était mort depuis un bon moment à cette époque, mais de Joseph Gardiner Reynolds.

Joseph Gardiner Reynolds

« In 1923, Joe established a new studio with two former Connick artists and craftsmen, William M. Francis, a glass cutter, and Henry Rhonstock, a glass painter. The new studio was named Reynolds Francis and Rhonstock. Napoleon Setti later affiliated with them as a designer. The Reynolds Francis and Rhonstock studio was located at One Washington Street, Boston, Massachusetts, and produced designs and windows in the USA and France (see partial list), including the American Church in Paris. (For this special Church he produced two nave aisle windows). After the deaths of his partners, the studio name was changed in 1954 and Joe became the president of a new firm: Joseph G. Reynolds and Associates (Designers and Workers in Stained and Leaded Glass). » (source)

Le troisième larron mis en scène dans le texte choisi est Burnham. Pourquoi avoir omis les prénoms? Je l’ignore… Il s’appelait Walter Herbert Burnham. Cela, c’est sûr. Mais lequel? Car père (1887-1974) et fils (1913?-1984) ont eu exactement le même nom. Le premier a, lui aussi, beaucoup voyagé en Europe durant ses jeunes années. Mais il a entraîné ensuite son fils dans les mêmes périples. Seules les dates peuvent nous aider. En l’occurrence, il ne pouvait s’agir que du père… peut-être avec Junior…

« Among Burhnam’s most notable works are windows in the Cathedral of Saints Peter and Paul, Washington DC; the Cathedral of St. John the Divine and Riverside Church in New York City; Princeton University Chapel; and the American Church in Paris.

On tour with his family in Europe prior to the first World War, Burnham sketched famous stained glass windows in many cathedrals. In a 1935 article in the journal Stained Glass, Burnham expresses his views about the importance of the medieval tradition in the harmony of the primary colors, red, blue, and yellow, with the complementary orange, green, and violet typical of his windows. His studies of medieval windows demonstrated that reds and blues should predominate and be in good balance. Burnham also noted that windows should maintain high luminosity under all light conditions. » (source)

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William Herbert Burnham, aux environs de 1940

Après vous avoir présenté les trois artistes à l’origine des dessins des vitraux, j’en arrive à celui qui les a réalisés. Son nom vous dira peut-être quelque chose, car il (le nom, pas l’artiste!) existe encore aujourd’hui : Lorin. Voici le site de la Maison Lorin, qui perdure actuellement à Chartres. Une association avait été fondée en 1896 par Charles et sa mère. Elle a été transformée ensuite en entreprise. On peut imaginer que les vitraux de l’Eglise Américaine ont été réalisés dans les ateliers créés par Nicolas Lorin, le papa de Charles -dont je vais vous parler-, en 1863.

Vue Jardin
Ateliers de la Maison Lorin

Charles Lorin (1866 – 1940) était donc le digne descendant de son père, auquel il a succédé.

Charles Lorin par Lionel Royer
Charles Lorin

Très ancré dans le catholicisme (il avait fréquenté le Petit Séminaire), Charles Lorin a cependant prêté son art au protestantisme, comme c’est le cas ici, et au patriotisme, avec la réalisation de vitraux mémoriels.

signature de Charles Lorin
Sa signature
communication ancienne
Un artiste engagé…

Pour ce qui concerne les aspects techniques, j’y reviendrai ultérieurement, car j’ai commencé à m’intéresser aux diverses technique du vitrail… Revenons donc à l’architecture… et à l’église proprement dite. Soit dit en passant, comme je croyais que, chez les protestants, on parlait de « temple », je suis un peu perdue…

Façade ouest

L’église de style néo-gothique s’inspire plus particulièrement du gothique tardif anglo-saxon. Elle est construite selon un plan à nef unique, précédée d’un narthex et s’achevant par une abside encadrée de chapelles dont certains vitraux sont de Tiffany. Deux niveaux d’élévation (grandes arcades, fenêtres hautes à remplage flamboyant) et couverte par des voûtes d’ogives quadripartites. Le clocher-porche est reporté sur le flanc droit de l’édifice (église non orientée). » (source)

