Une « rencontre » intéressante, pour de belles rencontres…

J’ai découvert ce mardi soir, grâce à des ami-e-s, un superbe lieu dont j’ignorais l’existence jusqu’alors, dans un bourg peu éloigné de ma base picarde, Ault-Onival. Il s’agit de l’ancien dancing de l’ancien casino de cette station balnéaire jadis très prisée des gens du Nord-Pas-de-Calais, et toujours appréciée des habitant-e-s de ce qui est devenu « Hauts-de-France » (ne cherchez pas leur nom, ils n’en ont pas, et d’ailleurs les Picards, entre autres, se sont déchaînés en propositions humoristiques tant ils étaient en colère de voir disparaître leur région derrière cette dénomination étrange).

Une carte postale représentant le Petit Casino. Le dancing est à gauche, dans la rue perpendiculaire

Et voici ce qu’il en est aujourd’hui…

A l’intérieur, une magnifique salle avec un balcon superbement décoré et ceint de verdure.

Au sol, le souvenir des couples qui y ont dansé…

Je n’irai pas plus avant dans les photos du lieu, car il s’agit d’un domicile personnel, et, pour moi, l’intimité, même si elle est partagée le temps d’un évènement, doit être préservée. Et le lieu n’est pas l’objet de cet article! Mais, en l’occurrence, il fournit un précieux cocon pour des rencontres chaleureuses mais aussi passionnantes. Ce qui fut le cas en ce début du mois de Mai, où je fus reçue par la maîtresse de céans, qui m’expliqua plus tard ce qu’est l’association, qui est présentée en ces termes sur son site.

« C’est un lieu qui a pris naissance dans le dancing d’un ancien casino de bord de mer.
L’ailleurs… est l’emplacement unique dans lequel il se pose : entre la naissance des falaises et les marais de la baie de Somme, dans un village arrêté dans le temps, décors naturels étonnants propices à la création.
Lieu chargé d’histoires donc, et qui reprend sa route sur d’autres voies.
Petit Casino d’Ailleurs… est avant tout un regroupement d’artistes d’univers différents, de disciplines différentes, tant dans le spectacle vivant, la danse, le théâtre ou le chant, que dans les arts visuels, la photographie, la vidéo documentaire ou de fiction. »

Leur devise m’a beaucoup « parlé »: « …respect – laïcité – écoute – irrévérence – curiosité – générosité – bienveillance – détermination – vigilance…« 

Sur la page Facebook d’Hélène Busnel, notre hôtesse, vous trouverez une présentation de cette rencontre par Didier Debril, ainsi que des photos. Pour ma part, juste des impressions que je tiens à partager avec vous, en quelques mots.

Richesse, diversité et véritables échanges

Qu’il s’agisse du panel d’intervenant-e-s ou du « public », j’ai trouvé la qualité des échanges exceptionnelle. Beaucoup d’écoute, du sérieux n’excluant pas le rire, de l’expertise sans flagornerie, bref, tout ce que j’aime. Et l’on a parlé arts, mais aussi langue, vie quotidienne et oiseaux…

Energies, profondeur et expression, de l’ « inspir » à l’ « expir » médié par la langue picarde

Rien de tel qu’un extrait saisi et noté sur mon téléphone : « Exploitation d’une langue terrienne pour reproduire la pensée proche du dessin« .

Une très grande profondeur, philosophique et j’allais dire « spirituelle », dans les textes qui ont été lus par les deux artistes, dont d’ailleurs j’ai beaucoup apprécié l’harmonie au-delà des (ou grâce aux) différences, Dominique de Beir et Anne Mancaux. Différences, y compris dans la manière de lire et prononcer le picard.

Dominique De Beir
Anne Mancaux

Désolée pour Anne, dont la tête a été coupée dans cette vidéo (pourtant prise avec!!! je suis toujours aussi nulle en technique). Voici donc, pour compenser, une photo d’elle prise lors de la présentation de son Bécédaire en picard, empruntée au Courrier Picard.

