Un mariage (d)étonnant : viole de gambe et hip-hop

Lorsque j’ai réservé pour ce spectacle, annoncé le 7 novembre au Théâtre 13 (dont je vous ai déjà parlé à moults reprises, tant sa programmation est exceptionnelle), j’étais un peu hésitante, car le hip hop n’est pas de mes danses préférées. Mais, la curiosité aidant, me voici, en ce mardi soir bien frais, franchissant le seuil du centre commercial de la Place d’Italie. Relooké, soit dit en passant, avec une peinture plus que voyante! Je n’en ai pas trouvé de photo, mais j’irai vous en faire une dès que possible. Au fait, pourquoi ce nom d’Italie « deux »? Y a-t-il un centre « Italie un(e) »?

Mais revenons dans la salle noire et bien aménagée de ce qui fut le Grand Ecran Italie, cinéma qui permit aux promoteurs, à l’époque (fin des années 80), de construire ce complexe immobilier hideux.

C’est le chorégraphe lui-même, Mourad Merzouki, qui introduit le spectacle. Emu ou ivre? je ne sais… Toujours est-il qu’il a bien du mal à lire le texte préparé! Ce que je comprends mal, étant donné qu’il est à l’initiative de ce programme. A moins que ce ne soit un subterfuge pour ne pas avoir l’air de trop remercier les « sponsors »? Je n’ose le penser… Quoique… Bref, il explique ce qu’est le festival Kalypso, qu’il a créé en 2013, festival dédié au hip hop, puis explique comment il en est arrivé à marier deux éléments de cultures apparemment si éloignées : la viole de gambe, instrument de la Renaissance qui fut très à la mode dans certaines cours, royales ou non, avant de disparaître pour réapparaître tout récemment, et le hip hop, danse née 5 siècles plus tard, au départ dans des milieux plutôt plébéiens…

Puis ce fut le moment de la danse… Les mots me manquent pour exprimer la magie de ce spectacle…

Imaginez une jeune femme, robe ample, cheveux longs dénoués, jouant de l’instrument sur une sorte de traîneau glissant sur la scène au gré du mouvement qu’impriment les danseuses et danseurs… Une musique tantôt suave, tantôt envoûtante, tantôt vive et entraînante…

Quant à la chorégraphie, qu’en dire, sinon qu’elle est remarquable, et que les quatre artistes semblent glisser comme sur la glace, ondoyer comme des sirènes, virevolter tels des elfes gracieuses dans les brumes nordiques…

Bref, vous l’aurez compris, un spectacle enchanteur tel qu’on aimerait en voir plus souvent, tant il nous entraîne dans le monde de la Beauté Pure…

Bien sûr, je ne puis vous montrer des images du spectacle lui-même, mais je vous ai enregistré un tout petit extrait de la suite de celui-ci, lors d’un des xièmes rappels de la foule enthousiaste. Il ne restitue pas l’ensemble, car se situe un peu à part, en insistant sur l’interculturalité, comme vous le constaterez.

Mais vous pourrez voir bien d’autres vidéos, teasers comme extraits, sur les chaînes du net… Je me contenterai donc de vous offrir quelques photos de la troupe (pas toujours très bonnes, hélas, par manque de lumière et d’un appareil performant).

Marco Polo à l’Opéra de Nice

Dans le train qui me ramenait vers le sud, je cherchais les activités possibles pour ce week-end. Un certain choix, je dois dire, pour cette soirée de vendredi, jour de vacances scolaires. Dont une représentation à l’Opéra de Nice : Marco Polo. L’occasion de revoir ces lieux, et d’une sortie avec de jeunes amies. L’affiche, qui plus est, était alléchante, non?

J’avais oublié que l’Opéra de Nice est comme un théâtre exigu, donc tout en étages… et me voici au 5ème de ces étages, dénommé « Amphithéâtre ». Pour une sujette au vertige, une catastrophe! Je n’ai donc que moyennement pu profiter de la première partie. Nous sommes tous descendus au parterre pour la seconde!

Spectacle déroutant, aux dires des 7 personnes qui constituaient notre groupe. Montrant la déchéance d’un empereur… Mais le reste a semblé peu compréhensible aux ignares que nous sommes. Car je pense qu’il faut avoir lu le livre qui a inspiré l’oeuvre, pour mieux comprendre.