Façade ouest

Je ne vous propose pas d’y pénétrer tout de suite, ce sera pour le concert, dans le second article sur ce sujet…


Ecoinçon

Celles et ceux d’entre vous qui me lisent depuis longtemps savent à quel point j’aime apprendre de nouveaux mots. J’ai été gâtée cette semaine, avec un florilège de termes qui n’appartenaient pas à mon vocabulaire. En voici un exemple : « écoinçon ».
Avez-vous une idée de son sens?

Si vous le décomposez et en recherchez la « racine », vous pouvez trouver… Alors que moi, je ne l’ai pas compris d’entrée de jeu dans le contexte où il était employé.

Il s’agissait – souvenez-vous, si vous avez lu l’article précédent sur le théâtre des Champs-Elysées – de la description de la salle. Le lustre, les peintures de Maurice Denis… vous y êtes? Je cite : « Il y illustre quatre thèmes dans les écoinçons« . Or, le lustre est rond, et la forme globale de ce que l’on serait tenté de dénommer « plafond » est… je ne sais comment dire? … ovaloïde?

Vous aviez peut-être, comme moi, pensé à « coin ». Mais des coins dans des ronds ou des ovales, voilà qui est original ! Me serais-je trompée ?

Que nenni ! Il s’agit bien d’un mot forgé à partir de « coin ». Alors, me direz-vous ? Comment se fait-ce ?

Le CNTRL précise que le terme est apparu en 1331 sous la forme « escoinson » (L. Delisle, Actes Normands de la Chambre des Comptes sous Philippe de Valois, 28). Mais a disparu jusqu’en 1798, date à partir de laquelle il est orthographié tantôt « écoinson », tantôt « écoinçon ».

Bien gentil de nous donner étymologie, histoire et orthographe, me direz-vous, mais cela ne nous donne pas sa signification !

Résumons-nous : cela vient de « coin », est employé en architecture et en menuiserie/ébénisterie… Bon, d’accord, je cède, le plus simple est de citer les définitions officielles:

A.− ARCHITECTURE

  1. Pièce de menuiserie ou de maçonnerie, souvent décorée, établie à l’intersection de deux murs et formant encoignure : … l’architecture naît d’une adaptation du nombre à la pierre; puis la sculpture, c’est-à-dire la forme spirituelle, naît de l’architecture, s’étire sur la colonne, s’inscrit aux courbes des voussures et des tympans, aux étroitesses des écoinçons. Cassou, Panorama des arts plastiques contemp.,1960, p. 676.2.P. méton.

2. Pierre qui forme l’encoignure de l’embrasure d’une porte ou d’une fenêtre. Les douze écoinçons des six dessus de portes de l’hôtel de ville, que Carrière vient de peindre (Goncourt, Journal,1892, p. 259).

B.−AMEUBL. Partie qui est située à l’angle d’un meuble ou d’une partie du meuble. Écoinçons de l’abattant, des vantaux.Les pieds des meubles restent légèrement galbés, les panneaux carrés ou rectangulaires sont échancrés et une rosace est placée dans l’écoinçon (Viaux, Meuble Fr.,1962, p. 111).

Meuble en écoinçon. Meuble construit pour être placé à l’angle d’une pièce. Armoire en écoinçon (Fonv.1974).

Mais alors, objecterez-vous à juste titre, pourquoi parler d’écoinçon dans ce cas de formes « sans coins »?

J’ai trouvé un autre sens au terme, dans les beaux-arts, en recherchant les oeuvres du peintre.

Voyez ceci. Les écoinçons seraient les parties restantes lorsque l’on dessine un ovale sur un support rectangulaire. Ou un cercle sur un support carré.