Le FRAC était représenté par son directeur en personne, Pascal Neveux, qui a expliqué le « mouvement de résistance » de ce fonds plutôt spécialisé en dessin. Je ne le connaissais pas, et comme je pense qu’il en est de même pour une partie du lectorat de ce blog, voici ce que Connaissance des Arts en disait lors de sa nomination:

« Pascal Neveux, docteur en histoire de l’art, a travaillé à Art Public Contemporain et à la galerie Jean-Gabriel Mitterand avant d’intégrer, en 1992, le Crédac Centre d’art contemporain d’Ivry-sur-Seine. De 1999 à 2006, il a dirigé le Frac Alsace. En 2006, il a été nommé directeur au Frac Paca de Marseille. Président de l’association Marseille Expos depuis 2013, il laisse un bilan positif de son passage dans la cité phocéenne.
En plus de ses fonctions successives à la tête d’institutions renommées promouvant la création contemporaine, Pascal Neveux s’illustre dans le commissariat d’exposition et la publication d’écrits. Parmi ses ouvrages, Adrian Schiess : un discours sur la peinture, très banal, très traditionnel (Presses du réel, 2014). L’auteur y commente le travail de l’artiste suisse en parallèle de son exposition éponyme au Frac Paca. Il a assuré, entre autres, le commissariat de l’exposition « Life on Line – Claude Lévêque » à la Vieille Charité (2018)
. »

Il est rare que dialoguent aussi bien artistes entre eux, institutionnels et béotien-ne-s… Et c’est aussi une des facettes de cette soirée que j’ai particulièrement appréciée… En regrettant de ne pouvoir assister le samedi 10 mai à 19h à la performance dansée avec Hélène Busnel… Mais si vous lisez cet article et que vous n’êtes pas à l’autre bout de la France, allez-y et vous me raconterez?

Un dernier extrait des mots notés ?

« Une autre énergie naît de la rencontre des énergies »…

Le Musée d’Orsay sans la foule : Van Gogh à Auvers (1). Les dessins.

Je viens de découvrir que l’on pouvait échapper à la foule qui envahit trop souvent le Musée d’Orsay. Comment? Tout simplement en profitant d’un avantage de la carte d’abonnement Orsay / Orangerie, qui permet d’entrer dès 9h, une demi-heure avant l’ouverture du musée. Certes, on a l’impression qu’il n’y a que des vieux / vieilles sur terre, mais au moins on est tranquille pour voir une exposition aussi attirante que Van Gogh à Auvers-sur-Oise.

J’avais pourtant hésité à aller la voir, tant j’ai vu et admiré de tableaux de ce peintre, dans tant de musées. Dont la belle exposition que je vous ai relatée dans ce blog, voici quelques temps… Heureusement que je me suis laissé convaincre à y aller! J’ai découvert des oeuvres… Eh oui, encore! Et l’émotion suscitée par ce parcours dans les derniers mois de l’artiste perdure en l’évoquant aujourd’hui, trois semaines après l’avoir vue. Eh oui, cela fait 23 jours que j’y suis allée, et 19 que j’ai commencé cet article, puis cessé d’écrire sur ce blog. La déprime de fin d’année. Je déteste cette période de fêtes « obligées », ce moment des obligations sans fin… Impossible de « se » retrouver, de « s’y » retrouver. Et donc, pour moi, d’écrire! Mais revenons à notre sujet, au lieu de continuer à pleurer sur ce qui est enfin terminé. Car ça y est, on a changé d’année! Ouf!

Qu’ai-je découvert? D’abord, les dessins. J’ignorais cette autre face du génial créateur.

Le rendu du travail des paysan-ne-s, par exemple, est saisissant. Qu’il s’agisse de scènes de groupe, comme celles qui suivent…

A traits plus ou moins fins ou grossiers…

Ou que ce soit le geste qui l’intéresse plus précisément, comme celui du faucheur…

Changement de focale pour le situer en contexte…

Car l’inerte l’intéresse aussi, par exemple les maisons. Mais ce n’est jamais totalement inerte, en réalité…

Les dessins précèdent la peinture. Vous avez pu reconnaître des tableaux dans ceux qui précèdent. Voici un exemple : les bottes de foin. Comme des sorcières dissimulées ou des fantômes agités…

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve le dessin plus « puissant » émotionnellement que la peinture. Inattendu, non ?

Bien sûr, on trouve aussi des portraits, comme celui du Docteur Gachet qui l’a suivi à Auvers-sur-Oise.

Certaines oeuvres sont un peu colorées. Juste ce qu’il faut pour « rendre » sa lumière au ciel…

Van Gogh « croquait » ce qu’il voyait dans un petit carnet de cuir visible dans une des salles centrales de l’exposition. Inattendue, cette scène d’un café ou d’un magasin…

Jusque dans ses écrits les dessins s’insinuent.

Et parfois dans d’autres dessins. Regardez bien en bas de ce dernier, au centre. Vous y verrez une esquisse de la chambre du peintre.