Livre lui-même très déroutant, qui évoque 55 « villes invisibles », sur une thématique ainsi explicitée :

« Les villes comme les rêves sont faites de désirs et de peurs, même si le fil de leur discours est secret, leurs règles absurdes, leurs perspectives trompeuses ; et toute chose en cache une autre. — Moi, je n’ai ni désirs ni peurs, déclara le Khan, et mes rêves sont composés soit par mon esprit soit par le hasard. — Les villes aussi se croient l’ouvre de l’esprit ou du hasard, mais ni l’un ni l’autre ne suffisent pour faire tenir debout leurs murs. Tu ne jouis pas d’une ville à cause de ses sept ou soixante-dix-sept merveilles, mais de la réponse qu’elle apporte à l’une de tes questions. » (Italo Calvino)

Petite information au passage : une architecte péruvienne, Karina Puente, propose 55 oeuvres, chacune représentant une de ces « villes invisibles », qu’elle a dotées de prénoms féminins.

Voici la présentation de l’ouvrage d’Italo Calvino dans un article fort intéressant, qui le traite, lui, de « dépaysant ».

« Dans Les villes invisibles (Le città invisibili, 1972), Italo Calvino met en scène l’empereur Kublai Khan et Marco Polo. Le premier ne peut visiter toutes les villes qu’il a conquises, et il demande au second de voyager pour lui et de les lui décrire. Selon un ordre savant, Marco Polo décrit des villes merveilleuses, tellement extraordinaires qu’elles pourraient être inventées tout autant qu’exotiques. L’ailleurs, à travers ces descriptions et les dialogues qui s’y intercalent, est donc aussi bien géographique qu’onirique, mais aussi linguistique (l’échange entre les personnages est freiné par un problème de langue). On analyse ici les multiples valences de l’ailleurs, dans un texte qui est sans cesse excentrique, excentré, énigmatique. »

Aquarelle de Sylvie Perrot

Si j’avais su cela avant, j’aurais sans doute mieux compris l’étonnant hiatus entre deux scènes. A commencer par les deux premières : à la deuxième, je me demandais comment on était passé de la salle du trône en Asie, où Marco Polo proposait quelques pacotilles à l’empereur, à ce qui semblait être la préparation d’une fiancée pour son mariage!

Côté mise en scène, rien de bien nouveau. Et j’ai trouvé quelque peu stéréotypée l’évocation de l’Asie. A commencer par l’insistance sur la couleur rouge.

Le rythme global est haché par l’alternance répétée, sans transition, ce qui « perd » le/la spectateur-e en permanence.

Mais la chorégraphie est intéressante, et il faut saluer les prouesses des danseuses et danseurs, dont certain-e-s font preuve de qualités exceptionnelles. Seuls, à deux, en groupe… une danse vive, laissant une large part aux « glissements », à mi-chemin parfois du classicisme et du burlesque. Une mention particulière, à mon goût, pour l’allusion aux derviches, fort réussie.

Les articles lus a posteriori confirment mon impression, comme celui-ci:

« La pièce a tous les ingrédients d’une réussite qui n’est pourtant pas totalement au rendez-vous: qui n’a pas lu l’argument peine à comprendre ce qui se joue sous ses yeux, parce qu’au lieu de rester sur le premier degré du voyage et de la lutte entre les deux hommes s’ajoute une dimension philosophique que la danse peine à faire comprendre. La splendeur n’est pas au rendez-vous. Si les costumes de Jean-Pierre Laporte sont magnifiques, son décor n’a pas les moyens de l’opulence et ne se résout pas à une sobriété qui sauverait la mise. »

Une divergence cependant avec son auteure : je n’ai pas adhéré au personnage campé par Eric Vu-Han, qui, tout en finesse pour évoquer la spiritualité, me semblait manquer de puissance pour l’incarnation d’un empereur tel que Kubilaï Khan, souverain de l’Empire Mongol de 1260 à 1294. En voici quelques représentations artistiques:

Le danseur qui incarne Marco Polo est plus crédible à mon sens.

Le jeune Vénitien a en effet 17 ans quand il entre au service de l’empereur, avec son père et son oncle. La jeunesse, l’impatience, l’esprit un peu rebelle du jeune homme sont bien rendus par Alessio Passaquindici.