Maurice Denis. Motif décoratif dont un tondo avec écoinçons. (1928)
(Source)

Un article très intéressant montre comment le peintre s’est vu contraint à peindre les Béatitudes dans les écoinçons de l’Eglise Saint Louis de Vincennes. En voici un exemple:

Ecoinçon nord-ouest de l’Eglise Saint Louis de Vincennes

« Dans cette église à l’architecture très novatrice, de plan carré, Maurice Denis ne trouve évidemment pas le contexte habituel des églises anciennes. En particulier, les murs des trois façades autres que celle du choeur sont occupés par d’immenses verrières en béton. C’est dans les écoinçons des quatre grands arcs délimitant tout le volume de l’église qu’il est envisagé de placer les fresques des « Béatitudes », à l’intérieur de « panneaux ronds ». » (Source)

Il ne reste plus qu’à trouver des images de l’ensemble de l’oeuvre. Pas facile! Et seule la maquette au 10ème est accessible sur le net.

Maquette au dixième de la coupole du théâtre des Champs-Elysees_0
Maquette au dixième de la coupole du théâtre des Champs-Elysées. Maurice Denis (1911 ou 1912) (Source)

On voit nettement la partition en 4, avec des parties plus étroites séparant les fresques. Dans chacune, un rondo et… des écoinçons !

Quittons la peinture et le théâtre pour d’autres environnements agrémentés d’écoinçons. Beaucoup de hauts reliefs sur les façades des églises, notamment autour des portails.

Détail du décor sculpté de l’une des façades sur cour du château de Louppy-sur-Loison (Meuse). © Bernard Galéron (Source)
Source : culture.gouv.fr

Pour ce qui est du mobilier, vous l’avez vu, il y a deux sens. Soit le meuble lui-même est « en écoinçon », c’est-à-dire destiné à meubler une encoignure.

Fauteuil en écoinçon Louis XV - Meuble de style
Fauteuil en écoinçon Louis XV

En plus moderne, voici ce que cela donne :

Christian GRATIA d'une paire de fauteuils d'écoinçon
Christian Gratia, Fauteuil d’écoinçon (source)

Soit il y a des écoinçons sur les meubles (mais aussi sur des parquets).

écoinçon à la grecque
Ecoinçon à la grecque

Je vous laisse jouer à les repérer sur les photos ci-dessous…

Petit meuble chinois en bois naturel et écoinçons (source)
Miroir en bois de placage à décor marqueté d'écoinçons de bois clair. |  Miroir bois, Miroir, Decoration
Miroir en bois de placage à décor marqueté (source)
Tapis Orient en laine et coton, le champ marine à
Tapis d’Orient (source)

Je terminerai par un tableau, dont les écoinçons sont particulièrement « parlants ».

Peintre anonyme, Le duc d’Angoulême remettant la médaille de bronze à l’ébéniste François Baudry, 1827, huile sur toile, Paris, Arts décoratifs, inv. 2009.169.1.

Je vous conseille de lire le billet de l’auteure… Katia Schaal, « Des médailles aux écoinçons d’une remise de médaille », publié dans le carnet de recherche Au revers de la médaille, le 20/08/2019, https://medaille.hypotheses.org/489.

C’est à vous… Repérez des écoinçons autour de vous et placez la photo en commentaire ?

Des bananiers en Picardie

Fin d’après-midi dans le joli village de Lucheux. Avec des ami-e-s, nous décidons d’aller boire un verre au café du village. Eh oui, il y a un café, dans ce petit bourg picard! Et un café bien vivant et accueillant, que je vais vous faire découvrir.

Mais avant, je vous emmène sur le chemin qui y mène. Celles et ceux qui suivent mon blog reconnaîtront certains détails. Je laisse les autres découvrir. D’abord, le beffroi… qui, dit-on, abrita Jeanne d’Arc (où n’a-t-elle pas dormi? elle concourt sur ce point avec Napoléon…)

Puis la Maladrerie qui abrite la Mairie…

Et enfin on arrive à destination, le café du village.

