Danse ou performance ? Une soirée à Chaillot…

J’ai retrouvé avec plaisir l’architecture délirante du Palais de Chaillot et – avec un peu moins de plaisir dois-je l’avouer car ils me font toujours un peu peur – ses escaliers monumentaux, pour aller voir un spectacle de danse. Enfin, pas uniquement de danse, car la présentation annonçait une oeuvre co-conçue par un chorégraphe et un plasticien :

« Entre chorégraphie et expérimentation plastique, Planet [wanderer] confronte le corps des danseurs à divers matériaux pour décrire le lien, à la fois viscéral et onirique, entre les humains et leur planète. » (Source)

Un préambule musical assez long plonge les spectateurs/trices dans l’ambiance. Un peu comme un embryon dans le ventre maternel? Puis une lumière faible fait briller des éclats argentés sur un sol très sombre, sur lequel, progressivement, se dévoilent une sorte de rocher et un petit dôme. Celui-ci commence à bouger, devient queue de baleine, et en émerge enfin un corps de femme aux longs cheveux noirs. Semi-nu, couvert d’une collant noir brillant comme le sol et de poussières de celui-ci, le corps vibre, se tord, bref, danse… tout en restant fixé au sol.

Ce premier axe du ballet m’a fascinée, tant la danseuse est remarquable. Je ne suis pas encore parvenue à l’identifier, car cette vidéo qui présente la troupe (si l’on peut dire, car elle explique que justement il ne s’agit pas d’une troupe institutée, mais d’un ensemble de personnes rencontrées de par le monde par le chorégraphe), cette vidéo, disais-je, l’oublie; pourquoi?

Le corps, dans une subtile reptation, se dirige vers le rocher, se fond en lui… et la masse se met à bouger à son tour…

Je vous laisse découvrir la suite, ne voulant pas dévoiler l’ensemble, qui mérite vraiment d’être découvert.
Un spectacle d’une très grande originalité, extrêmement prenant. La salle était réellement subjuguée du début à la fin – y compris les scolaires qui la composaient en partie.

On aimerait voir plus souvent de telles créations mêlant esthétique, danse et, j’ose le dire, philosophie, qui nous renvoient à nous et à notre rapport au monde et à l’être… Merci aux artistes créateurs et interprètes de ce moment de pureté !

En direct d’Avignon (2)

Mon correspondant en Avignon continue à envoyer des commentaires sur les spectacles auxquels il assiste. Je suis bien en retard dans leur publication… Voici donc la suite, pour celles et ceux qui aiment le théâtre et veulent connaître un avis de « semi-profane » (ou « semi-expert », selon la théorie du verre mi-vide mi-plein)…

A ces idiots qui osent rêver

Théâtre la Luna

Voici le texte de présentation sur le site du théâtre.

« L’histoire de ELLE et LUI, qui se déroule au fil des quatre saisons, est une savoureuse comédie romantique à l’américaine, inspirée des films cultes « La La Land » et « Quand Harry rencontre Sally ». Un homme, une femme, deux visions de l’amour… Qui des deux convertira l’autre ?! C’est aussi un hommage aux maîtres anglo-saxons du genre avec, en prime, une exquise séquence de claquettes ! Drôle, rythmé, ce spectacle séduit par son propos intelligent sur l’amour et ses judicieux procédés empruntés au cinéma. Un bonheur théâtral jubilatoire dont on ressortira assurément amoureux… »

Et maintenant, le commentaire posté :

Un peu dans le « déjà vu » mais bien enlevé par une mise en scène astucieuse et surtout par l’interprétation des comédiens, et plus particulièrement le rôle masculin (René Remblier)
A recommander aux amateurs de comédie romantique qui retrouveront quelques clins d’œil vers des œuvres de « référence » comme « La la land » avec un bon numéro de claquettes.

Une question que je n’ai pas résolue…. Y a-t-il un lien avec l’histoire d’Aragon et d’Elsa Triolet? Moi qui adore voir et revoir leur Moulin, j’aimerais le savoir… Qui a la réponse?