De Staël au MAM (1)

J’ai déja vu de nombreuses expositions sur ce peintre, et hésitais à en voir une autre. D’autant que l’affiche était peu alléchante, ne trouvez-vous pas? Mais je n’ai pas regretté d’y être allée, loin de là! Car cette exposition a révélé pour moi des toiles dont j’ignorais l’existence. Cependant elle m’a aussi permis d’en retrouver d’autres, dont je ne me lasse pas…

La présentation est « ordinaire », sur le mode « chronologie ». Avec toutefois un parti-pris de focaliser sur la technique, en particulier sur la composition des tableaux.

Difficile, pour moi, de sélectionner les oeuvres que j’ai envie de partager avec vous! Je me lance, en commençant par le graphisme. Car des esquisses et dessins qui ponctuent l’exposition m’ont intéressée, intriguée ou séduite, quand ce n’était pas les trois à la fois.

Esquisses et dessins

Dès ses premières années artistiques (tout au moins connues, car n’avait-il pas commencé avant, durant exode et exil?), le jeune baron Nikolaï Vladimirovitch Staël von Holstein « trace » des paysages évocateurs. Nous retrouvons cela tout au long de la vie de ce « nomade », d’abord involontaire, puis désireux, voire avide, de découvrir, encore et encore, de nouvelles lumières, de nouvelles couleurs.

J’ai hésité à placer le premier d’entre eux dans cette catégorie, car il est un peu hybride. Premier dans ce texte, mais aussi premier dans le parcours. Et tout y est déjà…

Une vingtaine d’années plus tard, le trait est plus fort, plus vif, comme plus « impatient », quand il évoque Grand Fort Philippe.

Les ports fascinent visiblement le Voyageur. Et ce qui permet de les quitter, ou de les retrouver : les bateaux…

Le dessin n’est pas la finalité, il n’est que le moyen de rechercher, encore et encore. D’une part, les formes, comme dans ce qui précède ou ce qui suit, d’une incroyable légèreté et pureté…

Il est aussi comme un promesse. Promesse d’un tableau, promesse de l’Oeuvre ultime.

Mais le dessin est aussi structure – j’allais écrire « structurant », mais cela me semble réducteur pour la suite du processus créatif.

Avouez que vous n’êtes pas loin, comme moi, de penser que cette ébauche qui retrace la composition (au sens actif) d’une oeuvre en est une elle-même?

Pendant toute une période (certes, courte, car tout est en séquences rapides chez le jeune peintre visiblement hyperactif), la structure qui devrait « cloisonner » les couleurs est ainsi tracée.

Les dessins de la petite Thérèse

Une adolescente se rendait de temps à autre sur la côte normande, non loin de chez elle. Et à Trouville, plus précisément, les étés 1885 – 1886 et 1887. Elle avait alors entre 12 et 14 ans et sortait tout juste d’une longue maladie qui avait suscité l’inquiétude des siens et les avait poussés à prier Notre Dame des Victoires.

« Fin 1882, Thérèse tombe malade d’une maladie lui occasionnant malaise et maux de têtes. Son état s’aggrave dans les mois suivants. Très inquiète, la famille prie Notre-Dame des Victoires. Le 13 mai 1883, Léonie, Marie et Céline prient au pied du lit de Thérèse et se tournent vers la statue de la Vierge. Thérèse prie, elle aussi. »

Elle dessine bien, cette jeune fille, et certains de ses dessins sont exposés dans l’église dont je vous parlais précédemment, à Trouville. Je ne les ai pas retrouvés sur le net, et suis donc contrainte à vous montrer des photos gâtées par le reflet des vitraux…

Cette artiste en herbe ne vivra pas longtemps : elle meurt en effet, non loin de là, dix ans plus tard, à 24 ans… Avez-vous deviné sous quel nom elle est davantage connue?

Kokoschka

En une semaine, j’ai pu voir trois expositions, qui, pour moi, se font écho (je ne compte pas celle dont je parlerai plus tard, à savoir Füssli, totalement « à part », selon moi. Non, il s’agit des expos que j’ai pu voir « en avant-première » (alias « vernissage »), à savoir Münch au Palais d’Orsay et Sam Szafran à L’Orangerie, et celle que j’ai visitée en ce samedi 1er octobre : Kokoschka au Musée d’Art Moderne. Par laquelle commencer? Eh bien, par la dernière.

Il faut bien avouer que, jusque là, ce peintre n’appartenait pas à mon Panthéon artistique… A vrai dire, à part son nom, je n’en connaissais pas grand’chose! Et l’affiche me laissait perplexe… Aimerai-je ce type de peinture?