Son nom ? Bar de la Source. Il faut dire que, des sources, il y en a beaucoup ici. L’eau de Lucheux était célèbre autrefois. Elle est connue depuis l’Antiquité, et les Moines du Moyen-Age et des siècles suivants l’ont exploitée pour ses vertus thérapeutiques. Bien plus tard, elle est devenue la Cristalline, et sa production industrielle faisait vivre une partie des habitant-e-s du coin. Hélas, les nitrates l’ont envahie, et l’usine a été délocalisée. Il en reste des bâtiments transformés en hangar agricole, et les fonds de la société n’abondent plus les caisses municipales, tandis que les personnes qui y travaillent doivent désormais faire des distances énormes si elles veulent garder leur emploi.

Mais revenons au Bar de la Source. Il a été repris voici quelques années par un homme charmant, qui aime visiblement son activité. Il a peu à peu transformé ce qui n’était qu’un petit bar fermé en un lieu de vie. Des jeux, d’abord. Des soirées repas convivial, ensuite. Puis création l’an dernier d’une terrasse. Et, cette année, décoration de celle-ci.

C’est devenu le lieu de rencontres incontournable, et permet aux populations très hétérogènes du village et des alentours de faire connaissance. Les enfants peuvent s’égayer dans le jardin. Parties de billard ou de baby-foot mêlent les générations. Et l’accueil est remarquable. Hier soir, un pâté picard nous a été offert pour accompagner la Chouffe et le Pastis… Les animaux sont aussi de la partie…

Un mot encore : pendant la période de confinement, le bar s’est transformé en mini-épicerie, et garde encore cette fonction, permettant aux producteurs du coin d’écouler ainsi leurs légumes, fruits et fromages. On y trouve ainsi de délicieux fromages de chèvre à côté de fraises provenant du village… Un régal…
Bref, vous l’avez compris, j’étais heureuse de voir valider une de mes thèses : un café authentique et chaleureux est vraiment créateur de lien social et source de vie pour un village tel que celui-ci. Bref, c’est bien le Café de la Source… de Vie luchéenne.

Il ne reste qu’à redescendre en traversant la Place, source de conflits internes parmi les villageois. Place du 8 Mai 1945 ou Place du Beaubourg?
Tout au long du chemin, des maisons témoignent de la reconstruction du village au début du 18ème siècle, et l’on peut admirer les appareillages de briques et de pierres blanches.

Promenades estivales. Vers Bercy

Paris 2019 – En allant vers Bercy…

Rejoindre le Parc de Bercy à partir de Reuilly Diderot, tel est le projet en cette journée douce, au soleil voilé.

En flânant dans les rues

La première impression est celle d’une très grande variété architecturale. Elle évoque pour moi un quartier martyr, qui subit destruction et reconstruction en permanence depuis des siècles. Est-ce dû à l’évolution périphérique / central? A la proximité des gares et voies de chemin de fer? A la progressive disparition de l’industrie et d’un type d’artisanat? Ou à tout cela à la fois? Toujours est-il que des ruines récentes en côtoient de plus anciennes, que de petites maisons subsistent difficilement parmi des immeubles de tout style, et que les grands hôtels remplacent progressivement les bâtiments industriels ou autres. Et le chantier est loin d’être fini, à en juger par toutes les destructions en cours…

L’oeil est attiré, parmi tous ces mastodontes à l’esthétisme fluctuant, par une maison complètement anachronique, évoquant plus l’Espagne ou la Camargue qu’un quartier parisien…

Je la connais, cette maison, ou tout au moins j’en connais la façade, que longe un de mes bus. Mais je ne pouvais en imaginer l’arrière… Il s’agit d’un petit hôtel qui a su garder un charme désuet…

Un bout du Parc de Bercy

En entrant dans le parc, je suis séduite par un petit jardin potager, puis floral… et y entre donc pour le visiter. Pas de déception, tout est dans un ordre désordonné, ou un désordre ordonné, comme j’aime…