L’après-midi d’un faune

Frontispice d’Edouard Manet, édition Derenne, 1876

Je dédie cet article à un ami musicien confiné seul dans sa Bourgogne natale, et qui me soutient chaque jour par des échanges amicaux souvent orientés vers les plaisirs procurés par les sons, qui volent vers les pauvres humain-e-s emprisonné-e-s… C’est lui qui en as choisi le thème, à partir de l’oeuvre musicale de Debussy, Prélude à l’après-midi d’un Faune.

« J’adore cette pièce, pleine de poésie brumeuse, de nonchalance contemplative, et d’une douce et tiède sensualité évanescente (naissante?)…

« Et c’est fortement d’actualité

Lascivité rêveuse…
Et mélancolie latente

L’attente de quoi… » (JL, 13/4/2020)

Je vous propose cet enregistrement de 1989 sous la direction de Leonard Bernstein.

Pour ma part, je vais commencer par le texte, que, je pense, peu de monde connaît dans son entièreté. Il faut dire qu’il est long, cet « églogue », que j’ai copié sur une édition de 1876, numérisée sur le site de la BNF, qui en propose d’autres éditions auxquelles vous pourrez accéder.

Vous pouvez, à votre guise, écouter d’abord la musique, puis lire le poème, ou bien faire l’inverse, ou mener de front les deux… Enfin, pour ce faire, vous êtes totalement libres!!!

Je dois dire que j’ai beaucoup apprécié les illustrations de ce livre, et vais donc vous en proposer quelques-unes, en espérant que leur reproduction est libre de droit, ce dont je ne suis hélas pas certaine. Mais en ces temps difficiles, je pense que des dérogations sont possibles? Quoique…

Cette oeuvre, Mallarmé la dédie à des amis, de manière très explicite.

Léon Cladel (Bracquemont, 1883)
Ecrivain, militant, Quercytain
(1835-1892)
Léon Dierx, poète parnassien
(1838-1912)

Les quatre écrivains étaient de la même génération. Stéphane Mallarmé, né en 1842, était le plus jeune de la bande…

Catulle Mendès, écrivain, librettiste (1841-1909)

Partition originale

Pour en revenir à l’oeuvre de Debussy, voici la version préférée de mon ami. Le Royal Concertgebouw Orchestra y est dirigé par Bernard Haitink. Je vous livre son commentaire.

« Elle est lumineuse et voilée à la fois…. Voilée de mystère. » (J.L.)

Thomas Turner a effectué un diaporama sur la musique de Debussy, interprétée par L’Orchestre symphonique de Montréal, Charles Édouard Dutoit, avec de très beaux tableaux, en grande partie impressionnistes. Je vous conseille d’aller visiter sa page Youtube, il y a beaucoup d’autres propositions sympathiques…

Un parallèle est effectué entre les deux oeuvres, musicale et poétique, dans cet article publié dans la Revue Italienne d’Etudes Françaises.

J’ai recherché des lectures du poème. Il y a celle de Pierre-Jean Jouve, mais je la trouve bien trop « déclamée »… sans doute est-ce dû à la période où elle a été enregistrée… Je préfère largement la version de Gérard Ansaloni, mais attention, il ne reprends que quelques extraits dans Les Faunes.

Cela me donne l’occasion d’un clin d’oeil à un autre de mes amis, musicien lui aussi, poète et amateur de faunes. Il reconnaîtra celui-ci, que je ne puis malheureusement plus aller saluer en ce moment.

Voilà qui constitue une heureuse transition vers un autre art, la danse. Bien sûr, impossible d’évoquer Debussy sans en venir à Nijinski, n’est-ce pas?

Aquarelle de Léon Bakst en 1912 (source)

Voici une version filmée en 1912, superbe. Une belle analyse en est proposée sur ce site. On trouve aussi encore à acheter des livres sur le danseur et chorégraphe, en lien avec le ballet.

1991

Depuis, la chorégraphie a été reprise à maintes reprises, avec plus ou moins de bonheur à mon goût. Un superbe décor pour cette interprétation que je ne parviens pas à dater, mais je ne suis pas séduite. Nureyev en faune / fauve dans cette version, toujours non datée.