Ce que je me dis à présent, c’est que je voudrais m’informer davantage sur ce séjour de Marco Polo auprès de l’empereur, lire l’ouvrage d’Italo Calvino, puis revoir le ballet. Et reste une autre question : le traitement de la musique de Francis Poulenc… je ne suis pas assez experte pour en juger, mais cela m’a questionnée…

Les 4 « derviches »

Des personnages symbolisant différents univers

En rouge, l’empereur. En blanc, le jeune Vénitien

Murmuration

Celles et ceux qui me lisent depuis longtemps ont déjà vu ce titre… Et les autres peuvent découvrir, en remontant au 27 janvier 2022, l’article dans lequel j’expliquais le ravissement de sa découverte. Mais ce n’est ni d’oiseaux ni de langage dont je vais vous parler aujourd’hui… Quoique… En y réfléchissant bien, si, je vais aussi vous parler d’oiseaux et de langage. Car c’est de danse dont il s’agit, et d’une danse qui évoque la murmuration animale, voire humaine, et le langage des membres, comme autant d’axes de vie et de liens labiles.

La salle a été littéralement transportée par l’oeuvre du chorégraphe Sadeck Berrabah, pourtant parfois décrié par les critiques. Et je l’ai été aussi. Transportée… Le mot me semble le plus juste pour décrire l’intensité de l’emprise du spectacle, avec un côté « hallucinant », dans tous les sens du terme. Je ne vais pas trop vous en parler, car il faut le voir. Absolument. Vous en penserez peut-être moins de bien que moi. Mais tentez. Allez partager avec les autres spectateurs cette alternance de « subjugation » et de « défoulement » collectifs.

C’est au 13ème art, cette salle qui propose des spectacles souvent novateurs. Et revenez me dire ce que vous en avez pensé?

Soy de Cuba por una noche

Une soirée muy caliente ce 23 mars… dans les rues, certes, mais aussi au 13ème Art, Place d’Italie, où un groupe de musicien-ne-s et de danseurs/euses a entraîné durant presque deux heures un public survolté dans l’histoire d’une jeune ouvrière d’une fabrique de cigares.

Pourtant, quand on arrive dans cette vaste salle, la scène est bien sobre, d’un gris qui contraste peu avec le noir ambiant. Mais très vite les couleurs explosent, dans une déclinaison violente des rouges, bleus, violets…

Le principe de la mise en scène est simple: le fond est un vaste écran où sont projetées des images de Cuba, mais aussi des symboles d’autres villes lorsque l’histoire narre le voyage de la troupe de danse à laquelle appartient l’héroïne, une troupe composée d’ouvrières et ouvriers d’une fabrique de cigares (au fond, sur cette photo de mauvaise qualité, vous pouvez peut-être lire son enseigne). Quelques éléments suffisent à planter le décor : au début, des tables et chaises, et une représentation très épurée des outils utilisés, dont les presses.

Pour en savoir plus sur ce point, voir par exemple l’article dont est tirée cette belle photo

Tout y est figuré, jusqu’au contremaître ou patron boîteux dont l’apparition, annoncée par le bruit de sa canne, provoque l’arrêt des danses et la reprise du travail.

Les images projetées, les objets déplacés et surtout les lumières vont ainsi faire voyager au travers de l’espace, mais aussi de la narration. Une des ouvrières, objet de plaisir d’un des leaders de la bande, va tomber amoureuse d’un catcheur minable… Je ne vous raconte pas la suite, pour ne pas gâcher la découverte si vous allez voir le spectacle. On est donc littéralement « transporté » de l’usine à la rue, de la rue à la salle de sports, à la salle de danse, etc.

Excusez une nouvelle fois la mauvaise qualité des photos, mais il est bien difficile de saisir le mouvement dans une telle ambiance lumineuse… J’ai cependant tenu à vous les montrer, pour que vous puissiez avoir une idée de la performance des danseuses et danseurs, que ce soit ensemble, à deux, ou en solo. Chorégraphie de qualité, danses endiablées, et duos romantiques à souhait par moments… tout y est, et les amateurs/trices de salsa ont pu se régaler. Pour ma part, je ne suis pas une grande fan de ce type de musique, mais j’ai apprécié la qualité des artistes sur scène.

Ce qui se voit rarement, l’orchestre respecte la parité. Au piano, à la trompette et à la batterie, trois hommes. Vous voyez les deux premiers ci-dessous, et le troisième ci-dessus, au fond à gauche.