On y trouve des fruits et légumes tentant d’atteindre ou de garder leur maturité, des plantes invasives qui se fraient difficilement un chemin parmi les plantations domestiquées, et même une belle hutte de feuillages et de framboisiers… Une sculpture étrange attire mon attention…

Nous les accueillons bien volontiers! Mais c’est finalement une magnifique roseraie que je vais admirer, agréablement assise sur un banc ombragé…

Un moment fantastique de douceur et de méditation, à l’issue de cette belle promenade, pleine d’inattendus…

Boire un petit coup, c’est agréable…

En cette semaine d’anniversaire, j’ai eu l’occasion de découvrir quelques cafés, et de revenir à quelques-uns de mes préférés… Une invitation à vous y rendre, quand vous serez dans ces quartiers de Paris…

… à l’Ebouillanté

6 rue des Barres, dans le 4ème

Un de mes « repaires » dès les premiers beaux jours, que l’Ebouillanté, cet endroit tranquille entre Seine et Marais. Cet ancien atelier d’artiste – il appartenait au peintre François Gall qui le transforma en lieu de rencontres et échanges voici un peu plus de 40 ans – offre un abri à la fois serein et chaleureux.

Un petit mot d’abord sur l’environnement… La rue n’est pas longue, mais on peut y admirer entre autres une belle maison à colombages, à l’angle de la Rue du Grenier sur l’Eau… Que de noms évocateurs du passé, et de l’importance qu’a joué l’eau dans l’histoire de la ville, si l’on sait que la rue en question permettait aux potiers, nombreux dans ce quartier au Moyen-Âge, un approvisionnement en eau et en bois pour leurs fours « des Barres » est le raccourci de « Moulin des Barres ».

La rue, enserrée entre quais de Seine et rue de Rivoli, offre un havre de paix surprenant et bien tentant entre deux occupations… Reste à trouver une place en terrasse de ce café, qui est assez fréquenté. Mais quand on y arrive, quel bonheur de siroter des boissons aussi exotique que le bissap.

Pour ma part, j’aime particulièrement ce qu’ils dénomment « citronnade », que je consomme chaude durant les jours hivernaux et froide lorsque la chaleur revient…

Citronnade de l’Ebouillanté
Version hiver

Une boisson à base de citron, mais riche aussi en gingembre et menthe… Un régal!

… à la Brasserie La Contrescarpe

Un véritable refuge par les froides journées d’hiver, et l’occasion, en été, de profiter de la joyeuse vie de la petite place de la Contrescarpe. Bon, le personnel est digne d’une brasserie parisienne, ne vous attendez donc pas à un accueil chaleureux. Mais les fauteuils de cuir dans cette ambiance « bibliothèque anglaise » vous le feront oublier.

Canapés et fauteuils confortables pour confidences entre ami-e-s

La Contrescarpe offre aussi un jardin intérieur, et de nombreux recoins où discuter tranquillement. Vous ne pourrez pas la rater : elle fait face au Café Delmas (dont je vous parlerai sans doute un jour, mais il est actuellement fermé pour rénovation) sur la place.

Un Mojito délicieux !

Et, pour faire une étude comparative des Mojito (saviez-vous que ce nom est une contraction de l’espagnol, signifiant « légèrement mouillée?) servis dans les bars français, je peux vous assurer que, dans leurs bons jours (hélas pas toujours…), c’est l’un des meilleurs…

Bords de Seine et environs

Aujourd’hui je me propose de cheminer de l’Avenue Rapp – eh oui, le Général n’a pas donné son nom qu’à un square! – au Pont Alexandre III, par la rive gauche. Balade agréable en cette fin d’après-midi d’un dimanche d’avril… Vous l’avez compris, promenade engagée après le spectacle Le Tour du Monde en 80 Jours évoqué dans un autre article.