Au cinéma, George de la Pena jouant Nijinsky dans le ballet (film éponyme, 1980)…

Je ne puis bien évidemment pas oublier le remake célèbre et fort controversé de la chorégraphie de Nijinsky dans le clip officiel de I want to break free, de Queen (2’12 à 3’10 environ) – ce qui rappelle le spectacle vu cet hiver, dont je vous ai déjà parlé…

Freddie Mercury

PS. Au moment de « boucler » cet article, je découvre un article de France Culture fort intéressant, intitulé « Le faune de Mallarmé, Debussy et Nijinski ou le Scandale des gestes nouveaux« , à lire, écouter, partager…

Et, pour forclore, un émouvant court-métrage au début très « en écho », « Henri Storck, l’après-midi d’un faune » by Colinet André, avec de beaux airs de harpe celtique. Mais pour ouvrir sur l’avenir, une performance alliant vidéo et concert, en 2011, et Muses à découvrir…

Une extraordinaire symbiose interculturelle

C’était pour moi une gageure que de réserver pour un tel spectacle… je me demandais vraiment ce que cela pourrait donner… Mais cette témérité a payé! J’ai rarement vu un spectacle aussi intéressant, voire passionnant (dans tous les sens du terme) et surtout porteur d’un optimisme extrême…

De quoi s’agit-il? Vous demandez-vous peut-être… Eh bien, il s’agissait d’une rencontre entre la musique, le chant et la danse flamenco d’un côté, et la musique/le chant japonais… Une danseuse et une cantatrice, entourées, soutenues, portées, mises en valeur… que dire?… par un orchestre et des chanteurs tour à tour très discrets, ou au contraire dynamisants…

La scène est celle du Théâtre de Chaillot… Au centre, un cercle délimité par des spirales métalliques non fixes… Au départ, cercle parfait, il sera progressivement détruit, devenant ainsi pure symbole de la disparition possible des frontières culturelles et de l’osmose idéale entre les cultures, aussi éloignées soient-elles à l’origine. Car quel écart plus important qu’entre la chaleur / l’érotisme / la passion du flamenco, et la froideur / la pureté / l’esthétisme figé de l’art japonais ? Entre les mouvements plus que rapides de la danseuse et les déplacements plus que lents de la chanteuse, le ton était donné dès le départ… Non, pas tout à fait le départ, car la première partie est à situer un peu à part…

Un duo de… mime ou danse?

Hors du cercle, un seul corps, quatre mains… Le danseur, placé derrière la danseuse… faut-il utiliser ce terme? car les corps, cachés dans d’amples vêtements aussi noirs que le décor, restent d’une immobilité presque parfaite… Et les bras apparaissent, disparaissent… Et les mains caressent l’air, le bras, le corps…

Le public reste en haleine devant un tel spectacle, d’une pureté aussi forte que l’érotisme qui s’en dégage… dans un paradoxe qui annonce la thématique de la suite…

Deux univers distincts…

Le jeu se fait ensuite en deux espaces bien distincts. Alors que le cercle est réservé au flamenco, la cantatrice japonaise évolue et chante en restant à l’extérieur. Revêtue d’un superbe manteau très large, avec traîne, elle tourne lentement autour de l’espace réservé, pour de temps à autres s’arrêter et entonner des airs d’une finesse et d’une pureté infinies…

… qui se rejoignent progressivement…

Nous assistons alors à un rapprochement progressif des univers, passant par la médiation de la musique… Les musiciens jouent un rôle qui se développe au fur et à mesure du spectacle… Musique asiatique et musique flamenca passent du contrepoint à l’alliance… La dynamique est surprenante… Et la chanteuse rejoint peu à peu les musiciens, tandis que la danseuse reste seule au centre du cercle de ces derniers…

… jusqu’à ne faire qu’un

La dernière partie est ainsi plus qu’étonnante, et démontre brillamment que des univers musicaux et gestuels aussi éloignés peuvent se rejoindre en une harmonie remarquable. J’ai été littéralement fascinée – le mot n’est pas trop fort – par cette alliance pour le moins inattendue. Et chants, danse, musique, font éclater une joie et un optimisme porteurs de sens.