Je dois dire que c’est en premier lieu un affect qui marque cette visite. Un jeune homme décrit comme révolté, aux yeux de braise, affrontant en permanence ce qui le heurtait dans la société comme, plus tard, dans la politique et la guerre. Et les vidéos présentées vers la fin de l’exposition laissent à voir un homme plus « sage », en costume trois pièces impeccable, mais toujours engagé. Et des yeux qu’on ne peut pas oublier, tant ils portent de « flamme ». Comme sur le tableau choisi pour l’affiche…

Quant à ses oeuvres, je ne sais quoi vous en dire : il faut les voir pour comprendre le « saisissement » que certaines provoquent.

Beaucoup de portraits, forts, voire violents.

Au sanatorium…

Et des paysages tout aussi forts mais, eux, plutôt apaisants.

Paysage hongrois
En Suisse
Dresde
Delphes
Berlin

Et parfois des supports étonnants : cartes postales (il explique lui-même qu’il en est arrivé là pour pouvoir représenter des êtres humains à une époque où ce n’était pas de mise. Ou encore, éventail.

L’exposition n’est pas très originale : un déroulé très chronologique. Et je n’ai parfois pas compris la disposition des tableaux. Quant aux textes explicatifs, il faut parfois presque une loupe pour les décrypter; ce qui pousse à se rapprocher au maximum du mur support… Idéal en période de risque covidien! Mais elle a le mérite de présenter la diversité de l’oeuvre, dont un certain nombre de dessins.

L’évolution de l’artiste, voire de l’homme, est mise en évidence. Des lettres, photos et extraits de journaux le rendent bien vivant…

Avec Eisenhover

Le jeu des couleurs et la dynamique des gestes m’ont tellement interpelée que j’ai focalisé sur certains détails de tableaux. Jugez-en vous-même!

L’apaisement est évident dans les dernières décennies.

Tendresse. C’est le mot qui me vient devant ce portrait de Pablo Casals, comme devant les scènes de la vie familiale ou amicale.

Mais j’ai par-dessus tout apprécié tout ce qui évoque la dérision, voire l’auto-dérision, caractéristique de l’artiste. Notamment ses auto-portraits, très nombreux, dont certains « en situation ». Ci-dessous, une référence aux nombreux tableaux représentant Saint Luc peignant la Vierge.

En voici un exemple, celui de Ziegler (je vous laisser regarder les autres sur le net!)

Et que dire de l’épisode de « La Poupée »? Il avait fait créer une poupée répondant à un cahier des charges très précis.

Et s’est peint en train de la représenter…

Les analyses concernant la conception et l’utilisation de cette poupée sont nombreuses et variées. J’aime à retenir celles qui concernent le questionnement sur l' »humain ».

« Menschen », c’est Son Mot… La défense de l’être humain contre la bêtise, l’intolérance, la barbarie nazie. « Menschen »… Un Humanisme affirmé. Et une sensibilité cachée sous la violence de la révolte… Un peintre tout en paradoxe et tensions. Voilà qui ne pouvait que m’intéresser…

Ferdinand Roybet, une vie d’aventures

J’ignorais totalement l’existence de ce peintre dénommé Ferdinand Roybet. Il faut dire que ce n’est pas spécialement le type de peinture que j’aime… Je vous propose cependant de découvrir quelques-unes de ses oeuvres, dont certaines vous évoqueront sans doute quelques maîtres flamands…

Commençons par les dessins et gravures, car c’est ainsi que débuta sa production artistique…

« Né à Uzès en 1840, Ferdinand Roybet s’installe avec ses parents à Lyon vers 1846. Le jeune homme a treize ans quand il entre, en 1853, à l’Ecole des Beaux-arts de Lyon dans l’atelier du graveur Joseph Vibert (1799-1860). Il pratique ainsi le dessin, la gravure et la lithographie. » (site du Musée)

Ce fils de cafetier était donc bien précoce… dans l’art comme dans la vie, puisqu’il se maria et fut père très jeune.