L’avenue Rapp

Qui se souvient que cette avenue a abrité au XIXème siècle l’un des trois hippodromes de Paris – petit quizz en passant : où étaient les deux autres? – , celui du Champ de Mars? J’aurais voulu vous en montrer une représentation, mais la seule que j’aie trouvée n’est pas libre de droit. A vous de la regarder sur le net! Je vous propose une annonce numérisée par la BNF en lieu et place…

Annonce d’un spectacle à l’Hippodrome
du Champ de Mars

Je ne remonterai pas au-delà du square éponyme, et me contente de « descendre » vers la Seine…

Un superbe immeuble « Art nouveau »

Loin d’être une experte en architecture, j’ignorais tout de cet immeuble, y compris son existence, avant qu’un ami ne me le fasse découvrir… Il vaut le détour ! Construit par Lavirotte – oui, le même que vous avez déjà vu au 3 du square Rapp – au tout début du XXème, il arbore fièrement une façade qui évoque l’activité du propriétaire de l’époque : céramiste – et pas n’importe lequel! Alexandre Bigot en personne…

Mais quelques détails vous attireront peut-être par leur aspect inattendu. Je ne vous en dis pas plus, mieux vaut les découvrir soi-même, selon ses affinités…


Pour en savoir plus sur la collaboration entre architectes, ingénieurs et artistes, comme celle qui a donné vie aux ornements de la façade, une lecture que j’ai trouvée intéressante (l’immeuble est évoqué page 323). Et un blog proposant un circuit des « immeubles Lavirotte ».

Moscou à Paris…

L’avenue débouche sur les quais entre le quai d’Orsay et le quai Branly. Or c’est ici, au numéro 1 de ce dernier, qu’a été édifié un monument pouvant paraître incongru – en tout cas, inattendu – au coeur même de Paris : la cathédrale de la Sainte Trinité.

Il y avait à ce moment une exposition de peinture qui m’attirait… Hélas, horaire trop tardif, impossible d’entrer. Je me contentai donc de découvrir l’intérieur de l’édifice, aux ors clinquants heurtant mon goût pour la sobriété. J’aime les icônes, mais l’abondance de celles-ci leur nuit à mon sens. De même que l’abondance de décors, de tableaux, et la disproportion avec leur environnement.

C’est pourquoi je ne poursuivrai pas sur cette cathédrale, mais m’attarderai sur un détail. Une Vierge au regard dur, voire au geste menaçant. La photographie n’est pas bonne, mais je la joins, car j’aimerais que vous m’aidiez à l’identifier, je n’y suis pas parvenue…

Tableau non identifié

Il se trouve que, peu de temps avant, un ami m’avait fait observer un tel regard et un tel geste sur un tableau semi-caché de la chapelle Notre Dame de la Persévérance à Barbizon… encore un écho…

Des espaces flottants que j’hésite à qualifier de « verts »

A l’origine des jardins de l’Archipel des berges de Seine Niki de Saint Phalle , une idée intéressante : proposer une réserve naturelle en plein coeur de Paris et des espaces de détente pour les promeneurs.

Hélas la nature a du mal à survivre dans ce lieu, qui vaut néanmoins d’être vu au moins une fois, ne serait-ce que pour la prouesse technique et les hamacs à disposition du public…

Un bar au soleil couchant

Un peu plus à l’est, deux bars se font face, pris d’assaut lorsque le soleil suit son penchant naturel pour le couchant… L’un, sur une péniche, est pris d’assaut et il est difficile d’y trouver place. L’autre est plus vaste, beaucoup plus vaste, et en pleine expansion car un espace sous le pont Alexandre III est en cours d’aménagement.

Bruyant, service faible, temps d’attente incommensurable parfois, il présente tous les défauts possibles. Mais un avantage : admirer la Seine au couchant, avec vue sur le pont (si on aime) et les Palais, Petit et Grand.

Le Tour du Monde en 80 jours

Une étrange idée pour un dimanche ensoleillé !