Pour sortir du « ressenti » et aller plus loin…

Je m’aperçois que je n’ai pas dit un mot qui permette de situer le spectacle, ni de connaître les artistes. Je vais donc maintenant réparer ces lacunes!

Il s’agit d’une programmation dans le contexte de la 4ème Biennale d’art flamenco au Théâtre National de la Danse de Chaillot : Cuentos de Azucar.

« … cette biennale se caractérise par la rencontre d’artistes venus d’univers et de cultures en apparence très éloignés. C’est par exemple le cas d’Eva Yerbabuena qui, après un voyage au Japon, a intégré à son spectacle le chant d’Anna Sato… »

Voilà, vous avez maintenant le nom des artistes… Pour en savoir davantage sur Eva Yerbabuena, voici son site. Pour ma part, je tiens à préciser qu’elle ne se limite visiblement pas au flamenco. C’est une danseuse complète, qui semble maîtriser aussi la danse contemporaine.

Je n’ai pas trouvé beaucoup d’informations sur Anna Sato… Une page Facebook… Mais il faut dire que je ne lis ni n’écris le japonais… Donc si vous pouvez m’aider à la comprendre davantage, merci de collaborer! Je rajoute un mot in extremis, car je viens de trouver, au moment de publier cet article, son site officiel.

Un dernier mot, sur les costumes. Une recherche évidente d’antinomie, au départ, pour renforcer le hiatus. Les costumes d’Anna Sato sont superbes et fort bien mis en valeur par la chanteuse – danseuse en l’occurrence. J’ai moins aimé ceux de Eva Yerbabuena, car les tissus manquaient selon moi de tenue. Mais peut-être était-ce voulu pour évoquer un autre écart implicite : aristocratie / peuple???

Bien sûr, je n’ai pas pris d’images, sauf à la toute fin, comme d’habitude, de mauvaise qualité, mais que je joins car libres de droit (belle excuse, non?).

Mais on en trouve sur le site de ce photographe. Cela vous donnera une petite idée… toute petite… car tout est dans le mouvement, les sons, et les enchaînements… Quelques extraits sont en ligne sur YouTube. Dans ce premier, composé d’extraits, vous assisterez au début du spectacle, le couple de danseur/danseuse que j’évoque en première partie du texte, puis à la déambulation de la Japonaise autour du cercle, et enfin à des solos d’Eva Yerbabuena. Dans celui-ci, la danseuse s’exprime sur fond de chant et musique japonais, puis l’on assiste à une transition avec le flamenco… Un reportage sur la conception de la chorégraphie… Le teaser est peu explicite, mais on entend bien la voix… C’est aussi le cas sur cet extrait musical.

Forsythe à l’Opéra Garnier

J’avais vu et revu les ballets de Forsythe en Avignon jadis, et il en est un annoncé à Paris à un moment où je m’y trouve… L’occasion est trop belle… Me voici donc à l’Opéra… saisie d’entrée de jeu, c’est le cas de le dire… par des pneus… ce n’est pourtant pas le Salon de l’Agriculture en ce moment!

Les pneus de Claude Lévêque

Apparemment je ne suis pas la seule à trouver vraiment très décalées ces « oeuvres d’art », à savoir des pneus de tracteur recouverts de doré… Mais je ne suis pas critique d’art ni même experte… D’après mes recherches a posteriori sur le net, ils ont fait polémique ! Ils font partie des installations imaginées par l’artiste pour le 350ème anniversaire de l’Opéra Garnier.

Me séduisent davantage les somptueux vêtements portés par les artistes à diverses époques…

Après avoir visité l’étage, me voici installée pour le spectacle, avide de revoir un de mes chorégraphes préférés… Mais il n’est prévu que dans la seconde partie.

Le premier ballet présenté est un mixte condensé de théâtre nô et de légendes celtes… Etonnant, n’est-ce pas? Et déroutant, il faut l’avouer. Un peu long, parfois. Hésitant entre le statique et la danse, entre deux mondes, entre des mythologies et cultures si opposées que l’on a du mal à en apprécier la rencontre… Voici ce qu’en dit le site officiel.