Joueurs de tric-trac

« L’enseignement ne correspond pas à ses attentes et il quitte l’école pour étudier la peinture, dans l’atelier du peintre J.B. Chatigny ainsi qu’au musée de Lyon où il affine ses observations par l’étude directe de la nature.« 

La jeune fermière, tableau peint en tant qu’élève de Chatigny

« A la mort de son père en 1864, il rejoint Paris aidé dans son installation par son ami lyonnais Antoine Vollon. En 1865, le jury du Salon retient deux tableaux de Roybet. Membre comme Vollon de la Société des Aquafortistes, il expose également deux eaux-fortes.« 

Il n’a donc que 25 ans quand il commence à être connu…

« La carrière de Roybet se confirme en 1866 quand la Princesse Mathilde achète une de ses œuvres intitulée « Fou sous Henri III » (musée des Beaux-arts de Grenoble). Ferdinand Roybet développe dorénavant des scènes de reconstitutions historiques en correspondance avec les idéaux artistiques du Second Empire. Sa peinture parfois réduite aux simples portraits dit de Mousquetaires s’enrichit au fil des ans d’apports extérieurs. Ainsi, ses voyages, en Hollande, en Afrique du Nord, en Italie ou en Espagne l’amènent à étudier les compositions de grands maîtres dont l’influence est directement perceptible dans ses œuvres : Frans Hals, Rembrandt, Jordaens, Velázquez…« 

Femme d’Orient dans un intérieur (1872)

Lorsqu’il peint ce tableau, Ferdinand a 32 ans, et il a choisi de vivre en Algérie, abandonnant les Salons pour un temps… Mais il en revint et poursuivit son oeuvre, entre commandes (car il fallait bien vivre!) et créations.

« Au faîte de sa carrière, Ferdinand Roybet se constitue une importante collection d’objets d’art décoratif, de mobiliers anciens de style Louis XIII, néo-gothique ou oriental. C’est tout naturellement qu’il peint des collectionneurs et des amateurs d’art. L’analyse de ses œuvres révèle un cercle d’amis très large auquel il fait appel comme modèles pour d’importantes compositions comme « La Main chaude » (1894), « La Sarabande » (1895), « L’Astronome » (1898) ou « Le Refus des impôts » (1909). En 1900, il est fait officier de la légion d’Honneur. Il achève sa carrière par une peinture intime essentiellement composée de sujets religieux. Il décède à Paris dans la nuit du 10 au 11 avril 1920.« 

Un détail amusant : l’artiste s’était constitué une véritable collection de vêtements « d’époque » pour en habiller les ami-e-s qui posaient pour lui, comme dans ce tableau qui rappelle les protestations lors des premiers impôts. Tous les « modèles » étaient des amis du peintre!

Sujets sérieux, sujets plus drôles… Ferdinand, au fil des ans, s’est essayé à traiter des thématiques extrêmement variées. Ainsi, le « jeu de la main chaude ».

« Ce jeu (dont parle Diderot dans ses lettres à Sophie Volland) est souvent représenté par les peintres des XVIIe et XVIIIe siècles.
Règle du jeu :
Un joueur est désigné comme victime. Il doit se courber sur les genoux d’un autre joueur, les yeux fermés et tendre sa main ouverte derrière lui. Les autres joueurs se tiennent en arc de cercle derrière lui le bras levé et la main ouverte. Les joueurs se concertent pour savoir qui sera le coupable. Le coupable frappe alors dans la main de la victime. Celle-ci se retourne et doit trouver le coupable. Si le coupable est démasqué il prend la place de la victime, sinon celle-ci se remet en position
. » (source)

J’avoue que, peu emballée au départ par l’idée de découvrir ce peintre – la visite était surtout motivée par le projet de voir le Pavillon de la Norvège et de la Suède qui abrite le musée -, je me suis progressivement intéressée à ce Ferdinand qui commence à dessiner à 13 ans, « monte » seul à Paris et devient célèbre en deux ans, à 25 ans, abandonne tout pour aller vivre en Algérie à 32, puis revient, éprouve des difficultés et « se vend » pour sortir des problèmes financiers.

Et, à environ cinquante ans, rencontre celle qui va embellir sa vie, jusqu’à ce qu’elle soit internée, en 1905, pour raisons psychiatriques à Suresnes.

Ferdinand Roybet à 53 ans (source)

Juana Romani a 27 ans de moins que lui… Je ne développerai pas l’histoire de cette artiste ici, car j’ai vraiment envie d’aller plus loin, de la découvrir davantage, de mieux comprendre qui était cette jeune Italienne qui finit tristement sa vie, comme Camille Claudel, et dont voici l’un des portraits, par celui dont elle fut d’abord le modèle, puis devint la Muse…

Sans compter que son ancienne élève (vers 1895), Consuelo Fould, l’apprécie tellement qu’elle met comme clause au legs de sa demeure, ce fameux « Pavillon », la contrainte d’en faire un Musée destiné à collectionner son oeuvre, mais aussi celle de Ferdinand, et de le nommer « Roybet-Fould »… Admiration pour l’artiste? Le Maître? Ou l’homme?