Jamais je n’aurais pensé aller voir cette pièce, tant le titre évoque pour moi de longues heures face à des élèves qui ne comprenaient pas plus que moi pourquoi elles et ils étaient obligés de disséquer un livre considéré par ces ados comme poussiéreux… rares étaient ceux et celles qui aimaient Jules Verne, et il fallait toute la mise en scène de l’enseignante – actrice pour leur faire apprécier l’ouvrage… ou tout au moins quelques extraits… Aussi étais-je dans l’expectative en rejoignant l’ami qui m’y avait poussée… puis en constatant qu’une grande partie du public était constituée de familles « nombreuses » – les parents avaient-ils donc une progéniture si abondante ou certains s’étaient-ils sacrifiés pour emmener les enfants des autres avec les leurs, assurant ainsi aux autres une marge de liberté pour se retrouver en couple?

Un lieu étrange…

Le théâtre de la Tour Eiffel – que je ne vous situerai pas, vous trouverez si vous êtes perspicace ! – n’existe que depuis peu. Il a pris la place du théâtre Adyar, dont vous trouverez le faire-part de décès sur Facebook en date du 13 décembre 2016.

Pourquoi « étrange »? Par sa situation, dans l’immeuble qui abrite le siège français de la Société Théosophique. Vous ne connaissez pas? Mais si… Et si la mémoire ne vous revient pas, voici la présentation qui en est faite sur son site 6 – je cite:

 » La Société Théosophique est un groupement non sectaire dont les buts sont:
 1)      Former un noyau de la Fraternité Universelle de l’Humanité sans distinction de race, credo, sexe, caste ou couleur ;
2)      Encourager l’étude comparée des religions, des Philosophies et des Sciences ;
3)      Etudier les lois inexpliquées de la Nature et les pouvoirs latents dans l’homme.
La Théosophie est la Sagesse qui soustend toutes les religions, au-delà de leurs dogmes et superstitions.
Sa devise : IL N’Y A PAS DE RELIGION SUPERIEURE A LA VERITE »

Les éditions Adyar étaient aussi hébergées à cet endroit… Normal, puisque leur objet est de – je cite encore – « faire connaître l’enseignement théosophique ».

Bien, vous avez maintenant compris l’origine de l’ancien nom de ce théâtre… Il est temps d’en venir au présent, non sans avoir admiré la façade « art nouveau » de cet imposant immeuble sis au numéro 4 dans le square Rapp. Clin d’oeil de l’histoire, soit dit en passant, car le Général Rapp s’était d’abord orienté vers des études théologiques pour devenir pasteur!

4 Square Rapp
Paris 7ème

Et, si vous allez square Rapp, n’oubliez pas de regarder aussi le plus discret numéro 3, un immeuble de l’architecte Lavirotte, dont je reparlerai un peu plus loin…

Une pièce délirante

Comme je le disais, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre… et je ne me serais de toute façon pas attendue à ce que j’ai vu.

Le site annonçait certes ceci :
« Le tour du monde en 80 jours, c’est une comédie en 80 fous rires.
C’est le mariage fou entre OSS117 et les Monty Python. 
C’est la traversée délirante des 4 continents et de tous les océans du monde.
Ce sont 5 acteurs complètement cinglés. 
C’est le premier spectacle flashé à 210 sur l’autoroute.
 »

Et j’avais du mal à y croire… Eh bien, pour une fois, la publicité n’a pas trop menti… Spectacle délirant, acteurs engagés dans des dialogues fous qui renvoient au texte initial tout en se faisant l’écho de l’actualité, morceaux de bravoure dont on ne sait jusqu’à quel point ils sont improvisés, mise en jeu des spectateurs… Et des inventions intéressantes dans la mise en scène elle-même. Bref, un excellent moment…

Dommage pour vous, il n’est plus à l’affiche de ce lieu depuis fin avril.

Mais la Compagnie Sébastien Azzopardi le joue au théâtre des Mathurins à partir du 16 mai, d’après mes informations… Et vous pourrez toujours aller voir le Square Rapp et ses environs, dont un autre article traitera.