« Invité pour la première fois à l’Opéra national de Paris, le chorégraphe Alessio Silvestrin revient sur sa rencontre avec Hiroshi Sugimoto et la naissance d’At the Hawk’s Well. Création pour les danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris, cette pièce s’inspire d’un texte du poète irlandais W.B. Yeats et du théâtre nô. Œuvre totale, réunissant également le compositeur Ryoji Ikeda et le couturier Rick Owens, elle sonde notre rapport au temps, à la mort et à l’identité. »

Bien sûr je n’ai pas pris de photos autres que celle de la fin, un peu floue comme vous pourrez le constater… Mais vous pourrez lire un article à ce sujet ici. En voir des extraits ici, ici et , avec un entretien avec Alessio Silvestrin, le chorégraphe, qui parle de sa collaboration avec Hiroshi Sugimoto: « un grand exercice d’assemblage », comme il le qualifie lui-même. Et aller le voir, pour vous faire votre propre idée… Certains passages m’ont séduite, mais d’autres m’ont ennuyée… Manque de culture asiatique, peut-être? Mais aussi trop faible connaissance de la littérature irlandaise, en particulier de Yeats... et du poème concerné, dont je n’ai pas trouvé la traduction.

J’ai découvert de nombreuses versions de l’interprétation du texte de Yeats, à travers le monde et les époques. En voici une à Sao Paulo en 2015, une version de Nigeal Keay en 2012, et une traduction dans une langue asiatique que je n’ai pas identifiée (japonais?).

A l’entracte, visite des différents espaces de l’Opéra, une coupe à la main… des plafonds à faire tourner la tête…

… des rideaux comme on ne voudrait pas avoir chez soi… mais qui n’en sont pas moins somptueux…

… et des tableaux plus qu’évocateurs…

Un petit salut aux Maîtres dont les bustes sont disséminés dans les espaces…

… et il est grand temps de regagner l’orchestre, pour la suite du spectacle, tant attendue!

Pas de déception, si ce n’est la brièveté du ballet. Le grand Forsythe n’a pas changé, et magnifie toujours autant les corps de ses danseuses et surtout danseurs. Puissance et grâce unies pour le plus grand plaisir des spectateurs… et spectatrices dont je suis! Un pur moment de bonheur… ou plutôt des moments, en fonction des « tableaux »…

On peut voir sur le net un teaser sur la préparation du spectacle, et des extraits de Blake works ici et .

Une soirée donc pleine d’intérêt, mettant en question l’interculturalité, et confortant mes goûts anciens, pour la chorégraphie et les danseurs de Forsythe…

Blake works est un ballet à voir absolument, comme tant d’oeuvres du chorégraphe!

FROM IN

Des rangées de personnes encapuchonnées dans des plastiques transparents, restant assises malgré une pluie battante… Que font-ils ou elles? Pourquoi rester ainsi stoïques sous la fraîcheur de la pluie? Pourquoi ne pas aller se mettre à l’abri sous le portique voisin? Et que regardent-elles pour demeurer immobiles, figées, captivées?

Une vaste scène, au sol partiellement mouillé…

Et, sur cette scène, des corps qui virevoltent, s’entremêlent, jouent l’un de l’autre, l’un sur et sous l’autre, s’enlacent et se délacent…

J’ai vu beaucoup de spectacles de danse, mais celui-ci surpasse de loin les autres en grâce et en souplesse. A se demander s’il y a un squelette dans chacun de ces corps. Ou si ce sont des ectoplasmes qui offrent aux regards une danse de vie. A la limite de l’érotisme, parfois, mais d’un érotisme pur.

Les corps glissent sur le sol sombre. Les tissus aux nuances de blanc et de gris amplifient les mouvements gracieux. La violence est contenue mais transparaît parfois, comme s’il était nécessaire de rappeler que l’Amour est violent, que la Passion est dévastatrice, que l’Autre Aimant peut aussi détruire…

Si ma route croise à nouveau celle de cette troupe, je ne manquerai pas de retourner la voir… Au fait, j’en ai oublié de vous donner son nom, pour que vous puissiez faire de même si vous voulez partager un moment de pur bonheur : Xie Xin Dance Theater. Je n’ai pas trouvé leur site, mais une vidéo est accessible ici.