Au violon, aux congas et au trombone, trois femmes. Un des plus beaux moments de la soirée a été pour moi le solo de la jeune femme que vous pouvez voir sur la photo ci-dessous.

Les voix sont aussi très belles, et j’ai particulièrement aimé celle de la musicienne qui joue des congas avec une force étonnante. Vous pouvez la voir au centre de cette photo, avec l’homme qui « raconte » l’histoire.

Elle a été prise à la fin du spectacle, juste après que la troupe ait entraîné la foule par une danse déchaînée qui a provoqué mon admiration : cela faisait près de deux heures qu’ils et elles dansaient à un rythme rapide!

Que vous soyez ou non adeptes de cette musique ou de ces danses, une telle soirée « réchauffe », dans tous les sens du terme. Et cela fait du bien de s’évader vers les Caraïbes. Retrouver ensuite la Place d’Italie sous la bruine fut un choc!

Un fest-noz en Normandie

Je vous ai laissé-e-s hier à Belleville-sur-Mer, plus exactement à l’entrée de la salle de spectacle, Scène-en-Mer. Trois groupes étaient annoncés pour fêter la Saint Patrick. Pénétrons donc dans ces lieux de culture celtique en plein pays normand…


Le premier a suscité mon étonnement. Un groupe de grands gaillards que l’on pourrait imaginer tout droit sortis des Highlands. En tenue superbe d’Ecossais. Le nom du groupe? Celtik en Caux. Voilà qui fait moins écossais, n’est-ce pas? Effectivement, ils sont bien du Pays de Caux, en Normandie. Un groupe de passionnés qui a fait partager sa connaissance du pays du Chardon, en présentant un savoureux cocktail d’histoire de l’Ecosse et de ses héros, de films consacrés à ce pays et de musique du cru. Je ne résiste pas à l’envie de vous faire voir leur « blason », qui allie Normandie et Ecosse…

Les musiciens se répartissent ceux des héros, au gré de ressemblances plus ou moins fantaisistes, car l’humour ne leur fait pas défaut.

J’ai tenté de capter quelques extraits, pour que vous en ayez une idée, mais le résultat n’est pas formidable. En ce petit village, la soirée a compté presque 500 participants payant!

Changement de tonalité (dans tous les sens du terme) avec le deuxième groupe, Ormuz. Beaucoup plus chantant, beaucoup plus poétique aussi. Et beaucoup plus breton, même si la plupart des chansons étaient hélas interprétées en français. Le fil conducteur choisi par le groupe est une noce bretonne, archive INA des années 1900. Vous pouvez regarder la vidéo sur YouTube. A chaque épisode les artistes relient une chanson. Par exemple, cette interprétation d’une chanson religieuse, Santez Anna, qui venait d’être introduite par une scène comique et quelque peu satirique : un prêtre sur scène, dont il est dit qu’il ne monte pas en chaire à moins de 8 grammes (d’alcool dans le sang!) et qu’il a inventé le Godspel breton…

Pour entraîner dans les ridées et andro, un petit groupe de personnes en magnifiques costumes bretons était venu d’une association, Les Bretons du Havre (source des photos : le site de l’association).

Les coiffes de Lorient adaptées à l’âge des femmes : la plus âgée avait la plus ancienne, mais aussi la plus belle.

Le public s’est élancé sur la piste… de quoi constater que peu provenaient de Bretagne, à en juger par l’inexpérience et la difficulté à apprendre!

Le dernier groupe va reprendre le flambeau, côté danse.

Le premier groupe était local, le deuxième venait du Nord, ce dernier arrivait de Dijon… et, si le morceau écouté vous a paru assez calme, Lemonfly a fait une entrée fracassante avec du Métal, qui rompait avec ce qui avait précédé. Son répertoire est très varié, et le batteur a le sens de l’animation, c’est le moins qu’on puisse dire! On a même eu droit à un demi strip-tease… et au déploiement d’une grande banderole pour nous apprendre le breton. Qu’était-il écrit dessus? Nanananananananananeno!

Saint Patrick peut donc reposer en paix (il a été bien fêté!) mais pas trop, si ces musiques et chants, entonnés à la fin par tout le public, lui sont parvenus, en alliant le trèfle au chardon et aux coquelicots.