Du dessin à la pochette…

Voici deux jours, j’évoquais l’injustice vécue par un ami peintre, qui s’était vu accepter une toile au Salon de Versailles, puis refuser celle-ci, au tout dernier moment, sous prétexte qu’elle était « trop grande », alors que d’autres avaient des dimensions bien plus importantes… Comme je lui demandais l’autorisation de publier cette anecdote sur ce blog (ce que je fais toujours avec mes sources), il a complété l’histoire. Je vous la livre donc aujourd’hui.

Un galeriste installé près de Bastille avait organisé une exposition Brassens et réuni les oeuvres de 30 peintres pour ce faire, parmi lesquels l’ami dont il est question. Un jour, le galeriste l’appelle, lui demandant de venir car une personne souhaitait acheter le tableau représentant Brassens et « Le Chat« . Il refuse, car ne veut pas se démunir du tableau. Mais se rend à la galerie. Où l’attend l’acheteur potentiel et une dame. Le premier s’appelle Thomas Sertillanges. La seconde, Kathia David.

J’ignore si ces noms vous disent quelque chose, car les gloires radiophoniques sont souvent éphémères et s’envolent avec les générations.

Pour ce qui concerne le premier, je vous livre une biographie publiée sur Babelio.

« Thomas Sertillanges est passé par le théâtre, la radio officielle à France-Inter, la radio libre avec la création de « Génération 2000″, la première radio pirate commerciale en 1978, le monde de l’entreprise où il a fondé et dirigé une société de conseil en communication événementielle.

Il a ensuite été consultant pour de grands groupes tout en s’adonnant à deux passions, Tintin et Edmond Rostand.

Administrateur des Amis de Hergé pendant quelques années, il a écrit « La Vie quotidienne à Moulinsart », de nombreux articles et donné fréquemment des conférences. Il est à l’origine, avec le député Dominique Bussereau du débat à l’Assemblée nationale, « Tintin est-il de droite ou de gauche ».

À propos d’Edmond Rostand, il réunit la collection la plus complète sur Cyrano de Bergerac, organise des expositions, participe à des conférences, crée le site cyranodebergerac.fr. En 2018, il crée le Festival Edmond Rostand et publie en 2020 la première biographie illustrée du poète.« 

Un sacré personnage ! Que vous pourrez découvrir sur son site

Quant à Kathia David, elle est surtout connue pour avoir longtemps animé « L’Oreille en coin« .

 » L’émission mythique et multifacettes, occupe les auditeurs tous les week-ends de 1968 à 1990. Elle s’étale sur trois demies-journées. Le dimanche matin était consacré aux chansonniers et les samedis et dimanches après-midi étaient plutôt expérimental avec, entre autres, de longs reportages, des canulars élaborés, des jeux d’identité, récits d’aventuriers.« 

Kathia David a fait du théâtre et du journalisme, avant de devenir consultante et formatrice. Mais à l’époque, elle est essentiellement sur France Inter dans une émission à laquelle Thomas Sertillanges n’est pas étranger.

La voici sur une photo empruntée au site de Thomas Sertillanges.

Bref, voici notre peintre face à ces deux personnes, dont l’une veut absolument le dessin original. Il refuse, ne voulant pas s’en défaire, et, ce faisant, suscite la colère du galeriste qui l’accuse de ne pas l’aider à gagner sa vie… Lequel l’emportera quelques temps plus tard, et le dessin sera vendu à Sertillanges. Entretemps, des lithos et des gravures avaient été produits à partir de ce dessin.

Pour la petite histoire, le même galeriste fera plus tard une exposition consacrée à Brel. Le même peintre y exposera un tableau. Le même collectionneur en achètera le dessin original…

Bref, le dessin se trouve maintenant chez Sertillanges. Celui-ci reçoit un jour un certain Monsieur Bourgeois, qui vient de faire graver un disque « Une petite fille chante Brassens » (dont je vous ai déjà parlé).

Chez son hôte, il voit le dessin… et aussitôt le veut pour la pochette du disque. Sertillanges organise une rencontre entre Monsieur Bourgeois et le peintre… et l’affaire est conclue. Pour la petite histoire, le disque a eu une certaine renommée, car il a remporté le Prix Charles Cros en 1985….

Et voilà comment un dessin se retrouve en pochette de disque…