La danse dans tous ses états

J’avais hésité avant de réserver pour La Scala (de Paris, pas de Milan hélas) en ce mardi 26 janvier gris et terne. Mais curiosité oblige, j’ai finalement joint le théâtre pour ce faire, sachant que, jusqu’à présent, les surprises y étaient plutôt bonnes. Et il faut, me semble-t-il, encourager le « risque » en matière artistique.

L’étonnant rideau de scène

Si peu de spectateurs qu’on les a « surclassés », et que tout le monde s’est retrouvé en orchestre. Moi aussi, qui avait pourtant choisi le second balcon pour être au premier rang! Un petit conseil en passant – une fois n’est pas coutume!- Si un jour vous vous rendez dans ce théâtre, n’hésitez pas à prendre n’importe quel rang d’orchestre, le plan est tellement incliné qu’on voit bien de partout…

En scène, deux danseurs. J’hésitais à placer du féminin. Car l’un des deux a un aspect androgyne marqué. Par la suite, je la classerai plutôt côté « femme », malgré mon rejet intellectuel de la bi-catégorisation de sexe. Vêtus de tee-shirts et pantalons. Une scène plus que sobre : rien que le noir du plancher et du fond. Et une musique répétitive, qui peut parfois sembler lassante. La même répétitivité dans la chorégraphie, par moments. Mais une grâce, une souplesse, et un duo si assorti qu’on se laisse « prendre ». Aussi est-on tout surpris-e de sa brièveté. Je m’attendais à tout moment à voir surgir d’autres danseurs. Mais non. Le duo est et reste seul en scène pour la demi-heure (approximative) que dure le ballet.

Edouard Hue, danseur et chorégraphe, et Yourié Tzugawa

Ensuite, entracte. Nul-le ne s’y attendait, je pense, et personne n’a osé sortir. Pourquoi cet entracte? Pour installer un décor? Nous découvrirons que non, car la scène est tout aussi nue et noire lorsque le rideau se lève. Cette fois, dévoilant un ensemble de 9 danseurs et danseuses, dont les 2 qui nous ont déjà régalé de leur danse voluptueuse.

La seconde partie du spectacle m’a questionnée. Il faut avouer que je n’avais pas lu les commentaires ni les critiques en amont, et que je me suis questionnée sur la signification des tableaux à maintes reprises. Seul un texte en russe m’a éclairée vers la fin. Il y était question d’Ukraine, de chars et de vérité. Mais je n’avais absolument pas fait le lien avant, je dois bien l’avouer.

La succession de pièces extrêmement différentes ne m’a pas totalement séduite. Trop d’écart entre des morceaux très lents, voire sombres, et d’autres très enlevés, voire burlesques. Je n’ai pas non plus apprécié les costumes, il faut le dire. Un simple caleçon trop large. Un soutien-gorge de maillot de bain étriqué. Un tee-shirt de mauvais goût. Peut-être suis-je trop « classique »? Mais, pour moi, cela ne met pas en valeur le corps. Or, dans la danse, ce que j’apprécie, entre autres, c’est l’esthétique corporelle… Il faut dire que, de ce côté, il y a aussi des surprises, car certains membres de la troupe sont loin de correspondre à l’archétype du danseur / de la danseuse. C’est donc un parti-pris. Mais cela m’a gênée. Et surtout entraîné à focaliser sur certains – ou plutôt certaines, d’ailleurs – plus que sur d’autres. Sans compter que, pour moi, cela nuit à l’harmonie générale, à la synergie.

Beaver Dam Company

Je vous donne peut-être l’impression que je n’ai pas aimé ce spectacle? Ce n’est pas le cas. Je l’ai apprécié. Pour son côté novateur, justement. Pour la virtuosité et la grâce des interprètes. Pour certaines pièces à la chorégraphie remarquable. Il y eut donc de très bons moments, qui font oublier les autres…

La compagnie avec son chorégraphe, Edouard Hue. (remarquez à gauche les tas de vêtements, dépouilles d’une des dernières scènes)

Post-scriptum

Après avoir écrit ce qui précède, je suis allée rechercher la présentation du spectacle. C’est l’ascension de Donald Trump qui est représentée dans le second… Je ne l’avais pas deviné!

Si vous voulez avoir un aperçu, rendez-vous sur le site de La Scala. Pour une critique, c’est La Terrasse, ou encore ici.

Lord of the Dance

Celte de coeur, à défaut de l’être par mon origine (quoique…), j’aime l’Irlande et ses traditions, la musique celtique et les danses de ce pays. Alors, rien de plus naturel que d’avoir envie d’aller voir, pour une fois, un spectacle de musique « non classique ».
Qui plus est, jamais je ne suis allée à la Salle Pleyel. Une occasion en or, donc.

Un ascenseur hors du commun!

Moi qui n’aime pas le « clinquant », j’ai été servie! Paillettes à profusion, images peu esthétiques et aux couleurs violentes, costumes tout droit sortis pour la plupart des vestiaires de Walt Disney, et même poupées Barbie sur la scène, avec la Super Barbie aux cheveux faussement blonds, l’une des danseuses « étoile »… Sans compter des armées d’hommes aux airs de Prussiens mal dégrossis, et une fausse flûte faussement brisée… Je me suis même demandé à un moment donné s’il ne fallait pas y voir du second, voire du troisième degré!

Une bande son elle aussi assez violente, diffusée trop fort, avec une acoustique déplorable…

Mais alors, me direz-vous, vous n’avez pas aimé ce spectacle?

Eh bien si, je l’ai apprécié. De manière inégale selon les moments, mais je me suis laissée transporter par le rythme, la danse, l’atmosphère. Inégale selon les moments, disais-je.

Quelques exemples. La danseuse incarnant une sorte d’elfe au costume ajusté sur un corps parfait, semblant voler sur la scène parfois, et introduisant de l’humour dans des moments inattendus… La chanteuse interprétant avec tant d’émotion des chansons plutôt « romantiques » (mais je ne puis le jurer, je n’ai pas compris la moindre parole…). La danseuse incarnant si bien la Tentation, opposée à la Super Barbie censée représentée la Princesse de Coeur et évoluant sur scène avec tant de lascivité parfois, tant de perversité aussi…

Et bien sûr le Seigneur de la Danse, voire le Dieu… Nous dirions plutôt le Roi… celui qui a laissé tout le public pantois, en sautant, glissant, virevoltant, et en faisant moultes démonstrations de sa virtuosité en claquettes…

Bref, un spectacle qui nous ramène à l’enfance, et nous entraîne loin de la noirceur quotidienne, dans les vertes prairies d’Irlande comme dans une satire des Enfers de Dante. Et que la musique irlandaise est poignante comme dansante!

Il me reste un point à éclaircir : qui est ce « Lord of The Dance » que tend à remplacer celui que l’on voit sur scène? Une projection en préambule, puis en fin du spectacle montrait un danseur visiblement idôlatré, à juste titre semble-t-il, vu sa virtuosité. Qui est-il? Eh bien, j’ai trouvé, en recherchant des informations sur le ballet. Il s’agit de celui qui a interprété le rôle principal depuis sa création en 1996 jusqu’en 1998, date à laquelle il déclare renoncer à danser (il a alors 40 ans), Michaël Flatley. Ce sont donc d’anciennes versions du ballet qui sont projetées, jusqu’au final où on voit le même extrait sur scène et sur écran. Vous pouvez le voir sur cette vidéo ou celle-ci ou encore celle-là. Qui est son remplaçant? Pas trouvé son nom, mais vous pouvez le voir ici ou , en alternance avec la vedette qu’il a remplacée, et qui est le créateur de l’oeuvre.

Dystopia

Un fond de scène vert. Trois téléviseurs : deux petits à droite et à gauche de la scène, un plus grand au-dessus.

Et la salle du Théâtre du Rond-Point en partie remplie de jeunes collégien-ne-s et lycéen-ne-s…

A quoi vais-je assister? Je ne le sais pas vraiment. J’avais « raté » le précédent spectacle « Un poyo rojo », dont l’annonce m’avait alléchée. Et lorsque j’ai découvert l’annonce de celui-ci, qui reprend le titre avec mot-dièse 2 (pour celles et ceux qui l’ignorent, on ne doit plus utiliser « haschtag » depuis 2013, année où le mot a été officiellement – car l’annonce est publiée dans le Journal Officiel – traduit par « mot-dièse »). D’où la décision un peu précipitée d’aller voir ce spectacle.

Il commence.

Deux silhouettes se découpent sur ce fond vert. Superbes corps noirs évoluant gracieusement, mis en valeur par ce fond.

Et peu à peu suscitent le rire. Puis le fou-rire. Ce qui n’empêche pas de continuer à admirer leur danse. Hommes? Femmes? L’ambiguïté subsiste, jusqu’à ce que l’on découvre deux barbes bien évidentes.

Ce jeu sur les codes de genre subsistera quasiment tout au long du spectacle. Car c’est l’un des thèmes abordés par les deux artistes très engagés.

Les écrans s’allument. Apparaissent deux speakerines. Tout aussi barbues. Elles commencent à dialoguer avec les artistes sur scène, en forçant le trait sur les stéréotypes de la féminité stupide. Puis leur demandent de danser. Ils s’exécutent. Une danse moins aboutie que précédemment. Ce que soulignent les deux autres. Jusqu’au moment où l’on comprend qu’il manque un fond d’images filmées. Oubli réparé. La danse prend alors un tout autre sens.

J’ai beaucoup aimé ces deux premières parties. Un vrai régal. Et j’ai vraiment beaucoup ri aussi.

La suite m’a moins plu. Trop de discours. Un comique de répétition, jouant sur les effets et les filtres – j’ai dû chercher sur le net pour écrire cette phrase, car je ne savais pas comment s’appelait le fait de jouer sur les selfies, en les « détachant » du contexte et en leur ajoutant des accessoires divers! Un comique de répétition, disais-je. Beaucoup trop long à mon goût. Et un discours militant intéressant, certes, mais convenu. Dommage…

A voir cependant, car cela « décoiffe » (pour en avoir une idée, regardez le « teaser »), et, je le redis, les deux premières parties sont hilarantes. Cela fait du bien, à 18h30, après une journée de travail, pluvieuse qui plus est…

Fest Noz à… Courbevoie

Une affiche sur le parvis de La Défense annonce un Fest Noz…

J’ai d’abord cru à une farce, à une manifestation humoristique d’un groupe de Breton-ne-s du coin. Mais quand même relevé la date et l’heure. Samedi 12 mars. En principe, je ne suis pas Parisienne le week-end. Donc, j’ai oublié.
Or en ce 12 mars j’étais restée à Paris. Pourquoi ne pas essayer d’aller voir ce que pouvait être un Fest-Noz parisien, oxymore remarquable à mon sens.

Direction donc Courbevoie en cette soirée pluvieuse, suite d’une journée qui ne le fut guère moins.

Ce fut d’abord l’occasion de découvrir un complexe époustouflant. Je n’avais pas compris l’adresse, ou plutôt les adresses, car il y en avait deux sur une annonce : Centre Jean Pierre Rives (sport) et Centre Evénementiel (associations).

Maintenant, je sais. D’un côté, un espace sportif et associatif. De l’autre, un espace événementiel et culturel.

Si vous regardez cette vidéo (un peu promo…), vous comprendrez. Une différence : j’ai vu ces espaces déserts, à l’exception de la salle où se déroulait la fête.

Bluffante aussi, cette salle. Immense – elle peut accueillir 1000 personnes! J’ai découvert que les gradins étaient littéralement « repliés », laissant l’espace vide face à la vaste scène.

Côté ambiance, rien à envier aux fest-noz (pardon, je ne connais pas le pluriel) que j’ai fréquentés dans le Finistère. A la bonne franquette, intergénérationnel à souhait, une ambiance comme on les aime, comme je les aime. Et pas de chichis, côté danse. Qu’on soit expert-e (il y en avait peu) ou débutant-e, tout le monde danse.

An dro, hanter dro gavotte, les danses anciennes sont bien représentées. Le laridé aussi, évidemment. Avec des variantes. Laridé de Loudéac et laridé de Guingamp, laridé à 8 temps ou laridé à 6 temps… Les spécialistes du Pays Gallo étaient mieux lotis, d’ailleurs, que ceux de Cornouaille, notamment pour les dérobées de Guingamp. Et celles et ceux qui préfèrent danser à 2 ont été mal lotis. Durant mon temps de présence, une scottisch et une valse, c’est tout. Mais l’enjeu était plutôt orienté « danse collective »…

Trois groupes jouaient en alternance. Avel était le seul à avoir un sonneur.

Hélas, pas de biniou. Et, pour Trezhadenn… un saxophone…

J’ai beaucoup aimé le groupe Ourawen, mais il faut avouer que leur musique est plus difficile à danser, car ils s’amusent à changer de rythme parfois.

Vous trouverez en ligne des morceaux de ces groupes avec les liens ci-dessus, voire un « passage » entier pour Orawen.

L’accueil des membres de l’association organisatrice fut sans faille.

Bière à 2,5 euros, cidre à 2, eau et assiette de gâteaux à 1… vraiment pas cher! Par contre, pas de krampouz en vue, à ma grande surprise. Mais j’ai eu leur explication : cause Covid, trop d’exigences sanitaires pour mettre en route la bilig!

Il va y avoir bientôt un Fest Deiz (le 20 mars, à l’Etang-la-Ville). Entraînez-vous vite avant! On trouve des tutos en ligne ici, ici ou encore ici. Et il y en a beaucoup d’autres : on rencense près de 700 danses bretonnes, sur 40 territoires différents. Vous pouvez vous amuser avec cette vidéo « La danse bretonne pour les Nuls ». Ou admirer les danseurs et danseuses de La Nuit Interceltique de Lorient 2011 avec le Bagad de Lann Bihoué, Kerfeunten champions de Bretagne en 2014. Ou encore revenir dans le passé, en 1976, et je vous conseille de prendre le temps de découvrir ces archives exceptionnelles, datant de 1939. Le tournage avait été interrompu en septembre, pour cause de guerre, et une partie des films a hélas été perdue. Mais ce qu’il en reste est exceptionnel, non seulement pour les danses, mais aussi pour les scènes de la vie quotidienne en Bretagne à cette époque.

Un corbeau sur scène

Source: site de la Compagnie Baro d’Evel

Un corbeau sur scène, voilà qui n’est guère courant, si l’on excepte les représentations de fin d’année dans les écoles maternelles, où les enfants représentent parfois les Fables de La Fontaine… Or c’est ce qu’il m’a été donné de voir, hier soir, lors d’un spectacle aux Bouffes du Nord.

Un ami m’avait recommandé d’aller voir ce qu’il considérait comme le plus original et « décoiffant » de tous ceux auxquels il avait eu l’occasion d’assister dans sa vie…

Pas de lever de rideau. Dès son arrivée, la spectatrice découvre une scène totalement blanche, constituée de trois panneaux de toile vierge et d’un sol tout aussi immaculé. Comme j’ai raté la photo dans ma précipitation avant le début du spectacle, je ne puis vous la montrer vierge. Par contre, voici la même scène une heure et quart plus tard…

Sur le côté droit, vous apercevez, au bout, en bas, une fente horizontale… C’est par là qu’est entré en scène le premier acteur. Nous vîmes apparaître d’abord un pied chaussé, puis un second, puis des jambes… et enfin l’entièreté du corps d’un grand escogriffe, tenant en main un support de micro. Il se relève, costume noir taché de blanc, et joue un moment en tirant sur le fil du micro, qui finit par entourer le devant de la scène. Le tout accompagné d’un monologue sur le « vide ». Il sort un papier de sa poche, censé être le contenu de son discours.

Surgit alors un corbeau, qui s’en empare et le déchiquète consciencieusement… puis va et vient de bord en bord sur la scène, côté cour, côté jardin et ainsi de suite.

Le monologue reprend, quand un pied nu traverse le même côté droit. Cette fois, dans la fente verticale que vous voyez vers le devant. Il est suivi d’un second pied, de jambes nues, et d’un corps de femme, aux cheveux abondants cachant le visage.

Le ton est donné. Je ne vais pas vous narrer la suite, car cela nuirait à une découverte que je vous conseille de faire. Même s’il y a parfois quelques longueurs – mais sans doute voulues, pour faire prendre conscience du temps qui passe -, les surprises se succèdent dans ce spectacle que je ne puis qualifier, entre danse, acrobatie, peinture, chant, pantomime et théâtre…

Et les applaudissements nourris des personnes présentes étaient bien mérités de ces deux (pardon, corbeau, trois) artistes qui ont montré des facettes très variées de leur talent dans un rythme souvent lent, mais parfois endiablé.

De l’émotion, de l’esthétique, du rire, tout y est pour passer un bon moment malgré l’inconfort des sièges de ce vieux théâtre.

Si vous voulez en savoir davantage, un beau film de présentation ici, un second , et un entretien avec Baro d’Evel ici.